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Femmes et pouvoir sous la Ve République, De l'exclusion à l'entrée dans la course présidentielle (description)

Femmes et pouvoir sous la Ve République, De l'exclusion à l'entrée dans la course présidentielle (description) | Féminismes | Scoop.it

L'inclusion des femmes dans la République s'inscrit dans un long processus, encore inachevé. Après les promesses de 1945, l'avènement de la Ve République en 1958 a signé leur mise hors jeu politique : divers traits institutionnels de ce régime hybride ont assuré aux hommes un quasimonopole de la politique. Écartées du Parlement et des assemblées élues, les femmes n'ont longtemps dû leur existence en politique qu’à la volonté présidentielle. Paradoxalement, il leur a été plus facile de gouverner que de représenter.

 

La rupture introduite par les lois dites de « parité », votées entre 1999 et 2007, n’a pas mis fin à l’hégémonie masculine au Parlement où les hommes siègent à plus de 80 % à l’Assemblée nationale et à plus de 75 % au Sénat. Mais, ministres ou secrétaires d’État, les femmes se sont en revanche taillé une place grandissante au gouvernement, prenant également le départ dans la course présidentielle.


Alors que les Françaises et les Français se disent prêts à élire une femme à la tête de l'État, Mariette Sineau montre que le genre est plus que jamais une catégorie d’analyse utile et nous invite à re-penser les rapports de pouvoir entre femmes et hommes dans la France du XXIe siècle.

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Histoire de la virilité 1/4 - Histoire - France Culture

Histoire de la virilité 1/4 - Histoire - France Culture | Féminismes | Scoop.it

A l’occasion de la sortie des trois tomes de «L’histoire de la virilité », dirigé par Georges Vigarello, Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine aux éditions du Seuil, La Fabrique consacre cette semaine à la virilité.

 

« Viol de nuit, terre des hommes » Un documentaire de Séverine Liatard et Séverine Cassar

 

Depuis le début du mouvement des femmes des années 1970, cette question du viol est débattue. Comme l’avortement, le viol éclaire une oppression spécifique des femmes. Dans le code pénal, le viol est un crime mais la justice a coutume de considérer ces affaires comme des délits. La femme violée doit également systématiquement prouver son non consentement. Alors qu’elle est la victime, elle est présumée suspecte. De ce fait, de nombreuses femmes ne portent jamais plainte. Cette déqualification du viol revient à nier la réalité du crime. Les différents groupes féministes souhaitent ainsi faire le procès d’une société qui engendre les violeurs, dénoncer ces violeurs qui sont dans la grande majorité des cas des « monsieur tout le monde » et une justice faite par les hommes et pour les hommes.


Des procès exemplaires de violeurs sont portés devant les Assises, des manifestations du type « Dix heures contre le viol » sont organisées ou des collectifs féministes et/ou d’avocates contre le viol sont créés. Toutes ces initiatives obligent la société à débattre publiquement de ce problème. Cette campagne contre le viol suscite également de nombreuses polémiques entre féministes et entre féministes et certains militants de gauche qui les accusent d’être complices d’une justice de classe, d’alimenter le discours sécuritaire ou de stigmatiser tous les hommes. Cependant, la presse féminine, féministe et syndicale s’empare du sujet, des livres sur le sujet sont publiés, un film « L’amour violé » sort sur les écrans en 1978 et des émissions sont diffusées à la télévision à des heures de grande écoute. Bientôt, une nouvelle loi est proposée au Sénat puis adoptée par l’Assemblée nationale en avril 1980. Elle redéfinit le viol et contribue elle aussi à transformer les mentalités et les comportements. Ce mouvement a permis aux femmes violées de ne plus se terrer systématiquement dans le silence et à revendiquer le droit de se promener seules sans être accusées d’avoir suscité le viol.


Avec les témoignages de Colette Auger, Monique Antoine, Annie Cohen, Christine Delphy, Emmanuèle de Lesseps, Colette de Marguerie et Anne Zélensky.

