L’insensé- Critique de Nouveau Roman par Antonin Menard | Nouveau Roman Français | Scoop.it

Dans son abécédaire, à la lettre L comme Littérature, Deleuze dit cette chose sur ce que c’est que de construire, que de donner vie à un personnage. La difficulté qu’il imagine à l’élaboration d’un sujet fictif. L’émerveillement qu’il a à découvrir un personnage et la fascination qu’il a à appréhender sa construction. Il pense aux romans de Musil, Melville ou Beckett, mais aussi aux personnages que la philosophie et les philosophes ont inventés comme Platon ou Nietzche. Christophe Honoré se demande lui : « Comment représenter un écrivain sur scène ? ». Comment donner corps et vie sur la scène aux écrivains du nouveau roman. C’est à dire comment figurer, rendre concret des auteurs qui n’ont eu de cesse, dans leur rapport à l’écriture, à l’art de s’opposer, de s’affronter à la notion bourgeoise de récit et de narration. C’est dans la cour du lycée Saint Joseph que « Nouveau roman » s’étale durant 3h45, entracte compris.

 

La scène présente un plateau à 2 niveaux reliés par cinq marches. Le fond de scène est surélevé et l’avant scène se présente comme un petit théâtre antique au centre. Quelques tables rondes accompagnées de fauteuils sont réparties sur le niveau supérieur. La temporalité du décor évoque les années 50-60, entre la moquette verte à fleurs rondes qui recouvre les 80% de la scène et le parquet qui démarque ce petit théâtre. Différents espaces de bureau, de salon, de tribune et tribunal éditorial coexistent sur la scène. Ce sont les bureaux des éditions de Minuit, les salons où les auteurs du nouveau roman débattront, les réceptions à l’occasion d’un prix accordé. Les acteurs endossent chacun une des figures du nouveau roman1 : Lindon éditeur des éditions de Minuit, Pinget, Robbe-Grillet, Simon, Duras, Sarraute, Butor, Mauriac… Mais la forme qui est au cœur des interrogations de ces écrivains, est absente de la représentation. Il n’est développé aucune idée sur le théâtre. Le langage théâtral est celui du boulevard, du clin d’œil, de la parole quotidienne. C’est un contresens vis à vis du sujet. C’est méconnaître l’histoire du théâtre. Je pense particulièrement au travail de Claude Régy qui a mis en scène l’écriture de certain de ces auteurs avec le souci constant de faire entendre l’écriture avant tout....


Via Vincent DUBOIS