Philosophie classique et philosophie contemporaine. Préparation au baccalauréat. Conférences et émissions audios de philosophie.
Réalisé par Raphaël Bessis à partir des textes de Gilles Deleuze, du Vocabulaire de Gilles Deleuze (sous la dir. Robert Sasso et Arnaud Villani), Les Cahiers de Noesis n° 3, Printemps 2003, du Vocabulaire de Deleuze de François Zourabichvili, Ed. Ellipses, 2003, et du livret réalisé par David Lapoujade à l’occasion de l’exposition « Deleuze » organisé par l’ADPF (association pour la diffusion de la pensée française), 2004), et mis en ligne par jld. Ces éléments d’un petit vocabulaire deleuzien se veulent une invitation à découvrir l’oeuvre de Gilles Deleuze, ainsi que ces précieux guides que sont les ouvrages utilisés comme références. Les quelques éléments qui te sont proposés ici, ami butineur, ne peuvent remplacer la fréquentation de ces livres.
Personne n’a besoin de la philosophie pour réfléchir. Je veux dire, les seuls gens capables, effectivement, de réfléchir sur le cinéma, ce sont les cinéastes, ou les critiques de cinéma, ou ceux qui aiment le cinéma. Ils n’ont absolument pas besoin de la philosophie pour réfléchir sur le cinéma. (…) Qu’est-ce que le contenu de la philosophie ? Il est tout simple. C’est que la philosophie est une discipline aussi créatrice, aussi inventive que toute autre discipline (artistique). La philosophie est une discipline qui consiste à créer ou à inventer des concepts. (...)...
L’œuvre de Gilles Deleuze porte la marque de sa fascination pour les arts, qu’il s’agisse de la littérature (Proust et les signes, Kafka. Pour une littérature mineure), de la peinture (Francis Bacon : logique de la sensation), ou du cinéma (L’image-mouvement). Et si la musique n’a pas fait l’objet d’un ouvrage particulier, elle occupe une place importante dans sa pensée. De même qu’il entretenait un rapport singulier à l’histoire de la philosophie, Gilles Deleuze n’a jamais cessé de considérer les arts, non pas comme des sujets d’études sur lesquels la philosophie serait amenée à réfléchir, mais comme des lieux de rencontre avec sa propre philosophie. En réponse à une récente actualité éditoriale en Slovénie (Différence et répétition, Deleuze, la clameur de l’être, aux éditions ZRC SAZU, Spinoza, philosophie pratique, Nietzsche et la philosophie, Logique du sens, aux éditions Krtina) ce colloque franco-slovène réunira divers spécialistes pour évoquer le rapport de Gilles Deleuze aux arts...
Figure de proue de la French Theory, Gilles Deleuze, disparu en 1995, inspire encore la philosophie contemporaine. Son œuvre foisonnante et curieuse circule dans tous les territoires de la pensée, telle une ritournelle familière.
“Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien”, confessa Michel Foucault à travers une formule dont il conserva le mystère. Si cette prophétie a quelque chance de se réaliser, près de vingt ans après la mort de Gilles Deleuze (suicidé en 1995), on la devra à l’effet de présence de ses fulgurances conceptuelles dans le paysage contemporain des idées. La trace deleuzienne s’imprime aujourd’hui d’autant plus que l’œuvre du philosophe, lue et relue, visitée et revisitée, se prête à un double régime de lecture, à la fois savant et populaire. L’élasticité de sa réception nourrit sa notoriété, assure son devenir. Il existe de multiples manières de s’approprier Deleuze, d’y trouver son miel, que l’on soit philosophe, cinéaste, écrivain, militant politique ou surfeur. Séduisante et accessible pour un public non-spécialiste (grâce à des livres comme Mille plateaux ou Dialogues avec Claire Parnet), mais aussi complexe voire hermétique, par-delà la puissance de style, l’œuvre de Deleuze échappe ainsi à toute réception univoque et bute, du coup, sur quelques ambiguïtés....
