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Les Serments indiscrets: un vrai bonheur

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...En garçon bien de son temps, le metteur en scène Christophe Rauck ne fait pas dans la dentelle. Marivaux adore les complications, jusqu'au sadomasochisme, voire au ridicule ? Il sera bien servi par des comédiens fonçant tête baissée dans les outrances de l'auteur: grâce à l'excellent Pierre-François Garel, Cécile Garcia-Fogel finit comme une boussole affolée au cours d'une brève chorégraphie où, dansant d'un pied sur l'autre, elle frôle la folie. Décor de bric et de broc, troupe vive et enjouée, ce Marivaux déménageur ne mérite que ce qu'il a cherché : qu'on ne le prenne pas vraiment au sérieux. Un vrai bonheur.

 

Laurence Liban pour l'Express

 

 

Et aussi : critique de René Solis dans Libération http://www.liberation.fr/theatre/2012/11/07/les-serments-indiscrets-amour-gloire-et-butes_858874

 

Au théâtre Gérard-Philipe, Saint- Denis (Seine-Saint-Denis). Juqu'au 2 décembre. Puis en tournée.

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

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Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

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Sherlock, boniment de rue osé et hilarant pour spectateur casse-cou [Chalon Dans La Rue] - Toutelaculture

Sherlock, boniment de rue osé et hilarant pour spectateur casse-cou [Chalon Dans La Rue] - Toutelaculture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Par Mathieu Dochtermann dans Toutelaculture.com
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L’un des succès de Chalon Dans La Rue cette année est sans nul doute Sherlock Holmes, un spectacle osé mené de main de maître. Il fait le pari – payant – de co-construire le spectacle avec les spectateurs. Il y ajoute le risque de faire reposer l’essentiel des ressorts comiques sur un personnage principal antipathique, qui va se moquer tour à tour des membres du public. Cela pourrait être odieux, mais c’est fait avec talent et les spectateurs adhèrent presque unanimement.

★★★★★


A considérer la foule qui s’agglutine dans le Jardin de l’Arquebuse pour le voir, le spectacle Sherlock Holmes, son dernier coup d’archet, de la Compagnie des Ô, est un franc succès.

On vient ici pour rire, car le spectacle est très drôle, mené avec brio par un duo fait d’un bonimenteur et de son complice musicien. Ensemble, ils tissent l’histoire, la dernière histoire, de Sherlock Holmes, car c’est bien de conter la mort du héros qu’il s’agit. Pour cela, en plus de la musique et de la parole, de nombreux accessoires sont utilisés, une galerie soigneusement choisies de costumes – dont tous ne sont d’ailleurs pas destiné aux artistes eux-mêmes – et même un peu de marionnette, pour figurer l’infâme Moriarty.

Pourquoi, alors, est-ce si drôle? Evidemment, il s’agit du choix de narration et de mise en scène délibérément opéré par les deux créateurs du spectacle, mais, surtout, il s’agit d’une pièce construite avec l’aide des spectateurs, dont chaque représentation est donc frappée au sceau de l’unique. Et c’est à cet endroit que se déploie le talent, qu’il faut profondément saluer, du bonimenteur qui sera l’artisan central du spectacle, en incarnant un rôle périlleux, qui lui demande tout autant une immense capacité d’improvisation, beaucoup de mauvaise foi, et énormément de bienveillance. Car le spectacle n’est pas seulement construit avec les spectateurs: il repose sur eux, dans la mesure où le principal ressort comique tient à ce que le personnage principal est un odieux despote, qui manie son humour acerbe et politiquement incorrect contre certains membres du public qu’il choisit et qu’il met ensuite en scène pour faire avancer l’histoire, non sans les bousculer un peu au passage.

Le risque pris est donc très grand, mais il est clair que la majorité des spectateurs s’en délecte – majorité écrivons-nous, car certains peuvent se sentir agressés, et vivre assez mal le fait d’être ainsi embarqués, finalement contre leur gré, dans une situation où ils sont les dindons de la farce. Cela demande une grande finesse, pour l’artiste, de percevoir qui se prêtera le plus volontiers au jeu, et à amener ses partenaires d’un jour à progressivement accepter leur rôle. On imagine qu’il peut y avoir des loupés! Et il y a toujours une ou deux plaisanteries de très mauvais goût qui s’échappent du flot constant de vannes qui se déversent sur le public… mais si l’on accepte que c’est la règle du jeu, et qu’on en prend son parti, cela donne un résultat très amusant. Toujours est-il que la cible et le ressort des plaisanterie n’est pas toujours du meilleur goût, ce qui donne, infailliblement, envie de citer Desproges: « On ne peut pas rire aux dépens de n’importe qui. On peut rire des forts mais pas des faibles. »

Toujours est-il qu’il faut rendre à César ce qui plaît au public: un talent d’improvisation ébouriffant, une bande son exquisément orchestrée, une construction du spectacle diaboliquement bien pensée. Un spectacle qui mérite dix fois qu’on lui donne sa chance… mais peut-être ne se mettra-t-on pas au premier rang!

Tous les soirs Pastille 25 au Jardin de l’Arquebuse, à 20h.


Idée originale et interprétation – Fabrice BEZ et Nicolas TURON
Texte – Nicolas TURON
Composition musicale – Fabrice BEZ
Création lumières et Régie – Emmanuel HUMEAU
Regards extérieurs – Greg TRUCHET, Simon BONNE
Costumes – Lesli BAECHEL
Réalisation Marionnette – Cécile CHEVALIER
Coachs Marionnette – Louis-Do BAZIN et Delphine BARDOT

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Martin Schick, le partage de minuit

Martin Schick, le partage de minuit | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération
— 23 juillet 2017 
Invité dans le off, le performeur suisse a proposé chaque soir au public la moitié de tout ce qu’il possède en échange d’une performance improvisée.



On peut ne pas être enchantée quand le Suisse Martin Schick s’avance sur scène pour annoncer qu’avant d’exposer ce qu’est la «halfbreadtechnique» - la technique du demi-pain - il a besoin de savoir un peu qui on est. Et pour ce faire, c’est une indication comme une autre, de nous demander combien d’entre nous ont acheté plein pot leur place, obtenu des tarifs professionnels, voire, et c’est notre cas, une place presse gratuite. A son tour, il nous dit ce qu’il gagne : 500 euros net pour la performance qu’on va voir, en partie subventionnée par Pro Helvetia, une fondation financée par les citoyens suisses, du moins par tous ceux qui paient des impôts, c’est-à-dire pas les plus riches, ni ceux qui ont un compte caché. Mais avec cette somme, il doit payer son transport, son hébergement, les frais des techniciens. Ça ne vous intéresse pas, vous sentez venir la dénonciation poujadiste, vous avez envie de dormir, il est plus de 23 heures ? Vous avez tort, et de toute manière, si vous êtes entré dans la salle, vous êtes obligé de rester, la performance de Martin Schick, programmée dans le off à la Manufacture, dure quarante minutes et elle est, même quand on abhorre la distribution des épithètes, le spectacle le plus tonique et le plus imprévisible de cette édition.

Cachet.
En effet, la technique du demi-pain consiste à partager ce qu’on a - quelle horreur, voici maintenant que le performeur punk suisse, qui évidemment a vécu à Berlin, se paye le luxe d’un cours de catéchisme - et que donc, il propose, contre la moitié de son cachet, de partager le plateau. Un bout de scotch lui suffit pour délimiter l’espace, et c’est un très beau jeune homme, fantastique danseur, qui s’exécute contre 250 euros, qu’il encaisse illico, sans qu’on ait la présence d’esprit de retenir son nom, il ne reviendra pas forcément demain. Tandis qu’il danse, Martin Schick continue ce jeu de partage, si bien que la scène se remplit jusqu’à ce qu’il n’ait plus un centime à diviser. Mais quand il ne lui reste rien, il y a encore la moitié de son tee-shirt, la moitié de sa chambre d’hôtel, la moitié de son petit-déjeuner, la moitié de sa bière, mais aussi de ses dettes, son chewing-gum, son haleine, ça devient plus complexe de trouver preneur. Certains soirs, une seule personne se décide à monter sur scène, et dans ce cas, Schick adapte sa performance.

Redistribution.
Le public d’Avignon est le plus difficile, explique-t-il, car «les salles sont bondées de métaspectateurs», c’est-à-dire de programmateurs et de journalistes qui ont besoin d’observer ce qui se passe. Quoi qu’il en soit, il redistribue la totalité des 500 euros, depuis qu’il donne cette pièce - à Singapour, en Croatie, en Afrique du Sud, en Pologne, bientôt au Brésil, et en France à la rentrée. «Mais tout le plaisir est pour moi, car je gagne chaque soir un nouveau spectacle et des rencontres, les gens m’hébergent, je garde des liens avec les spectateurs, je fais des workshops le lendemain, et je me débrouille économiquement ainsi.» Moins le public est averti, mieux il réagit, et Martin Schick préfère quand ceux qui montent sur scène ont vraiment besoin de son cachet ou d’une chambre d’hôtel. Il n’y a pas de fin à ce one-man-show qui se poursuit dans la nuit et qui, en plus d’être très drôle, expose clairement les conditions économiques de création d’un spectacle. Martin Schik n’a ni agent, ni compagnie, ni structure, et il n’aimerait pas se décharger des fardeaux administratifs qui constituent le sujet de ses spectacles.

Par une étonnante convergence, en même temps, toujours dans le off, un autre spectacle participatif, le NoShow, se propose d’éclater également le tabou de l’argent et de mettre en scène l’économie de la création scénique «dans une totale transparence». Il s’agit là aussi d’un spectacle qui se redécide chaque soir selon les interventions du public.

Anne Diatkine


Photo «Halfbreadtechnique», de Martin Schick. Photo Regine Recht

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«The Great Tamer», paysages souterrains

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Par Anne Diatkine dans Libération


Pour sa première venue au Festival d’Avignon, le chorégraphe grec Dimitris Papaioannou déploie une création onirique, entre strates mystérieuses et rébus infernal. D’une beauté suffocante.

C’est un spectacle entièrement muet, mais avec les bruits amplifiés des mouvements des interprètes, au rythme de la ritournelle du Beau Danube bleu de Strauss. C’est un plateau vide à la pente irrégulière, composé de strates grises qu’on prendrait pour des plaques d’ardoise si elles n’étaient si souples, et parfois marécageuses. C’est d’une beauté suffocante, qui ne nous indique ni où on est ni dans quelle temporalité, et qui laisse libre de tout imaginer. The Great Tamer («le grand dompteur») de l’indiscipliné Dimitris Papaioannou est peut-être la découverte qu’on n’attendait plus à Avignon : incroyablement tenu, mystérieux et prenant, alors même que ce sont des images de rêve ou de cauchemar qui s’emboîtent avec fluidité, selon une logique de rébus. Ce qu’on voit sur scène est d’autant plus évident que le sens n’est jamais livré, ni fixé.

Rhizomes.
Et que voit-on ? Tout autant le désert calciné de la fin du monde qu’une plage volcanique, notre Terre dévastée qu’une autre planète - on rencontrera d’ailleurs un cosmonaute qui se débat avec l’absence de pesanteur. Lorsqu’on s’installe dans la salle, un homme immobile en costume noir et au teint olivâtre nous scrute : crise de foie, crise de la Grèce et de l’Europe, pense-t-on sommairement. Rotules tendues, l’homme défait ses lacets soigneusement, se dévêt entièrement, déploie ce qu’on prend pour un drap de plage, et s’allonge pour prendre tranquillement le soleil qui cependant manque. Un autre homme - qu’on ne voit pas venir car il se confond avec les aspérités et le gris du plateau - fait du vent en soulevant une des plaques grises qui composent le sol : que cherche-t-il dans la terre ? Le souffle d’air a pour effet de recouvrir le baigneur d’un fin tissu blanc. Un linceul ? L’homme tient à sa nudité et un gag répétitif qui pourrait être tiré d’un film de Chaplin s’engage. Mais voilà que son regard se fixe sur une autre apparition : quelqu’un est entré sur le plateau, un individu qui se détache difficilement du sol, car ses chaussures y sont enracinées - on découvrira les rhizomes multiples qui poussent sur ses semelles lorsqu’il se déplacera très naturellement sur les mains.

Déterrer, fouiller, chercher ce qu’il y a sous le sol, y dégager des membres, des squelettes, des fragments de sculpture en marbre, des trésors, un Apollon emmarbré et vivant, y faire surgir centaures, débris archéologiques, une fontaine, ou encore, au sens propre, l’origine du monde. Ne jamais rien appuyer, alors même que l’onirisme des images en appelle d’autres, qui font surgir le mirage sur scène d’une foule de réfugiés, en Grèce et ailleurs, toujours sous le sol, sous un camion, sous quelque chose, dissimulés, quel que soit le degré de vie. Convoquer la Vénus de Botticelli - mais ici c’est un jeune danseur gracieux qui ondule - et la Leçon d’anatomie de Rembrandt, tout autant que des chimères composées par l’alliance inextricable des corps féminins et masculins. Des tiges de blé sont lancées qui se plantent comme des flèches, la terre s’ouvre sur un homme qui s’arque et se déplace dans la posture du pont sous lequel s’engagent pléthore de corps masculins se déplaçant dans la même posture, tous dénudés comme à la naissance, si bien que c’est leur sexe qu’on voit en premier lorsqu’ils s’avancent.

Vestiges.
Dimitris Papaioannou n’est pas si jeune - 53 ans - mais c’est la première fois qu’il vient au Festival d’Avignon. Alors que rien ne paraît improvisé et que l’engrenage des séquences semble obéir à une nécessité implacable, il dit qu’il découvre encore le sens de sa pièce et qu’il en bouge encore des morceaux, «pour stimuler les comédiens». Il dessine un story-board mais n’écrit pas. En Grèce, son travail est fortement reconnu, ce qui lui permet d’être l’un des rares artistes à disposer de moyens - c’est-à-dire essentiellement de temps. Il répète quatre mois, réfléchit ensuite deux mois avant de retravailler avec les acteurs. Lui aussi ne connaît jamais à l’avance le sens de ses spectacles, il a besoin de les voir pour savoir ce qui s’en dégage. On lui demande pourquoi tant de références aux œuvres les plus connues de l’art européen - qu’on n’est d’ailleurs pas forcé de reconnaître. Il répond qu’en l’absence de mots, c’est une médiation commune pour narrer une histoire, comme un livre ouvert dont tout le monde disposerait peu ou prou. Il a toujours dessiné depuis ses 5 ans, si bien que ses parents - mère coiffeuse, père artisan - ont tout fait pour qu’il aille dans des écoles où l’histoire de l’art est bien enseignée. Il dit que comme tout Grec, il a passé son enfance à marcher sur les vestiges d’une civilisation et que la sensation de marcher sur des couches de trésors mythologiques l’a toujours hanté : harmonie et destruction vont ensemble. Il est devenu artiste le jour où il a quitté ses parents, qui n’auraient pas supporté qu’il prenne le risque de devenir pauvre, comme eux.

Anne Diatkine
The Great Tamer de Dimitris Papaioannou La Fabrica, jusqu’au 26 juillet. Puis au Théâtre de la Ville (75004), du 20 au 23 mars 2018.


Photo  THE GREAT TAMER - DIMITRIS PAPAIOANNOU - (c) Julian Mommert

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/ itw / Juliette, Alexandre et Barbara - Sceneweb

/ itw / Juliette, Alexandre et Barbara - Sceneweb | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb


La comédienne Juliette Binoche et le pianiste Alexandre Tharaud livrent un vibrant hommage à Barbara dans « Vaille que Vivre » Un spectacle créé au 71ème Festival d’Avignon et qui sera repris à la Philharmonie les 14 et 15 octobre 2017. Un récital, piano, voix pour dire leur amour à Barbara. Barbara sera à l’honneur au Printemps avec également une grande exposition à la Philharmonie. Ainsi que la sortie d’un album de reprise, sous la direction d’Alexandre Tharaud, avec d’autres musiciens, comme le violoniste Renaud Capuçon et des chanteurs comme Albin de la Simone et Jane Birkin. Rencontre avec Juliette Binoche et Alexandre Tharaud.

Que représente l’œuvre de Barbara dans votre vie ?

Alexandre Tharaud : Dès l’adolescence et comme pour beaucoup de personnes, elle a été importante pour moi. J’achetais des cassettes que j’écoutais dans mon walkman la nuit, puis il y a eu la rencontre sur la scène. Elle ne m’a jamais quittée.

Juliette Binoche : J’ai été nourrie par sa personnalité. J’ai été bluffée car elle court avec les mots quand elle chante. Ses mélodies restent à l’intérieur de notre âme. C’est comme une partie de vous-même qu’elle révèle. Sa musique part d’un sentiment, d’une expérience de la vie. C’est pourquoi ses chansons restent en nous. Je l’ai beaucoup écoutée adolescente, je me souviens surtout de Drouot. J’ai été la voir en concert plusieurs fois, je l’ai rencontrée dans sa loge au tout début de ma carrière. Alors qu’elle ne me connaissait pas, elle m’a embrassée. C’était comme un papillon chaleureux et plein de vie. On a rencontré avec Alexandre son neveu Bernard Cerf et je lui ai demandé de décrire par des adjectifs sa tante. Le premier mot qui lui est venu à l’esprit est « Fantasque ». C’est exactement ce que j’ai pu apercevoir quand je l’ai rencontrée brièvement.

Ce qui vous rapproche de Barbara, c’est évidemment le piano ?

Alexandre Tharaud : Le piano est central pour Barbara. Elle souhaitait devenir la plus grande pianiste du monde en agitant les mains dans tous les sens. On est parti de cette idée dans le spectacle, de l’enfance à la scène. Ce qui me lie c’est aussi sa voix, car c’est son piano. L’un va avec l’autre. Quand je joue je ne chante pas avec mes cordes vocales, mais je chante à travers mes mains et les cordes du piano. Elle jouait du piano comme elle chantait.

Dans l’immensité du répertoire, comme avez-vous effectué les choix des chansons ?

Juliette Binoche : Il fallait une sorte d’évidence comme une vague sans être dans la chronologie parfaite mais en essayant de comprendre. On a cherché à reproduire sa joie et son humour. Elle a réussi à magnifier l’amour, même si elle a toujours cherché l’homme de sa vie.

Est-ce que vous chantez sur scène ?

