Lectures en tous sens
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"Sur l'Etat. Cours au Collège de France (1989-1992)", de Pierre Bourdieu : le mandarin insoumis | LeMonde.fr

"Sur l'Etat. Cours au Collège de France (1989-1992)", de Pierre Bourdieu : le mandarin insoumis | LeMonde.fr | Lectures en tous sens | Scoop.it
Le Monde.fr - Parvenu au faîte du système institutionnel, Pierre Bourdieu s'est attaché à le déconstruire. Ses cours au Collège de France sur l'Etat en témoignent.

 

Pierre Bourdieu (1930-2002) était un penseur scrupuleux et dévoué à la tâche, contrairement à plusieurs de ses contemporains qui se sont rendus célèbres en conquérant les cercles intellectuels parisiens. Il est sans conteste l'un des sociologues les plus productifs, les plus profonds et les plus novateurs du XXe siècle. La haute estime dont il jouit dans le monde entier est, pour une fois, pleinement méritée. Son oeuvre publiée est si importante qu'il est d'autant plus étonnant que ses travaux sur l'Etat aient pu rester dans l'oubli pendant vingt ans, jusqu'à ce qu'ils nous soient diligemment rendus par l'édition critique de ses cours au Collège de France.

 

Ces transcriptions nous montrent Bourdieu à l'oeuvre devant les auditeurs nombreux et variés qui venaient assister à ses conférences. On le voit penser tout haut, tourner autour de son sujet, tâtonner, se reprendre et même soupirer par moments (j'ai compté au moins vingt occurrences) devant la difficulté de la tâche qu'il s'était imposée. Ces soupirs, que l'on pourrait interpréter de prime abord comme une coquetterie destinée à impressionner l'auditoire par la profondeur de ses pensées, puis comme une exhortation à ne pas prendre ses concepts à la légère, ne seraient-ils pas finalement la clé qui permet de déchiffrer ce personnage à la croisée des champs dans lesquels il opère ? Bourdieu, qui occupait une chaire au Collège de France, avait atteint le summum du système institutionnel qu'il analysait et démythifiait. Vénéré comme un maître à penser, il était devenu, bien malgré lui, une personnalité médiatique. En tout point, le genre de position qui demandait à être déconstruite par quelqu'un comme Pierre Bourdieu.

(...)

 

SUR L'ETAT. COURS AU COLLÈGE DE FRANCE (1989-1992) de Pierre Bourdieu. Edition établie par Patrick Champagne, Rémi Lenoir, Franck Poupeau et Marie-Christine Rivière. Seuil/Raisons d'agir, "Cours et Travaux", 664 p., 30 €.

Abram de Swaan, sociologue, professeur émérite à l'université d'Amsterdam

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Quarante récits de Kafka et des dessins | Oeuvres ouvertes

Quarante récits de Kafka et des dessins | Oeuvres ouvertes | Lectures en tous sens | Scoop.it

retraductions et traduction d’inédits en français

Déjà en ligne :

Petite fable

Le vautour

Un commentaire

Le prochain village

Le départ

Le pont

Retour à la maison

Une communauté de crapules

De nuit

Les arbres

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Fictions transfuges | Fabula

Fictions transfuges

Non loin de la table où j'écris ces lignes se trouvent entre autres Mademoiselle Bovary de Raymond Jean, le Dom Juan de Molière, Autour de la Lune de Jules Verne, Sherlock Holmes of Baker Street de W. S. Baring-Gould et L'Univers de Michel Tremblay de Jean-Marc Barrette. Collection hétéroclite à bien des égards – la littérature générale s'y mêle au récit policier et à la science-fiction, des romans y côtoient une «biographie», une pièce de théâtre et un dictionnaire de personnages – mais dont un dénominateur commun explique le rapprochement: chacun de ces livres participe à un ensemble plus vaste, fondé sur un type particulier de relation. C'est de cette relation qu'il s'agira ici.

 

Je me propose, pour ce faire, d'ajouter un terme à la panoplie déjà abondante des études littéraires et en particulier de la poétique. Par «transfictionnalité», j'entends le phénomène par lequel au moins deux textes, du même auteur ou non, se rapportent conjointement à une même fiction, que ce soit par reprise de personnages, prolongement d'une intrigue préalable ou partage d'univers fictionnel[1]. Un instant de réflexion suffit pour entrevoir l'ampleur et la variété du domaine ainsi délimité, où l'on trouve aussi bien les suites et continuations (second volume du Quichotte, complétions d'Edwin Drood que la mort de Dickens a laissé inachevé…), les personnages reparaissant comme ceux de La Comédie humaine, les spin offs en télévision et ailleurs, les séries et les cycles, de «Sherlock Holmes» à «Harry Potter[2]», et bien d'autres choses encore. Mon pari est qu'il y a un profit à tirer de leur investigation conjointe et que, par-delà l'hétérogénéité des pratiques, c'est une problématique commune qui se profile. La transfictionnalité met en jeu, et parfois en crise, les catégories majeures à partir desquelles nous pensons les textes, leur production et leur réception. Quelles sont les modalités, les conditions de possibilité et les conséquences de l'essaimage d'une fiction au-delà des frontières du texte? Quels sont ses rapports avec le statut et l'autorité de l'auteur? Comment s'articulent récit et fiction dans une relation transfictionnelle? Est-il légitime de parler d'identité, s'agissant d'instances (personnages, lieux, événements…) figurant dans des œuvres distinctes, parfois même contradictoires ?

 

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Richard Saint-Gelais

 

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La cendre des cerisiers, par Philippe Forest | remue.net

De ceux qui furent les victimes vraies du grand naufrage que connut le Japon ce 11 mars 2011 où, comme un navire secoué par la tempête qu’une lame éventre et envoie par le fond, le pays fut soudain submergé sur certains de ses rivages, nous ne connaîtrons jamais le récit qu’ils auraient fait du drame qui mit fin à leur vie. Seuls peuvent encore parler ceux qui ont survécu : les rescapés que la chance protégea du désastre et puis les témoins qui observèrent celui-ci depuis l’abri de fortune où ils avaient trouvé refuge ou ceux, nous étions parmi eux, qui se tenaient, plus loin encore, derrière l’écran de leurs téléviseurs, à l’écart d’une horreur devenue spectacle, sidérés par la peinture poignante d’un paysage sur lequel une vague effaçait toute vie, éprouvant cependant le soulagement d’avoir été épargnés dont parle un vieux poète, il se nomme Lucrèce, lorsqu’il évoque la jouissance coupable que procure à certains le malheur d’autrui.

