Hollande esquisse sa stratégie : à Sarkozy la peur, à moi l'espoir | Hollande 2012 | Scoop.it
  • François Hollande s'explique sur les flottements de ces dernières semaines. Ses maîtres-mots : durée, confiance, espoir. Et l'exemple de Mitterrand.
  • François Hollande n'est pas « mou » mais « serein ». Il n'est pas « en plein flottement », il « gère la durée ». Et s'il ne répond pas aux attaques de la droite, ce n'est pas qu'il en est « incapable », c'est qu'il les ignore. Devant quelques journalistes, ce mardi midi, le candidat socialiste à la présidentielle a ainsi tenté de transformer en choix assumés ce qui est présenté comme des symptômes de ses faiblesses. « Je n'ai reçu l'investiture que depuis cinq semaines ! Dans le mois écoulé, j'ai dû constituer une équipe, bâtir un calendrier [il présentera son programme en janvier, ndlr], répondre aux événements, prévoir l'imprévisible. Je dois aller dans mon département chaque semaine : je dois aussi gérer la dette corrézienne ! » Voilà pour les socialistes qui, en privé, commençaient à s'alarmer du « faux-plat » dans lequel leur candidat s'enlisait : il avait à faire (et le fiasco de l'accord PS-EELV à digérer.) François Hollande a décidé de prendre son temps. « Je sais que la campagne qui va suivre va être longue. » « Il faut rester serein, résistant, tenace. » Et dans la conjoncture actuelle, « la seule certitude », dit-il, « c'est l'incertitude. » Derrière la formule fastoche : une évidente volonté de se préserver.
  • Il semble nostalgique du temps où Mitterrand pouvait disparaître trois semaines en Chine et en Corée du Nord, en février 1981, sans que cela ne choque qui que ce soit. « Le temps médiatique n'est plus le même », dit-il. Et même s'il admet que le contexte est très différent (crise, FN, pression médiatique...), il s'intéresse de près aux recettes suivies par Mitterrand dans ses campagnes, soufflées par Jacques Pilhan. Une des leçons de Pilhan, le « Sorcier de l'Elysée », l'imprègne : la certitude qu'une élection se gagne sur le désir que l'on suscite, l'espérance que l'on incarne. Selon Hollande, l'élection de 2012 va se jouer autour de deux notions : la peur et l'espoir. « Obama a gagné parce qu'il incarnait une espérance. Mitterrand en 1981 pouvait certes faire peur par certains côtés – il y avait son alliance avec le PCF – mais il a su lui aussi faire en sorte que l'espoir et la force qu'il portait surpassent cette peur. Aujourd'hui, la question est la même : qui fait le plus peur ? Qui donne le plus d'espoir ? » L'espoir, ce « rêve français » qu'il veut porter, consiste d'abord, pour reprendre une de ces expressions éculées de congrès, à « faire en sorte que demain soit meilleur qu'aujourd'hui », à ne pas obérer l'avenir de la jeunesse. Son grand thème, depuis les premières semaines de la primaire, qu'il n'entend pas abandonner.
  • En face, il y a la peur, sur laquelle joue Nicolas Sarkozy. Pour Hollande, la crise ne pourra pas l'aider : « Pour les citoyens, le fait que la Bourse tombe ou que la dette souveraine soit attaquée n'est pas concret. Mais la crise va atteindre un deuxième niveau avec les licenciements, la hausse du chômage. Si vous leur annoncez simplement que vous allez serrer la vis, vous tentez de régler leur problème de peur par une peur supplémentaire. Il faut leur montrer le chemin de la croissance. » Le chef de l'Etat a perdu, dit-il, la confiance des Français. Et celui qui cherche à se présenter comme le « capitaine » dans la tempête s'est, dit-il, « pris la barre en pleine figure » : « Sarkozy à Toulon 1 [2008], promettait ni austérité ni impôts. A Toulon 2 [2011] il annonce austérité et impôts. »
  • Son absence relative de charisme ne l'inquiète pas plus que ça : « Le charisme, il apparaît quand les électeurs vous ont choisi. Il y a des gens qui disaient que jamais Mitterrand ne pourrait gagner : c'est Giscard qui apparaissait comme charismatique. Puis on disait : “Jamais Chirac ne sera élu.” Idem pour Sarkozy, jugé trop petit, trop nerveux... Raffarin, par exemple, n'y croyait pas. Pour le charisme, il faut attendre. » En attendant, il a cessé de se présenter comme un « candidat normal », Sarkozy ayant depuis fait des progrès sur ce terrain. L'important, désormais, c'est de créer de l'empathie chez les Français : pour être élu, il est « très important d'être aimé des gens ». Mais en se gardant de toute promesse tapageuse : « Si j'annonce que j'ai trouvé des milliards, les Français seront sceptiques sur mes capacités à gérer cette crise. »
  • Ses adversaires ne manquent pas de pointer qu'en plus d'une pose éthique, le candidat s'est ainsi trouvé une excellente excuse pour renvoyer « après la présidentielle » toutes les décisions difficiles : répéter qu'on ne peut « promettre que ce qu'on est capable de tenir ». C'est-à-dire pas grand-chose, vu les circonstances. « Le truc de Hollande, c'est la pirouette. Et pirouette-cacahuète, cela ne marche pas », nous disait Brice Hortefeux la semaine dernière. Il ne leur répondra pas : « La droite a toujours fait campagne sur deux thèmes : la gauche est irresponsable et son représentant est illégitime. J'entends les attaques, les grossièretés. Je laisse faire : les excès sont toujours mauvais pour la droite. »
  • Alors, quitte à désarçonner certains de ses partisans, il a décidé de ne pas riposter. Seuls les coups venus de gauche, eux, ne sont pas tolérables à ses yeux. « Le capitaine de pédalo » de Mélenchon lui est resté en travers de la gorge : « Tout peut être dit sur notre programme, nos choix, c'est normal. Mais on ne peut pas s'en prendre à la personne du candidat de la gauche. » Le message a, paraît-il, été passé au candidat du Front de Gauche par Martine Aubry et par le PCF. Il n'est pas certain que cela ait été d'une grande efficacité.