Juliette Binoche : Cela me semblait incontournable de chanter même si ce n’est pas mon métier. C’est un pari impossible car je n’ai commencé à prendre des cours que depuis très peu de temps. Mais j’ai ce désir de ressentir ce qu’elle a voulu traduire à travers sa musique et ses paroles.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Vaille que vivre (Barbara)
Textes Barbara
Lumière, scénographie Éric Soyer
Collaboration à la mise en scène Vincent Huguet
Avec Juliette Binoche, Alexandre Tharaud (piano)
Production Les Visiteurs du soir
Avec l’aide de l’Onde Théâtre Centre d’art de Vélizy-Villacoublay
Avec l’aimable participation de Yamaha Music Europe
Il était un piano noir…, Mémoires interrompus de Barbara est publié aux éditions Le Livre de poche.
durée estimée 1h30

Festival d’Avignon
23 24 25 26 JUILLET À 22H
COUR DU LYCÉE SAINT-JOSEPH

Onde Théâtre Centre d’art de Vélizy-Villacoubla
Le 9 octobre 2017

La Philharmonie de Paris
Les 14 et 15 octobre 2017


photo : Juliette Binoche et Alexandre Tharaud photo Gilles Vidal

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Entre [Deux] 2.0 par Abdou N’gom

Entre [Deux] 2.0 par Abdou N’gom | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Ce solo d’une profondeur mouvante, et émouvante, à l’esthétique superbement travaillée parcourue de jeux d’ombres et de lumières, se laisse traverser par une partition sonore qui vise à l’épiderme et aux sens.
Abdou N’gom, homme bi-culturel, chorégraphe africain des Lumières et des lights, danseur à la corporéité virile et prégnante, offre dans cette pièce un partage de l’éprouvé, du sensible ; sa poétique en quête d’une intériorité particulière nourrit une identité gestuelle et chorégraphique charnelle, sensible au monde…
La musique, troublante, explore des textures obsessionnelles entre voix additionnelles ethniques, mélodies électro et irradie une dramaturgie à fleur de peau alors que la lumière ombre, panse, griffe et décuple la silhouette de deux êtres qui ne se complètent pas forcément voire se contredisent.
Plusieurs univers se mêlent ainsi inexorablement, imaginaires de l’autre en soi dans une tentative à reconquérir une unité perdue.

Entre [Deux] 2.0 par Abdou N’gom
Production
Compagnie Stylistik
Coproductions & Soutiens
Initiative d’Artistes en Danses Urbaines (Fondation de France, Parc de La Villette, Caisse des dépôts, ACSE)
Centre National de la Danse
Maison de la Danse (Lyon)
CDC Les Hivernales (Avignon), CDC le Pacifique (Grenoble)
Centre Chorégraphique Pôle Pik (Bron) ; Le Croiseur (Lyon)
Association “Friends” de la Maison de la Danse (Lyon)
La Compagnie Stylistik reçoit l’aide de l’Institut Français, de la DRAC, de la Région Auvergne/Rhône-Alpes et de la Ville de Lyon

Avignon Off 2017
Théâtre Golovine

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Clément Hervieu-Léger : “Molière, c’est ‘La La Land’ !”

Clément Hervieu-Léger : “Molière, c’est ‘La La Land’ !” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Entretien, propos recueillis par Aurélien Ferenczi dans Télérama



Pénétrez dans les coulisses secrètes de la Comédie-Française
Le Grand Siècle, il est tombé dedans quand il était petit, émerveillé par Versailles, les ors et costumes de Louis XIV. Devenu metteur en scène, il dépoussière les classiques. Et si la modernité était née en 1663 ? “Impromptu 1663”, sa dernière pièce qui rassemble plusieurs textes de Molière, est programmée au Festival d’Avignon du 17 au 19 juillet.



Pensionnaire de la Comédie-Française depuis 2005, Clément Hervieu-Léger est désormais l’un des metteurs en scène maison les plus employés par l’administrateur général, Eric Ruf. La saison prochaine, la troupe reprendra sa production du Petit-Maître corrigé, de Marivaux, et créera sous sa direction une nouvelle version de L’Eveil du printemps, de Frank Wedekind. Pour le Festival d’Avignon, c’est Molière qu’il a fait travailler aux élèves du Conservatoire. Dans Impromptu 1663, il rassemble un fragment de L’Ecole des femmes et les deux pièces en un acte – La Critique de l’Ecole des femmes et L’Impromptu de Versailles – avec lesquelles Molière répondit à la « cabale des délicats ». Car Clément Hervieu-Léger, 40 ans à peine, est un incollable dix-septiémiste. Qui allie sens du théâtre et connaissance de l’art et de l’histoire.
La découverte

« Ma première porte d’entrée vers le XVIIe siècle a été le château de Versailles. Mes grands-parents maternels habitaient Bougival et nous y ont souvent emmenés, mes frères, mes sœurs et moi. Quand on est jeune, avec des rêves de théâtre, le Grand Siècle a quelque chose de fascinant, y compris dans les costumes, le décorum, le cérémonial voulu par Louis XIV. Un enfant ne peut qu’être émerveillé… Mon premier souvenir de théâtre est une représentation du Bourgeois gentilhomme, à la Comédie-Française, pour mes 10 ans. Par la suite, j’ai fait des études de droit et de sciences politiques, mais j’ai continué à lire des livres d’histoire. Le droit constitutionnel est une matière assez proche de l’histoire, et si l’on s’intéresse au fonctionnement du pouvoir politique au xxe siècle, on a toutes les raisons de s’intéresser au XVIIe siècle, et à Louis XIV en particulier ! »



L’histoire, une clé

« Quand j’ai commencé à faire du théâtre, j’ai été rattrapé par le Grand Siècle : par Racine, d’abord. J’ai joué Joas dans Athalie, au Théâtre Hébertot, puis Néron dans Britannicus. J’ai compris que ces grands auteurs parlaient de nous, mais que, pour le saisir, il fallait mieux connaître la société de l’époque. Une lecture importante a été La Société de cour, du chercheur allemand Norbert Elias. Le lien avec le théâtre s’est fait naturellement : quand j’ai monté Le Misanthrope, connaître le fonctionnement du milieu aristocratique de la pièce a été important : une clé du texte est le rapport des différents personnages au soleil, c’est-à-dire au roi. Connaître les règles du deuil est aussi essentiel. On fait souvent passer Célimène pour une insupportable coquette ; mais elle sort de deux ans de deuil ! L’étiquette lui imposait de ne recevoir qu’un jour par semaine ! Alors si elle se grise de mots dans la scène des portraits, c’est que son besoin de parler – elle qui est seule le reste de la semaine – est irrépressible ! »



Réhabiliter des textes oubliés

« Quand les choses me passionnent, je m’y plonge. Molière ou l’esthétique du ridicule, de l’universitaire Patrick Dandrey, m’a beaucoup inspiré pour monter Monsieur de Pourceaugnac ; les travaux de l’historien Georges Forestier sur Racine et Molière m’ont passionné. Quand j’ai travaillé sur Athalie, je me suis penché sur les figures bibliques dans la tragédie. Ainsi, à la Bibliothèque nationale, j’ai lu Esther, de Pierre Du Ryer (1605-1658), très connu à l’époque, élu à l’Académie française au détriment de Corneille, et que l’ambitieux Racine a eu à cœur d’enterrer… Sa pièce est extraordinaire, avec de grands rôles de femme, celui d’Esther mais aussi celui de la reine des Perses, Vasthi. J’en avais organisé une lecture au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, avec mes camarades du Français. Faut-il monter les auteurs oubliés ? J’y réfléchis. Je m’intéresse aussi au travail sur le théâtre baroque du metteur en scène et cinéaste Eugène Green : il pose la question de savoir s’il faut reconstituer ou non la diction de l’époque… »

Vers un spectacle total

« Le premier opéra que j’ai mis en scène a été La Didone (1641), de Cavalli, au côté de William Christie, spécialiste de la musique du XVIIe siècle. Il m’a appris mille choses. Il a voulu que nous retravaillions ensemble, et nous avons monté Monsieur de Pourceaugnac avec musique de Lully. On considère à tort comme mineures les comédies-ballets de Molière, Pourceaugnac arrive après Le Misanthrope, alors qu’il maîtrise parfaitement les codes de l’art dramatique. Il veut l’emmener plus loin, vers un spectacle total : désormais, si l’on enlève la musique, on enlève du théâtre ! Si l’on monte ces comédies-ballets sans l’imagerie baroque, elles peuvent toucher un public jeune : des personnages qui parlent, chantent, dansent, parlent à nouveau, c’est La La Land ! »


Monsieur de Pourceaugnac, teaser vidéo  https://vimeo.com/158931702



Comédiens dans leurs propres rôles

« Claire Lasne Darcueil, la directrice du Conservatoire, m’a demandé de travailler avec les élèves de troisième année. Ils ont besoin d’interroger leur rapport au théâtre. Et celui qui a fait ça formidablement, qui s’est même mis en scène avec sa propre troupe en train de répéter, c’est Molière, dans L’Impromptu de Versailles. J’ai eu envie de confronter ces jeunes comédiens à un auteur qui peut leur paraître éloigné mais qui, en fait, leur permet de se raconter eux, aujourd’hui. Et qui leur montre comment le XVIIe siècle a été un tournant pour le jeu de l’acteur. On croit que l’acteur moderne naît avec Stanislavski, mais la révolution a eu lieu en 1663. Pour répondre à ses détracteurs, Molière ne choisit pas le pamphlet mais le théâtre. Il crée coup sur coup La Critique de l’Ecole des femmes et L’Impromptu de Versailles, deux pièces courtes, en temps réel, sans ellipse, ce qui, pour l’époque, est fou. Dans la première, des gens sortent de L’Ecole des femmes, et parlent de ce qu’ils viennent de voir, comme une simple conversation ; dans la seconde, Molière se met en scène lui-même, demande à ses comédiens de jouer leur propre rôle. Trois siècles avant Pirandello ! Il dit à ses comédiens : “Tâchez d’être ce que vous représentez.” Cela peut sembler anodin, mais cela introduit le naturel au théâtre. »



Un metteur en scène, une pièce :
Lever de rideau (12) : Clément Hervieu-Léger monte "La Critique de l'Ecole des femmes" : http://www.telerama.fr/scenes/lever-de-rideau-12-clement-hervieu-leger-monte-la-critique-de-l-ecole-des-femmes,65553.php





A voir :
Impromptu 1663, ou Molière et la querelle de L’Ecole des femmes, du 17 au 19 juillet, gymnase du lycée Saint-Joseph, Avignon (84) ; 


du 6 au 8 octobre, Théâtre de Suresnes (92).


Une leçon de mise en scène


« L’art et la politique sont souvent imbriqués dans ce siècle extraordinaire. Le Traité d’équitation de La Guérinière est ainsi un manuel d’éducation des princes. Entre l’exercice guerrier et l’équitation de cour, il dessine une philosophie du pouvoir qui se voit aussi dans la façon dont Louis XIV utilise la danse, avec Beauchamp en maître de ballet. Quand je vais au Louvre, je regarde L’Enlèvement des Sabines, de Poussin, et c’est une leçon de mise en scène ! Avec beaucoup à prendre pour un acteur dans la façon dont les corps peuvent raconter des écartèlements de sentiments, un épaulement dans un sens, un regard dans un autre… Ces toiles m’habitent de manière souterraine et je les analyse de plus en plus. »

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Festival Lollapalooza : Jack Lang dénonce "l'invasion de multinationales américaines"

Festival Lollapalooza : Jack Lang dénonce "l'invasion de multinationales américaines" | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
 publié le 22/07/2017


L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a déploré samedi "l'invasion de multinationales américaines sur la vie musicale française" et interpellé les pouvoirs publics, alors que le festival de musique américain Lollapalooza organise ce week-end sa première édition parisienne.


"Live Nation étend son empire sur l'organisation de concerts en France et en particulier à travers le festival Lollapalooza. Le groupe américain AEG, déjà scandaleusement présent dans le capital de Bercy (la salle de spectacles, NDLR), rachète Rock en Seine tout en bénéficiant des subventions locales", déplore l'ancien ministre socialiste dans un communiqué.
Jack Lang réclame des mesures anti concentration

"La prise de pouvoir par ces groupes risque de tuer la diversité, de mettre en péril les festivals indépendants, de favoriser une inflation destructrice des prix et d'encourager la spéculation dans l'art musical sous toutes ses formes", estime celui qui a instauré en France la Fête de la musique en 1982.

"On peut s'étonner de la passivité des pouvoirs publics face à ces phénomènes de concentration et de domination. Il est urgent d'agir et de montrer concrètement que la France entend rester un pays de la pluralité et de l'indépendance artistique", estime M. Lang, qui réclame "des mesures +anti-concentration+ dans tous les domaines de la vie intellectuelle et artistique".

"Les responsables pourraient utilement s'inspirer des lois qui, en leur temps, ont assuré la régulation de l'économie du livre, du cinéma et de la musique"


Le Lollapalooza, poids lourd des festivals de musique itinérant, est détenu par l'un des plus gros promoteurs de spectacle au monde, Live Nation. Il se tient samedi et dimanche sur l'hippodrome de Longchamp à Paris. Rock en Seine, l'un des festivals de musique les plus connus de la capitale, qui tiendra sa 15e édition fin août, a été racheté en mars par l'homme d'affaires Matthieu Pigasse via sa holding personnelle LNEI.

M. Pigasse, qui détient par ailleurs plusieurs médias (Radio Nova, Les Inrocks, copropriétaire du Monde), a par la suite négocié un partenariat avec le groupe américain AEG, leader mondial des salles de spectacles (il détient 30% de la salle parisienne de Bercy), selon une information publiée fin mai par Libération.


Photo  Jack Lang, mai 2017 © Julien Mattia / NurPhoto

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L’art, la jeunesse et les territoires

L’art, la jeunesse et les territoires | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Avec le soutien d’intervenants du spectacle vivant attachés au service public, les directeurs et directrices de Centres dramatiques nationaux (CDN) s’alarment du mépris que vient de leur témoigner le ministère de la culture. Outre les restrictions budgétaires, ils ont été sidérés d’apprendre que l’Etat envisageait de faire financer le théâtre privé par le théâtre public, via une ponction sur la billetterie. C’est la raison de leur appel au réveil pour les 70 ans de la décentralisation culturelle.

Ce sont les 70 ans de la décentralisation. Les directeurs et directrices de Centres Dramatiques Nationaux (CDN) viennent d’avoir l’occasion d’affirmer qu’ils sont fatigués du mépris qu’avait fini par leur témoigner leur propre Ministère.

Alors que les CDN n’ont plus vu leurs budgets réévalués depuis des années, ce 14 juillet, lors d'une réunion avec les représentants du ministère (lire ici sur Libération : http://next.liberation.fr/culture-next/2017/07/19/coup-de-chaud-entre-les-acteurs-culturels-et-leur-tutelle-a-avignon_1584804 ;), les artistes présents ont pu s'entendre dire qu'ils n’obtiendraient jamais les crédits nécessaires à la relance de leur activité de service public. Tout simplement parce que leur modèle économique ne serait plus viable et que “leurs structures sont à bout de souffle”.

Après qu’ils ont exprimé leur colère, la Ministre de la Culture a tenu à réaffirmer son attachement aux centres de création artistiques de la décentralisation, en particulier CDN et CCN. Cependant, des incertitudes demeurent sur la question du théâtre privé  que, nous dit-on, l’Etat pourrait vouloir financer en partie par le théâtre public, notamment en ponctionnant la billetterie des théâtres publics.

A cela, nous disons : il est bon que ces 70 ans nous réveillent. Avec nos artistes associés et d’autres metteur(e)s en scènes, comédien(ne)s, auteur(e)s, chorégraphes, nous sortons aujourd’hui du silence avec cette tribune. Elle s’adresse à notre Président de la République.


Lire l'appel sur le site de Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/220717/l-art-la-jeunesse-et-les-territoires?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66





––––––––––––––––

L’ART, LA JEUNESSE ET LES TERRITOIRES

Monsieur le Président,

Nous ne dirons pas ici ce que nous faisons, nous artistes avec nos créations.

Simplement nous dirons que nous tâchons de faire notre part, et qu’elle est de l’art et non de la culture.

Nous ne fabriquons pas des représentations pour être représentatifs ni identitaires, mais pour présenter ce qui du monde est invisible, offensé et pourtant désirable.

Nous ne compensons pas l’absence de places, nous défaisons les places. Parce que nous croyons à l’altérité.

Autre chose est à voir dans ce monde-ci et en nous-mêmes. Si nous aidons à le voir, nous aidons à le désirer.

Voilà pourquoi, en tant qu’artistes, nous pouvons aider la politique culturelle. Sans nous, elle réalise son projet : satisfaire des « besoins », de manière marchande ou utilitaire. Nous, nous ne réalisons pas son projet : nous le débordons toujours, par excès ou par dénuement. Nous faisons un trou dans son savoir et ses organismes. Et nous pouvons l’orienter par une autre connaissance : notre amour du réel.

Vous, Monsieur le Président, vous êtes un Président convaincu par la modernité et la force de changement que comporte votre idée du pays. Cela vous met à hauteur de grands prédécesseurs. Grands aussi d’avoir su une chose : il n’y a pas de politique historique sans grande politique culturelle publique. Or cette politique culturelle, qu’ils allumaient au devant d’eux, donnait aussi à l’Etat le reflet positif de sa propre modernité, de sa propre confiance dans la jeunesse et dans ce qui allait venir.

Aujourd’hui, ce bénéfice symbolique, l’Etat ne le retire plus de son investissement. Vous non plus, ne le retirerez pas, sans passage aux actes. Malraux, Lang, surent admirablement mettre en scène la célébration de la modernité et de la positivité d’une société nouvelle. Depuis leur ère, l’Etat n’a plus jamais retrouvé la gratification de ses efforts. 

La décentralisation théâtrale était un projet d’avenir après la guerre. Son maître mot était que l’art devait être le rempart subjectif contre la barbarie, qu’il devait contribuer à l’émancipation, et enfin produire de la citoyenneté.

Ce projet a vieilli dans une vision par défaut : aujourd’hui la culture doit réparer, compenser les maux sociaux, ou flatter les goûts et les identités. A un projet conquérant de construction individuelle et collective s’est substitué un projet défensif de réparation des dégâts.

Aujourd’hui, les politiques publiques, qu’elles soient dédiées à l’art, à la jeunesse, aux quartiers, aux zones rurales, aux publics de l’aide sociale etc., se présentent comme un feuilletage de dispositifs cloisonnés, dont tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont bien trop parcellaires ; dispositifs que nous n’utilisons, nous, directeurs d’établissements, qu’en nous plaignant de devoir les « contraindre » voire les détourner. S’ensuit une évaluation faussée, des pertes d’énergie considérables, une démoralisation et un ressentiment constants.