« L' éthique hacker », l'utopie cyberpunk et les expérimentations cyberculturelles, les trouvailles de l' « hacktivisme » électronique et de l’ « Internet militant », du mouvement des logiciels libres, l’Open Source, l’Open Publishing, le P2P, le Wi-Fi, les média-tactiques alternatives, collaboratives et communautaires elles-mêmes, c’est-à-dire en somme toutes ces « pratiques moléculaires alternatives » que Félix Guattari appelait de ses vœux pour renverser le pouvoir grandissant de l’ingénierie logicielle et les nouvelles modalités de la « société de contrôle » ont pour la plupart, dans ce qu’elles avaient d’original et novateur, été absorbées et recyclées par celle-ci et les industriels pour donner naissance à ce que l’on peut appeler les nouveaux « agencements post-médiatiques » du web 2.0. Félix Guattari prévoyait au tout début des années 90, l’émergence d’une subjectivité post-médiatique « consistant en une réappropriation individuelle collective et un usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture. »(...)...
L’actrice Irène Jacob a rejoint son frère Francis, musicien installé à Brooklyn, pour le lancement outre-Atlantique de leur album “Je sais nager”. Rencontre....
Quatre chansons ont été inspirées de Gilles Deleuze. “J’étais allée à l’une de ses conférences et j’étais éblouie par sa façon de s’exprimer, si simple, pour transmettre des concepts complexes”. Irène a pris des notes et “Je Sais Nager” (titre de l’album et de la troisième chanson) est né, ainsi que trois autres chansons: “Les Corps les plus simples”, “Et mon essence à moi” et “Ne serait-y pas?” Les textes ont été proposés à la famille Deleuze qui, souhaitant prolonger le travail du philosophe, a accepté de donner les droits aux Jacob...
...et on verra quel parti on a à en tirer. Il importe sûrement que le sous-titre soit « à l’usage des juristes et des médecins » et que les énoncés du livre comportent des morceaux de phrases en latin. On ne peut pas l’oublier, on ne peut pas le négliger. A part ça, tout est dit, tout est "énoncé". C’est le livre de l’ère victorienne. Comprenez : qu’est-ce qu’on est en train d’apercevoir ? Si vous en restez aux mots et aux phrases, vous aurez l’impression que quelque chose est caché. Et oui : il y a des mots défendus, et c’est tout le thème du premier chapitre : « nous-autres victoriens », il y a des mots défendus, il y a des phrases métaphorisées. Vous ne parlerez de ceci et de cela que par métaphores. Il y a des propositions réprimées. Foucault ne discute rien de tout ça. Seulement, si vous en restez aux mots, aux phrases et aux propositions, et bien oui, vous allez dire : il y a du caché. C’est que vous n’avez pas su atteindre aux vrais énoncés. De plus l’ère victorienne se définira comment ? Par un véritable "pullulement" des énoncés de sexualité. Et l’on dirait que les mots ne sont interdits, les phrases ne sont métaphorisées, les propositions ne sont réprimées que pour faire pulluler ces énoncés de sexualité. Et Foucault part à la recherche de ces énoncés : où les chercher ? Où les trouver ? Voyons, faisons la liste...
REBELLE aux classifications, mobile, multiple, Gilles Deleuze fut constamment hors des groupes et des écoles, entre les courants, en liberté perpétuelle. Penseur en cavale, il surgissait toujours ailleurs. A peine lui avait-on collé une étiquette qu’on l’entendait déjà rire autre part. Son oeuvre insolite, déroutante, est-elle disparate ? Oui, mais pas dispersée. Deleuze s’est employé à devenir ml1ltiple en demeurant unique, toujours répété et toujours différent. • De masque en masque, de Iivre en livre, Sa pensée n’a cessé de poursuivre, avec une endurance et une puissance peu communes, quelques questions-clés : comment inventer les moyens de penser mouvements et événements ? Comment saisir ce qui bouge, génère ; fuit, devient, invente, glisse, surgit... au lieu de chercher à contempler ce qu’on suppose être fixe, immuable, éternel, stable, immobile ? Comment comprendre que l’on parle d’un monde, d’un temps, d’une langue, d’un corps, d’un esprit, alors qu’il y a une infinité mouvante d’émotions, d’humeurs, de phrases, d’instants d’innombrables postures évanescentes des organes et des mots, dont chacune, à soi seule, définit un univers ? Comment dire ce qui n’a lieu qu’une fois, et qui pourtant s’insère dans une série ?...
