La morale laïque : c’est normal Monsieur le Ministre ? | Bakchich | L'enseignement dans tous ses états. | Scoop.it

A l’annonce de Vincent Peillon d’instaurer l’enseignement de la morale laïque à l’école, les sondages ont été dithyrambiques, voire soviétisants, avec plus de 90% d’opinions favorables.

En fait, rien de plus « normal » ! Qui pourrait répondre non à cette question : « Approuvez-vous l'introduction à l'école de cours de morale laïque, durant lesquels seraient enseignés aux enfants les principes et les comportements du 'vivre ensemble' dans notre société».

Autrement dit, comment obtenir une caution éthique en formulant une question qui ne l’est pas ? Car c’est bien d’éthique qu’il s’agit.

Les politiques, à l’instar de NKM, sont souvent hors sujet : "La République (…) est censée garantir le vivre ensemble qui passe par l'attachement à des valeurs politiques. (…) cela sous-entend une véritable réflexion collective sur la morale qui prévaut dans notre société, puisque chaque société humaine se dote de normes qui régissent les comportements publics et privés de ses membres".

Comme si, en France, la morale ne pouvait s’incarner que par les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité ! Ou encore, comme si elle relevait de la bonne observation des règles et des lois...

...Albert Camus méditait cette phrase magnifique de son père : «Un homme, ça s'empêche.» En effet, ce qu’Alain Finkielkraut nomme «la décence ordinaire» consiste à refuser aux individus le droit de se décharger de leurs responsabilités sur les autres et de penser que la source du mal est la société. «A l'école, on doit apprendre à se conduire dignement». Certes.

Si la finalité est de rendre de futurs citoyens plus aptes à adopter des comportements éthiques pendant (et après leur scolarité), sans doute faudrait-il mettre à contribution des visions, des analyses et des éclairages issus de tous les milieux et ne pas laisser les enseignants s’exprimer seuls, à partir du seul contexte qu’ils connaissent : le monde de l’Education nationale.

En somme, si M. Peillon veut promouvoir la «morale laïque», espérons qu’il la traduise par la faculté, en dehors des seules valeurs de la République : de «savoir réfléchir par soi-même et s’exprimer exactement, savoir éviter les duperies de la propagande et les malentendus avec autrui, savoir raisonner et prévoir, n’est-ce pas la suprême liberté…?», comme l’avait si bien senti Jacqueline de Romilly ?