Géopolitique et Centrisme
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Le Belge libéré en Syrie: "Ce n'est pas le gouvernement Al-Assad qui a utilisé le gaz"

Le Belge libéré en Syrie: "Ce n'est pas le gouvernement Al-Assad qui a utilisé le gaz" | Géopolitique et Centrisme | Scoop.it
L'enseignant belge Pierre Piccinin da Prata, kidnappé en Syrie au mois d'avril et libéré ce dimanche (en même temps que son confrère Domenico Quirico, journaliste italien), a accordé une interview...
Jeremy Coste's insight:

La vérité vraie (pas celle des Etats-Unis) est peut-être ailleurs...

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#Syrie #ALireAbsolument Entretien avec Jacques Borde, spécialiste de géopolitique #syria #siria

#Syrie #ALireAbsolument Entretien avec Jacques Borde, spécialiste de géopolitique #syria #siria | Géopolitique et Centrisme | Scoop.it

Via Juan Carlos Hernandez
Jeremy Coste's insight:

Quelques éléments qui aident à comprendre les vraies raisons d'un potentiel conflit

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Juan Carlos Hernandez's curator insight, August 27, 2013 10:58 AM

#Syrie #ALireAbsolument Entretien avec Jacques Borde, spécialiste de géopolitique #syria #siria

 

Entretien avec Jacques Borde, spécialiste de géopolitique.

JSSNews – Croyez vous possible que des rebelles aient tiré sur des gens de leur propre camp ?
Jacques Borde – Techniquement, rien de très irréalisable. Pour le reste, deux choses :

1° Une bonne partie des Contras syriens ne sont pas plus syriens que vous ou moi. Ce sont des (quasi) professionnels du terrorisme international formatés pour cela. Tuer des civils, fait, de toute manière, partie de leur engagement. Et, in fine, n’étant pas Syriens, ils ne tirent pas réellement sur les leurs…

2° Tirer sur son propre camp ou sur ceux que l’on prétend défendre ou aider ? Pourquoi pas ?  Souvenez-vous de la controverse à propos de la tuerie du marché de Markale, en ex-Yougoslavie.

 

Plus généralement, tirer sur les siens (ou ceux supposés tels) est une constante bien établie en polémologie. Il existe même toute une batterie d’euphémismes pour nommer cette pratique : tir ami, feu ami, tir fratricide, tir fraternel, etc.. Quant à l’expression dommage collatéral, elle a été tout spécialement inventée par nos amis de Washington, lors de la Guerre du Viêt-Nam, pour édulcorer l’impact médiatique des tirs amis et, surtout, des destructions en chaîne des infrastructures civiles et des litanies de victimes les accompagnant.

Le taux de pertes dû à ces pratiques, volontaires ou non, reste plutôt élevé dans les conflits modernes[1]. Des études américaines ont, d’ailleurs, donné une idée des pourcentages de ces pertes : 1ère Guerre mondiale : 10% des blessés au combat ; 2ème Guerre mondiale : 14% des pertes totales ; Guerre de Corée : 7% des pertes de la 25th Infantry Division ; Guerre du Viêt-Nam : entre 11% et 14% des pertes totales ; Opération Juste Cause[2] : 13% des tués au combat ;Opération Desert Storm : 24% des tués au combat. À savoir que selon une autre étude de l’American War Library, les pourcentages sont sans communes mesure avec ceux que je viens de vous citer.

Le rapport que l’ONG Human Rights Watch rendit, en 1991, sur les séquelles de l’Opération Juste Cause au Panama, pays dont la population n’était pas définie comme hostile aux États-Unis, sont révélateurs du peu de cas que Polémos fait, de toute manière, des civils. En effet, pour HWR, « [Les morts de civils au Panama] révèlent que « l’opération chirurgicale » des forces américaines a infligé un coût en vies civiles qui a été au moins quatre fois et demi plus élevé que dans les dommages militaires de l’ennemi, et douze ou treize fois plus élevé que les pertes subies par les troupes américaines (…). Par eux-mêmes ces ratios donnent à penser que la règle de la proportionnalité et le devoir de minimiser les dommages pour les civils, tant que cela ne compromet pas un objectif militaire légitime, ne sont pas scrupuleusement respectées par les forces d’invasion américaines. Pour nous, la controverse sur le nombre de victimes civiles ne doit pas faire oublier l’important débat sur la manière dont ces personnes ont trouvé la mort »[3].

Plus proche de nous, notons que la Force internationale d’assistance à la sécurité (IsAf) de l’Otan, s’est fait, pour ainsi dire, une spécialité de ces tirs accidentels (sic) frappant la population civile afghane, notamment dans la province de Paktika. De nombreuses témoignages, notamment révélés par Wikileaks, ont clairement démontré que nombre de ces tirs étaient délibérés et/ou effectués en toute connaissance de cause de la nature civile de la cible. Alors des terroristes takfiritirant sur des civils de leur propre camp, pourquoi pas ?

JSSNews – Que sait-on réellement de ce qui s’est passé à Al-Goutha ?

Jacques Borde – Au point où nous en sommes, et après quelques empoignades par mediainterposés, on commencerait (presque) à y voir plus clair.