Série de 5 émissions de Jacques Munier consacrés aux cours que donna le philosophe Gilles Deleuze à Paris 8 en 1979 et diffusée sur France Culture dans le cadre des Chemins de la connaissance....
Durée de l'émission présente sur ce lien: 27'50".
http://owni.fr/2012/03/29/prises-de-parole-communication-politique/ Le 29 mars 2012...
"La philosophie de la communication s’épuise dans la recherche d’une opinion universelle libérale comme consensus" professait Deleuze. La campagne électorale, comme d’habitude, n’échappe pas au règne de la communication. Mais laquelle ? Et, surtout, avec quelles ambitions pour la vie de la cité. Et pour la démocratie. Si la démocratie repose sur le discours, le dialogue, la confrontation, prendre la parole peut avoir plusieurs sens, et même plusieurs sens contraires. Si prendre la parole peut être entendu comme la décision du citoyen de “dire son mot”, d’exprimer ce qu’il pense, d’inter-venir (venir entre ceux qui débattent et décident), prendre la parole peu aussi être entendu comme la confisquer, en déposséder l’autre. Et c’est bien ce conflit que l’actuelle campagne présidentielle met en scène jusqu’à la caricature. Jamais peut-être n’aura-t-on si fort ressenti l’exigence de chacun de parler et d’agir à la première personne du singulier, mais jamais on n’aura tant déployé de moyens pour l’empêcher ou en dévoyer le libre cours. Certes, il faut d’abord remarquer que la Constitution de la Vème République a été entièrement conçue à cette fin. Son principal auteur, Michel Debré disait même à son sujet que, la brutalité d’un mode de scrutin est l’expression d’une vue démocratique qui est bonne....
Ière séance de Gilles Deleuze sur la classification des signes et du temps. Audio. Durée:2h39mn.
Faire la salle, Faire le Gilles, Faire le film, trois variations à partir des cours de Gilles Deleuze, sont présentées le 2 avril dans le cadre du festival Étrange Cargo, qui se tient du 13 mars au 7 avril, au théâtre de la Ménagerie de Verre, à Paris. La voix de Gilles Deleuze se glisse dans le corps de Robert Cantarella. L'acteur détaille sa démarche.
Vous « montez » des cours de Gilles Deleuze. Quel rapport avec le théâtre ? Robert Cantarella. Les cours de Deleuze ne sont pas uniquement des brouillons de textes. Il ne s'agit pas tout à fait de théâtre, non plus. Mais de l'émotion, de la sensualité et une autre forme de savoir sont néanmoins véhiculées par la voix. Le principe est de reproduire immédiatement à haute voix les cours de Deleuze, enregistrés et transmis grâce à un système d'oreillette. À l'origine, j'employais ce système – répéter ainsi instantanément des textes d'auteurs enregistrés – pour aider les comédiens à se dégager de l'angoisse liée à la question de l'incarnation. Or voir un homme parler avec une autre voix, respirer avec un autre corps, sentir l'osmose entre ce travail de la voix, du corps et du corps du texte, procure également un grand plaisir...
L'ouvrage résulte de la journée d'études "Deleuze et l'image" tenue à la Sorbonne le samedi 2 décembre 2006. Les communications sont brèves. Vingt contributions pour moins de 200 pages, soit neuf pages en moyenne par texte en comptant une page supplémentaire pour les notes fournies qui les accompagne. Cette brièveté a pour intérêt majeur de déterminer rapidement l'enjeu, une narration sensible du rapport de l'auteur avec Gilles Deleuze comme homme ou philosophe ou l'exploration d'un concept pris dans ses écrits. Les contributions font l'objet de deux parties : La philosophie à l'épreuve du cinéma ou comment les critiques, professeurs de cinéma ou cinéastes se sont emparés de la pensée de Deleuze et Le cinéma à l'épreuve de la philosophie, l'importance pour la philosophie de la pensée sur le cinéma de Deleuze.....
