Prostitution : 30 jours, 30 témoignages
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Prostitution : 30 jours, 30 témoignages
Recueil des 30 témoignages de la Campagne #30jourspourlabolition Abolir la prostitution, c'est la seule solution : http://abolition13avril.wordpress.com/ http://www.abolition2012.fr/
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Eudoxie : "Tous les jours, je suis abattue."

Eudoxie : "Tous les jours, je suis abattue." | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Sandrine Goldschmidt's insight:

La sonnette du salon retentit, comme une sonnette de n’importe quelle autre boutique. À ce moment-là, la fille qui s’occupe de la caisse ce jour là crie un Entrez !. On entend alors les premiers pas du client dans la maison. L’hôtesse en charge de la caisse, la pouffe en chef comme nous nous disions entre nous, part l’accueillir. C’est à ce moment-là que, le coeur battant, j’attrape ma paire d’escarpins qui me fera grandir de quinze bons centimètres.

En file, derrière les autres filles, je me prépare psychologiquement. J’avance alors, sûre de moi et me positionne à coté de ma précédente, nous sommes toutes là en ligne alignées devant lui. Dans mon plus bel emballage, une robe fourreau, qui souligne bien mes formes, je fixe le client dans les yeux et j’attends que le verdict tombe.

On peut lire une grande hésitation dans ses yeux, il nous dévisage toutes, nous fixe des pieds à la tête et prend bien le temps de s’attarder sur nos poitrines pour enfin lâcher un "C’est tout ce que vous avez ?" Comme s’il se trouvait chez le boucher du coin, il décide tout de même de se laisser tenter par moi, très vite il me fait comprendre quand même qu’il regrette que je ne sois pas un morceau de premier choix … Je comprends alors à quelle sauce je vais être mangée, un truc pas terrible qu’on se met sous la dent, je suis un steak haché à 15% de matière grasse, premier prix, 100 % discount.

Pendant l’action, je ne ressens rien. Juste j’attends. J’attends que l’ogre ait fini son repas, qu’il ait fini de me pétrir, de me bouffer, j’attends que son quatre heures se termine. Un peu plus tard dans la journée, entre deux clients, je prends le temps de déjeuner un bout, un bicky cheese bacon, fabriqué et je le sais avec un morceau de viande reconstitué. Un énième client sonne, même petite cérémonie et une remarque de plus de client Il n’y a que ça ? 
Là encore le choix se porte finalement sur moi, de l’abattage intensif de mon corps. En pleine action, je me mets à me demander : Pourquoi ? Pourquoi ai-je eu besoin tout à l’heure de manger ce steak dans mon burger, steak qui n’en est pas vraiment un d’ailleurs puisqu’il s’agit d’une viande reconstituée grâce aux déchets d’autres animaux abattus, pourquoi cet homme a-t-il besoin de ce rapport sexuel qui n’en est pas vraiment un d’ailleurs, puisque je ne suis pas là, je simule, je surjoue. Cela lui donne t-il satisfaction ? Mon burger m’a t-il donné satisfaction ? 
Non.

Il est assez facile de se mettre à la place des animaux quotidiennement abattus quand on est une pute. Tous les jours je suis abattue, abattue par la fatigue, par les hommes qui me passent dessus, tout ça pour répondre à leur besoin, à leur satisfaction.

Ai-je besoin de manger de la viande tout les jours ? Ai-je besoin de manger de la viande tout court ? Non. Je ne le fais que pour une seule chose, pour répondre à mes besoins, pour répondre à mes envies. Est-ce que j’ai le droit de me régaler d’un bon steak-frites sans penser à la souffrance endurée derrière, par un animal, par une vie. Est-ce qu’un homme peut éprouver du plaisir à me tringler à son bon vouloir, parce qu’il a payé pour ça ? Croit-il sincèrement que j’ai plaisir à coucher avec lui ?

On préférera se mettre des oeillères pour ne pas avoir à penser à toute la souffrance que j’éprouve lorsqu’il me choisit moi, produit qui n’est pas de premier choix. On préférera être aveugle sur le fonctionnement de cette maison dans laquelle je suis abattue tout les jours pour demain encore se régaler à me bouffer les cuisses comme on se régalera à bouffer les cuisses de son poulet avalé plus tôt dans notre assiette lors du déjeuner.

