Revue de presse théâtre
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A Montpellier, la jeunesse survoltée joue Hanokh Levin

A Montpellier, la jeunesse survoltée joue Hanokh Levin | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Dans le cadre du Printemps des comédiens que dirige Jean Varela, un metteur en scène inspiré, Richard Mitou, dirige quatorze élèves sortis de l'Ecole nationale supérieure d'art dramatique de Montpellier dans des textes brefs de l'auteur israélien. Quatre musiciens et un chanteur lyrique les accompagnent. Un formidable spectacle, tonique et intelligent et qui met en valeur les vertus de la formation en art dramatique conduite depuis quatorze ans par Ariel Garcia-Valdès.

 

Critique d'Armelle Héliot parue dans son blog "Le Grand Théâtre du Monde"

 

CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE

 

Et aussi, critique de Jean-Pierre Thibaudat pour son blog "Balagan" : http://blogs.rue89.com/balagan/2012/06/25/la-gaie-noirceur-dhanokh-levin-mise-en-musique-par-richard-mitou-227848

 

 

Au Printemps des comédiens à Montpellier jusqu'au 26 juin

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Revue de presse théâtre
"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont parfois repris intégralement, mais le plus souvent sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la mention répétée « Cliquez sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine ».  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

Pour suivre régulièrement l’activité de la Revue de presse : vous pouvez vous abonner (bouton vert FOLLOW) et, en inscrivant votre adresse e-mail ou votre profil Facebook,  recevoir des nouvelles par mail des publications les plus récentes de la Revue de presse

 

 

Vous pouvez aussi, si vous êtes inscrits sur Facebook, aller sur la page de la revue de presse théâtre à cette adresse : https://www.facebook.com/revuedepressetheatre

et  « liker » cette page pour être tenu à jour des nouvelles publications.

 

Vous pouvez faire une recherche par mot sur trois ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’entonnoir - à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur l'entonnoir et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( près de quarante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de quatre-vingt articles),  Comédie-Française (plus de cinquante articles), Nicolas Bouchaud (seize articles), etc.

 

Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Europe Connexion d’Alexandra Badea (L’Arche Editeur), traduction du mandarin Ling-Chih Chow, mise en scène de Matthieu Roy – Compagnie du Veilleur

Europe Connexion d’Alexandra Badea (L’Arche Editeur), traduction du mandarin Ling-Chih Chow, mise en scène de Matthieu Roy – Compagnie du Veilleur | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Par Véronique Hotte pour son blog Hottello


Europe Connexion d’Alexandra Badea (L’Arche Editeur), traduction du mandarin Ling-Chih Chow, mise en scène de Matthieu Roy – Compagnie du Veilleur

« Tu aurais pu mettre ton intelligence dans des causes plus nobles, tu aurais pu faire de la recherche, tu aurais pu écrire des bouquins, tu aurais pu éclairer le monde, mais tout ça ne t’aurait pas donné tout ce pouvoir… Ce n’est pas que l’argent, c’est la soif de puissance. Tu veux être dans la loge des plus grands. »

Glissées dans l’oreille droite du spectateur muni d’un casque audio, telles sont les paroles au débit régulier du lobbyiste mis à la question par sa propre conscience dans Europe Connexion d’Alexandra Badea, un spectacle créé par Matthieu Roy.

Mais avant la douleur des aveux, s’est déployée dans l’oreille gauche du public la dynamique effervescente de cet expert « ambitieux » – formulation usée qui ne peut apprécier la pleine mesure des enjeux financiers concernant non seulement les entreprises intéressées mais le salaire personnel versé pour ce poste clé en Europe.

Le « tu » est de mise pour le lobbyiste qui raconte la fulgurance de sa trajectoire, auto-satisfait et admiratif d’une destinée que le moindre grain de sable n’enraye.

L’assistant parlementaire auprès d’une députée « commission environnement santé publique et sécurité alimentaire » trahit : il se fait recruter par le lobby des pesticides.

Grâce à la scénographie de Gaspard Pinta, un dispositif quadri-frontal et spacieux d’hôtel de luxe international – salon et chambre privée, design et blanc pur –, le regard du spectateur suit le corps en mouvement du héros de notre temps.

Se succèdent discours et projections de soi pour le service de quelques industriels du monde gagnant : « Tu vas leur dire haut et fort qu’il faudra harmoniser, uniformiser, simplifier … » ; des séances de corde à sauter, puis le repos du guerrier échoué sur son lit, tandis que la voix du personnage-narrateur ne cesse son débit live, sous les trainées bruyantes des avions intercontinentaux en partance.

A ces espaces sonores extérieurs, s’ajoutent ceux – agréables et réconfortants de l’heure de l’apéritif – alcools, vins ou champagnes que l’on verse de la bouteille dans le verre des assaillants arrêtés qui s’accordent enfin un moment de répit.

Ces élus du capitalisme ont leur valet d’hôtel à disposition – Chih-Wei Tseng -, silencieux et efficace, dans une ambiance de musique soft feutrée.

Quand le héros intrépide sombre dans le sommeil, le spectateur auditeur assiste au claquement aquatique d’une plongée immersive – un acquiescement à l’oubli de soi dans le silence des fonds marins. Et les scènes se répètent en écho ou en quadriphonie, jouées deux à deux par des acteurs masculins et féminins, taïwanais et français, jouant la parole proférée entre les langues mandarine et française.

Brice Carrois porte la prestance à la fois virile et mesurée du winner ; de même, Johanna Silberstein en tenue sensuelle de soirée, et les acteurs taïwanais Wei-Lien Wang et Shih-Chun Wang représentent les battants du côté asiatique du monde.

Le lobbying exerce une pression sur les pouvoirs publics – les décisions du Parlement Européen – pour faire triompher des intérêts privés en votant des textes qui leur soient favorables, et le conseiller a beaucoup de reproches à se faire, provoquant « naturellement » des drames écologiques humains et personnels.

La part maudite de ces agissements – leurs conséquences néfastes réelles – est évoquée à travers les morts occasionnées, des pantins grandeur nature que manipulent les acteurs, figures sorties d’un sac avant leur déposition sur un lit.

Vivants et morts se côtoient – réalisme et fantastique – dénonçant le délitement des valeurs universelles et humanistes des sociétés arrogantes d’un monde globalisé.

Un travail théâtral magnifique – direction d’acteur, scénographie, sons et lumières.

Véronique Hotte

Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines –, 4 bis, cité Véron 75018 Paris, du 13 janvier au 4 février. Tél : 01 42 55 55 50

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Une mouette et autres cas d’espèces : variations sur un même thème, par Hubert Colas

Une mouette et autres cas d’espèces : variations sur un même thème, par Hubert Colas | Revue de presse théâtre | Scoop.it

La Mouette de Tchekhov est ce que l’on appelle un chef-d’œuvre dont on ne se lasse pas mais où il est bien difficile de s’en emparer pour se distinguer des autres versions montées. Si Thomas Ostermeier a su le faire avec talent en conservant le texte original, Hubert Colas a choisi une toute autre voie avec un parti pris risqué en proposant six réécritures libres de l’œuvre russe pour une création présentée actuellement au Théâtre de Nanterre-Amandiers. La nouvelle pièce, parfois déroutante, nous saisit par une variation dense, inégale mais belle de Tchekhov.


La pièce s’ouvre sur un réquisitoire à l’encontre de La Mouette de Tchekhov. Signé Angélica Liddell, le texte est cru, vulgaire voire trash. Le monologue aborde avec brutalité les différents rapports entretenus avec cette œuvre avant de verser sur ce que le théâtre doit être ou ne pas être. Il pose la question de l’art, de la reconnaissance et de l’amour. C’est un parfait préambule aux quatre actes qui vont suivre, sur des mots de Nathalie Quintane, Jacob Wren, Edith Azam, Annie Zadek, Liliane Giraudon et Jérôme Game. Du désespoir émane la beauté, celle des mots comme des images, où chacun interroge le pouvoir littéraire et celui de l’écriture, mis en parallèle avec des enjeux d’amour : « bien écrire sert-il à ce qu’on nous aime ? ».

Dans l’Acte I, une mouette surplombe le plateau, projetée sur le grand écran en fond de scène. Elle est là, de son regard tantôt bienveillant, tantôt menaçant, pour permettre aux textes de s’imbriquer les uns aux autres comme dans une très belle variation musicale sur un même thème (à l’instar du prologue du fabuleux Tristan und Isolde de Richard Wagner qui figure dans la bande-son choisie avec soin pour cette propostion) sauf qu’ici, les mots ont remplacés les notes pour accéder à la création d’un patchwork de réécriture de la pièce mythique qui résonnent dans le monde d’aujourd’hui et fait sens en replaçant l’artiste et son implication au centre de l’œuvre et du processus créateur. En confrontant une langue contemporaine, des écritures différentes et des formes diverses, nous voyons émerger toutes les interactions entre les êtres humaines, les relations complexes, les rapports aux autres qui nous modifient… Une mouette et autres cas d’espèces bénéficie d’une originale mise en scène, telle une envolée d’oiseaux sauvages sur le bord d’un lac, irrégulière, saisissante, furtive, faite de fauteuils électriques montés sur roulettes sur lesquels les interprètes traversent le plateau comme une œuvre traverse le temps ou comme les humains passent sur la grande scène du théâtre de l’existence. C’est un peu comme le jeu des autotamponneuses où chacun se heurte à la vie. C’est parfois un peu poussif dans la mise en scène mais les images qui éclosent et le jeu précis et convaincant des acteurs parviennent à surmonter la faiblesse et l’inégalité du corpus produit par les plumes qui se sont penchées sur La Mouette et qui ont parfois pris leur envol un peu trop loin ou trop libre du nid, bien que l’on y retrouve tout Tchekhov et ce qui en fait une oeuvre éblouissante. Nous sommes par instants déboussolés, perdus en route dans un propos dilué d’où les idées fortes n’émergent pas toujours de manière franche à la surface mais les différents dramaturges réunis autour d’Hubert Colas font un travail d’appropriation et de réécriture pertinent et intelligent sur l’œuvre de Tchekhov, empreint d’une sensibilité et de beauté.

Libérées de nombreuses contraintes, les écritures contemporaines proposées compilent l’idée de vouloir exister. Ce désir d’être, d’aimer, d’être aimer, d’agir sur sa vie, s’exprime parfois dans un propos désespéré mais ne perd pas de vue les questions existentielles soulevées par Tchekhov concernant comment habiter le monde et ce qui nous retient dans le ici et le maintenant. C’est sans aucun doute le texte de Liliane Giraudon qui, à l’acte IV, s’en approche le plus et nous dévaste dans un tourbillon de pensées semblable à celui dans lequel nous plongeons en lisant La Mouette. Lorsque l’on se sent absent au monde, pouvons-nous vouloir donner son existence pour autrui ou pour l’Art ? Vaste sujet auquel tentent de répondre les différents scénarios réunis par Hubert Colas.

Avec Une mouette et autres cas d’espèces, ce sont sept auteurs contemporains qui nous parlent de l’art, de la littérature, d’une certaine forme d’amour aussi mais surtout du monde qui nous entoure, en partant de la vision de Tchekhov et des personnages de La Mouette. Tréplev, Trigorine, Nina, Macha, Arkadina…, ils sont tous là pour cette pièce puzzle, plurielle, multiple, kaléidoscopique qui nous montre avec intelligence un large prisme théâtral sans jamais se cloisonner dans un registre précis ou un langage singulier. Cependant, elle redonne du sens aux interrogations de notre temps dont le fil conducteur pourrait être le questionnement suivant : pourquoi monter La Mouette aujourd’hui ? Hubert Colas et les auteurs associés à ce projet de réécriture nous redisent alors l’importance et l’urgence de lier création et amour mais aussi la nécessité d’écrire, de jouer et tout simplement de vivre !


Photo :  © Hervé Bellamy

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DIJON : Une inauguration décoiffante pour la Halle 38

DIJON : Une inauguration décoiffante pour la Halle 38 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

L'ancien bâtiment de l'armée, situé dans le quartier Heudelet, juste derrière le Grand Dijon, a été inauguré ce samedi.

Ce site aujourd'hui dédié à la création artistique accueille désormais la compagnie des 26 000 couverts, connue nationalement, mais aussi dix artistes contemporains. L'inauguration restera dans les esprits…


Quand l'armée laisse place à la culture. Ce samedi, la symbolique n'a pas manqué pour l'inauguration la «halle 38». Ancien bâtiment appartenant à la Défense et autrefois occupé par des militaires, le bâtiment aujourd'hui entièrement rénové et situé dans le quartier Heudelet, juste derrière le Grand Dijon a été inauguré ce samedi.
La ville de Dijon et le Grand Dijon ont acquis cette parcelle en juillet 2015, pour plus d'un million d'euros, afin de dédier une surface de 1510 m2 pour accueillir notamment les bureaux, ateliers et espaces de répétition de la troupe des «26 000 couverts», une des compagnies françaises de théâtre de rue connue au plan nationale et lancée à Dijon, mais aussi 7 nouveaux ateliers d’artistes plasticiens ainsi qu’un lieu de recherche pour l’école nationale supérieure des arts (ENSA).


Dix artistes aux techniques et esthétiques très différentes (peinture, sculpture, abstrait, figuratif...) ont été sélectionnés par la ville de Dijon et le Pôle d'Action et de Recherche en Art Contemporain (PARAC) : Hugo Capron, Hugo Pernet, Margaux Chapyts, Julien Chateau et Ramya Chuon (collectif du Petit Laboratoire des Formes Potentielles), Diane Aaudema, Diane Blondeau, Nicolas Rouah, Heqing Xue (Atsing) et Cécile Maulini.


L'ensemble du bâtiment a été remis aux normes pour un montant total de 1 707 920,57 euros HT (Acquisition : 1 007 333 euros HT et travaux : 700 587,57 HT), le projet a bénéficié du soutien du Grand Dijon (Fonds de concours de 183 000 euros) et d’un prêt à taux zéro (730 000 euros) consenti par la Caisse des Dépôts et Consignations.

«Qu'est ce que ça doit être triste, une ville sans artiste !»

«Il n'y a pas pas beaucoup de municipalités qui créent autant de lieux de créations» a déclaré François Rebsamen à l'issue de la visite du bâtiment et de la rencontre avec les artistes. Le maire de Dijon est revenu sur la politique dijonnaise en direction de la culture, «Pourquoi les musées sont gratuits à Dijon? Parce que nous l'avons voulu», tout en rappelant que le budget consacré à la culture par la ville de Dijon représente 25%. 


Chargé de sa mémoire de Dijonnais de souche, François Rebsamen a eu une pensée pour son arrière grand-père militaire  qui exerçait au 27e régiment de l'infanterie basé sur les lieux.
Avant qu'il ne décide de conclure, «Qu'est ce que ça doit être triste, une ville sans artiste !».

Une longue histoire pour les 26 000 couverts

La troupe des 26 000 couverts avait plus que joué le le jeu, tous habillés en militaires, sur un ton ouvertement décalé. Philippe Nicolle, figure de la troupe, était aux cotés du maire avant de prendre la parole pour lui aussi prononcer un discours…écourté par les facéties de sa troupe. Il a rappelé que sa troupe était née en 1994 à Dijon. A l'époque de Robert Poujade lors d'un festival appelé à l'époque les Festivades. Aujourd'hui la compagnie rayonne sur la France. Puis Philippe Nicolle a été interrompu…par un homme cagoulé surgissant de la foule qui lui a «volé» la fin de son discours. Un membre de la troupe bien sûr. Une bonne occasion de lancer le verre de l'amitié qu'il avait décidé de rebaptiser «verre de l'amour».

Bruno Lédion

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Rachida Brakni : « Je n’abandonnerai jamais le théâtre »

Rachida Brakni : « Je n’abandonnerai jamais le théâtre » | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Stéphane Capron dans Sceneweb


C’est le retour au théâtre de Rachida Brakni dans une pièce d’actualité sur le conflit Israélo-palestinien. Dans « Je crois en un seul Dieu » de Stefano Massini dans une mise en scène de Arnaud Meunier, la comédienne interprète trois rôles, une américaine, une juive et une palestinienne. Trois destins qui se croisent tragiquement le jour d’un attentat à Tel-Aviv. La pièce a été créée à la Comédie de Saint-Étienne. Rencontre avec la comédienne.

Savez-vous comment Stefano Massini écrit ses pièces ?

En pédalant !

Est-ce que vous le sentez en jouant la pièce ?

