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Les vases communicants
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations.
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A l'encre bleu nuit

A l'encre bleu nuit | Les vases communicants | Scoop.it

Dès l'enfance, lire a été un problème. On trouvait que je lisais goulument, on m'accusait de lire trop vite, de sauter des pages, de ne pas comprendre ce que je lisais. J'ai pris l'habitude de me cacher. Au fond du jardin. Au grenier. Sur le balcon, même en hiver.

Je lisais tard sous les draps avec une lampe de poche et quand je me faisais surprendre, le livre était confisqué et on m'annonçait que j'allais devenir aveugle. Je ne suis pas devenue aveugle mais sourde, laissant les adultes s'égosiller, le téléphone sonner, tandis que je changeais de position comme seuls savent le faire les enfants, une jambe en l'air, la tête en bas.

Lire est devenu un plaisir défendu, et au fur et à mesure, une addiction.

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[novembre] vases communicants avec Elizabeth Legros-Chapuis

Comme la plume au vent, il se hasarde le long de la planche glissante, on vient de lui passer un savon. La bonne méthode, c’est de garder le regard fixé sur les nuages : ils flottent avec aisance et se dirigent très calmement du côté du parc ; un petit paraphe en bas de la page et c’est réglé. Il n’a qu’à passer les doigts, façon peigne paléolithique, à travers leur texture imperceptible, pour sentir les tiges parallèles qui les soutiennent.

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Ma plume sur la Commode: Un matin

Ma plume sur la Commode: Un matin | Les vases communicants | Scoop.it

avait prophétisé la vieille
son doigt tordu par des os récalcitrants
en ruminant quelque ignoble débris
tiré de son dentier bancal.

 

Sur le si bas côté
la route l’a vomie,
dans son manteau de poils
noirs et blancs
que la brise caresse
avec la douceur
d’une mère très aimante.

 

Elle gît,
tout à l’offense
d’avoir croisé le fer
de plus robuste qu’elle.

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Vases communicants 11/2012 : Les impatients

Vases communicants 11/2012 : Les impatients | Les vases communicants | Scoop.it

Faut pas qu’elle se retourne. Jamais. Ça porte malheur, les morts. Alors elle dit rien, pense rien. Arrose consciencieusement. Va chercher de l’eau. L’arrosoir est lourd. A jamais été aussi lourd. Quelle idée de mettre des impatients. Ça bouffe de l’eau matin et soir, ces saloperies. Fallait pas qu’elle vienne, elle le savait. C’est toujours la même histoire. Ils lui disent pas bonjour. Peuvent crever une deuxième fois.

 

Maintenant elle peut y aller, au bal. Le Raymond y peut pleurer sous la pierre tombale, y peut pousser les meubles, menacer, ça sert à rien. Les fleurs, c’est pour elle. Peut pas s’en empêcher. L’eau n’est pas loin. Et le cimetière, ça lui fait une promenade. Ginette aussi elle vient. Des fois, elle sent qu’elle la regarde du coin de l’œil. L’est jamais loin qu’elle lui mette une pogne dans sa petite tête de bigoudi bien mise pour aller danser. A toujours fallu qu’elle fasse la belle, la Ginette. Peut pas s’en empêcher. Faire de l’œil à tout ce qui passe, depuis toujours. Depuis qu’elle partait au bal avec son jules. Qu’a pas fait long feu celui-là non plus. Faut croire qu’elle a le feu au. Enfin c’est pas pour dire mais on la voit pas souvent à la messe.

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L'oeil bande: Tarot-Eros par Anna Jouy

L'oeil bande: Tarot-Eros par Anna Jouy | Les vases communicants | Scoop.it

Vais-je m’élancer ainsi, me prendre un pied dans le ciel ? Inversion de fortune, ma maison peut-être tremble ? Les oiseaux sortent de terre vers des refuges de nuages. Ai-je perdu mes petites ailes dorées et est-ce une pluie de métaux lourds qui cinglera de mes pavés ?