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« Emotional Creature », la nouvelle pièce d’Eve Ensler - Egalité

« Emotional Creature », la nouvelle pièce d’Eve Ensler - Egalité | Féminismes | Scoop.it

Après le succès mondial de sa pièce Les monologues du vagin et la création du mouvement V-Day, qui lutte dans le monde entier contre les violences faites aux femmes, l’Américaine Eve Ensler s’intéresse aujourd’hui aux jeunes filles.

 

Créée en juillet dernier en Afrique du Sud, sa nouvelle pièce Emotional creature est montée à Paris avec un casting international de six actrices à l’énergie enthousiasmante. Une Sud Africaine, deux Britanniques et trois françaises, à la fois chanteuses, danseuses et comédiennes, racontent, comme le faisaient Les Monologues, la vie des jeunes filles dans le monde d’aujourd’hui.

 

On connaît Eve Ensler, ce qu’elle décrit n’est pas toujours drôle, de la chirurgie esthétique imposée par les parents au travail épuisant des jeunes ouvrières chinoises qui fabriquent les poupées Barbie, en passant par le viol, phénomène hélas universel.

Mais le texte est là, dont la poésie et la force emporte le spectateur. Ce qui pourrait n’être qu’un triste constat se transforme sous son regard en solidarité joyeuse, en espoir pour le lendemain.

 

Le livre Je suis une créature émotionnelle : la vie secrète des jeunes filles sera publié en France aux éditions 10/18 en novembre 2011.

 

Emotional Creature
jusqu’au 29 octobre
Ciné 13, Théâtre
1, avenue Junot
75018 Paris
01 42 54 15 12
du mercredi au samedi à 19 h 30, dim à 17 h30
tarif : de 10 à 25 €

Moïra Sauvage – EGALITE

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La grande inquiétude des Tunisiennes | Humanite

La grande inquiétude des Tunisiennes | Humanite | Féminismes | Scoop.it

Les militantes des droits des femmes dénoncent le « double discours » des islamistes d’Ennahda.

 

Envoyée spéciale. Les Tunisiens et Tunisiennes attachés au respect et à la promotion des droits des femmes réagissaient avec inquiétude, hier, à l’importante avance enregistrée par les islamistes d’Ennahda à l’issue des élections à l’Assemblée constituante. Tout en se réjouissant de la « participation grandiose » et de la volonté des citoyens tunisiens de « prendre leur destin en main », Sanaa Benachour, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), met en garde contre tout recul sur les droits des femmes. « J’accepte les résultats de ce scrutin. Je m’attendais à ce score d’Ennahda. C’est la raison pour laquelle je me suis mobilisée, malheureusement sans succès, pour une large coalition des forces progressistes et laïques », expose-t-elle, ajoutant : « Je ne veux pas faire de procès d’intention à Ennahda. Ils prétendent vouloir respecter la démocratie et les droits des femmes. Nous les surveillerons démocratiquement. Je suis inquiète, bien sûr, mais il nous faudra agir en étant guidées non pas par la peur, mais par la volonté d’êtres actrices. Après cette révolution, plus aucune force politique ne pourra imposer ses diktats. Je reste donc pleine de détermination. »

 

Plus alarmiste, Najoua Makhlouf, qui dirige la commission femmes de la centrale syndicale UGTT, affiche, elle, sa « peur » face à ce qu’elle nomme un « raz-de-marée islamiste ». « Je n’ai aucune confiance en eux, tranche-t-elle. Ils incarnent à mes yeux une nouvelle forme de dictature. Au sein même d’Ennahda, ils se partagent les rôles, entre les prétendus tenants du modèle turc et les partisans assumés de la charia islamique comme source de législation. Cette démocratie naissante est encore fragile. Il nous faudra nous unir et lutter pied à pied contre toute tentation de mise en cause du code du statut personnel qui garantit depuis 1956 les droits des femmes tunisiennes. » Ces femmes sont frappées d’effroi par la récente annonce de l’instauration de la charia en Libye.

