«A Paris, le niveau de mixité  est de loin le plus élevé» | Géographie : les dernières nouvelles de la toile. | Scoop.it
Jacques Lévy Géographe, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

 

Paris aurait perdu son peuple, chassé par la gentrification. La recherche de la mixité sociale ne serait qu’une illusion, participant au contraire à ce mouvement centrifuge. Dans nos pages (1), la géographe Anne Clerval développait cette thèse radicale. Jacques Lévy, géographe, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), récuse cette vision de l’embourgeoisement.

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Est-ce que le concept de gentrification a un sens ?

Pour répondre à cette question, il faut revenir au sens que lui ont donné ceux qui ont inventé la notion de gentrification, c’est-à-dire d’embourgeoisement. Qu’appelle-t-on «bourgeoisie» ? Dans la tradition marxiste, une petite partie de la population profitait du travail des autres parce qu’elle possédait le capital. Il y avait une immense majorité de prolétaires et une petite minorité de bourgeois avec des zones-tampons plus ou moins nettes entre les deux groupes. A l’époque de Marx, il existait effectivement deux blocs très inégaux en terme de pouvoir et de nombre. Quand on parle aujourd’hui de gentrification dans les villes contemporaines du monde développé, on évoque la présence de groupes sociaux extrêmement larges, où l’on trouve des travailleurs à capital culturel élevé, des salariés exerçant des professions non manuelles à forte composante créative et dont la qualité de travail dépend de leur capacité à prendre des initiatives. Ce sont les catégories nommées par l’Insee «cadres et professions intellectuelles supérieures» (ingénieurs, professeurs, chercheurs, artistes, journalistes, cadres supérieurs) ou «professions intermédiaires» (techniciens, infirmières, cadres moyens, etc.).