Le cinéma tel qu’il est analysé par Gilles Deleuze dans les deux livres qu’il lui consacre se décrypte à partir du rôle central donné au schème sensorimoteur. Pour mémoire, on appelle schème sensorimoteur le schéma comportemental perception-action. Le mot schème s’emploie pour signifier qu’il ne s’agit pas d’appliquer un schéma formel à la réalité mais partir des régularités qu’on observe dans celle-ci pour faire émerger un motif opératoire parmi la diversité des situations. Autrement dit, c’est un peu précieux mais on dira schéma pour parler d’une forme a priori et schème pour une forme a posteriori. Bref, en introduisant l’affection entre la perception et l’action, c’est bien à partir de là que Deleuze nous propose une lecture de l’image cinématographique. L’image classique, c’est-à-dire l’image-mouvement, explorera le schème sensorimoteur pour autant qu’il est réalisé, sinon par les personnages, du moins par le film en tant que totalité ouverte par la durée. L’image moderne, c’est-à-dire l’image-temps, explorera la rupture du lien sensorimoteur, traversera la disparition du personnage à la recherche d’une matrice esthétique capable de redonner ou d’inventer un corps et un cerveau à l’humanité. Mais pour installer le schème sensorimoteur dans le cinéma, il fallait d’abord l’installer dans la pensée et ensuite convoquer le cinéma ; il fallait trouver le plan d’immanence proprement cinématographique où cinéma et pensée deviennent assez indiscernables pour nouer leurs étranges alliances. Ce plan d’immanence, Deleuze le trouvait chez Bergson et ce dernier le formulait non pour le cinéma mais comme une réponse à la nouvelle physique einsteinienne....
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Retrouver les racines géographiques de la philosophie pour l’arracher aux abstractions de son histoire. C’est cette exigence qui a conduit Deleuze et Guattari à thématiser la notion de "Géophilosophie". Elle nous invite à penser à nouveaux frais les rapports entre les versants esthétique et politique de la philosophie, entre le lien sensible de nos corps à leurs territoires et la construction de l’espace du vivre-ensemble.
....Ce n’est pas sur le fonctionnement des partis politiques, mais sur le rôle de l’administration que Gilles Deleuze concentrera l’essentiel de son regard. Dans Pourparlers, Deleuze écrit en effet que beaucoup attendaient d’un régime socialiste un « nouveau type de discours. Un discours très proche des mouvements réels, et capable dès lors de se concilier ces mouvements, en constituant les agencements compatibles avec eux ». La gauche fut incapable d’être fidèle à cette promesse. Elle ne parvint pas à « épouser » les mouvements qui agitaient le champ social et à faire écho aux nouvelles questions qui s’y posaient. Et c’est, selon Deleuze, à cause de l’administration que « l’information » ne « circula » pas : « Les corps de fonctionnaires, les corps de responsables ont toujours été de droite en France. Si bien que, même de bonne foi, même jouant le jeu, ils ne peuvent changer leur mode de pensée ni leur mode d’être ». C’est la raison pour laquelle la gauche aurait eu besoin « d’intercesseurs ». Au lieu de rester enfermés au sommet de l’Etat, les socialistes auraient dû créer des « circuits parallèles, des circuits adjacents » et nouer des contacts forts avec les « intellectuels » : «Mais tout ce qui s’est fait dans cette direction, ça a été des prises de contact amicales, mais très vagues »....
Depuis un an, deux professeurs de philo biarrots, Mathieu Accoh et Lionel Fauré-Corréard, animent un cycle de conférences interactives à la médiathèque
Mathieu Accoh et Lionel Fauré-Corréard sont des adeptes de la pop'philosophie (« pop » pour populaire). Un concept lancé par le philosophe français Gilles Deleuze et dont le principe est de construire une pensée à partir de supports inhabituels. Comme la musique, la vidéo, la publicité, l'art, la photographie, le roman… « Nous nous éloignons complètement de la philosophie universitaire, reconnaît Lionel Fauré-Corréard. Pas besoin d'être bardé de références ou de connaissances de culture générale particulières. La pop'philosophie (1) est une façon différente de faire de la philo. Elle part toujours de quelque chose de concret. »...
