Revue de presse théâtre
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Eugène Onéguine, Pouchkine I Jean-Yves Ruf

Eugène Onéguine,  Pouchkine I Jean-Yves Ruf | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Il paraît qu’il est inutile de demander à un Russe qui est le plus grand poète ni quel est le plus beau poème jamais écrit, c’est une question idiote. André Markowicz, russe de Saint-Pétersbourg, comme notre héros Onéguine, en est persuadé, et traduit les vers de Pouchkine depuis l’âge de 17 ans. Cela a occupé une bonne partie de sa vie, et il sait déjà que c’est sa grande œuvre de traducteur. Car rien n'est plus vide, et plus léger, rien n'est plus terrifiant que ce poème, qui n'est pas seulement un poème, mais un roman — et un roman sur rien, pas seulement le rien de la vie mondaine d'un héros romantique : non, un roman qui n'apprend pas à vivre, qui n'a aucune “vision du monde” ; un roman construit sur le son, sur la voix, sur le jeu délicat de mille intonations... dont tout le sens est d'être ce qu'il est, et de dire ce qu'il dit, pas plus, pas moins. Dans le sourire de se savoir perdu.

 

Par l'Atelier du groupe 40 de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique du TNS

 

 

Maison de la Poésie, Paris du 8 au 12 novembre

Entrée libre. Réservation indispensable au 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 14h à 18h

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont parfois repris intégralement, mais le plus souvent sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la mention répétée « Cliquez sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine ».  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

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Vous pouvez faire une recherche par mot sur trois ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’entonnoir - à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur l'entonnoir et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( près de quarante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de quatre-vingt articles),  Comédie-Française (plus de cinquante articles), Nicolas Bouchaud (seize articles), etc.

 

Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène de Laurent Delvert

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène de Laurent Delvert | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Par Véronique Hotte pour son blog Hottello


Paul de Musset qui lit ce proverbe à Venise en 1845 écrit dans Biographie :

« Je reconnaissais, d’ailleurs, les personnages. Celui du Comte était si ressemblant que de loin, je voyais mon frère prenant son chapeau à chaque coup de sonnette, laissant la porte entr’ouverte, et ne pouvant se décider à rester ni à sortir… »

Dans la réalité, la marquise resta veuve et le poète s’en alla en fermant la porte. Mais la porte close finale de la comédie signe l’aboutissement initiatique amoureux.

 Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, proverbe d’Alfred de Musset – prétexte littéraire d’un genre mondain scénique – est publié dans La Revue des Deux-Mondes en 1845, représenté à la Comédie-Française et édité dans Comédies et Proverbes.

Dans la fiction, le Comte se rend chez la Marquise qui reçoit dans son salon, comme à son habitude, tel jour de la semaine, un après-midi d’hiver. Or, hasard heureux ou préparé habilement, au lieu d’être un parmi d’autres habitués, le galant est le seul visiteur à se présenter chez la dame, ce jour-là, avec mauvais temps à l’extérieur.

Conversation badine, joute verbale à la fois ludique et tendue à l’extrême, confrontation du désir implicite de chacun des locuteurs, volatilité des acquiescements et refus, la pièce s’achève effectivement sur une porte qui se ferme, mais avec les fiançailles des deux amants en perspective pour un mariage prochain.

Pour le metteur en scène Laurent Delvert, la pièce porte un éclairage facétieux sur une reconversion à l’amour dans l’abandon fragile de soi pour se livrer en entier.

Ce petit drame, qui oscille entre légèreté et gravité, tend à saisir ce « moment amoureux du temps suspendu » à travers les mouvements libres des répliques.

La teneur malicieuse et grave du drame intérieur des partenaires évolue, les minutes passant, selon un mélange instinctif de cœur et d’esprit, entre humour et fantaisie, selon la sourdine d’un parler spontané aux mots délicats et aux élans furtifs.

La Marquise taquine conduit le Comte à sa propre reconnaissance pour qu’il amorce d’un pas lucide et sincère le chemin libératoire d’une existence nouvelle.

Un joli traitement du motif amoureux : à la lassitude du Comte qui reproche à la Marquise de traquer le neuf contre la banalité de ce qu’elle nomme des « refrains », répond la présence de la Vénus éternelle de Milo installée dans le salon : « …c’est aussi toujours la même chose ; en est-elle moins belle, s’il vous plaît ? Si vous ressemblez à votre grand-mère, est-ce que vous en êtes moins jolie ? »

La scénographie de Philippine Ordinaire est d’autant plus amusante que la Marquise, dame bien née et bobo d’aujourd’hui, est observée en tant qu’artiste, malaxant de l’argile avec de l’eau déversée d’un seau pour donner forme à sa sculpture aboutie :

« Cette Vénus est faite pour être belle, pour être aimée et admirée, cela ne l’ennuie pas du tout… », dit le Comte, se moquant de celle qui prétend ne pas vouloir entendre parler d’amour alors qu’elle porte en même temps de la dentelle.

Le jeu atemporel des discours amoureux jamais ne passe de mode ni ne vieillit.

Christian Gonon pour le Comte et Jennifer Decker pour la Marquise se plient fidèlement à l’exercice, en connaisseurs avertis de l’âme et de sa petite musique.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du 23 mars au 7 mai. Tél : 01 44 58 98 58

Photo : Crédit photo : Brigitte Enguérand Coll. Comédie-Française

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Les Inrocks - La prochaine édition du Festival d’Avignon promet des moments forts

Les Inrocks - La prochaine édition du Festival d’Avignon promet des moments forts | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Patrick Sourd dans Les Inrocks



Olivier Py dévoile sa programmation ; l’Afrique est mise à l’honneur tandis que les metteurs en scène et les chorégraphes renommés se partagent l’affiche avec des nouvelles têtes dans une belle harmonie.


Très à l’aise dans l’exercice de style de présenter la 71e édition du Festival d’Avignon à Paris sur la scène du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Olivier Py s’amuse du souvenir qu’en ces lieux, quand il était élève, il avait joué Tartuffe. En ces temps où les politiques ont des velléités de déréguler la culture, il commence par lire la liste des tutelles qui garantissent l’existence du Festival, et rappelle “qu’une subvention permet d’abord de subventionner l’accès du public dans les salles”.
Avec 41 spectacles à son affiche et 8 formes courtes pour les Sujets à vif, cette prochaine édition fait toujours la part belle au théâtre sous toutes ses formes. La danse pure y est présente avec six créations. Forte de treize créations, la catégorie nommée “Indiscipline” témoigne quand à elle du mélange des genres entre les disciplines.


Dans la Cour d’honneur


Après avoir présenté un magnifique Mahabharata en 2014, le metteur en scène japonais Satoshi Miyagi ouvre cette année le festival dans la Cour en adaptant Antigone de Sophocle aux codes d’un théâtre indonésien qui va transfigurer radicalement le lieu… puisqu’il se joue traditionnellement sur un plan d’eau. On va aussi danser dans la Cour avec Israel Galvan et son art du flamenco revisité. Ce sera l’occasion d’y faire une drôle de nouba avec le spectacle La Festa conçu par le chorégraphe de Séville.


Un focus sur l’Afrique
La soirée de Clôture se déroulera dans la Cour et elle sera africaine. Une rencontre entre littérature et musique s’inspirant de Femme noir de Léopold Sédar Senghor pour réunir Angélique Kidjo, Isaac de Bankolé et Manu Dibango. Les chorégraphes Seydou Boro et Salia Sanou sont de Ouagadougou, Kettly Noël travaille à Bamako, Nadia Beugré et Nina Kipré ont répété à Abidjan. Tous se retrouvent salle Benoît XII pour un programme dansé réunissant leur spectacle en trois temps.


Hommage à Molière
Frank Castorf présente au Parc des expositions son ultime spectacle créé avant son départ de la Volksbühne de Berlin, Le Roman de monsieur de Molière d’après Mikhaïl Boulgakov. C’est avec les élèves du conservatoire que Clément Hervieu-Léger monte Impromptu 1663 d’après Molière et La Querelle de l’Ecole des femmes.


Côté politique
Avec On aura tout, Christiane Taubira invente un théâtre feuilleton en complicité avec la metteur en scène Anne-Laure Liégeois.  Un spectacle composé chaque jour de lectures de grands textes capables d’éclairer le chaos de notre présent.


Les fidèles du rendez-vous
Guy Cassiers reprend Le Sec et l’Humide d’après Jonathan Littell et il nous donne à voir sa dernière création cosignée avec la chorégraphe Maud Le Pladec, Grensgeval (Borderline) d’après Les Suppliants d’Elfriede Jelinek. De son côté, Katie Mitchell se plonge dans l’univers de Jean Genet avec De Meiden, une adaptation des Bonnes où Madame est jouée par un homme.


Tandis qu’Emma Dante dénude sa troupe pour un théâtre chorégraphique titré Bestie di scena (Bêtes de scène). Avec un spectacle en huit tableaux, l’Italien Antonio Latella se livre à un portrait de chaque membre de la famille des Atrides.


Moment d’émotion à la Maison Jean Vilar, une représentation unique d’Hamlet témoigne du travail engagé par Olivier Py avec les détenus du centre pénitentiaire d’Avignon-Le-Pontet . Avec une adaptation en trois heures des six cents pages de son roman Les Parisiens, le metteur en scène directeur devenu avignonnais va retrouver le chemin de La Fabrica pour nous faire rire des travers des habitants de la capitale.



71e édition du festival d’Avignon du 6 au 26 juillet.
Ouverture des réservations le 12 juin sur festival-avignon.com

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Nathalie Joly fait revivre la verve d’Yvette Guilbert

Nathalie Joly fait revivre la verve d’Yvette Guilbert | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sylvain Siclier


La chanteuse et actrice présente son troisième spectacle consacré à « la plus moderne des chanteuses d’antan ».


Depuis une dizaine d’années, la chanteuse et actrice ­Nathalie Joly fait vivre, par des spectacles et des disques, la mémoire artistique d’Yvette Guilbert (1865-1944). Vedette des cafés-concerts à la fin du XIXe siècle, longue silhouette immortalisée par Toulouse-Lautrec (1864-1901), elle imposa des choix de chansons graves, troubles, réalistes, poétiques, quand l’époque voulait de l’amusement et de la gaudriole. Elle était « la plus moderne des chanteuses d’antan », écrivait ­Véronique Mortaigne dans Le Monde du 25 décembre 2009.

Après Je ne sais quoi, évocation de la correspondance de la chanteuse avec Freud, En v’là une drôle d’affaire et son parlé-chanté novateur, voici Chansons sans gêne, troisième spectacle de la trilogie que Nathalie Joly consacre à Yvette Guilbert. Créé en 2015, passé par Avignon en 2016, il est programmé jusqu’au 27 mars à la Vieille-Grille, petite salle parisienne qui ­accueille régulièrement la chanteuse, accompagnée pour ­l’occasion du pianiste Jean-Pierre Gesbert, dans une mise en scène de Simon Abkarian.

TERRIFIANTES, FANTAISISTE OU POLISSONNES, LES CHANSONS EMPRUNTENT UN VASTE REGISTRE


Dans ce troisième épisode, Yvette Guilbert est âgée de 60 ans, elle donne des conférences, transmet l’art de l’interprétation, tourne dans quelques films, se produit dans un dernier concert à Paris, en 1938… Chansons et textes y sont assemblés. Nathalie Joly dit son aînée, ses réflexions sur sa vie ­artistique, la séduction, la place des femmes dans un monde d’hommes, l’âge. Pas de pathos, mais de l’ironie et des mots tranchants. Les chansons empruntent à un vaste registre : terrifiantes histoires (Blues de l’absinthe, dont le personnage central vit « dans la crainte de son ignoble partenaire », L’Enfermée, dont la porte ne sera ouverte que le jour de son enterrement), fantaisies (Nous nous plûmes), polissonneries (Les Amis d’monsieur, pitoyables coqs devant « la petite bonne »), portraits sensibles (A présent qu’t’es vieux, Fleur de berge).

Le pianiste est autant le musicien, le confident que le spectateur de Joly/Guilbert. La chanteuse, par son expressivité vocale, ses variations de timbre dans une même chanson, ses rages et ses caresses, donne pleine vie aux paroles. Dans l’intimité de la petite salle, les mots et mélodies s’imposent. En arrière de la scène, quelques projections, ombres de personnages d’un ­univers totalement du présent. La trilogie sera présentée au ­Théâtre du Soleil, du 28 septembre au 22 octobre.


La Vieille-Grille, 1, rue du Puits-de-L’Ermite, Paris 5e. Samedi 25 mars, à 18 heures, dimanche 26, à 17 heures et lundi 27 à 20 h 30. De 12 € à 20 €.

Sylvain Siclier
Journaliste au service Culture du "Monde", rubrique Musiques (jazz, pop, rock, soul, chanson...)

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Théâtre / Quand la générosité ne conduit qu’à la haine

Théâtre / Quand la générosité ne conduit qu’à la haine | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gérald Rossi dans L'Humanité


Dans son adaptation de Timon d’Athènes de William Shakespeare, Cyril le Grix livre un brillant conte sur le pouvoir et l’argent, aux accents d’une  inquiétante modernité. 

Retour de fortune. Et renversement de situation. Au propre comme au figuré. La Vie de Timon d’Athènes, pièce écrite vers 1607 par William Shakespeare, adaptée là et mise en scène par Cyril le Grix, dans la traduction de Jean-Claude Carrière, conte une sale affaire. Transposée dans un temps plus présent, comme en témoignent les armes des soldats, le cérémonial des agapes ou encore les costumes des protagonistes, mais cela importe peu.

Timon est un personnage riche, très riche même, rêveur, généreux, courtisé, flatté. Il se plait à rendre heureux tous ceux qu’il croit être de ses amis, et qui ne lui sourient qu’en attendant un présent plus important encore. On dirait de Timon qu’il a les mains percées. Un beau pur sang pour toi, un banquet pour tous, et ainsi de suite. Jusqu’au jour où fortune épuisée, dilapidée avec insouciance, Timon croyant trouver réconfort et aide matérielle auprès de tous ses faux amis découvre le véritable visage de ces rapaces. Pas un seul n’accepte de venir à son secours. Sous des prétextes grotesques. Alors ruiné, le généreux protecteur de ses semblables se retire sur un coin de rivage, meurtri, et désormais misanthrope pour le restant de ses jours. Rejetant jusqu’au pourtant fidèle Flavius, son intendant intègre, qui tenta des prouesses pour tenir éloignée la déroute, sans parvenir jamais à se faire entendre.

Sur le plateau peu embarrassé  de décor, avec des issues se transformant en miroirs incertains tant à jardin qu’à cour (à gauche et à droite si l’on préfère) seule une immense toile peinte fait face au public. Devant laquelle une quinzaine d’acteurs viennent à bout de la quarantaine de personnages. Dans cette histoire, qui se résume en quelques lignes, et dont l’issue n’est pas fameuse, Patrick Catalifo est un brillant Timon, d’une mesure parfaite dans l’évolution du personnage. D’abord naïf, puis  absolument amer, allant jusqu’à financer avec un dernier trésor trouvé dans sa retraite, les bras des envahisseurs d’Athènes, ville qui l’adulait en homme fortuné et qu’il chérissait.



