Face à François Hollande, Jean-Luc Mélenchon pâtit d'un effet "vote utile" | Hollande 2012 | Scoop.it

Après avoir qualifié, dans les colonnes du Journal du dimanche, le 13 novembre, le candidat du PS de "capitaine de pédalo" dans "une saison des tempêtes", Jean-Luc Mélenchon ne change pas de cap, malgré les attaques de ses anciens amis du PS et le mécontentement de ses alliés communistes. "Une campagne politique, ce n'est pas du fromage lyophilisé, explique-t-il. Quand François Hollande dit : 'Je veux donner du sens à la rigueur', en tant qu'homme de gauche, j'ai le droit de dire que c'est inacceptable !". Sa stratégie consiste à marquer sa différence face à un candidat socialiste qui, pour l'ancien sénateur, a "la même analyse de la crise" que Nicolas Sarkozy. M. Mélenchon, qui propose la retraite à 60 ans, le smic à 1 700 euros bruts ou encore la titularisation de 800 000 contractuels de la fonction publique, n'hésite pas à dénoncer "l'arrogance" de M. Hollande, qui n'a toujours pas répondu à son "offre publique de débat". Car le candidat du Front de gauche (Parti de gauche, Parti communiste et Gauche unitaire) peine à remonter la pente des sondages, où il stagne, ces dernières mois, entre 5 % et 6 % des intentions de vote. Ce qui constitue tout de même trois fois plus que les 1,93 % des voix qu'avait réunies Marie-George Buffet en 2007. Le contexte économique et social est pourtant favorable au candidat de la gauche radicale. En pleine crise de la dette, ses critiques à l'égard de la mondialisation et des marchés financiers devraient trouver un écho. Mais pour Alain Mergier, co-auteur du Point de rupture, enquête sur les ressorts du vote FN dans les milieux populaires (édité par la fondation Jean-Jaurès), ce n'est pas lui qui en bénéficie. "La mondialisation, c'est l'autre nom de la crise, explique le sociologue. Aujourd'hui, pour les milieux les plus exposés, il y a un lien fort entre immigration et mondialisation, comme si 'l'identité française' était attaquée de l'intérieur et de l'extérieur. Si les réponses de Mélenchon sur la mondialisation peuvent satisfaire ces personnes, ce n'est pas le cas sur l'immigration. Celles de Marine Le Pen, si." Le contexte politique devrait également bénéficier à M. Mélenchon. Contrairement à 2007, où il y avait huit candidats à gauche, ils ne devraient être que cinq en 2012. A l'extrême gauche, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) restent encore peu connus du grand public. Pourtant, M. Mélenchon ne semble pas avoir bénéficié du retrait d'Olivier Besancenot (NPA), qui avait réuni 4,08 % des voix en 2007. "Il peut progresser mais, si ça ne se concrétise pas, c'est aussi parce que c'est quelqu'un qui n'est pas consensuel, analyse Vincent Tiberj, chercheur à Sciences Po. Besancenot, les gens le trouvaient sympa. Mélenchon, lui, a plus d'aspérités." Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos, estime que "beaucoup de choses sont liées à son niveau de visibilité médiatique" et observe que "quand il a été investi par le PCF, il est monté à 8 %, mais c'est très vite retombé." En outre, la campagne officielle, avec ses temps de parole encadrés, n'a pas encore commencé. En 2002, Olivier Besancenot avait percé dans les sondages à seulement trois semaines du premier tour, bondissant de 0,5 % à 4 % des intentions de vote. Face à un François Hollande, étiqueté de centre-gauche et qui fait la course en tête, avec plus de 30 % des intentions de vote, M. Mélenchon est à la peine. Le souhait des électeurs de gauche de se débarrasser de M. Sarkozy en votant "utile" dès le premier tour peut constituer un frein pour l'eurodéputé. "François Hollande bénéficie de cette force de propulsion que lui a donnée la primaire, esime Aquilino Morelle, directeur de campagne d'Arnaud Montebourg lors de la primaire. A la date d'aujourd'hui, la problématique du vote utile est pregnante." Pour M. Tiberj, tout dépendra aussi du type de campagne que fera M. Hollande. "L'argument du vote utile ne peut pas marcher à tous les coups, estime-t-il. Pour l"instant, Hollande n'a pas pris d'initiative, mais s'il choisit de faire du rigorisme de façon poussée, le comparatif sera en faveur de Mélenchon." Le candidat du Front de gauche, lui, se veut serein : "C'est classique que le premier mouvement ne porte pas vers l'audace. Il faut tenir le coup et avancer. Rien n'est joué."