 

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«Le roman-roman est en coma dépassé» | Bibliobs

«Le roman-roman est en coma dépassé» | Bibliobs | Lectures en tous sens | Scoop.it

«On peut trouver toutes sortes de raisons à l'hégémonie actuelle du roman: s'il veut que son livre soit lu, qu'il lui rapporte la rétribution symbolique («passer pour un écrivain») et la réussite éditoriale (les prix, les ventes, la notoriété, etc.) qu'il espère, un auteur a tout intérêt à présenter son livre comme un roman et à faire inscrire cette mention sur la couverture. C'est vrai. Mais il s'agit d'une des conséquences et non de l'une des causes de ce phénomène. Les raisons du triomphe actuel du roman sont plus profondes et plus lointaines.

 

Au siècle dernier, Bakhtine les expliquait très bien en rendant compte de l'évolution du genre depuis ses origines les plus lointaines jusqu'à ses manifestations les plus récentes. Le roman, affirmait-il, est le seul genre encore en devenir, il ne possède pas de canons, il révèle la totale impuissance de la théorie littéraire à en proposer une définition. En un mot, la seule définition qu'on peut en donner est une définition négative qui consiste à relever l'impossibilité qu'il y a à le définir.

 

Cette formidable plasticité, cette extraordinaire vitalité expliquent que, en vertu de sa perpétuelle faculté de renouvellement, le roman ait évincé et avalé les autres genres littéraires. Les deux grands textes par lesquels s'invente le roman moderne avec Joyce et Proust témoignent de cette faculté qui lui est propre et par laquelle il absorbe, intègre, accomplit et dépasse tous les autres genres (poésie, essai, autobiographie, théâtre).

 

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Philippe Forest - Propos recueillis par David Caviglioli

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Le Horla des Landes | LeMonde.fr

Le Horla des Landes | LeMonde.fr | Lectures en tous sens | Scoop.it
Le Monde.fr - "L'Année de l'hippocampe" est le troisième roman de Jérôme Lafargue, après "L'Ami Butler" et "Dans les ombres sylvestres". trois livres très différents et qui cependant se répondent et se croisent, hantés par les mêmes thèmes : la folie enfouie au fond de soi, affleurant soudain comme une menace ou une tentation, le dédoublement, la mêlée confuse du réel et de l'illusion - est-ce celle-ci ou celui-là qui se relève finalement, tandis que l'autre gît dans la poussière ? Jérôme Lafargue aime le mystère, pas le méchant petit suspense qui veut êtreéventé, le mystère qui ne dérobe pas nécessairement un secret mais annonce plutôt dans ses brumes le fantôme que nous serons un jour.

 

"Nous sommes de plus en plus nombreux dans mon cas, des âmes errantes et inutiles, si conscientes de leur état que cela en constitue une torture supplémentaire. Je n'abandonne pas la partie par idéologie ou dégoût ou colère. Je laisse tomber parce que l'esprit ne suit plus et que le corps est fatigué", déclare Félix en commençant le journal qu'il s'engage à tenir une année entière, par discipline, pour ne pas se laisser tout à fait anéantir par la mélancolie et la dépression. Il écrira une page par jour contre vents et marées, en profitant plutôt de ces énergies élémentaires dont la région où il a trouvé refuge n'est pas avare : les Landes, un petit village balnéaire presque désert hors saison. Et voilà justement ce à quoi il aspire, ce hors saison, après une première vie de reporter appelé là où l'actualité fait rage, poursuivi par les images de la guerre et de l'horreur.

 

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Eric Chevillard

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Psychanalyse et littérature : sœurs rivales ?

Psychanalyse et littérature : sœurs rivales ? | Lectures en tous sens | Scoop.it

Trait d’humour en forme de recette : “Ajoutez de la méthode scientifique à Shakespeare et vous obtenez de la psychanalyse.” Adam Phillips, psychanalyste britannique, auteur de plusieurs essais sur la psychanalyse, notamment sur Winnicott, et traducteur de Freud, pose ainsi la question des prétentions de la psychanalyse au statut de science et celle de sa dette envers la littérature, dans son essai Promesses. De la littérature et de la psychanalyse. Promesses à entendre comme les attentes que l’on peut avoir à l’égard de l’une comme de l’autre et qui présupposent de penser leurs enjeux. La littérature est-elle une rivale, un défi, un idéal à atteindre ou une interlocutrice pour la psychanalyse ? Toutes deux, art du langage, n’expriment-elles pas des désirs interdits ? Qu’ont-elles à voir avec l’inconscient ? Quels sont leurs apports réciproques ?


Via dm
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Le premier roman « perdu » de Jack Kerouac publié 40 ans après sa mort | ouest-france.fr

Biographes comme admirateurs le croyaient perdu : plus de 40 ans après la mort de l’auteur américain Jack Kerouac, la maison d’édition Penguin Classics vient de publier le tout premier roman de l’icône du mouvement « beat », « The Sea is My Brother ».

Kerouac, mort en 1969, s’était lancé dans sa rédaction en 1942, à tout juste 20 ans, en mer --comme le titre (La mer est mon frère) le suggère alors qu’il parcourait le monde comme matelot dans la marine marchande.

 

Une nouvelle route pour Kerouac

 

Des années avant « Sur la route », « The Sea is My Brother », sorti jeudi en anglais, laisse clairement transparaître l’amour de Kerouac pour les voyages, les pérégrinations sans objectif précis. Le roman narre les aventures de Wesley Martin, un homme « qui aimait la mer d’un amour étrange, solitaire ».

Dans des notes prises pendant la rédaction du livre, Kerouac décrivait son alter ego comme « en révolte contre la société telle qu’elle est ». Jack Kerouac s’est fait connaître grâce à « Sur la route », œuvre culte qui narre son odyssée à travers les Etats-Unis à la fin des années 1940.

 

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Pascal Quignard ou la littérature démembrée par les muses | Fabula

Pascal Quignard ou la littérature démembrée par les muses | Fabula | Lectures en tous sens | Scoop.it

Mireille CALLE-GRUBER, Gilles DECLERCQ et Stella SPRIET (éds.)
Ouvrage avec DVD

Paris : Presses Sorbonne Nouvelle, 2011

EAN : 9782878545517

29 euros

 

Présentation de l'éditeur :

Rencontre est le mot juste pour les compagnonnages graves et beaux qui se dessinent entre littérature, arts et critique universitaire. C'est ce que ce livre explore : l'énigmatique contrée des entames et des nouages de l'être que l'on n'approche que par la pesée des matières des langues des corps.

