Média et société
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Média et société
Médias : sociologie, études, avis philosophiques (usages, pratiques, croyances, enjeux et effets). Pas NTIC/business pseudoscientifique. Mes articles "Médias" : http://www.philomedia.be/category/medias/
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Vie privée, espionnage, Snowden, PRISM, NSA, confidentialité, surveillance, Panoptique, sécurité, 1984, Big Brother et autres joyeusetés

Je m'étonne de lire actuellement autant de réactions suite aux révélations d'Edward Snowden, relatives à la surveillance dont nous ferions tous l'objet (pour ceux qui ne savent pas ce dont il est question, cf. notamment http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/06/09/un-ancien-employe-de-la-nsa-derriere-les-revelations-sur-les-ecoutes-numeriques_3426888_3222.html).

 

Ainsi, on peut lire ce genre d'article : "Prism: pourquoi le public ne se sent pas assez concerné par l'espionnage de nos vies privées (et pourquoi il devrait) [ http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/15/prism-pourquoi-pas-concerne-espionnage-vie-privee_n_3440414.html ]" (titre en partie fallacieux étant donné le nombre de partages de celui-ci : il y a en réalité plusieurs publics, et l'un de ces publics rend faux le titre au moins en ce qui le concerne, s'en distingue en le partageant).

 

Il y a au moins deux types de personnes qui s'agitent suite à ces révélations.

 

D'abord, il y a ceux que ça n'avait jamais inquiétés. Ceux pour qui la surveillance, c'était des conneries, des phantasmes de complotistes à deux balles. Ceux qui n'en avaient rien à foutre tant que ça n'était pas susceptible de toucher leurs messages privés sur Facebook. Désormais, ça leur parle les questions de vie privée et de confidentialité ! On les voit maintenant fervents défenseurs des libertés individuelles et de la confidentialité. C'est pas comme si on les avait prévenus !

Parce qu'au fond, Edward Snowden n'apporte rien de véritablement neuf sous le soleil : cela fait des années que certains s'époumonent à dire qu'avec Internet, les gens se fichent eux-mêmes, ils donnent leurs données en pâture à des firmes privées ou à des gouvernements. Combien de fois n'y a-t-il pas eu de levées de boucliers face aux politiques de confidentialité et de récoles de données de Facebook? (Cf. http://europe-v-facebook.org/EN/en.html entre autres).

 

Ensuite, justement, il y a ceux "qui l'avaient dit". Ah, ces visionnaires! Ceux qui ont lu Orwell, ceux qui ont lu Foucault. Ceux qui Savaient, nom d'un chien, que la plèbe sacrifiait ses libertés en s'inscrivant sur Facebook, au nom de la sécurité...

 

Ces attitudes pulsionnelles ne permettent pas à mon sens de penser véritablement les enjeux relatifs à ces faits. Ces faits inéluctables. Ces faits par rapport auxquels il est difficile, voire impossible, de faire marche arrière.

 

"La question de la vie privée est-elle un problème de vieux cons?" se demandait Jean-Marc Manach en 2010 (http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/02/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons-le-livre/). Pour lui, les "vieux" ont leur mot à dire face à ces jeunes qui ne s'en fichent peut-être pas tous tant que le sens commun voudrait le croire.
Citée dans un article de PCInpact.com, la fondatrice de Groklaw est plus explicite encore lorsqu'elle évoque un passage d’un livre de Janna Malamund intitulé "Private Matters : In Defense of the Personal Life" décrivant comment notamment la surveillance est un puissant moyen de contrôle : "L’une des fonctions de la vie privée est de fournir un espace sûr loin de toute terreur ou agression. Lorsque vous enlevez à une personne sa capacité à s’isoler ou à conserver des informations intimes pour elle-même, vous la rendez extrêmement vulnérable" (http://www.pcinpact.com/news/81869-internet-est-termine-grokloaw-ferme-ses-portes.htm)...

 

Le problème, c'est que la mécanique est en marche, et depuis longtemps. Cartes bancaires, cartes d'identité à puces, GPS, GSM, croisements d'informations issues des bases de données commerciales et administratives, caméras publiques de surveillance, formulaires remplis çà-et-là de notre plein gré, présence en ligne (et même absents, nous sommes taggés par nos pairs, mis sur le web par nos employeurs...), etc. Big Brother, qu'on le veuille ou non, c'est trop tard : on est tous fichés.

