François Chérèque ne s'est jamais fait d'illusion sur le rétablissement de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans en cas de victoire de la gauche à l'élection présidentielle. A la différence de Bernard Thibault qui ne cesse de dire, officiellement, qu'il attend d'une éventuelle alternance le rétablissement de ce droit. Mardi 22 novembre, sur France Inter, le secrétaire général de la CFDT a fait une nouvelle ouverture sur cette question. "Ce n'est plus le sujet, a-t-il affirmé. Aujourd'hui, essayons de ne pas se bloquer sur l'âge de départ. La CFDT milite pour transformer notre système de retraites par répartition, en faisant ce qu'on appelle une réforme systémique, pour aller vers un système où c'est la durée de cotisations qui est privilégiée, avec des choix de l'âge de départ, parce que, que ce soit à 60 ans ou à 62 ans, ceux qui ont commencé à travailler à 16 ans cotisent 44 ou 45 ans. Allons vers un système, comme la CFDT l'avait souhaité en 2003, sur la durée de cotisations plus que sur l'âge". Dans le cadre de son plan de lutte contre les déficits, François Fillon a accéléré le calendrier de la réforme de la retraite: l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans sera effectif en 2017. Du coup, le recul progressif à 67 ans de l'âge permettant de bénéficier d'une pension à taux plein, quelle que soit la durée de cotisation, sera atteint en 2022, contre 2023 initialement. Si le Parti socialiste s'est officiellement prononcé pour un rétablissement du droit de partir à la retraite à 60 ans, il a ajouté un codicille important en précisant que cette possibilité serait ouverte à ceux qui auront cotisé pendant 41,5 années pour pouvoir bénéficier d'une pension à taux plein. En 2003, le PS avait contesté la réforme Fillon qui était fondée sur un allongement de la durée de cotisations à 41 puis à 41,5 années, au point d'avoir envisagé, avant la présidentielle de 2007, son abrogation. Dans le document qu'il avait adopté, le 18 mai 2010, pour "une réforme juste, efficace et durable des retraites", le PS avait pris acte des "dispositions prévues concernant la durée de cotisation" jusqu'en 2020, entérinant ainsi la réforme de 2003. Jugeant que sa réforme assurait le financement du système jusqu'en 2025, il proposait, pour cette année-là, "une clause de rendez-vous globale". "Si un allongement de la durée de cotisation devait être envisagé, estimait-il, celui-ci ne devrait pas excéder la moitié des gains d'espérance de vie". Le PS faisait du maintien de l'âge légal à 60 ans "une exigence" et "une borne indispensable", tout en soulignant sa volonté de "trouver de nouvelles ressources permettant une réforme équilibrée et mettre en place une réforme systémique". Il se prononçait aussi pour "le principe d'une retraite choisie, incitant à travailler plus longtemps ceux qui le peuvent et le souhaitent, dans le cadre d'une refonte globale de l'acquisition des droits". Pendant les débats de la primaire socialiste, les candidats sont restés flous, à l'exception de Manuel Valls, qui y était hostile, sur le rétablissement de la retraite à 60 ans. François Hollande a peu évoqué le sujet depuis son investiture mais quand il parle du retour à 60 ans il ajoute toujours que cela concerne ceux qui auront cotisé 41,5 années. Dans l'accord conclu, le 16 novembre, entre les socialistes et les écologistes, tout le monde s'est focalisé sur la question du nucléaire et sur la distribution de circonscriptions pour les législatives de juin 2012. Les phrases sur la retraite sont passées inaperçues. Elles sont pourtant dénuées d'ambiguité : "Pour toutes celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui ont exercé des métiers pénibles, l'âge légal de départ à 60 ans et à taux plein sera rétabli; la pénibilité, les carrières incomplètes et l'espérance de vie liée aux parcours professionnels seront prises en compte". Ces questions feront l'objet d'une conférence sociale entre l'Etat, les syndicats et le patronat. Mais il apparaît clairement que le retour aux 60 ans ne sera ni automatique ni général. François Chérèque, en insistant sur la durée de cotisation, ne dit pas autre chose. Il vole ainsi au secours de François Hollande en lui signifiant qu'il ne se mettra pas, sur ce terrain, en travers de son chemin. Il n'est pas sûr que la CGT adopte la même attitude pragmatique...