Sénégal : à la recherche d'un second souffle | Sénégal : l'an II sera social | pano eco jad | Scoop.it

IntéressantVingt mois. Un laps de temps évidemment trop court pour dresser un bilan de l'action de Macky Sall à la présidence du Sénégal, mais cependant révélateur du cap franchi par le pays. Passé l'euphorie suscitée par l'élection triomphale de Macky (65,80 % au second tour) le 25 mars 2012, les Sénégalais attendent encore que les services de base s'améliorent concrètement et que le coût de la vie leur soit enfin moins lourd. Sur les marchés de Tilène, de Castore ou des HLM, à Dakar, le prix du kilo de riz brisé ou celui de l'huile - deux ingrédients indispensables à la confection du tiéboudienne national - n'a pas baissé. Pas plus que le montant des factures d'eau, d'électricité ou le prix du litre d'essence, qui grèvent toujours les maigres budgets des ménages. Et, même s'ils sont devenus moins fréquents et durent moins longtemps, les délestages continuent d'indisposer la population et les industriels.
Au-delà de cette conjoncture difficile, la gouvernance des vingt premiers mois du mandat de Macky Sall n'a pas toujours été celle que promettait l'alternance - la rupture avec le système Wade. Des nominations dans la haute fonction publique et à des postes diplomatiques prestigieux ont suscité des interrogations, de même que la gestion calamiteuse de la révolte des partisans de Cheikh Béthio Thioune (chef religieux poursuivi pour homicide) en octobre 2012 - et de la casse qu'elle a entraînée dans la capitale -, ou encore la discrétion des autorités lors de la mort tragique de neuf talibés (élèves), en mars, dans l'incendie de leur dara (école coranique).
Le président Sall a pris acte de ce bilan mitigé en congédiant, début septembre, le Premier ministre Abdoul Mbaye et son équipe pour nommer Aminata Touré à la tête du gouvernement. Deuxième Sénégalaise à accéder à cette fonction, Mme Touré bénéficiait dès le départ d'un a priori favorable, justifié par les résultats qu'elle a obtenus en sa qualité de ministre de la Justice (traque des biens mal acquis, progrès dans l'affaire Hissène Habré, etc.). Mais c'est surtout la teneur de sa déclaration de politique générale, le 28 octobre, devant l'Assemblée nationale, qui a conforté l'idée qu'un premier tournant important s'opérait dans le cours du septennat, avec l'accélération de programmes majeurs, notamment sur le plan social.

L'espoir suscité par l'ère Macky II est d'autant plus permis que celle-ci devrait également être marquée par la mise en oeuvre de réformes économiques majeures.

L'espoir suscité par l'ère Macky II est d'autant plus permis que celle-ci devrait également être marquée par la mise en oeuvre de réformes économiques majeures, celles qui n'ont justement pas pu prendre corps en début de mandat. Le secteur agricole devient le pilier de la relance économique, grâce à la mécanisation et à l'irrigation, et un levier pour la création d'emplois. Autre secteur phare longtemps négligé, la pêche devrait enfin être modernisée, avec la création d'un fonds de garantie des investissements prioritaires axé sur l'aide aux petits exploitants.
Dans cette quête de changements concrets, le tandem Macky Sall-Aminata Touré pourra manifestement compter sur la coalition Benno Siggil Sénégal, dont la solidité et la cohérence semblent résister à l'épreuve du pouvoir. Exception faite de la défection du Rewmi d'Idrissa Seck, qui a toutefois vu ses deux ministres conserver leurs sièges dans le gouvernement.
Mais le chef de l'État et son nouveau Premier ministre le savent, vaccinés contre les promesses et engagements non tenus, les hommes et les femmes du pays de la Teranga ne croient désormais plus qu'aux actes et aux résultats. Et leur appréciation se traduira dans les urnes, lors des élections régionales, locales et municipales prévues au premier semestre 2014. À bon entendeur...