La Faim de l'Histoire
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La Faim de l'Histoire
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La cuvée 2012 des Nobel récompense un écrivain chinois et l'UE - RTS.ch

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La cuvée 2012 des Nobel récompense un écrivain chinois et l'UERTS.chLa saison 2012 des prix Nobel s'est ouverte lundi avec le prix de médecine.
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QUI PEUT T'AIMER MIEUX QUE MOI" / 1ère Partie - Les Nouvelles de Nazieth

QUI PEUT T'AIMER MIEUX QUE MOI" / 1ère Partie - Les Nouvelles de Nazieth | La Faim de l'Histoire | Scoop.it

Annick Attié rédigeait un courrier de relance à adresser à un locataire, mauvais payeur et arrogant, qui voulait jouer au chat et à la souris avec elle. En principe, les versements des loyers se faisaient directement à son agence avant le cinq du mois en cours. Les retardataires, par humanisme, avaient jusqu'au dix pour s'acquitter de leur obligation de paiement. Après cette date on passait à la mise en demeure suivie de menace d'expulsion. Elle ne plaisantait pas avec l'argent des propriétaires dont elle gérait les biens immobiliers. En plus, les cinq pour cent qu'elle prélevait servait à assurer le fonctionnement de sa petite entreprise qui avait pignon sur rue dans la commune de Cocody.
Ce locataire, du nom de Koué, un DJ, ancien boucantier il paraitrait, l'agaçait particulièrement. Ayant refusé de lui louer l'appartement cinq pièces à quatre cent mille francs par mois qu'il convoitait, il avait fait intervenir Lena, sa meilleure et seule amie, afin d'obtenir gain de cause. Le jour de la signature du contrat, il était arrivé accompagné de quelques admirateurs, d'un journaliste à qui elle avait interdit avec menace à l'appui, de prendre des photos, ainsi que quelques gardes de corps armés jusqu'aux dents dont les treillis empestaient le bouc. Elle avait dû user de toute la fermeté dont elle était capable pour obliger tous les acteurs de ce cirque à rester dehors, pendant que leur vedette , vêtu d'un costume à paillette si cintré qu'il paraissait avoir été cousu sur lui, se pavanait comme un paon dans son bureau. D'un geste qu'il espérait majestueux, alors que vulgaire, il avait sorti une liasse de billets qu'il avait posés sur la table. Max, le comptable avait rapidement fait le compte avant que l'affaire ne soit conclu. Or, elle ne savait pas que la somme de deux millions huit cent mille francs CFA, représentant trois mois de caution, trois mois de loyers d'avance ainsi que sa commission équivalant à un mois, serait la dernière du genre. Depuis cette date, il n'avait plus donné signe de vie.
Cinq mois plus tard, elle était donc sur le point de rédiger sa lettre d'expulsion, expulsion dont la mise en oeuvre tournait parfois au pugilat. Par conséquent, pour une telle action, elle employait les gars les plus bodybuildés qu'elle eut trouvé à “Gym Center”, son club de prédilection où elle entretenait sa forme trois fois par semaine. Ceux ci ne ferait qu'une bouchée de la garde rapprochée de son client malpoli.
"Rira bien qui rira le dernier", se disait-elle en jubilant par anticipation. Les doigts au dessus du clavier, les yeux fixés sur l'écran, elle cherchait les mots qui prouveraient son intention irrévocable de ne plus avoir affaire à lui jusqu'à la fin de ses jours. Puis, elle passerait discrètement l'info à titre d'avertissement à ses pairs de la profession.
Mais les phrases bien huilés refusaient de sortir de son cerveau. Au bout de cinq minutes, elle abandonna la partie.