 

Attraction permutée, pôles démagnétisés, ma vie se détache comme la plèvre des grandes tuberculoses. Je quitte ses bases et brasse des deux mains. M’accrocher à des cendres fugaces. Tenir ou ne tenir à rien…

 

il va neiger.

 

C’est qu’arrive le temps des cabrioles et de ces allègements de la tête. C’est bien. J’atteins à grands trous, l’effet de passoire. Une pluie à rebours. Nuages et avortement de coton. Mais si le ciel me donne signes, pourquoi fait-il en mon ventre des fœtus morts et ces injections de foutre candide ? Mes entrailles seront-elles le dernier espace mûr avant la folie ?

 

il va neiger n’est-ce pas ?

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Vases Communicants #31

Vases Communicants #31 | Les vases communicants | Scoop.it

Une lettre à P parlant de M

 

Je ne sais pas faire comme tu fais, ni dire (cette sorte de voyage nourri, et l’impalpable dans les détails, logé sous une enseigne ou un fleuve, les façades qui reposent et la musique derrière que l’on entend quand tu l’écris, cet « à la fois mouvant et attentif insaisissable » que je ne sais pas nommer) mais je pourrais décrire l’endroit où tu te tiens je crois, une chaise simple à pieds très fins, à une terrasse et tu regardes, peu de monde, peu de bruit, des passants, tu es assis à Rome très loin d’ici, ou dans une autre rue, ou à Paris, et tu regardes autour plus loin que toi, ta façon de penser les souvenirs et de les ramener du fond, où qu’ils se trouvent, de ne pas les brusquer – mes mots sont fades, je voudrais faire passer des choses avec ma voix mais je ne peux pas – et puis je suis allée dehors pour voir la nuit

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Les nouilles aussi sont des portes, par Michel Brosseau - Fuir est une pulsion

En dire quoi des nouilles, sans enfiler clichés, façon collier de ?

Maternelle, les avoir peintes, nouilles tubes, un nom sûrement mais lequel, tubes et stries légères ou rotondes simples ; de la difficulté de les tenir sans se mettre de la peinture plein les doigts, ça gardé en mémoire : de l’assemblage sur fil ne reste rien, ni de l’avoir offert fête des mères.

Fiction ? Reconstruction ? Mais demeure croquer nouille crue, comment craque claque blé dur sous la dent, ne pas aimer éclats en bouche. Retrouvé le soir quand les gosses en croquent cuisine. Leur blague pâtes riches pauvre nouille.

(ne pas traiter aujourd’hui du recours quasi quotidien au plat de nouilles, ni des expressions ayant trait à, conscient de l’arbitraire du choix !)

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la pelle est au tractopelle ce qu'est la camomille à camille: Vase communicant de novembre : Christine Leininger

Dans la transpirance de l'air, la moiteur d'un sourire sous-tend le temps. Tant attendu, il espace les êtres de silence et de capsules de sens. J'emeus encore tes yeux quand mes pommettes rosissent.
Ne tente pas l'ange qui s'arrête à la boucle d'un mot mal terni. Poli le sens dis-tendu grade les niveaux de soleil dans la goulée du ciel. À ma main pliée, la fréquence pétrit l'impatience de bulles d'air. Pétillante, elle bouscule les homonymes et apostrophe les tons camaïeu.
Un souffle de ta respiration dans la courbe du cou, et c'est le son qui vibre hélas.
Plus de bruit, pluie de bruts, les mèches du vent décoiffées ravagent le geste de deux mains qui sèment.

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arnaud maïsetti | carnets : François Bon | Une réorganisation du monde

arnaud maïsetti | carnets : François Bon | Une réorganisation du monde | Les vases communicants | Scoop.it

Dans le monde d’après les affrontements on avait préféré diviser les terres, les mers, les montagnes, les pays en zones parfaitement délimitées.

 

Chacun savait où il était.

 

Si on se déplaçait, on prenait les routes, on tournait à gauche, à droite, on continuait le temps qu’il fallait et on arrivait à sa zone de destination.

 

On n’empiétait pas, on ne s’installait pas, ne demeurait pas, ne communiquait pas.