En réponse à cela, on nous oppose de plus en plus que nous devrions faire alliance avec les énergies de l’entreprenariat privé. Il est vrai qu’aujourd’hui, la seule vitalité attestée, celle qui nous est constamment opposée, c’est celle des pratiques lucratives ou des visibilités médiatiques. C’est là que nous serions censés découvrir l’efficience qui nous manque, ou la rentabilité qui nous fait défaut.

Faut-il le redire ? Nous croyons encore au service public. Non par nostalgie ou par conservatisme. Mais parce que nous croyons qu’on ne peut pas bâtir une société en stimulant uniquement les passions lucratives de ses membres. Parce que nous croyons qu’il faut des espaces et des moments de désintéressement, qui puissent ouvrir en chacun le sentiment de contribuer activement au destin collectif. Oui ces espaces et ces moments doivent être réinventés, mais nous contestons qu’ils ne puissent l’être qu’à travers l’exaltation du rendement, de la productivité, de la compétitivité ou plus simplement du profit. Nous pouvons tout de même avoir un peu plus d’imagination.

Aujourd'hui, Monsieur le Président, il faut sauter. Affirmez, en vous appuyant sur notre Ministre et avec nous un pacte pour une nouvelle politique culturelle à l’échelle du pays. Aucune agence semi-privée pour les arts ne pourra remplir ce prodigieux don démocratique : libérer une créativité prise dans le sentiment d’une utilité citoyenne. Il faut décréter que nous avons besoin d’une politique publique qui donne à chacun les outils de la construction de soi, de l’exploration de sa propre créativité, dans un mouvement où ce qui s’affirme, c’est le sentiment de contribuer activement au destin collectif. Une politique qui ne soit pas attentive seulement à la réussite individuelle, mais qui réponde à ce que demandent les gens de ce pays, jeunes ou moins jeunes : avoir le sentiment qu’on construit un avenir commun, qu’on y est utile et nécessaire, qu’on y a sa place et son mérite. 

Pour cela, la politique culturelle nouvelle devra inventer des liens nouveaux entre trois champs aujourd’hui distincts : le champ des politiques en faveur des arts, le champ des politiques de la jeunesse, et le champ des territoires. Cette synergie doit passer par une remise à plat des dispositifs, l’invention en commun de nouvelles opérations, de nouvelles méthodes entre les différents ministères et avec les pouvoirs locaux. Mais surtout, elle devra s’appuyer sur des lieux concrets inédits : des prototypes.

Les établissements de la décentralisation culturelle, peuvent être demain ces prototypes. Centres dramatiques nationaux, Centres chorégraphiques nationaux, Scènes nationales, Scènes conventionnées, beaucoup le sont déjà, qui trament de nouvelles alliances entre la fabrication de l’art, l’attention portée à la jeunesse et l’exploration des territoires. En province, en banlieue, depuis des sites oubliés ou invisibles, ils cherchent l’invention de nouveaux liens, de nouveaux usages et de nouveaux communs, en puisant dans l’énergie de l’innovation artistique. Portés par le souffle de visions singulières, ils offrent une alternative à l'immédiateté et convoquent les temps plus longs de la recherche. Dans leurs dissemblances et parfois leurs désaccords, ils œuvrent à un entretien public de l’imaginaire dont notre société a profondément besoin.

Les artistes sont porteurs de formes et de recompositions, de méthodes concrètes pour rendre possible l’impossible. Ils se soucient de ce qui est juste. Ils sont souvent efficaces car ils inventent. Dans les fabriques de l’art vivant s’affirment aujourd’hui les présences nécessaires, les rencontres précieuses, les amitiés, les débats. Les branchements concrets de la nouvelle vie.

C’est un programme en vérité et nous pensons que le moment est venu de nous mettre au travail et de prononcer qu’il faut entrer dans une nouvelle séquence de l’histoire des politiques publiques en matière de culture.  Qu’il faut proposer au pays un nouveau pacte culturel. Un pacte, pour lequel nous voulons nous engager.

Premiers signataires :

Samuel Achache, comédien et metteur en scène, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Vanessa Amaral, comédienne, membre de la troupe permanente du Théâtre des Ilets CDN de Monltluçon
Baptiste Amman, auteur et metteur en scène
Arnaud Anckaert, metteur en scène, membre du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune
Cécile Arthus, metteuse en scène, artiste associée au NEST
Didier Aschour, compositeur, directeur du GMEA, Centre national de création musicale
Kader Attou, chorégraphe, directeur du CCN de La Rochelle
Marion Aubert, écrivaine, artiste associée au CDN de Montluçon
Cécile Backès, directrice de La Comédie de Béthune CDN des Hauts-de-France
Ferdinand Barbet, metteur en scène, artiste associé à la Comédie de Reims 
Remy Barché, metteur en scène, artiste associé à la Comédie de Reims
Jean-Pierre Baro, metteur en scène
Guilhem Barral, comédien, membre de la troupe permanente du Théâtre des Ilets CDN de Montluçon
Philippe Barronet, de la compagnie des Échappés Vifs, artiste en résidence au CDN de Vire
Mathieu Bauer, directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil
Jérôme Bel, chorégraphe, associé 16-18 au Théâtre de la Commune
Yagoutha Belgacem, directrice artistique de la plateforme Siwa, associée au CDN de Besançon
Jean Bellorini, directeur du théâtre Gérard Philipe Centre dramatique national de Saint Denis
Lucie Berelowitch, metteuse en scène – Compagnie les 3 sentiers, artiste coopératrice du Théâtre de l’Union
Linda Blanchet, metteuse en scène, artiste associée au Théâtre National de Nice
Jean Boillot, directeur du NEST – Centre dramatique national transfrontalier de Thionville-Grand Est
Mathurin Bolze, artiste de cirque et chorégraphe, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Marguerite Bordat, scénographe et metteuse en scène, CDN de Strasbourg
Aurélien Bory, metteur en scène, artiste associé au CDN de Strasbourg
Bruno Bouché, chorégraphe, directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin – CCN
Yoann Bourgeois, artiste de cirque, directeur du CCN2 Centre chorégraphique national de Grenoble
Gaëlle Bourges, chorégraphe, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence et artiste associée au CCN de Tours
Marcel Bozonnet, comédien et metteur en scène – compagnie « Les comédiens voyageurs », artiste coopérateur du Théâtre de l’Union
Irina Brook, directrice du Théâtre national de Nice CDN Nice Côte d’Azur
Richard Brunel, directeur de La Comédie de Valence - Centre dramatique national Drôme-Ardèche 
Olivier Cadiot, écrivain, associé à La Comédie de Reims
Jeanne Candel, comédienne et metteuse en scène, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Rebecca Chaillon, metteuse en scène
Elisabeth Chailloux, codirectrice du Théâtre des Quartiers d'Ivry, CDN du Val-de-Marne
Céline Champinot, autrice et metteuse en scène, artiste associée au Théâtre Dijon Bourgogne
Boris Charmatz, chorégraphe, directeur du Musée de la danse CCN de Rennes et de Bretagne
Olivia Chatain, comédienne permanente du CDN de Vire
Séverine Chavrier, directrice du CDN Orléans Centre – Val de Loire
Jérôme Combier, compositeur artiste compagnon du centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Cyril Cotinaut, metteur en scène, artiste associé au Théâtre National de Nice
Guy-Pierre Couleau, directeur de la Comédie de l’Est Centre dramatique national d’Alsace
Olivier Coulon-Jablonka, compagnie Moukden Théâtre, associé 17-19 La Commune CDN d'Aubervilliers
Rodolphe Dana, directeur du Théâtre de Lorient CDN
Guillaume Delaveau, metteur en scène, artiste associé au CDN de Besançon
Céline Delbecq, écrivaine, menteuse en scène et comédienne, artiste associée au CDN de Montluçon
Solenn Denis, autrice, metteuse en scène et comédienne, artiste associée au CDN de Montluçon
Jacques Descorde, écrivain, metteur en scène et comédien, artiste associé au CDN de Montluçon
Marcial Di Fonzo Bo, directeur de la Comédie de Caen CDN de Normandie
Olivier Dubois, chorégraphe, directeur du Ballet du Nord
Julie Duclos, metteuse en scène, artiste associée au CDN de Besançon
Vincent Dupont, chorégraphe, artiste associé à ICI – CCN Montpellier / Occitanie
Mohamed El Katib, auteur et metteur en scène – collectif Zirlib, artiste associé au Théâtre national de Bretagne
Aurore Evain, chercheuse et metteuse en scène, artiste associée au CDN de Montluçon
Héla Fattoumi, chorégraphe, co-directrice du CCN de Belfort
Frédéric Ferrer, auteur, metteur en scène et comédien, artiste associé au CDN de Montluçon
Nathalie Fillon, auteure et metteuse en scène - compagnie Théâtre du Baldaquin, artiste coopératrice du Théâtre de l’Union
Julien Fisera, metteur en scène, membre du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune
Paul Francesconi, auteur et metteur en scène – compagnie Soleil glacé, artiste compagnon du Théâtre de l’Union
Christine Gaigg, chorégraphe artiste compagnon du centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Samuel Gallet, auteur, coproduit par le CDN de Vire
Vincent Garanger, co-directeur du Préau Centre dramatique national de Normandie – Vire
David Gauchard, metteur en scène – compagnie L’Unijambiste, artiste coopérateur du Théâtre de l’Union
Céleste Germe, Maëlys Ricordeau et Jacques Albert, pour le collectif Das Plateau, collectif associé à la Comédie de Reims
David Geselson, auteur et metteur en scène
Julien Gosselin, metteur en scène
Emio Greco, chorégraphe, co-directeur du Ballet de Marseille
Marion Guerrero, metteuse en scène, artiste associée au CDN de Montluçon
Caroline Guiela Nguyen, metteuse en scène, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Julien Guyomar, auteur et metteur en scène, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Adel Hakim, codirecteur du Théâtre des Quartiers d'Ivry, CDN du Val-de-Marne
Pascale Henry, metteuse en scène et écrivaine
Renaud Herbin, directeur du TJP Centre dramatique national d’Alsace Strasbourg
Maud Hufnagel, metteuse en scène
Le collectif InVivo, collectif de création numérique, associé au CDN de Montluçon
Peter Jacobsson, chorégraphe, directeur du Ballet de Lorraine
Daniel Jeanneteau, directeur du T2G – Théâtre de Gennevilliers
Norah Krief, comédienne, co-produite par la Comédie de Béthune et membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Maxime Kurvers, metteur en scène, associé 16-18 au Théâtre de la Commune
Ludovic Lagarde, directeur de la Comédie de Reims Centre dramatique national
Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon-Bourgogne
Jean Lambert-wild, directeur du Théâtre de l’Union CDN du Limousin
Eric Lamoureux, chorégraphe, co-directeur du CCN de Belfort
Philippe Lardaud, acteur et metteur en scène, artiste associé du NEST
Régis Laroche, acteur, artiste associé du NEST
Thomas Lebrun, chorégraphe, directeur du CCN de Tours
Maxime Le Gall, comédien, membre du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune
Philippe Le Goff, compositeur, directeur de Césaré, Centre national de création musicale
Maud Le Pladec, chorégraphe, directrice du CCN d’Orléans
Françoise Lepoix, metteuse en scène associée 14-16
David Lescot, auteur et metteur en scène, artiste associé à la Comédie de Caen CDN Normandie
Madeleine Louarn, metteuse en scène, Théâtre de l'Entresort Morlaix
Ola Maciejewska, chorégraphe artiste associée au centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Pierre Maillet, acteur et metteur en scène, artiste associé à la Comédie de Caen CDN Normandie
Thierry Malandain, chorégraphe, directeur du Malandain Ballet Biarritz
Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers
Maguy Marin, chorégraphe invitée 14-18 Théâtre de la Commune
Catherine Marnas, directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
Eric Massé, acteur et metteur en scène, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Joris Mathieu, directeur du Théâtre Nouvelle Génération Centre dramatique national de Lyon
Sylvain Maurice, directeur du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines Centre dramatique national
Agathe Mélinand, co-directrice du Théâtre National de Toulouse
Phia Ménard, artiste associée au Théâtre Nouvelle Génération - Centre dramatique national de Lyon et au Théâtre national de Bretagne, artiste compagnon du centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Yann Mercier, comédien, membre de la troupe permanente du Théâtre des Ilets CDN de Montluçon
Mourad Merzouki, chorégraphe, directeur du CCN de Créteil
Pierre Meunier, auteur, acteur et metteur en scène, artiste associé au CDN de Montluçon et au CDN de Strasbourg
Bruno Meyssat, metteur en scène
Mariette Navarro, écrivaine, membre du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune
Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre National de Bretagne
Rachid Ouramdane, chorégraphe, directeur du CCN2 Centre chorégraphique national de Grenoble
Célie Pauthe, directrice du CDN de Besançon Franche-Comté
Laurent Pelly, co-directeur du Théâtre National de Toulouse
Mélanie Perrier, chorégraphe artiste associée au centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Mickaël Phelippeau, chorégraphe artiste compagnon du centre chorégraphique national de Caen en Normandie, artiste associé à l’Echangeur / CDCN , au Merlan/ Scène Nationale
Yuval Pick, chorégraphe, directeur du CCN de Rillieux-la-Pape
Jean-Marie Piemme, auteur associé du NEST
Guillermo Pisani, auteur et metteur en scène, artiste associé à la Comédie de Caen CDN Normandie
Maelle Poesy, autrice et metteuse en scène, artiste associée au Théâtre Dijon Bourgogne
Amélie Poirier, chorégraphe, écrivaine et marionnettiste, artiste associée au CDN de Montluçon
Laurent Poitrenaux, comédien, artiste associé à la Comédie de Reims 
Guillaume Poix, auteur et metteur en scène, artiste associé au CDN de Vire
Joël Pommerat, metteur en scène
Anthony Poupard, comédien permanent au CDN de Vire
Nadège Prugnard, écrivaine, metteuse en scène et comédienne, artiste associée au CDN de Montluçon
Philippe Quesne, directeur du théâtre Nanterre – Amandiers Centre dramatique national
Tiphaine Raffier, metteuse en scène
Jean-Michel Rabeux, écrivain, metteur en scène, artiste associé au CDN de Montluçon
Pascal Rambert, metteur en scène
Christophe Rauck, directeur du Théâtre du Nord Centre dramatique national Lille-Tourcoing
Lucie Rébéré, actrice et metteuse en scène, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Claude Régy, metteur en scène
Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France Centre dramatique national
Alban Richard, chorégraphe, directeur du CCN de Caen en Normandie
Christian Rizzo, chorégraphe, directeur d’ICI - CCN Montpellier / Occitanie
Isabelle Ronayette, actrice, artiste associée du NEST
Luc Rosello, directeur du Théâtre du Grand Marché Centre dramatique de La Réunion
Julie Rossello-Rochet, autrice, membre du collectif artistique de la Comédie de Valence
Noémie Rosenblatt, comédienne et metteuse en scène, membre du collectif d’artistes de la Comédie de Béthune
Marie Rousselle-Olivier, comédienne, membre de la troupe permanente du Théâtre des Ilets CDN de Montluçon
Pauline Sales, co-directrice du Préau Centre dramatique national de Normandie – Vire
Maïa Sandoz, metteuse en scène, Théâtre de l’Argument, artiste associée au Théâtre des Quartiers d’Ivry
Pieter C. Scholten, chorégraphe, co-directeur du Ballet de Marseille
Valérie Schwarcz, comédienne, artiste associée au CDN de Montluçon
Violaine Schwartz, auteure, associée au CDN de Besançon
Ambra Senatore, chorégraphe, directrice du CCN de Nantes
Marion Siefert, metteuse en scène, associée 17-19
Jean-François Sivadier, metteur en scène
Robert Swinston, chorégraphe, directeur du CNDC Angers
François Tanguy, metteur en scène
Carole Thibaut, directrice du Théâtre des Îlets CDN Montluçon Région Auvergne Rhône-Alpes
Catherine Umbdenstock, metteur en scène et compagnie Epik Hotel associée 14-16
Bérangère Vantusso, directrice du Studio-Théâtre de Vitry
Emmanuel Vérité, comédien, artiste associé au Théâtre Dijon Bourgogne
Gisèle Vienne, metteuse en scène et chorégraphe, artiste associée au Théâtre national de Bretagne et au CDN de Strasbourg
Elise Vigier, actrice et metteuse en scène, artiste associée à la Comédie de Caen CDN Normandie
Eric Vigner, metteur en scène
Guillaume Vincent, metteur en scène
Jean-Pierre Vincent, metteur en scène
Valérie Vivier, comédienne, artiste associée au CDN de Montluçon
Emmanuelle Vo-Dinh, chorégraphe, directrice du Phare CCN du Havre Normandie
Krzysztof Warlikowski, directeur artistique de Nowy Teatr, Varsovie
Wilfried Wending, compositeur, directeur de La Muse en circuit, Centre national de création musicale
Fanny Zeller, comédienne, metteuse en scène, artiste associée au CDN de Montluçon

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Humour : à Montréal, les « maudits Français » tentent leur chance

Humour : à Montréal, les « maudits Français » tentent leur chance | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde


La métropole québécoise accueille jusqu’au 30 juillet la 35e édition de Juste pour rire, le plus important festival d’humour.



A ceux qui considèrent qu’il y a trop d’humoristes en France, un conseil : venez faire un tour au Québec pour réviser votre impression. Plus particulièrement en juillet, en plein cœur de Montréal, quand tout le quartier des spectacles vit au rythme du festival Juste pour rire. En trente-cinq d’existence, ce rendez-vous – le plus important du genre – est devenu une institution de l’humour francophone où se croisent artistes confirmés et débutants prometteurs dans une province canadienne qui, sans conteste, regroupe la plus forte concentration d’humoristes comparée à son nombre d’habitants.

Plus de deux cents spectacles, des centaines d’artistes, des galas captés pour les télévisions françaises (C8, M6) et québécoises, près de 1,7 million de visiteurs, Juste pour rire est une énorme machine à divertissements, une « multinationale » de l’humour créée par le business man Gilbert Rozon.

Dans cette ville chaleureuse qu’est Montréal, où les spectateurs font des ovations debout même en cours de spectacle lorsqu’un sketch leur a plu, des humoristes français, sélectionnés par les équipes de Juste pour rire, viennent chaque année se frotter à un public de connaisseurs. Car au Québec, l’humour (qui a même son école nationale reconnue par le ministère de l’éducation) fait partie intégrante de la culture et ils ne sont pas si nombreux, les Français qui parviennent à séduire La Belle Province. Fary, Yassine Belattar, Bérengère Krief, Noémie Caillault, Tony Saint-Laurent, Elie Semoun… tous viennent chercher, avec plus ou moins de réussite, une reconnaissance hors frontière qui compte et un passage à la télévision qui pèse pour ensuite remplir les salles.

