Hollande compte "aller chercher la victoire" | Hollande 2012 | Scoop.it

C’est la dernière fois qu’il vient en Corrèze avant ses vœux, le 7 janvier. Ce samedi pluvieux, loin du microcosme parisien et de la convention d’investiture du PS pour les législatives, accompagné de son seul directeur de cabinet au conseil général, Karim Maatoug, et de son chauffeur, François Hollande se sent « en vacances ». Malgré son agenda très chargé, il veille à ne pas sacrifier la terre de laquelle il tire sa légitimité. « Les Corréziens se sont beaucoup mobilisés pour moi pendant les primaires, y compris à droite. Et du jour où je suis candidat, je leur échappe... » reconnaît-il. Mais désormais, sa priorité, c’est sa campagne pour l’Elysée, qu’il a bien en tête. Vendredi, il poursuivra sa tournée européenne en se rendant à Rome. Il y rencontrera le président de la République – « un ancien communiste octogénaire, Giorgio Napolitano, que je connais bien » –, passera par le mini-congrès du Parti démocrate et s’entretiendra avec Mario Monti. En janvier, il ira à Londres. « Avec l’isolement de David Cameron, ça devient intéressant ; Ed ­Miliband, le chef du Parti travailliste, sera d’autant plus à l’aise pour marquer quelque chose avec moi », dit-il. Il a reporté ses déplacements plus lointains, pas convaincu que les voyages soient un élément de crédibilité supplémentaire dans la course à l’Elysée. Les attaques venues du camp ennemi sur son manque d’expérience internationale ne l’ébranlent pas : « Je n’ai pas de leçon de diplomatie à recevoir de Nicolas Sarkozy. Le début de son mandat a été plutôt maladroit, que ce soit avec l’Union pour la Méditerranée, mal préparée, avec la visite de Bachar El-Assad, le 14 juillet 2008, ou avec Kadhafi. Beaucoup de chefs d’Etat ont des choses à lui reprocher. » Des reproches, selon lui, les Français en ont aussi de nombreux à adresser au président de la République : « Sa relation avec eux s’est délitée. Elle est devenue antagonique, violente. Quelqu’un a toujours quelque chose à lui reprocher. Cela rappelle le slogan de Philippe de Villiers lors du référendum sur la Constitution européenne de 2005. Il disait : “Il y a toujours une bonne raison de voter non.” Aujourd’hui, il y a toujours une bonne raison de voter contre Nicolas Sarkozy. Mais ce vote ne sera pas forcément socialiste... » Face à la capacité d’attractivité limitée du président, « c’est par rapport à Marine Le Pen qu’il ne faut rien laisser filer », analyse-t-il. Et de pointer du doigt Claude Guéant, qui insiste « plus sur l’immigration que sur l’insécurité, car c’est un sujet qui peut souder ses électeurs avec ceux du Front national ». De son côté, il veut à tout prix éviter la fragmentation : « Cette campagne n’est pas thématique, mais répétitive. » Il ne s’économisera donc pas. Attendre la victoire comme le résultat de « la mécanique de l’alternance » n’est pas dans la culture française : « Il faut aller au combat, chercher la victoire », lance-t-il. Fidèle à son « thème fédérateur », la jeunesse, il va persister à décliner ses pactes : productif, redistributif et éducatif. Face à la crise, la question des promesses est au cœur de ses préoccupations. Il résume son dilemme : « Quand vous ne faites pas de promesses, les gens sont résignés. Quand vous en faites, ils sont sceptiques. » Alors, il esquisse une troisième voie : « Il ne faut pas simplement une proposition financière, mais quelque chose qui va nous élever. Nicolas Sarkozy pense que c’est la peur. Il dit : “Vous avez raison d’avoir peur. Je vais vous faire peur pour que vous puissiez vous rassurer auprès de moi.” Je préfère faire campagne sur l’espoir. C’est comme ça que s’est jouée la victoire d’Obama. Il y a un combat entre la peur et l’espoir. Ce n’est pas l’espoir du grand soir, comme