1° La seule chose dont on soit certain – et que personne ne remet en cause  – c’est qu’il y a, effectivement, eu usage d’armes chimiques. Lesquelles exactement ? Tout n’est pas tiré au clair.

Essentiellement, pour une raison assez simple : les stocks (quelle que soit l’identité du lanceur) sont relativement anciens. Les armes chimiques – un peu comme les briques de lait que vous achetez en grande surface – se périment assez vite, contrairement à des munitions d’armes légères qui, bien stockées, restent fonctionnelles sur des décennies[4]. Souvenez-vous, vos guerres de 1948 et  1956 se sont, aussi, faites avec des matériels anciens. Certains Pal’Machnikkim de 1948 – je pense là la Brigade Harel ou à celle du Néguev, en 1948 – avaient quasiment les mêmes Lee-Enfield[5] que la Notrim[6] de Basse-Galilée, en 1937… En revanche, les ingrédients chimiques sont peu stables et, donc, peu fiables. Le panachage de produits différents n’est pas, non plus, à exclure. Ça donne des mélanges associant des substances neurotoxiques à des lacrymogènes, voire des engrais industriels. Mais, tout ça, à forte dose reste très létal. La preuve !

2° Qui en a fait usage ? Là est toute la question. Le problème est que, même les rebelles, pourtant théoriquement les premiers intéressés à ce que la vérité fasse jour ne sont pas les derniers à ralentir le déploiement des observateurs internationaux. Par ailleurs, les armes chimiques aux mains des Contras sont, passez-moi l’expression, des prises de guerre faites sur de le dos de l’armée régulière ! Alors, qui croire ?

JSSNews – Les Russes traînent des pieds ?

Jacques Borde –  Pas particulièrement. Sur ce dossier, ils ont une position bien arrêtée. Ainsi, à en croire Moscou – qui a fourni aux Nations-unies des images satellites – ce sont deux engins sol/sol[7], chargés de produits chimiques[8] qui ont frappé Al-Ghouta. Les deux auraient été lancés depuis la région de Douma, sous contrôle des rebelles. Ou, ad minimo, ayant échappé au pouvoir sis à Damas.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, repris par Russia Today, a donc affirmé détenir « de nouvelles preuves que cet acte criminel était d’une nature provocatrice ». « Et en particulier, des rapports ont circulé sur Internet, que les matériaux de l’incident et l’objet des accusations contre les troupes gouvernementales, avaient été publiés pendant plusieurs heures à l’avance de l’attaque en question . Ainsi, il s’agissait bien d’une action planifiée à l’avance ».

JSSNews – Mais doit-on prendre ce que nous disent les Russes pour agent comptant ?

Jacques Borde – Certainement pas ! Les Russes et leurs SR ont, tout comme leurs équivalents occidentaux, une solide expertise en matière de forgerie. Donc attention à ne pas se laisser abuser. Mais pas plus que par ce que nous affirme notre chef de la diplomatie, Laurent Fabius, ou ses homologues. Comme le Britannique, William J. Hague[9], ou l’Allemand, Guido Westerwelle…

Ce qui me gêne le plus – en France en tout cas – c’est l’attitude, pour le moins partisane, de la presse généraliste. Blackout total, ou presque, sur les thèses défendues par Moscou ! Enfin, sur ce qui ne colle pas avec la ligne éditoriale en vigueur. Je me rappelle M. Fabius, péremptoire, faisant de la lenteur de Damas à se plier à des injonctions diverses, la preuve à charge de son implication dans le drame. Atermoiements que M. Fabius accepte parfaitement de la part des Contras, en revanche ! Mais, pourquoi pas, après tout ? L’Élysée et le Quai[10] ont, sans doute, des raisons d’agir ainsi. Et de présenter les choses dans le sens de leur schmilblick. C’est de bonne guerre médiatique. En termes de Renseignement, cela peut, lorsque le cas s’y prête, s’appeler de lamanipulation, voire de la déception…

Oui. Les avis, à raison, sont partagés sur cette affaire. Ainsi, pour votre ministre de la Défense, le Rav Alouf (lieutenant-général) Moshé Bougui Yaalon[11], pas de doute : Assad est bien le bad guydu dossier, car note Yaalon, « Le régime d’Assad a déjà utilisé des armes chimiques à plusieurs reprises. Le nombre de morts en Syrie a désormais franchi la barre des 100.000. C’est une lutte pour la vie et la mort et il n’y a pas de fin en vue ».

Du coup, face à un dossier qui prend, quand même, un peu l’eau, le Figaro, connu pour le soutien qu’il apporte au Quai d’Orsay et aux groupies de la Pax takfiria au Levant, se pose pour la première fois des questions embarrassantes. Notamment celle-ci : « Quel intérêt aurait eu Bachar el-Assad à lancer une attaque non-conventionnelle au moment précis où il venait d’autoriser des inspecteurs de l’Onu ? »[12]. 