Avec lui, Xavier Bazin, Philippe Catoire, Thibaut Corrion, Thomas Dewynter, René Hernandez, Maud Imbert, Jérôme Keen, Alexandre Mousset, Carole Schaal,  avec des bonheurs divers, sont au tempo, tout comme les jeunes du Studio de formation d’Asnières : Aksel Carrez, Ghislain Decléty, Valentin Fruitier, Thomas Harel et Jérémy Ho man-Karp. Auxquels il faut jouter les musiciens Karim Touré, Florent Hinschberger, Jon Lopez De Vicuna.

Quand la faillite est consommée, le tableau du fond de scène s’écroule,  et en se reversant, tout d’un bloc, provoque un coup de vent qui se répercute dans la salle. Odeur de poussière. L’immense peinture  héroïque devient décor final de bord de l’eau. Sobre beau et intelligent. C’est là, à l’abri d’un reste de barque que Timon survit, vêtu de loques, et c’est là qu’il découvre le dernier or qu’il dilapide, vite fait, pour se venger. Et c’est de ce bout de terre aussi que claquent des répliquent qui résonnent d’une étrange actualité, provoquant rires et bravos, par exemple quand il est dit que « personne n’échappe à la corruption » ou encore : « les uns les autres, volez-vous… ». Cyril de Grix, qui permet une fluidité du récit bénéfique à une compréhension aisée du propos vieux de quatre siècles, explique « qu’à l’instar de Timon, nous sommes aveugles, refusant de voir les réalités qui nous menacent ». Comme dans des miroirs.

Jusqu’au 2 avril, Théâtre de la Tempête, la Cartoucherie, Paris 12e; Téléphone : 01 43 28 36 36.

Photo Fanny Dion

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Galin Stoev nommé à la direction du Théâtre National de Toulouse

Galin Stoev nommé à la direction du Théâtre National de Toulouse | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Par Stéphane Capron dans Sceneweb Galin Stoev nommé à la direction du Théâtre National de Toulouse. Galin Stoev Le metteur en scène bulgare Galin Stoev va succéder à Agathe Mélinand et Laurent Pelly à la tête du Théâtre National de Toulouse. Il a séduit le jury pour l’une des dernières nominations dans le théâtre avant l’élection présidentielle. Son projet a été préféré à ceux de Eric Lacascade, de Dominique Pitoiset, de Philippe Calvario et de Aurélie Namur et Félicie Artaud de La Compagnie Les Nuits Claires qui étaient également candidats. Galin Stoev est né en Bulgarie, diplômé de l’Académie nationale des arts du théâtre et du cinéma de Sofia, il travaille dès 1991 par mettre en scène des auteurs classiques (Corneille, Strindberg, Shakespeare, Eschyle, Büchner, Brecht, Musset), pour s’ouvrir peu à peu au répertoire contemporain (Mishima, Harold Pinter, Tom Stoppard, Philip Ridley). C’est un globe-trotter, il a signé des mises en scène à Londres, Leeds, Bochum, Stuttgart, Moscou, Buenos Aires… Et en 2005, il crée sa propre compagnie à Bruxelles, FINGERPRINT. Il a été artiste associé au Théâtre de Liège et à La Colline. Plusieurs rencontres déterminantes jalonnent son parcours, et tout d’abord sa rencontre et son amitié avec Ivan Viripaev, dont il met en scène Les Rêves (2002), la version bulgare ainsi que la version française d’Oxygène, Genèse n°2 (présentée au 61e Festival d’Avignon, ainsi qu’à Rome, Bruxelles, Paris et Ottawa), Danse Delhi (en 2011 à la Colline – théâtre national) et Illusions en 2016 au Théâtre de l’Aquarium. Il a souvent été invité à la Comédie-Française lors de la direction de Muriel Mayette. En 2007 il met en scène La Festa, la création française de la pièce de Spiro Scimone, puis Douce vengeance et autres sketches d’Hanokh Levin en 2008, L’Illusion comique de Pierre Corneille en 2008, Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux en 2011 et Tartuffe de Molière en 2014). Année où il monte également Liliom de F. Molnar, une coproduction de La Colline – théâtre national et du Théâtre de Liège. Il a récemment tourné son premier film : The Endless Garden, en collaboration avec Yana Borissova. Auteure avec laquelle il a également tissé des liens étroits. Il a présenté Les Gens d’Oz en 2016 à la Colline. Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr En savoir plus sur http://www.sceneweb.fr/galin-stoev-nomme-a-la-direction-du-theatre-national-de-toulouse/#H0jLYvKLq3VBrvAP.99
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Le coup de colère de Dieudonné Niangouna sur la programmation du Festival d'Avignon 2017

Le coup de colère de Dieudonné Niangouna sur la programmation du Festival d'Avignon 2017 | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Alors que l’on connait depuis hier la programmation de la 71ème édition du Festival d’Avignon, le comédien et metteur en scène Dieudonné Niangouna publie un texte sur sa page facebook. Il s’étonne de l’absence du théâtre africain dans une thématique tournée vers l’Afrique subsaharienne. Rappelons que le Directeur artistique du festival Mantsina sur scène de Brazzaville a été en 2013 artiste associé au Festival d’Avignon. Nous publions ici l’intégralité de son texte.

Une fois de plus le déni

Comment peut-on refuser de concevoir un espace existant en s’acharnant à dévier sa présence? Encore un coup d’état du sens. Le coup d’état fait au théâtre.

Le Festival d’Avignon vient de donner sa lecture sur les créateurs issus de l’Afrique subsaharienne : zéro théâtre. C’est dire que la radicalité avec laquelle cette programmation le fait savoir est d’un déni total. Totalement flagrant. C’est à se poser des questions sur les mécanismes de lecture que certaines institutions peuvent encore avoir aujourd’hui sur la création théâtrale venue du continent africain et de sa diaspora. Le théâtre deviendra de plus en plus un cas de conscience et cela est sans doute son côté le plus redoutable. Celui qui échappe au simplisme et à l’injonction des formes et des codes de lecture.

Après le grand débat sur la présence des minorités sur les scènes françaises, il est aberrant de constater que le problème se dessine sous forme de genre aujourd’hui ; on donne un espace à la danse et à la chanson pour justifier cette présence ; tout en continuant à nier la place du théâtre. Quelque chose s’avère suivre son cours ; comme si il y avait un mystère quelque part et qu’il fallait à tout prix rendre les choses encore moins légitimes et pas tout à fait acceptables.

Après maintes discussions le phénomène théâtre qui vient d’Afrique est toujours décliné ; la raison non entendue ; et les efforts des créateurs comme des épées dans l’eau. Devant ces créateurs se dresse un ennemi redoutable qui contre vents et marrées refuse d’entendre raison en affirmant sa lecture et la conception selon laquelle l’autre doit être vu au nom de je ne sais quelle morale sacro-sainte.

Je crois que l’art dramatique est au cœur de toute démocratie. Et faire fi de l’art dramatique venu du continent africain et articulé par ses créateurs contemporains est un énorme problème qui cache bien des raisons sous-jacentes ; si même un grand festival comme le Festival d’Avignon qui annonce de façon officielle une année à l’avance que l’édition 2017 sera consacrée à l’Afrique subsaharienne néglige le théâtre. Comment peut-on inviter et prouver par ignorance ? Comment peut-on dire faire place et faire fi ? Comment peut-on prôner une chose et appliquer son contraire à la fois? Ici, la question n’est plus la présence des créateurs africains au Festival d’Avignon mais celle de la présence du théâtre issu du continent africain et de sa diaspora. Comment peut-on fuir la question THÉÂTRE à ce point dans l’une des plus grandes messes du théâtre en Europe? Fuir la question du texte pour des gens qui disent penser le théâtre me paraît complètement dichotomique. Inviter un continent sans sa parole est inviter un mort. C’est une façon comme une autre de déclarer que l’Afrique ne parle pas, n’accouche pas d’une pensée théâtrale dans le grand rendez-vous du donner et du recevoir. Et insister en invitant cette Afrique sous cette forme muselée c’est bien pire qu’une injure. C’est inviter un mort à sa table, lui envoyer toutes les abominations à la gueule, sans se reprocher quoi que ce soit, parce que de toute évidence on sait que le mort ne parlera pas, et c’est bien la raison de cette invitation.

Cette profanation continue à dire que l’esprit créatif africain ne trouve toujours pas des voix assez fortes pour crier haut et fort « Ça suffit! Nous ne sommes pas des moutons ! » Mesdames et messieurs les organisateurs de la soixante et onzième édition du festival d’Avignon, personne ne vous a obligé d’inviter l’Afrique subsaharienne, alors pourquoi ce coup d’état de sens ? Créer un espace pour la parole et empêcher une partie d’un continent de parler à cette tribune me semble en tout point égal à une forme de censure qui ne dit pas son nom. Je vois là des gens qui s’acharnent à repousser la vie des mots, à tuer le langage articulé venu du continent africain, à ignorer avec force et véhémence l’existence de sa pensée mise en scène et défendue oralement par des acteurs, à étouffer sa voix la plus existante, sa poétique parlée, à l’empêcher de cotiser dans le concert des arts au sommet des nations.

C’est bien de ça qu’il s’agit dans cette programmation de la soixante et onzième édition du Festival d’Avignon, soit cinquante-sept ans après la décolonisation des espaces francophones africains. Cinquante-sept ans après, c’est énorme! On ne peut quand-même pas continuer à jouer avec un continent. L’impression que certains peuvent tout dire, tout faire, et faire-faire aux créateurs issus du continent africain sans qu’aucun raisonnement sensé au préalable ne puisse nourrir la réflexion. Les créateurs de théâtre issus du continent africain ce sont des pas aboutis pour eux, des dégénérés peut-être… Sinon comment peut-on accepter de retirer la parole dans un corps ? Mais enfin, sommes-nous revenus à l’époque de Hérodote où l’on disait que le noir n’est que bruit, son et tam-tam? Dans un festival de théâtre en plus? Jean Vilar avait un rêve compétent, un rêve d’ouverture qui évacuait la peur de l’autre, un rêve qui épousait les grands défis de son temps. Et c’est en cela que le Festival d’Avignon est un temple artistique du vivant, un endroit qui questionne notre monde, à tous, je précise. On ne peut pas saboter le sens pour continuer à droguer le plaisir et agiter des oriflammes sous des couleurs africaines c’est bêtement honteux, c’est d’une obscénité, c’est lâchement de l’exotisme blême, affable, horrible, sans couilles et sans classe !

Monsieur Olivier Py qui dirige le festival d’Avignon depuis quatre ans a toujours dit qu’il défendait le texte, le théâtre de texte selon sa propre expression, le théâtre de texte. Monsieur Olivier Py est auteur, dramaturge et romancier. Il est metteur en scène et comédien. Alors comment un chantre de la dramaturgie de son calibre peut-il concevoir un dialogue avec un espace continental en faisant fi du théâtre ? Comment est-ce possible sans la parole du théâtre, sans l’espace du langage textuel pour lui qui est dramaturge, metteur en scène et comédien ? Je parle au nom d’un continent qu’on doit arrêter d’utiliser comme une serpillère. Nous autres têtus d’Afrique ne sommes pas là pour essuyer la moquette. Le grand écrivain Sony Labou Tansi disait « Si nous autres têtus d’Afrique demandons têtument la parole après cinq siècles de silence, c’est pour dire l’espoir à l’oreille d’une Humanité bâclée. » C’est pour dire ! On n’invite pas les gens pour se taire. On n’invite pas les gens sans leur parole. On n’invite pas un morceau de terre sans ses poètes. Alors, où est la parole?

Nous demandons la parole, Monsieur Py. Nous la demandons sur scène après cinq siècles de silence. La parole sur scène et pas à RFI. Nous ne sommes pas que des corps. Où sont les dramaturges? Où sont les acteurs? Les parlants, où sont-ils? Où est la parole parlée ? Où est le verbe? Où est la gueule qui beugle et fait sonner les nuits magiques d’Avignon? Où est la chanson du poète? Je ne parle pas des musiciens que vous avez invité car l’Afrique a toujours chanté partout et en tout temps. Je parle de l’art du conteur, je parle du soleil, de la foudre, de l’épée tranchante du mot qui assène, soigne et caresse, je parle du feu béni qui sort de la bouche! Où est ce français qu’on nous a appris à la chicotte et que nous avons assimilé à notre façon de faire théâtre avec? Il est où? Vous avez peur de notre façon? Vous ne l’aimez pas? Vous ne la comprenez peut-être pas? Mais pourquoi nous inviter, alors? Vous préférez nous inviter sans notre français? Mais diable, pourquoi l’a-t-on appris, alors? Après nous avoir forcé d’apprendre la langue de Molière à la chicotte, on nous interdit en plus de ne pas la prononcer sur scène? Mais de qui se moque t-on ? C’est quoi la blague? Nous sommes une opération historique, et c’est une donnée qu’il ne faut jamais ignorée. Nous ne sommes pas à la foire où l’homme le plus fort soulève quatre cents kilos, où l’on apprécie un nègre en cage, où l’on applaudit les parties génitales de la Vénus hottentote. Nous ne sommes pas une exposition universelle. Une maison s’élève par l’esprit. Et ce qui est écrit sur cette programmation révèle sous bien des formes ce qui n’est pas dit. On ne chasse pas la parole au théâtre.

Dieudonné Niangouna
Auteur-Metteur en scène-Comédien


photo – Samuel Rubio

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Le Pas Grand-Chose - Johann Le Guillerm 

Le Pas Grand-Chose - Johann Le Guillerm  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurine dans CulturaCaen.fr



Hier soir, dans le cadre du festival SPRING, la Comédie de Caen accueillait dans son intimiste Théâtre des Cordes la dernière création de Johann Le Guillerm. Issu du Centre National des Arts du Cirque, fondateur du Cirque Ici, Johann Le Guillerm aime interroger les formes, les mouvements et l’équilibre instable.
Au plateau, il est seul, vêtu d’un sobre costume gris. Habitué des chapiteaux, avec ce spectacle, il joue pour la première fois en frontal, trainant derrière lui une étrange carriole. Sur celle-ci, ce curieux professeur joue avec les formes, les matières, les volumes et les chiffres. Comme il le dit si bien, « Je cherche le chemin qui ne va pas à Rome ! ». Le ton est donné…


Tout au long du spectacle, Johann Le Guillerm déconstruit, reconstruit, trouble notre vue, s’amuse, avec un sérieux qui ne le quitte jamais, à nous entrainer dans des démonstrations abracadabrantesques. Il nous interroge sur ce que l’on voit, et sur ce qu’il nous empêche de voir. Et si ce que l’on croyait nous empêcher de voir qui existait, en faisant un pas de côté ?
« L’affirmation que le monde peut être réélaboré par soi-même, pour ne pas le subir mais mieux l’éprouver, le penser, le vivre ». Johann Le Guillerm nous donne à voir, autant qu’il nous livre par les mots, qu’il manie délicieusement, son cirque mental. Ses mots, tour à tour communs, puis alambiqués, se mêlent dans un ballet qui nous ferait perdre notre latin… Dans sa diction et la précision de son jeu, Johann Le Guillerm est troublant de justesse. Troublant, tout court.


Le Pas Grand-chose est une création farfelue, où l’on additionne les coudes et les genoux, où les bananes, dont nous sommes si proches, se balancent cinq fois – un record -, et où les pâtes nous épatent. Johann Le Guillerm crée étonnement et déroute (mais des routes, surtout). Il laisse à la matière, aux formes et aux chiffres la liberté d’imaginer d’autres possibles, que l’on n’envisageait même pas.


Avec cette nouvelle création, Johann Le Guillerm nous entraine dans son monde, curieusement poétique, délicieusement bancal, et parfois absurde. Magique !