 

« Le chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, en rêve », s’alarme Zeyneb Farhat, directrice du lieu de création culturelle tunisois El Teatro, en appelant à la constitution « d’un front commun de la société civile et des forces démocratiques » pour empêcher toute régression. Toutes dénoncent aussi les moyens financiers colossaux dont ont bénéficié les islamistes. « C’est la victoire de ceux qui ont acheté des voix avec les pétrodollars en provenance du Golfe, avec l’accord de la France, des États-Unis et la complicité du gouvernement de transition », s’indigne l’avocate et militante des droits de l’homme Radhia Nasraoui. Une ingérence étrangère dénoncée avec force par le camp démocratique.

 

R. M.

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« Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre » sur Arte : l’interview de la réalisatrice Valérie Mitteaux | Yagg

« Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre » sur Arte : l’interview de la réalisatrice Valérie Mitteaux | Yagg | Féminismes | Scoop.it

Dimanche 23 octobre, à 22h50, sur Arte, ne ratez surtout pas Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre, un documentaire passionnant signé Valérie Mitteaux. De Paris à San Francisco, en passant par Barcelone et New York, la réalisatrice dresse le portrait de quatre trans’ FtM qui témoignent de leur parcours.

 

La parole est libre, riche, variée: un vrai bonheur alors que la polémique sur la «théorie du genre» dans les manuels scolaires alimentée par les gardiens de l’ordre moral et hétéronormé (Christine Boutin, la Droite populaire & co.) est toujours d’actualité.

 

Nous avons demandé à Valérie Mitteaux, la réalisatrice, de nous en dire plus sur son film. En guise d’illustration, elle nous a fait parvenir une photo d’elle enfant (voir ci-dessous), quand elle était «un peu tomboy» – un cliché qui pourrait très bien figurer sur notre blog Déjà, tout petit… La classe, quoi.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à aborder les questions de genre pour ce documentaire? J’étais un peu tomboy enfant et plus tard, vers 20 ans, j’ai eu une sorte de révélation, celle d’être ni femme, ni homme, d’être dans une sorte de terrain vague du genre. Je dis «révélation», parce que cette pensée avait un caractère d’auto-vérité. C’est devenu une donnée fondamentale de ma personnalité. Je n’ai pas eu le désir de modifier mon aspect physique. Je me suis seulement laissée aller à mon propre genre, sans nécessité de me coller une étiquette. Ce qui pour moi signifie se libérer du fait que les Autres attendent de vous un certain type de comportement en fonction de votre assignation de naissance. Et puis merci! Dans l’ensemble on vit toujours, en France en particulier, dans des sociétés assez sexistes et ce qu’on attend des personnes nées de sexe féminin, n’est vraiment ni drôle, ni créatif !

 

Et puis, de nombreuses années plus tard, via Wendy Delorme, amie très chère, j’ai rencontré Lynn Breedlove, qui lui s’était auto-proclamé «homme». La liberté avec laquelle il vit son genre a réveillé chez moi la problématique. J’ai eu envie d’en faire un film. D’autant que Lynnee, au-delà des questions de genre, est une personne formidable d’humour, d’intelligence, c’est un philosophe du quotidien plein d’amour. Ensuite j’ai rencontré Rocco Kayatos, Kaleb puis Miguel Missé, tous trois également puissants, joyeux et fiers de ce qu’ils sont.

 

Vous avez fait le choix de n’interviewer que des trans’ FtM, pourquoi?

Parce que l’envie de faire ce film part de mon expérience personnelle. C’est toujours un point de départ pour moi quand je pense à une nouvelle idée de film. Parler de ce que l’on connaît, ce que l’on ressent profondément me paraît être une clé d’entrée essentielle. Ensuite j’ai souhaité que ce film ait une dimension féministe. Et c’est très fort je crois de comprendre l’hallucination que représente le fait de vivre les privilèges du masculin, la considération supplémentaire immédiate que l’on gagne à être perçu au masculin, lorsque l’on vient du genre opprimé. Ça a soudain un caractère incontestable. Et ça me semble être une façon de provoquer des déclics dans les esprits, aussi bien chez certaines femmes qui estiment, à tort selon moi, que le féminisme est une lutte obsolète que pour les hommes qui, pour la plupart, n’ont aucune conscience des privilèges dont ils jouissent. Ou qui préfèrent faire comme s’ils l’ignoraient. Abandonner ses privilèges étant souvent quelque chose que l’on fait à contre-coeur!