Quant à l’éventuelle responsabilité de Damas, qui était la seule hypothèse de travail au début de l’affaire, le Conseil de sécurité des Nations-unies vient de rendre un rapport où le ton est, subitement, devenu moins martial, la machine onusienne estimant, simplement, que « Nous voulons découvrir la vérité sur l’accusation du régime syrien qu’il aurait utilisé les armes chimiques sur la campagne de Damas ». Une déclaration alambiquée qui vient s’ajouter à celle de la délégation Italienne, beaucoup plus sobre, qui a estimé que « la délégation syrienne a présenté une vision qui mérite que l’on s’attarde dessus ! ».

Le soufflé serait-il en train de retomber ? La question mérite d’être posée…

JSSNews – Mais pourquoi une telle attaque de la part des rebelles ?

Jacques Borde – Même si, dans le cas où cette hypothèse se vérifierait, cela revient à jouer avec le feu, qui réclame une intervention armée des Occidentaux dans ce conflit ? Et a intérêt à tout faire pour qu’elle ait lieu ? Pas Damas, à l’évidence, à qui le statu quo actuel va comme un gant !

Par ailleurs, dans une guerre, c’est triste à dire, on est, surtout, certain du pire ! Quand vous prenez des gens suivant les directives de gourous recommandant le viol en réunion d’adolescentes pour peu que celles-ci ne soient pas de « bonnes » (sic) musulmanes, tout est à craindre, non ? Y compris dans le Sinaï où d’innocentes jeunes femmes l’ont appris à leurs dépens…

Militairement parlant, l’expertise nécessaire pour tirer des engins sol/sol de 1ère génération n’est pas bien grande et, donc, ne permet pas de limiter la liste des suspects aux seuls membres de forces peu ou prou régulières[13]. Si, par exemple, vous prenez le 9K52 Luna-M[14], l’entrée de gamme en la matière si je puis me permettre, sa portée de 70 km laisse beaucoup de possibilités quant à ses éventuels utilisateurs. L’Irak l’a utilisé contre les villes iraniennes et l’Égypte lors de la traversée du Canal de Suez, en 1973.

De plus s’en procurer n’est pas un obstacle insurmontable dans une région aussi troublée : entre les 288 livrés à l’Égypte, les 42 à la Libye, les 12 yéménites, les 18 syriens, sans parler de la version Laith-90 fabriquée par les Irakiens, vous avez le choix. Et n’oubliez pas que bon nombre dedjihâdistes ont un solide passé militaire. Et si vous n’avez pas la formation ad hoc, il se trouvera bien une bonne âme pour vous filer un coup de main. Et, là, ce ne sont pas les ennemis de Bachar qui manquent…

JSSNews – Donc, à vous entendre, des mains non-syriennes plongées dans ce bain de sang ne sont pas à exclure ?

Jacques Borde – S’il ne s’agit de la bavure criminelle d’acteurs locaux, probablement ! Et, à l’exclusion d’une grande puissance (entendez par là, Moscou ou Washington), par la force des chose : une (ou plusieurs) puissances régionale…

JSSNews –Laquelle ?

Jacques Borde – C’est ce qui va être le plus dur à déterminer ! Même si l’application du vieux principe juridique du cui bono devrait permettre de séparer le bon grain de l’ivraie…

Selon ce principe, il faut bien se faire, quelque part, à l’idée que dans l’entourage de la Contrasyrienne, certains cherchent à torpiller la réunion de Genève-2. Ce qui, ipso facto, désolé pour les complotistes, exonère, d’entrée, une main américaine derrière cet épisode sordide de la Guerre de Syrie. En effet, il existe une volonté, bien réelle, de l’administration Obama de coopérer avec celle de Poutine. Là, un bon massacre à l’arme chimique apparaissant comme le meilleur moyen de lier les mains de Washington et l’empêcher d’entamer, tôt ou tard, ces négociations. Même si, bien sûr, comme je vous l’ai déjà dit, l’option Genève-2 reste, pour nos deux anciennes superpuissances de la Guerre froide, avant tout, un moyen de donner du temps à leur(s) champion(s) respectif(s) sur le terrain pour marquer un maximum de points avant Genève-1, justement !

Or, pour amorale que soit cette approche, elle exonère les deux grands qui n’ont pas besoin – plagions Clausewitz – d’une telle montée aux extrêmes de nature à plomber définitivement l’optionGenève -2.

JSSNews – Mais dites-moi, Genève-2, c’est un peu l’arlésienne ?

Jacques Borde – Quelque part, oui.

Moscou vient effectivement d’admettre que la conférence internationale sur la Syrie ( Genève-2) ne se tiendrait « probablement pas » avant le mois d’octobre 2013. La conférence, dont la tenue avait été proposée conjointement par les administrations Obama et Poutine au début du mois de mai 2013, est reportée à des calendes de plus en plus décalées. Comme l’a confirmé Guennadi Gatilov[15], les nouvelles discussions préparatoires, prévues fin août [2013], puis en septembre [2013] ne permettront pas sa tenue avant octobre au plus tôt. « Il est improbable qu’elle ait lieu en septembre du fait de différents événements dont la « semaine ministérielle » à l’Assemblée générale des Nations-unies »[16], a déclaré le diplomate . « Nous sommes favorables à ce qu’elle ait lieu le plus tôt possible, mais nous devons être réalistes sur les circonstances à même d’aboutir à ce forum », a-t-il ajouté.