 

En fait, elle n'avait pas le moral. Dans deux jours, elle aura trente ans. En dépit de son refus de le faire, son bilan sentimental, sec et rapide, s'imposait à elle: toujours célibataire, sans gars et surtout sans enfants. Dans son groupe d'amies, elle était la seule à continuer de porter la célèbre et peu seyante coiffe de la sainte Catherine. Depuis sa rupture avec Sylvestre, elle n'arrivait plus à s'attacher. A la seule évocation de ce prénom, elle se transforma en madeleine. Au prix d'un gros effort, elle parvint à se remettre au travail. Quinze minutes plus tard, le courrier dument rédigé et signé était acheminé vers son destinataire par son coursier. A ce moment là son cellulaire se mit à sonner. Les premières notes de "leçon particulière " de Slai, se firent entendre dans la pièce. C'était surement l'appel quotidien de Léna. Elle décrocha, bien décidé à écourter la conversation. Aujourd'hui, elle n'était pas d'humeur à papoter avec cette éternelle joyeuse que rien dans la vie ne semblait ébranler.
"- Coucou ma chouchoute, on dit quoi ?" demanda son amie d'une voix claire et enjouée.
"- C'es toi qui m'appelle, Madame Lemoine ?" répondit Annick que sa gaieté mettait de mauvaise humeur.
"- ijiiii, ricana Lena sans se laisser démonter par cette rebuffade. Tu es de mauvaise humeur aujourd'hui ! Chaque année c'est pareil. L'approche de ton anniversaire te met dans un état épouvantable ! Trente ans, c’est rien, ma puce ! Ce n’est pas un âge canonique quand même !  Tu sais ce qu'on va faire ? On va louer un gars bien membré pour te dépoussiérer un peu. Ton jardin doit être en friche depuis trois ans ! Crois-moi, Sylvestre n’en vaut pas la peine. Deuxième solution, on va prendre des somnifères toutes les deux pour dormir jusqu'au lendemain de la fameuse date. .."
"- Tu es vraiment... l'interrompit Annick qui cherchait les mots pour lui rabattre son caquet. C'est quoi cette affaire de dormir pendant deux jours ?!!!"
Léna changea de sujet.
"- En fait je t'ai appelée pour t'inviter à déjeuner ce midi. Comme ça tu pourras continuer de passer tes nerfs sur moi, les amies étant faites pour ça. Moi Léna, je suis née pour toi !"
Aussitôt, Annick se radoucit. Elle fut sur le point de présenter des excuses, mais elle se ravisa.
"- On va manger où ?" demanda-t-elle sur un ton plus amical.
"- J'ai commandé du foufou chez les petites à zone 4, ça te dit ?
- Ca me parle même ! Tu sais très bien que c'est un de mes plats préférés !
- 13 H c'est bon ?
- oui 13 H !
- bisou !
- bisou."

Annick raccrocha avant de se rappeler qu'elle voulait briefer son amie sur l'affaire du chanteur de coupé décalé. Celle-ci prétendait que c'était un de ses protégés. On ne comptait plus, le nombre d'individus que cette femme au cœur d'or gardait sous ses ailes...

Jusqu'à ce jour, Annick se demandait comment Henri Lemoine, un de ses clients les plus sympathiques avec lequel elle s’était liée d’amitié, avait pu tomber amoureux de Léna à la forme awoulaba.
Au cours de leurs nombreux déjeuners d'affaire, ils avaient fini par se raconter leur vie. Divorcé à quarante ans, il avait abandonné sa carrière de pilote de ligne à Air France. Ensuite, il avait quitté la France pour venir se lancer dans la culture de l'anacarde, dans ce pays qu'il avait adopté.
Après avoir trouvé la villa de ses rêves, Henri l'avait invitée à prendre un verre. Les coups d'œil et les avances qu'ils faisaient aux serveuses tendaient à prouver qu'il aimait les femmes minces. Il l’avait affirmé à plusieurs reprises devant elle. Pourtant, quand il avait rencontré Lena dans l'agence d'Annick, il avait eu le coup de foudre pour elle. Celle-ci, bourrée de préjugés sur les Blancs, renforcée dans sa conviction par ses lectures et les témoignages publiés sur le net, refusa tous les rendez vous qu'il lui proposa. En effet, selon cette dernière, les Blancs draguaient les femmes noires en vue d'assouvir leurs bas instincts. Par ailleurs, elle trouvait l'insistance de son soupirant suspecte parce qu'elle n'avait pas la forme des "gos" qui plaisaient aux Blancs. Et pourtant, Lena l'avait séduite avec son joli visage, sa taille extrêmement mince et ses hanches rebondies : 36/38 en haut et 42/44 en bas comme elle le clamait fièrement. De guerre lasse, il sollicita l'intervention d'Annick qui accepta, à la demande de Lena, de les chaperonner durant leurs premiers rendez vous jusqu'à ce qu'elle se rende compte que tous les Blancs n'étaient pas pareils.
*****

