Grèce : dans les griffes d’Aube dorée | L'enseignement dans tous ses états. | Scoop.it
Fragilisés par la crise et le chômage de leurs parents, les adolescents sont une cible privilégiée du parti d’extrême droite qui tente de recruter jusque dans les lycées.

 

Il est 8 h 30 ce matin-là, en janvier, et l’agression du garçon de 17 ans provoque immédiatement un mouvement de panique. Les hurlements des élèves alertent les responsables de l’établissement. «Les agresseurs se sont enfuis, Phivos était couvert de sang, je l’ai emmené à l’hôpital dans ma propre voiture. On a tous eu très peur», se souvient Lena Daminopoulou, la proviseure du lycée. Plusieurs mois après le drame, elle refuse pourtant de spéculer sur les motifs et l’identité des agresseurs : «L’un d’eux a été arrêté car Phivos l’avait reconnu. Pour le reste, l’enquête est en cours et c’est à la police de se prononcer.» Elle ne peut toutefois s’empêcher d’évoquer «un cercle habitué à la violence», «un climat politique un peu particulier» et «le besoin de protéger les enfants». Avant de lâcher : «C’est un incident regrettable, mais nous sommes vigilants. Dans d’autres banlieues voisines, à Kallithea, à Glyfada, les risques de dérapages sont bien plus nombreux. Il y a même des élèves qui font le salut nazi en entrant en classe ! Dans ces écoles, ils sont déjà bien présents.»...

 

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Depuis quelque temps, Aube dorée s’intéresse ouvertement à cette jeunesse déstabilisée. Avec des succès divers. L’université, farouchement à gauche, reste une forteresse impénétrable pour elle. En revanche, les plus jeunes représentent une cible de choix. Comme le révèle une vidéo diffusée en février sur le site officiel d’Aube dorée : on y voit une vingtaine de gamins, âgés de 6 à 10 ans, invités au siège du parti pour un cours d’histoire célébrant les vertus des Grecs anciens.

Parallèlement, un député néonazi s’est insurgé contre l’«inacceptable» journée de commémoration de l’Holocauste dans les écoles grecques. Un mois plus tard, en mars, le même révélait le projet du parti d’ouvrir sa propre école privée.

Aube dorée tente surtout de séduire la jeunesse de façon plus subliminale en attisant la révolte contre la crise. «Beaucoup de jeunes se sentent humiliés par les difficultés de leurs parents. Ils peuvent se montrer sensibles à un discours qui flatte leur fierté bafouée», soupire Vagelis Marinis dans le hall du lycée dont il est le directeur, à Perama, au Pirée. A quelques mètres de lui, des lycéens piochent pommes et sandwichs dans de grands cartons. C’est l’heure de la distribution, comme chaque matin depuis la rentrée de septembre. «Nous savons que certains élèves ne mangent plus à leur faim. D’autres se contentent d’un plat de pâtes en guise de petit-déjeuner. Ils n’en parlent jamais ouvertement, ils ont trop honte. Alors nous avons décidé de faire appel à une ONG qui distribue des repas dans plus de 150 écoles», souligne ce quinquagénaire....