 

La plupart des "penseurs" de la vie privée l'ont bien compris : le résultat est qu'en général, ils mettent l'accent sur des questions qui se situent davantage à un niveau interpersonnel qu'à un niveau sociétal.

Ainsi en découlent les principes marketing de "réputation" : votre (futur) employeur peut voir ce que vous publiez, vos amis vous jugent en fonction de vos actions sur les réseaux sociaux, etc. Le conseil d'or, en conséquence, est de régler ses paramètres de confidentialité et de "réfléchir avant de publier" (cf. la caricature dénoncée par Michel Guillou face à la campagne "Soyez net sur le net" : http://gingko.neottia.net/post/42653049758/paris-et-ses-ados-les-traits-grossiers-de-la#).

Le genre de choses qu'une ou deux claques sociales permettent d'apprendre et qui semblent de plus en plus admises en termes de règles implicites sur les réseaux.

Une des dérives possibles est de créer une culture du self-branding, du "marketing de soi" , où l'on ne se montre que sous un jour tout à fait hypocrite, travaillé et artificiel, avec également cette question de "la mise en chiffres de soi". Mais ce n'est pas le débat ici.

 

Ces "penseurs" se retrouvent bien démunis quand on leur explique que même leur navigation privée fait l'objet d'une surveillance. A moins d'avoir été parano toute sa vie, de ne fonctionner que par logiciels libres, d'habiter dans une grotte et de n'avoir aucune vie sociale, il est plus que probable que des données aient été collectées sur nous.

 

Maintenant, il demeure stupide de penser qu'Obama "lit nos mails". J'ai la croyance qu'il a autre chose à faire de ses journées. C'est là qu'interviennent les alarmistes : Big Brother, c'était de la gnognotte face à ce qu'on connait aujourd'hui. Sauf que dans 1984, le système est beaucoup plus coercitif. D'ailleurs, on le sait depuis longtemps : aux States, on utilise ses armes en bon père de famille (http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/06/19/la-nsa-et-le-fbi-defendent-prism_3432454_651865.html) : faut pas déconner ! La bombe nucléaire, les armes à feu, c'est seulement pour notre sécurité. C'est seulement contre les méchants.

D'un autre coté, n'importe quel système totalitaire qui aurait accès à ces possibilités techniques deviendrait directement extrêmement puissant : si on sait lire vos mails, on sait lire aussi ceux de "votre" armée. Puis on peut vous faire chanter, puis on peut vous retrouver, tout ça. Comme dans les meilleures dystopies !

Ce n'est pas faux.

Ce n'est pas neuf non plus. Un système totalitaire n'a d'ailleurs pas besoin de tout cela pour être extrêmement puissant et coercitif...

 

Le problème, c'est qu'on ne peut pas décemment penser comme dans tel ou tel article (un au hasard : http://www.lepoint.fr/technologie/zimmermann-faire-confiance-a-google-ou-facebook-c-est-etre-a-poil-sur-internet-10-06-2013-1678994_58.php) que demain, face à ces risques, la population entière va se mettre aux logiciels libres et déserter ces saletés de sociétés commerciales, administrations et autres organismes qui ont minutieusement collecté leurs données - souvent offertes sur un plateau d'argent - depuis des années. Quand bien même ce serait le cas, ce nombre écrasant de personnes aurait tout de même été fiché durant des années. Et à chaque génération, il faudrait que les enfants et ados suivent les traces de papa-maman pour éviter de tomber dans le piège du fichage.

 

Est-ce pour autant du fatalisme? Je ne le crois pas. C'est tout-à-fait réaliste. Je préfère de loin cette position à celle qui inculque un self-branding nauséabond, mettant tout à fait de coté les véritables enjeux sociétaux. En réalité, je m'insurge contre les solutions proposées.

Pour moi, être absent du web, se créer un "faux profil" et partager des informations erronées, "réfléchir [à sa réputation] avant de poster" ou encore fuir les "gros acteurs" des réseaux n'a pas beaucoup de sens. Même l'éducation aux médias, lorsqu'elle se limite au niveau interpersonnel, est stérile face à ce problème.

 

Par contre, il est selon moi possible de développer des contre-pouvoirs, entre autres.

Il ne faut pas se leurrer : si un système suffisamment puissant décide de faire un usage de nos données personnelles contre nous, ce n'est probablement pas parce que nous ne sommes pas ou plus sur Facebook que nous aurons la moindre chance d'y échapper. Le fait que certaines personnes n'aient pas appris à gérer leur confidentialité et que ça leur pose des problèmes au niveau personnel peut être soulevé, mais cela ne suffit pas au niveau sociétal.

