Nucléaire : "le bouquet énergétique n'a pas qu'une fleur" (F. Brottes) | Hollande 2012 | Scoop.it
  • La filière nucléaire est devenue objet de polémiques caricaturales de la part de la droite depuis dix ans. Et ce n'est pas une visite présidentielle de la centrale nucléaire de Tricastin qui changera la réalité du bilan illustrée par la décapitation d'Areva. L'Etat, actionnaire influent sinon majoritaire des grandes entreprises d’énergie en France, a les moyens de réorienter puissamment la politique énergétique de notre pays, en lien avec nos voisins européens. L'Etat en a surtout le devoir : l'énergie est un bien essentiel, vital pour les consommateurs, stratégique pour le pays, notre économie et nos emplois, et un enjeu clef de la lutte contre le réchauffement climatique. La voie tracée par François Hollande s'inscrit dans ce cadre d'intérêt national, ainsi que dans le respect salutaire de nos engagements européen de réduire de 20% d'ici 2020 notre consommation d'énergie et nos émissions de gaz à effet de serre, et porter à 23% la part des énergies renouvelables dans notre consommation.
  • Pour atteindre cet objectif, la France doit rééquilibrer significativement son «mix» énergétique afin de diminuer sa dépendance à une seule énergie, que ce soit le pétrole pour les transports et le nucléaire pour l’électricité, en maîtrisant ses émissions de CO2, mais sans aggraver la précarité des ménages, ni fragiliser la compétitivité de nos entreprises. Dans cette approche globale de l'énergie, qui est la seule pertinente, deux curseurs essentiels doivent être mobilisés: l'efficacité et la sobriété énergétiques, et ses conséquences sur l'évolution du «mix» énergétique. Mettre en œuvre une réelle politique d'efficacité énergétique s'impose d'autant plus que le nucléaire n'a jamais permis de réduire notre facture pétrolière ni nos importations d'électricité de pointe depuis l'Allemagne, très coûteuses et polluantes. Son coût est d'ailleurs appelé à augmenter du simple fait de l'indispensable renforcement de la sûreté des centrales. Jouer sur l'offre seule est donc voué à l'échec.
  • Mettre en place la société de la sobriété énergétique - Il faut au contraire aider à moins et mieux consommer. En un mot, mettre en place la société de la sobriété énergétique. D'abord sur le bâti qui absorbe en France 40% de la consommation d’énergie, et dont nous pouvons, à technologies constantes, diminuer par 4 la consommation moyenne, dans le neuf comme le rénové, sans perte de confort. La rénovation du parc immobilier doit donc être une priorité absolue. Elle représente, qui plus est, un puissant levier de création d’emplois industriels durables et non délocalisables dans le bâtiment et l’installation d’équipements performants, estimés à 150000 emplois à moyen terme, et plus de 300000 d’ici 2040. La sobriété et l'efficacité, c'est aussi un ensemble d'évolutions de pratiques et d'innovations technologiques rendues possibles par la recherche qui, menées conjointement et avec volontarisme, auront un impact significatif sur nos consommations: remplacement massif des appareils ménagers et informatiques énergétivores, responsabilisation des consommateurs par la maîtrise automatisée des usages, neutralisation de la consommation de pointe, encouragement à la production décentralisée d'énergie renouvelable pour la consommation locale, maîtrise de l'urbanisation et développement massif de la mobilité décarbonée, stockage de l'électricité, réduction des pertes en lignes... Réduire les consommations, c'est assurer que la sortie du «tout nucléaire» ne se fera pas au détriment de la facture d’électricité des ménages, en particulier les plus fragiles. La protection des 4 millions de consommateurs les plus vulnérables contre les augmentations inéluctables des prix de l’énergie doit à cet égard être une priorité. Des mesures simples peuvent être mises en place, comme un forfait de base d'accès à l'énergie, à un tarif abordable pour les besoins vitaux, complétées de mesures préventives incitant à moins consommer. Outre l'instauration d'une contribution climat-énergie, la tarification progressive, plus coûteuse pour les consommations de confort, pourrait utilement compléter le plan massif d’isolation de l’habitat.
  • Relance d'une politique industrielle - Dans le même temps, la diversification du « mix énergétique » nous fournit l'opportunité de relancer une politique industrielle et de créer des filières d'excellence, créatrices d'emplois à l'instar de l'Allemagne qui en 2009 comptait plus de 230 000 emplois dans les énergies renouvelables. Nous disposons aussi d'un potentiel intéressant en matière d'industrie du démantèlement des centrales. Le marché mondial, estimé à 50 milliards d'euros d'ici 2040, devrait progressivement s’ouvrir pour le démantèlement des 400 centrales actuellement en service et la gestion de leurs déchets. En France, la déconstruction des centrales dites «de première génération», déjà engagée, pourrait être accélérée pour disposer à l’horizon 2020 de premières références qui imposeront le leadership industriel des opérateurs français dans le monde. Bien sûr, tout ceci doit être financé. Les investissements nécessaires d’ici 2025 peuvent être notamment assurés par les bénéfices tirés du nucléaire historique amorti, ce qui peut supposer l’extension de la durée de vie des centrales, en conformité avec les exigences de l’Autorité de Sûreté Nucléaire en matière de sûreté. Le développement des renouvelables et de l'efficacité énergétique seront ainsi financés par le nucléaire. Dès 2012, nous pourrons organiser la sortie du "tout nucléaire" de façon responsable. Pour le prochain quinquennat, un grand débat sur l'énergie sera ouvert autour des principes de sécurité, de compétitivité, et de pouvoir d'achat. Même si tout le monde pense au site de Fessenheim, le calendrier très progressif de diminution du parc nucléaire sera établi en fonction des données d'expertise partagées et transparentes sur la sûreté, sur le bien-fondé de l'utilité de ces unités de production pour répondre à une demande maîtrisée, et sur la faisabilité économique du rythme de la transition énergétique.
  • François Hollande propose ainsi un projet industriellement ambitieux et cohérent pour relever les défis du développement durable. Sa stratégie de sortie de crise, fondée sur un nouveau modèle de développement économique, social et écologique, est vertueuse et surtout réaliste. Il nous faudra nous engager dans cette trajectoire en mobilisant tous les acteurs de ces filières, et en obtenant l'adhésion de nos concitoyens. La société de la sobriété énergétique, meilleur gage de l'indépendance nationale en la matière, ne doit pas seulement se résumer à un débat d'experts : c'est aussi et surtout un acte de citoyenneté responsable, au service de l'intérêt de tous, et au service d'une croissance durable.