Que de moments volés à la littérature | L'enseignement dans tous ses états. | Scoop.it
Oui, l'on peut encore enseigner la littérature ; la vraie littérature, même à l'âge dit ingrat. Au XXIe siècle, il faut plus que jamais ouvrir l'élève aux mondes de la littérature vivante ; et plus largement de l'art.

 

Enseigner la littérature aujourd'hui... Injonction paradoxale ? C'est ce que nous amènent à penser "Les Textes" ; non les Saintes Ecritures, mais les indigestes Bulletins officiels où se succèdent réformes et contre réformes, anciens et nouveaux programmes, et qui sont censés contraindre l'enseignant à repenser sans cesse sa pédagogie pour se conformer au désir d'une divinité cachée... Nous, enseignants de littérature, devrions être d'éternels Saint Pierre, prêts à renier sans cesse notre credo de la veille. Il nous faut donc résister, ignorer, voire combattre ces "modes" si elles entravent notre enseignement.

Car c'est bien de cela dont il s'agit : l'arrivée du fameux "socle commun des compétences et des connaissances" détruit résolument le travail de ceux qui sont sur le terrain et qui tentent, avec toute leur énergie et leur savoir, de faire de l'école, du collège et du lycée des lieux d'apprentissage et de plaisir. L'enseignant, de littérature en particulier, voit sa mission réduite à cocher des cases par milliers tout au long de l'année pour savoir ce que l'élève a acquis, n'a pas acquis ou serait en train d'acquérir.

Pour faire correctement son travail comptable, il doit évaluer de façon sommative ou formative (encore des gros mots...), mettre en place des ATP (aides au travail personnel), des PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative), des PDMF (parcours de découverte des métiers et des formations) ou autres acronymes intrusifs, invasifs, corrosifs dont l'Education nationale s'enorgueillit. Ne réduisons donc pas l'élève à une somme d'items formant des piliers bien peu stables d'une connaissance bien fragile... N'engluons pas leurs esprits en devenir dans le carcan du LPC (livret personnel de compétences). L'enseignant-Shiva passe des heures à des tâches qui dévorent son temps de réflexion. Que de moments volés à la littérature !

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Enseigner c'est oser ; enseigner la littérature, c'est oser étudier Pierre de Marbeuf comme Barbara, scander comme slamer, écrire au stylo plume comme présenter un power point. Enseigner la littérature, c'est être curieux de tout, toujours au fait des recherches sur la langue, sur la mémoire, à l'affût des expériences menées çà ou là, comme une écriture déambulatoire avec les élèves de 6e sur les bords du canal Saint-Martin, qui mène à une ébauche de livre électronique... Etre d'un autre temps mais aussi de son siècle. Croire en soi mais surtout en l'élève. Et cette émotion, ce partage, cette complicité, nul item coché dans un aride tableau du LPC ne pourra jamais les évaluer...