Vous ne voyez pas le rapport ? Il y en a pourtant un, dans les deux cas, on n’écoute pas l’autre. Et dans les deux cas, il y a un être vivant. Au lieu de vous demander à quelle sauce vous voudrez manger votre prochain, demandez vous plutôt ce que vous pouvez faire pour changer tout cela.
——Nous avons reçu cette tribune de la part d’une jeune femme qui fut accompagnée par la délégation du Mouvement du Nid [1] du Nord-Pas-de-Calais, après avoir été prostituée dans des bordels de Belgique.  Aujourd’hui, elle prépare un livre, et nous sommes très fiers de publier ce texte qu’elle nous a remis.

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Rachel Moran : "La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic mais la cause du trafic sexuel"

Rachel Moran : "La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic mais la cause du trafic sexuel" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Lors de deux jours de travail des associations signataires de l’appel de Bruxelles début octobre 2013, a été lancé la Coalition pour l’abolition de la prostitution (CAP). A cette occasion, Rachel M...
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Anaïs, "masseuse" à domicile 1/2

Anaïs, "masseuse" à domicile 1/2 | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Femme battue, prostituée, mais « travailleuse indépendante » avec la bénédiction des pouvoirs publics, Anaïs a fini par porter plainte pour proxénétisme contre son mari. Je n’avais pas de famille. ...
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Stéphanie : "la prostitution est évidemment beaucoup plus facile à théoriser qu'à exercer"

Stéphanie : "la prostitution est évidemment beaucoup plus facile à théoriser qu'à exercer" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Stéphanie est une survivante de la prostitution, elle milite au sein de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES). Le 11 octobre 2009, dans le cadre du Forum Social Québécois...
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Paule : "Ce qui me dégoûte, c’est tous ces gens qui sont pour la prostitution à condition que ce soit pour les autres !"

Paule : "Ce qui me dégoûte, c’est tous ces gens qui sont pour la prostitution à condition que ce soit pour les autres !" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Paule a commencé à se prostituer à 20 ans. Plusieurs années après, elle a pu arrêter. Mais à quel prix... Histoire d’une vie. J’ai commencé il y a vingt ans, dans un bar cher, avec une clientèle de...
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Extraits : Elles et ils parlent des "clients"

Extraits : Elles et ils parlent des "clients" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Elles — et ils, aussi — nous parlent des "clients". Le rapport de pouvoir, la jouissance de disposer de l’autre, le mépris qui n’est jamais loin, la violence même... Un envers du décor que la socié...
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Naïma : "j'ai le sentiment que les clients préfèrent celles qui sont en pleine détresse"

Naïma : "j'ai le sentiment que les clients préfèrent celles qui sont en pleine détresse" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
À 16 ans, mon père a découvert que j’avais un flirt. Il m’a menacée avec une arme. Je me souviens de ses mots : Je ne suis pas venu en France pour que tu deviennes une pute. Je suis partie à 18 ans...
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Fiona 1/2 : "le mec paye, il fait ce qu'il veut"

Fiona 1/2 : "le mec paye, il fait ce qu'il veut" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Aujourd'hui nous publions la première partie du témoignage de Fiona. Demain vous pourrez lire la suite, "Dans le milieu tout le monde se tait". Un extrait du témoignage de Fiona a par ailleurs été ...
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Raïssa : "Les clients ? Je ne veux plus jamais en parler. Plus jamais y penser."

Raïssa : "Les clients ? Je ne veux plus jamais en parler. Plus jamais y penser." | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Voici le 14e de nos témoignages de personnes prostituées ou survivantes de la prostitution. Vous pouvez retrouver l'intégralité des témoignages ici : et l'agenda abolitionniste ici : Je suis arrivé...
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Myriam, transsexuelle : "Je n’ai pas trouvé ça spécialement dur. Après tout ce que j’avais vécu, après toute la violence... "

Myriam, transsexuelle : "Je n’ai pas trouvé ça spécialement dur. Après tout ce que j’avais vécu, après toute la violence... " | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Née garçon, prostituée à 14 ans, Myriam a connu un parcours éprouvant : violences, discrimination, galère ... Aujourd’hui, à 23 ans, elle tente de rompre avec le passé et attend l’opération qui fer...
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Alicia : "J’ai horreur de ce mot, pute. C’est terrible, ce qu’il est lourd à porter..."