 

A cinq heures du matin, Annick ouvrit les yeux. Le jour tant redouté était enfin arrivé. Dans cette chambre magnifiquement décorée, aux couleurs dominantes de beige et de rose, elle ressentit un affreux sentiment de solitude. Remontant la couverture sur elle, elle se mit dans la position du fœtus et pleura à chaudes larmes. Quelques minutes plus tard, elle décida de forcer le destin en allant sur quelques sites de rencontre conseillés par Lena.
Après avoir rempli le formulaire d'inscription, elle ajouta une de ses plus belles photos; laquelle la représentait debout à son secrétariat vêtue d'un cache cœur rose fuschia sur un jupe courte noire en crêpe de chine. En quinze minutes, elle reçut plusieurs demandes de rencontres. Elle parcourut en faisant la moue, les photos des connectés. Aucun ne ressemblait au prince charmant.
"A croire que les beaux gosses ne viennent pas sur les sites de rencontres" se dit-elle, dépitée.
Soudain, elle éclata de rire à la vue d'un candidat au physique peu avenant qui insistait sur la beauté de ses futures correspondantes.
"Pas possible, se dit-elle en riant de plus belle. Il est gonflé le mec. Il s'est bien regardé ?".

Délaissant son ordinateur, elle se rendit dans la cuisine de son vaste trois pièces pour se préparer du thé dans lequel elle ajouta un nuage de lait ainsi qu'un carreau de sucre. Puis elle revint dans sa chambre en sirotant son breuvage à petites gorgées. Elle posa sa tasse sur la table de chevet et reprit sa prospection. Deux heures plus tard, elle éteignit son ordinateur profondément déçue de n'avoir rien trouvé d'intéressant. Néanmoins, elle était soulagée parce que son orgueil était sauf : trouver un homme par le biais du net était la dernière chose qu'elle ait eu envie de faire.
D'humeur maussade, elle se traina de la chambre à la salle de bains. Ensuite, elle choisit dans son immense dressing , une petite robe blanc cassé en lin qu’elle agrémenta d’un carré de soie Hermès de composition florale rouge, noué en cravate autour de son cou. Ses cheveux mi long maintenus à l'arrière par un gros chouchou en velours noir, assorti à ses escarpins, dégageait son visage aux traits parfaits dénué de tout maquillage.
Au bureau, elle s'efforça vaillament de répondre avec entrain aux vœux que lui présenta son personnel.
*****************