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Tesseract, conception et interprétation de Nacho Flores

Tesseract, conception et interprétation de Nacho Flores | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans Théâtre du blog


Tesseract, conception et interprétation de Nacho Flores (tout public à partir de six ans)


 Matériau noble et résistant, le bois conserve symboliquement les caractères de la vie végétale et d’intenses qualités poétiques. De plus, frayer avec le bois, en caresser la matière, être sensible à son dessin, à la géométrie et à la solidité des volumes, c’est aussi se laisser aller, pour l’équilibriste Nacho Flores, madrilène d’origine, à jouer avec des cubes en bois, avec une discipline constructive, et une volonté d’ordre et de mesure.


L’interprète un peu fou qui s’embarrasse à plaisir de morceaux et fragments de bois, billots, rondins, dont Nacho Flores fait ainsi tout son miel, tel un ours de conte enfantin qui se serait égaré dans un bois d’arbres fabriqués dont les cimes montent au ciel, et aurait choisi par la force des choses de faire l’équilibriste en herbe sur des cubes de bois.


Tesseract  titre éponyme du spectacle, en mathématiques, désigne un hyper-cube, un cube à quatre dimensions. Avec des techniques diverses qui vont de la vieille magie à la 4D ou au placage d’une image sur un objet 3D, l’artiste mathématicien utilise un certain nombre de figures géométriques primaires qu’il s’emploie à déconstruire avec méthode : les cubes appréhendés comme des pixels traduisent alors notre monde numérique.


 Barbe et cheveux lâchés ou bien retenus, au plus proche de la nature Nacho Flores  doit se tenir, en exacte mesure physique  et harmonie corporelle sur quelques piles minces de cubes accumulés, dont il enlève dangereusement tel ou tel autre, histoire de goûter au risque et de voir ses constructions ordonnées avec soin, dévier tout à coup et s’effondrer sec.


 Déviation, décalage, déraillement, les figures se fragilisent sur des équilibres précaires, selon la poursuite imaginaire et bientôt concrète du point de rupture. L’artiste, comme le public, respire d’un même souffle, dans l’attente haletante de la catastrophe à venir qui vient ou pas, s’accomplit brutalement ou pas. Mystère…
 En dépit des chutes à venir, l’équilibriste reconnaît aimer le bois, sa texture, sa lumière, sa flexibilité qu’il fait vivre au son des notes de guitare d’Alessandro Angius, entre ombres et luminosité, apparitions et disparitions. L’artiste de cirque est un enfant ou bien un génie des bois, se plaisant à assembler, à combiner entre eux des cubes, à les modifier, les transformer pour créer de nouvelles formes. Jeux d’illusion grâce au manipulateur d’objets placé dans l’ombre non loin du circassien et grâce aux images projetées sur les tours de cubes, qui les font apparaître comme disparaître par magie.


 Divertissement et récréation ludiques, Nacho Flores se montre ravi quand il présente ce spectacle où il se confronte avec les lois de la gravité, quand il construit des architectures de l’instant, des paysages éphémères et des monuments à forme humaine.


Un spectacle-performance vivifiant, frais et entêtant, à la poésie boisée.


Véronique Hotte
Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan, Paris XIVème jusqu’au 31 mars. Tél : 01 43 13 50 50


Photo : (C)Erik Damiano
 

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Christiane Taubira écrit un feuilleton théâtral pour le Festival d'Avignon

Christiane Taubira écrit un feuilleton théâtral pour le Festival d'Avignon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Un feuilleton quotidien sur les grands textes fondateurs de la démocratie : c’est ce qu’écrit l’ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira pour le prochain Festival d'Avignon, qui se déroulera du 8 au 23 juillet prochain, et dont la programmation a été dévoilée mercredi par son directeur Olivier Py.
Le combat du jour

Olivier Py a invité Christiane Taubira à composer "une grande leçon de démocratie" en choisissant et commentant de grands textes marquants de la conquête des droits. Le feuilleton, joué par des amateurs, des acteurs et des étudiants du Conservatoire, sera mis en scène par Anne-Marie Liégeois sous le titre "On aura tout".

Christiane Taubira écrit pour chaque épisode un texte pour présenter le combat du jour, qu'il s'agisse de la peine de mort, du droit de vote ou du féminisme, et termine la séance par une poésie. Les textes embrassent large, de Virginia Woolf à Victor Hugo, Senghor, Jaurès…

Le format du feuilleton avait démarré il y a deux ans avec "La République de Platon" d'Alain Badiou, et s'était poursuivi l'an dernier avec la troupe de Thomas Jolly sur les grandes heures du Festival, qui fêtait sa 70e édition.

Très populaire, la formule est suivie à la fois par les festivaliers et par les habitants d'Avignon, qui installent leurs pliants dans le jardin bien avant l'heure pour ne pas en rater une miette.

L'ancienne Garde des Sceaux est connue pour son amour de la littérature et de la poésie, dont elle émaille parfois ses discours de citations, d'Aimé Césaire à René Char.

La 71e édition du Festival d'Avignon présente 41 spectacles dont 34 créations, du 6 au 26 juillet. C'est le Japonais Satoshi Miyagi qui donnera le coup d'envoi dans la Cour d'honneur avec la création en japonais d'Antigone de Sophocle.



Photo (c) Kenzo Tribouillard

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Festival d’Avignon 2017 : tout un monde en fusion

Festival d’Avignon 2017 : tout un monde en fusion | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley et Philippe Noisette (avec AFP) dans Les Echos


Pour cette 71e édition, le festival d’Avignon se tiendra du 6 au 26 juillet 2017. SIPA


Une « Antigone «  japonaise dans la Cour d’honneur, Olivier Py à la FabricA, les stars européennes Tiago Rodrigues, Frank Castorf, Katie Mitchell, Guy Cassiers et Israel Galvan, mais aussi un feuilleton « démocratique » de Christiane Taubira et une forte présence africaine... demandez le programme du festival d’Avignon, 71e édition !

L'an dernier, Olivier Py avait frappé très fort en ouvrant le festival d'Avignon avec « Les Damnés » de Visconti revus par la Comédie-Française sous l'égide d'Ivo van Hove dans la Cour d'honneur ; et avec « 2066 », le spectacle fleuve de Julien Gosselin d'après le roman de Roberto Bolano, à la FabricA. Gros succès public et critique dans les deux cas... Pour cette 71e édition, qui se tiendra du 6 au 26 juillet, le directeur du grand rendez-vous théâtral de l'été, fait un pari davantage risqué dans ces deux lieux emblématiques. En effet, il reviendra au Japonais Satoshi Miyagi de mettre en scène un classique, « Antigone » de Sophocle, au Palais des papes (du 6 au 12 juillet) -certes le dramaturge nippon avait charmé les festivaliers en 2014 avec sa version (courte) du Mahabharata, mais il est encore largement méconnu du public français. Parallèlement, Olivier Py, très discret en 2016 (après son « Roi Lear » controversé de 2015), a choisi de s'exposer à nouveau, en portant à la scène sont roman auto-biographique et politique « Les Parisiens » à la FabricA , du 8 au 15 juillet. Miyagi nous promet de l'eau dans la Cour d'honneur. On aura droit à la flamme lyrique du metteur en scène-directeur dans le théâtre ultra-moderne situé à 800 mètres des remparts.

LA MONTÉE DES FEMMES
Bien sûr, le festival ne se résume pas à deux scènes... et à deux spectacles : il en proposera au total 41, dont 34 créations, (avec 37 artistes se produisant pour la première fois à Avignon) en seulement 21 jours. On n'aura vraiment pas de mal à faire son marché dans cette 71ème édition, qui s'annonce encore très politique et plus que jamais ouverte sur un monde en fusion. Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 22 avril à Avignon (doublée le 23 à Paris) Olivier Py a évoqué deux lignes de force. D'abord, une présence féminine accrue. Pas seulement grâce à l'héroïne grecque dans la Cour d'honneur... En tout, 37 % des projets du festival seront portés cette année par des femmes. Avec notamment cette invitation faite à Christiane Taubira, l'ex-Garde des sceaux, d'écrire un feuilleton sur les « droits fondamentaux » - intitulé « On aura tout », il sera orchestré quotidiennement par Anne-Laure Liégeois dans les jardins Ceccano et joué par des élèves du Conservatoire et des amateurs. L'autre pilier d'Avignon 2017 sera la scène africaine, représentée par plusieurs productions chocs, avec, pour clore en beauté le festival, « Femme noire » de Léopold Sédar Senghor, associant Angélique Kidjo, Isaach de Bankolé et le musicien Manu Dibango, dans la Cour d'honneur le 26 juillet.


STARS EUROPÉENNES
Des grands d'Europe seront de la partie : les théâtreux seront ravis de retrouver le trublion allemand Frank Castorf faisant des adieux à la Volksbühne de Berlin avec « Le roman de Monsieur de Molière » d'après le Russe Boulgakov. Le Portugais surdoué Tiago Rodrigues a fait appel à la souffleuse du théâtre national de Lisbonne qu'il dirige, pour monter « Souffle ». Emma Dante, qui avait fait un tabac en 2014 avec les « Soeurs Macaluso », revient avec « Bêtes de scène ». La Britannique Katie Mitchell présentera sa version de la pièce de Jean Genet « Les Bonnes ». Le Belge Guy Cassiers, qui a récemment adapté « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell, s'attellera à un autre récit de l'auteur franco-américain à propos du fasciste Léon Degrelle, « Le Sec et l'Humide ». Quant à l'Australien Simon Stone, il montera « La Maison d'Ibsen ». Côté français, on suivra avec intérêt la création de la jeune Caroline Guiela Nguyen « Saïgon », le « Roberto Zucco » forcément débridé de Yann-Joël Colin et « L'impromptu 1663 - Molière et la querelle de l'École des femmes » mis en scène par le comédien-français Clément Hervieu-Léger. Autre évènement glamour de cette édition 2017: un spectacle musical conçu par Juliette Binoche et Alexandre Tharaud « Vaille que vivre » autour de Barbara.


FLAMENCO ET DANSE D'AFRIQUE
Le Festival d'Avignon se devait aussi de célébrer avec fracas la danse dans ce lieu mythique qu'est la Cour d'honneur. En invitant Israel Galvan le « dynamiteur » du flamenco pour une création au titre moqueur, « La Fiesta », Olivier Py place la barre très haut. Dans la foulée du Sévillan, le programme danse de cette édition met surtout l'Afrique en valeur ( Kettly Noël, Seydou Boro et Salia Sanou, Boyzie Cekwana sans oublier le formidable « Kalakuta Republik » de Serge Aimé Coulibaly un des succès assurés du festival). Un trio de femmes puissantes sera de la fête avec Ambra Senatore, Dorothée Munyaneza et Nadia Beugré. Enfin, à Avignon, la danse aime voyager partout, que ce soit avec le Grec Dimitri Papaioannou ou le Samoan Lemi Ponifasio. Raphaêl Cottin et Radhouane El Meddeb compléteront cette belle affiche estivale en mouvement.



(avec AFP)
@pchevilley-
@philippenoisett

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Le Pas grand chose de et par Johann Le Guillerm

Le Pas grand chose de et par Johann  Le Guillerm | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe du Vignal dans théâtre du blog :



Créé par la Plateforme 2/Pôles Cirque en Normandie, La Brèche à Cherbourg et le Cirque-Théâtre d’Elbeuf, SPRING est un festival de cirque contemporain à l’échelle de toute la Normandie. Avec des spectacles axés sur les nouvelles écritures du cirque. Johann Le Guillerm, issu de la première promotion du Centre National des arts du cirque, a travaillé avec Archaos, puis participé ensuite à la création de la Volière Dromesko et co-fondé le Cirque O. En 1994, il a créé sa compagnie: Cirque ici, avec un solo, Où ça.
 Il obtient le grand Prix national du Cirque il y a vingt ans et le Prix des arts du cirque SACD ( 2005). Avec Attraction, (2002) il interrogeait déjà l’équilibre des formes, le mouvement et l’impermanence,  bien au-delà des disciplines traditionnelles du cirque. Avec Secret, et des installations comme La Motte et Les Imperceptibles, il invente des sculptures en mouvement, ou Les Architextures, sculptures auto-portées, et Les Imaginographes, outils d’observation.


 Il y a quatre ans,  il a créé La Déferlante pour l’Espace Chapiteau de la Villette à Paris. Depuis 2011, Johann Le Guillerm est soutenu et accueilli en résidence de recherche par la Mairie de Paris, au Jardin d’Agronomie tropicale. Maintenant bien connu, il continue à créer des spectacles où il se sert surtout d’éléments de physique, mais aussi de botanique, etc. Passionné par l’expérimentation puis par la construction d’objets et par une mise en  scène très personnelle.


Ici, il entre seul, en costume gris, traînant une petite carriole, comme celle autrefois des marchandes de quatre saisons, qui comporte une dizaine de tiroirs enfermant ses accessoires. Puis il dresse deux mâts avec  projecteur et caméra qui va retransmettre sur grand écran les schémas, dessins et écritures qu’il fait à la craie sur le couvercle horizontal de cette carriole. Il manipule ainsi des séries de schémas de formes, et de chiffres montrant par exemple toutes les parentés possibles entre le 9 et le 6, entre le 4 et le 7. Ou grand moment du spectacle, il fait sautiller trois bananes sur elles-mêmes mais seule, l’une des trois gagnera avec cinq sautillements!!!! ???



Pas facile de résumer un spectacle aussi riche que parfois déroutant! Ce conférencier sinistre a quelque chose du professeur Nimbus et Buster Keaton réunis. Avec une excellente gestuelle et une tout aussi excellente  diction, il emmène son public là où il veut, dans un comique et un délire complet, à la fois logique et absurde. Comme avec ce petit cadre en carton qui va s’animer tout seul.  Aussi troublant que poétique…



Il fait aussi passer au volume,  avec quelques coups de vaporisateur d’eau, un entrelacs en deux dimensions, qui semble alors prendre son indépendance. Bien connu des physiciens comme des artistes, on retrouve aussi ces entrelacs dans les arts plastiques comme entre autres, avec les fameux nœuds de l’art celte, puis dans les vitraux cisterciens aux lignes rigoureuses comme ceux de l’abbaye d’Aubazine  qui auraient inspiré à Coco Chanel, qui les a connus, enfant, son célèbre logo. C’est dire que Johan Le Guillerm est tout autant sculpteur qu’homme de cirque!
Il parle beaucoup mais on écoute émerveillé, le discours absolument déjanté de cette vraie/fausse  conférence sur le pas grand-chose: «Démêler le monde pour créer mon propre sac de nœuds, ne me sembla pas plus limpide que l’original. La seule chose qui m’apparaissait clairement, était que je n’y voyais pas mieux. (…)D’où que je parte, je me retrouve très vite dans une arborescence (explosive) régénérante recyclable. Forme d’imbroglio labyrinthique illisible. Plus j’y regarde et moins j’y vois. Plus j’avance, plus je me perds. (…) Confronté à mes facultés de décryptage du monde, mes ambitions sont encore trop prétentieuses. Je dois m’attaquer à quelque chose de bien plus modeste. Quelque chose de vraiment pas grand-chose. Presque pas quelque chose. Pas quelque chose. Rien ? 0 ? 0 , 1. Un quelque chose.»