 

Quand on était dans sa case on avait tous les droits, recevoir, échanger, parler à distance, s’équiper.

 

Des entrepôts, des fabriques, vous parvenait ce dont vous estimiez avoir besoin.

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C’est parfois domestique, par François Boneau sur Liminaire

C’est parfois domestique, par François Boneau sur Liminaire | Les vases communicants | Scoop.it

C’est parfois domestique :

 

On aurait l’impression d’emmener une bête chez le vétérinaire. Evidemment blotti dans sa cage, l’animal ne voudrait plus sortir. Il faudrait plonger la main, dans la cage qui s’avère être plus longue que prévue, plus profonde que la longueur d’un bras, essayer d’attraper la bête, précautionneusement, tandis que s’abattent griffes et dents, il faudrait présenter sa paume, se montrer bienveillant, l’animal peut-être remonterait le long du bras pour nous sauter au visage.

 

Autant penser à autre chose. Autant se fredonner un air. Autant superposer des strates.

 

C’est la mouche qui se pose quelque part sur ton genou, que tu balaies du dos d’une main, qui fait trois tours autour d’une lampe et qui revient au même endroit.

 

Ça n’est plus un refrain. C’est une voie d’eau, que l’on écope à la passoire. Autant penser à autre chose. Ne pas se laisser recouvrir.

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L’expertise

L’expertise | Les vases communicants | Scoop.it
Le point excitant, et à ce jour encore, inexpliqué, était le texte dont la graphie coexistait avec les lignes qui architecturaient la toile.

Aussi perplexe que l’avait été Bleuxher, j’extrayai chaque morphème que je recopiai avec exactitude, laissant coexister chiffres et lettres.

Cela donnait ceci :
S
184 SILBERS PHARMACY 184
PRESCRIPTIONS DRUGS
EX-LAX

Après réflexion, j’envoyai un télex à un expert, un vieil ami, sexagénaire, que je fréquentais peu car son sexisme m’exaspérait. Mais je le savais expérimenté et extrèmement intègre : il avait été mis à l’index pour inflexibilité excessive.

Bleuxher et moi étions à l’apex d’une curiosité exacerbée, quand, enfin, l’expert nous informa qu’il expédiait, en express, son explication.

L’expert adoptait, sauf exception, le style concis des examens extemporanés, pratiqués au cours des exérèses chirurgicales.

 

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» Amour, par Anne-Charlotte Chéron De l'autre côté du livre

» Amour, par Anne-Charlotte Chéron De l'autre côté du livre | Les vases communicants | Scoop.it

En marge de l’écriture d’un court texte pour les vases communicants, quelques aventures importunes se glissent entre les lignes de l’existence.

 

Croiser à un tournant la mort qui guettait et sommeillait. Signe avant coureur d’un désastre naturel.

On est aisément tenté de courir sa vie à perdre haleine pour oublier son échéance. Se voir rattraper. La mort a la coquetterie de nous habituer à sa présence.

 

C’est se croire tout puissant que d’imaginer une prochaine vie antérieure. C’est compter sur la robustesse de l’existence humaine et supposer sa souveraineté. Je me méfie de notre orgueil.

 

L’image de la mort en tout instant, en tout lieu. Dans les images, récits, films, conversations. L’expression de la terreur dans les journaux. La crainte, l’angoisse devant la faiblesse du corps et la folie humaine. Vouloir tenir à tout prix. Faire reculer l’échéance.

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EN MARGE(S) : Ma prochaine vie antérieure, par Christopher Selac - Vases Communicants - Novembre

EN MARGE(S) : Ma prochaine vie antérieure, par Christopher Selac - Vases Communicants - Novembre | Les vases communicants | Scoop.it

Vous avez tout pour être heureux. Un job passionnant, un salaire mensuel à quatre zéros, une famille épanouie, une belle maison, une grosse voiture, une résidence secondaire au bord de la mer. Tout le monde vous envie. Sauf vous-même.

