Les élèves sans histoires ont aussi du chagrin - Echos de vie scolaire | L'enseignement dans tous ses états. | Scoop.it

F. est en Bac, je la connais assez peu ; finalement beaucoup mieux depuis qu'elle est interne. F est une bonne élève. L'avantage des internes, c'est qu'on les connaît même quand ils et elles sont des élèves qui travaillent et ne font pas de bruit...

F. vit dans une classe sympa, elle sourit souvent, elle est polie, elle a des discussions « de grands », elle soutient ses ami-es, elle est bien sous tous rapports. 

Mais un jour, F., après quelques semaines assez tumultueuses qui ont secoué la classe ; un jour, F. craque le beau vernis. 

Quelques minutes avant un cours de sport, elle ne trouve plus son sac, elle pleure toutes les larmes de son corps en arrivant à la vie scolaire. Elle pleure son sac noir et doré qu'elle aime tant, et n'arrive pas à prendre un peu de recul sur l'évènement. A défaut de joindre Interpol ou la CIA, nous nous lançons à la recherche du sac de F, comprenant qu'il en va de sa santé (enfin, ça , c'est ce qu'on lui dit pour la détendre) et ça marche : le sac de F est retrouvé. 

Avant que F. n'aille courir autour d'un stade, je l'invite à entrer dans mon bureau, lui disant ma surprise de la voir perdre pied pour un (beau) sac noir. Et là, le déluge recommence, F semble perdre toutes les larmes qu'elle a en stock, elle rit, elle pleure, elle sait que finalement, le sac était seulement une goutte d'eau qui a fait déborder son joli vase. Elle raconte sa douleur quand une de ses amies lui a confié des choses très intimes, elle raconte sa peur face aux problèmes d'argent de la maison, son angoisse de sa future orientation, ce sapin de Noël absent de la maison parce qu'un sapin coûte trop cher, le fait qu'elle ne dit jamais rien : « Je ne sais pas ce que j'ai cet après midi mais alors, c'est l'enfer, je n'arrive pas à m'arrêter et puis du coup, jvais tout vous raconter, mais bon, jveux pas vous embêter, c'est ridicule hein ? »...

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