 Johann Le Guillerm, avec la manipulation de quelques objets, joue sans cesse avec le déséquilibre physique mais aussi mental, jusqu’au vertige de la pensée. « Mon projet, travailler le mouvement de l’objet et celui du corps qui évoluent ensemble, comme s’ils ne faisaient qu’un. » (…) Tant qu’à vouloir faire le point sur le monde qui m’entoure en tentant une diffraction globale, faire le point sur le point me semble finalement une ambition raisonnable et irréductiblement modeste. » Tout est dit ou presque de celle lutte permanente de l’homme avec l’objet.


Et on est happé par ce tourbillon permanent d’intelligence et de fausse logique : on a donc intérêt à être attentif à cette vision un peu particulière du monde, c’est à dire portée à un haut degré d’incandescence poétique. On regarde émerveillé, fasciné par son discours et par ces formes, ces schémas et ces étranges mais très simple petites machines-tous très bien retransmis sur grand écran-qui font parfois penser à celles du génial Tadeusz Kantor, autre grand artiste qui faisait le grand écart permanent entre spectacle et arts plastiques. 


Comme dans Secret, Johann Le Guillerm cherche à dompter la matière même des objets. En équilibre des plus instables sur un haut tabouret perché sur sa carriole, il défiera les lois de la gravité et de la création du mouvement mais on ne vous en dira pas plus pour vous laisser la surprise de cette fin aussi stupéfiante!
A la base de tout ce spectacle, une bonne dose de poésie, un peu de mystère aux yeux des non initiés en physique comme la plus grande partie du public et une sacrée expérience du spectacle en solo qui lui permet avec  les objets qu’il a créés, et qui n’ont rien d’accessoires, d’offrir une autre perception de la réalité.  


Impressionnant d’intelligence mais aussi de sensibilité au monde.
On voit rarement des spectacles aussi rigoureusement menés, même si ce qui s’y passe, est parfaitement invraisemblable sur une scène, et donc très vrai, très juste! Il suffit de se laisser embarquer… quel bonheur scénique ! Le public d’Elbœuf, ravi de ce cadeau, a fait une longue ovation très méritée à ce solo. On vous avait déjà recommandé Le Vol du rempart (voir Le Théâtre du blog) comme à M. Laurent Wauquiez, grand pourfendeur des écoles de cirque. Quitte à paraître gâteux, on lui recommande aussi d’aller voir Johann Le Guillerm.


Ce Pas Grand chose est à coup sûr, vous l’aurez compris, un des meilleurs spectacles de ces dernières années: allez-y sans hésiter. C’est à l’honneur du Festival Spring d’avoir accueilli sa création.



 Philippe du Vignal


La septième édition du Festival Spring se déroule du 9 mars au 14 avril, dans toute la Normandie.
Le pas grand chose a été créé au Cirque Théâtre d’Elbeuf, le 9 mars .
Centre Dramatique National de Caen, le 17 mars. Le Monfort à Paris, du 21 mars au 1er avril.
Le Volcan,/Scène nationale du Havre, les 4, 5, 7 et 8 avril.
Les Treize Arches /Scène conventionnée de Brive, les 11 et 12 avril.
Tandem :Hippodrome de Douai /Théâtre d’Arras, les 3 et 4 mai.

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Hortense Archambault : « Rassembler des gens qui ne se ressemblent pas »

Hortense Archambault : « Rassembler des gens qui ne se ressemblent pas » | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Propos recueillis par Brigitte Salino dans Le Monde


La directrice de la MC93 de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, estime que « la plus grosse barrière à la diversité est psychologique ».


Rencontrer, parler, innover : tel est le credo d’Hortense Archambault. Convaincue qu’il faut repenser le théâtre public, l’ancienne codirectrice du festival d’Avignon veut que le public se réapproprie, ou s’approprie, la MC93 de Bobigny, qui a essaimé dans la Seine Saint-Denis pendant les travaux de rénovation, et mené de nombreuses actions pour diversifier le public, en l’associant à la marche du théâtre. La réouverture aura lieu le 23 mai, avec Mahler Projekt d’Alain Platel.


Vous dirigez la MC93 depuis un an et demi. Qu’avez-vous appris sur la banlieue et la culture en banlieue ?

En tous cas, je ne peux pas dire que j’ai découvert la banlieue en arrivant à Bobigny. Je savais un peu vers quoi j’allais, notamment à travers deux passages professionnels : Les rencontres des cultures urbaines à La Villette, où pour la première fois j’ai rencontré une culture totalement éloignée de mon histoire esthétique et familiale, et le projet de la FabricA à Avignon, où il s’agissait de se rapprocher vraiment des personnes qui habitent un quartier. A Bobigny, il y a plutôt des choses qui se sont raffermies : d’abord, le fait qu’on y trouve une aspiration à la beauté, à la poésie . C’est une aspiration profonde, très partagée. On s’en rend compte dans les discussions : souvent, les gens ne parlent pas d’art ou de spectacle, mais de poésie.

L’autre chose frappante, c’est que la complexité qu’on éprouve tous par rapport à la réalité du monde se retrouve d’une façon très prégnante, notamment dans les quartiers dits populaires, parce que le monde entier est là. Les questions des codes, des cultures, des langues, de la religion, etc. traversent la banlieue, ainsi que tous les paradoxes de notre époque. En arrivant à Bobigny, j’avais l’intuition qu’un théâtre public a une place vraiment particulière à occuper dans cet espace-là.

Laquelle ?

Il faut repenser le théâtre public. Il est un peu déligitimé, aujourd’hui, parce que les gens ont l’impression qu’il a été confisqué par quelques-uns.

Par une élite ?

Je ne sais pas si c’est une élite, parce qu’on a un problème dans le spectacle : une partie des élites, intellectuelles, économiques et politiques, n’y vient plus. Tout se passe comme si le théâtre public n’était plus quelque chose de partageable, alors qu’il est un endroit de lien à nul autre pareil, je pense. Il y a dans la représentation théâtrale une puissance symbolique extrêmement forte, dont on a peut-être oublié de se dire qu’elle existe. Ce qui m’intéresse, c’est de réfléchir à cette question, et de faire que le théâtre public redevienne un endroit de rassemblement. Et cela passe par l’idée que les gens puissent se le réapproprier. Ou se l’approprier.

Lire aussi notre reportage de la série « La culture en Campagne » : Lever de rideau sur la diversité

Comment y parvenir?

Je pense qu’il y a un vrai travail à faire pour rouvrir concrètement nos théâtres, qui se sont plutôt fermés, ces dernières années, à cause de la diminution des crédits : ils ne sont plus ouverts dans la journée, les programmations sont plus courtes, et tout est concentré, pour des raisons d’efficacité, sur le moment de la représentation. Bien sûr, la représentation est au cœur de la vie du théâtre. Mais autour, avant et après, il y a plein de choses. Le message qu’il faut faire passer, c’est qu’il n’y a pas besoin de prérequis pour entrer dans un théâtre. Pour cela, il faut travailler sur des problèmes extrêmement concrets, l’accessibilité, le prix, la garde des enfants..., et réfléchir à des sujets très intéressants, comme la première fois où l’on voit du théâtre, la perception qu’on a d’une représentation. On constate souvent que les gens s’empêchent de penser par eux-mêmes. Ils disent qu’ils n’ont rien compris, et en fait, quand on parle avec eux, on voit qu’ils ont tout compris.

Avez-vous mis en place des actions particulières ?

On a lancé plein de projets, à travers ce qu’on a appelé « La fabrique d’expériences ». Cette idée d’expériences nous rend très libres, y compris dans notre relation à l’évaluation, et aux politiques, à qui on a demandé de nous accompagner, en sachant que certaines choses fonctionneraient, et d’autres pas. On a ainsi mis en place un comité de spectateurs-compagnons, c’est-à-dire des spectateurs particulièrement engagés dans la vie du théâtre, avec qui on discute des questions pratiques, mais pas seulement : je leur parle aussi de mes problématiques, on réfléchit ensemble. On a aussi mis en place des résidences d’artistes. C’est très important, la présence d’artistes, parce qu’avec eux on est au cœur du sujet, de la symbolique dont je parlais. Ces artistes travaillent avec des centres sociaux, des associations, des établissements scolaires... Et ils travaillent sur une longue durée, ce qui nous permet d’établir un partage, un langage commun, avec plein de gens différents.

Quelle est pour vous la plus grosse barrière à la diversité ?

Elle est psychologique. C’est celle énoncée par Pierre Bourdieu : on s’empêche d’avoir une pratique sociale parce qu’on pense qu’elle ne s’adresse pas à soi, et qu’on a intégré cet empêchement. Il faut trouver comment rompre cette barrière. La question n’est pas de se dire que tout le monde va aller au théâtre ; ce qui est scandaleux, c’est qu’on soit dans l’inégalité totale de l’autorisation. Moi, ce qui m’intéresse, c’est que les gens choisissent, justement. Qu’ils sachent pourquoi ils viennent, ou ne viennent pas. La rencontre avec le théâtre ne nous appartient pas. On doit essayer de donner les meilleures conditions pour qu’elle se fasse. Après, elle se fait, ou elle ne se fait pas.

Une chose me frappe, par exemple, en Seine Saint-Denis : il y a beaucoup de classes moyennes issues de la diversité. Elles ont des moyens, sortent au restaurant, vont voir des films ou écouter de la musique, mais ne viennent pas beaucoup dans nos salles. Pourquoi ? Parce qu’elles ne se sentent pas concernées ? L’enjeu est de les rencontrer, de parler, pour éventuellement modifier leur perception et leur image du théâtre. Je pense aussi qu’il faut agir à travers certains médias, certains réseaux sociaux, sur lesquels on n’est pas du tout présents, alors qu’on devrait l’être, parce que ce sont ces réseaux qui s’adressent à certaines communautés.

Toute la difficulté, par rapport à la diversité, consiste à s’adresser à différentes communautés sans aller vers le communautarisme. Pour moi, ce serait un échec total. Quand je parle de mon projet à Dieudonné Niangouna, il me dit : « Tu veux un lieu qui rassemble des gens qui ne se ressemblent pas. » Oui, c’est ça, et c’est un enjeu qui m’intéresse au-delà de la question du théâtre, en fait. Il faut travailler à ce rassemblement, et assumer le fait que le partage des codes va peut-être nous paraître bizarre.

Est-ce que cela passe par un renouvellement des œuvres?

Une chose est certaine : il y a des récits manquants, des gens dont on ne parle pas, et qu’on n’entend pas sur les scènes. Je pense aux classes populaires, à la colonisation, à la ruralité, par exemple. Il faut aussi veiller à ce que les codes dominants ne soient pas ultra-dominants. Si on propose d’autres spectacles, d’autres histoires, d’autres langues, on aura une multiplicité des entrées qui permettra, à terme, de diversifier les publics.

Et pour les acteurs, qu’envisagez-vous?

Il y a de plus en plus d’acteurs issus de la diversité, mais la plupart de nos scènes sont monochromes. Dans la programmation de cette année, j’ai fait attention à ce qu’il y ait la même diversité sur scène que dans le public : cela modifie le regard de tout le monde. J’assume cette démarche, qui est un peu volontariste, mais qui ne m’a demandé de faire aucune concession sur l’exigence artistique. On peut tout à fait être attentif à la diversité sans en faire un critère. Le jour où je me dirai : il faut tel quota de telle communauté, j’aurai échoué.

Le prix des places a beaucoup augmenté, ces dernières années, dans le théâtre public. C’est un frein à la fréquentation. Que proposez-vous, à Bobigny ?

Il n’y a plus d’abonnement. On le remplace par un laisser-passer illimité, qui s’inspire de celui pratiqué par certains cinémas. Les gens paient 7 euros par mois, et s’engagent sur dix mois. Cette somme est prélevée chaque mois, ce qui la rend très gérable, même pour les budgets contraints. Et elle permet de voir autant de spectacles que l’on veut. On envisage aussi de nouveaux horaires : le samedi 18 heures, et des représentations l’après-midi en semaine, pas pour les scolaires : beaucoup de gens sont sont libres l’après-midi, et pas le soir. Ca, c’est une proposition des spectateurs-compagnons.

La MC93 rouvrira le 23 mai, après rénovation. Est-ce que le désir d’ouverture dont vous parlez va se traduire dans l’architecture ?

Le projet de rénovation est très beau. Je peux d’autant plus le dire que ce n’est pas moi, mais mon prédécesseur, Patrick Sommier, qui l’a choisi. Un des points sur lesquels j’ai tout de suite agi, quand je suis arrivée, c’est de penser le hall d’entrée avec les usagers. Quels besoins avez-vous, avant et après les spectacles ? Quel mobilier voulez-vous ? Est-ce que vous avez envie d’être tranquilles, ou entourés ?...En tenant compte de toutes les questions, l’architecte a pensé le hall comme « un lieu de tous les possibles », selon son expression. Ce sera donc un lieu très vaste, qu’on va habiter progressivement. Un lieu de vie.

Brigitte Salino
Journaliste au Monde


Photo (c) Ilka Kramer

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Tesseract, conception et interprétation Nacho Flores

Tesseract, conception et interprétation Nacho Flores | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello


Tesseract, conception et interprétation Nacho Flores

(tout public à partir de 6 ans)

 « Matériau noble » et résistant, le bois conserve symboliquement les caractères de la vie végétale et des qualités de pouvoir poétique intense. De plus, frayer avec le bois – en caresser la matière, être sensible à son dessin, à la géométrie et à la solidité des volumes -, c’est aussi se laisser aller, pour l’équilibriste Nacho Flores, madrilène d’origine, à jouer avec des cubes… en bois – discipline constructive, volonté d’ordre et de mesure.

Sans parler de la dimension de l’équilibre sollicitée par l’interprète un peu fou qui s’embarrasse à plaisir de morceaux et fragments de bois, billots, rondins, mais non, de « cubes » dont Nacho Flores fait ainsi tout son miel, tel un ours de conte enfantin qui se serait égaré dans un bois d’arbres fabriqués dont les cimes montent au ciel, et aurait choisi par la force des choses de faire l’équilibriste en herbe sur cubes de bois.

Tesseract – titre éponyme du spectacle – est un terme mathématique qui désigne un hyper-cube, un cube à quatre dimensions. Avec des techniques diverses qui vont de la vielle magie à la 4D ou au mapping tendance – placage d’une image sur un objet 3D -, l’artiste mathématicien ou géomètre utilise un certain nombre de figures géométriques primaires qu’il s’emploie à déconstruire avec méthode : les cubes appréhendés comme des pixels traduisent notre monde numérique.

Barbe et cheveux lâchés ou bien retenus, l’interprète est au plus proche de la nature.

Non seulement il lui faut se tenir en exacte mesure physique – harmonie corporelle – sur quelques piles minces plus ou moins déconstruites de cubes accumulés, dont il enlève lui-même dangereusement tel cube ou tel autre, histoire de goûter au risque et de voir les construction ordonnées avec soin dévier tout à coup et s’effondrer sec.

Déviation, décalage, déraillement, les figures désaxées se fragilisent sur de délicats équilibres, selon la poursuite imaginaire et bientôt concrète du point de rupture. L’artiste – comme le public – respire d’un même souffle dans l’attente haletante de la catastrophe à venir qui vient ou pas, s’accomplit brutalement ou pas. Mystère.

En dépit des chutes à venir, l’équilibriste reconnaît aimer le bois, sa texture, sa lumière, sa flexibilité qu’il fait vivre au son de la musique live et des notes de guitare d’Alessandro Angius, entre ombres et luminosité, apparitions et disparitions.