en 1981, mais l’espoir qu’il y ait une autre manière de faire. » Et de revenir sur son slogan de président « normal » : « Certains disent que pour être président il faut être dur. Ce n’est pas vrai : il faut être ferme, fort, mais pas brutal. Le pays a besoin d’harmonie, d’apaisement, de considération. Ce qui a le plus choqué chez Nicolas Sarkozy, c’est le défaut de considération, de respect. » Il anticipe les coups de la droite : « Elle dira que la gauche va rompre l’identité nationale. Elle va utiliser notamment le droit de vote des immigrés et la dissuasion nucléaire pour montrer qu’elle est non pas le parti de l’étranger [NDLR : référence à l’affaire Dreyfus, pendant laquelle Jaurès et ses camarades étaient désignés comme le parti de l’étranger], mais le parti des étrangers. » Il a déjà préparé la riposte : « Il faut parler de la France, revenir au patriotisme jaurésien, insister sur l’image de cette patrie qui élève. Il n’y a pas d’élection qui ne se gagne pas sur un récit français. Ça, Mitterrand savait faire. » Le candidat prévoit que la campagne de dénigrement personnel à son égard va s’intensifier. Pendant les primaires, ses adversaires socialistes ne l’ont d’ailleurs pas épargné sur son caractère, sur sa prétendue incapacité à trancher. Il admet : « C’est toujours un inconvénient de voir reprises des phrases du camp ami. Mais même s’il y a des inimitiés, tout le monde veut gagner. » Il met à bas « la fable » qui voudrait que Martine Aubry essaie de lui nuire dans l’espoir qu’un échec à la présidentielle entraîne une victoire aux législatives. « Ça me rappelle avril 2002, prévient Hollande. Après le premier tour, on s’était dit qu’on allait voter Chirac et qu’avec la force du million de personnes descendues dans la rue, on allait gagner les législatives... Ça ne peut pas marcher. » Il reconnaît que Martine Aubry a une position délicate. « Il lui a fallu un peu de temps et du travail sur soi. Elle a voulu montrer que c’était elle qui conduisait les investitures, je ne voulais pas me mêler de ça. Je l’ai fait pendant onze ans. » Il juge que son statut de candidat le met à l’abri. « C’est protecteur de ne pas être patron d’un parti. On n’est pas rattrapé par toutes ses histoires... » A ses fidèles Faouzi Lamdaoui et Olivier Faure, qui se sont sentis lésés après les négociations sur les législatives, il a répété : « On ne peut plus rester entre nous. » Et rappelé le sens des priorités : « Le principal, c’est qu’on gagne les élections. » Le député de Corrèze estime que son équipe fonctionne bien « même si ce n’est pas facile ». Il a tiré des leçons des précédentes présidentielles. La première étant de ne pas faire appel à l’agence de communication Euro RSCG – très liée à DSK –, qui avait pris en main Jospin en 2002. « Une autre règle que j’ai trouvée, c’est que, pour gagner une élection, il faut une équipe contradictoire. Comme celle de Chirac en 1995 avec Séguin le souverainiste, Madelin le libéral et Juppé symbole de la rigueur. Ou celle de Sarkozy en 2007 avec Guaino, Guéant et les libéraux de l’UMP. Ou celle de Mitterrand en 1981 avec Rocard, Delors et Chevènement », révèle-t-il. Pour élargir sa base et « ne pas être réduit à un segment de la gauche », il compte sur Valls, peut-être sur Chevènement et sur Montebourg. Le premier travaille avec lui au quotidien. Il pense que le second « n’ira pas jusqu’au bout, mais il faut lui permettre de ne pas y aller ». Le dernier n’est pas membre de son équipe, mais Hollande souhaite « qu’il apparaisse dans la campagne ». Ce fut chose faite en Saône-et-Loire. « Après, c’est Montebourg, il faut le prendre tel qu’il est... » Il balaie les derniers rebondissements sur la fédération PS du Pas-de-Calais d’un revers de la main. A ses yeux, les affaires du parti ne le concernent plus.