Alicia : "J’ai horreur de ce mot, pute. C’est terrible, ce qu’il est lourd à porter..." | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Quand j’ai divorcé, j’avais 150 000 francs de dettes et le RMI. Un ami kiné m’avait enseigné le massage, j’ai répondu à l’annonce d’un sauna qui cherchait une masseuse. On n’avait pas le droit de t...
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Une escort témoigne : "on n'est pas des femmes, on est des objets"

Une escort témoigne : "on n'est pas des femmes, on est des objets" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Notre 9e témoignage est celui d'une escort. L'ensemble des témoignages est réuni sur la page 30 jours, 30 témoignages. Je vous conseille également de voir l'audition de Rosen et Laurence à la Commi...
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Marc : "la prostitution est une forme de suicide"

Marc : "la prostitution est une forme de suicide" | Prostitution : 30 jours, 30 témoignages | Scoop.it
Sandrine Goldschmidt's insight:

 

 

J’ai été un homosexuel rejeté par ma famille. Mon identité sexuelle, je l’ai cachée longtemps comme quelque chose de honteux, de sale. Je me suis détesté et j’ai compartimenté ma vie. J’appartiens à la classe moyenne et j’ai grandi dans un climat incestuel ; à 4 ans, ma mère me parlait de mon identité sexuelle et m’humiliait en me disant de mettre des robes ; elle me serinait que je finirais mal. C’est ce que j’appelle une PPP, une pensée persistante paralysante. Je sais maintenant ce qu’a pesé, inconsciemment, le rejet de mes parents et la confusion de ma mère entre homosexualité et prostitution. Pour elle, j’étais destiné à devenir un marginal. Ma première relation, je l’ai eue à 15 ans avec un homme de 28 ans, dans un hôtel. Il m’a offert un CD. À 16 ans, en classe de première, j’ai eu envie d’aller Porte Dauphine, à Paris, dans le quartier où vont les jeunes prostitués. C’était une fascination. J’avais eu un père absent et en recherchant des hommes fortunés, cultivés, je pensais peut-être en trouver un qui m’aimerait, qui me redonnerait de la valeur. En arrivant à Paris, à 23 ans, j’ai découvert l’univers des saunas [1]. Pour moi, c’était la liberté, le moyen d’affirmer mon homosexualité. Je réussissais mes études et j’avais des relations sexuelles avec des hommes, dans des cabines sordides. Mais bizarrement, je pleurais en rentrant chez moi.

 

Ces saunas, avec leurs patrons, c’était une famille, un cocon. J’y trouvais de la chaleur, une forme de protection. J’ai connu une addiction au sexe. Pendant huit ans, j’ai rencontré deux, trois, quatre et même cinq hommes par soir. Je suis allé jusqu’à huit. Après, j’avais envie de vomir. J’allais jusqu’au bout, jusqu’au dégoût total. Il m’arrivait alors de rester enfermé, de ne plus aller à la fac. Je pense maintenant que ces rapports violents, bestiaux, où je ne ressentais rien, c’était comme un court-circuitage, une dissociation ; une manière d’oublier mes envies de suicide. Ce n’était pas de la prostitution mais c’était le terreau pour y arriver. On avait des surnoms, comme dans un bordel. D’ailleurs, les saunas sont souvent installés dans d’anciens bordels avec la déco kitsch qui va avec. Il y a une parenté, c’est la même mentalité. Les patrons de saunas se présentent eux-mêmes comme des patrons de bordels. Certains, j’en ai connu, payent de jeunes garçons pour qu’ils couchent avec des types dans les saunas en disant que ce n’est pas de la prostitution et que les jeunes font ce qu’ils veulent. Ces patrons ont une espèce d’autorité, ils sont objets de fascination. En fait, ils profitent des petits jeunes. J’ai fréquenté ces saunas pendant huit ans, de manière ininterrompue. J’y étais en permanence, en province puis à Paris. J’étais accro au porno et je reproduisais ce quej’y voyais. Quand ma mère a menacé de me couper les vivres, j’ai commencé à mettre des annonces de prostitution sur des sites comme Vivastreet [2]. J’avais peur de finir dans la rue et je cherchais quelqu’un pour me protéger. J’avais aussi un problème avec l’argent. Est-ce que je valais quelque chose ?

 

Les "clients", vulgaires et méprisants

 

La prostitution, je l’ai connue assez brièvement. Les clients ne me plaisaient pas du tout. C’étaient des hétéros, des types divorcés, bisexuels ou homosexuels refoulés ; des vieux dégueulasses, des hommes vulgaires, des paumés. C’était horrible : leur regard méprisant quand ils donnaient l’argent, leur air satisfait. J’étais attiré par ceux qui étaient en haut de la pyramide : blancs, aisés. Comme si leur aura avait pu rejaillir sur moi, comme si j’étais validé par eux. J’allais de préférence vers les dominants, vers ceux qui allaient m’exploiter. En même temps, il y avait en eux quelque chose de protecteur. Cet argent, il était sale. Je ne pouvais pas le garder. Je le claquais aussitôt. Je me disais, je suis un pervers, je suis devenu prostitué. Personne ne m’a expliqué, personne ne m’a tendu la main. Sur les tchats de Vivastreet, je recevais des messages insultants, humiliants. Parfois, j’avais un peu peur. J’ai raté mon année de fac. Je n’arrivais plus à me concentrer, à travailler, moi qui, avant, étais major de ma promo. Même aujourd’hui, je suis incapable de travailler comme avant. Heureusement, j’ai échappé à la drogue et à l’alcool, j’en ai toujours eu une peur bleue ; au sida aussi. Mais j’ai eu une MST à la gorge et j’ai croisé pas mal de séropositifs.