L’artiste de cirque est un enfant ou bien un génie des bois, se plaisant à assembler, à combiner entre eux des cubes, à les modifier, les transformer pour créer de nouvelles formes. Jeux d’illusion et de manipulation grâce au manipulateur d’objets placé dans l’ombre non loin du circassien et grâce aux images projetées sur les tours de cubes, qui les font apparaître, spectaculairement, comme disparaître par magie.

Amusement, divertissement et récréation ludiques, Nacho Flores se montre ravi quand il se confronte avec les lois de la gravité, quand il construit des « architectures de l’instant », des « paysages éphémères » et des « monuments à forme humaine ».

Un spectacle-performance revivifiant, frais et entêtant, à la poésie boisée.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité Internationale, du 20 au 31 mars, lundi, mardi et vendredi 20, jeudi et samedi 19h, dimanche 16h, relâche mercredi. Tél : 01 43 13 50 50

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Programme du 71e Festival d'Avignon : une préférence internationale

Programme du 71e Festival d'Avignon : une préférence internationale | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan



Hier Olivier Py, debout, au centre de la scène du si beau théâtre du Conservatoire de Paris (cette école nationale dont il avait été naguère l'élève), présentait le programme très international du prochain Festival d’Avignon qui, chaque année, trois semaines durant, en juillet, entend être le centre du monde (théâtral).

430 rendez-vous, 257 « levers de rideau », 50 lieux. C’est du lourd. On aurait aimé un peu moins de spectacles avec une durée de vie plus conséquente. Donner un peu de temps au temps. Et non, il faut nourrir la bête, le marché, lequel est insatiable, en veut toujours plus. Conséquence : des spectacles à la durée de vie de plus en plus courte, ce qui est dommageable, surtout pour les compagnies les plus fragiles. La quasi-totalité des spectacles du Festival ne se donneront au mieux que six ou sept fois, que les metteurs en scène soient très connus et très attendus ou non, ce qui promet des batailles homériques pour obtenir l’un des 120 000 billets proposés à la vente. Précisons toutefois qu’une partie des spectacles du Festival sera à l’affiche de divers théâtres en France la saison prochaine.

 Du Japon à l’Australie

Ainsi verrons-nous à Avignon les dernières productions de Frank Castorf (d’après Le Roman de monsieur de Molière de Boulgakov), Guy Cassiers (Le Sec et l’Humide d’après le livre de Jonathan Littell écrit en marge des Bienveillantes, et un autre spectacle en tandem avec Maud Le Pladec à partir du récent texte de Elfriede Jelinek, Les Suppliants), Katie Mitchell (Les Bonnes de Genet). Le Japonais Satoshi Myagi (venu il y a quelques étés avec une étonnante version du Mahabharata) ouvrira le Cour d’honneur du Palais des papes avec Antigone de Sophocle (« on a toujours besoin des Grecs », a lancé le professoral Py). Israel Galvan lui succèdera, ce qui ne déplaira pas à Georges Didi-Huberman qui a consacré un ouvrage à cet homme phénomène du Flamenco.

Si le Portugais Tiago Rodrigues va créer une nouvelle pièce (Souffle, les confessions de la souffleuse du théâtre national de Lisbonne), si une autre de ses pièces se retrouve dans la catégorie « théâtre jeune public » aux côtés d’une pièce de Pierre-Yves Chapalain et d’une autre d’Olivier Balazuc, la création de pièces nouvelles est un des points faibles de cette édition, même si l’auteur-metteur en scène-directeur Olivier Py créera une version scénique de son épais roman Les Parisiens à la Fabrica. Magnifique lieu, où lui succèdera un spectacle, inclassable et donc classé dans la catégorie « indiscipline », dont on ne sait rien, pas même le titre, no comment revendiqué par son auteur le Grec Dimitris Papioannou.

De l’Afrique à Taubira

C’est dans cette catégorie « indiscipline » que se nichent des formes nouvelles d’écritures hybrides, ceci expliquant en partie le déficit de nouveaux auteurs. On note dans cette catégorie un spectacle signé Lemi Ponifasio, qui nous vient d’Auckland, à partir d’un texte d’une poétesse syrienne, et une création de Dorothée Munyaneza qui ouvrira l’un des points forts : une présence affirmée de l’Afrique, et pas seulement de l’Afrique francophone. Huit pays seront à l’honneur, dont le Rwanda. Musique, danse, théâtre et une soirée dans la Cour d’honneur du Palais des papes sera consacrée au texte célèbre de Léopold Sédar Senghor, Femme noire .

Une soirée qui ne devrait pas déplaire à Christiane Taubira à qui Olivier Py a eu la bonne idée de confier le feuilleton quotidien qui, chaque jour à midi, fait les délices du jardin Ceccano. Sous le titre prêtant à confusion On aura tout, elle choisira dans sa riche mémoire, dans sa bibliothèque fournie et dans des archives d’assemblée et autres des textes parlant de l’homme, de la femme et de leurs droits. Les textes seront mis en scène par Anne-Laure Liégeois et portés en bouche par de jeunes acteurs, en particulier par des élèves du Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris.

De Saïgon à la prison d’Avignon

C’est dans cette école qu’Olivier Py a été formé, et c’est l’école nationale invitée cette année. On y verra les élèves dans des mises en scène signées Yann-Joël Collin, François Cervantès et Clément Hervieu-Léger. Mais on n’y verra pas, hélas, un extraordinaire spectacle de clowns, présenté il y a quelques semaines (en parallèle du passionnant Roberto Zucco de Collin) par une partie de la promotion sortante ; une absence incompréhensible.

Autre centre d’intérêt habituel du Festival, les créations de la nouvelle génération de metteurs en scène hexagonaux. Caroline Guiela Nguyen explore son passé familial (et pas seulement) dans Saïgon ; Pascal Kirsch dont le dernier spectacle était une merveille et devient enfin reconnu, vient à la rencontre de La Princesse Maleine de Maeterlinck ; la toujours surprenante Fanny de Chaillé propose Les Grands à partir des textes du trop rare Pierre Alferi ; le Birgit ensemble poursuit son tour d’Europe avec Mémoires de Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes.

D’Italie viendront Emma Dante (une habituée) et Antonio Latella (un projet à partir des Atrides), d’Australie via Amsterdam on découvrira Simon Stone (autour d’Ibsen), de Géorgie les marionnettes admirables de Rézo Gabriadze nous enchanteront à coup sûr (une histoire d’amour entre deux locomotives soviétiques), du centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet un Hamlet aura une permission spéciale pour être joué par des détenus à la Maison Jean Vilar. Un spectacle, fruit d’un long atelier, mis en scène par Enzo Verdet et Olivier Py, lequel ne vit pas seulement à Avignon les mois d’été.

Etc. J’en oublie. Et je n’ai rien dit des rencontres, des débats, des films à Utopia, de la soirée Barbara avec Juliette Binoche et Alexandre Tharau. Je n’ai surtout rien dit des indispensables « Sujets à vifs » qui chaque année provoquent des duos surprenants et qui, pour fêter leurs 20 ans, s’offrent le bonus des facéties proposées par Frédéric Ferrer.

L’affiche, très intrigante (bon signe), est signée Ronan Barrot qui exposera ses œuvres à l’église des Célestins. On y voix deux corps. Le premier de dos, regarde vers la gauche tout en écartant les bras comme pour protéger l’autre corps, celui, s’accrochant peut-être à ce dos et lui aussi de dos, regarde vers la droite. Cette seconde personne, plus frêle, semble porter quelque chose dans son dos. Un sac à dos ? Un enfant ? Qui sont-ils ? Des voyageurs ? Des marcheurs ? Des festivaliers ? Des sans logis ? Des réfugiés fuyant un danger ?

Festival d’Avignon du 6 au 26 juillet. Programme complet début mai. Ouverture de la billetterie le 12 juin.

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A Aubervilliers, le théâtre et la politique font cause commune - Libération.fr

A Aubervilliers, le théâtre et la politique font cause commune - Libération.fr | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Interview réalisée par Mona Prudhomme, journaliste pour Enlarge your Paris (blog de Libération)



Pour Marie-José Malis, directrice de La Commune à Aubervilliers (93), le théâtre est éminemment politique. Ce qu'illustre parfaitement "Pièce d’actualité N°8 - Institution" présentée jusqu’au 26 mars. Nous nous sommes entretenus avec cette artiste militante.
Interview réalisée par Mona Prudhomme, journaliste pour Enlarge your Paris

Quel rôle le théâtre peut-il jouer dans l’une des villes les plus pauvres de France ? Cette question, Marie-José Malis se l’est posée dès son arrivée en janvier 2014 à la tête du théâtre de La Commune à Aubervilliers (93). L’une de ses réponses a été d’instituer un cycle intitulé Pièce d’actualité, dont le but est de dépeindre la réalité des habitants. Une autre de ses réponses est intervenue après les attentats de 2015 par le biais de l’Ecole des actes, une école gratuite et ouverte à tous pour apprendre le français et débattre du quotidien des populations d’Aubervilliers. Entre deux représentations de sa Pièce d’actualité N°8 – Institution, Marie-José Malis partage avec nous ses convictions et ses aspirations.

En quoi le théâtre est-il selon vous primordial au débat public ?

Marie-José Malis : Le théâtre a toujours eu un rôle politique. Encore aujourd’hui, il est l’un des seuls espaces publics libres et ouvert à tous. Il n’y a pas d’assemblée publique organisée par l’Etat et plus personne ne va aux comités de délibération municipaux. Quand aux universités, elles restent malgré elles très spécialisées. C’est l’essence même du théâtre que de montrer les impasses et les maux de la société. C’est le lieu du courage collectif par excellence. Le courage de voir ce qui ne fonctionne pas et le courage de prendre des décisions.

Comment a émergé le concept de «Pièce d’actualité” ?

Dès que nous nous sommes installés à La Commune, il nous a paru évident de se questionner : Comment faire du théâtre à Aubervilliers, l’une des destinations phares des migrants ? Ici, l’intensité des problèmes sociaux est telle que nous devions l’intégrer à notre façon d’appréhender le théâtre. Dans une ville de banlieue aussi emblématique qu’Aubervilliers, qui vient au théâtre ? L’idée de la Pièce d’actualité est de convoquer des artistes différents à chaque fois afin de varier les points de vue. Plus tard, cela nous permettra d’analyser avec recul ces anciennes bribes d’actualité. Dès le début, on a souhaité mêler professionnels et amateurs pour favoriser le rapprochement entre les lieux culturels et les populations et éviter de tomber dans l’entre-soi. Le procédé est devenu célèbre grâce à la pièce d’Olivier Coulon-Jablonka, mise en scène avec des sans-papiers d’un squat d’Aubervilliers et qui a notamment été présentée au Festival d’Avignon.

Pour cette huitième Pièce d’actualité, vous dénoncez la situation des foyers d’ouvriers immigrés. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Je me suis intéressée à ce sujet par militantisme. C’est notamment grâce au philosophe Alain Badiou que j’ai su ce qui se passait dans ces foyers, pour la plupart construit dans les années 70. Au début des années 2010, l’Etat a décidé de transformer un à un tous les foyers d’ouvriers étrangers en logements sociaux. Ces foyers, qui dépendent du ministère de l’Intérieur, sont soumis à une juridiction spéciale : les occupants paient un loyer mais ne sont pas libres d’inviter qui ils veulent dans leurs chambres. Le fait d’y introduire des logements sociaux a été perçu par les ouvriers comme un assaut contre leur vie collective. Les espaces communs ont été divisés afin d’en faire des chambres. De plus, les loyers ont été augmentés car on part du principe que la nouvelle population aura droit à des aides au logement. Ce qui bien sûr n’est pas le cas pour un travailleur étranger qui est venu seul et qui doit nourrir sa famille restée à l’étranger. Lors des réunions auxquelles j’ai assisté, les ouvriers expliquent en quoi ces lieux de vie collectifs les aident à tenir, à ne pas s’isoler et à s’entraider financièrement, en cuisinant à plusieurs par exemple.

Sur scène, un ouvrier du foyer Procession à Paris est présent parmi les acteurs et témoigne de sa réalité. Comment avez-vous conçu la mise en scène de la pièce ?

Je voulais rendre hommage aux ouvriers du foyer Procession, à leur démarche collaborative de laquelle résulte cette brillante publication La raison des ouvriers du monde (2011), un recueil-manifeste sur la situation de ces ouvriers étrangers victimes du système. Koulibali, arrivé en France en 1974, est là pour témoigner de son quotidien dans ces foyers maintenant totalement transformés. Je l’ai embauché pour la pièce, il est tous les soirs sur scène comme représentant de sa communauté. Je ne lui ai rien imposé puisqu’il présente son propre rôle. Il improvise.


Lors de la deuxième partie de la pièce, il est question de l’Ecole des actes, que vous avez initiée il y a deux ans. Pouvez-vous expliquer ce projet citoyen atypique ?

Lorsque nous avons pris la direction de La Commune, nous avons reçu de nombreuses demandes venant d’artistes, d’intellectuels et d’étudiants, concernant la programmation. La ville manquait d’un lieu expérimental où les pratiques artistiques seraient liées au territoire. Pendant un an, 80 personnes se sont réunies chaque semaine pour réfléchir à la place du théâtre dans la société. Nous cherchions à établir ensemble de nouveaux chemins politiques où les plus pauvres seraient eux aussi acteurs de leur avenir.

Après les attentats de 2015, nous avons senti l’urgence de passer à l’action, de sortir de notre longue réflexion. C’est alors que l’idée d’une école gratuite et ouverte à tous est apparue. L’été dernier, nous avons collé des affiches, traduites dans toutes les langues parlées à Aubervilliers, et petit à petit les futurs élèves sont arrivés au théâtre. Nous avons dû arrêter les inscriptions à 180 personnes. Le besoin était encore plus grand que ce que nous pensions. Chaque classe se déroule ainsi : elle débute par deux heures d’apprentissage du français suivie d’une heure de libre parole. Les comptes-rendus de ces prises de paroles nous servent actuellement à rédiger une charte pour l’accueil des plus faibles. Récemment, nous avons aussi élaboré une lettre qui sera adressée aux employeurs qui ne paient pas les sans-papiers travaillant pour eux. De nombreux élèves ont témoigné de ces injustices dont souffrent leur famille. On constate que cette exploitation vient souvent de personnes elles-même anciennement exploités.




Extraits du manifeste de l’Ecole des actes, rédigé en septembre 2015, jamais publié mais distribué actuellement au public pendant la Pièce d’actualité N°8-Institution :

“Nous, étudiants, gens de théâtre, philosophes, groupe de gens gravitant autour du théâtre de la Commune, avons décidé de prendre au sérieux la déclaration des jeunes gens d’aujourd’hui plusieurs fois entendue : La France, aujourd’hui, c’est mort.”

“Nous n’acceptons pas de vivre et de travailler dans un pays où nous avons chaque jour le sentiment de vivre sous occupation de l’Etat.”

“Premièrement, le théâtre (acte et lieu) n’existe massivement pas aux yeux des gens, parce que les gens, la vie d’une grande partie des gens qui vivent aujourd’hui dans ce pays, n’existent pas aux yeux de l’Etat. (...) Deuxièmement, le théâtre comme lieu doit trouver un chemin pour rendre justice aux gens dont la vie n’est aujourd’hui aucunement comptée positivement par l’Etat.”