Oui et d’ailleurs, Arnaud Meunier me le dit souvent. « Ne perds pas le rythme de l’écriture de Stefano ». Il y a toujours quelque chose qui avance, qui avance, qui avance…

Cette histoire est proche de nous après les attentats qui se sont produits en France depuis deux ans. On sent ce que ressentent les personnages.

La pièce a été écrite il y a près de dix ans. S’il elle avait été montée à ce moment là, on n’aurait vu que la première lecture, qui est celle du conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui notre lecture est différente. Nous sommes touchés. Nous avons des images et des témoignages dans la tête. On apprend à vivre avec la menace terroriste en France. Ces trois femmes sont une projection de nos propres peurs, de nos angoisses et de notre questionnement. Comment expliquer l’impensable ? C’est intéressant de jouer un personnage comme Shirin. Il ne s’agit pas d’excuser, mais on peut essayer de comprendre comment elle en est arrivée là.

Interpréter trois rôles de femmes, c’est un sacré numéro d’équilibriste. Comment faites-vous ?

C’est un sacré cadeau que m’a fait Arnaud Meunier. Ces trois femmes sont différentes, chacune avec leurs contradictions. Ce qui m’a tout de suite plu c’est qu’il n’y aucun manichéisme dans l’écriture, et c’est un sacré tour de force de la part de Stefano Massini. On est sans cesse chamboulé et poussé dans nos retranchements. Et j’adore passer de l’une à l’autre.

Le rapport avec le public est très important, la salle est allumée, vous le voyez. Est-ce que cela change des choses pour vous ?

Oui et cela n’était pas évident au départ. Je suis le 4ème personnage, je suis une projection pour vous le public. Je vous observe. Je sens que le public est tenu en haleine avec des rebondissements incroyables.

La pièce est créée à la Comédie de Saint-Étienne qui va fêter ses 70 ans, c’est aussi l’anniversaire de la décentralisation et c’est votre retour au théâtre où vous êtes rare.

Je suis contente de revenir dans le théâtre public. Je n’abandonnerai jamais le théâtre. Je crois plus que jamais à la décentralisation. C’est ce qui fait que l’art perdurera. On étouffe à Paris. Il y a beaucoup de propositions. Ici il y a des gens merveilleux qui proposent de beaux projets. L’art est partout en France.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr


Photo @ Sonia Barcet

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Emmanuelle Devos et Micha Lescot dans Bella Figura de Yasmina Reza

Emmanuelle Devos et Micha Lescot dans Bella Figura de Yasmina Reza | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb



Yasmina Reza a écrit la pièce pour les comédiens de la Schaubühne de Berlin. L’auteure met en scène la version française avec une belle distribution, Emmanuelle Devos et Micha Lescot en tête. La pièce créée au Théâtre Liberté de Toulon est en tournée en France.

Un soir d’été dans une belle voiture jaune rutilante (une Audi) sur le parking d’un restaurant, un couple illégitime est dévoré par les moustiques. Boris (Louis-Do de Lencquesaig) est un jeune cadre dirigeant un peu brut de décoffrage. Sa maitresse Andrea (Emmanuelle Devos) est une femme instable qui se shoote aux médicaments. Leur soirée va s’avérer désastreuse, surtout lorsque Boris révèle à Andrea que le restaurant lui a été conseillé par sa femme. Tout se complique encore un peu plus lorsqu’ils croisent sur le parking un autre couple (Camille Japy et Micha lescot) venu fêter l’anniversaire de leur mère (Josiane Stoléru). D’autant que la femme est l’une des amies de l’épouse de Boris. Le drame s’enclenche.

Cette pièce est tragi-comique. La version de Thomas Ostermeier était plus sombre et plus violente. Yasmina Reza insuffle de la légèreté sur le plateau. On se délecte de la lente descente aux enfers de tous ces personnages, et surtout de Boris, pris au piège de l’adultère. Andrea ne fait rien pour le repêcher et Emmanuelle Devos est brillante dans ce rôle de femme totalement névrosée.

L’autre très bonne surprise est le personnage de la mère, Yvonne, incarné par Josiane Stoléru. Il nous était apparu fade chez Ostermeier. Ici il est l’un des pivots de l’histoire. Cette femme attachante, en proie à des pertes de mémoires qui cachent un début d’Alzheimer est fascinante. . Josiane Stoléru est rayonnante et pétillante. On la retrouve avec bonheur dans un grand rôle. Micha Lescot est comme d’habitude envoutant face à Camille Japy dont le personnage est le seul de remettre un peu tout le monde sur le droit chemin.

La scène des toilettes – déjà culte chez Thomas Ostermeier – est ici un petit bijou de théâtre burlesque. Sous des allures de théâtre bourgeois, la pièce de Yasmina Reza révèle les failles profondes de tous ces personnages angoissés qui ne refrènent pas. Tout explose, tout éclate. C’est la magie du théâtre d’exacerber les sentiments.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Bella Figura
Texte et mise en scène de Yasmina Reza
Avec Emmanuelle Devos, Camille Japy, Louis-Do de Lencquesaing, Micha Lescot et Josiane Stoléru.
Décor Jacques Gabel / Lumières Roberto Venturi / Costumes Marie La Rocca / Coiffures-Maquillage Cécile Kretschmar / Son Bernard Vallery / Musique Nathan Zanagar / Collaboration artistique Valérie Nègre
Production Les Petites Heures
Coproduction Théâtre du Rond-Point – Paris / Théâtre de Namur / Théâtre national de Nice / Théâtre Liberté – Toulon / Théâtre des Sablons – Neuilly sur Seine
Création en janvier 2017 au Théâtre Liberté-Toulon
Durée: 1 h 40

Théâtre Liberté – Toulon
du 11 au 13 janvier 2017 / CREATION

Le Quai – Angers
les 19 et 20 janvier 2017

Théâtre Jean-Claude Carrière – Montpellier
les 24 et 25 janvier 2017

Théâtre Les Sablons – Neuilly-sur-Seine
le 28 janvier 2017

Théâtre Olympia – Arcachon
le 31 janvier 2017

Théâtre – Namur
du 3 au 9 février 2017

Théâtre – Pau
le 14 février 2017

Le Casino – Le Locle (Suisse)
le 21 février 2017

Le Forum – Meyrin (Suisse)
les 23 et 24 février 2017

Théâtre – Nîmes
du 1 au 3 mars 2017

TNN – Nice
du 8 au 11 mars 2017

Odyssud – Blagnac
du 15 au 18 mars 2017

TNP – Villeurbanne
du 21 au 30 mars 2017

Le Carré – Sainte-Maxime
le 1er avril 2017

La Criée – Marseille
du 4 au 7 avril 2017

THÉÂTRE DU ROND-POINT – Paris
Représentations à l’automne 2017


photo Pascal VIctor

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Hubert Colas revisite la Mouette

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Par Christophe Candoni dans Sceneweb


A Nanterre-Amandiers, Hubert Colas réunit sept plumes contemporaines qui s’approprient librement La Mouette de Tchekhov et ses grands thèmes, de l’amour à l’art, traités avec intelligence et sensibilité.

Par bribes, par visions, tout Tchekhov est bien là, même complètement réinventé, disloqué. Il ne s’agit pas d’une entreprise de vénération. Au contraire, la langue crue d’Angélica Liddell donne le ton. Elle inaugure la représentation sur un sentiment de profonde détestation de La Mouette. Cette pièce lui donne la nausée dit-elle, parce que ses personnages « font du théâtre, vomissent du théâtre, vivent pour le théâtre, tout ça pour finir par se rendre compte que la vie vaut mieux que le théâtre ». Les réécritures d’Edith Azam, Liliane Giraudon, Nathalie Quintane, Jacob Wren, Annie Zadek et Jérôme Game qui suivent tendent à ancrer leur propos ambitieux et exigeant dans la réalité, politique, existentielle, du monde d’aujourd’hui.

Dans un espace propice au passage comme à la suspension, des fauteuils club jouent aux auto-tamponneuses. Éparpillés ou entassés, ils désorganisent, déstructurent l’immuable salon tchekhovien où depuis des lustres les êtres cultivent l’inactivité et rompent l’ennui dans une vaine et pourtant nécessaire conversation. Devant un horizon opaque et éclairé de la seule blancheur d’une pleine lune ronde qui surplombe le lac obsédant mais seulement suggéré par un rideau filandreux, les personnages se présentent avec leur part d’ombre. On identifie Treplev en adolescent sombre et androgyne, Arkadina, égocentrique borderline, Trigorine, accompli et écorché, Nina, séduisante et rêveuse. On reconnaît, même largement extrapolés, leurs conflits intérieurs, leurs débordements, leurs errances, leur besoin de changement, de partance pour mieux s’accomplir. Les auteurs déclinent les peurs qui les hantent et paralysent. La peur de vivre comme de mourir. Il est aussi beaucoup question de militantisme, d’idéalisme. C’est doux et triste comme une mélopée italienne de Bobby Solo ou le Prologue du Tristan und Isolde de Richard Wagner que l’on entend au cours du spectacle. La belle mélancolie et la douleur profonde de Tchekhov sont données à voir par une troupe douée et concernée. Adaptateur, metteur en scène et scénographe, Hubert Colas réalise ce que Constantin, artiste maudit et épris d’avant-gardes, appelle de ses vœux : une forme nouvelle.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Une Mouette et autres cas d’espèces
Création 2016


LIBRE REECRITURE DE LA MOUETTE D’ANTON TCHEKHOV
Réécriture : Édith Azam, Liliane Giraudon, Nathalie Quintane, Annie Zadek
Prologue : Jacob Wren
Epilogue : Angélica Liddell
Avec la participation de Jérôme Game et Florian Pautasso
Mise en scène et scénographie : Hubert Colas
Avec : Céline Bouchard-Cadaugade, Heidi-éva Clavier, Jonathan Drillet, Valère Habermann, Florian Pautasso, Vilma Pitrinaite, Thierry Raynaud, Yuval Rozman, Cyril Texier, Laure Wolf
Assistanat à la mise en scène : Sophie Nardone
Vidéo : Pierre Nouvel
Lumières : Hubert Colas et Fabien Sanchez
Son : Frédéric Viénot
Costumes : Frédéric Cambier en collaboration avec Alexandre Chagnon
Avec la collaboration artistique d’Alain Gautré (travail autour du clown)
Préparation vocale : Sophie Hervé
Chef de chant : Thomas Tacquet
Remerciements à SPRUNG Frères pour les fourrures
Production : Diphtong Cie
Coproduction : Théâtre du Gymnase-Bernardines (Marseille), Nanterre-Amandiers – Centre Dramatique National, Bonlieu Scène nationale Annecy, Pôle Arts de la Scène – Friche la Belle de Mai (Marseille), Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi – Scène conventionnée pour la diversité linguistique, Théâtre Anne de Bretagne (Vannes), Théâtre d’Arles, Scène conventionnée pour les nouvelles écritures
Avec le soutien du FIJAD, Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, D.R.A.C. et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, de montévidéo, créations contemporaines et du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône – Centre départemental de créations en résidence
Pour ce projet, Hubert Colas et Diphtong Cie ont été accueillis en résidence à la Fondation Camargo, à Bonlieu Scène nationale Annecy et à Nanterre-Amandiers – Centre Dramatique National.
Durée : 2h10

> Création du 26 au 30 avril 2016 au Théâtre du Gymnase-Bernardines, Marseille
– 30 novembre – 1er décembre 2016 à Bonlieu scène nationale Annecy
– 12-22 janvier 2017 à Nanterre-Amandiers
– 26 janvier 2017 au Théâtre Cinéma Paul Eluard, Choisy-le-Roi

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Shock Corridor, avec les élèves-comédiens du TNS, mise en scène Mathieu Bauer

Shock Corridor, avec les élèves-comédiens du TNS, mise en scène Mathieu Bauer | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Agnès Santi dans La Terrasse


Mathieu Bauer compose un bel hommage théâtral et musical à Samuel Fuller et à son film culte Shock Corridor (1963), avec de formidables jeunes comédiens issus de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg.  

 Shock Corridor, une réussite.


A travers ce palpitant spectacle, Mathieu Bauer réussit un pari difficile, qui satisfait diverses exigences qui se répondent et s’entrecroisent. Sa passion du cinéma, du théâtre et de la musique se synthétise ici en une écriture formidablement équilibrée, qui agence ses effets avec maestria. Dans ce double hommage à la fois au film culte Shock Corridor et à son auteur Samuel Fuller, dans cet éloge aussi des acteurs de second plan, ceux qui travaillent « en bordure de projecteur », il conjugue le jeu, le chant, la musique, le mouvement des corps avec une science qui laisse toute sa place à l’émotion. Le spectacle résulte d’un travail avec douze comédiens sortis de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg en 2016, une formidable équipe visiblement douée pour le jeu autant que pour la musique. Ces tout jeunes et talentueux acteurs amorcent leur carrière, en quête de reconnaissance et d’attention, et alors que la pièce aborde le sujet même de l’art de l’acteur, cette transmission prend un relief particulier. D’autant que malgré la violence des thématiques, le plaisir du jeu est une évidence. Pour Mathieu Bauer à la batterie et son complice Sylvain Cartigny à la guitare, qui impulsent le rythme, et aussi pour ces jeunes pousses qui ont la chance d’être ici en pleine lumière. Parmi les personnages, Samuel Fuller lui-même, cigare aux lèvres, qui commente son parcours, deux narratrices, et les protagonistes de l’histoire. Qui pour certains parfois quittent leurs rôles pour parler au nom des acteurs qui les ont interprétés (James Best, Chuck Roberson, Larry Tucker…). L’ensemble se décline avec fluidité, et compose un hommage maîtrisé à Samuel Fuller, que le cinéphile Mathieu Bauer confie admirer profondément. Copy boy à quatorze ans, reporter pour les affaires criminelles à dix-sept, soldat au cours de la Seconde Guerre mondiale, y compris pendant les débarquements d’Afrique du Nord et de Normandie, le cinéaste a  toujours lutté pour son indépendance artistique contre les normes du succès, pour servir la vérité plus que l’enjolivement du réel, s’inscrivant contre la niaiserie de certains happy ends hollywoodiens.

Célébrer l’art de Fuller et le plaisir du jeu  

Dans Shock Corridor, œuvre épurée et affranchie des conventions, il radiographie les peurs de l’Amérique des années 60. L’intrigue est centrée sur un journaliste ambitieux qui se fait interner dans un hôpital psychiatrique afin de résoudre l’énigme d’un meurtre qui a eu lieu en son sein, et de pouvoir ainsi emporter le Prix Pulitzer par son récit. Il convainc son épouse réticente de participer à la supercherie, qui petit à petit l’entraîne vers la confusion mentale. Il interroge en particulier trois patients, trois témoins dont les pathologies sont reliées à des thèmes marquants de l’époque. La ségrégation raciale, la bombe atomique, le communisme. On entend d’ailleurs l’exceptionnelle et bouleversante chanson de Billie Holiday Strange Fruit, qui laisse sans voix face à la cruauté qu’elle dépeint. Inspiré aussi par le documentaire Titticut Follies de Frédérick Wiseman, le sujet central de la violence quotidienne au sein de l’hôpital psychiatrique, qui préfigure certains aspects du film magistral de Milos Forman Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), apparaît dans toute sa crudité, qui contraste avec la légèreté enjouée du chant. Au-delà, ce sont aussi les déclassés,  tout un peuple d’inutiles et de marginaux qui se trouve mis en lumière dans sa fragilité. Une réussite !

Agnès Santi



SHOCK CORRIDOR
du 10 janvier 2017 au 4 février 2017
Nouveau Théâtre de Montreuil
63 Rue Victor Hugo, 93100 Montreuil, France
Nouveau Théâtre de Montreuil – Centre dramatique national, 10, place Jean-Jaurès, 93100 Montreuil. Salle Maria Casarès. Du 10 janvier au 4 février 2017, à 20h, sauf le 29 janvier à 17h et les 1er, 2 et 3 février à 21h. Relâche les 15, 22, 23 et 30 janvier. Tél. : 01 48 70 48 90. Durée : 1h30.


Photo : © Jean-Louis Fernandez

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Jean-Claude Amyl, à jamais

Jean-Claude Amyl, à jamais | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog "Le Grand Théâtre du monde" 


Le metteur en scène est comédien s'est éteint avant-hier à Marseille des suite d'un cancer.