En fait, Russes et Américains, laissent de temps au temps. Et plus simplement – les géopoliticiens sont des animaux à sang froid – à leurs hommes liges sur le terrain le soin de l’empoter sur le terrain.

JSSNews – Pourquoi cela ?

Jacques Borde – Oh, à mon avis parce que tous deux semblent croire en la chance de leurs poulains respectifs ! Qui, côté russe, en la victoire de Bachar el-Assad. Qui, côté US, en celle d’une opposition armée ! Certes, difficile à nommer avec précisions. Mais, au fond, n’étais-ce pas déjà le cas en Libye ? Avec, en filigrane, de possibles frappes aéroportées occidentales pour aider laContra syrienne…

Pour revenir à l’attaque chimique d’Al-Ghouta, il est une autre puissance régionale à absoudre de tout soupçon : Israël !

JSSNews – Heureux de vous l’entendre dire ! Et pourquoi, selon vous  ?

Jacques Borde –  Parce que, depuis le début du conflit, l’acteur régional hiérosolymitain fait tout pour empêcher ce type de montée aux extrêmes. Outre le fait d’être au premier rang des retombées des printemps arabes, Jérusalem n’a eu, militairement, de cesse :

1° De casser toute accélération inutile des choses.

2° D’éviter toute prolifération d’armes non-conventionnelles à sa périphérie. Notamment de Damas vers le Hezbollah.

Pourquoi Heyl Ha’Avir a-t-elle, successivement, cassé les outils militaires de nature à modifier la donne régionale : SS-N-26 Oniks russes[17], stocks d’armements variés (qu’ils soient syriens ouhezbollahis), etc. ? Naturellement pour que ce conflit syrien reste dans des limites supportablespour Israël et sa population.

Pourquoi Heyl Ha’Avir a-t-elle rasé des sites militaires syriens identifiés comme pouvant contenir des stocks d’armements non-conventionnels ? Naturellement pour ces que armes non-conventionnelles ne tombent aux mains du Hezbollah.

Pourquoi Israël n’est-il pas allé au-delà de cette ligne rouge ? Réaction parfaitement à la portée de ses armes. Parce qu’à l’évidence, cela suffit, pour l’instant, à préserver un statu quo qui lui convient davantage que la chienlit régionale orchestrée par les promoteurs de cette Pax takfiria qui se dissimule, plutôt mal d’ailleurs, derrière les atours des printemps (dits) arabes.

Pourquoi, pour finir, Tsahal n’a-t-elle pas donné le coup de balai que beaucoup de vos concitoyens, semble-t-il, appellent de leur vœux dans un Sinaï égyptien – votre environnement proche, à l’évidence – totalement gangréné par le radicalisme takfir ? Naturellement pour qu’il n’y ait pas demontée aux extrêmes de la part d’un partenaire égyptien qui revient à ses marques.

Dans cette optique géopolitique évidente, désolé pour les complotistes compulsifs, tout geste qui viserait à cautionner la prolifération d’armes chimiques au Levant – ce qu’est, bien évidemment, l’affaire Al-Ghouta – irait dans le sens opposé aux intérêts d’Israël, et de la région du Levant, d’ailleurs. Donc, il est clair que Jérusalem n’a rien à y voir.

JSSNews – Et, qui reste-t-il comme nominés sur votre liste ?

Jacques Borde – Poser la question, c’est y répondre. Du moins pour partie. Qui sont les deux acteurs régionaux à la fois arabes, wahhabites et culs et chemises avec les Contras opérant en Syrie ? Riyad et Doha !

Le premier, s’il a, depuis peu, le vent en poupe et soutient même la junte de fait cairote, n’a pas toujours manifesté de grande capacités intellectuelles à se contrôler ou à contrôler son petit personnel. Rappelez-vous du fondateur du Jabhah al-Islamiyah al-Alamiyah li-Qital al-Yahud wal-Salibiyyin[18], feu Oussāma Bin-Lāden. Et je ne parle pas du peu de cohérence de Riyad à maîtriser les codes qui régissent les relations entre possesseur d’armements non-conventionnels. Souvenez-vous des sueurs froides de certains lors de l’arrivée des missiles sol/sol CCS-2 dans l’impedimentum militaire séoudien !

Quant au Qatar. Le fait qu’il ait été sommé de revoir ses ambitions drastiquement à la baisse (et, concrètement, de refiler son jouet syrien à son rival de toujours, l’Arabie Séoudite), a pu inciter les plus radicaux des éléments de cet émirat hors-normes à opter pour la politique du pire. Une sortie en fanfare en quelque sorte, ça n’est pas les moyens qui lui font le plus défaut ! Quant on voit les outrances télévisuelles que se permettent les télécoranistes du Takfir sur Al-Jazeera et consorts, il y a de quoi s’inquiéter…

JSSNews – Vous avez une vision très particulière du terrorisme, tout de même…

Jacques Borde –  Sans doute. Mais, comme l’a encore redit le Pr. Xavier Raufer[19] « Comme force historique conquérante, le terrorisme salafiste-djihâdiste est mort avec Oussāma Bin-Lāden. Là où il opère et nuit encore (Irak, Yémen), il sert en fait de mercenaire aux services séoudiens qui contrent ainsi les chi’ites irakiens proches de Téhéran ; ou d’habillage à des guérillas tribales (Yémen). Ouvrons les yeux ! Où, dans le monde, le terrorisme subsiste-t-il, hors des pays où, entre 1980 et 2000, les États-Unis l’ont eux-mêmes provoqué (Afghanistan, Pakistan, Irak, Somalie, Yémen, etc.) ? Nulle part »[20].