PIÈCE D’ACTUALITÉ N°8 - INSTITUTION, THÉÂTRE DE LA COMMUNE, 2 RUE EDOUARD-POISSON, AUBERVILLIERS (93). JUSQU’AU DIMANCHE 26 MARS. SAMEDI À 18H ET DIMANCHE À 16H. TARIFS : DE 6€ À 24€. RÉSERVATIONS EN LIGNE. PLUS D’INFOS SUR WWW.LACOMMUNE-AUBERVILLIERS.FR


Photo : "Pièce d'actualité n°8 - Institution" / @ Willy Vainqueur

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Jean Quentin Chatelain en enfer

Jean Quentin Chatelain en enfer | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joelle Gayot sur le site de son émission sur France Culture : Une saison au théâtre


jean Quentin Chatelain, acteur dans Une Saison en enfer, mis en scène par Ulysse di Gregorio (lucernaire)


Qu’est-ce que Jean-Quentin Chatelain, acteur suisse, acteur fauve, acteur terrien mais aérien, massif mais léger, expressif mais intérieur, qu’est-ce que Jean-Quentin Chatelain, donc, a compris de son art lorsque, enfant, il regardait sa mère sculpter ou écoutait plaider son père, avocat ?

Comment lui est venue l’intuition de la place à saisir dans la citadelle des mots qu’il emprunte aux auteurs et qu’il fait siens, sur les scènes des théâtres ?

Qu’il joue avec Claude Régy ou traverse des monologues, le comédien engage avec les textes une danse lascive, presque érotique. Et quand il ne danse pas, il combat, dans un impérieux et brutal corps à corps. Avec Une Saison en enfer, d’Arthur Rimbaud, véritable délire d’images enchevêtrées, d’imprécations furieuses, de paroles tranchantes, d’évocations somptueuses, (ce spectacle est présenté actuellement dans une petite salle du Théâtre du Lucernaire à Paris), Jean-Quentin Chatelain, sous la direction du metteur en scène Ulysse di Gregorio, nous emmène loin, très loin, dans ce qu’il faut bien appeler par son nom : une transe.


Jean Quentin Chatelain est aux micros d’Une Saison au théâtre.


jean Quentin Chatelain• Crédits : Simone Perolari - Radio France

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Cirque : Johann Le Guillerm en apesanteur

Cirque : Johann Le Guillerm en apesanteur | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde



Dans son spectacle « Le Pas grand chose », l’artiste inclassable recrée le monde à partir d’un point minimal.


Sur quelle planète vit ­Johann Le Guillerm ? La sienne, assurément, comme tout artiste digne de ce nom. Sur cet astre-là, les lois communes n’ont plus cours. Mais, à force, cet astéroïde d’un modèle inconnu est devenu aussi le nôtre, au fur et à mesure que grandissait le succès d’un créateur aussi puissant que difficile à classer, et que se développait son univers proliférant et poétique, comme doté d’une vie propre.

Johann Le Guillerm est né et a grandi sur la planète cirque, la seule, peut-être, qui pouvait accueillir un individu aussi hermétique aux lois et aux usages du monde dit « normal ». Il avait à peine 16 ans quand il a intégré la première promotion – mythique – du Centre national des arts du cirque, à Châlons-en-Champagne. Et, très vite, il a été considéré comme un petit génie, qui tracerait un chemin à nul autre pareil.

Recherche tous azimuts

C’est ce qui s’est passé. Johann Le Guillerm a créé sa compagnie, Cirque ici, en 1994, et un premier spectacle solo, Où ça ?, qui déjà a beaucoup fait parler de lui, et a tourné pendant cinq ans. Puis, en 2002, il s’est lancé dans un projet fou, nommé Attraction : une recherche tous azimuts sur l’équilibre, les points de vue, le mouvement, la matière et le temps, dont le cœur est un spectacle-culte, ­Secret, qui n’a cessé de tourner, tout en mutant progressivement, en France et dans le monde entier, depuis quinze ans.

L’attraction de la planète Le Guillerm ne s’est jamais démentie, au fil des années. Elle s’est développée en allant voir de plus en plus du côté des arts plastiques, de la pataphysique, des alternatives écologiques, de l’ingénierie, de l’art « in situ » ou « hors les murs ». Le monde leguil­lermien est devenu tellement riche, qu’il fallait bien un nouveau spectacle pour faire le point.

Le voilà : il s’appelle Le Pas grand chose, il est absolument réjouissant, et après avoir été créé au cirque-théâtre d’Elbeuf (Seine-Maritime), il arrive au Monfort Théâtre, à Paris, avant d’aller sillonner la France.


« J’avais envie de livrer un peu les clés de mon univers », dit ­Johann Le Guillerm au milieu du capharnaüm de son atelier, installé dans un des pavillons de ce lieu magique qu’est le Jardin d’agronomie tropicale du bois de Vincennes. Le fait est que cet univers, tel qu’il était exposé, en janvier et en février, à la Friche la Belle de Mai, à Marseille, et tel qu’il le sera, à Nantes, pendant un an, au fil d’un vaste projet, donne un peu le vertige.

Concrètement ? Des installations, des machines, des bidules, des trucs que l’on ne sait même pas comment nommer. Un monde avec son langage, sa grammaire, son vocabulaire propre. Un pays où les pommes de pin écrivent, où les pelures de clémentine dressent la nomenclature de la faune et de la flore, où une petite planète herbue nommée « la motte » poursuit sa révolution tranquille.

Plus précisément encore ? ­Johann Le Guillerm invente le livre à multiples faces, appelé « L’Infermable », qui fait tourner sur lui-même ses signes cabalistiques ; le tractochiche ou la jantabuée, machines-usines à gaz qui se meuvent par la lente fermentation d’un paquet de pois chiches ou l’impalpable dépose de buée sur les jantes d’une roue ; de grandes sculptures en bois, les architextures, qui semblent naître, sans clou, ni vis, ni colle, de son propre corps, et infiltrent l’espace, qu’il s’agisse de celui de la piste de cirque ou des paysages urbains.

Sorcier pataphysique

Le lien entre tout cela ? La « science de l’idiot » de Johann Le Guillerm, telle que l’expose dans Le Pas grand chose cet homme qui n’a eu de cesse de « démêler le monde pour créer [son] propre sac de nœuds ». Si la pataphysique est « la science des solutions imaginaires », telle que définie par Alfred Jarry, alors Le Guillerm est bien un grand sorcier en la matière.

Comment faire le tour d’un objet ou d’un monde, aussi petit ou immense soit-il ? Comment faire le tour de son propre monde, à la fois microscopique et macroscopique ? En multipliant les points de vue. Johann Le Guillerm, l’homme de la piste ronde, l’homme du corps – acrobate exceptionnel, entre autres qualités –, joue au chamboule-tout : c’est par le théâtre, cet espace frontal, et par les mots, qu’il se raconte dans cette nouvelle création. Et c’est bien.

Lire aussi le compte-rendu :   Le succès sans barnum des circassiens

« S’il y a mille manières de voir les choses, n’y a-t-il pas mille ­manières de ne pas les voir ? », précise-t-il. En quinze ans, il semble ne pas avoir changé d’un iota. Son étrangeté est intacte, qui pourrait être celle d’un alchimiste venu d’un Moyen Age du futur, avec son crâne rasé, ses deux longues tresses qui serpentent dans son dos, et son regard bleu d’une intensité venue d’un autre monde.

Il a pourtant, là, troqué ses chausses et ses poulaines de ­Secret pour un costume-cravate noir de conférencier – presque – normal. « Bonsoir, je cherche le chemin qui n’irait pas à Rome », prévient-il. Et le voilà, accompagné seulement de son chariot à tiroirs, d’une petite caméra et d’un grand écran, à nous montrer ses bidouilles qui n’ont l’air de rien, mais ouvrent des abîmes dans les certitudes qui nous ­servent de béquilles.

Un burlesque à la Buster Keaton

En le voyant ainsi, paradoxalement, on repense à son parcours de circassien. On l’avait un peu oublié, mais à l’école de Châlons, Johann Le Guillerm n’avait pas seulement étudié l’acrobatie, mais aussi le clown. Cette dimension burlesque, inexplorée jusque-là, éclate dans ­Le Pas grand chose : un burlesque à la Buster Keaton, impavide et lunaire, à l’équilibre aussi subtil que ceux auxquels il nous a habitués avec les performances physiques de Secret.

Le voilà donc montrant comme un naturaliste ses trésors bien rangés dans des tiroirs, les éléments de la cosmogonie ­leguil­lermienne, qui s’articule autour de douze chantiers de recherche, lesquels vont des « graphes ­compensatoires » aux « amas », de l’« architetra » à l’« aalu ». Au milieu de quoi vient se glisser la « banane russe » – ou comment réinventer le gag le plus éculé du monde, celui de la peau de banane.

« PEUT-ÊTRE QUE CE QUE JE FAIS MAINTENANT, C’EST UNE SORTE DE CIRQUE MENTAL, QUI SE TRADUIT SOUS DES FORMES VARIÉES ET LUDIQUES »



« C’est dingue », disaient nombre de spectateurs au sortir de la représentation à la Comédie de Caen, où le spectacle a été présenté avant d’arriver à Paris. C’est dingue, oui. Johann Le Guillerm (re) crée le monde à partir d’un point minimal – le point, justement –, qui, par prolifération, expansion, diffraction, mutation, devient une multiplicité infinie de formes. Il montre qu’une forme peut toujours en créer une autre, à partir d’un changement imperceptible, et donc que la vie dans ses formes établies peut toujours se recomposer autrement.

« Je me dis que si j’arrive à comprendre de quoi est fait “pas grand chose”, je retrouverai forcément ce minimal dans n’importe quelle chose plus complexe, et ce serait une bonne base pour appréhender le monde qui m’entoure. (…) Ce fut bien ce qui m’arriva, s’amuse Johann Le Guillerm dans son spectacle. Je fis la rencontre des mathématiques, des géométries, des topographies, des philosophies, des patati et des patata, de tout et n’importe quoi. »

« Léonard de Vinci du cirque »

Dès ses débuts, les superlatifs lui sont tombés dessus comme à Gravelotte. Il a même été surnommé le « Léonard de Vinci du cirque », en raison de son inventivité, de son goût pour les machines extraordinaires, de son talent de constructeur, de son univers à la croisée de l’art et de la science – et de sa virtuosité.

Ces dithyrambes le laissent de marbre. « La comparaison me semble tout simplement fausse, se contente-t-il de dire. La science de l’idiot, c’est l’inverse de la démarche de Léonard, et tout l’univers que j’ai créé repose sur des pratiques minoritaires. »

Le gamin qui avait arrêté l’école à 15 ans et demi, parce qu’on lui avait diagnostiqué des tendances autistiques, n’en est pas moins devenu un des grands artistes d’aujourd’hui, adoubé comme tel par la papesse de l’art contemporain, Catherine Millet, dans sa revue Art Press.

Mais alors, cirque ou pas cirque ? Sur quel territoire artistique assigner Johann Le Guillerm ? « Peut-être que ce que je fais maintenant, c’est une sorte de cirque mental, qui se traduit sous des formes variées et ludiques, analyse-t-il. A l’époque où j’ai commencé, ce qui m’intéressait, c’était d’explorer les frontières du cirque. Aujourd’hui, j’explore les frontières du monde. »

Si vous voulez voir comment le trémoussement de la serpentini – autrement dit une banale pâte au beurre en forme de tortillon –, le soir au fond de votre cuisine, débouche sur des gouffres métaphysiques et néanmoins sur une hilarité irrépressible, allez voir Le Pas grand chose. Ce n’est pas rien.

Le Pas grand chose, de et par Johann Le Guillerm. Monfort Théâtre, 106, rue Brancion, Paris 15e. Tél. : 01-56-08-33-88. Du mardi au samedi à 20 h 30, jusqu’au 1er avril. De 10 € à 25 €. Durée : 1 h 30. Puis tournée jusqu’en mai, au Havre, à Brive et Arras. Expositions, installations et présentations de spectacles autour de la démarche de Johann Le Guillerm, dans divers lieux de Nantes. De mai 2017 à mai 2018. Johannleguillerm.com

Fabienne Darge
Journaliste au Monde



Portfolio :

Johann Le Guillerm, poète-sorcier de la matière et du temps 


Depuis vingt ans, Johann Le Guillerm trace un chemin à nul autre pareil, à la croisée du cirque, des arts plastiques, de la pataphysique, des alternatives écologiques, de l’art hors les murs. Poète-sorcier de la matière et du temps, il ne cesse de réinventer le monde, en cherchant de nouvelles formes, de nouveaux langages, de nouvelles architectures. Aujourd’hui, le voilà au Monfort Théâtre, à Paris, avec un spectacle, Le Pas Grand-Chose, drôle et vertigineux, où il se raconte, et raconte sa démarche de savant sage à force d’être fou .


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/scenes/portfolio/2017/03/24/johann-le-guillerm-poete-sorcier-de-la-matiere-et-du-temps_5100030_1654999.html#bBWhBQ5PQwcLXSE7.99

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Maud Le Pladec, fraîche touch

Maud Le Pladec, fraîche touch | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 
Par Ève Beauvallet envoyée spéciale à Lyon, pour Libération Next



Arrivée en janvier à la tête du Centre chorégraphique d’Orléans, la plus mélomane des jeunes chorégraphes françaises enchaîne les collaborations et signe «Moto-Cross», autofiction entre dancefloor, politique et pots d’échappement.

Nous sommes dans un futur proche plus ou moins utopique. Disons en 2030. Les adeptes du clubbing seraient devenus incollables sur les enjeux de la danse contemporaine. Les systèmes économiques de la musique et du milieu chorégraphique se seraient ajustés, permettant la prolifération de formes hybrides fantaisistes et le croisement de publics qui se regardaient auparavant en chiens de faïence. En extrapolant un peu, c’est sans doute le genre de tableaux qui s’esquisserait si l’on opérait une coupe dans le cortex préfrontal de l’hyperactive et volubile Maud Le Pladec, alors qu’elle détaille devant nous quelques-uns de ses projets pour le Centre chorégraphique national d’Orléans - dont elle a pris la direction en janvier, entre deux collaborations de prestige (un opéra avec le metteur en scène Thomas Jolly par-ci, un autre avec Guy Cassiers par-là). «Nous discutons beaucoup avec l’Astrolabe, la scène des musiques actuelles d’Orléans, se réjouit-elle. Nous sommes entre autres en train de réfléchir à des sortes de battles DJ/danseur, avec Rival Consoles [projet du compositeur britannique Ryan Lee West, ndlr], par exemple, avec qui nous sommes en contact.»

Eclectisme
En soi rien d’étonnant à vouloir flirter avec la scène musicale locale : elle est plutôt fertile en terres orléanaises et l’institution cousine, le Centre dramatique national d’Orléans, vient elle aussi d’accueillir à sa tête une nouvelle directrice quadragénaire, Séverine Chavrier, adepte de théâtre musical remasterisé. Le cadeau Bonux, c’est que Maud Le Pladec est une des chorégraphes contemporaines les plus mélomanes de sa génération, une goulue d’analyse musicale qu’on sent archi-partante pour disserter des heures, sous nos yeux hagards, sur la façon dont les compositeurs phares de la musique spectrale et postsérielle ont accueilli dans leur style le son «sale» du rock et l’énergie du low art… tout en s’assurant régulièrement que la communication passe toujours bien. «Vous m’arrêtez si jamais je dévie, hein ?» Pas du genre chargée de TD universitaire, donc. Pas non plus sur-décontractée, du genre à taper dans le dos de Steve Reich tout en sifflotant Lio. Maud Le Pladec s’affirme davantage comme une curieuse appliquée, rigoureuse, qui prononce des mots comme «psychoacoustique», «dimension physique de la musique». Surtout une amoureuse éperdue d’éclectisme, dont on sent le cœur fondre comme un sucre lorsqu’on lui fait lister ces musiques cheesy qu’elle dit avoir «un peu honte d’aimer» mais qu’elle balance tout de même façon manifeste ou portrait chinois sur le plateau de Moto-Cross, autofiction chorégraphique en forme de juke-box générationnel : Sébastien Tellier sera donc ravi d’être cité dans la même phrase que Confidences pour confidences.