Et c’est là que les choses se compliquent. Insidieusement, tout vous paraît insipide. Vous n’avez plus envie, plus goût de rien. Tout vous énerve, tout vous rend triste, rien ni personne n’arrive à vous faire sourire, même les pitreries du petit dernier. Rapidement, le verdict tombe : dépression. Le médecin du travail qui vous recommande un confrère, un psychologue, quelqu’un de très bien, il va vous remettre sur pied en un rien de temps.

Son cabinet en ville est modeste, la salle d’attente, temple silencieux à la bibliothèque chargée de livres, est un désert où le patient déjà se perd dans ses pensées. Le bureau, le divan, des questions, encore des questions, et voilà que, spécialiste de l’hypnose, il se met en tête de rechercher les causes de votre malaise dans les souvenirs refoulés de votre enfance. Parce que l’enfance, ça sert aussi à ça, à refouler des tonnes de souvenirs qui viendront plus tard vous pourrir en cachette votre vie d’adulte.

Il agite son pendule, prend une voix grave et calme, vous demande de fermer les yeux, et ça commence. Ce que mon thérapeute n’avait pas vraiment prévu, c’est qu’avec moi, le retour en arrière irait bien au-delà des frontières acidulées de l’enfance. Ce jour-là, le premier jour de mon traitement, nous avons exploré ma première vie antérieure.

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le blog de martine silber: marsupilamima,: Lire ou marcher, pas besoin de choisir

Mais ma découverte des livres sur la marche date d’avant notre rencontre. Une amie, ayant entendu Frédéric Gros parler de son livre Marcher, une philosophie (éd. Carnets du nord), a aussitôt pensé à moi. Elle me l’a offert pour mon anniversaire. Quel choc cette lecture ! L’auteur savait mettre des mots sur mes sensations…
« Marcher n’est pas un sport. Mettre un pied devant l’autre, c’est un jeu d’enfant. Pas de résultat, pas de chiffre quand on se rencontre : le marcheur dira quel chemin il a pris, sur quel sentier s’offre le plus beau paysage, la vue qu’on a depuis tel promontoire »
« La première énergie qu’on sent en marchant, c’est la sienne, celle de son corps en mouvement. Il ne s’agit pas d’une explosion de force mais plutôt d’un rayonnement continu, sensible. »
Frédéric Gros nous présente de grands marcheurs : Nietzsche, Rimbaud, Rousseau, Thoreau (dont le livre de la marche est sur ma table de chevet), Nerval, Kant, Gandhi. J’ignorais que la marche fut aussi indispensable ! Elle inspire, elle calme des maux de têtes insoutenables, elle permet de s’évader, elle peut être expérience mystique ou force politique… Tout ce que je savais jusqu’alors, c’est que marcher est une des toutes premières compétences de l’homme, un des mouvements qui lui sont plus naturels, et qu’en allant à son pas on va au rythme des saisons…

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S’encor-porer

Danse en nos mots soufflés, l’été indien m’évite

J’ai le cœur accroché, et lourdes les paupières
J’ai marché dans ces vies, allume les lumières
Et l’esprit reposé, l’hiver d’ailleurs s’invite.

 

La main saisit au vol une envie de la suite,
Et le pied creuse en vain, et retourne la terre
Et marque le pays, et bredouille des vers
Et demande pardon, être humain être quittes.

 

Le kurma est sucré, ma bouche mémoire vive
Les mantis potiron, mon ventre à la dérive
Si la nuit est un son, pourvu qu’il soit croqué.

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Frédérique MARTIN » Blog Archive » Les fêtes révolues

Contre sa joue mal
Décrassée il serrait
Une patte de poule
Appuyé au mur de briques
Ruiné par les rudesses
Du soleil
Il avait joué
Actionnant les doigts
Griffus et crottés
D’une pression sur la
Peau réticulée
—l’odeur fraîche et vive
De la chair morte
Et du cartilage
Les voix effacées
Par la chaleur
Le long froissement
Des feuilles du bouleau
Dessinaient son espace
Et la mesure de son
Souffle

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Vases communicants de novembre : Halloween, un tocsin pour la pluie

Vases communicants de novembre : Halloween, un tocsin pour la pluie | Les vases communicants | Scoop.it

Ce poème, en vers auto-justifiés, est construit sur la base des quatre mots « pluie, tempête, vent et tocsin », que l’on répète quatre fois dans le texte.