 

Vous avez fait également le choix de ne pas vous cantonner à des témoignages réalisés en France. Pourquoi?

Le film s’articule autour des quatre personnes centrales, Lynnee, Rocco, Kaleb et Miguel. On retrouve aussi à intervalles réguliers un groupe de garçons trans’ parisiens autour de Kaleb. J’avais envie que cela fourmille, que l’on n’ait pas le sentiment en regardant le film que ce type de parcours est rarissime. C’est aussi une façon de montrer qu’on peut être trans’ FtM comme on le souhaite, s’auto-proclamer comme Lynnee, se faire opérer ou pas, prendre des hormones ou pas, en bref qu’il y a autant de genres que d’individus. Je voulais aussi que le regard du spectateur néophyte soit confronté à des esthétiques différentes, qu’il ne ressorte pas du film avec une idée stéréotypée des personnes trans’ FtM et que la multiplicité des intervenants fassent qu’il ne soit plus dans l’observation du «plus ou moins masculin», «plus ou moins féminin», mais juste avec des personnes qui se sentent bien parce qu’elles sont au juste endroit pour elles-mêmes.

 

L’un des passages très forts du documentaire, ce sont les discussions à bâtons rompus entre plusieurs transboys que vous réussissez à capter. On sent une parole très libre et qu’on entend très peu à la télévision. C’était l’objectif ?

Oui, ce qui est fort c’est d’une part qu’ils parlent sans crainte de leur quotidien, de choses très concrètes. Mais aussi qu’ils ne sont pas d’accord sur tout. Je voulais à tout prix éviter l’écueil communautaire ou le côté sectaire, au sens premier de «secte». L’un deux revendique son idéal, «une femme, une maison, une voiture», il sait que ces six camarades vont se moquer de lui, mais il assume. Un autre à la fin du film a une sorte de révélation en live, sur le fait que son expérience personnelle lui ouvre l’esprit, qu’il a un regard sur le monde «plus large».

 

Personnellement je me bats contre les velléités de normalisation ou d’idées toutes faites sur ce que devrait être un ou une homosexuelle, et ici de la même façon sur une image monolithique du transgenderisme. Dans l’esprit de Christine Delphy qui démontre magistralement dans son livre Classer dominer. Qui sont les autres? que c’est toujours la majorité qui décide pour la minorité comment elle doit être et se comporter. Encore une fois, nous sommes ici avec des individus avant d’être avec des trans’. Et nous sommes tous le fruit de couches superposées de données, notre histoire familiale, nos origines, ethniques, sociales… Chaque individu est une somme de complexité.

 

Quel est le témoignage qui vous a le plus frappée ?

J’ai beaucoup de tendresse et d’intérêt pour chacun des intervenants du film. Mais je crois précisément qu’en terme de complexité, j’adore le passage où Lynnee revendique son droit à se comporter comme un Américain moyen, avec sa part de blagues potaches un peu lourdes. Là aussi, ça ouvre le champ au sens où ça n’est pas parce que vous êtes trans’, que vous êtes astreint à être un individu exemplaire et parfait. Bon, avec un petit bémol concernant le rapport aux femmes. Lynnee dit dans une interview que je n’ai pas utilisée qu’être sexiste ou violent avec les femmes, quand on est une femme biologique et que l’on passe au masculin, est pour lui une trahison. J’ajouterais que c’est une absence totale de culture politique et de solidarité.

 

Votre documentaire est diffusé alors qu’une polémique a lieu sur la «théorie du genre» dans les manuels scolaires. Quel est votre sentiment sur cette polémique ?

Ça atteste d’une part de la confusion encore courante entre sexe et genre. J’entends des commentaires de comptoir qui comprennent que l’on va confronter des enfants à la sexualité, à l’orientation sexuelle et qu’on peut bien les laisser en paix avec ces questions auxquelles ils pourront réfléchir plus tard. Alors qu’il s’agit surtout de toute évidence de les libérer de l’angoisse d’être peut-être différents et aussi de les faire réfléchir aux inégalités homme/femme encore fortement à l’œuvre. Et puis je n’aime pas cette idée de l’enfant pur et non sexuel. Il y a une sexualité des enfants, évidemment. Les enfants ont des pulsions. Bien sûr ce discours dérange du fait de la recrudescence d’affaires pédophiles. Mais enfin il est clair qu’il n’y a pas plus de pédophilie aujourd’hui qu’avant. Les affaires sortent, alors qu’avant on les étouffait tant bien que mal, c’est tout.