Des Québécois plus bosseurs

« Venir à Montréal, c’est prendre une leçon », résume Kyan Khojandi. « On se sent en stage, comme dans une salle d’entraînement, les artistes écrivent tout le temps », constate le créateur de la série Bref, qui a participé à l’un des galas du festival et au plateau Maudits Français. « A chaque fois que je viens ici, je me sens comme dans une master class », complète le magicien et humoriste Eric Antoine, co-animateur d’un gala et présent dans deux spectacles – son solo et Rêveur définitif, le cabaret de magie nouvelle conçue par Clément Debailleul et Raphaël Navarro.



« Ici, ils ont tous lu “The Comedy Bible” de Judy Carter. Ça bosse et ça gratte beaucoup plus qu’en France parce que la compétition est plus dure et le public habitué à davantage de qualité que chez nous », constate Blanche Gardin. Au théâtre Monument national, cette comédienne interprète seule en scène son formidable Je parle toute seule. Elle qui, avec ce spectacle, a fait un tabac à Paris (à l’Européen et au Trianon) considère sa venue à Montréal comme « une douche rafraîchissante, un petit rappel à l’ordre sur la nécessité de revenir sans cesse à la base : un cahier et un crayon. Quand je suis là, j’écris beaucoup ».


Plus bosseurs les Québécois ? Il suffit d’assister à la scène ouverte du Bordel comedy club, jolie salle où de jeunes humoristes se succèdent toutes les dix minutes, pour constater une recherche d’écriture et un niveau artistique très prometteur. Parmi eux, l’élégant Philippe-Audrey Larrue Saint-Jacques (ça ne s’invente pas, c’est son vrai nom). Avec son look de « figurant du Titanic », il nous fait rire de ses déceptions et ne craint pas de citer Montesquieu. Ce fils d’universitaires a savamment intitulé son one-man-show « Hélas, ce n’est qu’un spectacle d’humour » et s’est grimé, sur son affiche, en Emile Nelligan, sorte de Rimbaud québécois. A 29 ans, ce jeune humoriste formé au conservatoire et à l’école de l’humour, a été retenu cette année dans la programmation du festival, et compte bien, comme d’autres avant lui (Stéphane Rousseau, Antony Kavanagh, Fred Pellerin…), développer sa carrière en France, marché plus vaste pour un artiste et son producteur que le seul Québec.

« La France est notre Hollywood francophone », témoigne Rachid Badouri, show man connu au Canada et qui, depuis quatre ans, tente de conquérir Paris. « La France, c’est comme une femme en amour. Quand elle a appris que je voyais aussi une Québécoise, elle ne m’a offert qu’un bonheur à temps partiel ! » Alors l’année dernière, Rachid Badouri a choisi de poser ses valises dans la capitale avec femme et enfant et a fait, depuis, salle comble à l’Appolo théâtre. En janvier 2018, il investira pour plusieurs mois la scène parisienne de l’Alhambra.

Des vannes sur Céline Dion ou sur Justin Trudeau

Ce n’est pas parce qu’on a du succès dans son pays que la réussite est garantie de l’autre côté de l’Atlantique. Cette règle est valable aussi bien pour les Québécois que pour les Français. L’humour voyage, s’exporte, à condition de s’adapter. « On ne peut pas venir en terrain conquis, il faut capter la société pour que le spectateur puisse se dire “ah oui, c’est tellement vrai” », insiste Rachid Badouri. Dans son one-man-show, il a ajouté ses « observations parisiennes », se moquant, par exemple, d’une ville où le moindre centimètre de neige provoque le chaos. Lui qui est venu jouer en France avant et après les attentats dit ressentir dans le public « un énorme besoin de rire, comme je l’ai rarement vu ». Mais il faut, raconte le québécois André Sauvé, « passer le rabot sur notre langue pour conquérir un public parisien qui a parfois le corset de Marie-Antoinette ! »

Le Français Eric Antoine glisse, lui aussi, des vannes sur Céline Dion ou sur le physique de Justin Trudeau lorsqu’il se produit au Québec et s’attache à rythmer davantage son spectacle. « En France, on peut se permettre des détours, des temps, ici, c’est plus la culture de la punchline, cela manque parfois de poésie. » Le rire, dit Blanche Gardin « est une question de musique, de mélodie et de mots ». Alors, elle a pris soin de traquer les expressions mal comprises, d’accélérer la rythmique de son spectacle et, pour se conformer au format demandé d’une prestation en soixante minutes, a supprimé les passages « plus posés ». « Vous êtes tellement gais, vous, les Québécois. Pour nous Français, c’est exotique de voir tant de gaieté », dit-elle en introduction de son stand-up. Avant de poursuivre : « Ici, traverser en dehors des passages piétons c’est quasiment de la grande délinquance. »


Le nouvel humoriste remarqué de cette 35e édition s’appelle Roman Frayssinet. A 23 ans, ce jeune Français est venu se former à l’école de l’humour de Montréal et a déjà à son actif trois spectacles. Avec ses cheveux peroxydés, sa veste dorée, son côté fougueux et passionné, Roman Frayssinet à des allures de Xavier Dolan. Cet humoriste navigue entre les deux pays, a fait en France les premières parties de Kyan Khojandi et de Blanche Gardin et a décroché cette année sa première participation à un des galas de Juste pour rire. Il y a fort à parier que, cet hiver, on le retrouvera en solo sur une scène parisienne.

Peut-être dans la nouvelle salle de spectacle Le 13e Art, qui ouvrira ses portes à la rentrée, place d’Italie à Paris ? Dans ce qui fut l’ancienne salle de cinéma Le Grand Ecran, le groupe de production Juste pour rire inaugurera le 26 septembre deux lieux de 900 et 150 places où il pourra programmer son « écurie » d’humoristes mais aussi du cirque, de la musique et de la danse. « Il y a trente-cinq ans, on me demandait combien de temps la mode de l’humour allait durer, s’amuse Gilbert Rozon. Aujourd’hui on m’interroge sur la capacité de l’humour à voyager. Bien sûr qu’il voyage. Ma seule préoccupation est qu’il ne tombe pas dans le politiquement correct et la pensée unique. Se moquer des uns des autres, se taquiner permet de vivre ensemble. L’humour est indispensable pour traverser la vie ».

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Sur le tournage de “Fiertés”, la série très attendue de Philippe Faucon sur l'homosexualité en France

Sur le tournage de “Fiertés”, la série très attendue de Philippe Faucon sur l'homosexualité en France | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Olivier Joyard dans les Inrocks



Dépénalisation, adoption du Pacs, mariage pour tous : trois épisodes pour relater trois moments de tension de la société française sur la question de l’homosexualité. La série est attendue sur ARTE en 2018.


La chaleur de juin a pris les corps par surprise cette année. C’est sous cette météo lascive que le tournage de la minisérie Fiertés de Philippe Faucon, consacrée aux luttes homosexuelles depuis 1981, se termine. Quelques jours avant l’heure dite, nous nous glissons sur le plateau, où l’habituelle chorégraphie des techniciens a lieu dans un concert de murmures.


L’atmosphère est aussi calme que dans une colonie de chats. La canicule n’est pas seule responsable, car le boss des lieux donne lui-même l’exemple. Entre les prises, le réalisateur s’adresse aux acteurs présents (le jeune Benjamin Voisin, Frédéric Pierrot, Emmanuelle Bercot) d’une voix douce, s’agenouille auprès d’eux pour imaginer en quelques secondes d’infimes modulations. Il assied aussi une méthode, enchaînant nonchalamment et sans transition un compliment (“Ça marchait très bien”) avec l’ombre d’un doute (“Ça allait trop vite”). De l’art de tordre les acteurs pour toucher au but.


“J’ai accepté un petit rôle en partie pour le voir travailler, avoue la réalisatrice et actrice Emmanuelle Bercot. Son style ‘invisible’ est très construit. Le travail des comédiens n’est pas facile : il faut être très ‘blanc’ dans le jeu, mais aussi se montrer naturel. J’ai dû éliminer tout ce que je cherche à apporter en tant qu’actrice et que je capte dans les films que je réalise : des gestes, des attitudes, des scories. Ici, il n’y a pas d’intention de jeu mais une forme de dépouillement. La première prise que j’ai faite, j’ai eu l’impression d’être moi-même – il paraît que j’ai un visage très expressif. Philippe m’a dit : ‘On va refaire la même, sans les mimiques’…”
Une œuvre discrète, mais toujours en prise avec la société
Comme souvent chez l’auteur de Fatima, la scène tournée ce matin-là pourrait n’avoir l’air de rien. Sur la terrasse d’une maison de ville du XXe arrondissement de Paris, deux parents et leur fils sont assis à la table du petit déjeuner.  Une tension s’immisce, l’ado quitte les lieux, bientôt suivi par son père. C’est tout. Mais les gestes sont précis et les paroles pesées.

Faucon semble accorder la même importance à ce micromoment d’une vingtaine de secondes qu’il en donnerait à une grande révélation. Son sens de la hiérarchie n’est pas le sens commun et c’est probablement ce qui captive dans son travail depuis un quart de siècle.


Bercé par les films de Robert Bresson, le bientôt sexagénaire a construit une œuvre d’abord discrète (on se souvient du très beau Samia, en 2000), qui a décollé en notoriété dans les années 2010 par collusion avec les préoccupations d’une France métissée et diverse qu’il sonde depuis toujours. La Désintégration (2011) racontait la radicalisation jihadiste de jeunes hommes d’origine maghrébine, tandis que le lumineux Fatima, sur le destin d’une femme de ménage et de ses filles, lui a valu le César du meilleur film en 2016.



Le périple d’un couple en forme d’épopée


Avec Fiertés, le réalisateur opère en apparence un léger déplacement. Sur une idée des scénaristes José Caltagirone et Niels Rahou (qui ont coécrit avec Faucon après avoir rédigé un traitement), les trois épisodes racontent l’histoire d’une famille et d’un amour gay sur plus de trente ans.


Le premier volet se déroule au moment de la dépénalisation de l’homosexualité en 1981, le deuxième à l’adoption du Pacs en 1999 et le troisième en 2013, alors que le mariage pour tous entre dans la loi après les difficultés que l’on sait.


Sous cette trame historique se dessine le périple du couple que forment Victor et Serge, dont la différence d’âge de dix-huit ans n’empêche pas la construction d’une longue épopée. Il est question ici de sida, d’enfants adoptés, de discriminations au sein de la cellule familiale, avec comme moteur le passage du temps, l’évolution des corps et des mœurs.


Se démarquer d’autres fictions à l’univers proche


“Il y a une belle bande d’acteurs et des choses à défendre politiquement”, analyse le comédien et metteur en scène de théâtre Stanislas Nordey, qui n’avait plus montré son visage à une caméra depuis N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois, en 1995. “Ici, le militantisme est incarné par la vie, ajoute Samuel Theis, qui interprète Victor dans les épisodes 2 et 3. Il y a tant de gens qui ont des désirs simples qu’il faut les représenter.” Frédéric Pierrot, Chiara Mastroianni, Jérémie Elkaïm, Sophie Quinton et Loubna Abidar complètent le casting.


Interrogé sur l’existence d’autres fictions traitant d’un univers proche comme la récente When We Rise aux Etats-Unis, écrite par Dustin Lance Black et dont le  pilote a été réalisé par Gus Van Sant – sans compter le magnifique 120 battements par minute de Robin Campillo côté cinéma –, Philippe Faucon précise son désir.
“Fiertés raconte trois périodes politiques qui sont aussi trois moments de tension et de crispation dans la société française autour de la question de l’homosexualité. La série permet de prendre un recul intéressant sur des choses dont on a perdu conscience. 1980, c’est une période que j’ai connue comme étudiant. J’avais des amis en lutte contre ces états de fait de la société.”


“Des parents, à l’époque, pouvaient demander l’internement psychiatrique de leur fils ou de leur fille. Ce sur quoi nous avons vraiment travaillé, ce sont les personnages, ce qui les lie, leurs sentiments, les raisons pour lesquelles ils agissent. Des histoires amoureuses, avec leurs difficultés, que la société ou le regard des autres compliquent. La dimension politique ici n’est pas dans le militantisme, mais dans la revendication et l’affirmation de l’intimité.”


Trouver un rythme plus rapide, celui de la série


Ces mots résonnent avec la plupart des films de Philippe Faucon, qui n’a cessé de chercher dans les interstices de vies souvent banales quelque chose d’une émancipation. “La thématique de Fiertés, je me rends compte que je l’ai déjà abordée dans deux films pour la télévision : Muriel fait le désespoir de ses parents, qui montrait l’éveil au désir lesbien d’une adolescente, et Les Etrangers, sur un jeune homosexuel qui pour fuir sa famille se portait volontaire au départ en Bosnie.”


“Ce qui lie ces personnages à ceux de Fiertés, c’est qu’ils ont à s’affirmer contre un regard qui les assigne et les enferme. Il y a peut-être aussi des points communs avec d’autres figures de ma filmographie. Sabine et Samia ont eu à défendre une part d’elles-mêmes qui n’était pas reconnue, mais au contraire entravée. C’était même le cas de Fatima.”


En tournant trois épisodes de cinquante minutes en trente-six jours, l’habitué des plateaux de cinéma a dû se faire violence, trouver un rythme plus rapide sans pour autant renoncer à sa touche. “De mon point de vue, ce sont de vrais plans, du vrai jeu”, précise l’intéressé. Et une vraie série ? La question n’est pas centrale pour Faucon, qui admet une culture très limitée du genre.
“Par goût et par manque de temps – j’ai toujours des films à rattraper –, je n’ai jamais vraiment regardé une série entièrement. Je me retrouve à pratiquer une forme qui est assez loin de moi et de mon histoire. Comme je suis toujours un peu intéressé par ce qui m’est étranger, c’est un détour que j’ai bien aimé faire.” 
Au moment du scénario, il lui a fallu intégrer quelques règles dont il n’avait pas une grande connaissance. “Dans l’écriture d’une série, il se passe toujours un événement, alors que moi je fais des choses qui sont d’une certaine façon à l’opposé.” L’art de filmer les temps morts et les dramaturgies à contretemps constitue pourtant l’essentiel créatif des séries contemporaines dites d’auteur depuis près de deux décennies. Comme Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme faisait de la prose sans le savoir, Philippe Faucon pourrait revamper les séries françaises sans vraiment le vouloir. Réponse sur Arte, en 2018.

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“La Fiesta” d'Israël Galván, bal triste pour danseur solitaire

“La Fiesta” d'Israël Galván, bal triste pour danseur solitaire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Noisette dans Les Inrocks


 
Une fois encore, le Sévillan repousse les limites du flamenco avec cet hommage à la fraternité et source de questionnements existentiels.

 
Dans la “mythologie” du flamenco, les spectacles se terminent presque toujours par une fin de fiesta. Chacun y va alors de son solo, le plus souvent en inversant les rôles. Le danseur chante, le guitariste danse. Pour Galván, la fête est affaire de vie et de mort. Plus d’une fois, il y a des cris libérateurs, entre douleur et folie douce.
Et puis il y a l’autre Galván, solitaire. Car cette fiesta est aussi un mano a mano avec soi-même, ses peurs, ses doutes. Dans ce finale quasi crépusculaire, on a ressenti une infinie tristesse – celle-là même qui colle à la joie. 
La Fiesta commence, pour ainsi dire, par la fin. Eparpillée entre cour et jardin, l’équipe gagne l’avant-scène (Niño de Elche, Ramón Martínez ou Emilio Caracafé sont prodigieux d’engagement). Galván les a subtilement extraits de leur monde, ciselant pour chacun un rôle à sa hauteur. Comme d’habitude, son fidèle complice Pedro G. Romero a joué le dramaturge essayant de donner une tension.



La déconstruction d’un souvenir
La Fiesta n’a pas la force dramatique d’une œuvre comme Le Réel, créée en 2012 par l’Espagnol. Elle est autre, concert de danse qui, plus d’une fois, renverse ses interprètes – à l’image de ces plateaux sur ressorts desquels tombent une ombre.
Le décor n’en est pas un. Il y a des chaises, des sols amplifiés et Galván en peignoir de soie comme sorti d’un match de boxe mondain. Le bailor dit que ces fêtes d’avant ne ressemblaient plus vraiment à du flamenco, tirant vers les danses africaines et le rythme, dégageant parfois un certain érotisme.
Le temps d’un spectacle, il déconstruit ce souvenir de la fiesta. On verra Ramón Martínez, éblouissant, danser sur les pointes ou les talons de ses bottines… Silhouette fugace. On entendra Niño de Elche en duo avec Alia Sellami ou tout simplement jouer de son… ventre.



“J’aime l’idée qu’un groupe absorbe mon corps de soliste”, dit encore Galván. Allongé l’espace d’une chorégraphie horizontale ou caressant le sol de ses semelles, le danseur n’a rien perdu de sa technique fantasque. Sur La Fiesta souffle un vent de liberté.



La Fiesta chorégraphie Israel Galván, jusqu’au 23 juillet (relâche le 20), cour d’Honneur du palais des Papes, Avignon

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Festival d’Avignon, les bonheurs sans parole

Festival d’Avignon, les bonheurs sans parole | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Soyeux dans La Croix



Dansés ou « indisciplinés », plusieurs spectacles du Festival d’Avignon mettent le corps au centre. Enchantement en trois exemples.


En arpentant les rues d’Avignon, en comptant jusqu’au vertige ses théâtres et ses affiches, on se prend à imaginer combien de millions de mots sont déclamés entre ses remparts pendant les trois semaines du festival. Dans ce tourbillon, certains artistes font le choix d’une éloquence sans parole. Trois d’entre eux s’illustrent d’éclatante façon : Dimitris Papaioannou, Emma Dante et Serge Aimé Coulibaly. Le premier vient des arts plastiques (il fait partie des « indisciplinés » revendiqués, artistes hors catégorie du festival), la seconde du théâtre, le troisième de la danse. Peu importe, d’ailleurs, d’où ils viennent : ils nous transportent dans des mondes à part.

