Sarkozy et Hollande, les oreilles et les yeux de l'un sur l'autre | Hollande 2012 | Scoop.it
  • Le déjeuner allait débuter, ce 7 novembre, dans ce petit salon de l'Elysée où Nicolas Sarkozy reçoit presque chaque semaine les ministres et élus qui préparent sa campagne, quand Eric Besson a pris la parole. "Ne vous trompez pas, Hollande sera plus solide que ne l'a été Ségolène en 2007, a assuré le ministre de l'industrie. Mais il a une incapacité à décider et à trancher sur les hommes. Lorsqu'il était premier secrétaire, c'était déjà son principal défaut. Je suis bien placé pour le savoir…" Puis il s'est arrêté net, notant le silence général. "Evidemment, je ne veux pas que ce que je vous dis se retrouve dans la presse." M. Sarkozy a aussitôt coupé court : "S'il y a des fuites, je saurai d'où elles viennent…" Depuis 2007 – quand le président de la République a fait venir cet ancien socialiste en rupture de ban –, Eric Besson est plus qu'un précieux transfuge. Il est son meilleur analyste de la culture socialiste. Son plus fin connaisseur de la psychologie de François Hollande aussi. Longtemps chargé de l'économie au sein du bureau national du PS, M.Besson était l'un des proches de celui qui était alors premier secrétaire du parti… jusqu'à ce que la candidature de Ségolène Royal les éloigne et qu'Eric Besson "trahisse" son camp en passant à l'adversaire, après le premier tour de l'élection présidentielle de 2007. Déjà, au moment de l'entre-deux-tours, il s'était proposé pour "jouer" le rôle de la candidate Royal afin de mieux préparer Nicolas Sarkozy au débat télévisé qui devait les opposer. Depuis, il assume d'endosser celui de décrypteur de la gauche à l'Elysée.
  • Le député de la Corrèze ne dispose pas d'un tel transfuge. Les ministres d'ouverture, Bernard Kouchner et Jean-Marie Bockel, sont sortis du gouvernement sans revenir vers la gauche. L'ancien haut-commissaire aux solidarités Martin Hirsch, s'il a revu François Hollande au moment de la campagne de la primaire PS, se tient à l'écart de la campagne. Seul l'ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes Jean-Pierre Jouyet a vraiment renoué avec celui qui était son ami de trente ans, mais les deux hommes s'interdisent encore d'aborder ce qui les a un temps séparés. Le candidat socialiste dispose pourtant, dans son entourage, de quelques bons connaisseurs de la droite. Un de ses proches cite sa compagne, Valérie Trierweiler, ancienne journaliste politique. Il peut aussi compter dans son équipe au moins deux familiers de la psychologie du président : Julien Dray et Manuel Valls. Tous deux courtisés par Nicolas Sarkozy, qui rêva en 2007 de les ajouter à son tableau de chasse des ministres venus de la gauche. Le responsable de l'animation et le patron de la communication de sa campagne savent la capacité de séduction, la brutalité et la réactivité du chef de l'Etat. M. Dray, notamment, connaît Nicolas Sarkozy depuis 1988, lorsque l'un et l'autre étaient chargés de la jeunesse pour la gauche et le RPR. Depuis, comme M. Valls, il a maintes fois débattu avec lui, notamment de la sécurité, lorsque Nicolas Sarkozy tenait le ministère de l'intérieur. "Ne te méprends pas, ont-ils dit tous deux à François Hollande. Il se battra jusqu'au dernier sang." Inquiets, ces dernières semaines, de constater une relative faiblesse de l'organisation de l'équipe de campagne du candidat socialiste, ils ont l'un et l'autre alerté François Hollande. "Sarkozy veut gagner le premier round par KO, a rappelé Julien Dray. Il balance d'emblée le maximum de coups pour t'ébranler. Si tu lui laisses de l'espace, il reprendra l'initiative…"