JSSNews – Vous avez évoqué le Sinaï, comme zone à risques…

Jacques Borde –  Oui. Et je ne suis pas le seul à le penser. En effet, votre Shabak[21] vient même d’y créer une nouvelle unité « dont les moyens sont équivalents si ce n’est supérieurs à celle qui lutte contre les attaques venant de Cisjordanie ».

JSSNews – Pourquoi ?

Jacques Borde –  Parce que les groupes terroristes y métastasent et que les menaces d’attaques contre les Israéliens (mais aussi les touristes étrangers) s’accroissent.

En clair, près de quinze groupes différents affiliés, entre autres, à Al-Qaïda opèrent dores et déjà dans le Sinaï, dont quatre sont particulièrement actifs et tentent, notamment, d’attaquer vos soldats le long de la frontière et de tirer des roquettes sur Israël. Le Shabak estime leur nombre à plusieurs centaines alors que l’Agaf Ha’Modi’in[22] évoque jusqu’à plusieurs milliers d’activistes. Si la majorité d’entre eux sont des Bédouins du cru qui se sont radicalisés, parmi eux figurent également des combattants étrangers en provenance, encore, d’Arabie Séoudite, du Yémen et de la Bande de Gaza.

Dans une analyse publiée sur i24news, un expert du Renseignement, Yossi Melman, avait déjà évoqué ce type de menace, soulignant que « L’arrivée de combattants islamistes étrangers dans le Sinaï a fait de ce territoire une zone de quasi non droit qui a conduit les services israéliens à réorganiser leurs méthodes ». Et « Pendant des années, les SR se sont efforcés de s’assurer du respect des termes du traité d’une part, et d’autre part que l’Égypte ne lance pas une attaque surprise contre Israël comme en 1973. Toutefois, ces dernières années, l’armée a transféré la responsabilité de la gestion du Sinaï au Shin-Bet (…)  chargés principalement de prévenir et empêcher les attaques terroristes. Ce changement reflète l’inquiétude d’Israël face à la montée de la menace terroriste venant du Sinaï, plutôt que d’une éventuelle menace de l’armée égyptienne ».

Le Shabak, explique, de son côté Ha’aretz, est désormais chargé de « contrecarrer les attaques le long de la frontière égyptienne, alors que les SR militaires rassemblent les informations ». À noter que contrairement à ce que les SR pronostiquaient, à savoir que « le Sinaï était la source de tous les maux de Gaza, il s’est avéré que c’était exactement le contraire ». « Les Égyptiens ont compris la situation beaucoup plus rapidement que nous » a confessé un responsable du Renseignement…

JSSNews – Pourquoi le Shabak ?

Jacques Borde – En raison de sa très forte expertise en matière de lutte contreterroriste. Le Shabaka toujours combattu l’activiste palestinien, que celui-ci soit d’inspiration nationaliste ou islamiste. Lors que les territoires palestiniens sont devenus autonomes, la logique bureaucratique eut voulu que le responsabilité de cette lutte passât entièrement sous la houlette des autres SR[23]. Il n’en a rien été. Pourquoi changer une équipe que gagne ? Il importe, ici, de rappeler le rôle majeur qu’a joué le Dr. Yuval Diskin, ex-directeur du Shabak, dans cette lutte. Longtemps responsable des opérations de décapitation mises en œuvre par ce SR, Yuval Diskin est considéré comme un expert en matière d’exécution des opérations sensibles. Lors de l’Intifada d’Al-Aqsa, c’est lui qui perfectionna le protocole des éliminations ciblées. À cette fin, il élargit la collaboration de son service avec Tsahal, et permit ainsi que l’information, qui autrefois ne sortait pas du Shabak, soit transmise à l’Heyl Ha’Avir afin de permettre de réduire la Boucle OODA[24] et d’accélérer, ainsi, l’exécution des frappes.

JSSNews – C’est important ?

Jacques Borde – Vital, même si réduire la Boucle OODA peut sembler académique et un brin pompeux pour des esprits profanes. Mais c’est souvent ce qui fait la différence. Les SR américains,CIA en tête, ont, à de nombreuses reprises, été accusés d’avoir protégé Oussāma Bin-Lāden. Certes, on est en droit de s’interroger sur leur difficulté à retrouver (sic) Tora Bora, site choisi et aménagé par les forces spéciales de la CIA elles-mêmes avec leurs alliés salafistes quelques années auparavant. Mais, au-delà, la complexité de la chaîne décisionnaire à chaque fois qu’il s’est agi de donner (ou ne pas donner) l’ordre de s’offrir Bin-Lāden n’a guère facilité les choses. Pour comprendre, voici ce qu’en a dit, interrogé par PBS, le Chief of Station (CoS) de la CIA à Islamabad au moment des faits, Gary Schoren : « La chaîne de commandement part de moi, en qualité de chef de station, remonte vers le chef de la Division Moyen-Orient et le chef du CTC, puis vers le directeur des Services de Renseignements, le DCI[25], qui emmène alors les deux gentlemen que je viens de citer (…) au NSC et à la Maison-Blanche, afin de tout mettre sur table »[26]. Et, encore ne s’agit-il de d’une partie du trajet aller de l’info…

JSSNews – Pour revenir à nos djihâdistes du Sinaï, selon vous, ils ont des commanditaires ?