Formé au conservatoire, ayant beaucoup joué, il s'était tourné vers la mise en scène et avait dirigé avec succès le Théâtre 14 qu'il avait nommé Jean-Marie Serreau. Mais à un moment, les tutelles l'ont lâché...

Nous avions publié dans les colonnes du Figaro, il y a près de quinze ans, un article que nous republions en complément de cet hommage.

Dans cet article, déjà, on voyait comment l'Etat, les tutelles en général, peuvent "lâcher" un artiste qui a beaucoup travaillé pour le service public, n'a jamais démérité. Rue Saint-Dominique, à la direction du théâtre et des spectacles, un jour on lui avait dit : "Vous n'êtes pas dans les tuyaux". Belle exemple de responsabilité administrative...

C'était un homme secret, tellement secret d'ailleurs que l'on ne vous dira pas ici son âge qui n'apparait jamais dans les articles...Il était de la promotion 1971 du Conservatoire national supérieur d'art dramatique. C'est la promotion de Francis Huster, Jacques Weber, Emmanuel Dechartre, Catherine Ferran, Virginie Pradal...Il devait avoir autour de 70 ans : il avait fait ses études en deux temps...Et surtout débuté très tôt au théâtre, bien avant les études ou en même temps que son premier apprentissage au cours Périmony.

Engagé très tôt dans la compagnie Renaud-Barrault, il avait joué sous la direction de grands metteurs en scène : avec Barrault dans Numance de Cervantès et dans Henry VI de Shakespeare, avec Roger Blin dans Les Paravents. Il joue également dans Medea de Sénèque, mise en scène de Jorge Lavelli.

Après le cours Périmony, il était donc entré dans au conservatoire et avait eu pour professeurs Fernand Ledoux et Maurice Jacquemont. Mais avait donc joué bien avant dans des troupes prestigieuses et interrompu ses études rue du Conservatoire pour faire sa coopération au centre culturel français de Yaoundé au Cameroun. Lorsqu'il était revenu au conservatoire, c'est avec Louis Seigner qu'il avait travaillé.

Il est engagé à la Comédie-Française : en 1968, il est dans le Dom Juan de Molière par Antoine Bourseiller avec la toute jeune Ludmila Mikaël. Il figure dans la création d'Amorphe d'Ottenburg de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Jean-Paul Roussillon.

Jean-Pierre Miquel l'apprécie et il fait plusieurs spectacles avec lui, il joue aussi avec Gérard Vergez.

Ensuite, appartenant au JTN, jeune théâtre national, il participe au Médecin malgré lui monté par Jean-Louis Thamin qui va jusqu'en Amérique !

Il tourne également pour la télévision et le cinéma, mais sa passion, c'est la mise en scène, et il aura composé énormément de spectacles, dans des registres très différents, tout au long de sa vie. Audiberti comme Horowitz, Serge Ganzl comme Georges Feydeau.
Il met en scène La Célestine d'après Rojas, de Pierre Laville, mais aussi La Dernière classe de Brian Friel.

Impossible de tout citer ici, mais il y a des moments auxquels il tenait comme ce Savannah Bay souvent repris avec Geneviève Casadesus et sa fille Martine Pascal. Une grande délicatesse, une grande profondeur.

Tchekhov, Ibsen, Dostoïevski, ses champs d'intérêt étaient larges. Il avait du goût, beaucoup de tact, jamais de tape-à-l'oeil avec lui.

Plus tard, il mettra en scène à l'opéra de Marseille, Lucia di Lammermoor de Donizetti, I Capuleti e i Montecchi de Bellini.

Entretemps, nommé directeur du Théâtre 14 qu'il rebaptisa Théâtre 14-Jean-Marie Serreau, il avait conçu un lieu où théâtre, danse, musique avaient leur place. Un très grand travail, mais pour lequel, un moment, on ne lui donna pas les moyens auxquels il aurait pu prétendre. En six ans, il y avait mis à l'affiche 50 spetcales et fédéré 80.000 spectateurs.

Il eut beaucoup de mal, dans les années qui suivirent, avec les conventions et leurs règles rigides.


Photographie Sébastien Soriano / Le Figaro

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Les trente ans du théâtre de rue

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Par Lucile Commeaux pour l'émission La Dispute sur France Culture


Ecouter l'émission (12mn) :https://www.franceculture.fr/emissions/le-petit-salon/les-trente-ans-du-theatre-de-rue



La plupart des compagnies historiques sont nées dans les années 80. Comment ont évolué leurs pratiques?


La plupart des compagnies qui ont fondé le théâtre de rue en France ont trente ans, l’occasion de se pencher sur leur histoire et de se demander peut-être ce que ce modèle très particulier, qui a des spécificités à la fois esthétiques, idéologiques, et économiques dit du théâtre français. C’est une pratique qui est un îlot dans le spectacle vivant en France, où on aime bien cloisonner, et force est de constater que le public du théâtre de rue, de ses festivals n’est pas le même que celui des théâtres publics et du In avignonnais. 


Pourtant quand le théâtre de rue naît dans les années 80, c’est avec des références qui sont aussi des références revendiquées par de très nombreux artistes installés, le collectif américain du Living Theatre, ou encore le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. 


Un théâtre qui se revendique libre, pauvre, égalitaire, un théâtre partout et pour tous, de fait on tombe souvent sur le théâtre de rue, ce qui bouleverse totalement le rapport au spectacle. Je cite quelques épisodes marquants, en 1986 par exemple, le PHUN investit le quartier de Saint Germain des Prés, dans le 6e arrondissement de Paris, et en une nuit, déverse des tonnes de terre sur les trottoirs, plante des légumes, monte des bottes de foin, dépose des salades sur les Abribus, organise un ballet incessant de brouettes qui perturbe le trafic sur les boulevards; c’est une performance qui a été ensuite reprise, refaite dans plusieurs endroits, et dernièrement en 2014 en Angleterre.



Autre exemple en 1990, le collectif Ilotopie s’empare d’un immeuble de la cité ultra-défavorisée de la Castellane à Marseille, et le transforme en un hôtel de luxe, avec dorures et grooms à l’entrée. Le spectacle s’appelle PLM, Palace à Loyer Modéré, c’est une des grandes gloires du théâtre de rue, qui s’apparente en fait de théâtre davantage à du happening ou à de l’installation.



Comment vivent ces compagnies, qui existent toujours? Il y a eu une forme d’institutionnalisation depuis les années 80, la création de festivals d’abord qui font largement vivre auprès du public ces créations collectives, c’est le cas des festivals d’Aurillac, de Chalon-sur-Saône ou encore de Sotteville-les-Rouens, il y a une Fédération Nationale des Arts de la Rue créée en 1997, et puis un label, “Centre national des arts de la rue”; de fait il n’étiquette qu’une petite quinzaine de compagnies, qui reçoivent à elles toutes moins qu’un seul Centre dramatique national. La réforme du régime des intermittents de 2003 a sonné le glas des structures les plus fragiles, et toute menace sur ce statut donne des sueurs froides même aux compagnies les plus installées. Autre menace, celle qui pèse en général sur l’espace public urbain: la menace terroriste et son corollaire policier, l’état d’urgence. Cet été à Aurillac, alors qu’on célébrait le trentième anniversaire du festival, des échauffourées ont éclaté entre la police et certains spectateurs qui refusaient de laisser contrôler leurs sacs, il est vrai que toute idée de contrôle va à l’encontre du principe même du théâtre de rue. Je pose la question: est-ce qu’on pourrait imaginer qu’aujourd’hui en 2017 comme il y a trente ans, une compagnie investisse Saint Germain des Prés, provoquant embouteillages et attroupements incontrôlés?

Intervenants
Anna Sigalevitch
René Solis


Voir la vidéo : Une ferme à Saint-Germain-des-Prés (Le PHUN) : https://youtu.be/1fDRlDgCyfU


Voir la vidéo : Palace à loyer modéré (Ilotopie) : https://youtu.be/woBmu8wBuUE



Photo : "Fête de village avec théâtre de rue" - Brueghel - 1632, Musée de l'Ermitage - Saint Pétersbourg • Crédits : leemage - AFP

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«Le quatrième mur» de Sorj Chalandon, à la frontière du réel

«Le quatrième mur» de Sorj Chalandon, à la frontière du réel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Dashiell Donello pour son blog Les dits du théâtre


Pour le metteur en scène Julien Bouffier, il n’y a pas de dichotomie entre sa passion théâtrale et la vie. La transmission de cette adaptation du roman de Sorj Chalandon, véhicule sa pensée pour s’adresser à nous public, à la frontière du réel, sur une scène de théâtre. Une aventure de création qui bouscule ses repères; avec des comédiens Libanais filmés à Beyrouth.
F
L’empreinte de l’adaptation de Julien Bouffier laisse voir un personnage (Georges dans le roman) qui est pour Sorj Chalandon un double littéraire qu’il « envoie exprès au plus loin de ce qu’il aurait pu devenir ».


Dans la mise en scène de Julien Bouffier Georges devient une étudiante en histoire (Vanessa Liautey), militante activiste pro-palestinienne et passionnée de théâtre. Elle se rend à Beyrouth dans l’unique but de tenir une promesse faite à son ami Sam qui rêve de monter Antigone d’Anouilh, sur la ligne de démarcation qui sépare le pays, en pleine guerre civile libanaise (1975-1990). Mais atteint d’un cancer Sam demande à son amie de poursuivre son utopie avec des comédiens d’ethnies différentes : un druze, une palestinienne, un juif, un maronite, des chiites. Antigone devient alors le porte-parole de chaque comédien dans un Liban, d’hier et d’aujourd’hui, théâtre de nombreux combats. Cette expression confronte la réalité d’un conflit aux idéaux. Le quatrième mur raconte aussi l’indicible de Sabra et Chatila derrière des personnages, dans une histoire de guerre, de destins brisés, d’injustices, d’exils, dans la résistance et l’engagement. 

Alors il y a une chanson murmurée, par le musicien Alex Jacob, à travers les sons du silence de Simon & Garfunkel pendant qu’une petite fille pleure sa boule de glace en France, loin du Liban en guerre. Tout un symbole de la tragédie au plus loin de ce qu’aurait pu devenir cette petite fille, selon l’endroit et le moment.

Dans un dispositif scénique (Emmanuelle Debeusscher) où est piégée la narratrice dans des réalités qui la dépassent, le quatrième mur permet l'illusion théâtrale, en mélangeant approche documentaire et des perspectives poétiques, dans une aurore boréale d’images. Du théâtre à la catharsis profonde, et terrible. Car comme le dit Sorj Chalandon : « Le pays de ce livre n’est pas le Liban c’est la guerre ». Un grand merci à la compagnie Adesso e sempre. Ne manquez pas cette troupe, vouée à un grand avenir, lors de sa tournée en France.

"Le quatrième Mur" à partir du roman de Sorj Chalandon adaptation et mise en scène Julien Bouffier

à Mulhouse les 10 et 11 janvier, dans le cadre du festival Les Vagamondes

Prix Goncourt des lycéens 2013 / Création franco-libanaise

Représentations au théâtre Jean Vilar / Vitry-sur seine

Jeudi 2 février à 19h30 Vendredi 3 février à 20h

Navette aller-retour les deux jours
départ 1h avant angle place du Châtelet et de la Brasserie Sarah Bernhardt

TOURNÉE / De janvier à juin 2017

au Théâtre Sortie Ouest, domaine départemental d'art et de culture de Bayssan - scène conventionnée pour les écritures contemporaines à Béziers

Jeudi 2 février à 19h30 et vendredi 3 février à 20h au Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine
Vendredi 24 février à 21h et samedi 25 février à 20h à Humain trop humain, Centre dramatique national de Montpellier
Mercredi 1er, jeudi 2 et vendredi 3 mars à 20h, samedi 4 mars à 16h au Tarmac, Scène internationale fran- cophone à Paris
Mardi 7 mars à 20h45 au Théâtre du Vésinet
Mercredi 29 mars à 20h30 et jeudi 30 mars à 19h30 au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène natio- nale

COMPAGNIE ADESSO E SEMPRE

Metteur en scène | Julien Bouffier | jb@adessoesempre.com
Administration-production | Nathalie Carcenac | 06 48 09 23 75 nc@adessoesempre.com 

Diffusion | Claire Fournié | 06 87 45 76 03 | http://www.adessoesempre.com/creations/le-quatrieme-mur/le-quatrieme-mur
42 rue Adam de Craponne, 34000 Montpellier
Crédit photo : Marc Ginot

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Elvira, version italienne de Elvire Jouvet 40 la pièce de Brigitte Jaques-Wajeman par Toni Servillo

Elvira, version italienne de Elvire Jouvet 40 la pièce de Brigitte Jaques-Wajeman par Toni Servillo | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Hadrien Volle dans Sceneweb


 Au cœur d’une programmation très musicale, l’Athénée fait de nouveau place au théâtre le temps d’un festival italien. La star ultramontaine oscarisée Toni Servillo y joue et met en scène un texte de Brigitte Jaques-Wajeman, « Elvire Jouvet 40 », dont la première a rassemblé le tout-Paris Italien (un autre oscarisé, Roberto Benigni, était venu applaudir son compatriote). Ce spectacle, qui a été un succès en Italie, tiendra l’affiche à Paris jusqu’au 21 janvier.

Entre février et septembre 1940, on assiste presque au jour le jour aux cours de Louis Jouvet. Il fait répéter inlassablement à celle qui, dans la pièce, s’appelle Claudia, le rôle d’Elvire, amoureuse malmenée du Dom Juan de Molière.

Composé par Brigitte Jaques-Wajeman, le texte qui prend pour matériau les véritables cours dactylographiés de Louis Jouvet a déjà été créé à l’Athénée en 1986. Mais, à le voir aujourd’hui, on peut penser que depuis 30 ans, l’art du célèbre professeur est peut être entré dans une sorte de décrépitude, non pas du point de vue théorique, mais bien pratique. Pendant le spectacle, les gestes enseignés aux acteurs sont désuets. Le jeu a bien changé depuis la disparition de Jouvet.

Dans une mise en scène ultra-réaliste, voir aujourd’hui l’homme de théâtre distiller ses longs conseils et laisser trop de place à la diffusion de sa théorie est assez pesant. Certains pourront peut-être avoir du plaisir à l’entendre, comme on écoute une vieille chanson. D’autant que certaines des directions qu’il donne à l’actrice pourraient tout à fait s’appliquer au théâtre actuel, comme l’importance pour un acteur de faire partir le texte de véritables sentiments.

Mais, malgré sa valeur historique, Louis Jouvet n’est pas un héros de théâtre, difficile alors de lui donner la grandeur nécessaire. D’autant qu’ici, il ne s’écoute que lui : il n’y a pas d’échange entre Jouvet et les comédiens. À certains moments on a même l’impression qu’il impose beaucoup à Claudia, sans jamais en demander autant aux deux acteurs masculins sur scène, ce qui donne un goût misogyne (sans doute inconscient) à la situation. Aussi, le texte de Brigitte Jaques-Wajeman n’a rien de dramatique, il est linéaire, parfois lassant, puisque le travail de Jouvet porte sur la même scène, la même réplique.

On remarquera cependant la présence remarquable de Toni Servillo qui, lorsqu’il joue et s’arrête de faire des phrases, est d’une grandeur évidente. Petra Valentini montre aussi une belle palette de son talent tant elle semble prendre en compte et appliquer chaque remarque du professeur. Soulignons aussi la belle utilisation de l’espace, puisque les premiers rangs de la salle sont occupés par le spectacle, afin de recréer l’ambiance véritable d’un cours, qui se déroulerait ici, directement devant nous, comme aurait pu le faire Louis Jouvet en personne, dans ce lieu précisément qu’il a dirigé entre 1934 et 1951. Voilà finalement ce qu’ « Elvire Jouvet 40 » peut procurer aux plus passionnés : une vague nostalgie d’instants jamais vécus.

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

Elvira (Elvire Jouvet 40)
texte : Brigitte Jaques-Wajeman
mise en scène : Toni Servillo
avec : Toni Servillo, Petra Valentini, Francesco Marino, Davide Cirri
traduction : Giuseppe Montesano
costumes : Ortensia De Francesco 
lumières : Pasquale Mari 
son : Daghi Rondanini 
assistante à la mise en scène : Costanza Boccardi 
production : Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa / Teatri Uniti
coréalisation : Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Durée : 1h15

Théâtre de l’Athénée
12 > 21 janvier 2017


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Théâtre : Rachida Brakni est trois femmes en guerre

Théâtre : Rachida Brakni est trois femmes en guerre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley dans Les Echos



Dans « Je crois en un seul dieu », Rachida Brakni incarne tout à la fois une enseignante juive de gauche, une terroriste palestinienne et une soldate américaine. 