 

Par ailleurs, je pense qu’il y a toujours un décalage pernicieux entre l’ouverture d’esprit des citoyens et celui des politiques. Les politiques partent toujours du principe que leurs concitoyens sont réactionnaires, qu’ils ont peur que la société change, pour la raison simple que leur préoccupation essentielle est leur réélection et leur maintien au pouvoir. On commence par exemple à voir des documentaires sur des enfants adolescents qui ont été élevés par des parents de même sexe. Quand j’entends un ado élevé par deux femmes, sa mère biologique et son amie, dire «aujourd’hui j’ai une petite amie. Mais c’est sûr que si demain j’ai une attirance pour un garçon, ça ne sera pas pour moi un problème», je me dis qu’on avance et que l’hétéronorme finira bien par craquer.

 

Le documentaire (qui sera ensuite visible sur Arte +7) fait partie d’une soirée Thema intitulée Nouveau genre, qui comprend également la diffusion à 20h40 de Victor Victoria, le chef-d’œuvre de Blake Edwards.

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Bibliobs - Reine de nuit, de Stéphane Corvisier

Bibliobs - Reine de nuit, de Stéphane Corvisier | Féminismes | Scoop.it
« Ô Messager ! dans cette course longue et brève
A la gloire et à l’abîme absurde profondément
En delà des baisers et rêves,
Portes bien le message que tu n’entends point »

Pierre Jean Jouve (Mélodrame)

 

Le 5 avril 1971, Charlie Hebdo publiait le « manifeste des 343 salopes », appel solennel de femmes de tous âges et de toutes conditions à pouvoir totalement disposer de leur propre corps. Quarante ans jour pour jour après, Stéphane Corvisier célèbre à sa façon cette manifestation de souveraineté, en publiant chez Grasset, un roman dont l’héroïne, Reine, se prévaut de ces idéaux.

 

La référence de l’auteur à ce haut moment du féminisme à la Française pourrait paraître incongrue ; or, rien n’a jamais été plus actuel que ce combat, alors qu’un normativisme moral semble réinvestir nos mœurs. Plus profondément, elle s’inscrit dans la trame narrative et le portrait psychologique de cette Reine, qui incarne certains des manques dénoncés par le manifeste de 1971. Drôle de personnage que cette quinquagénaire fatiguée, professeur de littérature à la Sorbonne, dont « l’ego fout le camp en petits morceaux », et dont le prénom souverain est aussi un titre auquel notre héroïne semble avoir abdiqué, elle qui vit très mal d’avoir été éconduite par son mari.

 

Cette femme, dont on ne peut pas dire, en dépit de son élégance, qu’elle ait un port de reine, n’est assurément pas une « petite reine », elle dont la vie ne tourne pas rond ; elle serait plutôt du genre reine des reinettes, ou reine des pommes, ne régnant sur rien que sur l’incertitude. Ainsi la voit-on, au début, dans son bureau de la Sorbonne, harassée d’elle-même, ployant sous le poids de son égotisme, se lancer dans la recherche frénétique d’un livre dont lui a parlé la compagne de son ex-mari, parce qu’elle pressent qu’il pourrait changer sa vie, pour « en finir avec ses années de misère et de solitude » et même pour « devenir cette autre femme, peut-être, à laquelle elle se rêvait parfois ».

 

Nocturne, qui défile d’abord à toute vitesse, ce texte ralentit jusqu’à désirer ce temps immobile qui est l’essence de la poésie. Il sourd de ce roman, et comme de loin, une musique un peu mélancolique à la frontière du triste et du gai, à la manière des Bacchianas brasileiras de Heitor Villa Lobos. L’écriture oscille entre des tournures orales triviales et de belles perles poétiques (« Des années de pluie avaient épandu sur les murs un lavis cafardeux », p. 88).

