"A quatre mois du premier tour, F. Hollande reste en pole position" (B. Teinturier - Ipsos) | Hollande 2012 | Scoop.it
  • Apparemment, 2012 est l’élection que la gauche ne peut perdre pour au moins 8 raisons d’inégales importances :
  • Elle n’est pas sortante, et pour la première fois depuis VGE, c’est la droite qui l’est, sans dilution des responsabilités par le jeu des cohabitations.
  • Elle a remporté toutes les élections intermédiaires depuis les municipales de 2008 et, pour la 1ère fois sous la Vème république, le Sénat, ce qui traduit autant une dynamique que l’installation progressive de l’idée d’alternance.
  • Elle présente un nombre de candidats si ce n’est limité, du moins dans la moyenne de ce qu’elle a toujours fait depuis 1974 : 6 au maximum, en comptant Philippe Poutou et Jean Pierre Chevènement, lesquels n’iront ou ne pourront peut-être pas aller jusqu’au bout, ce qui ramènerait ce nombre à 4 ou 5.
  • Son candidat a été désigné par une procédure nouvelle, les primaires ouvertes, procédure plutôt réussie et sans que les déchirures de 2007 ne viennent les déliter.
  • Surtout, le bloc de gauche se situe à un niveau élevé : entre 45% et 47% des intentions de vote au 1er tour. C’est environ 10 points de plus qu’en 2007, 4 de plus qu’en 2002 et 6 de plus qu’en 1995. Et c’est un niveau proche de celui de 1981. En réalité, il n’y a qu’en 1988 et dans un contexte très particulier que la gauche, tirée par un Président sortant à haut niveau (34,11%) fit légèrement mieux.
  • Au sein des gauches par ailleurs, le PS est largement dominant : les enquêtes situent François Hollande entre 30 et 32% des intentions de vote, soit 65% environ de l’ensemble. Cela le positionne dans une moyenne plutôt haute puisqu’en 1981, François Mitterrand assurait 55% des voix de la gauche (69% en 1988). En 1995 et en 2002, la part de voix de Lionel Jospin était inférieure à 60% : 57% en 1995, 37% en 2002. 2007 constitue une exception trompeuse puisque Ségolène Royal réalise certes 70% des voix de gauche mais d’une gauche à faible niveau (36,5% des suffrages), ayant certes voté utile dès le 1er tour pour ne pas renouveler « le traumatisme du 21 avril » mais largement siphonnée par le candidat Bayrou.
  • S’agissant des controverses, les questions économiques et sociales semblent être plus que jamais au cœur de la campagne de 2012 et constituent les attentes prioritaires des Français. Or, qu’il s’agisse d’emploi, de pouvoir d’achat, d’avenir des retraites, d’avenir du système de santé, de d’éducation nationale ou des inégalités, le candidat Hollande domine très largement le Président sortant et fait également un peu mieux sur la réduction des déficits.
  • Enfin, le Front national représente plus que jamais un handicap lourd pour la droite : par son niveau tout d’abord, entre 16% et 19% suivant les instituts ; par les matrices de report au second tour des électeurs de Marine Le Pen ensuite, actuellement à un niveau historiquement bas pour Nicolas Sarkozy (moins de 40%).
  • Les rapports de force, les niveaux et les controverses sont donc très en faveur des gauches en général et du PS en particulier. Et pourtant, il serait périlleux d’affirmer que les choses sont jouées tant la gauche est également porteuse de fragilités. On peut en discerner au moins 4.
  • La gauche manque tout d’abord d’unité. Certes, elle est, comme la droite, plurielle depuis longtemps. Mais là où Nicolas Sarkozy est en passe de reconstituer une unité idéologique autour de quelques valeurs fondamentales (la rigueur, le travail, etc.) et donc, davantage de cohérence, des désaccords profonds opposent la gauche de Jean-Luc Mélenchon, celle d’Eva Joly et celle de François Hollande. Le nucléaire a montré une première pierre d’achoppement mais on peut penser que les retraites peuvent en constituer une autre, ou encore, le rapport à l’Europe. Comme souvent, c’est le rejet de l’adversaire et donc ici, de Nicolas Sarkozy qui assure un certain ciment mais celui-ci est friable.
  • Le PS manque d’une culture de chef : à l’exception de Dominique de Villepin, petits et grands ténors de la majorité sont derrière Nicolas Sarkozy. Certes avec des arrières pensées pour certains mais ils sont néanmoins là et poussent ensemble. Dans le jeu des acteurs, de nombreuses personnalités socialistes semblent absentes ou peu actives. François Hollande ne domine pas ses équipes comme Nicolas Sarkozy impose l’unité de ton dans une verticalité peu appréciée de l’opinion, mais qui est sur ce point efficace.
  • La crise économique est un atout tout autant qu’une plaie pour le PS et son leader. Un atout, parce qu’elle lamine le bilan présidentiel et impose une cure d’austérité rejetée par une majorité de Français mais une plaie parce qu’elle rend plus difficile l’expression d’une politique à la fois alternative et financièrement crédible. Par ailleurs, la crise donne du relief à un Président « aux côtés des autres chefs d’Etat ». Il faut certes encore qu’il fabrique du résultat pour combler cet image d’un Président encore plus « haut et loin » mais cette position dominante peut aussi souligner le déficit de François Hollande en la matière.
  • Enfin, les catégories populaires rejettent actuellement Nicolas Sarkozy et portent prioritairement leurs suffrages vers Marine Le Pen et François Hollande. Mais elles sont aussi potentiellement abstentionnistes. Si leur mobilisation est différentielle et se fait de manière imparfaite vers François Hollande, et si les reports de voix lepénistes du 1er au second tour s’améliorent pour Nicolas Sarkozy, les choses peuvent donc évoluer.
  • En cette fin d’année 2011, la gauche et le PS semblent donc bien partis pour l’emporter en 2012. Mais rien n’est, à ce stade, définitivement joué.