Jacques Borde – Des commanditaires ? Probablement. Un commanditaire ? Oui, une source norvégienne a évoqué ce qu’elle a appelé « l’émergence dans le Sinaï de groupes salafistes wahhabites militants » et, qui seraient « en fait le résultat d’un travail continu fruit d’ une coordination du Renseignement séoudien », avec au moins un SR occidental dans la boucle « dans le but de déstabiliser l’Égypte après la chute du régime de Moubarak ». Pour l’instant, difficile d’en savoir plus. Les sources sont souvent contradictoires…

JSSNews – Cette main d’une, voire plus, pétromonarchie, en Syrie et ailleurs, cela vous semble possible ?

Jacques Borde – Vous savez, avec de l’argent (ce qui fait le moins défaut dans cette partie de l’Orient arabe) tout est possible. Voyez les Moudjs afghans[27], Al-Qaïda et le 11 Septembre, ça a quand même bien fonctionné ! Et, concernant le 9/11, si l’on se réfère à la version officielle – qui, entre autres, a permis de revendre la réactivation du Pacte Quincy entre Riyad et Washington à l’opinion publique occidentale – on y retrouve quand même une petite vingtaine de ressortissants séoudiens impliqués. Cela, sans que (nous dit-on) aucun officiel du coin y soit mêlé ! Magique (ou plutôt diabolique), non ?

JSSNews – Quid du Hezbollah ? Ses combattants vous semblent-ils à même de défendre efficacement Damas et son pouvoir, dans l’éventualité d’une percée de colonnes montantes vers la capitale dont plusieurs media ont récemment fait des gorges chaudes ?

Jacques Borde – Plusieurs choses.

À mon avis, le plus gros souci du Hezb est ailleurs. Il s’avère de moins en moins à même de garantir au Libanais lambda sa sécurité au quotidien (ce qui a longtemps été son argument massue pour attirer l’électeur). Ce, y compris dans des zones où, il y a peu – je connais quand même les lieux – rien ne se passait sans son aval.

Curieusement, les dirigeants du parti donnent l’impression de ne pas vouloir aborder le problème de front. Les déclarations publiques restent, largement axées sur le thème très général de la Résistance. Encore récemment, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Cheikh Na’ïm Qâssem, argumentait sur ce thème, affirmant que « Les armes sont un moyen qui peut être mis au service du bien ou du mal. L’important, c’est la manière dont elles sont utilisées et l’objectif visé. Il faut faire la distinction entre les armes aux mains de la Résistance et celles que manipulent les milices sévissant dans les ruelles. Les armes du Hezbollah sont au profit du Liban et pour son bien. Cela est désormais prouvé, alors que les armes qui sont aux mains des gangs de quartier desservent le pays et lui portent préjudice. Les chefs des gangs dans les rues sont connus, ainsi que ceux qui les entraînent, les financent et facilitent l’acheminement des armes à travers les ports ou autres moyens de transport entre le Liban et les pays voisins (…). On ne saurait éliminer la Résistance par une simple décision ou du fait qu’elle déplaît à certains ».

Bla, bla, bla ! Parler ainsi est une manière de se voiler la face. Mais, au-delà de l’incapacité à juguler des « milices de ruelles » et des « gangs de rue », les attentats, eux, sont de plus en plus fréquents ! Or, sur ce terrain, les choses ne semblent guère évoluer dans un sens propre à rassurer la populations. Déjà, le 5 août 2013, As-Safir – abordant le sujet de la bombe artisanale qui avait explosé entre les mains des trois finauds  en train de la concocter au domicile de l’Imam de la mosquée de Daraya, dans l’Iqlim el-Kharroub – confessait que c’était « une intervention divine » qui avait permis au Liban d’échapper au pire ! À noter que la localité en question se situait à proximité de la route côtière menant au Liban-sud, fief du Hezbollah ! Depuis, il y a eu les attentats de Bir el-Abeid (dix jours plus tard) et de Tripoli ! On ne peut donc pas vraiment dire que les choses sont en train de s’arranger ! Évidemment, les media libanais font, régulièrement, mine de trouver un coupable. Toujours le même d’ailleurs ! Après Bir el-Abeid, l’éditorialiste Ghaleb Gandil a fustigé aussi sec, « l’empreinte de l’alliance entre Israël, les États-Unis et les takfiristes, ainsi que le gang de criminels conduits par Bandar Bin-Sultan au Machreq arabe ». Mais tout ça c’est de l’enfumage. Enfin pas seulement !

