Qui a peur des espèces invasives ? | Géographie : les dernières nouvelles de la toile. | Scoop.it
Un entretien avec Jacques Tassin

Chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Jacques Tassin vient de publier La grande invasion aux éditions Odile Jacob. Dans cet ouvrage limpide et profond, il remet en cause la vision manichéenne portée sur les espèces dites invasives et, du même coup, notre regard sur la nature et son évolution.

Tout d'abord, qu'est-ce qu'une espèce invasive ?

Disons que c’est une espèce, ou plutôt une population d’individus, qui manifeste soudainement un surcroît de présence, une sorte d’inflation démographique. Cette inflation se manifeste en général de la part d’une espèce nouvellement présente, mais pas toujours. Il faut cependant admettre qu’il n’existe aucune définition consensuelle précisant ce qu’est une espèce invasive : les experts ne sont pas d’accord entre eux. Leurs points de vue diffèrent, mais aussi leurs sensibilités, sans doute parce qu’en la matière, l’émotionnel et le passionnel ne sont jamais très loin.

J’ajoute qu’on se réfère alors implicitement aux milieux naturels, qu’on estime mis à mal par les espèces invasives. On s’inscrit ici dans le sillage de la vénération américaine du « wild », d’un ordre originel menacé. La dimension culturelle des invasions biologiques est très forte, de sorte que l’appréciation de l’impact des espèces invasives sur l’environnement reste en partie subjective. Or, comme disait Shakespeare, rien n’est bon ou mauvais pour la nature, sinon l’idée que l’on s’en fait.