Elle est trois femmes. Trois femmes à cran, plongées dans l'un des drames les plus lancinants de la ­planète : le conflit israélo-palestinien. Elle est le « choeur » blessé, outragé et vengeur imaginé par ­Stefano Massini dans sa dernière pièce choc, « Je crois en un seul dieu ». Elle, c'est Rachida Brakni, incarnant tout à la fois une enseignante juive de gauche, une terroriste palestinienne et une ­soldate américaine venue prêter main-forte à Tsahal. En 1 h 40 min d'un monologue fragmenté, elle porte toute la complexité d'une équation historique, religieuse et humaine irrésolue.

L'auteur dramatique, féru d'actualité (« La Saga des Lehman Brothers », « Femme non rééducable » - pièce dédiée à la journaliste russe Anna Politkovskaïa), a écrit ces trois rôles pour une seule comédienne, mais, lors de la création en Italie, elles étaient trois sur scène. A la Comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier - qui a déjà monté avec brio ses deux précédentes pièces - a tenu à respecter le parti pris initial et à relever le défi de l'actrice unique. Avec sa virtuosité, sa sensibilité, son humanité, Rachida Brakni s'avère idéale pour ce triple rôle. Arnaud Meunier la dirige simplement, justement, sans jamais forcer le trait. Massini lui-même évite tout pathos, toute rhétorique vaine, tout jugement moral, dans cette fable glaçante, qui se ­conclura (on le sait dès le commencement) « dans un an, un jour et huit heures » par un attentat sanglant.


En quelques gestes ­précis, expressions fulgurantes et regards intenses, la comédienne suggère les convictions pacifistes qui s'effritent de la prof d'histoire juive ; le fanatisme calme, déterminé de l'apprentie martyre palestinienne ; le cynisme désabusé de la soldate US. Rachida Brakni passe avec ­fluidité de l'un à l'autre rôle, dans le beau décor onirique signé Nicolas Marie - une pièce grise barbouillée de nuages et percée de portes, tel un sas vers l'au-delà.


OPÉRA DU RÉEL
Une symphonie troublante de notes et de sons accompagne en sourdine le monologue. Pas d'effets spectaculaires, sinon cette lumière vive qui suggère l'explosion des bombes et cette volute de fumée blanche qui tombe des cintres à la fin, comme une buée d'âmes mortes. La guerre fratricide qui anéantit le coeur des hommes et des femmes devient un cauchemardesque opéra du réel. Quand le théâtre dit avec délicatesse et tristesse la criante absence de Dieu...

JE CROIS EN UN SEUL DIEU
de Stefano Massini. Mise en scène d'Arnaud Meunier. Comédie de Saint-Etienne (04 77 25 01 24), du 10 au 20 janvier, puis Tours-Olympia (25 au 28 janvier), Lyon-Célestins (1erau 17 février), Angoulême (7 et 8 mars), Rond Point Paris (14 mars au 9 avril), etc. 1 h 40.


Philippe Chevilley
@pchevilley



Photo de Rachida Brakni Photo Sonia Barcet

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Une salle de magie unique en Europe à Châlons

Une salle de magie unique en Europe à Châlons | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Julien Tilmant dans l'Union


Inaugurée hier au Cnac, la salle noire dédiée à la magie nouvelle promet de belles créations.


Le Centre national des arts du cirque de Châlons est toujours à la pointe de l’innovation et de la créativité. L’Europe entière va envier la ville préfecture et sa toute nouvelle salle noire. Un espace dédié à la recherche dans le domaine de la magie nouvelle.

Unique en Europe, cette salle, attendue comme le messie depuis des années par les circassiens, est désormais opérationnelle et a accueilli, ces dernières semaines, ces premiers stagiaires.

«  Tous les domaines artistiques vont pouvoir profiter de ce nouveau lieu, qui, au départ, devait être un théâtre. La magie nouvelle est transversale et pourra aussi bien toucher le monde du cirque, celui de la danse, l’art culinaire ou encore la mode, explique Gérard Fasoli, directeur du Cnac. L’histoire du Centre national des arts du cirque de Châlons avec la magie remonte à plus de 10 ans. Nous avons un fonds documentaire consacré à cette discipline fort de 500 ouvrages et nous avons déjà formé 150 stagiaires ».

La salle noire, n’a rien de particulier sans les outils qu’on y utilise. «  Sans la recherche et les étudiants, ce n’est que quatre murs assez hauts recouverts de peinture. Ce qui est important c’est la manière dont on se l’approprie  », confie un employé. Cette salle est aussi et surtout un lieu de formation pour les futurs professionnels de cette discipline « qui monte ».

Lévitation et hologrammes


«  Une centaine d’artistes la pratique et 90 % d’entre eux sortent de l’école châlonnaise, explique Raphaël Navarro de la compagnie 14 : 20, à l’initiative de la magie nouvelle dans le monde. Grâce à cette salle, nous allons pouvoir expérimenter de nouvelles techniques et approches. Par exemple, nous avons la possibilité de défier les lois de la gravité en faisant léviter, sous tous les angles, des corps ou des objets .  »

Au centre de la pièce trône aussi un cadre en plexiglas étudié pour refléter, en fonction de la lumière, un sujet. «  C’est la question du virtuel qui se pose ici. Nous avons la possibilité de faire apparaître des hologrammes en 3D et de jouer avec  », continue l’artiste. Les possibilités créatives sont presque infinies, tant que l’imagination suit. Et comme le précise Raphaël Navarro : «  Nous en sommes qu’au début de l’exploitation de cette salle. Il manque encore plein d’outils dont nous ne pouvons pas encore parler… il faut bien garder un peu de mystère.  »

La prochaine étape de la relation entre le Cnac et la magie prendra, en 2018, la forme d’un diplôme universitaire reconnu par l’université de Reims Champagne-Ardenne.

Julien Tilmant

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Hôtel Feydeau : un concentré de vaudeville effervescent

Hôtel Feydeau : un concentré de vaudeville effervescent | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Hélène Kuttner dans Artistik Rézo : 


Des couples qui s’écharpent pour un pot de chambre, un époux qui rentre éméché en perruque Louis XIV, une femme qui reçoit en peignoir et en bigoudis un futur ministre, un garnement qui fait valser son monde avec sa tisane laxative, les moments crus ne manquent pas dans cette compilation effervescente de scènes où Georges Feydeau se plaît à croquer à l’acide ses contemporains bourgeois. Georges Lavaudant, de retour à l’Odéon, s’entoure de comédiens épatants pour présenter un spectacle qui nous ravit.


La guerre des sexes

On connaît l’obsession de Georges Feydeau pour les querelles intestines ou homériques des couples bourgeois irrémédiablement conduits Du Mariage au divorce en ce début de XXe siècle. Les hommes, obnubilés par la quête de pouvoir dans une société machiste, n’ont de cesse de faire valoir leur position sociale en se piquant de politique au Cercle ou à l’Assemblée. Les femmes n’ont qu’à bien se tenir, à la maison, passant leur temps à traquer la vanité de ces messieurs et à dégonfler leur vantardise. Fines mouches et faussement naïves, elles trompent leur mari en imitant la Bovary, mais en plus gaies, elles multiplient les frasques et les dépenses. 


Scatologie dramaturgique

Chez Feydeau, le corps explose, exulte dans une crudité qui met les organes et les mots à découvert. La bourgeoise de l’impétrant ministre de la Marine se balade à moitié nue et se fera "sucer" les fesses pour guérir d’une piqure de guêpe, le jeune garnement Toto, constipé, jouera avec les nerfs de ses parents en refusant la purgation que sa mère lui inflige, purgation qui videra les intestins de l’invité Chouilloux, et la jeune Léonie, enceinte et en position d’accoucher, fera valser son mari avec un pot de chambre pour préparer la venue de son bébé ! Vengeance des femmes taxées de "folles" qui font sauter tous les verrous de la bienséance par l’exaltation de leurs attributs sexuels, mépris des hommes contraints de dissimuler leurs pulsions pour les cocottes, Feydeau fait vriller ses dialogues avec de la dynamite vivante.


Comédie musicale

Georges Lavaudant a découpé les cinq pièces qu’il monte en passages les plus percutants, qui s’articulent entre eux de manière alternée. Les maris répondent ainsi à leur femme selon des problématiques voisines, ce qui crée un parachutage onirique et drôle. Entre les pièces, un intermède musical fait danser les comédiens à la manière d’une comédie musicale. Manuel Le Lièvre, qui incarne alternativement l’époux et le garnement constipé, est tout simplement exceptionnel de précision et de plasticité gestuelle. André Marcon, pris de diarrhée laxative ou en Roi Soleil éméché, donne toute la puissance de son talent d’acteur, capable du plus grand sérieux et d’un comique assumé. Gilles Arbona, fidèle du metteur en scène, et Astrid Bas, comédienne chevronnée, côtoient de plus jeunes talents comme Grace Seri, Tatiana Spivakova, l’explosive Lou Chauvain et le jeune acteur Benoît Hamon. Un heureux mélange de générations.


Hélène Kuttner


[Photos © Thierry Depagne]


Odéon Théâtre de l'Europe 6°  Jusqu'au 12 février 2017

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Le groupe 42 tient le « Shock corridor »

Le groupe 42 tient le « Shock corridor » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan


Où il est raconté comment le film de Fuller inspire un spectacle où le cinéaste et son cigare s’insinuent jusque dans l’asile de fous de l’histoire parmi les jeunes acteurs du groupe 42 sortant de l’école du Théâtre national de Strasbourg dirigés à la batterie par Mathieu Bauer.


C’est un tir groupé. Qui réunit un metteur en scène-musicien, Mathieu Bauer, amoureux d’un film, Shock corridor de Samuel Fuller, le cinéaste américain en persnne et le groupe 42 au complet , des acteurs sortis récemment de ‘École du Théâtre National de Strasbourg .

 Du groupe 16 au groupe 42

Au Conservatoire national, on parle de « promotion » ; à Strasbourg on parle de « groupe ». L’excellente actrice Martine Schambacher faisait partie du groupe 16. Elle faisait aussi partie du jury restreint qui eut la tache délicate de choisir les élèves-acteurs de ce groupe 42 qui entrèrent à l’école quand Julie Brochen dirigeait encore le TNS et qui en sortirent sous la direction de Stanislas Nordey. Pas facile de traverser un temps chaviré, mais dans l’épreuve le groupe semble s’être soudé, cela éclate quand on les voit en scène, tous réunis, dans Shock Corridor.

Martine Schambacher aurait bien aimé travailler avec eux, mais cela n’a pas pu se faire, son emploi du temps était trop chargé alors, et aujourd’hui ils ne sont plus à l’école. Alors elle est venue les voir à Montreuil, et elle ne l’a pas regretté.

Mathieu Bauer qui dirige le Centre dramatique national de Montreuil a pu, lui, aller à Strasbourg travailler avec ce groupe 42. Beaucoup d’écoles font ainsi appel à des metteurs en scène, des acteurs, moins souvent à des auteurs pour animer des ateliers. C’est souvent l’occasion pour l’artiste invité de satisfaire une envie, d’amorcer un projet, d’essayer quelque chose. Cela peut devenir dommageable si le groupe devient le simple instrument du projet. D’autres « spectacles d’atelier », en revanche, tombent dans l’écueil inverse : l’artiste s’efface devant la mise en valeur du groupe, on ne voit plus qu’un chœur informe ou qu’un défilé d’individualités. Il faut trouver un équilibre, une relance réciproque et c’est ce qui se passe avec Shock corridor, un travail d’atelier qui est devenu un spectacle à part entière.

 Folie et simulation

Le film de Fuller obsède Mathieu Bauer depuis longtemps, c’est un film un peu à part dans l’œuvre du cinéaste, un peu comme la pièce connue sous le titre (très raccourci) Marat-Sade dans celle du dramaturge Peter Weiss. Au cœur de ces deux œuvres : l’hôpital psychiatrique et son groupe de patients. Comment montrer la folie sur une scène ? Comment montrer un homme (journaliste) qui se fait enfermer volontairement dans un HP pour identifier le coupable d’un crime, et voit sa raison vaciller sous les électrochocs ? Comment, pour les acteurs, ne pas sombrer dans la caricature, les images standards et sottes de la folie ? Passionnantes questions d’école. Auxquelles le groupe 42 et Bauer apportent diverses réponses.



Bauer a donné en pâture aux acteurs un bon baromètre : le premier film du documentariste Frederick Wiseman, Tittticut folies. Il aurait pu les emmener à la Borde ou leur montrer des films de Depardon. Dans le film de Wiserman, tout se passe dans une prison réservée aux aliénés et et surtout tout se termine par une revue musicale à l’occasion du nouvel an, ce qui n’est pas pour déplaire au musicien Mathieu Bauer.

Ce dernier se tient au fond du plateau tout au long du spectacle, assis derrière sa batterie et visiblement heureux d’être là, de concilier plusieurs pans de sa vie. A ses côtés : Sylvain Cartigny (claviers, guitare) qui a composé la musique et les chansons du spectacle, un des éléments clés de sa réussite.

Dernier élément : Samuel Fuller est là en personne, il parle de sa conception du cinéma, du tournage de son film, c’est une actrice qui tient le rôle, elle fume le cigare comme le cinéaste, cependant on passe du barreau de chaise au moins onéreux cigarillo. Fuller a joué comme acteur ou est passé comme cinéaste dans bien des films de réalisateurs, de Chabrol à Wenders ou Kurismaki, la liste est longue. Le spectacle commence par une séquence culte du cultisssime Pierrot le fou de Jean-Luc Godard (Bauer avait naguère signé une version théâtrale de son film Les Carabiniers). Lors d’une soirée chez Madame Expresso où on ne parle que par discours publicitaires, on suit Ferdinand dit Pierrot interprété par Jean-Paul Belmondo.

 « En un mot, c’est l’émotion »

Verre en main et chapeau sur la tête, il s’approche d’un type âgé aux cheveux blancs qui, debout contre un mur, fume le cigare et sirote un verre. Il s’adresse à lui, lui demande ce qu’il fait, l’homme répond en anglais, une jeune femme blonde traduit : c’est Samuel Fuller, un producteur et réalisateur américain, il est venu à Paris pour tourner une adaptation des Fleurs du mal de Baudelaire. « Faut le faire, c’est bien », commente Ferdinand. Puis il pose une question : « J’ai toujours voulu savoir ce que c’était exactement, le cinéma ? ». Fuller répond en détachant les mots et la blonde traduit : « Un film, c’est une bataille... l’amour... la haine... l’action... la violence... et la mort... En un mot, c’est l’émotion. »

L’émotion du spectacle Shock Corridor est moins celle que procure la rencontre entre tel et tel personnage ou tel instant de l’histoire du journaliste ou tel épisode de la vie dans l’asile, que l’émotion douce et diffuse que procure l’ensemble que forme les acteurs du groupe 42, chacun à sa place et tous dans la lumière : Youssouf Addis-Abeba, Éléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre. C’est un spectacle sans héros principal où tous les seconds rôles sont au premier plan.

A la fin du film de Fuller, une pluie violente s’abat sur l’hôpital psychiatrique et inonde tout, la foudre s’abat. Dans le spectacle, Fuller s’adresse à nous, il explique avoir voulu une fin qui implique la destruction du décor en sorte que les producteurs ne puissent pas lui demander de modifier la fin du film. Mais comment dire l’orage dévastateur sans avoir recours à la bande-son habituelle ? La solution surprenante de ces fous d’acteurs du groupe 42 tient dans un verre. La scène ouverte et multiple du spectacle Shock corridor ressemble à ce que dit Jean-Luc Godard du studio de cinéma dans son introduction à La Véritable Histoire du cinéma : « Ce qui peut arriver de mieux à un studio de cinéma, c’est qu’il ressemble à la fois à une bibliothèque et à une imprimerie : qu’il leur ressemble, et même, qu’il les assemble. »

Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès, 20h, jusqu’au 4 fév, matinée les sam 21 à 15h et dim 29 à 17h, 21h les 1er, 2 et 3 fév, relâche les 15, 22, 23 et 30 janv.