 

Plusieurs de mes amis gays se sont prostitués. J’avais un ami qui me disait avoir accepté une fellation pour 50 euros. Il avait un boulot, il n’était pas obligé. Tous ces garçons d’origine étrangère mais français, on en parle trop peu quand on parle de prostitution. Beaucoup passent par là parce qu’ils ont été rejetés par leurs familles parce qu’homosexuels. La prostitution est une forme de suicide. Et les homosexuels ont dix-sept fois plus de risques de se suicider. Moi, j’ai fait ma première tentative à l’âge de douze ans. Je réalise maintenant que j’étais suicidaire, que je n’avais aucune estime de moi. Et je mesure, après trois ans de psychothérapie et de parcours spirituel, à quel point je me suis fait maltraiter. Si je n’avais pas pris tout ce recul, je pourrais tout à fait tenir le discours du Strass. Moi aussi, avant, je disais je fais ce que je veux. Il faut pouvoir garder la tête haute.

 

Aujourd’hui, jamais plus je ne pourrais être prostitué. Ce serait impensable. J’ai compris que toutes les relations en pâtissent. On n’a plus que des relations toxiques, même en dehors. Toute la perception des choses est contaminée. Le problème, c’est qu’on n’en sort pas comme ça. Après que j’ai arrêté, un homme m’a encore dit que je donnais mes fesses à tout le monde. J’ai été choqué. On a beau évoluer, changer, aimer la vie, il y a toujours des gens pour continuer à nous jeter ça à la figure. Aujourd’hui, je veux finir mes études ; sortir de l’impasse. Après huit ans passés à servir de poubelle à des hommes, il me faut une période de sevrage. Je ne réponds plus à ceux qui me relancent, qui me harcèlent. En plein cours, il m’arrive de recevoir des messages me traitant de salope. J’ai aussi des flashs. Dans le métro, je voisdes hommes qui ressemblent à des clients ou à des hommes rencontrés dans les saunas. Je reste tourmenté par ces images, ces interférences. Trois ans après. J’ai été utilisé, abusé. J’ai été un pantin. Tout le monde me disait ce n’est que du sexe. J’ai compris que ce n’était pas que du sexe. Une relation sexuelle, ce n’est pas anodin. On y met de soi. Quand j’étais dans les saunas et dans la prostitution, j’avais envie de me décrasser à la javel pour enlever les odeurs. Avec quelqu’un qu’on aime, on ne fait pas ça. Mais la blessure de l’âme, on ne peut pas l’enlever. Elle est là à vie.

 

Le silence du milieu LGBT sur le racisme et la domination

 

Maintenant, ce qui me met en colère, c’est la façon dont des gens qui se disent de gauche défendent la prostitution. Même à la fac, certains tiennent un discours hors sol. À la Sorbonne, j’ai discuté avec une prof qui m’a dit que sans prostituées, il y aurait beaucoup plus de viols. C’est navrant. Mais le pire, c’est le discours des représentants de la communauté homosexuelle. Je ne supporte pas qu’ils parlent en mon nom. Ce n’est pas la réalité de la prostitution. Ce n’est pas ce que j’ai vécu ni ce que mes amis ont vécu. Je suis partagé entre la déception et l’incrédulité. Dans ce milieu LGBT, certains font des choses très bien sur le sida. Mais ils ont eux-mêmes des bars, des boîtes. Je pense à l’un d’entre eux qui a une boîte que j’aime bien mais il est client lui-même et il aime les petits jeunes, l’exotisme. Il y a aussi ceux qui défendent les minorités ethniques mais qui ne disent pas un mot sur la dimension raciste qu’il y a dans ce milieu. Tout ce qu’ils trouvent à dire c’est qu’être prostitué, ce n’est pas pire que de travailler à MacDo.

 

Le Strass, Aides, Act Up... ils défendent tous le statu quo. Le Strass existe en choisissant de choquer. Il s’appuie surle scandale pour exister. Il fait comme si le carcan sexuel et la morale victorienne existaient toujours. Mais il y a longtemps que c’est fini ! C’est une posture, une façon d’apparaître comme moderne. Et ça marche.