 

Conviés autour de Pascal Quignard et son oeuvre, peintres, graphistes, musiciens, compositeurs, danseurs, metteurs en scène font ici généreusement montre de leur faculté d'accueil et de la réciproque relance qui nourrit la création. Dans l'attente de l'inattendu. Valerio Adami, Michaël Levinas, Marie Morel, Valère Novarina, Jordi Savall, Pierre Skira, Alain Veinstein dialoguent avec Pascal Quignard et avec les travaux des universitaires. Ensemble, ils donnent à voir, entendre, penser des formes en devenir - à la trame politique autant que poétique.

 

Url de référence :
http://psn.univ-paris3.fr/#

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Antoni Casas Ros, Chroniques de la dernière révolution | L'Anagnoste

Antoni Casas Ros, Chroniques de la dernière révolution | L'Anagnoste | Lectures en tous sens | Scoop.it

Si l’honneur d’un écrivain est aussi de savoir sortir des rails où il posa son écriture, alors, sans conteste, de cet honneur, Antoni Casas Ros est digne. Il n’est d’ailleurs pas un de ses livres où il ne manifeste le souci constant de se mettre en danger et de forer à la source de son texte : la prise de risque est consubstantielle, non seulement à son travail, mais probablement à l’idée même qu’il se fait d’une œuvre littéraire. Je n’ai donc guère été surpris que Chroniques de la dernière révolution témoigne, et comme jamais, de cette ambition, revendiquant à tours de bras ce que l’on pourrait appeler une esthétique, donc une morale, du chaos. Outre son style et son étonnante construction, dont je veux bien considérer qu’ils revendiquent le sceau du dit chaos, je m’interroge, toutefois, quant au sens à donner à cette fresque qui louvoie entre dénonciation du réel, révélation cosmique et prosélytisme révolutionnaire.

 

Chacun en conviendra, le monde part à vau-l’eau : nombreux, d’ailleurs, pensent qu’il court à sa perte. C’est précisément cette perte que les hérauts de Chroniques de la dernière révolution veulent accélérer, afin, disent-ils, de le sauver : « Il y aura de grands désastres, mais c’est la seule chance que nous voyons pour que la planète ait un futur à travers la fin d’une folie généralisée. Le chaos est la seule issue. » Les révolutionnaires se font une règle de faire passer « les émotions après l’action », ils tiennent des discours chauds mais leurs pratiques sont aussi froides que le marbre : à cette aune, ils se distinguent assez peu de leurs prédécesseurs dans la révolte. Mais qui sont donc ces nouveaux et preux chevaliers ? Des jeunes, de simples lycéens, enfants d’un capitalisme désormais mondialisé, de l’iPod, de la deep ecology et d’une liberté sexuelle enfin recouvrée depuis que l’on promet de terrasser le sida. Sans nullement en faire mystère, Antoni Casas Ros fonde et enfante sa vision sur ce qui taraude et obscurcit notre monde (crises financières à répétition, violences endémiques, délire sécuritaire, cataclysmes naturels) pour tenter d’en imaginer la sortie. Les religions, les idéologies et le progrès technique ayant tour à tour ou concomitamment échoué à réaliser leurs prophéties, c’est donc à la jeunesse du monde, apatride et hyper-connectée comme il se doit, qu’il revient de mener à bien l’authentique révolution – la dernière, s’entend. Tout cela est résumé à traits grossiers, mais c’est bien ce qui constitue le décor, voire la substance, de ces Chroniques.

 

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Correspondance de Roger Gilbert-Lecomte & Léon Pierre-Quint | Fondation La Poste

En 1926, Léon Pierre-Quint fait la connaissance de Roger Gilbert-Lecomte par l’intermédiaire de Pierre Minet, le cinquième « Phrère » ou « Phrère fluet », jeune poète libertaire vivant en marge de toute obligation sociale, qui a rejoint tardivement le groupe des « Phrères simplistes », sorte de confrérie initiatique formée à l’origine par quatre lycéens de Reims âgés de quatorze-quinze ans, Roger Lecomte, Roger Vailland, Robert Meyrat, René Daumal. Ils se sont baptisés « Simplistes » car ils ont foi dans l’esprit d’enfance et dénoncent avec force « le mépris de l’adulte pour l’enfant, le mépris du civilisé pour le sauvage, le mépris de l’homme sensé pour le délire de l’esprit ».

 

Les « Simplistes » s’adonnent au jeu des pseudonymes :

Lecomte est Rog-Jarl et Coco de Colchyde ; Robert Meyrat, la Stryge et Ellen Dyan ; Roger Vailland, François et Dada ; René Daumal, Nathaniel. Ils ont pour ancêtres Jarry, Lautréamont, et ont fait leur le mot de Rimbaud « Je trouvais sacré le désordre de mon esprit ». Ils allient le goût des facéties verbales à une intransigeance absolue sur les problèmes métaphysiques et n’hésitent pas à engager leur corps et leur pensée dans des expériences aux confins de la vie et de la mort, à coups de drogues (tétrachlorure de carbone, opium, éther) et d’alcools, afin de retrouver cette innocence primordiale, état post-mortuaire ou anté-natal que Lecomte appelle la «mort-vie».

 

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Olivier Plat

 

Ouvrage paru aux éditions Ypsilon

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A. Farge, Un ruban et des larmes. Un procès en adultère au XVIIIe siècle | Fabula

Arlette Farge, Un ruban et des larmes. Un procès en adultère au XVIIIe siècle Editions des Busclats 2011, 77 pages ISBN: 978-2361660086 Prix: 11 euros

 

1779. Chose peu fréquente au 18e siècle, un ferblantier parisien fait un procès à sa femme pour adultère. Les pièces de l’accusation dénoncent chez l’épouse des pratiques et des faits qui n’appartiennent pas à son monde. Alors qu’on est en milieu populaire, les témoignages dépeignent l’accusée comme sortie d’un tableau de Fragonard ou d’un roman libertin de Crébillon. Les forfaits et débauches dont elle est accusée ne sauraient être les siens tant ils débordent de luxe, bijoux et autres signes de richesses, apanage des seules classes supérieures. Arlette Farge se livre à une analyse passionnée des mots transcrits dans les archives de police. Avec un vrai sens du suspense et une rigueur d’historienne, elle dévoile et éclaire des silences et des ombres du siècle des Lumières.

 

Consulter le site des Editions des Busclats: http://www.editionsdesbusclats.com/les-editions/

 

Arlette Farge a récemment publié Quel bruit ferons-nous ? Entretiens avec Jean-Christophe Marti aux Prairies ordinaires et un Essai pour une histoire des voix au dix-huitième siècle chez Bayard.