Photo : Actrices du groupe 42 dans "Shock Cooridor" © Jean-Louis Fernandez

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La Source des saints / Cécité ou aveuglement ? - Journal La Terrasse

La Source des saints / Cécité ou aveuglement ? - Journal La Terrasse | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Catherine Robert dans La Terrasse : 


Martin et Mary étaient pauvres, aveugles et heureux jusqu’à recouvrer la vue et découvrir le monde… Michel Cerda choisit le texte français de Noëlle Renaude et revisite Synge en l’éclairant par l’écoute !


« L’œuvre de Synge est davantage mythologique que folklorique. »

Pourquoi choisir la traduction de Noëlle Renaude ?

Michel Cerda : Cette traduction, non encore éditée, va sortir à l’occasion de la création du spectacle aux Editions Théâtrales. Je ne l’ai pas commandé à Noëlle Renaude – elle l’avait réalisée à une autre occasion – mais j’ai été d’emblée conquis par son travail quand elle me l’a envoyé. C’est dans cette traduction que je voulais la monter. Noëlle Renaude est restée au plus près de la langue de Synge, qui n’est ni de l’anglais, ni de l’irlandais, qui est peut-être plus proche du gaélique, mais surtout qui est une langue singulière, créée par lui. Cette traduction cherche à s’approcher de cette langue monosyllabique, en respectant sa longueur et sa respiration. Le texte que j’ai choisi n’est pas une adaptation qui chercherait à créer une langue qui serait équivalente à celle de Synge. C’est impossible. Disons, plutôt, qu’il s’agit d’un texte français singulier, écrit par Noëlle Renaude, considérée en tant qu’auteur !

Que raconte La Source des saints ?

M. C. : C’est l’histoire d’un couple d’aveugles. Ils ont un peu vu, il y a longtemps. Ils passent leur vie à mendier. Mais ils ont le désir de voir le monde, car les voyants leur disent qu’il est beau. Ils s’aiment et se trouvent beaux. Mais puisqu’ils le veulent, on va le faire ! C’est la vertu du théâtre ! Ils acceptent les effets de la source miraculeuse, car ils ont envie d’aller vers la certitude et la vérité. Mais c’est la catastrophe ! Ils se voient, voient le monde et sont horrifiés. On leur a promis la beauté du monde mais ils découvrent la laideur, la prison du travail et la peine…

Pourquoi cette pièce ?

M. C. : La réalité de ces deux aveugles est sonore (les bruits, les oiseaux) ; ils n’ont pas besoin de la vision pour que le monde existe. En voyant, ils s’aveuglent. S’aveugler, c’est un acte qu’on fait tous les jours. L’aveuglement est différent de la cécité. L’aveuglement est un acte qui consiste à se compromettre, et à faire des compromissions avec soi-même. L’œuvre de Synge est davantage mythologique que folklorique. Le forgeron, c’est Vulcain ; la forge, c’est les Enfers. Le paradis des aveugles devient l’enfer quand ils recouvrent la vue.

Quels acteurs avez-vous choisis ?

M. C. : J’ai choisi des acteurs qui avaient des voix singulières. Je suis très sensible aux voix au théâtre. Anne Alvaro accompagne depuis longtemps ce projet, ainsi que Yann Boudaud et Christophe Vandevelde. J’ai fait une distribution vocale, polyphonique, avec des voix particulières. J’avais aussi envie de poser la question suivante : est-ce que le son ça se voit ? C’est vraiment un projet qui tourne autour de ce qu’on voit, de ce qu’on entend, dans un espace sonore et musical (jusqu’à la scénographie, au sol métallique sonore), dans une langue aux échos et aux répétitions extrêmement sonores, qui rappelle peut-être que Synge lui-même était musicien.

Propos recueillis par Catherine Robert


Crédit photo : Michel Nicolas


LA SOURCE DES SAINTS / CÉCITÉ OU AVEUGLEMENT ? 


Du 13 janvier 2017 au 17 janvier 2017 Studio-Théâtre de Vitry 18 Avenue de l'Insurrection, 94400 Vitry-sur-Seine, France A 20h30, sauf le dimanche à 16h. Tél. : 01 46 81 75 50. 



La Commune - Centre Dramatique National
d’Aubervilliers, 2, rue Édouard-Poisson, 93300 Aubervilliers. Du 25 janvier au 2 février. Mardi, mercredi et jeudi à 19h30 ; vendredi à 20h30 ; samedi à 18h et dimanche à 16h. Tél. : 01 48 33 16 16. 


Texte publié aux Editions Théâtrales

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Toni Servillo traduit les leçons de Louis Jouvet

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Par Fabienne Darge dans Le Monde :


La pièce mythique créée en 1986 par Brigitte Jaques, « Elvire Jouvet 40 », renaît en italien à l’Athénée, à Paris.


C’est une des plus ­belles histoires de théâtre qui soient. Une histoire de fantômes, d’acteurs dans la nuit de l’Occupation, une histoire où le théâtre se prend lui-même comme sujet pour offrir de manière magnifique ce qu’il a de plus profond et de plus essentiel.

C’est Elvire Jouvet 40, une pièce créée en 1986 par la metteuse en scène Brigitte Jaques, et qui renaît aujourd’hui, en italien, grâce à Toni Servillo. Le spectacle, qui a été créé à l’automne 2016 au Piccolo Teatro de Milan, arrive aujourd’hui à Paris, où il s’installe, avec une belle évidence, à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Embarquons dans la machine à remonter le temps. En 1940, Louis Jouvet, qui dirige le Théâtre de l’Athénée depuis 1934, est aussi professeur au Conservatoire d’art dramatique. Entre le 14 février et le 21 septembre 1940, il fait travailler à une jeune actrice, nommée Claudia dans la pièce, la dernière scène d’Elvire (acte IV, scène 6) du Dom Juan de Molière.

Un des plus beaux spectacles des années 80

Or, ces leçons sont scrupuleusement notées, sténographiées dans les moindres détails par l’écrivaine Charlotte Delbo, qui à l’époque est l’assistante de Louis Jouvet. Dans les années 1980, Brigitte Jaques et son complice François Regnault se rendent compte qu’elles constituent un formidable matériau pour une pièce. « Nous sommes tout près de connaître le secret du théâtre au travail, nous assistons à l’énigmatique accouchement d’une artiste, nous nous faisons voyeurs de la double passion du maître et de l’élève », écrivait la metteuse en scène dans un beau livre publié à l’époque, Elvire Jouvet 40 (éd. Beba Théâtre), devenu un collector.

Elvire Jouvet 40 a été un des plus beaux spectacles de ces années 1980, et un de ceux qui se sont le plus imprimés dans les mémoires, notamment grâce au film qu’en a tiré Benoît Jacquot, et que l’on peut voir en intégralité sur YouTube. Ce fut un des plus beaux succès de ces années-là, aussi, puisque la pièce, créée le 8 janvier 1986 au Théâtre national de Strasbourg, se joue ensuite pendant trois ans, en France et à l’étranger.


Dénoncée comme juive

Les deux acteurs, Philippe Clévenot (Jouvet) et Maria de Medeiros (Claudia), y étaient magiques, et le spectacle emmenait loin dans le temps du théâtre et dans celui de la guerre, et dans les étranges serpentins entre la vie et l’art que mènent les opérations dramatiques. Dans la vraie vie, Claudia s’appelait en effet Paula Dehelly. Elle avait débuté au cinéma en 1938 dans Entrée des artistes, de Marc Allégret, mais, ce qu’elle voulait, c’était faire du théâtre.

Dans le cours de ses leçons avec Jouvet sur l’Elvire de Dom Juan, il y a eu l’armistice, en juin 1940, et l’Occupation allemande. Au concours de fin d’année du Conservatoire, en décembre, Paula a obtenu le premier prix de comédie et le premier prix de tragédie. Et elle a été dénoncée comme juive. Elle a dû quitter la scène pendant toute la guerre. Après, elle a tenté d’y revenir, mais sans vraiment y parvenir, même si elle a créé Les Mains sales, de Sartre, en 1948. Elle est devenue principalement la voix française d’Ingrid Bergman ou de Deborah Kerr, et elle est morte en 2008.

Plus démonstratif

C’est donc une étrange sensation de la retrouver aujourd’hui, cette pièce, jouée et montée, en italien, par Toni Servillo, qui, dans son pays, est une véritable star assaillie par ses admirateurs (trices) à la fin de chaque représentation. Mais Servillo est d’abord et avant tout homme de théâtre, et c’est en toute conscience qu’il a voulu redonner vie à Elvire Jouvet 40, dans une Italie où des années de berlusconisme et d’ineptie télévisuelle ont porté des coups fatals à la véritable culture, et singulièrement à l’art théâtral.

TONI SERVILLO : « C’EST UN TEXTE MAGNIFIQUE SUR LA NOBLESSE DU THÉÂTRE, ET QUE CETTE NOBLESSE EST TOTALEMENT NIÉE AUJOURD’HUI »


« Chez nous la pièce est presque totalement méconnue, soulignait le metteur en scène à l’issue de la représentation à Milan. Même si Giorgio Strehler avait porté à la scène la leçon de Jouvet, en 1986 également, pour inaugurer son studio du Piccolo Teatro. J’ai eu envie de la monter parce que c’est un texte magnifique sur la noblesse du théâtre, et que cette noblesse est totalement niée aujourd’hui. »

Toni Servillo s’est inséré dans le cadre qu’avait dessiné Brigitte Jaques, avec un décor extrêmement sobre, celui d’une scène nue, seulement peuplée d’une petite table et de deux chaises. Mais son interprétation est très différente. Servillo est un acteur très italien, porteur de toute une tradition de commedia dell’arte. Son Elvira est très vivante, et implique fortement les spectateurs.

La pièce y gagne en énergie ce qu’elle perd en mystère. Le spectacle est plus démonstratif, moins alchimique que ne l’était celui de Brigitte Jaques, notamment parce que Servillo y surjoue un peu le rôle du maître, qui avec Clévenot était une figure très différente, menant sa quête avec et à travers son élève. Et l’élève en question, la jeune actrice Petra Valentini, semble ici bien plus soumise au maître. Ainsi en va-t-il, avec cette Elvire qui dit de manière unique comment l’art et la vie se mêlent pour révéler un être.


Elvira (Elvire Jouvet 40), de Brigitte Jaques. Mise en scène : Toni Servillo. Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 7, rue Boudreau, Paris 9e. Tél. : 01-53-05-19-19. Mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures, du 12 au 21 janvier. En italien surtitré. www.athenee-theatre.com

Fabienne Darge
Journaliste au Monde

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Catherine Hiegel : « L’immense vague réactionnaire me fait peur »

Catherine Hiegel : « L’immense vague réactionnaire me fait peur » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Sandrine Blanchard dans Le Monde


La comédienne, metteuse en scène, infirmière inoubliable de « La Vie est un long fleuve tranquille », joue dans « Un Air de famille », 



Je ne serais pas arrivée là si…

… Si mon père ne m’avait pas obligée à devenir comédienne.

A quel âge vous en a-t-il parlé ?

A 7 ans. Dès que j’ai su lire et écrire, il a commencé à me faire travailler. Mon père, Pierre Hiegel, était musicologue. Les jeudis après-midi, je faisais de la radio et des disques avec lui. Dans des émissions sur la vie des grands musiciens, je posais des questions. Sur le disque des Misérables, je faisais Cosette ; dans Viens valser avec papa, d’André Claveau, qui fut un tube à l’époque, je riais sur la chanson… Un jour, je devais avoir 15-16 ans, ma mère m’a dit : « Allez, dis-le à ton père que tu n’es pas faite pour être comédienne mais pour être mère de famille. » Cette phrase m’a vexé et m’a sans doute déterminé. Je me suis laissée faire par papa et j’ai suivi ses conseils : j’ai arrêté l’école en seconde, malgré un premier prix de mathématiques.

C’est rare qu’un père dise à sa fille : « Arrête l’école et soiscomédienne. »

Avant la guerre, il voulait être comédien. Il a toujours eu cette frustration. Il fallait probablement que cela passe par un de ses enfants.

Vous êtes la dernière de la fratrie, pourquoi vous ?

Parce que les deux autres ont fait leur mauvaise tête. Il ne restait que moi. Peut-être a-t-il mis un acharnement plus fort qu’avec mon frère et ma sœur. Peut-être aussi que j’avais une nature différente. J’étais un peu le clown de la famille, celle qui faisait des bêtises.

A-t-il été difficile d’arrêter l’école ?

Non. Cela m’a fait plaisir. Je n’aimais pas ça. Et puis c’était une façon de me singulariser. A l’époque – nous étions avant 68 – toutes mes copines voulaient se marier ou être coiffeuse ou maîtresse. Je n’ai jamais regretté d’avoir arrêté l’école. Je me suis enrichie d’une façon plus libre par la lecture. J’ai toujours eu de la chance. Cela compte dans le parcours d’un artiste.

Quel autre métier auriez-vous pu faire ?

J’aurais bien aimé être archéologue. Cela me fascine, je ne sais pas pourquoi.

Donc vous quittez l’école et tout de suite vous débutez des cours de théâtre ?

Oui. D’abord pendant un an chez Raymond Girard. Mais il m’a renvoyé. Il y avait la même corvée chaque jour : un exercice de diction idiot avec uniquement des mots compliqués. Je trouvais cela bête et je l’ai montré. Ensuite je suis restée quelques mois chez Jacques Charon qui venait d’ouvrir un cours au théâtre des Bouffes Parisiens où je jouais Fleur de cactus.

Puis je suis entrée au Conservatoire. J’avais à peine 18 ans. Lors de ma troisième année, Jacques Charon m’a appelé pour que je passe l’audition de la Comédie-Française. Maurice Escande, l’administrateur de l’époque, voulait m’engager. Mais j’avais signé au théâtre de la Michodière où je répétais Gugusse de Marcel Achard avec Michel Serreau. Je lui ai dit que je ne pouvais pas à cause de cette pièce. Escande m’a rappelé pour réitérer sa proposition. Je lui ai demandé huit jours de réflexion.

Mais pourquoi hésiter à entrer à la Comédie-Française ?

J’ai eu la trouille. On entendait des horreurs, que c’était les Atrides. A cette époque, je commençais à me faire une place dans le théâtre privé. J’étais la petite rigolote, la petite Maillan. Mais face à mon hésitation, mon père m’a insulté. Après huit jours à la campagne, je suis rentrée et j’ai dit oui à Maurice Escande.

Au départ on vous proposait toujours des rôles de soubrettes…

Même dans les cours, même au Conservatoire, je n’avais pas le droit de travailler les jeunes premières. En France, il y a des critères physiques terriblement ennuyeux pour les femmes. Quand je suis entrée à la Comédie française c’était bien évidemment pour jouer Toinette, Lisette, Marinette… J’en ai souffert quand j’étais jeune. C’est comme si on me disait : toi t’es moche.

Cela m’a passé. Je suis très contente d’avoir été la bonne. Avec le temps, et surtout avec les rencontres, je me suis rendu compte que ces rôles, avec leurs mystères, leurs non-dits, comme chez Goldoni par exemple, étaient beaucoup plus riches que la jeune première amoureuse qui, une fois qu’elle a craché sa passion, n’a plus rien à dire.

En quarante ans de Comédie-Française, vous avez joué un nombre incalculable de pièces, dont beaucoup de Molière. Que représente-t-il pour vous ?

Au départ, j’ai joué des Molière assez traditionnels. La première pierre, ce fut Georges Dandin, mis en scène par Jean-Paul Roussillon avec Robert Hirsch. Soudain je n’étais plus dans la convention. Après, avec Jean-Luc Boutté, qui était un immense ami, nous étions malheureux et voulions démissionner du Français. Pierre Dux, l’administrateur, était très ennuyé. Dans les yeux de nos camarades, on voyait qu’ils étaient très contents qu’on s’en aille parce qu’on jouait beaucoup.

On s’est dit : « Merde ! C’est peut-être con de leur laisser la place. » On est allé revoir Dux : « On reste mais il faut que vous nous laissiez faire un travail de laboratoire sur Molière avec une salle de répétition. » Dux nous répond : « Non seulement je veux que vous le fassiez, mais je veux que vous le montiez. » On a travaillé pendant un an sur le verbe, sur le sens, sur l’histoire de la noblesse… On avait besoin de faire la toilette de tout ce qu’on nous enseigne si mal. Ainsi est née l’adaptation du Misanthrope et j’ai commencé à vraiment aimer Molière.

De toutes ces pièces au Français, lesquelles gardez-vous en mémoire ?