"- Je suis basé à San Pedro, expliqua son premier client de la journée. Cependant, je recherche un pied à terre à Abidjan. Un appartement ou une villa de quatre pièces avec piscine de préférence dans un quartier résidentiel."
Pendant qu'il remplissait le formulaire, Annick l’observait discrètement, comme elle le faisait pour tous ses clients. Assez bel homme, la trentaine, il était simplement vêtu d'une chemise en pagne gris bleu sur un pantalon gris. Annick savait qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. "ce n'est pas nécessaire de s'habiller comme un pacha pour louer une villa à plus d’un million de francs par mois". Elle avait vu tant de choses invraisemblables dans son agence que plus rien ne la surprenait.
Elle fit pivoter son fauteuil pour prendre le gros album dans lequel figurait des photos de villas, appartements, bureaux, entrepôts, boutique, magasin etc. Ce faisant, elle l'ouvrit à la bonne page avant de le lui présenter.
"- Monsieur Nongba, fit elle, un doigt parfaitement manucuré pointé sur une photo représentant une villa de type manoir en format plus réduit situé à la Riviera, je crois que celle-ci fera l'affaire comme pied à terre. En plus vous n'aurez que des ambassadeurs comme voisin. Ce qui veut dire quartier sécurisé."
Annick avait appris à deviner au jugé le gout de ses clients. A ce sujet, elle se trompait rarement
"- Monsieur Kangah le responsable des visites vous conduira sur les lieux, afin que vous vous fassiez votre propre opinion."
Son client ne jeta qu’un bref coup d'œil sur la photo. Quelque chose semblait le tracasser. Il hésita, puis finalement se jeta à l’eau.
"- Etes vous occupée, demanda-t-il. En fait je souhaiterai faire la visite en votre compagnie."
"- Désolée, refusa-t-elle.J’ai plusieurs rendez vous ce matin."
Elle lui adressa un magnifique sourire afin d’atténuer son refus.
"- Je voulais joindre l'utile à l'agréable" avoua-t-il en souriant.
Sachant qu'elle était "l'agréable qu'on devait joindre à l'utile", elle ne lui rendit pas son sourire. "En voilà encore un qui s'amène avec ses énormes sabots. Il tombe mal aujourd'hui car je ne suis pas d'humeur à badiner ou à roucouler".
"- Vous trouverais-je à mon retour ?" demanda-t-il.
"D'après toi, où voulais-tu que j'aille, se dit elle alors qu'elle lui souriait gentiment. Au marché peut-être !"
"- Oui bien sur, je serai là répondit-elle. Au cas où ma proposition vous conviendrait, c'est avec moi que vous allez signer le contrat de bail."
"- Elle me conviendra parce vous l'avez choisi, fit-il l'air content de lui. C'est même vous qui allez l'habiter."
Elle entendait ça tous les jours. Aussi ne releva-t-elle pas sa dernière sortie.
"- Donc je vous dit à tout à l'heure, conclut-il en se levant. Je reviens très vite."
"Ma parole ricana-t-elle intérieurement, on se croirait à un rendez vous galant".

Après le départ de son client, ses pensées la ramenèrent à la vacuité de son existence. "Dire qu'à la même date l'année dernière, je clamais à qui voulait m'entendre que je fêterai dans douze mois mon anniversaire avec l'homme de ma vie que j'aurais entretemps rencontré . Par ailleurs, mon horloge biologique tourne à la vitesse grand V. Mon Dieu, il est où mon prince charmant ? Trente ans aujourd'hui. Et toujours aucun gars à l'horizon !".
La sonnerie du téléphone vint interrompre son conciliabule.
"- Oui Régine, fit-elle sur un ton qui semblait dire "j'espère que tu ne me déranges pas pour rien".
Sa secrétaire semblait avoir compris le sous-entendu. Elle prit un ton solennel en roulant les "r". Ce qui eut le don d'agacer prodigieusement sa patronne.
"- Madame Attié, votre rendez vous de 11h vient d'arriver."
Annick jeta un coup d'œil sur son agenda.
"- Fais-la patienter cinq minutes dans la salle d'attente. Propose-lui à boire en attendant que je la reçoive.

La jeune femme se rendit dans la salle d'eau, défroissa sa robe,s’aspergea le visage puis demeura quelques instants immobile devant son miroir. Enfin, elle mit une touche de rouge à lèvres avant de reprendre le sens inverse.

 