Par contre, le web offre notamment des possibilités de faire réseau, d'échanger de l'information, etc. Il est possible de contribuer à prévenir ce type d'usage nocif, en faisant circuler l'information, par exemple. Il existe plus que probablement de nombreuses pistes que je n'envisage même pas. Mon propos est simplement de dire que face à un système dont le potentiel de contrôle et de surveillance est gigantesque, si on veut vraiment agir, il convient d'envisager d'autres systèmes parallèles et non de se voiler la face.

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Silent Listeners : The Evolution of Privacy an Disclosure on Facebook

Julien Lecomte's insight:

Vu que La Libre ( http://www.lalibre.be/societe/cyber/article/801444/facebook-vous-incite-a-vous-devoiler.html ) et Le Soir ( http://geeko.lesoir.be/2013/03/06/des-changements-sur-facebook-ont-pousse-ses-membres-a-se-devoiler-davantage/ ) mentionnent l'étude sans en citer la source (pour le premier des deux quotidiens) ou en citant l'AFP à la place (pour le second), je partage ladite ressource initiale.

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Facebook, tu me fais peur | Slate

Facebook, tu me fais peur | Slate | Média et société | Scoop.it

"Le réseau de Mark Zuckerberg a beau être incontournable, il promeut un web hyper-contrôlé et uniforme. Et je n'aime pas ça [...]"

 

Une opinion qui ne défraye pas vraiment la chronique, qui se contente des sentiers battus : "En réalité, l’idée d’un web «civilisé et policé» est le prétexte idéal pour défendre tes intérêts économiques. Soyons clairs, l’anonymat est économiquement nettement moins rentable.

En forçant les inscrits à renseigner leur véritable identité, tu t’offres une base de données qui se monnaie très cher auprès des publicitaires, des marques et des autres sites".

 

Cependant, celle-ci est très étayée et sa forme sort un peu de l'ordinaire.

 

Lire l'article sur Slate.fr : http://www.slate.fr/story/48099/facebook-tu-me-fais-peur

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Vous aussi, géolocalisez votre enfant !

Vous aussi, géolocalisez votre enfant ! | Média et société | Scoop.it

Il existe désormais un arsenal d'outils permettant aux parents de suivre leurs enfants à la trace, à l'aide d'une balise GPS ou d'une application installée sur leur smartphone.


Via Alain Gerlache
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Paris et ses ados : les traits grossiers de la caricature et du mépris

[...] Tisseron : "L’idée de contrôler en toutes circonstances sa propre image est incompatible avec la culture des écrans. Et la possibilité d’effacer ce qu’on juge indésirable pourrait vite s’avérer créer plus de problèmes que ceux qu’on prétend résoudre. Non seulement cela risquerait d’encourager tous les excès à l’adolescence — voire au-delà ! — mais aussi de contribuer à nous cacher le caractère irréversible de chacun de nos actes. Je fais, j’efface, quelle illusion !"

Julien Lecomte's insight:

Une excellente chronique sur une nouvelle "initiative pédagogique" d'apprentis sorciers de l'éducation aux médias (cf. http://julien.lecomte.over-blog.com/article-dossier-les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias-111896992.html). L'auteur déconstruit en effet le site http://ereputation.paris.fr, figure typique de sites-bourrages-de-crâne peu pertinents que l'on rencontre régulièrement sur le sujet.

Attention toutefois à ne pas basculer dans l'idée reçue selon laquelle "les jeunes maîtrisent d'office la technologie et ses usages" (l'acquisition de "compétences et lucidité" n'est pas automatique, ce n'est pas une loi absolue du genre). L'auteur le précise d'ailleurs en commentaire : "Merci de votre commentaire. Non, en effet, je ne crois pas une seule seconde que les jeunes maîtrisent parfaitement les environnements numériques. Mais je veux aussi lutter contre l'opinion consensuelle qu'ils ne la maîtrisent pas du tout. D'où l'importance que nous attachons, ensemble si j'ai bien compris, à l'éducation aux médias".

A noter également que dans un des articles cités, Serge Tisseron émet des thèses qui sont partiellement en désaccord avec d'autres points de vue (notamment sur les frontières entre réel et virtuel, pas spécialement sur la conclusion et les enjeux éducatifs qu'il entend amener).

Voir également : http://owni.fr/2011/11/10/la-mauvaise-ereputation-facebook-twitter/

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