 

Le jeu consiste à dissimuler (autant que possible) les répétitions.

 

Dans chaque strophe, l’ordre d’apparition des quatre mots se déduit de la strophe précédente par permutation, selon une règle inspirée de celle de la quenine (voir ici, sur le site de l’Oulipo : quenine et n-ine).

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VASES COMMUNICANTS novembre

Il s’agit de refaire ce qui n’est pas fini
de jeter sur la toile le tu le elle
reconstruire réinventer
le je de miroirs

 

Il s’agit de revivre ce qui n’a pas vécu
le tu le elle et moi
rebâtir la colonne
et dévier de nouveau

 

Sentir l’écart
se creuser

tout en haut
les trouées d’air
dans mon cerveau

 

Je prends des souvenirs
n’importe lesquels
l’ordre n'a pas d’importance
leur véracité non plus

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christinejeanney - jourlejour

christinejeanney - jourlejour | Les vases communicants | Scoop.it

Ce sont des mots qu’on lance, ils doivent bien venir de quelque part, mais ça nous est étranger, ils sont là, comme celui-ci qui m’est venu vers le quinze de cet octobre, là, je me disais que les jours s’amoindrissaient, le froid ne venait pas encore – depuis, il est là – je n’en voulais d’ailleurs pas, je n’en veux jamais, il y avait au coin de l’avenue des gens qui passaient, comme toujours, ce sont des choses que tu sais, alors on se penche un peu

 

un sens interdit, un type qui passe avec son chapeau et son fils, probablement, on le distingue, qui passe remonte la rue et tourne à gauche, il y avait sur le tourne-disques (ça ne se dit plus ça) cette chanson « A Baiuca », tu sais un fado, tu vois laquelle peut-être, comme lorsque à Lion il n’y a personne sur la jetée, comme lorsque un peu le rivage s’est vidé des cris et des jambes satinées de cette couleur dorée, les vélos et les tongs, et que le sable s’insinue comme la nuit

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vases communicants / Guillaume Vissac - Michel Brosseau / à chat perché

« Tu sais quoi ? Ce type, là-bas, assis au bout à l’angle au fond, c’est un, à l’angle au fond du bar en noir, c’est un thanatopracteur, ouais ouais, il me l’a dit une fois. Je connais pas son nom. Chaque jour, je connais pas son nom, chaque jour il s’assoit là et il commande la même chose à manger et la même chose à boire et c’est un thanatopracteur, il me l’a dit une fois, une fois où moi je lui avais demandé juste, tu sais, comme ça, pas par curiosité, mais pour pas dire grand chose, non, quelque chose, faire la conversation. Il prend la même chose, tous les jours, à boire et à manger, et il règle en laissant sur la table la même somme, tous les jours, sans attendre que nous on lui dise, voilà, quelle somme il doit régler. Ensuite, seulement, il repart. Je crois pas qu’il soit marié et je crois pas qu’il fume. Il sent pas le tabac ni la cigarette mais il sent des odeurs chimiques et des parfums synthétiques et corsés (peut-être parce qu’il est thanatopracteur ?) et il a pas d’alliance, non, peut-être qu’il aime quelqu’un mais quelqu’un qui aime quelqu’un, est-ce qu’il prendrait tous les jours la même chose à manger à la même place au bout de son bar, juste sans rien dire ni penser ?

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Les embrassés: Vases communicants: Camille Philibert-Rossignol

Au Parc, se défaire fissa des murs qui m'entouraient, l'appartement aussi faux abri que faux ami. Au milieu de la verdure, une rivière revoit le jour. Il pourrait être amer, ce flux boueux, vaseux, stagnant en fine couche sur un long aplat de béton, eau sombre charriant quelques cailloux et s'insinuant entre vert et ocre, stries d'herbes courtes ou trainées argileuses. Bordant la rivière, une large pelouse aux brins verdoyants dont le parfum piquant se dilue dans la brise fraiche jusqu'à faire frémir mes narines. Elle s'élargit sur une vingtaine de mètres. De gras bosquets aux feuilles à éraflures la longent, ainsi que des saules pleureurs. Sont-ils aussi doux que leurs lianes le semblent, quand épaisses et aérées ou bien nues, elles se balancent dans la brise, s'inclinent précisément dans la lumière dorée, milles et un rubans oscillants sur le même lent tempo ?