"- Waow, s'exclama Madame Traoré en regardant autour d'elle. Ces tableaux sont magnifiques ! De surcroît, les tapis d’orient ainsi que les beaux fauteuils en rotin donnent un cachet particulier à cet endroit. C'est la première fois que je vois une agence immobilière décorée comme celle des tops models. Vous ressemblez à un mannequin vous même... Je suppose qu'on vous l'a déjà dit mille fois. Dites moi, chère madame, je peux avoir le nom de votre décorateur ?"
"- Elle est devant vous," répondit Annick modestement.
"- Pas possible, s'émerveilla la cliente. Ne gâchez pas ce talent, hein, ajouta-t-elle en la menaçant du doigt. D'ailleurs, à mon retour de Dubaï, je vais vous donner votre premier marché !"
Elle consentit enfin à s'assoir pour aborder l'objet de sa présence en ces lieux.
"- Je cherche des magasins aux Deux plateaux, rue des Jardins, en première option. Au cas où vous n'en trouverez pas de ce côté, derrière le marché de Cocody ferait très bien l'affaire. Détail important, le prix importe peu. Je veux juste un joli coin pour vendre des sous-vêtements de luxe. Bien entendu, je vous inviterai le jour de l'inauguration. Si j'étais certaine de votre accord, je vous proposerai de présenter certains de mes modèles, belle grande et bien faite comme vous l'êtes !"
Annick se contenta de sourire poliment à cette proposition. Par contre, elle sortit encore une fois son press book, et le présenta à sa cliente.
"- Pour la visite, seriez-vous libre cet après midi à 16H, où demain dans la matinée ?" demanda-t-elle.
"- Pourquoi pas maintenant ?" proposa son vis à vis, visiblement déçue.
"- Mon responsable des visites est en rendez vous à l'extérieur."
"- Pourquoi pas vous ? renchérit cette dernière. Je vous invite à déjeuner après. Je profiterai de l'occasion pour vous demandez, si ce n'est pas indiscret, comment une si jeune personne comme vous a pu créer une entreprise aussi prospère.
"Et puis quoi encore s'indigna la patronne des lieux en son for intérieur. Qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir me trimballer à leur suite. En plus, je ne suis pas une si jeune personne. J’ai trente ans depuis quelques heures."
Aussitôt ses pensées la ramenèrent vers le bilan négatif qu'elle faisait depuis ce matin. Elle refusa gentiment les propositions de sa cliente.

 

Une heure après, son client de 10H revint de sa visite. Il lui tendit un énorme bouquet de roses blanches, jaunes et rouges en lui souhaitant un joyeux anniversaire. Au passage, il s'autorisa un baiser sur la joue. Elle lança un regard furieux à son responsable qui haussa les épaules en signe d'impuissance.
"- Je suis désolé de vous surprendre ainsi. Surtout, n'en veuillez pas à ce jeune homme. Comme je prenais mon temps alors que l'heure tournait, il a été obligé sous la contrainte de m'informer sur son urgence. Il semblerait qu'il vous ait réservé une surprise. Je prends cette surprise à mon compte en vous invitant tous dans le restaurant de votre choix. Cela dit, je vous informe que la villa me plait beaucoup."
La jeune gérante fut soulagée et heureuse d'entendre cette bonne nouvelle. Cependant, elle n'avait pas envie de déjeuner avec qui que ce soit en dehors de Lena; laquelle l'emmènerait dans un café pour s'empiffrer de glaces et de crêpes dégoulinantes de chocolat chaud. Très bon remède pour son moral en berne.
"- Je suis déjà invitée par ma meilleure amie" dit-elle en faisant mine de regretter de ne pouvoir honorer son invitation.
"- Demandez-lui de se joindre à nous, suggéra-t-il. Désolée de m'imposer ainsi, mais je tiens à fêter votre anniversaire.
N'ayant plus le choix, elle fit contre mauvaise fortune, bon cœur.
"- Charles, dit-elle en se tournant vers le responsable de tout ce chamboulement. Avertis Régine ainsi que les commerciaux qu'on déjeune tous chez "Georges" sur l'invitation de Monsieur... heu, elle jeta un coup sur sa fiche mais il la devança.
"- Frank Levy Nongba, pour vous servir" fit-il en inclinant légèrement la tête.

 