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Entre mythe et caricature, que reste t-il de Marguerite Duras ? | Les Inrocks

Entre mythe et caricature, que reste t-il de Marguerite Duras ? | Les Inrocks | Lectures en tous sens | Scoop.it

Les deux premiers tomes de ses paraissent en Pléiade. Entre mythe et caricature, que reste-t-il de Marguerite Duras aujourd'hui ?

 

Un pull-over à col roulé, un gilet noir et des lunettes aux épaisses montures en écaille. De Marguerite Duras, il subsiste évidemment une image, celle de sa silhouette tassée, à la fin de sa vie. Un cliché si facile à imiter ou à parodier. Récemment encore, ces seuls accessoires ont suffi à Stéphane Foenkinos (frère de l'autre) pour prendre les traits de l'auteur de Moderato cantabile dans le cadre d'une expo photo. De Duras encore, il reste des motifs - l'Indochine, la mère, l'alcool -, une musique qui lui est indissolublement liée, ces quelques notes au piano d'India Song... Mais de l'écrivain, on retient avant tout une voix aux inflexions uniques, immédiatement identifiable. En un mot : son style.

 

Certaines de ses formules sont devenues cultes, tel le fameux "sublime, forcément sublime" utilisé à propos de Christine V., la mère du petit Grégory, repris à toutes les sauces, ou encore les premiers mots d'Hiroshima mon amour - "Tu n'as rien vu à Hiroshima. Rien." -, abondamment détournés au moment de la catastrophe de Fukushima.

 

Mais si Marguerite Duras, dont la vie a embrassé tout le XXe siècle, infuse autant la société contemporaine, au risque parfois de la caricature, c'est parce qu'elle est devenue un mythe littéraire, et même une mythologie au sens où l'entendait Roland Barthes. Ecrivain d'avant-garde, elle appartient désormais à la culture de masse. De Christine Angot à Nina Bouraoui en passant par la Finlandaise Sofi Oksanen, nombreux sont les auteurs à revendiquer son influence. Ses personnages - Lol V. Stein, Anne-Marie Stretter, Anne Desbaresdes... - nous sont aussi familiers que ceux de Balzac ou de Proust.

 

Quinze ans après sa mort, Marguerite Duras demeure l'un des auteurs français les plus traduits dans le monde, l'un des plus étudiés et joués. En témoigne le succès de La Douleur, actuellement au Théâtre de l'Atelier, avec Dominique Blanc. Ce texte dans lequel Duras raconte le retour des camps de son mari Robert Antelme sidère toujours autant par sa magnifique impudeur.

 

Surtout, il suffit de se plonger dans les deux premiers volumes des OEuvres complètes qui paraissent en Pléiade pour se rappeler à quel point Marguerite Duras a été une artiste totale, s'aventurant aussi bien sur les terres de la littérature, du théâtre, du journalisme que du cinéma. Le cinéma par lequel, étrangement, elle "parvint à ce qui put sembler le coeur même de la littérature", ainsi que l'écrit Gilles Philippe dans la préface du premier tome.

 

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Ph. Lacoue-Labarthe, Agonie terminée, agonie interminable | Fabula

Ph. Lacoue-Labarthe, Agonie terminée, agonie interminable | Fabula | Lectures en tous sens | Scoop.it
Philippe Lacoue-Labarthe, Agonie terminée, agonie interminable - Sur Maurice Blanchot ; suivi de  : L'Emoi Paris : Editions Galilée, 2011. 176 p.

 

Présentation de l'éditeur :

Dans « Le miracle secret », Borges imagine la mort étrange d’un écrivain praguois que la Gestapo arrête en mars 1939 et condamne, au seul prétexte qu’il est juif et qu’il a été dénoncé comme tel, à être passé par les armes. La nuit qui précède son exécution, il a rêvé que la voix même de Dieu lui accorde le temps nécessaire pour achever son travail. Le lendemain à l’aube, entre le moment où les soldats du peloton braquent leurs fusils sur lui et celui de la décharge mortelle, le temps de l’« univers physique » est comme suspendu : l’écrivain remanie et accomplit en secret son « oeuvre », à jamais pourtant inachevée.

 

À la considérer sous l’angle de son ultime « récit » publié, L’Instant de ma mort, et d’un énigmatique fragment « autobiographique » antérieur, « (Une scène primitive ?) », on est peut-être en droit d’estimer que le conte de Borges emblématise assez bien l’oeuvre « désoeuvrée » de Blanchot, tout entière écrite ou réécrite, achevée inachevable, dans le temps incommensurable qui sépare le 20 juillet 1944, date à laquelle il faillit être fusillé par les nazis (ou telle journée de l’hiver 1914 ou 1915, qui fut celle d’une extase enfantine), et la mort désormais survenue le 20 février 2003 : le temps atemporel de l’agonie native et de la mort immémoriale, « impossible nécessaire », qui aura autorisé la dernière méditation de celui qui avait interrogé sans relâche la Littérature ou l’Écriture dans sa possibilité même.

 

Ce livre tente de proposer une lecture de ces deux textes. Plus exactement, il les interroge pour mettre à l’épreuve ce qui, à travers la hantise du « mourir », s’est joué quant aux catégories majeures de la fiction et du mythe, du testimonial et du testamentaire, de l’aveu et du secret, de la non-présence à soi et du retrait, de l’autre (éthique) et de l’être-ensemble (politique), etc. Mais surtout quant à ce qu’il faut bien se résoudre à nommer l’écriture posthume de Blanchot.

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Morale et viennoiserie | nonfiction.fr

Morale et viennoiserie | nonfiction.fr | Lectures en tous sens | Scoop.it
L’ouvrage se présente en avant-propos comme un «antimanuel d’éthique» . Mais il échappe à cette mode presque galvaudée des «antimanuels» : il faut dire que Ruwen Ogien, directeur de recherche au CNRS et auteur en 2003 de Penser la pornographie, a l'art des titres qui retiennent le regard. Cette fois encore, l’un des atouts de cet ouvrage est son caractère particulièrement accrocheur, au-delà du seul titre (L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale ), très représentatif d’une rédaction qui, à tout moment, intrigue et surprend le lecteur.

 

A cet égard, les expériences de pensée proposées au fil de l’ouvrage, «petites fictions inventées spécialement pour susciter la perplexité morale» , atteignent pleinement leur but : «Est-il acceptable de tuer un piéton imprudent pour éviter de laisser mourir cinq personnes gravement blessées qu’on transporte à l’hôpital en urgence ?» L’inceste entre adultes consentants est-il moral ? «Une vie brève et médiocre est-elle préférable à pas de vie du tout ?» «Qui suis-je si toutes mes cellules ont été reconstruites à l’identique ou si tous mes organes ont été remplacés ?»