Bestie di scena (« Bêtes de scène ») d’Emma Dante

Allons d’abord à la rencontre des « bêtes de scène » d’Emma Dante. Dans Bestie di scena, la metteuse en scène italienne s’est interrogée sur le malaise que lui inspirait la vue des acteurs nus, sa culpabilité à les voir s’abandonner à son regard de spectatrice. « Et j’ai compris que le péché était dans mon regard. » Sa pièce décortique avec humour et désamorce magistralement cette gêne. Après un échauffement, les quinze comédiens, de morphologies et d’âges divers, s’alignent et ôtent leurs vêtements. Ils cachent leur nudité, s’entraident pour se dissimuler au mieux, honteux, « comme Adam et Eve chassés du paradis ». Mais voilà que, depuis les coulisses, surgissent des objets, comme envoyés par un metteur en scène drôle et cruel, qui les obligent à l’action et leur font complètement oublier leur embarras. Le dénouement, d’une intelligence aiguë, consacre l’un des temps forts de ce festival.

The Great Tamer (« le grand dompteur ») de Dimitris Papaioannou

De la nudité, il y en a aussi dans The Great Tamer (« le grand dompteur ») de Dimitris Papaioannou. Mais elle est sublimée par un travail plastique qui la rend presque irréelle. Tout, d’ailleurs, dans cette pièce présentée à la FabricA, se pare d’étrangeté. L’artiste grec, à l’imagination visuelle, installe ses interprètes sur un sol lunaire, gris et bosselé, composé de dizaines de plaques dissimulant mille surprises. Comme le titre l’indique, l’esprit du cirque n’est pas loin, ce théâtre physique se nourrit de contorsions, d’acrobaties et de prestidigitation. Mais son humour n’est pas rieur, il est en apesanteur : lent, silencieux, infini. Il s’abreuve aux sciences modernes comme aux arts anciens. Dix « assistants », tous un peu magiciens, donnent vie à des tableaux célèbres (La Leçon d’anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, La Naissance de Vénus de Botticelli…) et provoquent des rencontres improbables. L’ensemble, certes un peu long, luit d’un mystère sidéral qu’accentue la musique de Strauss, Le Beau Danube bleu.

DIAPORAMA Le Festival d’Avignon 2017, une image par jour

On ne trahira qu’une seule image de ce voyage surréaliste, pour ne pas en gâter la magie : le dompteur rencontre un jeune homme plâtré des pieds au cou, comme un éphèbe de la statuaire grecque. En le serrant dans ses bras, il brise son enveloppe et libère un homme de notre temps, retrouvant vite jogging et sac à dos. La rencontre est cocasse, impressionnante (comme il semble que ses os se brisent dans l’étreinte !) et peut-être politique. Car cet Apollon est aussi un grand blessé, gêné dans ses mouvements, comme la jeunesse grecque confrontée à une crise économique sans fin…

Kalakuta Republik de Serge Aimé Coulibaly

Mais la nuit tombe sur Avignon, et la musique de Fela éveille le cloître des Célestins, où le chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly déploie sa danse politique. Avec son spectacle Kalakuta Republik, il interroge l’engagement artistique, le sien, celui de Fela en son temps. Dans une première partie, les danseurs se concertent sans mot, dansent à l’unisson ou respectent la danse de l’autre, organisés mais peut-être aussi manipulés par un meneur ambigu, incarné par Coulibaly lui-même. Dans la seconde, un carnaval festif et sinistre a renversé le plateau et chacun danse pour lui-même. La révolution a-t-elle eu lieu ? A-t-elle porté ses fruits ou semé de nouvelles ruines ? Le spectre des révolutions perdues et l’espoir de celles à venir planent dans cette nuit. Et lorsque, soudain, quelques mots sont prononcés, ils portent d’autant plus que le silence du jour aura été d’or.

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Les spectacles du « in »

- Les Grands de Fanny de Chaillé : trois âges sur le plateau (adultes, adolescents, enfants), pour exprimer et danser différentes visions du monde.

- Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire de Radhouane El Meddeb : Français et Tunisien, un homme évoque son identité multiple.

Les spectacles du « off »

- Les Déclinaisons de la Navarre de Claire Laureau et Nicolas Chaigneau. Entre danse et théâtre, un couple décline malicieusement un extrait de téléfilm. Fin et délirant. Jusqu’au 26 juillet à la Manufacture.

- Ma class' Hip Hop de Céline Lefèvre. Le hip-hop est un fringant quadragénaire, mais son histoire reste méconnue. Ce seule-en-scène bourré d’humour y remédie. Jusqu’au 30 juillet au théâtre du Rempart.

Marie Soyeux
Bestie di scena et Kalakuta Republik jusqu’au 25 juillet, The Great Tamer jusqu’au 26. Rens. : festival-avignon.com et 04.90.14.14.14


Photo : Acrobatie, contorsion et magie dans The Great Tamer du Grec Dimitris Papaioannou. / Julian Mommert

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"Nuit Unique", une expérience de théâtre nocturne et singulière [Chalon Dans La Rue] - Toutelaculture

"Nuit Unique", une expérience de théâtre nocturne et singulière [Chalon Dans La Rue] - Toutelaculture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mathieu Dochtermann dans Toutelaculture.com


Avec Nuit Unique, le Théâtre de l’Unité a offert à 600 spectateurs privilégiés un théâtre expérientiel, une aventure d’une nuit entière jusqu’au petit matin, une traversée nocturne, onirique et poétique, qui n’a pas oublié que la nuit est le temps des fantasmes, de l’amour et de l’érotisme, mais aussi celui de la poésie. Magique et inventif, foisonnant autant que subtil : un magnifique cadeau de théâtre. A voir absolument.

★★★★★




Le Théâtre de l’Unité n’en est pas à sa première expérimentation : on pourrait même dire que c’est sa marque de fabrique que de plonger le spectateur dans l’inattendu, pour mieux contourner ses défenses et surprendre ses habitudes. Décaler le regard, immerger, faire vivre autre chose, un autre théâtre, autrement. Une recherche constante, habile, généreuse aussi, que Hervée de Lafond et Jacques Livchine mènent depuis maintenant quelques décennies. C’est de ce laboratoire vivant, de cette expérience riche et diverse, qu’est né Nuit Unique. C’est dire si toutes les conditions étaient réunies pour que ce spectacle soit une réussite.

Et sans davantage ménager le suspense, on doit se rendre à l’évidence : c’est effectivement un spectacle beau, intelligent, immersif, poétique, singulier, qui ouvre là ses bras aux spectateurs qui ont la chance d’y trouver refuge pour une nuit. Une œuvre surprenante, un marathon où la fatigue est un ressort au cœur même du spectacle, pour les comédiens comme pour les spectateurs: le glissement vers les accidents, le surgissement de la spontanéité, la concession de la vulnérabilité, l’inexorable débouclage de l’inconscient à mesure que les paupières s’alourdissent et que la conscience sombre.

Dans le noir, des étincelles.

Par moments, la poésie surgit, celle qui caresse l’oreille avec des mots, qui vient se superposer à cette autre poésie qui est l’âme vive du spectacle vivant. Les vers peuvent surprendre le spectateur à n’importe quel moment, lus au micro, pour toute l’assemblée, ou murmurés à l’oreille par un comédien ou une comédienne qui viennent les y déposer avec mille précautions. On entend Rimbaud, Cendrars, Michaux… la littérature est du voyage.

Par moment, des histoires se coupent et s’entrecoupent, se mêlent et s’entremêlent, récits de vie filés ou saynètes isolées, qui tissent ensemble comme un réseau d’images confuses mais dont on n’attend rien d’autre qu’une succulente rêverie, ce qui n’exige en aucun cas l’unité ou la continuité. Comme un leitmotiv lancinant reviennent les souvenirs d’Hervée de Lafond, sa nostalgie d’une enfance passée au Vietnam. Les nems comme fil rouge d’une oeuvre qui ne veut pas trop se prendre au sérieux.

Par moment, on est réveillé, piqué au vif par l’érotisme d’une proposition qui soudain surgit, comme cette scène délectable de Dom Juan déclamée par six comédiens et comédiennes dans le plus simple appareil.

Par moment, la musique vient cueillir les spectateurs au creux de leur hamac, musique entraînante qui insuffle l’énergie de résister une demie heure de plus au sommeil, musique apaisante qui convoque l’assoupissement et le départ vers les contrées du rêve. Des chants d’autres pays viennent susurrer leur nostalgie aux dormeurs inconscients, tandis que le long de l’échine des spectateurs éveillés se glissent quelques frissons.

C’est à un voyage que le public est convoqué, un voyage en très bonne compagnie, un voyage qui pourrait sembler statique mais qui sera en réalité très lointain, car rien n’est plus exquis ou plus exotique que les paysages brumeux de notre monde intérieur, et que c’est bien à les explorer que le Théâtre de l’Unité nous invite…

Une très belle idée, une exécution marquée du sceau de l’audace et de la générosité, une mécanique gigantesque mais bien huilée, du talent à ne plus savoir où donner de la tête. Rarement découcher n’aura été aussi enivrant!

LA NUIT UNIQUE
une proposition du théâtre de l’Unité
avec: Julie Cazalas, Ludo Estebeteguy, Fantazio, Catherine Fornal, Garance Guierre, Hervée de Lafond, Jacques Livchine, Charlotte Maingé, Léonor Stirman, Lucile Tanoh.
Lumières: David Mossé
Son: Erik Billabert
Administration: Claudine Schwarzentruber et Estelle Chardon

Visuels: (C) Phil Lovy

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Critique - Vaille que vivre : Binoche enchanteresse - Avignon In - (24/07/17)

Critique - Vaille que vivre : Binoche enchanteresse - Avignon In - (24/07/17) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les avis sont partagés sur le spectacle "Vaille que vivre" au Festival d'Avignon :



Par Hadrien Volle dans Theatral-magazine.com

Critique - Vaille que vivre : Binoche enchanteresse - Avignon In - (24/07/17)

Juliette Binoche et le pianiste Alexandre Tharaud montent ensemble sur scène pour raconter Barbara. Ils alternent entre récits extraits de l’autobiographie inachevée Il était un piano noir et des chansons de cette icône disparue. On entend La Solitude, Mon plus bel amour, c’est vous, ou encore Sid’amour à mort, magnifiquement chantés par Juliette Binoche.


L’actrice s’empare du personnage sans l’imiter. Elle y met sa joie, sa vigueur et son sourire. Ce mélange vital et l’adaptation dressent un portrait très humain et profondément drôle de la dame en noir, sans travestir un seul instant sa mélancolie. Elle joue de tout l’espace, bouge, va jusque dans le public à la recherche d’un partenaire. Alexandre Tharaud ne reste pas cantonné à l’accompagnement, il joue lui-même, raconte à la première personne comment Barbara n’était jamais satisfaite du piano qu’on lui mettait à disposition lors de ses tournées.


Outre ce dialogue entre deux personnalités brillantes, la mise en scène, les costumes ou encore les lumières (signées Éric Soyer), tout concorde à faire de Vaille que vivre un de ces moments de partage inoubliable entre une actrice et son public. Un instant d’autant plus magique qu’il raconte dans ses joies et ses peines une des plus grande parolière du siècle dernier.

Hadrien Volle
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Avis diamétralement opposé dans l'article d'Amélie Blaustein Niddam dans Toutelaculture.com :


Binoche et Tharaud parodient Barbara au Festival d’Avignon


24 juillet 2017 Par Amelie Blaustein Niddam dans Toutelaculture.com



 Attention, vent de people sur le Festival d’Avignon ! Juliette Binoche et Alexandre Tharaud se partagent le plateau de la Cour du Lycée Saint-Joseph, là même où la maison-mère d’Ibsen Huis faisait sa révolution, pour Vaille que vivre, un hommage attendu et plat à Barbara. En 1997, un an après la mort de la Dame brune, sont publiées ses mémoires, Il était un piano noir..., Mémoires interrompus. C’est ce texte qui constitue la matière de Vaille que vivre, un spectacle pensé à la fois comme un récital et une lecture sans texte à la main. Le Festival d’Avignon décélère toujours grâce à des concerts. Il est arrivé qu’ils soient déments. On se souvient de Burger insomniaque dans la Cour d’Honneur, il est arrivé qu’ils soient révoltants, comme l’année dernière quand Rufus Wainwright massacrait justement Barbara. Alors, on se demande s’il est juste possible de chanter du Barbara autrement qu’entre amis à la fin d’un dîner. Jusqu’ici, seul Gerard Depardieu a réussi l’exploit aux Bouffes du Nord.



Et face à l’obstacle, force est de constater que les stars que sont Juliette Binoche et Alexandre Tharaud ont buté. Il y a pourtant la belle lumière d’Eric Soyer, qui dessine les univers de Joël Pommerat et le grand piano prêt à accueillir les doigts de celui qui a brillamment interprété Les Variations Goldberg. Il y a aussi toute la carrière de l’éblouissante Juliette Binoche (Sils Maria, Le patient anglais, Les amants du Pont-Neuf...). Alors, on attendait pas grand chose de cette soirée, déjà les voir « en vrai », ensemble, fait l’événement. Mais tout de même, on reste mi-amusé, mi-interdit face à la proposition totalement ratée et incompréhensible. Alexandre Tharaud est un pianiste ni pop ni jazz, et Juliette Binoche, incroyable actrice oscarisée, habituée des plateaux (on l’a vu danser admirablement avec Akram Khan), n’est pas chanteuse. La grosse erreur de Vaille que Vivre est d’avoir voulu imiter. Ils sont tous les deux la voix parlée, jouée et chantée de Barbara. Mais jamais le fantôme de la chanteuse ne s’efface derrière. Juliette Binoche est mal fagotée dans une combinaison étriquée pourtant signée Balmain. Le récital vire alors au parodique et de façon bien involontaire au comique.


Alexandre Tharaud est un pianiste sachant jouer du piano…. C’est déjà ça ! Alors, quand il entame l’air de « Nantes » ou « Dis quand reviendras-tu ? », dans des versions instrumentales, évidemment qu’un peu de magie opère, rapidement écrasée par un jeu de scène à côté de la plaque. La voix est soupirante et murmurée, les larmes forcées et les gestes sont datés années 80. Les émotions sont ici travaillées à la truelle, tout est saupoudré pour nous faire craquer sans y parvenir. Ni les lumières en halo violet, ni la reprise chantonnée de « Ma plus belle histoire d’amour c’est vous » n’opère. Il y a un aspect clip publicitaire très déplaisant ici, surtout quand Binoche court avec à la main des Louboutin, semelle rouge bien visible, chaussures qu’elle ne portera jamais. Elle les aura brandit comme ça, quelques secondes, avant de les balancer de part et d’autre de la scène. (Ndrlr : Au moment où pointe l’idée que la publicité pourrait financer les spectacles, pourquoi pas penser au placement de produit, ce n’est pas si bête).


Alors, entre deux divagations personnelles sur le financement de la culture, on entend ce que l’on sait déjà. La « Solitude », l’inceste, l’amour, les hommes…On fredonne les chansons que l’on connait par cœur, que l’on continuera à chanter, faux, autour d’une table, un peu trop tard. C’est finalement comme cela, que le fantôme de Barbara nous fera un clin d’œil, les cils ourlés d’eye-liner, pour l’éternité.



Visuel : (c) Gilles Vidal





Vaille que vivre (Barbara), de Barbara avec Juliette Binoche et Alexandre Tharaud.
Jusqu’au 26 juillet dans la Cour du Lycée Saint-Joseph, rue des Lices, 84000 Avignon.
Réservations au 04 93 14 14 14

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«Hamlet» à barreaux rompus

«Hamlet»  à barreaux  rompus | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération
— 23 juillet 2017 


Durant deux jours, le in a accueilli les représentations de l’atelier de création théâtrale mis en œuvre par Olivier Py avec des détenus de la région.


Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi se sent-on piégée ? Tout va bien, on vient d’assister, à la maison Jean-Vilar, à une représentation exceptionnelle de Hamlet par des détenus incarcérés pour de longues peines au centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet - ou du moins à une version resserrée coécrite par Shakespeare et Olivier Py. L’an dernier, la représentation avait lieu dans l’enceinte de la prison. Cette année, excusez du peu, les détenus sont programmés dans le in du Festival et dans des conditions quasi normales : les places sont payantes. Depuis deux ans, deux fois par semaine, Enzo Verdet et Olivier Py - selon ses disponibilités - travaillent avec à peu près le même groupe (qui varie selon les mises en liberté) sur la pièce de Shakespeare.

Les détenus sont beaux, ils se tiennent droit, leurs voix portent, ils sont parfois lyriques, parfois déclamatoires, et certains d’entre eux sont franchement bons, mais la qualité artistique n’est pas entièrement le sujet. L’investissement et la sincérité d’Olivier Py, que ses proches décrivent «bouleversé» par cette confrontation hebdomadaire avec le monde carcéral, ne sont pas en cause. Alors pourquoi tant de malaise lorsque, tout de suite après la représentation, nous sommes conduits pour des interviews groupées de quelques minutes en compagnie des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation et qu’on entend : «Attention, il y en a deux qui vont sortir du bureau, vous êtes prêts ?» - façon bête de cirque ? Est-ce parce qu’on ignore ce que cache cette vitrine et combien, parmi les prisonniers, ont véritablement une activité, une formation, des moyens de subsistance ? Ou parce que le leurre qu’est toute interview est ici décuplé ? On sait bien qu’il faudrait une infinité de temps et de silence pour parvenir à ne poser qu’une question et que l’acteur puisse livrer, pour de vrai, des bribes de sa rencontre avec Hamlet. A la place, des propos de dame patronnesse fusent, des encouragements, la commisération est poisseuse, elle éloigne, les compliments aussi, on connaît par cœur notre partition et celle de nos collègues. La confusion est totale entre l’exigence d’un jugement esthétique et les considérations glanées sur les «progrès» et autres marques d’infantilisation.

On prenait la fuite lorsque Jean-Michel, qui joue Hamlet, nous sauve. Ses propos tranchent. C’est un bel homme ; incarcéré depuis plus de dix ans, il a encore deux années à tirer. Il ne supporte ni son corps ni son visage, les raisons qui l’ont fait tomber le révulsent, jusqu’à présent il survivait tant bien que mal sans mot dire, mais voilà, depuis qu’il a découvert Hamlet, son corps - à l’exclusion de son visage - le dégoûte moins. Lui qui a eu «du mal à grandir» comprend très bien le côté «adolescent suicidaire de Hamlet, sa fragilité, sa violence».

Etre ou ne pas être est aussi sa question. Il ne lit pas du tout, sauf Hamlet dans deux traductions, celles d’Yves Bonnefoy et de Pascal Collin, qu’il compte bien comparer à d’autres. Depuis qu’il a découvert les mots de Shakespeare, il est sorti de son mutisme. Apprécie-t-il que les deux représentations aient eu lieu dans le in ? «Non, pas spécialement. Les intermittents galèrent pour se produire. J’ai le sentiment de prendre la place de quelqu’un.»