La Trilogie de la villégiature mise en scène par Giorgio Strehler, qui a changé mon regard. Les Goldoni avec Jacques Lasalle, les rencontres avec les metteurs en scène Joël Jouanneau, Philippe Adrien, Dario Fo, Patrice Chéreau avec Quai ouest : ce sont de grands souvenirs. Mais aussi les escapades dans le théâtre contemporain avec Jorge Lavelli au théâtre de l’Odéon ou de la Colline.

Vous n’avez jamais arrêté de travailler, vous êtes une acharnée ?

Tous les comédiens du Français sont des travailleurs acharnés. C’est une école du travail et de la discipline. Il m’est arrivé de jouer trois pièces dans une même journée : matinée, 18 h 30, 20 h 30. Et le lendemain vous en répétez une autre.

Faire de la mise en scène au théâtre, est-ce venu naturellement ?

Non, on me l’a demandé. Ce n’est pas de la prétention de ma part. C’est même un manque de confiance. Au fond, je m’excuse toujours d’être une femme. Pour les rôles c’est pareil. Je n’ai jamais demandé un rôle de ma vie et je ne m’aimerais pas le faire. J’ai toujours l’impression que je n’en ai pas le droit.

Votre père a-t-il eu le temps de connaître votre succès ?

J’avais 33 ans quand il est décédé. Il a eu le temps de me voir sur scène. Le soir de sa mort, il avait regardé la captation de La Folle de Chaillot à la télévision. On s’est téléphoné. Je lui ai dit : « Tu as vu, j’ai joué pour toi. » Je l’ai entendu pleurer. Il était très fier, trop fier.

Diriez-vous que vous l’avez vengé du métier qu’il n’avait pas pu faire ?

Je pense que je l’ai vengé. Il me manque. Bien sûr comme un père, mais aussi et surtout pour son regard. C’était un homme très éclairé. Ma mère, c’était de l’amour. J’aurais pu faire caca en scène elle m’aurait trouvé sublime ! Mais papa, quand il voyait mes spectacles, ce qu’il me disait m’enrichissait.

En 1993, vous êtes allée voir François Mitterrand pour que Jacques Lassalle reste administrateur de la Comédie-Française. Pourquoi ce rendez-vous ?

C’est très politique la Comédie. Nous sentions qu’il y avait des tractations souterraines pour changer d’administrateur. On trouvait cela injuste que Jacques – qui était en train de triompher à Avignon avec son Dom Juan – ne puisse pas avoir un second mandat. J’ai demandé un article dans Libération, que j’ai obtenu, et un rendez-vous chez Mitterrand, que j’ai obtenu aussi. Il y avait Jean-Luc Boutté, Muriel Mayette, Roland Bertin, Jean-Luc Bideau et moi.

Mitterrand nous a reçus dans son bureau. Il a écouté avec son œil malin et profond notre demande. « Malheureusement je suis en cohabitation. Tout ce que je peux faire, si vous le voulez, c’est faire traîner », nous explique-t-il. On lui dit non parce que ce n’était pas dans l’intérêt de la maison d’être sans nomination. « Alors je ne peux rien faire », conclut-t-il. On avait échoué mais on avait tenté. Puis pendant une heure et demie nous avons discuté de poésie, de littérature, des représentations qu’il avait vu. On était tous amoureux de lui ! Ça manque la culture chez nos politiques aujourd’hui, ça manque vraiment.

Comment le cinéma est venu à vous ?

Pendant longtemps, je n’ai pas eu d’agent. J’étais au théâtre, je n’en voyais pas la nécessité. Dominique Besnehard, que je connaissais, est venu assister à la première de Quai ouest à Nanterre parce qu’il était l’agent de l’un des comédiens de la pièce. « Hiegel tu es géniale », m’a-t-il dit. Ce n’est pas moi qui devait jouer dans La Vie est un long fleuve tranquille, mais Christine Fersen. Elle a commencé à emmerder le réalisateur en lui demandant de changer des phrases du scénario.

Etienne Chatiliez, qui faisait alors son premier film, a eu la trouille et a demandé quelqu’un d’autre à Dominique Besnehard. Un dimanche matin, on m’a fait porter le texte. Je l’ai lu, j’ai ri, j’ai dit oui. On me parle toujours de ce film. J’en suis à la troisième génération. Dans la rue il y a encore des gens qui me disent gentiment : « Pardon madame, ce n’est pas vous la salope ? » Je réponds : « Mais oui c’est moi, bonne journée. »

Que vous a apporté le succès de La Vie est un long fleuve tranquille ?

D’être plus populaire. Mais je fais peu de cinéma. D’abord parce qu’il n’y a pas de rôle de femmes vieilles. Ensuite parce que le théâtre a toujours été ma priorité. Je n’abandonne jamais un projet de théâtre pour faire un tournage de série télé ou de cinéma. C’est une question d’éthique.

En décembre 2009, vous avez dû quitter la Comédie-Française…

Je ne l’ai pas quitté, on m’a viré.

C’est une blessure profonde ?

Je ne m’y attendais pas. Je me suis sentie anéantie. Je venais de faire L’Avare avec Denis Podalydès, et j’étais dans trois spectacles de l’année. Je n’ai jamais su la raison de mon éviction. J’en déduis qu’il ne voulait pas d’un doyen (je l’étais depuis un an). Tout cela est politique. Ils me trouvaient trop proche de Muriel Mayette. C’est injuste, fort médiocre. Le jour de mon éviction, je jouais le soir. Je ne me sentais pas bien physiquement. J’ai dit à mon médecin que je ne voulais pas leur faire le cadeau d’avoir un malaise sur scène. Il est venu me soutenir.

Que se dit-on dans un tel moment ?

J’aurais préféré m’en aller moi-même. Artistiquement, je n’ai toujours pas compris. Finalement ce sont de très bons attachés de presse ! Le lendemain de mon éviction, le téléphone sonnait en permanence à la maison. J’ai reçu très vite le texte de Florian Zeller La Mère, qui m’a valu le Molière de la comédienne. Sans du tout le vouloir, ils m’ont rendu un grand service. Parce que je goûte à une liberté que je n’aurais pas pu connaître en restant au Français. Maintenant je travaille dans des théâtres où je rêvais de jouer. Et c’est moi qui décide !

Vous avez débuté dans le boulevard, intégré la Comédie-Française et désormais vous travaillez aussi bien dans le public que dans le privé, c’est rare en France ?

Cette opposition entre public et privé est lamentable, nulle et typiquement française. Un snobisme imbécile. Marcal Di Fonzo Bo, par exemple, lorsqu’il a mis en scène pour moi La Mère, a été regardé avec mépris par ceux du théâtre public parce qu’il allait dans le privé. Et si quelqu’un du privé va dans le public on le regarde bizarrement aussi. Alors que ce qui compte, c’est le niveau d’exigence. On peut faire d’énormes merdes dans le public comme dans le privé. Heureusement, il y a des acteurs qui ont toujours fait ce va-et-vient. Je le trouve capital. Mais nous ne sommes pas assez nombreux et les mentalités sont difficiles à faire bouger.

Vous continuez à travailler sans cesse. Vous n’arrêterez jamais ?

Si. Quand la mémoire, le corps ne suivront pas. Je ne veux surtout pas jouer à l’oreillette.

Pourquoi avoir refusé trois fois la Légion d’honneur ?

C’est un clin d’œil à mon père qui l’a toujours refusée. La dernière fois qu’on me l’a proposé, on m’a dit : « La France vous le doit. » Mais qu’est-ce que ça veut dire ? C’est un hochet imbécile. Plutôt crever.

Vous parlez souvent de la mort…

J’ai l’âge où on commence à y penser drôlement. J’ai tout le temps peur. Je ne suis pas croyante. La vie me passionne. J’aime parler avec les gens. J’aurais pu être concierge. Je m’intéresse beaucoup à la politique et au monde. Ce qui m’énerve dans la mort, c’est qu’il se passera des découvertes, des scandales, des révolutions, peut-être la déchéance de Trump, peut être le retour de la gauche au pouvoir et je ne serai pas au courant !

Quel regard portez-vous sur ce monde qui nous entoure ?

Il y a une immense vague réactionnaire qui me fait peur, même dans mon propre pays. Une parole raciste s’est libérée, une sorte de racisme de bon aloi, qu’on peut mettre au pied du sapin. C’est invraisemblable. On s’est tous fait « Eric Zemmouré ». C’est insupportable. Comment se fait-il que ce monsieur ait un micro ouvert ? On devrait l’interdire pour apologie du racisme.

Vous vous êtes toujours revendiquée de gauche. Qu’est-ce qu’être de gauche aujourd’hui ?

Etre de gauche c’est aimer ce qui est écrit sur les mairies : la liberté, l’égalité, la fraternité. Je vais voter à gauche. Je l’ai toujours fait. Ce n’est pas une influence familiale. Mon père votait De Gaulle. Peut-être est-ce parce que je suis une femme, mais je trouve plus d’humanité et de vertu dans la gauche que la droite. Le programme de M. Fillon me fait peur. Je n’oublierai jamais que c’est la gauche qui a aboli la peine de mort et qui a fait le mariage pour tous. L’avortement, ok, c’était sous Giscard. Mais grâce à une femme.

Retournez-vous à la Comédie-Française assister à des spectacles ?

Rarement. On m’a reproposé d’y jouer, car je reste sociétaire honoraire. J’ai refusé, je n’y jouerai plus jamais. Mon renvoi, c’était quand même comme une petite mort. Quarante ans, c’est comme une maison de famille. Je ne veux pas remettre les pieds dans les traces de mon passé, dans un endroit qui va me faire mal, intimement. Il y a trop de souvenirs. J’ai dit adieu. Comme dans une histoire d’amour, si on me fait cocu je ne recouche pas avec. Fallait pas me faire cocu.

« Un air de famille », d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, mise en scène par Agnès Jaoui avec Catherine Hiegel, Grégory Gadebois, Léa Drucker, Laurent Capelluto, Jean-Baptiste Marcenac, Nina Meurisse, du 14 janvier au 29 avril, en alternance avec « Cuisine et dépendances » au théâtre de la Porte Saint-Martin


Sandrine Blanchard
Journaliste au Monde

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Quinze Centres dramatiques nationaux poursuivis par des artistes

Quinze Centres dramatiques nationaux poursuivis par des artistes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Clarisse Fabre dans Le Monde


Ils sont assignés en justice au motif qu’un accord de 2003 sur l’emploi n’est pas respecté.

C’est « Ubu » dans les centres dramatiques nationaux. Plusieurs syndicats d’artistes, emmenés par le SFA-CGT, ont attaqué en justice quinze centres dramatiques nationaux (CDN) sur un total de trente-huit, ceux d’Aubervilliers, Besançon, Bordeaux, Caen (Hérouville-Saint-Clair), Dijon, Gennevilliers, Lille - Tourcoing, Marseille, Montpellier, Montreuil, Nancy, Nanterre, Nice, Saint-Etienne et Valence. Motif : ces établissements culturels, dirigés par des metteurs en scène dont la mission est de produire des spectacles et de faire vivre la création sur le territoire, ne respectent pas un accord professionnel de 2003, lequel prévoit d’assurer un certain volume d’emploi aux artistes interprètes (comédiens, danseurs, musiciens…). L’action en justice vise également le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles ­ (Syndeac), organisation patronale signataire de l’accord de 2003.

« Les quinze plus mauvais élèves »

Les sommes réclamées s’élèvent à 8,5 millions d’euros, ce qui correspondrait au nombre d’heures de travail qui a fait défaut aux artistes depuis 2010. Cela va de 126 000 euros pour le CDN de Besançon à 508 000 euros pour celui de Gennevilliers, et jusqu’à 986 000 euros pour la Criée, à Marseille, lit-on dans les conclusions de l’avocat du SFA-CGT, Me Michel Henry.

Si l’action ne vise « que » les quinze CDN, cela ne signifie pas que les vingt-trois autres appliquent le texte correctement : « La grande majorité des CDN n’entrent pas dans les clous de l’accord, mais nous avons ciblé les quinze plus mauvais élèves », explique le comédien et représentant du SFA-CGT Aristide Demonico. Dans un communiqué, lundi 9 janvier, le Syndeac s’inquiète pour l’avenir des CDN et l’emploi de « 350 salariés permanents ».

Le côté surréaliste n’est pas tant le fond de l’affaire que le « talent » avec lequel les parties ont réussi à ne pas s’entendre, fournissant des armes inespérées aux adversaires de la culture subventionnée, sur le thème « où va l’argent public dans les théâtres ? » Le tout à l’approche de la présidentielle. Drôle d’anniversaire pour les CDN, fleurons de la décentralisation culturelle qui fêtent leurs 70 ans cette année.

« Variable d’ajustement »

L’action en justice n’est pas vraiment une surprise. L’assignation devant le tribunal de grande instance de Paris remonte à plus d’un an, en décembre 2015. Depuis, les parties se renvoient la responsabilité de l’échec des tentatives de discussion. Le prochain rendez-vous devant le juge pour une « mise au point » de la procédure est fixé au 21 février, et l’on devrait alors ­connaître la date de l’audience.

Le Syndeac estime que l’accord de 2003 est obsolète. Schématiquement, le texte prévoit que le volume d’emploi réservé aux artistes interprètes doit représenter 40 % du budget artistique du CDN, ainsi que 25 % des heures travaillées par les autres filières (métiers techniques, administration, etc.). Or, selon le Syndeac, les CDN subissent depuis dix ans une érosion de leurs moyens, et la part consacrée à l’artistique est devenue la « variable d’ajustement ». En clair, les spectacles se font avec un nombre plus restreint de comédiens. « Les temps ont changé, les CDN ne sont plus les premiers employeurs des artistes, ce sont les compagnies indépendantes », résume le directeur du Syndeac, Cyril Seassau.

La situation se corse pour calculer le taux d’emploi artistique, en fonction du modèle économique d’une création. Un exemple : si le spectacle programmé est une coproduction majoritaire du CDN, alors les heures de travail des artistes sont prises en compte à 100 %. Mais s’il s’agit d’une coproduction minoritaire, ou d’un simple « accueil », alors les heures ne comptent qu’à hauteur de 40 %. Or, ajoute M. Seassau, « la part des coproductions majoritaires n’a cessé de diminuer depuis 2000, du fait de la fragilité financière des CDN : il faut de plus en plus de partenaires pour boucler un budget de production », dit-il.

DENIS GRAVOUIL, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION CGT-SPECTACLE : « NOTRE IDÉE N’EST PAS DE METTRE EN DANGER L’EMPLOI DANS LES CDN »



L’évolution des formes esthétiques, avec notamment le recours à la vidéo dans les créations, changerait aussi la donne : un cameraman peut se retrouver sur scène, filmant en direct la pièce. Mais ses heures de travail n’entreront pas dans les critères de l’accord de 2003, car il est un technicien, et non un artiste.

« C’est absurde ! », s’emporte Benoît Lambert, à la tête du CDN de Dijon, qui se voit réclamer 700 000 euros de dommages-intérêts. « Je suis assigné sur les années 2010, 2011 et 2012, c’est-à-dire avant mon arrivée à la tête du CDN. Quand j’ai pris mes fonctions, en 2013, on ne m’a pas informé de l’étendue du problème. Depuis, j’ai mis en place des ­contrats de professionnalisation pour des jeunes artistes, d’une durée de douze mois », précise-t-il. « On attaque des jeunes directeurs comptables des agissements de leurs prédécesseurs, on nous désigne comme des patrons voyous ! Pourtant, la mission des directeurs de CDN s’apparente plus à celle d’un proviseur de lycée ou d’un ­directeur d’hôpital », affirme-t-il.

« Notre idée n’est pas de mettre en danger l’emploi dans les CDN », se défend Denis Gravouil, secrétaire général de la fédération CGT-spectacle, qui s’est greffée sur la plainte du SFA-CGT. L’accord de 2003 est déjà le résultat d’une médiation qui visait à régler un précédent contentieux, en 1999. Et cet accord de 2003 n’a pas été respecté… D’où le sentiment des syndicats de s’être fait « rouler dans la farine ». « La voie pour trouver un compromis est étroite, mais possible », estime M. Gravouil. « On peut toujours discuter jusqu’au jour de l’audience », glisse de son côté Me Michel Henry.