JSSNews – Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde – Cela me semble refléter une forme d’incapacité à agir sur ces épisodes (d’une énième guerre libanaise qui pointe son nez) et leur éventuelle répétition. Car, enfin :

1° Au-delà des, probables, vrais coupables. Des terroristes takfiri, certainement infiltrés de Turquie ou de Jordanie, où est la preuve de quoi que ce soit ?

2° Comment ne pas noter que tous ceux, terroristes takfiri exceptés, voués aux gémonies ont, en tout cas, une chose en commun : le fait d’être hors de portée des foudres de la justice (voire de la vengeance) beyrouthine. À qui Ghaleb Gandil fera-t-il croire que la foudre va tomber sur qui que ce soit, à Washington, Riyad ou même Jérusalem (pourtant pas si loin) ? En fait, Gandil – et les autres – se payent de mots. Non seulement, ils n’ont, probablement, peu ou peu d’éléments pour incriminer Bandar ou qui que ce soit d’autre. Mais, pire, en leur fors intérieur, ils savent pertinemment qu’ils n’ont pas la plus petite chance d’atteindre ceux qu’ils accusent. Donc, par là, ils n’ont aucune prise sérieuse sur les événements…

JSSNews – Que pensez des accusations visant Israël ?

Jacques Borde – Rien de particulier, au-delà d’un certaine lassitude. Dans la phraséologie d’un Levant en guerre, nommer un ennemi – qui est le début de tout discours guerrier – sans y associer Israël semble impossible à conceptualiser. De plus, dans une position où la colère le dispute à l’impuissance, pour expliquer cette dernière l’implication d’un ennemi de la taille d’Israël est incontournable. Il ne manquerait plus que ceux capables ainsi de frapper aussi durement le Liban ne soient qu’un petit groupuscule isolé ! Sans le soutien d’un terrrrrible adversaire, je veux dire. Ça ne rassure pas vraiment. Mais, quelque part, ça consolerait presque !

Par JSSNews 

Annexe:

CSS-2 | Fiche technique

Le CSS-2 (code T-2) ou DF-3 (pour Dong Feng, Vent d’Est) selon la classification chinoise fut le second engin balistique à entrer en service dans les forces armées chinoises, ce en 1971. Il se compose d’un étage unique à propergol liquide. On note que les dispositifs de lancements sont susceptibles d’être déplacés dans des temps assez courts.

À noter la République Populaire de Chine a refondu ses CSS-2 en grande partie grâce à l’aide d’une puissance occidentale qui lui a fourni un système de guidage beaucoup plus précis, mais dans les années 90… Israël ! Il semble bien que les modèles livrés par Beijing à Riyad disposent de ces améliorations.

Caractéristiques

Constructeur : République Populaire de Chine.

Portée maximale : 3.200km

Poids : 28 t.

Propulsion : liquide.

Mode de lancement : à chaud

Guidage : inertiel.

Notes

[1] D’où l’importance accordée aux moyens d’identification friend or foe (ami ou ennemi), dans les armées développées. Moyens qui, curieusement ne concernent que les combattants, pas les civils !

[2] Invasion du Panama (décembre 1989-janvier 1990).

[3] Human Rights, Post-Invasion Panama: Justice Delayed is Justice Denied, HWR (7 avril 1991).

[4] En ex-Yougoslavie, on a vu ressortir des Mauser 98 (et leurs munitions) remontant, pour certains, à la 1ère Guerre mondiale. En Israël même, il y a encore dix ans, on croisait des agents de sécurité dans les implantations trimballant des USM1 remontant à la 2ème Guerre mondiale…

[5] Armes entrées en service entre 1914 et 1917. comme certains Mod. 17 de la Guerre d’indépendance (1948).

[6] Créée en1936, avec l’aval de l’occupant, la Jewish Police Force. Notrim signifiant gardes (singulier : noter). Ainsi qu’une structure particulièrement mobile, la Settlement Police ou Nodedet.

[7] De type non précisé, ce qui nuit quelque peu à la démonstration.

[8] Rappelons, ici que deux des sites dument répertoriés par les SR occidentaux comme étant des zones avérées de stockage (et probablement de conditionnement en vue d’un usage tactique) d’armes chimiques sont aux mains de la Contra syrienne.

[9] Hague qui a eu est mots : « Je sais que certaines personnes dans le monde aimeraient pouvoir dire que c’est une certaine forme de conspiration provoquée par l’opposition en Syrie ». « A mon avis, cette probabilité est extrêmement faible et en fait, nous pensons que c’est une attaque chimique du régime Assad ».

[10] Le Quai d’Orsay, évidemment.

[11] L’ex-Ra’Mat’Kal (chef d’état-major israélien).

[12] Le Figaro (22 août2013).

[13] Armée syrienne, Pasdaran, Bassidj ou Hezbollah, pour être complet. En ce sens où toutes ont en leur sein des éléments disposant de l’expertise des armements sol/sol idoines.

[14] Frog-7, dans la nomenclature de l’Otan.

[15] Le vice-ministre russe des Affaires étrangères.

[16] Interfax (21 août 2013).

[17] Yakhont, dans la nomenclature Otan, missile surface/surface russe. Supérieur au C-801/802chinois qui avait failli couler le INS Hanit en 2006.