Il existe des explications plus ou moins rationnelles à tant de passion, qui nous poussent à rappeler deux éléments biographiques qui constituent pour une part le sous-texte de Moto-Cross, dernière pièce au compteur (et premier solo) créée aux Subsistances de Lyon. Le premier, c’est qu’à 20 ans, en 1996, Maud Le Pladec partage la vie d’un DJ avec lequel elle découvre la French Touch naissante. Le second est plus fondateur et touche à cette enfance passée avec un père breton DJ amateur, passionné de courses de moto-cross : «Il avait une disco-mobile, achetait ses disques chez Emmaüs… Il n’y connaissait rien mais il adorait ça, sourit-elle. Dans des soirées, il mixait la Compagnie Créole et Lil’ Louis, un DJ underground de Chicago auteur d’un tube, French Kiss, dans lequel on entend un orgasme mixé dans une boucle techno. A 12 ans, j’ai découvert ça et ça a été un flash musical et érotique puissant.»

Podium
Entre-temps, Maud Le Pladec est devenue danseuse (pour Loïc Touzé ou Boris Charmatz) et chorégraphe. Dans ses pièces, elle explore un type de relation chaque fois singulière entre corps et sons (avec musique live souvent interprétée par l’ensemble Ictus). Relation analogique dans Professor (2010), magistral travail de «mickey-mousing» sur la musique du compositeur Fausto Romitelli : «L’idée était de traduire physiquement tout ce qu’on entendait» - avec pour résultat une minutieuse partition de postures expressionnistes à la Murnau et d’actions stylisées façon Tex Avery. Rythme et contrepoint avec Poetry (2011) ou pouvoir subversif du son dans Democracy (2013).

Moto-Cross est un projet «à part», précise-t-elle, une étude subjective de la musique pop dans laquelle les principes de mix, de sample, sont utilisés comme métaphore de la construction identitaire et du récit de soi. Postée sur un podium de dancefloor, la chorégraphe superpose une myriade d’éléments biographiques plus ou moins fantasmés : les musiques actuelles que son père, aujourd’hui disparu, aurait pu mixer, les dernières danses hip-hop sur lesquelles, enfant, elle aurait adoré danser, le dessin d’elle en tutu peint sur le camion C35 familial… Ainsi qu’un souvenir traumatique, pris comme point nodal du projet : «Ma première télé-réalité, ça a été l’agonie, sous les caméras du monde entier, d’Omayra Sánchez en 1985, cette petite Colombienne qui avait mon âge, coincée dans la boue, victime d’une catastrophe écologique autant qu’économique. Sa mort a ouvert une époque d’hypermédiatisation et d’hypermondialisation. J’ai l’impression rétrospective qu’elle s’adressait à moi à travers l’écran pour me dire, de manière prophétique : "Ce n’est que le début, les temps à venir, ça va être sale."»

Ève Beauvallet envoyée spéciale à Lyon
Moto-cross chor. Maud Le Pladec La Briqueterie Vitry-sur-Seine (94). Les 30 et 31 mars. Et «Concrete», le 24 mai à la Maison de la culture de Bourges (18). «Grensgeval (Borderline)», d’après Elfriede Jelinek, m.s. Guy Cassiers et Maud Le Pladec, du 18 au 24 juillet au Festival d’Avignon (84).


«Moto-Cross» a été créé aux Subsistances de Lyon. Photo Eric Soyer

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Danse : Olivier Dubois mène sa troupe à fond la caisse

Danse : Olivier Dubois mène sa troupe à fond la caisse | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Rosita Boisseau dans Le Monde


Le chorégraphe présente à Chaillot « Auguri », qui travaille l’endurance jusqu’à l’épuisement.

Une catapulte dans la danse ? Appelez le chorégraphe Olivier Dubois. Placez-le sur orbite et le voilà qui se projette en dégommant tout sur son passage. Le choc est parfois violent. Surtout lorsque Dubois, directeur du Ballet du Nord depuis 2014, a l’humeur guerrière, la voracité à fleur de dents et cette envie d’en découdre qui ne fait pas de quartier.

Sa nouvelle pièce, Auguri, à l’affiche du Théâtre national de Chaillot, à Paris, jusqu’au 24 mars, se love dans la dernière image de Tragédie (2012), gifle artistique inoubliable et succès du Festival d’Avignon 2012. Sur scène, Karine Girard, chevelure rousse aveuglante et peau blanche, avançait comme seule au monde après une heure trente de raout tribal au milieu de dix-sept danseurs. Elle ouvre Auguri, texture chair sur fond de nuit profonde, qui met le feu aux poudres.

Partition giratoire complexe

L’assaut mené frontalement et en marchant dans Tragédie prend ici des voies circulaires en courant à fond la caisse et non-stop, comme si les vingt-deux interprètes étaient des boules de flipper. Soit, jaillissant des rideaux noirs, des boucles de mouvements répétés selon des modulations spatiales ajustées.

Ce système d’ellipses a tout d’une guerre des anneaux tatoués dans les muscles mêmes des coureurs-danseurs. Avec plus de mille entrées au total, il opère à la seconde au gré d’une partition giratoire complexe qui ne souffre aucune erreur d’aiguillage.

Auguri, sur les percussions grondantes du compositeur François Caffenne, complice du chorégraphe depuis 2006, est un grand « Dubois », autrement dit une œuvre d’auteur qui assène l’impact de son paraphe stylistique. On y retrouve, comme dans Tragédie et Révolution (2009), l’obsession passionnelle pour la répétition, la ferveur pour le cycle avec montée en puissance orgasmique sans palier de décompression. Les valeurs ajoutées ? L’endurance et l’épuisement, double visage d’une danse affirmée comme un manifeste de survie et de beauté, plantant son drapeau dégoulinant de sueur sur un plateau vide.

LES TRAJECTOIRES SÈCHES SE CONJUGUENT AVEC UNE ÉPAISSEUR ATMOSPHÉRIQUE ORAGEUSE, UN DÉBORDEMENT D’HUMEURS


Les trajectoires sèches d’Auguri se conjuguent avec une épaisseur atmosphérique orageuse, un débordement d’humeurs. Lovée dans sa grotte de velours noir, la tornade humaine semble crachée par l’obscurité puis ravalée, comme mixée dans un gigantesque appareil digestif. Un magma de nuit, d’éclats de chair, d’énergie âpre se soulève, articulant la fiction sauvage d’une foule en panique.

Pour gérer sans flancher ni y laisser la peau, une prouesse comme Auguri, les vingt-deux interprètes, bêtes de scène dont la plupart sont des fidèles de Dubois depuis 2009, ont été entraînés en 2015 par un coach sportif, Alain Lignier, de l’équipe nationale d’athlétisme. Auguri, qui suscite une forme de sidération, fonce sur son destin sans se retourner.


Auguri, d’Olivier Dubois. Théâtre de Chaillot, 1, place du Trocadéro, Paris 16e. Jusqu’au 24 mars, à 19 h 30. theatre-chaillot.fr et www.balletdunord.fr

Rosita Boisseau
Journaliste au Monde

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Mon cœur, un brûlot choc féministe et sanitaire

Mon cœur, un brûlot choc féministe et sanitaire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Olivier Fregaville-Gratian d'Amore dans le blog L'oeil d'Olivier


C’est une claque d’une violence inouïe, un coup-de-poing en plein cœur. C’est un désastre sanitaire, une tragédie humaine que seule la cupidité d’un groupe pharmaceutique et la malhonnête d’experts ont permis. C’est l’histoire d’une vie, de mille vies ravies par un coupe-faim, d’une femme blessée dans sa chair, dans ses entrailles, emprisonnée dans un carcan sociétal. C’est une pièce choc vibrante, bouleversante.

Alors que la salle est plongée dans le noir, une femme apparaît dans un halo de lumière. Elle porte une blouse blanche de médecin. Le visage creusé, fatiguée, emportée par une colère froide, une rage intérieure, elle dénonce les dérives d’un système de santé sous contrôle des lobbies pharmaceutiques au détriment de la santé des patients. C’est une guerrière des temps modernes, une lanceuse d’alerte, comme on dit.


Son nom : Irène Franchon (remarquable Catherine Vinatier). Sa caractéristique : médecin pneumologue, elle est la première à constater l’ampleur des dégâts causés aucœur par la prise régulière de Médiator, un antidiabétique utilisé comme coupe-faim. Praticienne avant tout, elle se bat de tout son être, de toute son âme contre une administration lente et corrompue, contre un laboratoire pharmaceutique refusant de prendre ses responsabilité face aux désastres sanitaires, pour que les dangers de ce médicament fabriqué par les laboratoires Servier soient reconnus et que les victimes soient indemnisées à la hauteur du préjudice mortel qui les touche.

Dans ce combat de tous les instants, elle n’est pas seule. Il y a aussi Claire Tabard (époustouflante Marie Nicolle), cette jeune femme enjouée, désespérée de ne pouvoir perdre les kilos pris pendant sa grossesse. Vendeuse dans une boutique de lingerie, elle se doit d’être belle, mince. Elle ne supporte pas ce corps difforme, alourdit. Face à son désarroi, un médecin peu scrupuleux lui propose un produit miracle, le médiator.


Essoufflée, fatiguée, Claire Tabard (Marie Nicolle) consulte un cardiologue (Yann Burlot) © Pierre Grosbois
Sans trop de peines, elle perd le superflu et retrouve sa taille de guêpe que la société exige d’elle. Mère heureuse, femme comblée, elle croque la vie à pleines dents. Puis une langueur incompréhensible, une fatigue insurmontable gagneront son corps. Gagnée par l’épuisement, l’essoufflement que lui provoque le moindre effort, elle consulte un cardiologue. La sentence tombe, abrupte, terrible. Elle est mourante et doit subir au plus une opération à cœur ouvert.

C’est plus tard, avec l’aide de sa tonitruante sœur (impayable Rébecca Finet), que Claire comprendra le mal qui la ronge, elle s’est empoissonnée des années durant en avalant les pilules magiques qui la rendaient belle, désirable. Commence alors un long combat, un chemin de croix. Épaulée par un avocat inflexible et humain (fascinant Nicolas Chupin), elle va découvrir l’envers du décor, l’atermoiement lancinant des services de santé, les manœuvres dilatoires et abjectes du laboratoire mis en cause, le regard des autres sur sa prétendue superficialité… Elle devra, toute honte bue, se mettre à nue pour enfin être reconnue victime d’un médicament toxique.


© Pierre Grosbois
Fait de saynètes courtes, la pièce dévoile par tranches, la vie de cette femme meurtrie dans sa chair, dans son cœur pour avoir voulu rentrer dans les cases d’une société normée. De son écriture ciselée, sans concession, Pauline Bureau s’attache à dévoiler tous les détails qui ont transformé l’existence de cette trentenaire en calvaire. Elle ne nous épargne rien, ni les malaises, ni la sanglante opération, ni la souffrance, ni la cruauté d’un monde qui refuse de voir l’évidence, de prendre sa part de responsabilité dans ce drame sanitaire. En choisissant de raconter le drame du médiator de l’intérieur sans complaisance, sans manichéisme, la jeune metteuse en scène signe une tragédie âpre, prenante, bouleversante. Si tout paraît si réel, c’est qu’elle a pris le temps de la réflexion, de l’introspection. Elle s’est documentée sur ce scandale sanitaire qui défraie la chronique judiciaire et médicale depuis plus de 10 ans. Elle a rencontré, discuté avec Irène Franchon bien sûr, mais aussi avec les victimes de ce médicament utilisé comme coupe-faim. Elle a tiré, de ce matériel documentaire, une histoire vibrante, un drame humain.



Portée par un esthétisme épuré, presque poétique, la troupe de la Compagnie la Part des anges s’est jetée à corps et cœur perdus dans ce récit captivant, saisissant. Marie Nicolle est édifiante en femme blessée. De sa voix légèrement rauque et fêlée, si particulière, elle donne vie à toutes ces personnes qui ont eu recourt au médiator pour rentrer dans la norme. Toute en gouaille et rondeur, Rébecca Finet incarne radieusement cette sœur courage prête à tout pour le bonheur des siens, pour que cesse l’injustice, pour que tous soient acceptés tels qu’ils sont sans peur du qu’en-dira-t-on. Catherine Vinatier se glisse avec sobriété et colère retenue dans la peau de cette femme médecin, de cette guerrière moderne. Anthony Roullier est parfait en avocat odieux et cynique représentant les laboratoires Servier. Sonia Floire interprète avec malice cette expert en chef, incapable de prendre parti entre victime et coupable, malgré les preuves de plus en plus accablantes. Camille Garcia se dédouble magistralement, jouant à la fois le jeune fils inquiet de Claire et le médecin prescripteur, menteur, refusant d’être bouc-émissaire. Yann Burlot, quant à lui, est l’amoureux un peu perdu qui ne comprend pas le mal dont souffre Claire et le cardiologue terriblement inquiet pour cette jeune trentaine dont le cœur se meurt. Enfin, Nicolas Chupin est l’épatant et pugnace avocat qui va mener le combat de cette femme, de cette victime, vers la victoire salvatrice de David contre Goliath, d’une frêle jeune mère empoisonnée contre les laboratoires Servier.


Totalement happés par ce drame contemporain, les spectateurs sont cueillis, essorés par les multiples émotions qui les assaillent. Passant de la rage à la colère, de la tristesse aux larmes avec un léger détour par les rires libérateurs, ils se laissent saisir par cette histoire humaine qui longtemps viendra réveiller leur conscience endormie. Un bijou brûlant, un manifeste choc pour rendre à ces victimes trop souvent oubliées force et espérance, une pièce d’utilité publique à voir sans tarder.  Bouleversant !

Mon cœur de Pauline Bureau
Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis Boulevard de la Chapelle
75010 Paris
jusqu’au 1er avril 2017
Du mardi au samedi à 20h30 et en matinée le samedi à 15h30
Durée 1h50

mise en scène Pauline Bureau
Dramaturgie Benoîte Bureau
Composition musicale et sonore Vincent Hulot
Scénographie Emmanuelle Roy
Costumes et accessoires Alice Touvet
Perruquière Catherine Saint Sever
Lumières Bruno Brinas
Vidéo et images Gaëtan Besnard
Collaboration artistique Cécile Zanibelli
Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Catherine Vinatier


photo © Pierre Grosbois

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Rennes. "Baal" au TNB, toute la révolte de Brecht

Rennes. "Baal" au TNB, toute la révolte de Brecht | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Agnès LE MORVAN dans Ouest-France

Christine Letailleur présente jusqu'au 31 mars au TNB, sa nouvelle création, Baal, l'œuvre de jeunesse du dramaturge allemand Bertolt Brecht.

Baal, c’est comme un cri à la face du monde, un cri à la Munch, aime dire la metteur en scène Christine Letailleur. Baal, c’est ce texte de jeunesse de Bertolt Brecht, écrit initialement en 1918 et qu’il remaniera à maintes reprises. C’est la version de 1919 qu’a choisie Christine Letailleur.

