Bollène | La Ville réclame 11 millions d’euros à Areva pour l’incident de Socatri | Le Côté Obscur du Nucléaire Français | Scoop.it

Il a fallu près de quatre ans. L’expertise indépendante après l’incident de la Socatri (usine qui traite les effluents uranifères sur le site du Tricastin) du 7 au 8 juillet 2008 et le déversement accidentel de plusieurs dizaines de kilos d’uranium dans la Gaffière et le Lauzon, livre aujourd’hui ses conclusions. 1200 pages. Quatre volumes, qui concluent à la « légèreté de la gestion de l’incident par Areva etses filiales », lance M e François Braud, l’avocat parisien de la ville de Bollène, aux côtés du maire Marie-Claude Bompard.

“Obtenir réparation”

 

Se basant sur cette expertise, la Ville vient donc d’assigner les sociétés Areva, mais aussi ses filiales Socatri, Comurex et Eurodif devant le tribunal de Carpentras. « C’est une action en responsabilité civile pour faire reconnaître les atteintes aux intérêts de la commune et des Bollénois et obtenir réparation du préjudice subi », précise Maître Braud. « Le problème n’est pas uniquement cet épisode du 7 juillet 2008, il est l’illustration de dysfonctionnements récurrents, qui peuvent perdurer si l’on ne modifie pas le système de management au sein d’Areva et de ses filiales. Il y a eu d’autres défaillances anciennes, et il y a encore régulièrement des incidents qui sont signalés à l’Autorité de sûreté nucléaire ».

 

Le 8 août 2008, suite à l’action de la Ville, le tribunal avait nommé un expert indépendant, pour « une analyse de l’événement (causes, effets) et de la réalité du territoire, et des investigations contradictoires », rappelle l’édile bollénoise.

 

« L’expert a notamment estimé que 150kg d’uranium avait fui dans la nature, et pas 74kg comme il a été toujours déclaré, et qu’il y a lieu de réévaluer l’incident (classé1) au niveau 2 sinon plus de l’échelle INES », ajoute M e Braud. Et l’avocat de justifier l’action judiciaire plus largement face à l’ensemble des atteintes à l’environnement : « Il y a un marquage inquiétant des eaux souterraines, une étude de l’IRSN le montre, et il y a un sentiment d’insécurité par rapport à l’exploitant qui est légitime et fondé », poursuit-il.

 

11 millions d’euros. « C’est le préjudice évalué par l’expert », précise le conseil. Préjudice écologique « dans la lignée d’Erika sauf que la pollution nucléaire, ça ne se voit pas en plus, contrairement à la marée noire ».

 

D’image aussi pour Bollène. Et moral.

 

Le maire revient sur le « goût amer » que lui a laissé cet incident, le manque d’information, « l’angoisse des habitants qui avaient bu l’eau polluée »… : « Ce n’est en aucun cas un combat contre le nucléaire. C’était mon devoir envers mes concitoyens de demander cette expertise. On a déjà un environnement dégradé et on n’est pas à l’abri d’événements plus graves. Nous voulons des garanties de sécurité et de santé publique ».