 

Je pose la question ; la liberté sexuelle a bénéficié à qui ? Pas aux femmes et pas aux gens comme moi ; mais aux hommes, blancs, hétérosexuels et friqués. Ce que je dénonce, ce sont les rapports de pouvoir à l’intérieur de la communauté homosexuelle. Surtout dans le milieu des saunas et de la pornographie, il existe des rapports de domination, que l’on invisibilise, entre actifs et passifs. Les passifs sont féminisés. Dans les saunas, l’entrée est gratuite pour les moins de 25 ans. Du coup, les vieux, qui payent plus cher, prennent les jeunes pour des objets à disposition. Donc, je tenais le rôle qu’on attendait de moi. J’avais droit aux mains aux fesses, aux humiliations. J’étais la petite salope, le petit black, le petit asiat’. Ces hommes, j’étais leur objet sexuel, ils me traitaient comme un prostitué. Les hommes âgés, les dominants, eux, ne subissaient pas ces injures. Pour moi, il y a un parallèle évident entre l’acharnement que mettent ces gens à défendre actuellement la prostitution et le soutien à la pédophilie dans les années 70 [lire l’encadré]. À l’époque, Daniel Cohn Bendit, Guy Hocquenghem et pas mal de journalistes, d’intellectuels se déclaraient en faveur des pédophiles. Depuis, et assez rapidement, le mouvement pro-pédophile a été exclu du mouvement LGBT. Pourquoi ne fait-on pas la même chose pour ceux qui défendent la prostitution ?

 

ENCADRÉ - ÉLITES MÉDIATIQUES ET CULTURELLES AU SERVICE DES AGRESSEURS

Des journaux comme Le Monde et Libération ont été de véritables soutiens pour des militants pédophiles. Le procès de trois hommes pour attentat à la pudeur sans violences sur mineur de 15 ans, a ainsi suscité, dans Le Monde le 26 janvier 1977 puis dans Libération, une pétition pour défendre les accusés. Signée par de nombreuses personnalités, dont Roland Barthes, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Patrice Chéreau, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Guy Hockenghem, Bernard Kouchner, Jack Lang, Gabriel Matzneff, Catherine Millet, Grisélidis Réal, René Schérer, Philippe Sollers... elle reprochait à la justice de dénier aux enfants le droit au consentement en s’appuyant sur la prétendue contradiction qui rendait les enfants responsables dès l’âge de 13 ans mais leur refusait cette capacité pour leur vie affective et sexuelle. Le texte concluait : Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit.

 

[1] Ces mêmes saunas se muent le soir en clubs libertins hétéros.

[2] Site de petites annonces variées.

 

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Voici un nouveau témoignage recueilli par Claudine Legardinier pour la revue Prostitution et Société. Alors que la PPL prostitution sera examinée au Sénat les 30 et 31 mars, il est toujours nécessaire de faire entendre la voix des personnes prostituées, rappelle le Mouvement du Nid :
"Réduite au silence par la honte et les menaces, la parole des personnes prostituées est occultée. Ce n’est que dans le huis clos de nos associations que certaines trouvent la force de parler, souvent pour la première fois, dans la confiance réciproque et l’absence de jugement. Au Mouvement du Nid, les histoires que nous entendons sont bouleversantes. Toutes voudraient que leur expérience serve à d’autres, toutes enragent de ne pas pouvoir prendre la parole en public, tant le jugement social continue de peser sur elles. Aujourd’hui, cette parole dont nous sommes les dépositaires pèse de toute sa charge politique. Nous jugeons essentiel de faire entendre leur voix afin qu’elle résonne au moment de voter une loi historique".

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Jadis « hôtesse » en Allemagne, prostituée dite « de luxe », Mylène fait encore des cauchemars à l’idée d’en parler. « C’était avant la chute du mur de Berlin. À 23 ans, je suis partie en Allemagne...
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Le pire là-dedans, c’est les clients. Tant qu’il y aura des clients, il y aura de la prostitution.
Il faut leur dire ! "Si vous saviez ce qu’on pense de vous ! À quel point on vous déteste, on vous méprise de nous acheter, pendant qu’on vous appelle « chéri » et qu’on vous flatte !"
Il faudrait placarder des affiches de 4 x 3 m pour qu’ils comprennent.

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Adriana : "Je suis contente parce que je suis vivante."

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Monika est française. Elle a été placée en foyer à l’âge de 14 ans et a fait une tentative de suicide. Endettée, elle s’est liée d’amitié avec une voisine, Mona, qui lui fait rencontrer la gérante ...
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