Jean-Claude DUMONCEL est l'auteur de DELEUZE FACE à FACE aux Editions M-Editer. http://m-editer.izibookstore.com/produit/5 Présentation : La folie est un sujet tridimensionnel : A) Il y a une différentiation de la folie en un arbre dont les branches sont la névrose, la psychose et la perversion, se ramifiant, comme la psychose, en paranoïa et schizophrénie ; B) La folie a deux faces : le délire et la manie ; C) La folie est affectée d'une bifurcation entre effondrement et processus de percée. Sur les trois dimensions, une division sélective conduit à la confrontation entre capitalisme et schizophrénie.
L'itinéraire de la revue "Europe" se confond avec une grande histoire, celle de l'engagement progressiste, antifasciste et communiste de beaucoup d'intellectuels français. ...Europe a adopté depuis longtemps le parti pris de proposer des dossiers monographiques. Ceux-ci permettent de faire le point sur l'actualité d'une oeuvre mais aussi de rassembler en un même effort d'écriture les générations qui s'en réclament.Tel est le cas avec ce numéro d'avril dont la plus grande partie, sous la direction de deux jeunes philosophes et critiques, Evelyne Grossman et Pierre Zaoui, est vouée au philosophe Gilles Deleuze (1925-1995). Figure de proue de la philosophie des années 1960-1970, l'homme "aux yeux jaunes", aux ongles démesurément longs, à la posture provocante et à l'oeuvre protéiforme a incarné avec son compagnon d'écriture, le psychanalyste Félix Guattari (1930-1992), les positions les plus radicales de la vie de l'esprit dans la France d'avant et après Mai 68. Gilles Deleuze refusa la moindre concession au tournant qu'il jugeait "droitier" de la pensée française, dans les années 1970-1980. Ainsi fut-il très acerbe contre les "nouveaux philosophes" qui émergèrent alors. Pourtant, on a pu voir aussi dans certaines de ses notions-clés comme le nomadisme, la "déterritorialisation", la primauté du corps, le rejet des notions de sujet et d'auteur, une sorte de préformatage du capitalisme "turbo", de boîte à outils conceptuels adaptée à des hordes de publicitaires prônant une morale libérale-libertaire mondialisée...
Comment une oeuvre esthétique peut-elle être en même temps philosophique, et inversement ?
Question classique à laquelle cet article se propose de répondre par une interprétation de trois albums du shock-rocker Marilyn Manson à la lumière de la notion deleuzienne de personnage conceptuel. Il s'agira ainsi de mettre au jour par l'exemple les conditions d'une rencontre improbable entre pensée artistique et pensée philosophique.
Lorsqu’en 1991 Gilles Deleuze publie en collaboration avec Félix Guattari Qu'est-ce que la Philosophie ?, exercice de réflexion sur cette discipline de l'esprit qu'il pratique depuis déjà presque quarante ans, il marque surtout l'acte de naissance théorique des personnages conceptuels, entités philosophiques qu’il ne juge pas créer mais découvrir dans l'histoire de la philosophie, à un niveau essentiel qui dépasse les simples figures littéraires qui s’y montrent ponctuellement. Les personnages conceptuels investissent en effet la philosophie d'une forme nouvelle classiquement réservée à la littérature, et dont l'incursion dans la philosophie relevait jusqu'ici d'une logique exogène. Presque dix années plus tard, Marilyn Manson dévoile son quatrième album studio, Holy Wood, et le présente comme l'élément final d'un triptyque complet, complexe et conceptuellement élaboré initié en 1996 avec un album intitulé Antichrist Superstar suivi deux ans plus tard de Mechanical Animals. Une analyse globale de ce triptyque met au jour la présence de personnages susceptibles d'être dits conceptuels, au cœur même de la démarche critique et musicale de l’artiste. Là où Deleuze faisait preuve d'une originalité éclairante en faisant entrer le personnage dans l'essence de la philosophie, Marilyn Manson étonnerait de son côté en le rappelant dans l'esthétique sans pour autant compromettre sa nature philosophique.....
A l'occasion de l'intéressante tentative de l'Atelier Rosset (« Gilles Deleuze et Clément Rosset: différences et répétitions »), voici un petit article de Clément Rosset consacré à Deleuze (« Sécheresse de Deleuze » publié en 1972 dans la revue L’Arc n°49), où l'on discerne, en filigrane, et comme à travers ce prisme rossétien, la proximité subtile, latérale mais singulière, de ces deux philosophes liés par un sorte de cousinage intellectuel et, chacun à leur manière, disciples de Nietzsche et Spinoza....