 

Certaines situations imaginaires, plus insolites encore, font d’abord sourire (ainsi du très loufoque chapitre 13, intitulé «On vous a branché un violoniste dans le dos») avant de déboucher sur des considérations plus graves (en l’occurrence, la question du droit à l’avortement). D’autres titres, qui pourraient avoir leur place en une de magazines («A quoi ressemblerait un monde où la sexualité serait libre ?»), constituent le point de départ d'une réflexion sur la hiérarchisation morale des motifs de nos actions. Chacune des hypothèses proposées au lecteur est finalement le support d’une analyse de nos intuitions morales et de leur origine. A partir des réponses statistiquement fournies dans le cadre de ces différents cas pratiques de philosophie morale expérimentale, Rudolf Ogien retire un petit corpus de règles élémentaires du raisonnement moral, qui se réduisent à quelques principes, eux-mêmes d’ailleurs critiqués au fil de l’ouvrage («De ce qui est, on ne peut pas dériver ce qui doit être», «Il faut traiter les cas similaires de façon similaire»…).

 

(...)

Titre du livre : L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine
Auteur : Ruwen Ogien
Éditeur : Grasset
Date de publication : 14/09/11
N° ISBN : 2246750016

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A. Wald Lasowski, Philippe Sollers. L'art du sublime | Fabula

A. Wald Lasowski, Philippe Sollers. L'art du sublime | Fabula | Lectures en tous sens | Scoop.it
Portrait de Tel Quel en groupe de jazz ? De Philippe Sollers en leader de quatuor ou en clarinette solo ? Le rythme, le swing, la vitesse sont au coeur de l'oeuvre de celui qui compose Paradis ou Improvisations comme une partition musicale. De Purcell à Miles Davis et Paul McCartney, l'écrivain explore l'allégresse de l'écriture (musicale, romanesque, philosophique) comme mouvement, comme puissance d'arrachement.
Nietzsche à Venise, Mozart à Prague, Casanova à Paris, autant de figures qui inspirent Sollers dans sa recherche du "sublime", dans son rapport à l'infini. L'existence, comme l'art, peut-elle devenir un champ d'expérimentation et de renouvellement ?


Réponse de Sollers qui, à travers trois entretiens inédits, sur Haydn, Picasso et Barthes, partage ici passions, admirations ou indignations. Question de goût, partage du plaisir.

 

Directeur-adjoint de l’UFR de Lettres Modernes à l’Université Catholique de Lille, Aliocha Wald Lasowski est membre du comité éditorial de l’Agenda de la pensée contemporaine et signe régulièrement dans le Magazine Littéraire et dans le journal L’Humanité.

 

Aliocha Wald Lasowski a publié Commentaire de L’Enfance d’un chef de Jean-Paul Sartre (Gallimard, 2007), Pensées pour le nouveau siècle (Fayard, 2008), Jacques Rancière. Politique de l’esthétique (Archives Contemporaines, 2009), Rythmes de l’homme, rythmes du monde (Hermann, 2010) et Jean-Paul Sartre, une introduction (Pocket, 2011).

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Les rêves sans réveil d'Arnaud Maïsetti | Carnets d'Outre-Web

Les rêves sans réveil  d'Arnaud Maïsetti | Carnets d'Outre-Web | Lectures en tous sens | Scoop.it

Il est curieux de lire ces Anticipations qui, dans un style c’est-à-dire un rythme d’écriture tout personnel, disent un monde qui nous est commun, que nous reconnaissons, même dans ses lignes les plus fantastiques. Comme si, pénétrés, envahis comme nous le sommes des mêmes courants, des mêmes ondes, la plupart de ces paysages nous précédaient avant lecture ou écriture, et que la littérature s’affirmait justement dans cette mise en commun d’un réseau d’émotions et d’angoisses qu’elle n’avait qu’à mettre au jour et assembler le plus intensément possible.

 

Tremblements de terre, inondations, incendies, mais aussi surveillances policières, contraintes administratives absurdes, déportations sans destination connue, mouvements de population, toutes ces catastrophes que nous narre Maïsetti : depuis combien de temps les connaissons-nous soit par un vécu propre, soit, le plus souvent, par l’exposition tonitruante des écrans et leur mise en scène ?

 

Ce fantastique-là n’est donc pas celui d’un rêve individuel, coupé des autres, mais celui d’un rêve collectif, contre la parole de Héraclite pour qui l’homme endormi vivrait isolé dans son monde. Au contraire, l’homme qui écrit peut ressaisir cette mise en commun onirique que nous connaissons tous, parce qu’il semble que même éveillés les « outils de communication » nous y plongent continuellement.

 

(...)

 

Laurent Margantin

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ADA : Magazine - décembre 2011

ADA : Magazine - décembre 2011 | Lectures en tous sens | Scoop.it

Inédits

Le bourdonnement de la vie,
de Jean-Jacques Marimbert

Cette nuit Où, de Valéry Meynadier

La roue tourne, de Bernard Lonjon

Le médecin, d'Andrée Lafon

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"La femme du métro" de Mènis Koumandarèas | Babelmed

"La femme du métro" de Mènis Koumandarèas | Babelmed | Lectures en tous sens | Scoop.it

Les lumières du gouffre
Cette longue nouvelle se déroule dans l'Athènes des années 70, où au hasard des trajets quotidiens du métro, Madame Koùla croise régulièrement l'étudiant Mìmis, prélude au commencement d'une histoire passionnelle, charnelle, inventant son propre rituel. Le récit est ponctué par la mélancolie grise d'une vie rangée de couple, de famille et de travail, que le temps a peu à peu façonné pour que rien ne perturbe la monotonie rassurante, du moins en apparence, de Madame Koùla. Cette commodité est déstabilisée par le bonheur en mouvement, seul capable de chasser le vieillissement, de donner sens au temps qui passe. Sa vie réglée, comme un métronome, est soudainement envahit par l'énergie et l'envie de vivre du jeune Mìmis.

 

Le récit se déroule presque exclusivement la nuit, à partir du crépuscule, et en plein hiver, période propice pour le questionnement et donnant sens au secret, au repli sur soi et au relâchement après une journée de labeur. Les lieux décrits sont le métro, une taverne populeuse, la garçonnière en sous-sol de Mìmis, les rues sillonnées la nuit, la maison de Koùla, son bureau aux Impôts, des espaces tellement intimes, souterrains qu'ils renvoient à l'inconscient, aux profondeurs, mais aussi à l'enfermement et à la tristesse. La nouvelle est donc obscure, secrète, noire, mélancolique par ses lieux et la grisaille d'hiver que la lueur de l'amour, les battements du cœur, les illumination du visage et les frémissements du corps viennent allumer comme une lampe de chevet.