Anne Diatkine



HAMLET - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION - Texte : WIlliam SHAKESPEARE et Olivier PY - Avec : les participants de l'atelier théâtre : Choukri - Hakim - Housem - Jean Michel - Maamar - Paulu Andria - Philippe - Sylvain - Yannis - Youcef - Ateliers de création théâtrale dirigé par : Olivier PY et Enzo VERDET - Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon - Lieu : Maison Jean Vilar - Ville : Avignon - Le 20 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

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Aux marges du palais

Aux marges du palais | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Ève Beauvallet Envoyée spéciale à Avignon pour Libération
— 23 juillet 2017 


Lieu mythique qui regorge d’anecdotes, la cour d’honneur ne dort jamais : après les représentations, les équipes techniques s’activent toute la nuit à remiser décors et lumières, dans une ambiance débonnaire. Immersion dans les coulisses d’un démontage.

La douceur nocturne. L’antre du théâtre international. Un trésor patrimonial visité par 4 500 personnes par jour. La présence ancestrale des pierres, gardiennes silencieuses de légendes immémoriales. Et les fascinants surnoms de l’équipe technique de la cour d’honneur du palais des Papes. «Alors lui, c’est Poulet. On a aussi Canard, qui fait partie de l’équipe volante. C’est la basse-cour de la cour !» Affable et joyeux drille, Claude Amirat, régisseur général d’un des plus mythiques lieux de spectacle au monde, savoure ses effets, lance une vanne à Poulet et nous invite à escalader les gradins. Autour de nous, les talkies-walkies font le lien entre les cieux étoilés suréquipés en «projos motorisés», les coursives et le dessous du plateau, qui abrite le vieux puits par où s’écouleront cette nuit les 50 m3 d’eau utilisés pour figurer les limbes d’Antigone, version Satoshi Miyagi. Cinq heures pour remplir le bassin, cinq autres pour le vider. Nous sommes le mercredi 12 juillet : première nuit du démontage du décor. Les mots «Mission Antigone réussie» sont projetés sur la façade nord. Vêtue de manière incohérente, eu égard aux phénomènes météorologiques régionaux (mistral + jupe), il s’agit donc pour nous de gravir le monument, d’enjamber un muret, de nous faufiler par une lucarne, et de monter toujours, sous le regard circonspect de siècles entiers d’histoire papale, afin d’atteindre le promenoir, à 25 mètres de hauteur. On comprend immédiatement pourquoi les «électros» descendaient si lentement les gradins, plus tôt dans l’après-midi. «L’équipe lumière, qui monte jusqu’à 35 mètres [quatre fois plus haut que dans un théâtre classique, ndlr], gravit l’équivalent de 65 étages par jour, soit neuf kilomètres», explique David Hanse, grand chef lumière de la cour. Respect.

Martinets et chauves-souris


Une vingtaine de minutes auparavant, on était spectateur et l’endroit s’appelait encore la cour d’honneur. Passé les applaudissements, le lieu a entamé sa mue et repris son vrai nom. En tout cas celui que lui préfère l’équipe de «la cour d’ho». Se dévoile alors un monde secret et merveilleux riche en mythologies croustillantes et en barbecues nocturnes, où l’on emploie des mots impénétrables comme «chenillard», «charioter les loges», où l’on porte, comme Poulet, des tee-shirts siglés «partir en tournée.com» et où l’on imite les cris des martinets (qui volent entre 18 h 30 et 20 heures, juste avant l’arrivée des chauves-souris). Ici s’active la mémoire vive du Festival. Certains, comme David Hanse, travaillent «avec les copains» depuis près de vingt ans et connaissent par cœur l’envers des grandes légendes théâtrales de la cour.

C’est aussi le cas de Philippe Varoutsikos, vingt ans de cour d’ho en tant que RG (pour régisseur général) et aujourd’hui «l’homme le plus occupé du Festival», nous répète-t-on, c’est-à-dire DT (directeur technique du Festival). «RG ou DT, ça veut dire entre autres étudier la faisabilité d’un projet. Et faire preuve d’inventivité.» Un de ses gros défis fut Inferno de Romeo Castellucci en 2008, avec ses téléviseurs accrochés à 18 mètres de haut. Ils affichaient «étoile», puis «toile», puis «toi» et se fracassaient au sol. «Magnifique, bien sûr. Mais la première fois qu’on a testé, les éclats de verre volaient jusqu’au quatrième rang. J’ai acheté 40 télés. On a réussi à trouver une solution avec du film anti-effraction.» Le même Romeo Castellucci voulait que le plateau de la cour se relève. Sur ce coup, impossible. Comme d’inverser l’emplacement du gradin et de la scène, selon le souhait de Satoshi Miyagi cette année. Ou de faire entrer un carrosse de quatre tonnes comme l’ambitionnait Frank Castorf pour sa Kabale, qui a finalement atterri au Parc des expositions. Mieux vaut donc commencer à visiter les lieux un an auparavant quand on est artiste invité. Les fiches techniques que les artistes invités font parvenir aux équipes du Festival d’Avignon ne concernent pas que le matériel plus ou moins lourd mais sont aussi souvent riches en animaux. Poissons rouges, chiens, chevaux, ou une centaine de rats pour la performance donnée par Steven Cohen sous le plateau de la cour d’honneur en 2012. Dès le mois de mai s’active ainsi une professionnelle spécialisée : «Elle est super, vante Philippe Varoutsikos. Elle a trouvé les éleveurs de poulpes et d’anguilles pour la pièce d’Angélica Liddell l’an dernier, et est très attentive au bien-être animal.»

De son côté, Claude Amirat se rappelle tout de même que les deux moutons engagés sur l’adaptation de Hamlet de Vincent Macaigne en 2011 avaient failli mal finir : «Tout le monde voulait les faire en méchoui pour la fête de fin de Festival. Nous, on les avait baptisés "Hamlet" et "Ophélie" parce que c’était un mâle et une femelle. C’était les "intermoutons du spectacle !" Je les ai finalement sauvés de la broche en les embarquant chez moi pendant six mois avant de les placer dans une ferme.»

Mistral et projection vocale


La cour demande du temps. On en trouve de moins en moins en raison du durcissement économique. «On était beaucoup plus au point avant, explique encore Philippe Varoutsikos. Un créateur lumière avait un mois et demi de contrat pour un spectacle dans la cour ; aujourd’hui, il doit tout plier en trois semaines.» Pourtant, mieux vaut être préparé, côté technique comme côté artistique. Car ce plateau peut être un bâton de maréchal, l’assurance d’une consécration en cas de succès tout autant qu’un robot broyeur en cas de flop. La première représentation de Macbeth de Jean-Pierre Vincent en 1985 est restée tristement célèbre : mistral qui se lève à quinze minutes de l’arrivée du parterre de programmateurs internationaux et de fidèles, puis qui s’engouffre à 90 km/h dans les lourdes robes des comédiennes, plaquées au sol façon tapette à mouches. Si la cour peut être un gouffre des enfers, le vent est donc son bruyant cerbère. Longtemps pour des raisons d’audition, mais aussi pour des questions de stabilité du décor : «On était un peu effrayés quand Arthur Nauzyciel a demandé pour la Mouette une voile de 200 m2, reprend Philippe Varoutsikos. Pas possible de prendre le mistral plus que ça. Finalement, on l’a construite en dur, en acier, mais on s’est quand même fait des frayeurs.»

Démontage de la pièce «Antigone» dans la cour d'honneur du palais des Papes. Photo Christophe Raynaud de Lage pour Libération.

Dans une lointaine époque, celle d’avant la sonorisation des comédiens par micro HF (soit avant les années 90), on ne plaisantait pas, en effet, avec la projection vocale dans la cour. C’étaient des tests en pleine nuit pour voir si la voix «passait ou non la cour», d’autant que le redoutable mur de spectateurs s’élevait vertigineusement haut : «Aujourd’hui, la jauge est à moins de 2 000 et aucun spectateur n’est à moins de vingt mètres du plateau, explique Claude Amirat. Mais avant 1984, elle comptait 3 000 places. Un gradin énorme qui montait jusqu’aux créneaux !» Cette contrainte technique n’y est donc pas pour rien dans la propagation d’un code de jeu dramatique bien français, celui de la déclamation tonitruante, bijou le plus kitsch de notre patrimoine immatériel, suffisamment rare aujourd’hui (remercions les micros HF pour leur collaboration) pour qu’on s’en souvienne avec tendresse.

La cour est d’autant plus dure que la théâtralisation se passe aussi en salle. Des spectateurs qui dévalent bruyamment les marches devant Denis Podalydès, qui hurlent «Mange ton cacaaaa !» en pleine représentation de Casimir et Caroline (mis en scène par Johan Simons en 2009), qui s’empoignent et s’insultent à coups de «intellos d’Parisiens !» lors de la venue de Maguy Marin en 1989. Constat unanime : on ne voit ça nulle part ailleurs en France. Dernier exemple cette année avec la Fiesta d’Israel Galván, que nombre de spectateurs n’ont pas vraiment fêtée.

Ce ne sont pas toujours les spectateurs qui s’absentent, comme s’en souvient Philippe Varoutsikos, qui était déjà là en 1987 pour le légendaire Soulier de satin monté par Antoine Vitez. Lui était de l’autre côté du mur, très affairé mais pas au bon endroit : «Je devais aller ouvrir la fenêtre pour que l’acteur Didier Sandre y apparaisse. Bah, ce soir-là, il n’est pas apparu parce que j’étais en train de nous préparer un chili con carne et j’ai oublié de faire le truc. La fatigue… Il faut avouer que la pièce durait douze heures !»

Ève Beauvallet Envoyée spéciale à Avignon


Photo : Lors du démontage des décors de la pièce «Antigone» mise en scène par Satoshi Miyagi. Christophe Raynaud de Lage pour Libération.

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« Asile Club » du Collectif Balle Perdue / L’Esthétique de l’éthique dégoût – Marie Reverdy | offshore

« Asile Club » du Collectif Balle Perdue / L’Esthétique de l’éthique dégoût – Marie Reverdy | offshore | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Reverdy dans Offshore
 

« On aura tout filmé.

La vie, l’amour, la mort, le cul, le vide et le vent.
Tout. Partout. Tout le temps. Dans tous les sens.
Par tous les trous. X.

Par-devant, par-derrière, par-dessus, par-dessous.
Entre les jambes, entre les cuisses, entre les X.
Sous terre. Par terre. Je peux tout regarder. Nous voir, vous voir, les voir, me voir. »

 

Car il y a ce que nous voyons, et il y a ce qui nous regarde. Il y a l’inquiétude de ne pas être à la hauteur de ses images et il y a l’appréhension de ce moment terrible où, croyant te voir, je me vois en train de voir…
Et parmi tout cela, se pose la question de la légitimité du voyeur et de la douleur du voyant. Indécence de la société du spectacle, pornographisation du réel, banalisation de l’obscène : autant de cris de dégoût lancés au ciel orageux de Chalon, autant de chapitres écrits par Manu Berk (sans mauvais jeu de mot) pour la nouvelle création du collectif toulousain Balle Perdue, mise en dehors par Marlène Llop comme Théo Mercier et François Chaignaud avaient mis en garage le corps hybride de Radio Vinci Park : juste être là.

L’avantage du dégoût, c’est qu’il change la saveur des choses… Asile Club, autre nom du Monde pour celui qui est voyant, exprime, comme dans une série de flash stroboscopiques, les moments de lucidité d’une humanité en perte de grâce, avide de sens, et pour laquelle Dieu est mort. Un léger souffle rimbaldien hante cette écriture qui laisse soin aux comédiens de savourer chaque syllabe de sa propre (dé)composition, chapitre après chapitre.

L’avantage du dégoût, c’est que s’il présuppose un rapport éthique au monde observé, il échappe totalement à la leçon de morale. Les images portées par les mots sont à peine esquissées, seulement évoquées, comme celles qui se rappellent malgré nous à la mémoire : une série d’images dont la convocation procède du traumatisme, un focus établi sur un quotidien que l’on ne regardait plus, juste parce que là, maintenant, la montée d’adrénaline a cristallisé le temps au sein de nos rétines… Images incrustées dans l’implacable matière du réel, émergente jamais décrite, à peine saisie déjà remplacée. Un jeu de citations, par idées, par titres, par noms, par rythmes, compose l’image fractale d’Asile Club. Un chemin de croix entre les plages de Lampedusa et le Night Club de Baigorry – Pays Basque.

L’avantage du dégoût, c’est le dépôt de gerbe qui s’ensuit lorsque, rentrant gaiement dans le chemin bourbeux, nous croyons par de vils pleurs laver toutes nos taches ; lorsque nous pouvons communier autour de l‘obscène repas, puisque « vos entrailles sont enfin bénies, bon appétit ! ». Pourtant, ce théâtre de la cruauté déplace notre regard, du prédateur, qui habituellement nous obsède, vers la proie, qui habituellement nous dérange. Car pour que le loup soit loup, il faut bien qu’un agneau soit mangé, et si ce n’est lui ce pourrait bien être son frère. Ainsi, homo humani bigmacus est ; et nous avons appris à manger le rat, délicatement. On aurait pu penser à Montaigne – pour que quelques-uns puissent être loup il faut bien que d’autres soit brebis, et les autres ne sont grands que parce que nous sommes à genoux – si nous n’étions pas au cœur de l’Asile Artaudien, souhaitant, comme lui, En Finir avec le Jugement de Dieu.

L’avantage du dégoût, enfin, c’est qu’il chaloupe nos estomacs et gonfle nos bouches, nous rendant étrangers à nous-mêmes. Plaisir à la Bossuet : celui de sentir la matérialité de la langue s’extirper des gorges enflammées et venir à nos oreilles, sur le port industriel nord de Chalon.
Avec quelle liquoreuse verve décrire cette musicalité née du travail précis d’interprétation, de la justesse de la scansion et de la pertinence de l’environnement sonore ?

Un vol d’oies dans le ciel, quelques gouttes de pluie, 4 tonnes de fer et un peu de l’esprit de Rodrigo Garcia, capté au passage, sur la route qui a conduit le collectif Balle Perdue, en partance de la FAI-AR, école marseillaise, vers l’Asile toulousain.

 

Marie Reverdy

 

 

Asile Club
Collectif Balle Perdue
Mise en scène : Marlène Llop
Texte : Manu Berk
Distribution : Soleïma Arabi, Jérôme Coffy et Pina Wood
Musique : Clément Danais

vu
le 19 juillet 2017 dans le « In » du Festival des artistes de rue de Chalon-sur-Saône

à voir
le 11 août 2017 au Festival de Villeneuvette
le 10 septembre 2017 dans le cadre de « Spectacles d’Essonne » au Domaine départemental de Chamarande
les 15, 16 et 17 septembre 2017 dans le « In » de ARTO, Festival de rue de Ramonville
les 6 et 7 octobre 2017 au Festival «  Les Expressifs » de Poitiers

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Séisme : on ne se méfie pas assez des conversations entamées à IKEA

Séisme : on ne se méfie pas assez des conversations entamées à IKEA | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ 


Elle, lui, à IKEA. Il amorce une conversation : « Et si on avait un bébé? » Instant de panique. Est-on prêt? "Dans un monde où les névroses familiales, les catastrophes écologiques et multiplicité des modèles, engendrent de la pression et de la peur vis-à-vis de l’avenir", F et H entament des discussions qu’ils n’achèvent pas toujours. C’est plein de disputes un bonheur, écrit Jean Anouilh.
Duncan Macmillan signe un texte séduisant parce qu’il raconte l’amour et ses accidents avec une sensibilité accrue. Il dresse un portrait juste du couple qui fonctionne souvent selon un principe de vases communicants complexes ; l’un accélérant lorsque l’autre ralentit, l’un s’inquiétant lorsque l’autre s’enthousiasme. 



Arnaud Anckaert en a imaginé une mise en scène épurée et intimiste. Mounya Boudiaf et Maxime Guyon portent l’émotion avec une justesse et un naturel percutants. Séisme est ainsi une pièce attachante qui affiche déjà complet depuis plusieurs jours au Festival d'Avignon...et pour laquelle on perçoit un avenir radieux !  



Seisme
Compagnie Théâtre du Prisme
Texte : Duncan Macmillan
Interprète(s) : Mounya Boudiaf, Maxime Guyon
Metteur en scène : Anckaert Arnaud
Co-directrice : Capucine Lange
Création musicale : Maxence Vandevelde
Administratrice : Mathilde Bouvier
Chargée de diffusion : Marie Leroy, Camille Bard
DURÉE : 1H20
À partir de 14 ans


- À 13H00, du 7 AU 28 JUILLET 2017 - RELÂCHES : 12, 19, 26 JUILLET au Théâtre Artéphile ( +33 (0)4 90 03 01 90) - Festival AVIGNON OFF 2017

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Le chien, la nuit et le couteau, un conte fantasmagorique inquiétant et burlesque

Le chien, la nuit et le couteau, un conte fantasmagorique inquiétant et burlesque | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Olivier Fregaville-Gratian d'Amore dans le blog l'Oeil d'Olivier

Projeté dans un monde de ténèbres où l’humanité n’a plus droit de cité, un jeune homme tente désespérément de survivre et de sauvegarder la pureté de son âme. S’inspirant de la pièce éponyme de Marius von Mayenburg et de son univers cauchemardesque, Louis Arène signe une fable noire, poétique et décalée entre ombre et lumière. Une fantaisie trash, granguignolesque des plus savoureuses.

Un soir, de retour d’un dîner arrosé, M (fascinant François Praud) s’assoupit un instant. Quand il se réveille, rien n’est comme avant. Perdu sur une route déserte, un étrange masque comprime sa tête. Commence alors pour le jeune homme une nuit d’errance et de rencontres étranges et singulières. C’est tout d’abord un étrange et patibulaire gaillard (épatant Lionel Lingelser) qui croise son chemin. À la recherche de son chien, il engage la conversation. Très vite, tout est surréaliste. Les dialogues, les sous-entendus ne présagent rien de bon. M s’inquiète, tente d’apaiser la situation. Rien n’y fait, la confrontation dérape. L’homme s’effondre transpercé d’un coup de couteau. C’est le début d’une série d’évènements tragiques et involontaires qui vont transformer profondément notre héros, l’entraînant sur les pentes glissantes et dangereuses du vice.