Un lecteur de Différence et Répétition déclarait en cours de lecture : « J’ai l’impression de manger un biscuit qui manquerait de beurre. C’est excellent, mais c’est sec. » Impression de sécheresse fréquente à la lecture de Deleuze et qui ne s’émousse guère à l’habitude ; au contraire, qui aurait plutôt tendance à se renforcer. Mais, dans le même temps, elle se valorise : la sécheresse qui étouffe d’abord en vient à séduire le lecteur qui découvre tout ce que cette sécheresse lui épargne. Ici, pas de pleurs, pas d’émotion, pas de tressaillements métaphysiques ; mais pas non plus de complicités avec les grands thèmes qui continuent à retenir généralement l’intérêt philosophique : aucun souci de transcendance de l’âme ou de l’esprit, aucun intérêt pour un sens de l’histoire ou une rationalité du devenir (que les modernes néo-hegeliens prétendent exhiber au nom de Nietzsche, de Marx ou de Freud), aucun respect à l’égard de valeurs quelconques, d’ordre esthétique ou moral. Ce qui caractérise ainsi Deleuze est, avant tout, un beau manque d’enthousiasme : la philosophie n’est pas faite pour contribuer à l’entretien de telle ou telle rêverie humaine. Il s’agit seulement de décrire et, pour autant que faire se peut, d’évaluer. Evaluer, non en fonction de valeurs extrinsèques et extérieures au discours considéré, mais en fonction de la cohérence et de la richesse internes d’une philosophie....
Le but de cet article n'est pas de fournir une quelconque interprétation de la pensée de Deleuze ou de fournir des clés de lectures pour comprendre l'anti Oedipe. Plus modestement je tente de fournir un angle d'approche de cet ouvrage. Mon point de départ est le suivant : bien que Deleuze ait rédigé un ouvrage désormais classique sur Hume, ce dernier n'est que rarement cité parmi les sources de l'anti Oedipe. De là, j'ai esquissé quelques rapprochements afin de permettre d'éclairer l'approche deleuzienne de la maladie mentale...
Par Valery Denis
n argument tout à fait bon, utilisé contre l'antipsychiatrie : oui, les antipsychiatres ce sont des gens qui disent : "vive la schizophrénie", et ils prêtent à Laing l'idée que l'antipsychiâtrie consisterait à dire que la schizophrénie c'est la vraie santé. C'est une telle falsification... Je me permets de rappeler la thèse fondamentale de Laing qui n'est pas le moins du monde celle que l'auteur de l'article prétend. La position de Laing c'est que la schizophrénie doit être comprise en fonction d'un processus et la question qu'il pose est : comment un schizophrène malade est-il produit ? Et la question se développe sous la forme suivante : est-ce qu'il est produit en fonction d'un processus schizophrénique, ou bien est-ce qu'il est produit par quelque chose qui en est le contraire, c'est à dire par l'interruption du processus, par la continuation dans le vide, par son exaspération. Et loin d'ignorer que le schizophrène clinique est malade et souffrant, il pense qu'il est d'autant plus malade et souffrant que sa production comme schizo-clinique est liée, non pas à ce qu'il faut appeler processus schizophrénique, mais à ce qu'il faut appeler interruption d'un tel processus. Prêter à Laing et aux autres antipsychiatres la pensée que le schizo comme entité clinique est une chose admirable est une telle malhonnêteté que ça cache une opération d'une autre nature : le même auteur explique que la souffrance principale du psychiatre, c'est un rapport d'angoisse avec les malades; il ne dit pas un mot de ce qui fait l'angoisse réelle des jeunes psychiatres, à savoir que de tous temps, les psychiatres étaient amenés à remplir des fonctions non seulement d'adaptation, mais quasi policières et ces fonctions policières vont se développer d'une façon inquiétante.