Lire aussi :   Et si la crise était l’occasion pour le spectacle vivant de se réinventer ?  http:/www.lemonde.fr/culture/article/2015/05/31/et-si-la-crise-etait-l-occasion-pour-le-spectacle-vivant-de-se-reinventer_4644317_3246.html

Clarisse Fabre
Reporter culture et cinéma

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Quinze Centres Dramatiques Nationaux assignés en justice : "un coup de traître" selon la présidente du Syndeac - Toutelaculture

Quinze Centres Dramatiques Nationaux assignés en justice : "un coup de traître" selon la présidente du Syndeac - Toutelaculture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Léa Sanchez dans Toutelaculture.com


Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) et quinze Centres Dramatiques Nationaux (CDN) sont assignés en justice depuis près d’un an par plusieurs organisations syndicales dénonçant un « déficit considérable » du volume d’emploi des artistes-interprètes  imposé aux CDN. Pour le Syndeac, la procédure met en danger les théâtres nationaux concernés.

“Un coup de traître”. Face aux journalistes conviés à la conférence de presse du lundi 9 janvier 2017, à la veille de l’audience devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, Madeleine Louarn ne cache pas sa colère. En décembre 2015, le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) qu’elle préside depuis 2013 et près de la moitié des Centres Dramatiques Nationaux ont été assignés en justice par le SFA-CGT, rejoint par la suite par d’autres organisations syndicales.



Au total, 8 millions et demi d’euros sont réclamés par les syndicats d’artistes interprètes. Une somme qui pourrait, selon le Syndeac, forcer certains CDN à mettre la clé sous la porte. « Le provisionnement de cet argent-là peut très vite nous mettre en difficulté », insiste Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne. En cause dans le conflit : un accord datant de 2003, qui remplaçait suite à un premier litige le précédent accord de 1975 sur le volume d’emploi des artistes interprètes en activité de plateau.


Jointe par téléphone, la directrice-adjointe du Théâtre du Nord Nathalie Pousset explique que ces « activités de plateau » recouvrent les heures de spectacle et de répétition, dès lors que les artistes interprètes sont salariés. L’accord de 2003 prévoit que « le nombre d’heures annuel des artistes directement employés par le centre dans [ces] activités de plateau » doit atteindre 100 mois de salaires (à l’exclusion du directeur) et « au moins 25% du nombre d’heures travaillées par les personnels administratifs et techniques en moyenne annuelle sur trois ans ». Il doit également correspondre à 40% du budget artistique du CDN, les salaires issus des co-productions  étant par exemple moins valorisés. 


Un accord dénoncé par le Syndeac comme vétuste et absurde
Selon le Syndeac, l’accord « a toujours posé problème », ne tenant pas compte de l’évolution et du contexte du milieu, de l’intermittence et de l’essor des compagnies indépendantes. L’organisation dénonce en outre le calcul par des ratios, qui favorise les productions internes propres à chaque CDN au détriment de l’accueil de spectacles, de l’organisation de festivals, etc. « Les catégories de salariés sont opposées » entre elles, relève également Benoit Lambert, directeur du Théâtre Dijon-Bourgogne qui met en avant un quota « difficile à tenir » en raison de la stagnation des moyens des Centres Dramatiques Nationaux. « L’ensemble de l’accord ne prend pas en considération la demande du ministère de la Culture de partager l’outil et de privilégier les écritures contemporaines dont les distributions sont de fait moins importantes », mentionne de plus le Syndeac.


Si l’accord persiste malgré tout depuis un peu plus de treize ans, c’est parce que cela impliquerait de « remettre en cause toute la convention collective », assure le syndicat. « C’est un bouton nucléaire qu’on utilisera si nécessaire », ajoute Madeleine Louarn. Mais pour l’instant, le Syndicat informe qu’il voudrait pouvoir discuter des perspectives qui s’offrent aux CDN « sans l’intermédiaire de nos avocats ». « Le risque réel, il est purement et simplement le dépôt de bilan », avance l’un des directeurs de CDN.


« La situation n’était plus tolérable » selon le SFA et la CGT


Les sommes demandées pour le non-respect de l’accord de 2003 vont d’environ 125 000 euros à près de 900 000 euros selon les théâtres. A cela s’ajoute une astreinte de 10 000 euros par jour de retard à compter du trentième jour suivant la jugement. Le SFA (Syndicat Français des Artistes-interprètes) – CGT dénonce en effet dans un communiqué « plusieurs centaines de milliers d’heures » ayant manqué ces dernières années « aux comédiennes et comédiens vivant dans notre pays, soit plus de 4500 mois de travail (1 an de travail pour 375 comédiennes et comédiens) ! ». 
Face aux risques de fermeture mis en avant par le Syndeac et certains directeurs de CDN, le syndicat s’insurge : « Ils prétendent que des entreprises seraient menacées de fermeture et que les personnels technique et administratif risquent d’être licenciés suite à notre action en justice. Pourtant ils n’ont pas attendu l’assignation, cela fait longtemps que nombre de CDN externalisent de nombreux postes et services et demandent aux salariés de faire autant avec moins de moyens, appliquant une politique qui ressemble fort au libéralisme qu’ils dénoncent par ailleurs » 


Sortir de l’impasse ?


Le conflit a commencé début décembre 2015. Aujourd’hui mardi 10 janvier aura lieu l’audience dite de clôture et sera fixée la date de l’audience de plaidoirie. « Nous sommes dans une situation d’impasse », avance Madeleine Louarn qui explique que l’Etat a été contacté. Mais « il est resté bien silencieux et peu présent » jusqu’alors, dénonce la présidente du Syndeac.


Pour l’organisation patronale, « dans cette année électorale majeure dans notre pays, la responsabilité prise par les syndicats de salariés de s’en remettre au prétoire plutôt qu’à la négociation est immense ». Elle souhaite que « la procédure actuelle soit au moins suspendue (…) afin d’engager de nouvelles discussions et apporter des solutions acceptables pour toutes les parties », dans cette année anniversaire de l’attribution, en 1947, du premier label de « Centre dramatique national ».


Visuel : ©LS

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Michel Foucault et « le garçon de 20 ans », libre comme le vent

Michel Foucault et « le garçon de 20 ans », libre comme le vent | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde


Pierre Maillet met en scène, au Monfort théâtre, un livre d’entretiens entre le philosophe et un jeune homme rencontré par hasard.


Eté 1975. Un jeune homme fait du stop sur l’autoroute. Un automobiliste s’arrête, qui semble de prime abord étrange : il est chauve, porte des lunettes cerclées d’acier, une veste à carreaux très élégante. Le garçon s’appelle Thierry Voeltzel. Le conducteur, c’est le philosophe Michel Foucault.

Les deux hommes deviennent amis, amants. Et l’intellectuel parisien propose au jeune homme libre comme le vent de faire un livre ensemble, sur ce que c’est que d’avoir 20 ans en 1975. Pendant un an, Foucault interviewe Thierry Voeltzel sur tous les sujets qui lui semblent importants à ce moment-là : l’homosexualité, la famille, le travail, la politique. L’amour.

Un portrait formidable

En 1978 sort un livre, Vingt ans et après, cosigné par les deux hommes, mais que le philosophe aurait aimé intituler Letzlove – anagramme de Voeltzel. Publié dans l’indifférence – quasi – générale, ce petit volume a été réédité par les éditions Verticales en 2013, et c’est à cette occasion que l’acteur et metteur en scène Pierre Maillet l’a lu et a décidé d’en faire un spectacle.

Ce n’est pas tant un livre sur Michel Foucault – quoique, dans la manière dont il s’efface et renvoie la balle, il se dessine de lui un portrait formidable – que sur « le garçon de vingt ans », comme l’appelait son ami.

AVEC L’ÉVIDENCE DE LA JEUNESSE, DE LA BEAUTÉ ET D’UNE FAÇON D’ÊTRE AU MONDE MAGNIFIQUE, L’ACTEUR MAURIN OLLES EST LA RÉVÉLATION DE CE SPECTACLE



Et c’est lui qui s’avance sur le plateau quasi nu, avec l’évidence de la jeunesse, de la beauté et d’une façon d’être au monde magnifique, tel que le joue l’acteur Maurin Olles, qui est la révélation de ce spectacle.

Tout est incarné dans le spectacle de Pierre Maillet, qui, lui, joue le rôle du philosophe, d’abord de manière fantomatique, puis en chair et en os sur le plateau. C’est toute une histoire qui prend corps ici, celle de ce moment particulier, le milieu des années 1970, où les soixante-huitards les plus lucides – et Foucault est des leurs – se rendent compte que la partie est déjà perdue, que la ­révolution est en train d’échouer sur le plan de la lutte des classes, mais qu’il reste une carte à jouer sur le terrain de la libération des mœurs.

Une invite à penser

C’est fou à quel point ces entretiens sont pleins de tous les débats d’une époque en mouvement, à leur manière concrète et sans prétention. Et c’est fou à quel point, quarante ans après Vingt ans et après, ce spectacle, qui évite l’écueil de la nostalgie – Pierre Maillet appartient à la génération qui suit celle de Mai 68 –, entre en résonance avec ce que nous vivons aujourd’hui.

S’il en est ainsi, c’est d’abord parce que Thierry Voeltzel est en soi une personne hors du commun, qui a toujours voulu que son idéal et ses idées s’incarnent dans sa vie propre, et y a réussi. Et, en ce sens, il en représente bien d’autres : discrets, ils ne sont pas ceux qui ont pris le pouvoir dans la société et qui eux, souvent, se sont reniés.

Loin d’être un moine-soldat de la révolution, Thierry Voeltzel, dans la peau de Maurin Olles, offre l’image infiniment séduisante d’un être libre et vivant au sens le plus fort, le plus nietzschéen du terme. Aujourd’hui, il vit à Saïgon, au Vietnam, où il fabrique des meubles rares et beaux.

Et maintenant que l’horizon d’un monde plus libre et plus juste semble s’être éloigné encore beaucoup plus loin qu’en 1975 ? Paradoxalement, ce Letzlove ne laisse pas un sentiment pessimiste, au contraire. Il invite à penser, ce sans quoi ni refondation ni révolution ne seront possibles.

Letzlove – portrait(s) Foucault, d’après « Vingt ans et après », de Michel Foucault et Thierry Voeltzel (éd. Verticales, 2013). Adaptation et mise en scène Pierre Maillet. Le Monfort Théâtre, 106, rue Brancion, Paris 15e. Tél. : 01-56-08-33-88. Du mardi au samedi à 20 h 30, jusqu’au 21 janvier. Durée : 1 h 20. Puis à Rouen du 28 février au 4 mars, et à Brest du 25 au 27 avril.

Fabienne Darge
Journaliste au Monde

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Hauts-de-France: Le pari de la culture comme levier de rebond

Hauts-de-France: Le pari de la culture comme levier de rebond | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Olivier Ducuing, dans Les Echos



Ce n'est pas un hasard si Xavier Bertrand, nouveau président de la Région hauts-de-France, a voulu marquer le tout premier anniversaire de la collectivité par un concert commun de l'orchestre national de Lille et de Picardie. La culture est l'une des rares politiques à avoir vu ses moyens très fortement accrus dans un contexte de contraintes budgétaires tendu. « On a senti le besoin très fort de reconstruire le lien social, de cohésion, et donc de politiques qui s'adressent à tous les habitants », décode François Decoster, vice-président à la culture de la nouvelle assemblée régionale.


L'exécutif a lancé une vaste concertation auprès du monde culturel, très inquiet au départ. Plus de 1.000 personnes y ont participé, à travers 15 ateliers qui doivent donner lieu à la présentation des grandes lignes directrices de la politique culturelle de la région fin janvier. D'ores et déjà, l'exécutif a choisi de casser sa tirelire, alors que la région Nord-Pas-de-Calais était déjà en tête du classement de la dépense culturelle par habitant. Du rythme annuel de 70 millions d'euros jusqu'à présent, la politique culturelle de la collectivité veut monter à 110 millions en fin du mandat. Un choix assumé au nom du maintien des structures culturelles, mais aussi «  pour permettre aux gens de sortir du repli sur soi », note Xavier Bertrand.

La population régionale affiche des ratios élevés d'illettrisme (11 %), de chômage (12 %) ou encore de pauvreté  : près d'un habitant sur 5 dans l'ancien Nord-Pas-de-Calais vit sous le seuil de pauvreté, ce ratio flambant à 25,5 % à Lens-Liévin ou frôlant les 30 % du côté de Fourmies. C'est dans ce territoire que le département du Nord vient d'ouvrir son nouveau musée du verre, le MusVerre, à Sars-Poterie, pour 15 millions d'euros, malgré de lourdes difficultés financières. Avec succès puisque, ouvert le premier octobre, le musée a déjà accueilli 41.000 visiteurs.

Des choix assumés dans la durée

Le département, qui vient de basculer à droite, assume les choix culturels antérieurs et les prolonge. Il est déjà à la tête du musée Matisse à Cateau-Cambrésis, de celui des Flandres à Cassel, du forum antique à Bavay, de la Villa Marguerite Yourcenar ou encore de la maison de naissance du général de Gaulle et du Forum des sciences de Villeneuve- d'Ascq. Autant de collections d'une valeur considérable mais inaliénable. Le département compte racheter prochainement l'abbaye cistercienne de Vaucelles, près de Cambrai, pour y faire coexister les activités artistiques et culturelles avec des activités privées, de façon à assurer la viabilité financière du site.

Le levier culturel est une arme utilisée de longue date dans le Nord-Pas-de-Calais pour nourrir le rebond économique. Ce fut le cas à Valenciennes sous l'égide de Jean-Louis Borloo, à partir de l'implantation d'une scène nationale, le Phénix- bien nommé-, et de la rénovation de son musée des Beaux- Arts. Ce fut aussi le cas très réussi de Lille, capitale européenne de la culture en 2004, qui a marqué la renaissance de la ville et un changement radical de son image depuis lors. Mais l'argent public était plus abondant qu'aujourd'hui.

Olivier Ducuing, Les Echos

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Rachida Brakni dans Je crois en un seul dieu de Stefano Massini, mise en scène Arnaud Meunier

Rachida Brakni dans Je crois en un seul dieu de Stefano Massini, mise en scène Arnaud Meunier | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb



Arnaud Meunier monte pour la troisième fois un texte de l’italien Stefano Massini. Après la saga des Lehman Brothers et la vie de Anna Politkovoskaïa, Je crois en un seul Dieu est aussi une pièce d’actualité. Rachida Brakni interprète trois rôles de femmes sur fond de conflit Israélo-palestinien. Elle est captivante.

La pièce raconte le destin de trois femmes de nationalités et de générations différentes. Il y a Eden Golan – professeur d’histoire juive, Shirin – étudiante palestinienne et Mina – militaire américaine. Trois récits pour une seule histoire, un même drame, un attentat à Tel Aviv.

Dans un décor aux murs gris et sombres, trois ouvertures se rejoignent dans une pièce en huis clos, comme une prison sans issue. La mise en scène sobre et efficace d’Arnaud Meunier guide lentement le spectateur. C’est méticuleux et précis. Pendant les premiers monologues, la lumière pénètre discrètement à chaque fois d’une des ouvertures pour marquer chaque rôle. Puis petit à petit on s’habitue au jeu de Rachida Brakni, tout en finesse, qui se différencie de tous petits riens pour différencier des personnages. Au bout d’un moment, on oublie la mise en scène, pour se concentrer sur la parole de ces femmes. C’est limpide et Rachida Brakni avec une aisance remarquable se glisse dans chacune des histoires. Elle s’adresse frontalement au public. La lumière de la salle reste allumée. Elle nous voie, nous dévisage, nous cherche du regard. Quel travail remarquable !

