Jurassic Park | Japan Tsunami | Scoop.it
   : Indiscipline intellectuelle :
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Hammond est une sorte de démiurge mu par le désir de créer quelque chose d’unique. Tout dangereux qu’il soit, je ne le trouve pas antipathique. Hammond s’est entouré de gens honnêtes, au sens où ils ont de vraies compétences et respectent les règles. Certains feront même le sacrifice de leur vie: nous ne sommes pas en présence d’une bande de malfaiteurs mal léchés. Parmi les gens qui entourent le démiurge, cependant, il y a une population singulière : des scientifiques qui ont franchi un pas décisif : ils ont expérimenté avec émerveillement le pouvoir faustien que leur a donné la science.
Puis, il y a le maillon faible, le grain de sable, l’homme dont l’avidité va tout faire basculer - et, à cause de lui, la création va échapper à ses créateurs. Il est facile de faire porter à un personnage, à un méchant, la responsabilité du sinistre. Je serais tenté de dire que les systèmes comme celui de Jurassic Park ne peuvent pas être sans faille. Malgré la rationalité mise en œuvre pour les construire, leur ADN est fait de passions humaines pour qui le monde et les autres ne sont qu’un moyen de s’assouvir. D’ailleurs, une fois la catastrophe survenue et à peine en a-t-on fait le bilan que surgit la conviction que, « maintenant, on sait comment il faut faire pour que ce soit parfait ». Et on est prêt à recommencer. L’illusion fondamentale, celle d'une rationalité maîtrisée et totale, reste à l’œuvre.
Un rêve collectif, archétypal, différents acteurs dont les aspirations et les actes se combinent pour aboutir au drame : voilà les ingrédients des catastrophes d’origine humaine. Jurassic Park est une fiction, je vous l’accorde. Alors, reprenez par exemple l'histoire de Fukushima : vous verrez que, si loin d’un parc à dinosaures que soit une centrale nucléaire, le modèle de Michael Crichton ne fonctionne pas mal. Si vous cherchez, vous pourrez faire d'autres parallèles.