 

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Face à Sebald, Collectif Inculte | Editions Inculte

Face à Sebald, Collectif Inculte | Editions Inculte | Lectures en tous sens | Scoop.it

À l’occasion du dixième anniversaire de la disparition de W.G. Sebald, cet ouvrage monographique rend hommage à son œuvre. Né en 1944, il est incontestablement l’un des auteurs européens les plus importants de la deuxième moitié du XXe siècle. Allemand, fils d’un sous-officier de la Wehrmacht, et révolté par le silence de son père et de sa génération sur la deuxième guerre mondiale, il a vécu la plus grande partie de sa vie en Angleterre, où il mena une brillante carrière universitaire.

 

Arpenteur infatigable de ­l’Histoire européenne, de ses lieux, de sa mémoire, il ­cherche à recueillir les signes et les indices de ce qui a existé, et que la destruction ou les falsifications historiques ont occulté et dévoyé. Avec une attention particulière pour les migrants, pour les ruines, les friches, les marges, il a tâché, mieux que quiconque, de sauver de l’effacement les ­traces de notre civilisation.

 

«  Les traces laissées par la littérature de Sebald, écrit Enrique Vila-Matas, composent un genre de poétique de l’extinction qui pose au premier plan la consternation de l’écrivain lorsqu’il comprend que tout à ses côtés se déshumanise ou disparaît, que l’Histoire elle-même disparaît.  »

 

Contributeurs  : Emmanuel Adely, Gwénaëlle Aubry, Xavier Boissel, Johan Faerber, Hélène Frappat, Christian Garcin, Hélène Gaudy, Yannick Haenel, Thierry Hesse, Caroline Hoctan, Laird Hunt, Mathieu Larnaudie, Hadrien Laroche, Alban Lefranc, Hélène Ling, Muriel Pic, Oliver Rohe, Will Self, Susan Sontag, William T. Vollmann.

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Attention, Vila-Matas voyage autour de sa chambre | La République des livres

Attention, Vila-Matas voyage autour de sa chambre | La République des livres | Lectures en tous sens | Scoop.it

Quelle idée que d’aller s’enfermer dans une chambre d’hôtel de la rue du Pô à Turin pour y écrire un livre en gardant à l’esprit que Xavier de Maistre avait écrit son Voyage autour de ma chambre tout près de là ! Il n’y qu’Enrique Vila-Matas pour espérer qu’un état de grâce émergera de cette coexistence. Il faut au moins cela pour accepter la pertinence de son postulat : ce que Finnegans Wake et Les Fiançailles de M. Hire ont à se dire. Il n’a de cesse de les combiner et nous demande rien moins que de l’aider dans son processus de mise à nu d’un axe invisible Joyce-Simenon qui avait manifestement échappé depuis les années 30 aux spécialistes tant de l’un que de l’autre, ce qui fait du monde. Et si, en oubliant que l’un usait d’un type de narration romanesque dit classique et l’autre d’un parti pris de radicalité, on constatait qu’au fond leurs tendances n’étaient pas si distantes et qu’il ne s’agissait peut-être que de deux modalités différentes du réalisme ?

 

Voilà ce qui est au cœur de Chet Baker pense à son art (Chet Baker piensa en su arte, traduit de l’espagnol par André Gabastou, 175 pages, 18,80 euros, Mercure de France) qui paraît dans la collection « Traits et portraits » de Colette Fellous, donc agrémenté de photos et de documents de toutes sortes en incrustation dans le corps du texte ; lequel, on s’en doute, n’a rien à voir avec le jazz, la trompette, ou même l’improvisation. Pas l’ombre d’une funny Valentine dans ces pages. A peine si l’on voit passer la silhouette décharnée, la carcasse toute cabossée, le sourire édenté du grand Chet aux pages 124-125. Quoi alors ? Le travail de l’écrivain, une fois encore, puisque Vila-Matas ne cesse de se harceler avec ça. C’est un bartleby barcelonais qui aimerait juste mieux pas démêler le vrai du faux car il n’en sait plus rien. Presque pas d’action et pourtant on ne s’ennuie pas. Du jus de cerveau mais quel ! Tout est convoqué (et en premier lieu ses souvenirs autobiographiques) pour interroger l’art du roman dans un esprit affranchi de toute contrainte, digressif à souhait, indifférent à l’effet produit, uniquement soucieux de contenir sa mélancolie par un jeu avec la syntaxe, même s’il en vient à se demander, comme pour désamorcer une réaction à juste titre redoutée : « Un critique peut-il admettre qu’un courant d’air soit le centre d’un livre ? ». Vila-Matas est le genre d’écrivain qui se demande toutes les dix pages pourquoi il est en train d’écrire ce qu’il écrit, pourquoi il s’arrête et, pire encore, pourquoi il continue. Allez savoir pourquoi ce qui est exaspérant chez d’autres (la littérature sur la littérature, les écrivains qui ne racontent que des histoires d'écrivains) nous attache si fort à lui. Le résultat est aussi foutraque que plaisant. Comment en serait-il autrement lorsqu’on a conçu le projet dément d’exfiltrer Finn et Hire de leurs romans respectifs à seule fin d’organiser leur rencontre historique ? Vila-Matas réussit la prouesse d’obscurcir le personnage solitaire créé par Simenon et d’éclairer l’obscur Finnegan le Constructeur, stathouder de sa main et de l’Ordre de la Difficulté. Ce que c’est d’avoir mis son nez dans les Cahiers de Paul Valéry en ce début de XXIème siècle.

 

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Pierre Assouline

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Enrique Vila-Matas et la source des intrigues romanesques | Fluctuat

Enrique Vila-Matas et la source des intrigues romanesques | Fluctuat | Lectures en tous sens | Scoop.it

Parmi les plus vieux débats de la littérature, on croise souvent celui de la source de l’inspiration, du domaine des histoires et par extension, du caractère fini ou non des situations imaginables et qui peuvent être intégrées à une construction romanesque. Salman Rushdie, il y a quelques années maintenant, avait représenté cela sous forme d’une mer plus ou moins poissonneuse où tous les auteurs venaient s’approvisionner régulièrement en contes et en schémas. Cette mer, sur ce dont on se souvient, n’avait pas de limites connues. La pêche n’y était pas préservée, ni ne nécessitait du reste aucune politique raisonnée ou de gestion des ressources.

