Ecologie du paysage : une contribution inédite à la lutte intégrée en Afrique | Entomology | Scoop.it

CIRAD. « Quels paysages réduisent la présence d'un papillon ravageur dans les champs de cotonniers au Bénin ? Réponse : ceux qui comportent des cultures de maïs. Ce résultat est le fruit de recherches inédites menées en Afrique de l’Ouest et faisant appel à l'écologie du paysage. Une approche innovante qui permet d'améliorer la lutte intégrée contre les ravageurs. »

 

« C'est la première fois que des recherches sur un ravageur prennent en compte l'écologie du paysage en Afrique. Elles concernent un papillon connu sous les noms de noctuelle de la tomate ou armigère (en latin Helicoverpa armigera). En Europe, en Asie ou en Afrique, il pond ses œufs sur plusieurs plantes cultivées (cotonnier, tomate et maïs principalement), les fleurs sont ensuite dévorées par les chenilles. Au Bénin, par exemple, les dégâts causés par l'insecte peuvent faire chuter les rendements des cotonniers jusqu’à 62 % ! »

 

« Ces recherches innovantes* ont été menées dans le cadre d'un doctorat** prochainement soutenu par Noelline Tsafack, et co-encadré par Philippe Menozzi, entomologiste au Cirad. »

 

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« Pas simple d'étudier ce ravageur polyphage à l'échelle d'un paysage... La méthode classique d'abondance relative, mesurant le nombre d'individus par unité de surface, n'est pas pertinente sur des insectes aussi mobiles que des papillons. Pour connaître leurs déplacements, ce qui les attire et où ils vont pondre, les scientifiques ont eu recours à des marqueurs chimiques. Ils ont piégé des individus, puis analysé leurs ailes pour quantifier la proportion de deux isotopes stables de carbone. Cette proportion renseigne sur le type de photosynthèse, qui diffère selon les plantes avec lesquelles le papillon s'est nourri au stade larvaire, c'est-à-dire quand il était chenille. En particulier, le type de photosynthèse du maïs (C4) diffère de celui de la tomate et du coton (C3), ce qui permet, grâce aux marqueurs, de savoir si un papillon provient d'un champ de maïs ou non. Pour pousser plus loin l'analyse, Noelline Tsafack s'apprête à utiliser un second marqueur : le gossypol, une molécule spécifique du cotonnier. On la retrouve dans le corps des papillons quand, au stade chenille, ils se sont nourris de cotonniers. »

 

« Helicoverpa armigera étant un des ravageurs les plus répandus dans les zones tropicales et subtropicales, nul doute que ces innovations méthodologiques créeront un précédent en agronomie tropicale. »

 

 

* Tsafack N. et al. "Effects of landscape context and agricultural practices on the abundance of cotton bollworm Helicoverpa armigera in cotton fields: A case study in northern Benin". International Journal of Pest Management, octobre 2013, 59 (4) : 294-302

** Thèse dirigée par Avec Annie Ouin (Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse, unité mixte de recherche Dynafor), sur un financement MAE/FSP et Cirad.

 


Via Bernadette Cassel