Bien décidé à ne perdre pas son âme et à préserver sa part d’humanité dans ce monde de cauchemar individualiste, M lutte de toutes ses forces contre ses nouveaux penchants meurtriers, épaulé par une étrange et accorte jeune femme (surprenante Sophie Botte). Rien, n’y fait chacune de sesdécisions l’entraînent toujours plus loin dans la noirceur et la barbarie, son inconscient délétère et destructeur prenant sur sa conscience lucide. Confronté aux désirs cannibales des habitants affamés de ce monde parallèle obscur, distordu et glauque, notre héros se libère inexorable de ses attaches, de ses principes espérant survivre à cette nuit terrifiante et spectrale.

Si l’univers horrifique dans lequel nous plonge Louis Arène et son complice Lionel Lingelser nous fascine et nous happe, c’est qu’il est parfaitement en accord avec l’écriture poétique, ciselée et noire de Marius von Mayenburg. Soulignant le surréaliste du texte, le jeune metteur en scène nous entraîne avec espièglerie et malice au plus prés de l’atroce histoire de M. Réveillant nos angoisses, il nous plonge dans ce monde fantasmagorique et cauchemardesque grâce à un dispositif bi-frontal du meilleur effet. Collant aux intentions du jeune dramaturge allemand, l’ancien pensionnaire de la Comédie-Française casse les codes et réinvente un théâtre de fantaisie grand-guignolesque et surréaliste à la fois gore et burlesque. Jouant sur le fil, il ne tombe jamais dans l’excès et nous invite à un voyage initiatique et singulier sur le chemin pavé d’embûches à la lisière de l’enfer.

Portant des masques qui cachent le haut du visage, les comédiens s’en donnent à cœur joie et se glissent avec une étonnante facilité dans la peau monstrueuse et horrifique de leur personnage. En héros apeuré, délicat et incompris, François Praud séduit par sa naïveté fragile, sa bienveillance à l’égard des autres quels qu’ils soient. Son jeu en clair-obscur donne une profondeur humaine et vibrante à son personnage. Femme amoureuse, sœur schizophrène ou infirmière sanguinaire, Sophie Botte varie les genres et les tons pour notre plus grand plaisir. Enfin, Lionel Lingesler excelle dans l’interprétation des êtres les plus vils, les plus monstrueux, les plus odieux. Il s’amuse d’un rien et donne à chacun de ses rôles une dimension ubuesque, délirante et décalée.

Totalement captivé par ce conte sombre et acide où se révèlent, derrière le voile noir de la nuit, les pires penchants de l’humanité, on se laisse envoûté, hypnotisé par la mise en scène précise, énergique et très contemporaine de Louis Arène et par le jeu haut en couleur des artistes de la compagnie Munstrum Théâtre. Un cauchemar éveillé que l’on prend un malin plaisir à rêver. Magique !


Le chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg
Festival d’Avignon le Off
La Manufacture – Patinoire
2 a, rue des écoles
84000 Avignon
jusqu’au 26 juillet 2017
tous les jours à 15h20 relâches le 12 et 19 juillet 2017
durée 1h50 trajet en navette compris

Mise en scène de Louis Arène
Traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd
Conception : Lionel Lingelser et Louis Arene.
avec Lionel Lingelser, François Praud, Sophie Botte
Dramaturgie de Kevin Keiss
Lumière de François Menou
Son de Jean Thévenin
Costumes de Karelle Durand assistée de Camille Loos et Julien Antuori
Masques de Louis Arène
Scénographie de Louis Arène et Amélie Kiritzé-Topor
Compagnie Munstrum théâtre


Photo © Bekir Aysan

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Claude Rich, une vie pour le théâtre

Claude Rich, une vie pour le théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Heliot dans Le Figaro



Soixante années sur les planches et presqu'autant de pièces. Au théâtre, Claude Rich avait tout joué et créé un très grand nombre d'œuvres nouvelles de Françoise Sagan à Antoine Rault en passant par Jean-Claude Brisville.



Il rêvait de jouer encore. Ils rêvaient de se retrouver, Nicolas Vaude et lui. Ils avaient joué ensemble L'Intrus d'Antoine Rault, en 2011 et 2012, et ils espéraient créer la pièce de Véronique Olmi Un autre que moi. Une étrange histoire de candidat au suicide qui se trouve face à un vieil homme qui n'est autre que lui-même. Didier Long, directeur de l'Atelier, avait envisagé de mettre à l'affiche cette pièce à la dernière rentrée, en septembre 2016. Claude Rich était fatigué, hélas. Ils avaient pourtant travaillé, sous la direction de Jean-Daniel Verhaeghe, lui et Nicolas Vaude. La création avait alors été envisagée pour ce mois de septembre 2017, à 19h00 et pour une série raisonnable de représentations.


» LIRE AUSSI - Claude Rich, le gentilhomme du théâtre et du cinéma, est mort http://www.lefigaro.fr/cinema/2017/07/21/03002-20170721ARTFIG00110-mort-de-claude-rich-le-gentilhomme-du-theatre-et-du-cinema.php



Claude Rich s'est éteint dans la nuit du 20 au 21 juillet. On ne le verra plus, comme un grand chat, comme un éternel enfant, glisser sur les plateaux, décocher ses irrésistibles sourires qui plissaient ses yeux. Il était grave, sérieux, mais il était aussi la joie du partage et de la vie et sa carrière au théâtre en témoigne.
Banque, Conservatoire et Comédie-Française

Il avait commencé très tôt, lui le timide, l'orphelin de père, qui avait décroché un petit boulot dans une banque pour ne pas peser sur sa mère, son frère, ses sœurs. Mais les timides sont audacieux et il a intégré le conservatoire où se nouent d'indéfectibles amitiés avec les promotions précédentes ou suivantes. Il en sort en 53 avec un deuxième prix (pas de premier prix décerné cette année-là). Il a déjà commencé à jouer et à la Comédie-Française s'il vous plaît car le grand Julien Bertheau l'a repéré: il est dès 1951 à l'affiche du Conte d'hiver de Shakespeare, du Veau gras de Bernard Zimmer, puis joue aussi Hugo, Pirandello, encore Shakespeare avant de créer une pièce d'Irwin Shaw sous la direction de Jean-Pierre Grenier, des «Grenier-Hussenot». Si le cinéma l'a déjà repéré, dans les années 50 à 70, il va donner la préférence au théâtre. Mais il se disait «acteur», toujours aussi engagé que ce soit au théâtre, au cinéma, à la télévision ou à la radio.


Il a une dégaine de jeune premier, mais il aime l'humour et ne craint jamais les contre-emplois. Il ne pose pas à l'intellectuel et s'amuse autant dans La Petite hutte d'André Roussin que dans Bel ami d'après Maupassant, une adaptation de Frédéric Dard.
En 1959, il crée, sous la direction d'André Barsacq, une pièce d'Ugo Betti, Un beau dimanche de septembre. Quelques mois plus tard, en 1960, il est Sébastien dans Château en Suède de Sagan. Il a eu quinze jours pour apprendre le rôle. Il est prodigieux. Tout le monde parle de lui. Et lui échoit un très grand rôle, refusé par l'ami Trintignant: Victor, l'enfant trop mûr de Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac, dans une mise en scène de Roland Piétri et Jean Anouilh. Devant le succès, la production passe de l'Ambigu à l'Athénée.



Un défenseur des écrivains contemporains

Claude Rich a aussi été de la célèbre famille qui s'est cristallisée autour de Claude Régy au milieu des années 60 pour créer les auteurs anglo-saxons. Le Retour de Pinter en 1966, Les Quatre saisons d'Arnold Wesker en 1968. C'est peut-être à l'époque qu'il prit le goût de l'écriture des pièces. Le Zouave, sa première pièce est mise en scène par Jean-Louis Thamin à paris et à Lyon.


Claude Rich retrouve la Comédie-Française pour le Lorenzaccio mis en scène par Zeffirelli puis au TNP de Villeurbanne, il joue Périclès, prince de Tyr sous la direction de Roger Planchon. On est en 77-78. Et voici, Un habit pour l'hiver dans une mise en scène de Georges Wilson, en 79, voici Une chambre sur la Dordogne, mise en scène Jorge Lavelli, deux pièces très personnelles, avec ce mélange de mélancolie et de sourire, deux pièces de l'auteur dramatique Claude Rich.


Il était sévère avec lui-même. Il cherchait toujours. S'il y a un fil principal dans son beau chemin, c'est celui de la défense des écrivains contemporains. Si la parenthèse de Faisons un rêve de Guitry fut un enchantement pour un public qui avait le sentiment que cette partition brillante avait été composée pour lui, Claude Rich aura consacré toutes ces dernières années aux auteurs qu'il aimait. Billetdoux avec Réveille-toi, Philadelphie!, Brisville bien sûr dont il a joué Le Souper avec Claude Brasseur avant de tourner la version cinéma sous la direction d'Edouard Molinaro. 


Curieusement, après l'énorme succès du Souper, Claude Rich n'avait plus joué au théâtre pendant près de douze ans...C'est long, douze ans. Il avait repris le goût des planches en adaptant Les Braises de Sandor Maraï.


Il avait aimé son Talleyrand du Souper, comme il a aimé incarner Louis Althusser dans Le Caïman d'Antoine Rault -il se trouvait avec le philosophe, des liens, des raisons de le comprendre profondément malgré son crime. Il a également beaucoup aimé Le Diable rouge du même auteur, mise en scène de Christophe Lidon. Le cardinal de Mazarin lui allait à merveille. Il s'amusait. Il partageait l'affiche avec Geneviève Casile et des jeunes brillants. À la télévision, pendant ces années-là, il avait joué Blum, Galilée, Voltaire. L'Histoire lui collait aux basques. Un exercice très intéressant pour lui qui savait tant et réfléchissait avec une lucidité si profonde aux événements de notre temps.


C'est une pièce d'Antoine Rault, encore, qui marque ses derniers pas en scène. L'Intrus, mise en scène de Christophe Lidon. Histoire étrange, troublante, magistralement jouée par un Claude Rich éblouissant et un Nicolas Vaude émerveillé et magistral. Une très jolie sortie de scène...Mais, on l'a dit, tous deux avaient des projets...

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Claude Rich, les mille facettes de l’élégance

Claude Rich, les mille facettes de l’élégance | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Le Monde


Le comédien s’est éteint jeudi 20 juillet à 88 ans. En plus de 60 ans de carrière, au théâtre comme au cinéma, il s’était imposé à sa manière, toute en douce ironie, dans le coeur des Français.


lire sur le site du Monde :  http://abonnes.lemonde.fr/disparitions/article/2017/07/22/claude-rich-les-milles-facettes-de-l-elegance_5163813_3382.html


Jeudi 20 juillet au soir, s’est éteint après une longue lutte contre le cancer Claude Rich, l’un des acteurs les plus doux, les plus smarts, les plus subtils, les plus singuliers et, pour ces raisons mêmes, les plus aimés du cinéma français. Ce grand échalas était né, 88 ans plus tôt, à Strasbourg, le 8 février 1929. Il avait ce don, sans être l’homme en vue, d’imposer en sous-main une ­silhouette élégante, une malice pétillante, un ton d’une doucereuse coquetterie, un timbre éraillé, à la limite de la rupture.


Tranchons le mot : Claude Rich était un second rôle, mais un ­second rôle de grand standing, un de ceux qui se rattachaient à l’âge d’or du cinéma années 1930 et 1940, où cette fonction étincelait jusque dans la lumière des étoiles.

Son enfance est alsacienne. Sa jeunesse, parisienne. Orphelin de père, il a 14 ans à la Libération et Paris lui appartient. Destiné par sa mère à des vocations plus austères – il demeurera d’ailleurs sa vie durant un catholique pratiquant et un croyant sincère –, Claude Rich prend un poste d’employé bancaire qui ne pèse pas lourd ni ne dure longtemps au ­regard de son admission au ­Conservatoire national d’art dramatique, dont il sort en 1953 avec un prix de comédie. Le théâtre lui tend les bras, il lui restera fidèle sa vie durant, jouant un répertoire éclectique allant de William Shakespeare à Roger Vitrac, en passant par Henri Bernstein.

Quatre-vingts films

Il n’en demeure pas moins que c’est au cinéma qu’il accède à une large reconnaissance et qu’il pénètre à sa manière, discrètement mais fortement, dans le cœur des Français puis dans leur mémoire collective. Des années 1950 aux années 2010, au long des quelque quatre-vingts films dans lesquels il s’illustre, Claude Rich tient une ligne d’équilibre où les extrêmes cohabitent. Inaugurée en 1955 par Les Grandes Manœuvres de René Clair, cette carrière va caresser les reliefs rutilants de la comédie populaire et s’insinuer dans le paysage plus trouble, plus inquiet, d’un cinéma de création.

SA CARRIÈRE VA CARESSER LES RELIEFS RUTILANTS DE LA COMÉDIE POPULAIRE ET S’INSINUER DANS LE PAYSAGE PLUS TROUBLE, PLUS INQUIET, D’UN CINÉMA DE CRÉATION



Au premier de ces registres, une belle brochette de titres. Ni vu, ni connu (1958) d’Yves Robert – film aujourd’hui oublié mais gros succès de l’époque avec 2 millions d’entrées – le fait côtoyer pour la première fois un Louis de Funès qui s’apprête à exploser. Il y interprète Armand Fléchard, jeune professeur de piano amoureux de la fille du châtelain, dans une histoire qui oppose un braconnier sympathique (De Funès) à un garde champêtre rébarbatif (Moustache). Dans Les Tontons flingueurs (1963) de Georges Lautner, il est Antoine Delafoy, « Monsieur Antoine », jeune bourgeois fiancé à Patricia, fille du crapuleux « Louis le Mexicain ». Le ressort comique du couple consiste dans leur ignorance du carnage mafieux qui fait rage autour d’eux.


Est-il nécessaire de rappeler ici le cocktail jubilatoire de ce gondolant pastiche de polar ? Albert Simonin au scénario, Jacques Audiard aux dialogues, l’artillerie lourde devant la caméra : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre, PaulMeurisse, on en passe. Parmi les répliques cultes du film, celle-ci, où le personnage de Rich rive son clou à celui du patibulaire Ventura : « Monsieur Naudin, vous faites sans doute autorité en matière de bulldozer, de tracteur et de caterpillar, mais vos opinions sur la ­musique moderne et sur l’art en général, je vous conseille de ne les utiliser qu’en suppositoire. »

DANS « OSCAR », TRÈS À LA COULE, IL AFFICHE UN SENS FIN DU CONTRASTE FACE À UN DE FUNÈS QUI DÉCHIRE TOUT SUR SON PASSAGE



En 1967, l’acteur retrouve Louis de Funès dans Oscar d’Edouard Molinaro, coup de canon du box-office (6 millions d’entrées), cette fois dans leur inoubliable numéro de futur beau-père hystérique et de jeune prétendant matois. L’entrée en matière donne le ton : Christian Martin (Claude Rich), comptable apparemment sans envergure, vient réveiller son patron, Bernard Barnier, un gros promoteur immobilier, pour lui demander une augmentation en raison de son prochain mariage. La chose étant faite, il lui annonce incidemment qu’il l’a grugé de quelques millions et que la promise n’est autre que sa propre fille. C’est le coup de départ d’un film tonitruant, où une valise de bijoux ne cesse de se faire la malle et où Claude Rich, très à la coule, affiche un sens fin du contraste face à un de Funès qui déchire tout sur son passage.

Compagnon des auteurs

La même année, Claude Rich tient le premier rôle d’un film moins connu, mais aussi drôle et plus subversif, Les Compagnons de la marguerite de Jean-Pierre Mocky. Il y interprète un restaurateur de manuscrits qui invente une méthode frauduleuse, mais imparable, pour divorcer sans ennuis. Mocky sortait d’un divorce fumeux.

DU JEUNE DANDY COURTISANT LES JEUNES FILLES RICHES AU VIEIL HOMME À LA SOUVERAINE DÉSINVOLTURE, CLAUDE RICH AURA PASSÉ SA VIE DANS DES RÔLES DÉTACHÉS DES CONTINGENCES TERRESTRES

Ces succès populaires ne feront pas oublier le long compagnonnage de l’acteur avec les auteurs. Il est ainsi du cinglant et crépusculaire Caporal épinglé (1962) de Jean Renoir, rejoint François Truffaut sur La mariée était en noir (1968), collabore avec Pierre Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour (1976), interprète avec délectation le père totalement indigne de Jean-Pierre Bacri dans Cherchez Hortense (2012) de Pascal Bonitzer.

C’est à Alain Resnais qu’il sera toutefois le plus fidèle, car c’est à lui qu’il doit son plus beau rôle, dans le trop méconnu Je t’aime, je t’aime (1968), envoûtant film de science-fiction scénarisé par Jacques Sternberg, dont il interprète le rôle principal, celui d’un homme qui a tenté de se suicider et auquel des scientifiques ­proposent d’expérimenter un procédé inédit de voyage dans le temps. La machine se détraque, et le héros part dans une exploration aléatoire, onirique, pathétique, de sa propre vie.


Ainsi donc, du jeune dandy courtisant les jeunes filles riches au vieil homme à la souveraine désinvolture, Claude Rich aura passé sa vie dans des rôles qui semblaient détachés des contingences terrestres. Cette fine ironie qui fut sa marque de fabrique, quelques réalisateurs comprirent qu’elle avait partie liée au sens du tragique. Ainsi de Renoir, qui, parmi les captifs de la drôle de guerre dans le Caporal épinglé, lui donne le rôle du joyeux suicidé Ballochet, en même temps que cette réplique, l’une des plus belles du cinéma français : « J’ai un plan, le meilleur de tous. Celui qui consiste à ne pas en avoir. »

Repères

8 février 1929 Naissance à Strasbourg
1955 Première apparition dans « Les Grandes Manœuvres », de René Clair
1963 « Les Tontons flingueurs », de Georges Lautner
1967 « Oscar », d’Edouard Molinaro
1968 « Je t’aime, je t’aime », d’Alain Resnais
1993 César du meilleur acteur pour « Le Souper », d’Edouard Molinaro
20 juillet 2017 Mort à Orgeval (Yvelines)

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Le voyage de Dranreb Cholb, par Bernard Bloch

Le voyage de Dranreb Cholb, par Bernard Bloch | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Orélien Péréol dans AgoraVow



Bernard Bloch nous fait partager toute la complexité de ses états d'âme et de ses réflexions sur la terre ceinte d'Israel et de l'irrésoluble conflit qui l'entoure depuis sa création. Il mèle l'histoire du peuple juif, de son attache territoriale, non-obligatoire, qui appartient à l'histoire du monde, il mèle cette très grande histoire avec la sienne. Il fit un voyage en Cisjordanie dans un groupe de trente-sept Chrétiens, organisé par Témoignage Chrétien. Et qui était-il, lui le juif sans Dieu, qui a de la famille en cette terre ceinte, qui fit sa bar-mitsva en Israël, alors qu'il ne voit que vide dans le ciel ? D'où lui vient ce sentiment d'appartenance qui l'habite malgré lui ? Qu'en faire, de ce sentiment, qui le fait souffrir et ne s'éloigne cependant pas ? Il se souvient de cette question térébrante que lui disait son père : « Qu'est-ce qu'on a fait de mal pour que le monde nous déteste tant que ça ? » (cité de mémoire). Albert Cohen « définit » la judaïcité comme « la culpabilité sans cause » dans « Belle du Seigneur ».