 

Parmi l’extraordinaire campagne de réédition des écrits de Enrique Vila-Matas en poche qu’entreprend ce mois-ci Christian Bourgois (à noter les rééditions au même moment de Burroughs, en poche toujours, dont on reparlera), on trouve pour 7 euros, une sorte de petite nouvelle en forme d’essai sur les théories romanesques qui est un vrai bonheur. L’ouvrage s’intitule Perdre des Théories et « raconte », si on peut dire, l’histoire d’un double de l’écrivain, invité à un symposium à Lyon, et vite abandonné par les organisateurs (étrange, étrange, cette affaire) à ses réflexions sur le roman. L’auteur disserte sur Julien Gracq et offre, gratos ou presque, une conception du roman qui tient sur une dizaine de pages et pourrait éclaircir certains horizons curieux. Il revient ainsi page 45 sur notre histoire d’histoires en faisant référence à un article critique qu’il a lu peu avant. Eclairant :

 

« J’ai appris à petits pas à ne plus respecter les intrigues. L’apprentissage est devenu définitif le jour où j’ai lu des déclarations de Vilem Vok dans The Paris Review qui confirmaient mes soupçons : il n’y a qu’un nombre réduit d’intrigues, il n’est nullement indispensable de leur accorder une importance démesurée, il suffit d’en introduire une – presque par hasard- dans le livre qu’on est en train d’écrire afin de pouvoir ainsi disposer de plus de temps pour peaufiner ce qui devrait toujours nous importer le plus, le style. Quels sont ces intrigues ? Vilem Vok l’a clairement dit : « quelqu’un se fourre dans un guêpier puis s’en sort ; quelqu’un perd quelque chose qu’il retrouve ; quelqu’un est victime d’une injustice puis se venge ;… ; quelqu’un n’arrête pas de déchoir ; deux êtres s’éprennent l’un de l’autre et voient de nombreuses personnes s’interposer entre eux ; un virtuose est accusé à tort d’avoir péché et commis un crime ; une personne affronte un défi avec courage, en triomphe ou échoue ; quelqu’un se lance dans une enquête sur une affaire pour trouver la vérité… » »

 

On voit bien que cela ne referme pas complètement le débat. La matière romanesque peut pour d’autres se rapprocher du modèle de l’ADN, quelques brins, identiques ou peu nombreux, dont la recomposition peut donner une infinité de combinaisons. Est-ce à dire que parce que les acides de base sont peu nombreux, le résultat des combinaisons qu’ils forment à l’assemblage n’a que peu d’intérêt ? On peut défendre ainsi le formalisme ou faire l’apologie du tout style. On peut aussi penser tout le contraire et remettre l’intrigue au cœur du cœur. Peut-être après tout est-ce que ce débat qui, sur le papier, paraît le plus intéressant du monde, a de longue date été déjà dépassé par des tas d’auteurs et ne vaut pas tripette. C’est même une certitude. De toute façon, il vaut mieux lire que réfléchir. Ecrire à la rigueur, mais quoi alors ?

 

Benjamin Berton

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« Lacan, envers et contre tout », d’Elisabeth Roudinesco | Les Mauvaises Fréquentations

« Lacan, envers et contre tout », d’Elisabeth Roudinesco | Les Mauvaises Fréquentations | Lectures en tous sens | Scoop.it

Puisque l’on commémore cette année le trentième anniversaire de la mort de Jacques Lacan, il paraît normal que l’actualité éditoriale liée au psychanalyste soit assez riche. Ce qui l’est moins, ce sont les règlements de compte, les invectives, les imprécations et maintenant, a priori, le procès qui viennent entacher l’événement. Certes, dans le petit monde de la psychanalyse, on cultive depuis longtemps l’art du petit meurtre entre amis. Mais aujourd’hui, acteurs principaux et second couteaux se livrent, notamment par articles et déclarations interposés, à une bataille rangée consternante autour de la dépouille du vieux lion flamboyant et controversé.

 

La principale cible de ces attaques semble Elisabeth Roudinesco qui vient de publier un bel essai, Lacan, envers et contre tout (Le Seuil, 176 pages, 15 €). Loin du monument que constituait sa biographie du psychanalyste publiée en 1993 chez Fayard (Jacques Lacan, esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée), cet ouvrage s’attache, de manière synthétique et personnelle, à dresser un bilan des apports que le maître a offerts à sa discipline (en d’autres termes, l’œuvre). Il présente de plus un intérêt majeur, en brossant un portrait de l’homme privé, avec ses qualités, ses contradictions, ses travers agaçants (sa démesure, ses caprices, voire sa tyrannie, sa manie du néologisme, des jeux de mot, du discours hermétique, ses comportements parfois odieux, sa propension à ne pas toujours rendre les livres précieux qui lui avaient été prêtés, etc.). Bref, à partir de traits de caractère significatifs, l’auteure met en lumière toute l’humanité de son modèle. Il ne s’agit donc pas d’une hagiographie – qui eut été dénuée de toute valeur – mais d’un travail d’historien tel qu’elle nous y a habitués. Il y a, dans cet essai, de très beaux chapitres, notamment sur son rapport aux archives, « La Parole et la voix », « L’Amour, la femme ». La section XIII, intitulée « Lieux, livres, objets » se montre particulièrement riche d’enseignements quant au rapport aux objets du psychanalyste, qui était aussi collectionneur.

 

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Philippe Annocque, Liquide | L'Anagnoste

Philippe Annocque, Liquide | L'Anagnoste | Lectures en tous sens | Scoop.it

Sur le rivage, assis sur un banc, un homme d’âge mûr regarde de petites brindilles emportées par le courant du fleuve. L’observateur attentif voit bien qu’il y a dans leurs mouvements apparemment anarchiques un ordre, une régularité, sauf pour certaines d’entre elles « qui sans raison apparente, sans qu’aucun obstacle puisse être identifié s’arrêtent soudain en tournant lentement sur elles-mêmes – et même parfois contre toute attente paraissent remonter contre le sens du courant de quelques centimètres. » Ces brindilles ne participent pas à la chorégraphie générale, elles sont elles aussi emportées par le courant, mais à un autre rythme et lorsqu’elles en accompagnent d’autres, c’est simplement de manière provisoire. Ces brindilles, parce que telle est leur nature – elles n’y peuvent rien –, voient passer les autres, insouciantes, en parfaite harmonie les unes avec les autres et avec les eaux du fleuve. Semblable à l’une de ces brindilles, atypique parce qu’arythmique, le narrateur s’est laissé emporter par le courant de la vie, sans pouvoir faire autrement et en se sentant toujours étranger aux autres.