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le tiers livre : Arnaud Maïsetti | affrontements

le tiers livre : Arnaud Maïsetti | affrontements | Les vases communicants | Scoop.it

c’était d’être encore en vie, c’était d’être encore celui qui le matin suivant cette nuit précisément s’était dressé, avait regardé la couleur passée dans le reflet des immeubles (dans cette ville, impossible de voir le ciel directement, il y avait trop de ces tours levés comme des échafaudages — alors sur les vitres, intercepter le bleu du ciel), avait vu son reflet, ne l’avait pas reconnu, mais préféré continué, et derrière le reflet avait aperçu ce qui partout commençait et n’aura plus de fin, le jour qui dehors se confondrait avec le présent : c’était cela.

 

le temps des affrontements, dans le corps, cela avait pris la place du corps lui-même, et en lui, les lignes de front s’étaient déplacé sans cesse, le temps était celui de l’affrontement continu avec le temps — avec tout ce réel qui n’était disposé au dehors de soi que pour le combat, car le combat était le réel lui-même, la ligne de front, la ligne de partage, et les coups portés au temps, les blessures qu’on s’infligeait l’un l’autre pour conquérir le territoire de l’autre, parce que le réel venait dans le corps comme pour reprendre son dû, et moi pour l’en déposséder davantage, me défaire de moi aussi, peut-être.

 

c’était chaque jour, de chaque heure, faire usage du présent ; le monde en présence.

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L'irrégulier.: Pierre Menard - Distant Fingers - Vase Co

L'irrégulier.: Pierre Menard - Distant Fingers - Vase Co | Les vases communicants | Scoop.it

Dans le silence de l’attente, l’impression de reprendre ce jeu de hasard, l’espoir d’un temps désirable. Oui, là seulement est le vrai, tu es en moi depuis tout ce temps. Étrangement, il y a quelque chose de l’ordre du palimpseste. Ce serait l’archive d’un livre qui n’existe pas. Dans la conscience sans éclat de parcourir une sorte de décor vide, de trompe-l’œil, le désir chercherait en vain des prises. Ça s’est fait petit à petit, voilà tout. Même regard, seules les nuances diffèrent. Un temps — lointain, vingt ans déjà — nous avons fixé le noir qui nous séparait, nous attendions un nouvel ordre. Une nouvelle vague. Parvenir à se raconter un jour sans masque, il faut du temps. L’un près de l’autre, depuis. Appel d’air à chaque mouvement révolu, dans l’effort du désir tendu. Nous irons jusqu’au bout, ensemble. Alors c'était toi ?

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Ceci n'est pas un poème.: Hopper avec Nicolas Bleusher.

Ceci n'est pas un poème.: Hopper avec Nicolas Bleusher. | Les vases communicants | Scoop.it

C'est qu'il y a deux Franck Silber, mesdames et messieurs les jurés !

 

Celui qui pèse, le jour, qui dose, concocte et empaquète, en blouse immaculée, entre fioles et bocaux, avenue des Amériques. Celui qui oeuvre au comptoir, derrière les tentures pervenches de la respecta-bilité, qui administre ses mots aimables aux constipés du quartier et aux migraineux de passage.

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Dreamlands: Vases communicants / Anne Savelli

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On part, tu vois, et c'est la nuit. Il suffit de quatre ou cinq mètres entre Bolivar et Moreau pour qu'une pleine journée apparaisse, les avenues au carrefour croisent le jour et la nuit et ça ne m'étonne pas, dans la circulation les heures ici s'inversent

à quatre heures du matin devant la cité rouge il est quatre heures de l'après-midi.

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