Urbain, trop urbain - "pratiquer la ville" | Les bonnes adresses Architecture.Urbanisme.Paysage | Scoop.it

Urbain, trop urbain est un nom de baptême qu’on référera sans mal à un titre célèbre du philosophe Nietzsche: Humain, trop humain. Dans cet ouvrage, où Nietzsche procède à partir du pessimisme de Schopenhauer, il s’agit de « liquider » l’humanisme, entendu comme philosophie fondée sur une métaphysique du sujet pensant (Descartes et son « je pense ») et une morale de l’obligation (Kant et son impératif catégorique). Il s’agit de défendre une certaine forme de psychologisme et de perspectivisme de l’individualité humaine: le « trop humain », c’est ce par quoi on sort de l’humain, ce par quoi on le dépasse. Littérairement, cela se traduit dans le livre même de Nietzsche par un abandon de l’écriture philosophique comme traité ou dissertation : Nietzsche adopte une écriture très moderne par fragment et par recours à une poésie des personnages philosophiques (Le voyageur et son ombre).

Urbain, trop urbain est porteur d’un discours analogue sur la ville. Nous considérons, avec bien d’autres (Françoise Choay, Olivier Mongin, François Asher, Régine Robin…), que ce qu’on appelle « la ville » est en train de disparaître, que des fonctions essentielles de structure de l’espace physique et mental qui désignaient la ville, comme système, mais aussi comme idée régulatrice du vivre et de l’habiter ensemble — que ces fonctions ont évolué au point de rallier quelque chose, qui par sa morphologie appartient bien au domaine de l’urbain (architecture, espaces publics, réseaux, gouvernance, etc.), mais qui devient un au-delà ou un par-delà la ville.

Voilà donc le propos : la ville est aujourd’hui « quelque chose du passé ».