 

Il se tient là, impassible, suite à son dernier échec, celui de son mariage avec Suzanne qui ne supporte plus sa douce indifférence, sa passivité face aux événements et à la vie. Liquide retrace les flux de conscience du narrateur. Comme les eaux du fleuve, ses pensées et ses souvenirs s’écoulent et, pour mieux marquer cet écoulement, Annocque se joue de la syntaxe, la ponctuation étant réduite à son strict minimum, pour rythmer les flux. Les paragraphes, les chapitres se terminent le plus souvent au beau milieu de phrases dont la fin amorce les suivants. Les passages de chapitre en chapitre se font d’ailleurs, la plupart du temps, par l’évocation de liquides : l’eau du fleuve, d’un torrent ou d’une chasse d’eau, des larmes, du lait d’un biberon, du whisky, une larme, du pus, du sperme, etc. Si cela ne retire rien à la beauté poétique du texte, on peut toutefois regretter que l’auteur, comme nous l’apprenons sur son blog, ait renoncé à un travail plus formel encore sur l’organisation de ses paragraphes, ceux-ci devant, à l’origine, être peu à peu décalés les uns à la suite des autres, comme pour mieux symboliser l’écoulement en cascade des pensées.

 

Sur son banc, il fait le point et se remémore la faillite de son existence, faillite due à son indifférence généralisée face aux choses. Cela ne signifie pas que le narrateur soit froid, distant, mais il est incapable de se sentir concerné, même lorsqu’il aime sincèrement. Ses émotions sont intériorisées et il est incapable de les extérioriser. Malgré l’amour qu’il portait à sa mère, il lui sera impossible de pleurer à ses funérailles, d’exprimer sa peine comme il le faudrait. Ses deux filles, Agathe et Flora, se détacheront peu à peu de lui sans qu’il ne sache l’éviter. Sa passivité est telle que le narrateur n’a jamais vécu sa vie, il a été vécu. Avec Suzanne, il a tout subi : la paternité, l’éducation de ses enfants, ses choix professionnels, ses nouvelles amitiés, ses déménagements réguliers l’éloignant peu à peu de Paris, etc. Sa passivité est telle qu’il est incapable de se rappeler la couleur du papier peint de sa chambre à coucher… Comment se rappeler quelque chose que l’on n’a jamais vu ? Il a pourtant participé à la décoration de sa maison, mais ses goûts sont en réalité ceux de Suzanne, il s’est toujours contenté d’approuver et c’est pourquoi l’aménagement bourgeois de sa maison de province reflète autant sa personnalité que celui plus cosy de son appartement parisien qu’il partagea avec la belle Alexandrine. Jamais décisionnaire, il est l’homme qui approuve parce qu’il n’a aucune raison de refuser.

 

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Enrique Vila-Matas, Dublinesca | L'Anagnoste

Enrique Vila-Matas, Dublinesca | L'Anagnoste | Lectures en tous sens | Scoop.it

Le titre de ce nouveau roman d’Enrique Vila-Matas doit son nom à un poème éponyme de Philip Larkin qui décrit le cortège funèbre d’une vieille prostituée dans les rues de Dublin. Dans l’esprit du Barcelonais, ce poème a une valeur symbolique : celle qui est accompagnée en sa dernière demeure n’est nulle autre que « la vieille et grande putain qu’est la littérature. »

 

La littérature est une nouvelle fois au centre de la réflexion de Vila-Matas. Dans Dublinesca, le lecteur croisera Auster, Rimbaud, Monterroso, Handke, Nabokov, Boccace, Calvino, Shakespeare, Perec, Yeats, Onetti ou encore Brendan Behan, cet « alcoolique qui avait des problèmes d’écritures ». Comme à son habitude, Vila-Matas raconte des anecdotes pour la plupart inventées, donne des citations souvent imaginaires, s’en approprie d’autres et, bien entendu, construit son livre dans l’intertextualité.

 

Après l’écrivain et le lecteur, c’est un acteur essentiel du monde du livre qui apparaît enfin sous la plume de Vila-Matas : l’éditeur, l’éditeur de littérature, c’est-à-dire celui qui n’est pas seulement un marchand, mais qui est animé par la passion des livres. Sans doute inspiré par ses propres éditeurs – Jorge Herralde et le regretté Christian Bourgois, hommes passionnés ayant su construire des catalogues exigeants –, Samuel Riba « a publié la plupart des grands écrivains de son temps ».

Dans notre monde, hélas, les éditeurs de littérature sont condamnés à disparaître. Les grands livres ne se vendent pas. L’époque est à la littérature de consommation, aussi vite lue qu’oubliée. À presque soixante ans, Riba a dû renoncer et fermer sa maison :

 

« Il appartient à la lignée de plus en plus clairsemée des éditeurs cultivés, littéraires. Ému, il assiste chaque jour au spectacle de l’extinction discrète, en ce début de siècle, de la branche noble de son métier – éditeurs qui lisent encore et ont toujours été attirés par la littérature. Il a eu des problèmes il y a deux ans, mais il a su fermer à temps sa maison d’édition qui, en définitive, même si elle jouissait d’un grand prestige, s’acheminait avec une étonnante obstination vers la faillite. En plus de trente ans d’indépendance, il y eut de tout, des succès, mais aussi de grands échecs. La dérive des derniers temps, il l’attribue à son refus de publier des livres qui racontent des histoires gothiques à la mode et autres balivernes, masquant ainsi une partie de la vérité : la bonne gestion financière n’a jamais été son fort et, comme si c’était trop peu, son goût fanatique de la littérature l’a peut-être desservi. »

 

Comme aimait à le répéter Nabokov dans ses cours, une grand œuvre a besoin de rencontrer de grands lecteurs. Or, l’espèce des grands lecteurs est en voie de disparition, condamnant ainsi les grands textes à ne connaître, au mieux, qu’une diffusion confidentielle :

 

« Il rêve d’un temps où la magie du best-seller cédera en s’éteignant la place à la réapparition du lecteur talentueux et où le contrat moral entre l’auteur et le public se posera en d’autres termes. Il rêve d’un jour où les éditeurs de littérature, ceux qui se saignent aux quatre veines pour un lecteur actif, pour un lecteur suffisamment ouvert pour acheter un livre et laisser se dessiner dans son esprit une conscience radicalement différente de la sienne, pourront de nouveau respirer. Il pense que, si l’on exige d’un éditeur de littérature ou d’un écrivain qu’ils aient du talent, on doit aussi en exiger du lecteur. »

 

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