La chronique de Franck Senaud. Là où il faut être cette semaine. Constater que, dans un centre d’art contemporain pointu, en bas de chez moi, peut se créer l’équilibre d’une discussion informelle entre les participants (faut-il guider les idées ? faut-il les laisser aller ?) et un brunch offert à tous. Si on a l’idée de réserver. Ici resa@cacbretigny.com ou au 01 60 85 20 76.
Le philosophe Gilles Deleuze fait partie des vingt auteurs dont les livres, en français, étaient les plus fréquemment téléchargés en 2011. Découvrez les 19 autres ainsi que les livres les plus appréciés des "pirates" du net.
Beaucoup plus incongru, parmi ces vingt noms de la littérature populaire, figure également Gilles Deleuze. Le philosophe, auteur de Rhizhome, "fait partie des penseurs de la modernité, des réseaux et l'un des philosophes français les plus lus aux Etats-Unis", explique Cécile Moscovitz, responsable des études au sein du MOTif. Ainsi, lu en français dans le texte par les universitaires américains, Gilles Deleuze fait partie de ces auteurs téléchargés par les étudiants, et cette bonne place est constatée par l'organisme depuis sa première étude en 2009....
Il s’agit ici de quelques remarques à propos d’un aspect de la « lecture » de Foucault par Deleuze tel qu’il se dégage d’un texte de ce dernier intitulé « Désir et plaisir ».
La question de l’identité philosophique de Michel Foucault continue, semble-t-il, à inquiéter beaucoup. Cela n’a jamais été le problème de Gilles Deleuze qui commence son intervention, « Qu’est-ce qu’un dispositif ? », par la formule : « La philosophie de Foucault… » Pour Deleuze, cette question n’a pas même à être posée. L’intérêt de la rencontre Deleuze-Foucault est donc, à mon sens, d’abord celle-ci : d’éclairer en pleine lumière ou d’extraire la philosophie d’un penseur qui n’a jamais voulu ou désiré l’exposer en tant que telle. Non par mépris pour la philosophie mais par refus de l’identification 4. Il faut s’avancer masqué, tel un « philosophe masqué » 5, non par prudence ou coquetterie, mais pour laisser se faire le travail de transformation de la pensée qui ne laisse aucune identité intacte. Les vocables comme « philosophe », « philosophie », et même, mais à un moindre degré (pourquoi ?) « pensée » sont des poids et des maux. Le nom propre lui-même, son propre nom, peut devenir un écran qu’il faut savoir brouiller à l’occasion. Au lecteur alors de se débrouiller, c’est-à-dire de travailler pour aller, au-delà des panneaux, vers ce qui introduit « une différence significative dans le champ du savoir ». Cette lutte avec les vocables, que d’autres ont nommée « écriture », est un jeu de vérité où se confondent la peine et le plaisir....
...Comment comprendre alors ce double glissement de la « création » à la « production », d’une part, et du « fait » au « problème » du nouveau d’autre part ? C’est ce qu’une confrontation entre les philosophies de Bergson et de Deleuze doit permettre d’établir. On pourrait cependant avancer que si cette « question du nouveau » permet de rassembler à l’intérieur d’une même orientation philosophique des pensées aussi hétérogènes que celles de Foucault, Leibniz et Bergson, c’est peut-être parce qu’elle est avant tout la question de Deleuze, celle qui le hante, si bien qu’il la retrouverait chez tous ces auteurs justement parce qu’il l’y aurait mise ? Mais, s’agissant de Bergson, il paraît indiscutable que la nouveauté occupe une place centrale dans sa philosophie. C’est d’ailleurs un point qui n’a pas échappé à Deleuze dès les articles qu’il lui consacre en 1956, lorsqu’il remarque la présence dans l’oeuvre de Bergson d’un « véritable chant en l’honneur du nouveau » (L’île déserte, p. 41). Le philosophe de la durée est bien celui qui a construit toute son oeuvre en riposte à une certaine méconnaissance de ce fait pourtant primitif qu’est la nouveauté, présente dans toute notre expérience, et qui révèle la dimension temporelle, active et même créatrice de l’être. C’est ainsi qu’il écrit dans « Le possible et le réel » (La pensée et le mouvant, p. 115/1344) : « Mais la vérité est que la philosophie n’a jamais franchement admis cette création d’imprévisible nouveauté »....
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