Dehors, une Mercedès-Benz Classe S grise, stationnée derrière sa petite Peugeot Clio rouge qu'elle appelait affectueusement "Loulou belle", obstruait la sortie du parking réservé à son agence. Son client devança ses questions en lui ouvrant la portière.
"- Je me suis permis de me garer derrière vous en espérant qu'on irait ensemble au restaurant."
Elle fut sur le point de se rebiffer contre une telle audace, pourtant elle se retint à temps. Il n'avait pas encore signé le contrat de bail de la villa de quatre pièces avec piscine olympique ! En effet, on approchait de la fin du mois. Donc cet argent sera une aubaine pour l'agence. On ne crache pas sur une commission de 150 0000 FCFA quand on est un chef d'entreprise. “Même quand on ne l'est pas d'ailleurs, se dit-elle”. Il sera toujours temps de l'envoyer paître quand tout sera ok. De surcroit, il avait un magnifique véhicule. Elle en constatait même les résultats dans les regards éblouis de ses voisins de palier en train de les épier par la fenêtre. Avec un sourire narquois, elle imaginait aisément leurs commentaires, surtout ceux des deux sœurs gérantes d’un cyber voisin qui la considérait comme la jumelle de Jézabel. Elle s’en moquait éperdument. Déjà qu'ils la trouvaient snob, hyper sophistiquée, chichiteuse, autant leur donner du grain à moudre. Pendant ce temps, à son insu, Franck fut ébloui par sa façon élégance de s’installer sur le siège : elle prit le temps de s'asseoir, puis rentra les deux jambes dans un mouvement gracieux.
******

 

Quand elle fit son entrée "Chez Georges", Lena, qui les avait devancés, se leva et se mit a applaudir en entonnant un "Happy birthday" aussitôt repris en cœur par l'assemblée. Suivie de sa troupe, Annick franchit la haie d'honneur, constituée du personnel, du directeur du restaurant en personne ainsi que quelques clients qui avaient accepté de bonne grâce de jouer le jeu, jusqu'à la table magnifiquement dressée à son intention. On voyait que les indications de Lena avaient été respectées à la lettre. La nappe, les serviettes, les bougies, les bouquets de fleurs se déclinaient en rose et beige, ses couleurs préférées.
"- Toi, dit-elle en embrassant chaleureusement la chanteuse d'un jour, tu ne changeras jamais. Comment as-tu fait pour convaincre les clients snobs de ce restaurant de m'applaudir ?"
"- Je leur ai dit que j'organise ton incroyable anniversaire, répondit Lena en la serrant dans ses bras... " C'est quel coup ?" murmura-t-elle en parlant de l"inviteur" sans jeter un regard vers lui pour ne pas paraitre impolie.
"- Ma chère, est-ce que moi-même je sais ? s'interrogea Annick. Maintenant, libère-moi parce qu'il attend son tour pour te saluer. En plus, je suppose que tu as rendu hommage appuyé à Monsieur "Trouillard", au vu du niveau de la bouteille posée devant toi !"
Elles éclatèrent de rire.
Puis, Annick fit les présentations pendant que son personnel s'installait un peu plus loin.
"- C'est quoi ces salamalecs ! Pourquoi n'êtes vous pas placés sur la même table que nous ?"
Kangah encore lui, décidément c'était son jour, s'approcha d'elle afin de plaider leur cause. En effet, ils préféraient la laisser avec son client et son amie. Elle donna son accord. En revanche, elle profita de l’occasion pour le menacer des pires représailles si l'envie lui prenait de recommencer à la vendre moins cher.

Sans écouter ses explications, elle prit place aux côtés de Léna et de Franck qui ne cessait pas de la dévorer des yeux. Il se demandait depuis ce matin ce qui lui arrivait. Elle n'était pas du tout son style avec sa silhouette longiligne, ses fesses plates ainsi que ses seins menus. Il préférait les courbes rebondies et les poitrines plantureuses. Cependant, elle lui plaisait. Elle avait quelque chose qui le clouait sur place. Par ailleurs, de mémoire d'homme, jamais il n'avait vu autant de classe, il appelait ça "chichi réunit dans une seule et même personne".

 

Contrairement à son amie, Léna s'entendit à merveille avec Franck. Conquis par son charisme et son charme, il l'invita à passer un weekend end avec son mari à San Pedro, en espérant secrètement qu'elle viendrait avec sa camarade, "la blanche" comme il avait décidé de la surnommer. Lena savait que Franck n'était pas le compagnon idéal selon les critères d'Annick. Cependant, elle mettra tout en œuvre pour que ça colle entre eux. Quand elle le chuchota à sa copine, celle-ci se contenta de sourire.
*****

 

Le lendemain matin, Annick dirigeait la réunion quotidienne avec son équipe lorsque Régine entra dans la pièce, suivie d’un inconnu âgé d'une vingtaine d'années qui lui remit une clé de voiture avant de lui présenter un reçu au bas duquel il lui demanda d'apposer sa signature. Machinalement, elle obéit avant de se précipiter dans son parking avec ses employés. Une JAGUAR XF Sportbrake couleur crème, décorée d'un gros nœud rose fuschia, y stationnait. A côté de ce puissant bolide, "Loulou belle" sa petite Clio paraissait toute menue.


