Les attaques de Jean-Luc Mélenchon contre François Hollande passent mal chez les communistes | Hollande 2012 | Scoop.it

"Un entretien qui fait débat ", a titré L'Humanité mardi 15 novembre. Le quotidien communiste a choisi l'euphémisme pour exprimer le malaise éprouvé dans les rangs du PCF, dimanche 13 novembre, à la lecture de l'interview de Jean-Luc Mélenchon dans le Journal du dimanche. C'est peu dire que les piques du candidat du Front de gauche à l'encontre de François Hollande n'ont pas choqué seulement les dirigeants socialistes. Déclarer que le candidat du PS partage "la même analyse de la crise" que Nicolas Sarkozy et qu'ils sont tous les deux "des hommes d'un autre temps" n'a pas plu du tout aux alliés communistes de M. Mélenchon. Pas plus que ses attaques ad hominem contre le "capitaine de pédalo". Les "camarades" pensaient que le temps de l'agressivité de leur candidat à l'encontre des socialistes, si prégnante en début de campagne, était derrière eux. Ils n'ont guère goûté cette soudaine rechute. "La base communiste pense qu'il est devenu fou d'attaquer ainsi plus durement Hollande qu'il ne le fait pour Sarkozy", raconte un cadre de la Place du Colonel-Fabien, siège du PCF. "En faisant ça, il fait du Besancenot et ne va pas atteindre 5 % !" "Je suis inquiet par certains aspects de la manière dont Jean-Luc Mélenchon mène sa campagne, et qui rebutent une partie de l'électorat communiste", explique de son côté Jean-Claude Mairal, ancien président du conseil général de l'Allier, dans une lettre adressée à Pierre Laurent et Marie-George Buffet. L'ancien élu, aujourd'hui président du Cidef, centre de formation de l'ANECR (Association nationale des élus communistes et républicains), met en garde les dirigeants. "Dans ce département de l'Allier, où nous disposons encore d'un fort potentiel électoral, je peux vous dire – je l'ai vécu aujourd'hui dans ma commune – que cette attitude de Jean-Luc Mélenchon fait fuir un certain nombre d'électeurs communistes et renforce le vote utile en faveur du candidat socialiste", écrit-il. D'autres élus partagent cette crainte. "C'est peut être bon pour faire parler de lui, mais ce n'est pas utile au débat", tranche Patrick Le Hyaric. Le député européen est persuadé que traiter ainsi le député de la Corrèze "peut accréditer qu'on préfère que la droite reste au pouvoir". Or, insiste-t-il, "le Front de gauche a été aussi construit pour faire gagner la gauche, tout en assumant la confrontation en son sein entre les propositions des uns et des autres". A la direction du PCF, on tente de minimiser le malaise en trouvant des excuses au président du Parti de gauche. "Si on sort cette phrase de son contexte, on peut imaginer que sa ligne est de taper sur François Hollande, mais ce n'est pas le cas", assure Olivier Dartigoles, codirecteur (PCF) de la campagne de M. Mélenchon. Il estime que le candidat a juste essayé de "déverrouiller le débat à gauche". Même indulgence de la part de Marie-George Buffet : "L'objectif du Front de gauche est de battre Sarkozy et de faire réussir la gauche. Je pense que c'est le souci de Jean-Luc", argumente la députée de Seine-Saint-Denis. Elle ajoute, cependant, qu'"il y a des formules qu'[elle n'emploierait] pas"Mais la direction a senti le vent tourner. Marie-Pierre Vieu, membre de l'exécutif, prévient : "Jean-Luc ne pourra pas être entendu s'il donne l'impression de mettre une balle dans le pied de son camp." "Il faut qu'il comprenne qu'il peut jouer son rôle de challenger à gauche, disputer l'hégémonie au PS, sans oublier que les gens veulent avant tout battre la droite", insiste cette conseillère régionale de Midi-Pyrénées.