Bernard Bloch nous invite à une sorte de journal de voyage. On comprend vite que Dranreb Cholb est Bernard Bloch. Il est de dos, travaille sur sa table. Le voyage est narré par Patrick Le Mauff, face au public... autre Dranreb Cholb. Comme un maître d'école, il envoie des images sur un écran, comme sur un tableau noir. Les images, c'est le musicien Thomas Carpentier, qui les envoie, sis à Cour... Dix-neuf comédiens apparaissent dans ces films.

Les rapports entre les trois en scène, ils en ont parfois, sont plus que courtois, ils sont dans une entraide parfaite, sans hiatus ni même retard ou petit décalage... Ils sont comme un seul homme pour nous faire ce récit d'un voyage contemporain, avec ses résonances séculaires.


Ils passèrent les check-points sur l'affirmation du guide qu'ils étaient tous chrétiens, qui ne fut pas vérifiée. Bernard Bloch nous fait rencontrer ainsi des curés, des militants palestiniens, israéliens, un ancien de Tsahal, un cousin nationaliste, rescapé de la Shoah. Défilent des interprétations incompatibles de l'histoire de ce coin de Terre, certaines violentes, certaines identitaires, c'est-à-dire non susceptibles d'actions apaisantes ou réparatrices. Ces paroles dites durant le voyage sont reprises par des comédiens que l'on voit à l'écran. La subjectivité et l'identité dévorent tout. Chaque groupe nie l'autre, nie sa légitimité, nie sa souffrance... Israël bâtit le mur au gré de ses colonies... Un prêtre déclare que les juifs font là un nouveau mur des lamentations, qu'ils aiment les murs, qu'ils aiment les lamentations (en substance, je cite de mémoire) et que cette fois, les lamentations seront pour tous les autres... Mythes et Histoire se mêlent, placés au même niveau, confondant réel et imaginaire, empêchant par là tout échange verbal (symbolique), tout travail de la pensée qui doit distinguer pour s'exercer (Penser/classer a écrit Georges Pérec).

Bernard Bloch met quelque temps à rentrer à Paris, pour reprendre ses esprits, revisiter toutes ces paroles croisées qui poussent à la guerre, on voit bien, on voit vraiment, de très près, le cycle des meurtres et des vengeances qui s'auto-engendrent, la dernière vengeance des uns étant interprétée comme le dernier meurtre à venger pour les autres. Yitzhak Rabin a bien évoqué ce cercle infernal qu'il voulait rompre dans le discours qu'il prononça juste avant d'être assassiné. Les conciliateurs ne meurent pas dans leur lit (Henri IV, Abraham Lincoln...)

Alors, Bernard Bloch rêve d'un Isratine ou Palestaël. Il faudrait parvenir à quitter ses automatismes identitaires qui nous constituent tous et qui constituent les personnes de ces peuples enracinés de longtemps sur cette terre de Palestine, il faudrait parvenir à penser contre soi-même... respecter cet enchevêtrement d'appartenances et ne pas la conduire à la guerre, l'élimination de l'autre....



Orélien Péréol


LE VOYAGE DE DRANREB CHOLB - CREATION - jusqu'au 30 JUILLET 2017 à 20h50 (Relâche les 21 et 22) Théâtre du Cabestan - Avignon. 


 TEXTE ET MISE EN SCENE : Bernard Bloch 


Avec : Bernard Bloch, Thomas Carpentier, Patrick Le Mauff 


 et 10 comédiens à l'image : Alain Baczynsky, Jacques Bonnaffé, Lionel Bloom, Anne de Broca, Hammou Graia, Lyasid Khimoum, Elias Preszow, Françoise Retel, Gloria Sovran, Zohar Wexler. Remerciements à Claire Rappin. Dramaturgie et costumes : Raffaëlle Bloch. Musique et sons : Thomas Carpentier. 


Collaboration littéraire : Thomas Horeau. Lumière : Luc Jenny. Vidéo : Jean-Baptiste Mathieu. Assistant : Ege Olgaç. Scénographie : Didier Payen

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AVIGNON : FANNY DE CHAILLE, « LES GRANDS », UN POUR TOUS, TOUS POREUX !

AVIGNON : FANNY DE CHAILLE, « LES GRANDS », UN POUR TOUS, TOUS POREUX ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuel Serafini pour Inferno-magazine



71e Festival d’Avignon : Fanny de Chaillé « Les Grands » – du 19 au 26 juillet, relâche le 22 – Benoît XII 15h.
Un pour tous, tous poreux !



Autant le dire tout de suite, la mise en place de la nouvelle création de Fanny De Chaillé Les Grands a failli avoir raison de notre patience et puis, tout d’un coup, une fois les fondations (laborieusement) posées, le spectacle prend son envol, le texte de Pierre Alferi raisonne, le propos du spectacle aussi et c’est tant mieux.



Après avoir inondé les spectacles de Daniel Larrieu de ses compositions sonores, Fanny de Chaillé a développé son propre travail sans oublier ses passages chez des artistes comme Rachid Ouramdane ou Alain Buffard. Elle possède un univers bien à elle ou l’humour, l’autodérision tient une place qui la met à l’abri de prendre la grosse tête. Depuis Gonzo Conférence (2007, hilarant) et Le groupe (2014, subtile) on guette chacun de ses gestes…



Là, elle a refait appel à Pierre Alferi qui après Coloc à Actoral en 2012 et surtout le très passionnant Répète créé dans l’essentiel Concordanses en 2014, revient avec elle sur une digression savante et drôle sur les évolutions de notre façon d’être au monde selon les âges et les préoccupations.



C’est Nadia Lauro avec qui Fanny De Chaillé travaille déjà depuis quelque temps qui se charge de créer un espace à différentes strates, prenant tout le plateau de Benoît XII en créant comme des podiums pour un show de télévision. On va donc suivre trois personnages qui s’adressent à nous selon leurs âges. Petits, on a le droit à une voix off qui raconte des histoires un peu banales mais qui auront leur incidence sur l’adulte devenu.



Les adolescents passent aussi, on comprend assez vite les caractéristiques des uns et des autres, les traumatismes post canari… Puis les adultes entrent et livrent leurs complexes pensés, essaient de prendre le dessus sur la marmaille qui, c’est bien connu, se révolte et accuse : « ils nous mentent, les parents, les adultes, tout le temps » et à partir de là, la joute verbale passionnante est lancée et tout le monde en prend pour son grade « autant de maîtres, autant de dogmes » est lancé comme une gifle au visage. Et si Pierre Alferi essaie de restaurer l’espoir puisqu’il « ne faut pas désespérer de l’humanité », faut-il pour autant « se fier aux autres » ? Vaste débat…


Pierre Alferi s’en donne à coeur joie, grâce à ce dispositif simple et une écoute du texte, Fanny De Chaillé réussit à faire des Grands un manifeste et met au centre de sa pièce cette maxime : « On croit en rien, on essaie tout » qui lui va très bien, à elle et à toute l’équipe qui sait maintenir le propos à fleur d’eau sans le rendre pompeux, doctrinaire, chiant !…


Les Grands est un puits à slogans pour les manifestations de la rentrée puisque « la politique, c’est fini » et que définitivement « nous ne comprenons rien à la jeunesse »… Et sous des airs badins, Pierre Alferi et Fanny de Chaillé avec lui dressent une chronique de notre temps lucide et souvent juste…


Même si « La conduite sauve lorsqu’il n’y a plus de route » les modes de vie et de pensée des enfants, adeptes de la chevalerie, glissent vers le pessimisme devenus adultes.


Toujours sobre et délicat, sans effet, jusqu’à la chanson émouvante de Dominique A composée pour l’occasion, qui sous une drôlerie sous jacente emporte le morceau, une belle tranche de vie, une sensation à la 400 coups de Truffaut, une guerre des boutons où devenus adultes, les Humains se révèlent… Particulièrement jubilatoire.


Emmanuel Serafini
Photo C. Raynaud de Lage

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Claude Rich, un seigneur à la voix impénétrable

Claude Rich, un seigneur à la voix impénétrable | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Didier Péron et Guillaume Tion dans Libération

Le comédien au sourire extatique et à l’ironie mystérieuse est mort jeudi à 88 ans. Il avait près de 80 films et une cinquantaine de pièces de théâtre à son actif.



Le comédien Claude Rich est mort jeudi soir, à 88 ans, des suites d’une longue maladie, à son domicile francilien. Avec sa voix voilée, ses cheveux blonds souvent en bataille, Rich a traversé 80 films et une cinquantaine de pièces. Souvent second rôle, il avait été gentiment moqué pour son sourire inextinguible qui lui avait permis d’endosser des rôles de séducteur et/ou de benêt. Si son visage reste attaché à des films populaires, comme les Tontons flingueurs, Oscar ou le Souper, Rich compte aussi dans sa filmographie des Renoir (le Caporal épinglé), Truffaut (La mariée était en noir) ou Scola (Concurrence déloyale). C’est dans l’ombre des stars qu’il aura rayonné, chez à peu près tout le monde, de Mocky à Tavernier, de Chabrol à Chabat, de Molinaro à Christian-Jaque.


Né à Strasbourg, Rich est orphelin de père à 5 ans. La situation financière de sa mère n’est pas reluisante. Dévote, elle voit pour son fils un destin de curé de campagne. Lui devra très tôt gagner sa vie et devient employé de banque. La passion du jeu le pousse à démissionnner pour faire du cabaret puis passer le concours du Conservatoire d’art dramatique. Il intègre une promotion restée dans les annales comme la «bande de l’escalier» (Belmondo, Marielle, Rochefort…).

Rich quitte le Conservatoire en 1953 pour débuter sur les planches. Sa carrière, qui sera faite de va-et-vient entre scène et plateau, s’oriente franchement vers le cinéma dans les années 60. Il multiplie alors les rôles, qu’il rend légers par son ton ironique, parfois affecté, face à Louis de Funès ou la troupe de Georges Lautner pour les Tontons flingueurs. «Les gens m’appellent dans la rue en me disant "Antoine, Antoine"… racontait-il au micro d’i-Télé quarante ans plus tard. Tous les jeunes qui m’abordent comme ça savent le texte par cœur. Alors c’est drôle. Car quand on a fait ce film, c’était un peu un film B, on s’amusait mais on ne savait pas que ça deviendrait un film culte.»

Un de ses plus grands rôles, il le doit à Alain Resnais dans Je t’aime, je t’aime, en 1968, sidérant film déconstruit sur la biographie d’un homme qui, employé de bureau, rate son suicide et se voit offrir la possibilité d’être le cobaye d’un voyage dans le temps. La machine se dérègle et le film livre son personnage à la mélancolie des fragments décousus de son passé, en particulier une histoire d’amour. Resnais avait préféré Claude Rich à Maurice Ronet. Pour Libération, en 2003, Rich se souvenait de ce rôle qui resta pour lui une date fondamentale, bien que le film, sélectionné à Cannes en 1968, ne fut pas projeté pour les raisons que l’on sait : «Resnais m’a téléphoné pour me proposer le scénario, que j’ai trouvé admirable. Mais il m’a prévenu que, la plupart du temps, je ne serais pas à l’image, puisque le film serait tourné en caméra subjective. "On ne verra que votre reflet dans les miroirs ou sur les vitres", m’a-t-il dit. J’ai accepté même si je trouvais ça dommage pour moi (rires), mais peut-être pas pour le film. Puis, deux semaines avant le tournage, Resnais me dit : "Il y a encore un problème, Claude. Si vous êtes tout à fait contre, je le comprendrais, mais je ne pourrai pas faire autrement. Finalement, vous serez tout le temps à l’image, au centre de l’image."»

Aisance
Son regard toujours perdu dans d’insondables rêveries, cette manière de ne pas tout à fait être là ou y croire, Rich les tient d’un spleen qui ne le quitte que lorsqu’il peut jouer, lui que la vie concrète ennuie. Il a régulièrement parlé dans les interviews de son catholicisme, qui connaît une première crise mystique à 8 ans, puis à 18. «J’aime les hommes de foi, brûlés par une passion : mon héros dans l’adolescence, c’était le père Charles de Foucauld, un ancien débauché qui se réforme et s’accomplit dans la prière au fin fond du Sahara.» Dans les années 70, il multiplie les occasions de monter sur les planches, à la Comédie-Française pour un Lorenzaccio mis en scène par Franco Zeffirelli ou un Périclès, prince de Tyr de Shakespeare par Roger Planchon à Nanterre. Il écrit des pièces, comme Un habit pour l’hiver ou Une chambre sur la Dordogne, qui sera mise en scène en 1987 par Jorge Lavelli. Son aisance d’aristo un peu vieille France et son autorité ironique le conduisent à interpréter souvent des «grands hommes». Au théâtre, il compose un mémorable Talleyrand en mots d’esprit et bagout dans le Souper (en 1989 puis à l’écran en 1993 - il recevra un césar pour le rôle), il joue Althusser, marxiste devenu fou au point d’étrangler sa femme dans le Caïman (2005), Mazarin dans le Diable rouge (2008). A la télé, il a aussi interprété Léon Blum (2000), Galilée (2005) ou Voltaire (2007). Et a traversé une pelletée de films historiques, du Capitaine Conan au Colonel Chabert.

Sa prestation, en 2002, dans Astérix et Obélix : mission Cléopâtre de Chabat lui permet de rajeunir son fan-club. En 2012, il est face à Bacri, dont il joue le père hautain dans Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer. Le cinéaste, joint par Libération, se souvient : «C’est un acteur de la plus grande classe, tel un Michel Bouquet ou un Michael Lonsdale. Il était d’une grande subtilité de jeu, capable de se montrer hautain tout en gardant un charme qui l’empêchait d’être antipathique. J’ai aimé le mystère qu’il apportait à son personnage.»

Récipiendaire d’un césar d’honneur en 2002, Claude Rich, qui se disait finalement «heureux» sur le tard, avait aussi présidé les Molières, où il avait dénoncé certains arrangements dans les nominations. Il n’en recevra aucun.

Didier Péron , Guillaume Tion

Photo : Claude Rich, en 1964. Photo Jean-Philippe Charbonnier. Gamma-Rapho

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Avignon :  The Great Tamer / Dimitris Papaioannou

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EN BREF : Le metteur en scène de la cérémonie d’ouverture des JO d’Athènes de 2004 propose, avec The Great Tamer, une épopée plastique et picturale truffée de références artistiques aux allures mythologiques. Un instant suspendu d’esthétique efficace mais très calibré sur l’Homme en perpétuelle recherche. 



The Great Tamer, véritable épopée graphique hyper stylisée, fresque dessinée à la grâce de l’illusion et des effets quasi circassiens, embarque le spectateur dans un voyage au cœur de l’humain ; une certaine ode à la grandeur de l’homme derrière sa mesquinerie, destructrice ou aveugle. Le mysticisme, qui frôle ici la représentation mythologique, guide chaque étape de cette évolution bancale de l’homme que l’artiste grec met en scène dans un spectacle muet à la scénographie impressionnante.

Sur un plateau penché bricolé de planches souples se superposant évoluent onze performeurs, sublimés par l’esthétique du plasticien. Ils s’y meuvent comme des acrobates, des clowns ou des danseurs, mimant des scènes comme des tableaux, s’inventant ici combattants, chercheurs, ici encore solidaires ou joueurs, là victimes, ou là encore allégories… Sous nos yeux, ils reconstituent cette quête de l’homme de la stabilité, de la force, de l’union, de l’équilibre, de l’idéal, de l’élévation, du progrès. Ils s’incarnent en éléments fragmentés qu’une force nécessaire rassemble. Ils y font vivre la soif de découverte et font mourir leurs propres rêves. Ils s’inspirent une quête, probablement vaine, qu’ils recherchent en l’autre ou en terre, symbole d’un lieu de fertilité créative et de richesses inépuisables. Papaioannou cite Sisyphe, pour qualifier cette éternelle quête dont l’Homme, depuis tous temps, s’empare, pour mieux « détruire et assombrir » ce qu’il trouve… Cycle de création et destruction infernal, que l’artiste parvient avec un talent et un savoir-faire remarquable à retranscrire sur scène, agissant en grand horloger de la destinée humaine.

Il y a du mythologique dans ces chapitres allégoriques, où l’on devine -comme des cailloux qui témoignent de l’ambiguïté création/destruction de l’Homme,- des reproductions franches d’œuvres d’art, qui elles-mêmes en leur temps, avaient souligné cette précarité morale de l’humanité. De La leçon d’anatomie du docteur Tulp de Rembrandt aux vanités de Renard de Saint-André ou de Linard (entre autres), ou des références mythologiques de la Venus de Botticelli  et des statues grecques mutilées à l’évidente Trinité de El Greco, de Le Modèle Rouge de Magritte qu’on aurait croisé avec La Folie Almayer à Kubrick ou à Strauss, ou encore d’un champs de flèches digne de la bataille des Thermopyles qui se transformerait en champs de blé où évolue Déméter -à moins que Millet ne soit pas loin- aux propres œuvres de Papaioannou lui-même, The Great Tamer est un puzzle où l’art stigmatise autant l’espèce humaine elle-même que son aptitude à s’unir et à se désunir.

The great tamer, ou « le grand dompteur » en Français, est un parcours allégorique et fabuleux, fait d’imprégnation et de beauté, de sublimation et de noirceur ironique : un moment presque magique, captivant, efficace tant il nous tient suspendu aux moindres effets. L’homme dompte sa propre nature, mais finit par s’empêcher lui-même, sombrant aux cœurs de sa vacuité, laissant fuir le temps avant d’être parvenu à maîtriser l’équilibre et l’harmonie qui lui semblent pourtant nécessaires. Un spectacle beau, caressant l’idéal avec la mélancolie du Memento Mori, mais un peu froid, distant, aussi beau qu’un livre d’art en papier glacé, auquel il manquerait la force d’une œuvre grandeur nature pour toucher au cœur et aux tripes…

Rick Panegy 


Vidéo de présentation : http://www.theatre-video.net/video/Dimitris-Papaioannou-The-Great-Tamer-extraits-71e-Festival-d-Avignon

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