Elle découvrit sur le siège du chauffeur, une carte de visite sur laquelle était écrit: "Accepteriez-vous d'être mon invitée à San Pedro, au jour et heure qui vous conviendront ?". Il avait ajouté  en post scriptum: "cette Jaguar vous ressemble. Elle est longue et féline comme vous. Encore une fois, JOYEUX ANNIVERSAIRE! Signé FLN"

*****

 

Note sur l'auteur :

 

Ecrivaine ivoirienne, Nazieth Tapé vit et travaille à Abidjan (Côte d'Ivoire).

 

Vous avez aimé cette nouvelle et vous attendez avec impatience la suite ? Vous pouvez le lui dire en lui laissant un petit mot en commentaire. Je me ferai un plaisir de le lui faire suivre.
Vous pouvez également la contacter directement via son adresse email tapnazieth@yahoo.fr

 

Vous pouvez également acheter son livre qui ne coûte que 2€ via amazon
http://www.amazon.fr/dp/B008ADKHPW/ref=cm_sw_r_fa_dp_8eb5pb0YKK5V8

Ce faisant, vous l'aidez à assurer sa connection internet pour continuer à écrire et partager avec nous.

Nazieth Tapé - Contemporary Reading
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le tiers livre : appel à manuscrits : 1 fiction, 1 euro, 1 heure, chaque semaine

le tiers livre : appel à manuscrits : 1 fiction, 1 euro, 1 heure, chaque semaine | La Faim de l'Histoire | Scoop.it

Chaque vendredi matin, publie.net proposera, toutes librairies numériques confondues, un texte bref, entre 25 et 40 pages équivalent papier, 4 000 à 7 000 mots.


Il s’agira de textes fictionnels et d’expérimentation, tous genres confondus. Ils seront simples à coder et mettre en forme. De même, la couv sera faite au plus simple.

 

Priorité bien sûr aux auteurs publie.net, comme laboratoire, extension, dérive, mais le rythme hebdomadaire permettra un large choix (d’ailleurs, si on a 2 ou 3 textes bien, on ne se privera pas de les mettre en ligne par 2 ou par 3).

 

Une économie mini : texte vendu 0,99 cts, cela veut dire recette nette éditeur 0,56 cts, soit selon le principe du partage égal des recettes 28 cts par texte téléchargé – si vous en vendez 100 ça vous fait presque un petit restau. On fait le compte au bout du 3ème mois, vous nous dites si on laisse en ligne ou si – hop – on fait disparaître.


Via liminaire
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CONCOURS LITTÉRAIRE DE L’AECI | 225nouvelles

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Fidèle à ses objectifs de promotion des belles lettres, par la détection des talents littéraires, l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire (AECI), organise un concours national dans les genres suivants : poésie, nouvelle, théâtre, innovation stylistique....

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Wolfgang Iser : L'Appel du texte | Editions Allia

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Si, comme 'l'art de l'interprétation' aimerait nous le faire croire, la signification était vraiment dissimulée dans le texte même, on pourrait se demander pourquoi les textes jouent ainsi à cache-cache avec leurs exégètes. Qui plus est, pourquoi les significations, une fois trouvées, se transforment à nouveau alors que les lettres, les mots et les phrases ne changent pas ? Ce mode d'interprétation, qui cherche le sens sous-jacent des textes, n'est-il pas en train de les rendre sibyllins ? Et ne résilie-t-il donc pas lui-même son but avoué, à savoir apporter aux textes lumière et clarté ?