[18] Front islamique mondial pour le combat contre les juifs & les croisés.

[19] Professeur de Criminologie, enseigne à Panthéon-Assas (Paris II), George Mason (Washington DC) et à l’Université de Sciences politiques & de droit de Pékin.

[20] Boulevard Voltaire (26 août 2013).

[21] Sherut Ha’Bitaron Ha’Klali.

[22] A’Man, SR militaires israéliens.

[23] L’A’Man et le Mossad.

[24] Boucle OODA (observation, orientation, décision, action).

[25] George Tenet, à l’époque.

[26] Le Livre noir de la CIA, p.388, Yvonnick Denoël, Nouveau Monde, 2007.

[27] Moudjahiddin. Là, Jacques Borde fait allusions à la période du djihâd contre les Soviétiques. 

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Guerre en Syrie et géopolitique du gaz - Energies Fossiles - L'EXPANSION - LA CHAINE ENERGIE

Guerre en Syrie et géopolitique du gaz - Energies Fossiles  - L'EXPANSION - LA CHAINE ENERGIE | Géopolitique et Centrisme | Scoop.it
On en parle peu mais la guerre civile en Syrie a un arrière plan énergétique : le choix des gazoducs entre l'Iran, le Qatar et la Russie.

Via PATTY69
Jeremy Coste's insight:

Quelques éléments pour bien comprendre les vraies raions d'un potentiel conflit.

more...
PATTY69's curator insight, September 4, 2013 12:49 AM

Une tribune de Roland Lombardi sur le site Riskenergy.fr

?En Syrie, il ne s'agit malheureusement plus d'un simple mouvement démocratique contre une dictature. Il y a effectivement quatre autres niveaux de lecture du drame qui se déroule dans ce pays depuis maintenant deux ans.

Le premier, c'est la guerre civile confessionnelle et communautaire (un régime alaouite soutenu par toutes les autres minorités religieuses ou ethniques contre une opposition en majorité sunnite où djihadistes et Frères musulmans s'imposent respectivement sur le terrain et dans les instances dirigeantes...). Le second niveau relève des déchirements interarabes, des luttes d'influences régionales et des profondes rivalités historiques entre Perses et Arabes, entre sunnites et chiites (entre les États du Golfe, soutiens de l'opposition et l'Iran, soutien du régime). Le troisième niveau est bien sûr international : à tort ou à raison, du fait de son soutien au régime, la Russie devient incontournable et fait ainsi son grand retour sur la scène moyen-orientale mais aussi internationale. Enfin, le dernier niveau est aussi celui d'une bataille de l'énergie.

Car en grattant un peu, lorsqu'on analyse un conflit au Moyen-Orient, on trouve toujours du gaz ou du pétrole !
La Syrie a-t-elle alors une importance géopolitique sur l'échiquier énergétique eurasiatique ? Quand on sait que la Syrie est un élément central dans des projets de pipelines et gazoducs iraniens mais aussi qataris, la réponse semble évidente.

En effet, le Qatar partage avec l'Iran l'un des plus grands champs gaziers du monde : le South Pars du côté iranien et le North Dome pour le côté qatari. Bien attendu, des tensions existent entre les deux pays car Téhéran, du fait notamment des sanctions internationales, ne peut exploiter le gaz à la même cadence que l'Émirat.

Mais ce dernier passe par le détroit d'Ormuz et se trouve donc tributaire de l'Iran pour l'exportation de son gaz naturel liquéfié. En 2009, Doha avait alors eu l'ambition de construire un gazoduc passant par l'Arabie Saoudite, la Jordanie et la Syrie. Or, Bachar al-Assad avait refusé ce projet, préférant signer un accord avec son allié iranien mais surtout pour conserver ses échanges énergétiques sur le long terme avec la Russie. Ainsi, en juillet 2011, un contrat fut signé entre l'Iran, l'Irak et la Syrie en vue de construire un gazoduc d'ici 2016 afin d'acheminer le gaz naturel du gigantesque champ gazier iranien, jusqu'à la côte syrienne en Méditerranée (voir carte). De plus, Gazprom, le géant russe, pourrait aussi devenir un investisseur et un exploitant majeur des réserves de gaz, et même de pétrole, qui sont sur le point d'être découvertes dans des zones au large de la Syrie et du Liban...

Le Qatar et l'Arabie Saoudite rêvent toujours de voir un pouvoir sunnite à Damas qui relancerait le projet du gazoduc qatari. Mais pour l'heure, le régime d'Assad tient toujours bon et la politique énergétique de Moscou semble marquer des points, notamment dans la région. Certes, l'Europe -qui est en grande partie dépendant de Gazprom pour ses besoins énergétiques- se voit obligée d'appuyer le jeu du Qatar dans la région afin de diversifier ses sources et de diminuer sa facture de gaz. De plus, les investissements qataris en Europe, et surtout en France, sont importants.

La France et les autres pays européens devront tenir compte de ces enjeux dans leurs choix stratégiques au Moyen-Orient, faute de quoi, ils pourraient perdre encore de précieux points d'indépendance énergétique et donc diplomatique.