Le texte de Stefano Massini est tout sauf manichéen, il ne prend partie pour aucune de ces femmes. Malgré le titre, la présence de la religion n’est pas écrasante, et c’est un sacré coup de force. « Le TNT se fout de savoir si les racines sont les mêmes » écrit-t-il. Ce qu’il raconte c’est avant tout un drame humain. Une tragédie que l’on croyait loin de chez nous et qui nous frappe depuis deux ans. Après les attentats qui ont endeuillé la France, ce qui se passe au Moyen-Orient ne nous est plus étranger. Les yeux de Rachida Brakni sont aussi les yeux de toutes les victimes innocentes du terrorisme odieux.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Je crois en un seul Dieu
texte Stefano Massini
traduction Olivier Favier et Federica Martucci
mise en scène Arnaud Meunier
collaboration artistique Elsa Imbert
assistante à la mise en scène et à la dramaturgie Parelle Gervasoni
avec Rachida Brakni
lumière et scénographie Nicolas Marie
regard chorégraphique Loïc Touzé
création musicale Patrick De Oliveira
costumes Anne Autran
régie générale Philippe Lambert
décor et costumes Ateliers de La Comédie de Saint-Étienne
production La Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national
traduit avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale
L’Arche est agent théâtral du texte représenté.
création le mardi 10 janvier 2017 à La Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national
En collaboration avec le Centre culturel de La Ricamarie en mai
durée 1 h 30

La Comédie de Saint-Étienne / du mar. 10 au ven. 20 janvier / 20 h × sam. 14 / 17 h (relâche dim. 15)
Théâtre Olympia, Centre dramatique régional de Tours /du 25 au 28 janvier 2017
Célestins, Théâtre de Lyon / du 1er au 17 février 2017
Théâtre d’Angoulême, Scène nationale / du 7 au 8 mars 2017
Théâtre du Rond-Point – Paris / du 14 mars au 9 avril 2017
Les Scènes du Jura, Scène nationale / 13 et 14 avril 2017
Théâtre des 3 Ponts – Castelnaudary / 20 avril 2017
Théâtre national de Nice / du 26 au 29 avril 2017
Centre Culturel de La Ricamarie / du 3 au 5 mai 2017
Centre Culturel Le Safran – Amiens / 10 et 11 mai 2017
Centre Culturel Aragon – Oyonnax / 18 et 19 mai 2017

Mots-clés : Arnaud Meunier, dieu, Rachida Brakni, Stefano Massini

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Molière sous l’œil de Moscou : Amphitryon, mise en scène Christophe Rauck 

Molière sous  l’œil  de Moscou : Amphitryon, mise en scène Christophe Rauck  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Frédérique Roussel, envoyée spéciale à Moscou, pour Libération


Christophe Rauck monte «Amphitryon» avec des acteurs de l’atelier-théâtre Fomenko. Ses élèves de l’Ecole du Nord se confrontent aux Russes sur «les Démons». Répétitions.

«Vas-y, mets-toi debout !» crie Christophe Rauck depuis la régie en direction de la scène. «Davaï, vstavaï !» traduit sur le même ton Rimma Guenkina, l’interprète russe. L’un des deux hommes allongés se lève, interrogateur. Le metteur en scène descend sur le plateau, le texte à la main, Rimma le suit comme sa doublure. En 1993, le directeur du Théâtre du Nord a découvert la Russie en fracas. Elle le poursuit depuis, où plutôt elle l’habite. Par ses metteurs en scène Dodine et Fomenko («qui m’a saisi dans la simplicité de la forme et la complexité des relations entre personnages»), par ses auteurs, le Tchekhov de Platonov, Vassili Grossman, Dostoïevski et plus récemment Svetlana Aleksievitch. Et à 53 ans, il se retrouve à mettre en scène Amphitryon en plein cœur de Moscou, dans un des hauts lieux théâtraux russes, l’atelier-théâtre Fomenko, où nous sommes venus à son invitation. Sans connaître un traître mot de la langue ou si peu. Heureusement, Rimma est là. Et Molière.

Les contours sommaires d’une maison ont été dessinés sur le sol avec du ruban adhésif. Celle-ci se reflète dans un large miroir qui surplombe la scène et les deux acteurs étendus au sol. «Détruis la maison», indique Christophe Rauck à Andrei Kazakov, alias Amphitryon, une force de la nature à la voix tonitruante. «Razrouch’ dom», renchérit Rimma Guenkina. Côté jardin, Vladimir Toptsov, alias Jupiter, attend sur une chaise juchée au-dessus d’une table. Côté cour, Karen Badalov, alias Sosie, proteste avec humour : «Ou menya opiat’ malen’kaïa rol’, ya aktior vtorogo plana» («J’ai encore un petit rôle, je joue toujours dans les couloirs.») La confrontation reste cordiale avec les huit comédiens. On les appelle affectueusement les «Fomenkis», acteurs de la troupe de l’atelier-théâtre Fomenko, tous sortis de la classe que le célèbre metteur en scène russe a dirigé en 1990 au sein du Gitis, la plus grande école de théâtre moscovite, et considérés comme d’une génération d’exception. C’est la première fois qu’un metteur en scène français les dirige.

Dieux vivants

Il y a un peu de flottement sur le plateau. On revendique une pause. Les acteurs plaisantent sur le rythme de travail français un peu inhumain, puis disparaissent dans les coulisses. Christophe Rauck sourit : «En réalité, ils sont très joueurs et ils travaillent beaucoup.» La plupart sont des dieux vivants pour les spectateurs moscovites. Piotr Fomenko, disparu en 2012, a défendu le théâtre d’art et réussi à remonter l’auteur très populaire Alexandre Ostrovski dès les années 70. Les huit comédiens que dirige Christophe Rauck faisaient partie de la promotion avec qui Fomenko a monté Loups et brebis, une des rares comédies d’Ostrovski. C’est avec cette pièce que la France a découvert Fomenko en 1997 au festival d’Avignon, avant son Guerre et paix (2002), l’ouverture du roman de Tolstoï, qu’il a mis sept ans à porter sur scène.

«Je ne sais si Molière est l’Ostrovski français, ni si Ostrovski est le Molière russe, mais de toute façon, les échelles sont comparables», disait Piotr Fomenko. Et c’est du Molière, avec sa pièce considérée comme la plus gracieuse et rarement montée en Russie, que Christophe Rauck a décidé de travailler avec les Fomenkis. Le metteur en scène les avait rencontrés en 2007 alors qu’il était en tournée avec le Mariage de Figaro et la Comédie-Française. Le théâtre Fomenko l’a invité à passer à l’acte en février 2015. Depuis octobre, venu sur place avec son équipe de production (dramaturge, scénographe, costumière), il enchaîne les répétitions. Avant de choisir Amphitryon, il a d’abord pensé à la Place royale de Corneille ou à Cassé de son complice Rémi De Vos. «Ce sont des cultures avec deux temporalités différentes, souligne-t-il. La langue de Molière porte l’essence même de la culture française classique pour des Russes qui en sont très friands et pour qui la lenteur existe encore.»

Le soir même, dans le théâtre Fomenko inauguré en 2008 dans un bâtiment paquebot au bord de la Moskowa, on donne Loups et brebis, la fameuse pièce de 1990. A 19 heures, le public se presse dans le hall. Beaucoup d’hommes et de femmes en tenue de soirée. Le mur au-dessus de l’escalier central qui mène au bar arbore une grande photo de Piotr Fomenko. Le Fomenko peut se comparer à la Comédie-Française, avec 400 salariés dont 55 comédiens, et une représentation chaque soir : soit une pièce des 57 du répertoire, soit de nouvelles créations qui tournent cinq à six fois par mois. La grande salle de 430 places est pleine à craquer. Pourtant, Loups et brebis se joue depuis plus de quinze ans.

Après le spectacle, que les non russophones peuvent suivre grâce à des tablettes individuelles de surtitrages, le directeur du Fomenko, Evgueni Kamenkovitch, alias Genia, tient à honorer à la vodka la petite troupe française. Quatre des comédiens russes que dirige Rauck sont de la partie : en répétition avec lui de 12 heures à 19 heures, ils enchaînent ensuite les représentations du répertoire et sortent à peine du plateau de Loups et brebis. Il y a notamment là une des deux jumelles de la troupe, Ksenia Koutepova. Mais aussi le metteur en scène Ivan Popovski, un autre ex du Gitis, qui a dirigé en 1997 son premier opéra, Eugène Onéguine de Tchaïkovski, à Lille, et même monté une baraque de foire en 1994 à l’Odéon. «Beaucoup de gens ont vu le Mariage de Figaro à la télévision et ont pensé que Christophe Rauck avait le même sang que nous !» tonne Genia. Quelqu’un amène un cadre accroché sur un mur du théâtre : c’est une photo de la distribution du Mariage de Figaro, sur laquelle on peut voir en haut Christophe Rauck un peu plus jeune. Quelle sera l’issue de cette coopération théâtrale franco-russe, soutenue par l’Institut français ? «On saura le 31 janvier s’il y a une suite à l’aventure», ajoute Genia. Le 31 janvier, c’est jour de générale. La pièce entrera ensuite dans le répertoire du Fomenko pour être jouée au fil des saisons.

Excitation palpable

Les Français de Lille sont venus en force à Moscou. En parallèle de l’Amphitryon, la promotion entrée en septembre 2015 à l’Ecole du Nord - 14 comédiens, 2 auteurs - travaille sur Dostoïevski pendant quinze jours au Gitis. Les jeunes Russes viendront ensuite en février à Lille, où il y aura une restitution des ateliers. Au Gitis, Français et Russes répètent en groupe sur des passages clés des Démons. Tout en haut du bâtiment, dans une salle sombre aux briques noires, l’excitation est palpable. Une répétition doit commencer à 16 heures. C’est la première fois que Natalia Nazarova, professeure et metteure en scène, va assister au résultat. C’est un jeune étudiant d’origine grecque, Georges Koutlis, qui joue les metteurs en scène, dirigeant cinq Français et quatre Russes. Il parle en anglais ou en russe, et une interprète joue les tampons. «Il faut faire plus simple, intervient Georges, livre en main. Il faut qu’on entende bien le mot argent, c’est le mot clap de la scène.» La double langue redouble la difficulté, mais les gestes permettent aussi d’appuyer les mots importants. «Ils sont dans la bonne direction», conclut Natalia avant la pause.

Au Gitis, les Français apprennent les méthodes russes. «On leur enseigne les méthodes du grand Stanislavski, raconte Mathias Zakhar, de l’Ecole du Nord. Elles reposent notamment sur trois cercles : un grand qui représente l’époque et la société, un deuxième qui englobe le Gitis, et un petit cercle qui est l’action qui précède immédiatement le jeu dans laquelle je mobilise tout ce que j’ai fait depuis ce matin avant de rentrer sur le plateau.» Alexandra Gentil ressent une vraie différence : «Ils se battent pour aller sur le plateau. S’ils se trompent, ils y vont quand même.» Les deux étudiants auteurs de l’Ecole du Nord, Lucas Samain et Haïla Hessou, travaillent sur un projet de correspondance et tentent d’assister à un maximum de pièces dans les théâtres moscovites. «Ils ont un côté vieillot, constate Lucas. Mais en même temps, ils ont gardé l’essence du jeu.»

Le Gitis, créé en 1878, a une histoire glorieuse, que le recteur délégué Gregory Zaslavski déploie avec ferveur. «C’est une des plus grandes écoles de théâtre du monde, qui compte aujourd’hui 1 000 élèves, 400 professeurs, dont 235 permanents artistes reconnus, présente-t-il. C’est au Gitis que vient le noyau du théâtre d’art comme on dit ici, avec Vladimir Nemirovich-Danchenko, Olga Knipper, Vsevolod Meyerhold…» Ce dernier a milité au début des années 20 pour imposer une formation de metteurs en scène, qui se traduit aujourd’hui par un cursus qui enchaîne un semestre Molière, un semestre Shakespeare, un semestre Ostrovski, un semestre Tchekov, un semestre Dostoïevski… Financée en grande partie par l’Etat (3,9 millions d’euros par an), l’école doit trouver des «sponsors» pour couvrir ses besoins, avec un budget de 6,6 millions d’euros par an. Son projet vise à se développer davantage. «On a l’intention de trouver de nouveau talents : on souhaite accueillir des candidats de toute la Russie, reprend Gregory Zaslavski. Et nous voulons rétablir des liens avec des écoles à l’étranger : c’est le cas avec une école grecque, britannique, et bientôt à Shanghai.» Et avec la lilloise Ecole du Nord.

Frédérique Roussel
Amphitryon de Molière mise en scène de Christophe Rauck, spectacle en russe surtitré en français. Le 31 janvier à l’Atelier de Piotr Fomenko, Moscou ; puis en tournée en France, du 5 au 17 mai au Théâtre du Nord à Lille, du 20 au 24 mai au TGP à Saint-Denis.

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Théâtre. Letzlove, Michel Foucault et le « garçon de 20 ans »

Théâtre. Letzlove, Michel Foucault et le « garçon de 20 ans » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sophie Joubert dans L'HumanitéLetzlove-Portrait(s) Foucault, avec Maurin Olles dans le rôle de thierry Voeltzel. Photo : Tristan Jeanne-Valès

Pierre Maillet met en scène les entretiens du philosophe avec Thierry Voeltzel, un jeune homme rencontré en 1975.

Ils se sont connus par hasard, à la porte de Saint-Cloud. Thierry Voeltzel a 20 ans, rentre d’un voyage au Canada et fait du stop pour aller voir ses parents à Caen. Philosophe star, enseignant aux États-Unis, Michel Foucault l’embarque dans sa voiture. « Ne seriez-vous pas Michel Foucault ? » demande le jeune homme qui, la veille, a longuement feuilleté son livre sur Pierre Rivière. Ils feront ensemble le voyage retour et deviendront brièvement amants. Touché par le « garçon de 20 ans », attentif au quotidien d’une jeunesse qu’il ne comprend pas toujours, d’une génération qui vit différemment de la sienne l’engagement politique et la sexualité, Foucault va se lancer, poussé par l’éditeur Claude Mauriac, dans une série d’entretiens. Le livre paraît en 1978, dans l’indifférence générale, puis est réédité en 2014 (1), avec une postface de Thierry Voeltzel .

Michel Foucault ne voulait pas mener les entretiens, pensant que son nom occulterait la force des propos de son interlocuteur. Souvenons-nous de l’interview donnée au journal le Monde en 1980 sous l’identité du « philosophe masqué » : « Pourquoi vous ai-je suggéré que nous utilisions l’anonymat ? Par nostalgie du temps où, étant tout à fait inconnu, ce que je disais avait quelques chances d’être entendu. » Il a même suggéré à Thierry Voeltzel, qui a refusé de prendre le pseudonyme « Letzlove », anagramme de son nom. C’est le titre choisi par Pierre Maillet, metteur en scène et adaptateur du texte avec l’acteur Maurin Olles, pour ce spectacle de poche, portatif, destiné à circuler dans les universités, les bibliothèques, les lieux culturels et sociaux. Le dispositif est en accord avec la volonté de Foucault : l’intervieweur reste dans l’ombre pour mettre au centre la parole du jeune homme. Vêtu d’un col roulé bleu canard qui rappelle les célèbres sous-pulls du philosophe (la ressemblance s’arrête là), Pierre Maillet est une voix qui pose des questions depuis la régie, au milieu des spectateurs. La scénographie est minimale : deux chaises, un micro sur pied, un tourne-disque orange vintage sur lequel tournera un disque des Rolling Stones. Au fond du plateau, les chapitres de l’entretien sont projetés en diapos, comme sur une page blanche : « 1975 », « Vers l’homosexualité », « Homosexualité et politique », « L’amour »… Face public, en chemisette, débardeur jacquard et pattes d’éph en velours, Maurin Olles porte les mots d’un jeune homme sage, parfois naïf, dont le corps et l’esprit vont peu à peu s’émanciper.
L’homosexualité se vit au jour le jour, dans une insouciance pas encore assombrie par le sida

Letzlove-Portraits(s) Foucault est à la fois le récit d’un parcours individuel, le portrait d’une génération et, en creux, celui de l’intervieweur. Fils de bourgeois catholiques fermés, enfant battu, Thierry Voeltzel est encore étudiant en japonais quand il rencontre Michel Foucault. Très vite, il rompt avec l’université, décharge des camions rue Saint-Denis, devient manœuvre à l’usine, agent hospitalier. Dans la lignée des « établis » (Robert Linhart, Leslie Kaplan, qui signe un texte sur le spectacle), il met en adéquation sa vie et ses idées. Au cœur des entretiens, la sexualité, et particulièrement l’homosexualité, se vit au jour le jour, dans une insouciance pas encore assombrie par le sida, comme une arme contre les carcans de la famille et du pouvoir. Témoignage d’une période révolue et d’une société en transformation, ce spectacle émouvant et nécessaire pose des questions infiniment actuelles sur la révolution, la liberté, les luttes intimes et politiques. Il se termine sur une photographie de Maurin Olles enfant, dans une manifestation, vêtu d’une combinaison de travail ornée d’un autocollant CGT.

(1) Vingt ans et après, de Thierry Voeltzel, est édité chez Verticales.


Letzlove-Portrait(s) Foucault, adaptation et mise en scène de Pierre Maillet, au Monfort (Paris), jusqu’au 21 janvier, puis en tournée Rouen et Brest.



Sophie Joubert
Journaliste

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