 

Balayant d'emblée les gloses interprétatives des textes littéraires, Iser s'attache exclusivement à la relation qui s'établit entre le texte et le lecteur au moment même de la lecture. Et à la signification qui en découle. Loin d’être figée, cette signification se renouvelle à chaque lecture. Car un texte littéraire, par nature transhistorique, ne vit qu'actualisé par la lecture. Et l'indétermination en constitue un facteur central au point qu'Iser la pose en condition de la qualité littéraire. Les intentions potentielles qui en émanent ne sont non pas contenues dans le texte, comme pourrait nous le faire croire l'herméneutique, mais découlent au contraire de la lecture. C'est ainsi l'expérience personnelle du lecteur qui comble les non-dits volontaires du texte et qui le fait advenir au présent. Iser hisse la conscience individuelle du lecteur en sujet. De quoi interroger notre propre expérience, nous faire saisir notre place et notre rôle dans la reconnaissance de la qualité littéraire d’un texte.

 

Traduit de l'allemand par Vincent Platini.


Via E. Legros Chapuis
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Concours d'écriture pour les 60 ans du livre de poche | Angie's Shelf

Concours d'écriture pour les 60 ans du livre de poche | Angie's Shelf | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
En 2013, les éditions du livre de poche vont souffler leurs 60 bougies ! A cette occasion, ils ont décidé d'organiser un concours d'écriture en partenariat avec le site communautaire “WeLoveWords”. Un des membres de cette ...
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Lecture numérique : « Le baiser de la mouche » de Chris Simon | IDBOOX

Lecture numérique : « Le baiser de la mouche » de Chris Simon | IDBOOX | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Après  La couleur de l'œil de Dieu, recueil de six nouvelles ciselées aux personnages d'une profondeur psychologique inattendue, Chris Simon sort son (Lecture numérique : « Le baiser de la mouche » de Chris Simon
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Suggested by Ucka Ludovic Ilolo
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African Poetry Book Fund | Promoting the Poetic Arts of Africa

African Poetry Book Fund | Promoting the Poetic Arts of Africa | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Home Page of the African Poetry Book Series...
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Le Blog du LABO BnF: Faites vous-même votre livre numérique au format EPUB

Fiche pratique de 8 p.


Via Alice Stardust
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Vos communiqués de presse » Le Corrigeur : conseiller en écriture

Vos communiqués de presse » Le Corrigeur : conseiller en écriture | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
L'écriture est et restera un moyen de communication commun dans les années à venir. Ainsi, lorsque vous communiquez par écrit, vous êtes jugé sur votre syntaxe, votre grammaire et votre orthographe. Une personne qui ne ...
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Quelle est la recette magique pour devenir un écrivain « bankable » ?

Quelle est la recette magique pour devenir un écrivain « bankable » ? | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Un chiffre annonce l’effervescence de Saint-Germain des Prés pour la rentrée littéraire : 646 romans seront publiés, dont 426 auteurs français et 220 étrangers. Dans les cartons, des écrivain...
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Une lettre de Charles Dickens passera sous le marteau

Une lettre de Charles Dickens passera sous le marteau | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Une lettre de Charles Dickens inconnue pour des scientifiques qui étidient son travail, dans laquelle il discute de la taille de l'indemnité pécuniaire pour sa femme, sera vendue aux enchères au Royaume-Uni.
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La lecture d'un tableau de peinture

La lecture d'un tableau de peinture | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Essayez d'oublier un peu la cuisine la mode et tout ce qui va avec et occupez vous du monde artistique le monde de l'image et de la peinture car toute activité qui cherche à travers les tableaux et les images se définie ...
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Media Mosaique - Splendeur d’un après-midi d’hommages à Joël Des Rosiers | General

Media Mosaique - Splendeur d’un après-midi d’hommages à Joël Des Rosiers | General | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Les nouvelles du monde entier et celles des communautés culturelles du Québec, actualités, sports...
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Le Nouvelliste - Le prix de poésie du Salon international du livre de Ouessant attribué à Anthony Phelps

Le Nouvelliste - Le prix de poésie du Salon international du livre de Ouessant attribué à Anthony Phelps | La Faim de l'Histoire | Scoop.it
Le prix de poésie du 14e Salon international du livre insulaire de Ouessant a été attribué au poète Anthony Phelps pour son recueil « Nomade...
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