Un long poème noir

La pièce, d’une grande violence, commence avec le choral du grand Baal, hymne à la débauche, alors que son nom apparaît en lettres rouge sang. Brecht n’a que 20 ans quand il l’écrit. La guerre destructrice et ses traumatismes sont passés par là. Baal est comme un long poème sombre. Il raconte l’histoire d’un poète, qui n’a ni dieu ni maître, qui rejette les conventions sociales, un jouisseur, qui fait scandale, et détruit tout sur son passage. Il se nourrit à l’inimitié. Sans vergogne, il boit du schnaps, est odieux avec les femmes et finira par tuer son ami et amant Ekart. « Qui a plus souffert que moi pour si peu de joie ? » dit-il.

Tableaux mystérieux et inquiétants

C’est l’épatant Stanislas Nordey qui incarne avec force, ce poète maudit des temps modernes, ce monstre qui fascine, et séduit malgré tout. Jamais, des 2 h 30 que dure le spectacle, il ne quitte le plateau. Christine Letailleur, aime créer des atmosphères. Là encore, avec lumière, vidéo, ombres, musique, on traverse la forêt, les clairs de lune, les tavernes, le cabaret, la prison… Comme des tableaux mystérieux et inquiétants.


Jusqu’au 31 mars, au TNB, salle Vilar.

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Avignon 2017 : la programmation dévoilée

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Publié dans Télérama


Olivier Py a annoncé la tenue de 41 spectacles, et 9 sujets “à vif”. 43 sont des créations et 29 sont coproduits par le festival, qui se tiendra du 6 au 26 juillet 2017.


La programmation du 71e Festival d'Avignon a été dévoilée en fin de matinée au théâtre La FabricA, avant une seconde conférence de presse parisienne qui se tiendra demain jeudi 23 mars. Olivier Py a annoncé la tenue de 41 spectacles, et 9 « sujets à vif » ; 43 sont des créations et 29 sont coproduits par le festival. La programmation réunit des artistes de 22 pays, dont les créations seront présentées dans 50 lieux intra et extra muros.


En introduction, le directeur du Festival a indiqué que 122 000 billets seront mis à la vente, et souligné l'utilisation inédite de la billetterie dématérialisée : le billet pourra être acheté sur Internet, et il suffira de le conserver sur son smartphone. Le dispositif 4x40 est reconduit, permettant aux moins de 26 ans d'acheter quatre billets pour 40€.


Le Festival se déroulera du jeudi 6 juillet au mercredi 26 juillet 2017. 



Théâtre

Antigone, de Satoshi Miyagi, ouvrira cette nouvelle édition dans la Cour d'Honneur du palais des Papes.


Où sont les ogres ? de Pierre-Yves Chapalain (jeune public)


L'Enfance à l'œuvre, de Robin Renucci et Nicolas Stavy


Souffle, de Tiago Rodrigues


On aura tout, d'Anne-Laure Liégeois


Die Kabale Der Scheinheiligen, de Frank Castorf


Les Parisiens, d'Olivier Py


Saigon, de Caroline Guiela Nguyen


Le sec et l'humide, de Guy Cassiers


Memories of Sarajevo, Le Birgit ensemble


Dans les ruines d'Athènes, Le Birgit ensemble


La princesse Maleine, de Pascal Kirsch


Roberto Zucco / Prologue sur le théâtre, de Yann-Joël Collin


Tristesse et joie dans la vie des girafes, de Thomas Quillardet (jeune public)


Ibsen Huis, de Simone Stone


De Meiden, de Katie Mitchell


Claire, Anton et eux, de François Cervantes


Impromptu 1663, de Clément Hervieu-Léger


Grensgeval (Borderline), de Guy Cassiers et Maud Le Pladec (théâtre - danse)


Bestie di scena, d'Emma Dante


Santa Estasi Atridi : otto ritratti di famiglia, d'Antonio Latella


La fille de Mars, de Jean-François Matignon


Les grands, de Fanny de Chaillé (théâtre - danse)


L'imparfait, d'Olivier Balazuc (jeune public)


Hamlet, d'Olivier Py


Juliette, le commencement, de Marceau Deschamps-Segura



Danse

Scena madre, d'Ambra Senatore

Danse

Tichèlbè, de Kettly Noël


Sans repères, de Nadia Beugré et Nina Kipré


Figninto - L'œil troué, de Seydou Boro et Salia Sanou


La fiesta, d'Israel Galván, sera également présenté dans la Cour d'Honneur du palais des Papes


Nouvelle création, de Dimitris Papaioannou


Kalakuta Republik, de Serge Aimé Coulibaly


Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire, de Radhouane El Meddeb


C'est une légende, de Raphaël Cottin (jeune public)
Marionnette

Ramona, de Rézo Gabriadze



Musique

Basokin, Les Basongye de Kinshasa


Dream Mandé - Djata, de Rokia Traoré (musique - récit)


Vaille que vivre (Barbara), Juliette Binoche et Alexandre Tharaud (récit - musique)


Femme noire, avec Angélique Kidjo, Isaach de Bankolé et leurs invités Manu Dibango, Dominic James... (musique - littérature)


"Indiscipline"

Unwanted, de Dorothée Munyaneza


Standing in time, de Lemi Ponifasio


The last king of Kakfontein, de Boyzie Cekwana


 
Le Festival Off débutera s'étendra, lui, du vendredi 7 juillet au dimanche 30 juillet 2017


Télécharger l'avant-programme : http://www.festival-avignon.com/public_data/edition/1490178776/fa2017ap.pdf

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Un vent africain et féministe souffle sur le prochain Festival d’Avignon

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Par Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale) pour Le Monde


Le directeur Olivier Py a dévoilé, le 22 mars, le programme de la 71e édition qui aura lieu du 6 au 26 juillet.


En rouge, toute : couleur par excellence du théâtre, c’est elle qui donne le ton de la 71e édition du Festival d’Avignon, dont Olivier Py, son directeur, a dévoilé le programme, mercredi 22 mars, dans la Cité des papes – avant de l’annoncer à Paris, au Conservatoire national d’art dramatique, jeudi 23 mars.

Et c’est un programme prometteur, sous son étendard écarlate imaginé par le peintre Ronan Barrot. Cette édition 2017 est aussi celle des 70 ans du festival créé par Jean Vilar en 1947. Trois axes forts la structurent : un vent d’air chaud venu de l’Afrique subsaharienne ; une bourrasque féministe (mais pas seulement féminine), qui voit des « femmes puissantes », chères à Marie NDiaye, faire leur chemin dans le bastion papal d’Avignon ; enfin une attention renouvelée pour de grands créateurs et rénovateurs du théâtre d’aujourd’hui.

À partir de ces grands axes courent de multiples pistes, qui sont celles poursuivies par Olivier Py depuis sa prise de fonction à Avignon, en 2014 : l’ouverture sur le monde tel qu’il va (mal), l’attention portée au jeune public et à la « décentralisation des trois kilomètres », comme l’appelle le directeur du Festival, enfin la présence des mythes – grecs, mais pas seulement – comme structures inaliénables de nos vies et de notre théâtre.


« Antigone » en ouverture

C’est ainsi que l’ouverture dans la Cour d’honneur du Palais des papes se fera avec Antigone, de Sophocle, mais telle que la voit Satoshi Miyagi, le metteur en scène japonais qui, en 2014, avait enchanté le Festival avec son Mahabaratha. Suivons tout d’abord ce fil des maîtres, qui va être tendu tout au long de cette édition. Après Miyagi, c’est l’Allemand Frank Castorf qui entrera en scène, avec Le Roman de Monsieur de Molière, d’après Mikhaïl Boulgakov.

Puis ce sera le Flamand Guy Cassiers, avec deux spectacles : Le Sec et l’Humide, d’après le livre de Jonathan Littell sur le fasciste belge Léon Degrelle, et Grensgeval (Borderline), sur un texte d’Elfriede Jelinek, Les Suppliants, inspiré d’Euripide. Ensuite viendra la Britannique Katie Mitchell, qui revient à Avignon avec les acteurs virtuoses du Toneelgroep d’Amsterdam, en mettant en scène Les Bonnes, de Jean Genet. Au même moment, du côté de la danse, c’est Israel Galvan qui arrivera dans la Cour d’honneur, avec une Fiesta très attendue.

L’Afrique s’invitera dès le début du Festival, avec Unwanted, une pièce de Dorothée Munyaneza sur le génocide rwandais, et plus particulièrement sur les femmes qui ont été violées pendant cette période, et sur les enfants qui sont nés de ces viols. Du continent viendra encore un fort programme de danse contemporaine. De la musique, avec Basokin, par les Basongye de Kinshasa, ou encore Rokia Traoré, Manu Dibango et Angélique Kidjo. The Last King of Kakfontein, par Boyzie Cekwana, venu d’Afrique du Sud. Et encore Kalakuta Republik, de Serge Aimé Coulibaly, hommage au grand Fela, saint-patron musical de toute l’Afrique centrale.

VENU D’ITALIE, « SAINTE-EXTASE – LES ATRIDES : HUIT PORTRAITS DE FAMILLE » EST UN SPECTACLE FLEUVE, SOUS FORME DE HUIT PIÈCES DE DEUX HEURES



Bien d’autres propositions intéressantes sont au menu de ce festival. Le metteur en scène portugais Tiago Rodrigues sera à Avignon avec deux spectacles, Souffle, inspiré par la figure du souffleur au théâtre, et Tristesse et Joie dans la vie des girafes, un texte jeune public qu’il a écrit et qui sera mis en scène par Thomas Quillardet. La jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen, d’origine vietnamienne, est retournée dans la capitale du Sud Vietnam, pour une pièce intitulée Saïgon. Les filles du Birgit Ensemble poursuivent leur exploration de l’histoire européenne, avec Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes.

Ce n’est pas tout. Il y aura encore le metteur en scène – australien, mais travaillant lui aussi avec le Toneelgroep d’Ivo van Hove – Simon Stone, avec Ibsen Huis (La Maison d’Ibsen), inspiré de plusieurs pièces de l’auteur norvégien. La Sicilienne Emma Dante, avec Bestie di Scena. Venu d’Italie aussi, Sainte-Extase – Les Atrides : huit portraits de famille, un spectacle fleuve, sous forme de huit pièces de deux heures, commandé par Antonio Latella à huit jeunes auteurs italiens.

Et Olivier Py lui-même ? Il sera là. Avec une adaptation théâtrale de son roman Les Parisiens, sorti chez Actes Sud à l’automne 2016. Et avec un Hamlet qu’il a créé, en compagnie d’Enzo Verdet, au centre pénitentiaire du Pontet, avec des détenus, et qui sera présenté un seul soir – le 22 juillet – à la Maison Jean Vilar.

Une « leçon de démocratie » par Christiane Taubira

Côté danse, le génial Galvan ne sera pas seul. L’accompagneront les chorégraphes Ambra Senatore, Radhouane El Meddeb ou Raphaël Cottin, avec un spectacle destiné au jeune public, lequel sera gâté, avec trois autres propositions amenées par Pierre-Yves Chapalain, Tiago Rodrigues et Olivier Balazuc. Le désormais traditionnel spectacle itinérant, intitulé L’Enfance à l’œuvre, est lui conçu par Robin Renucci et Nicolas Stavy, sur des textes de Proust, Rimbaud ou Michaux.

L’une des plus belles surprises de ce festival vient du retour, après une très longue absence, d’un autre très grand artiste, le marionnettiste géorgien Rezo Gabriadze, avec son spectacle devenu mythique dans toute l’Europe de l’Est, Ramona.

On pourra également voir Juliette Binoche, accompagnée par Alexandre Tharaud, avec un hommage à Barbara. Mais en matière de surprise, on a gardé la principale pour la fin : une des grandes invitées de cette édition 2017 sera… Christiane Taubira. Olivier Py, qui depuis le succès de La République, en 2015, et de Le Ciel, la Nuit et la Pierre glorieuse, en 2016, a installé le feuilleton théâtral – quasi – quotidien comme un des grands rendez-vous du Festival, a demandé à l’ancienne ministre de la justice si elle aurait envie de concevoir une « leçon de démocratie » en quatorze épisodes. Christiane Taubira a dit oui, et elle sera accompagnée dans cette aventure par la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois. Reste à terminer sur l’information essentielle : l’ouverture de la location au public se fera le 12 juin.

Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale)
Journaliste au Monde


Télécharger l'avant-programme : http://www.festival-avignon.com/public_data/edition/1490178776/fa2017ap.pdf

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Fonds national pour l'emploi pérenne dans le spectacle (FONPEPS) - Ministère de la Culture et de la Communication

Fonds national pour l'emploi pérenne dans le spectacle (FONPEPS) - Ministère de la Culture et de la Communication | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Le Fonds national pour l'emploi pérenne dans le spectacle (FONPEPS), décliné en 9 mesures concrètes, est le premier fonds créé pour soutenir l’emploi pérenne dans le spectacle.

À noter :


Les premières mesures du FONPEPS sont entrées en vigueur. Les décrets d'application accessibles sur cette page précisent les conditions d'éligibilité à chacune des aides.

Les documents de demande d'aides (CERFA) pour les quatre premières mesures sont également disponibles et téléchargeables sur cette page.

Le FONPEPS c’est quoi ?

C’est le premier fonds créé pour soutenir l’emploi pérenne dans le spectacle vivant et enregistré, dans le secteur public comme dans le secteur privé. Destiné aux entreprises du spectacle vivant et enregistré, et aux artistes et techniciens qu’elles emploient, le fonds encourage la création d’emplois durables


Détail des mesures et documents à télécharger :http://www.culturecommunication.gouv.fr/Aides-demarches/Dispositifs-specifiques/Fonds-national-pour-l-emploi-perenne-dans-le-spectacle-FONPEPS

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Pièces, chorégraphie d’Ambra Senatore

Pièces, chorégraphie d’Ambra Senatore | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean Couturier pour Théâtre du blog


Ambra Senatore, nouvelle directrice du Centre chorégraphique national de Nantes, mêle, comme à son habitude, danse et théâtre, dans un univers quotidien. Ici, un appartement : coin cuisine, à cour, coin salon, à jardin et une table basse, au centre, avec autour, des poufs rouges.



Dans ce décor familier, les personnages dialoguent autour d’un thé, à propos de situations banales, ou de petits faits-divers : la mort d’un chat, un récit de voyage au Japon… Ces phrases, répétées régulièrement, subissent des distorsions surréalistes, à la manière d’Eugène Ionesco ou de Nathalie Sarraute. La gestuelle, elle aussi répétitive, prend des tonalités burlesques à la Jacques Tati.
La belle bande-son de Jonathan Seilman et Ambra Senatore  rythme cette pièce d’une heure, conçue avec une précision d’horlogerie, avec des mouvements justes et bien contrôlés. La pièce tend progressivement vers l’absurde et ses différents tableaux s’enchaînent  en continu, même si les trois danseuses, dont Ambra Senatore et les deux danseurs évoluent rarement ensemble. La chorégraphe joue avec un humour distancié sur des situations étranges : «Je suis heureux que tu sois imparfaite», dit l’un d’eux au personnage interprété par la chorégraphe.
Une « imperfection » qui demande beaucoup de travail pour produire un divertissement théâtral légèrement dansé et décalé.


Jean Couturier


Théâtre des Abbesses 31 Rue des Abbesses, 75018 Paris jusqu’au 19 mars.
theatredelaville-paris.com       

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