 

Au-delà, surtout, Stéphane Corvisier porte un regard sur la littérature d’aujourd’hui, à travers le tragique destin des livres, en tant qu’objets qui naissent difficilement, vivent peu de temps et finissent lamentablement dans ces hospices pour vieillards que sont les bac à livres de chez Gibert, ou, pis encore, dans les rayons en plastique du Virgin Megastore, ce « nulle part » de la culture. Cette complainte pour le livre et, d’une façon plus large, pour la culture littéraire, est assez touchante, même si elle n’est pas exempte de références un peu trop appuyées aux auteurs préférés de Stéphane Corvisier. Déformation professionnelle, sans doute, dont il se corrigera dans ses futurs livres, en acceptant encore davantage de « se perdre sans compensation ».

 

Clé de son premier roman : un livre dans le livre, à la fois objet de toutes les convoitises de Reine et symbolique de son existence solitaire. Ce livre caché, qui constitue la trajectoire dramatique même du roman, a pour titre : Si seulement l’amour. Et son auteur se nomme Tristan Chagrin.

 

« Tristan » : ce prénom bisyllabique est un précieux écrin qui renferme l’amour impossible et la passion mortifère, portée à son incandescence crépusculaire par Wagner ; un condensé de mélancolie occidentale que prolonge en quasi-pléonasme le mot « Chagrin ». Cet aboutissement logique et presque naturel, quoique redondant, est le fil rouge du roman de Corvisier, puisque, par sa surabondance, il dit assez la tristesse profonde de cette Reine, privée de roi, qui ne supporte pas l’angoissante solitude qui s’est abattue sur son existence.

 

Mais, comme « Tristan » est peut-être le double inversé de « tantra », on peut penser que se manifeste, en creux, chez Reine – et donc chez l’auteur – une attente charmée des volubilis, une ouverture à tous les possibles du désir. La séquence du « Coco Bar », puis la nuit partagée, de manière chaste, avec le jeune étudiant, en attestent assez.

Reine ne cesse, au plus fort de ses péripéties nocturnes, de réfléchir aux voies les plus sûres et les meilleures qu’il lui faut emprunter pour parvenir à satisfaire son désir et elle danse, littéralement, dans sa tête. Aussi, loin d’être le symétrique littéraire du film After Hours de Scorsese, ce texte est-il avant tout le parcours psychologique d’une femme qui passe de la solitude vide à la solitude habitée. C’est donc peu dire que ce premier roman, sélectionné pour le Prix Médicis, et tout à la fois itinéraire de rédemption et cri de solitude, est une réussite.

 

Stéphane Corvisier est fasciné par l’opera seria où de frigides reines combattent des héroïnes vengeresses. Cet éternel jeune homme aux cheveux bouclés aime la musique baroque et cela s’entend : son premier roman est un prélude et fugue parfaitement construit, avec entrées en imitation, développement en éventail de variations, et reprise triomphale du thème s’achevant sur un bel accord de do majeur. Et quand, parvenu à la dernière ligne, on referme le livre – même s’il est difficile de « le lâcher », comme le reconnaît Dominique Fernandez dans un article du Nouvel Observateur – on a envie de crier, « Da capo ! ».

 

Servi par un rythme énergique et une langue musicale, le texte s’achève sur un aria transcendant : enfin dépouillée de ses chimères, débarrassée de ce qui entravait sa marche, Reine peut avancer dans l’aube naissante, vers la sagesse ; et il n’est dès lors pas hasardeux que ses pas la portent à remonter la rue de La Rochefoucauld. On ne saurait donc trop souhaiter à Stéphane Corvisier de gravir sa pente, pourvu qu’elle monte, car comme le dit l’auteur des Maximes : « Le soin de la nature est de fournir les qualités ; celui de la fortune est de les mettre en œuvre.»

 

Vincent Figureau

 

Reine de nuit,

de Stéphane Corvisier,
Grasset, 224 p., 16 euros.

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Les Inrocks : Muse, mère, madone... L'éternel féminin au filtre du langage des médias.

Les Inrocks : Muse, mère, madone... L'éternel féminin au filtre du langage des médias. | Féminismes | Scoop.it

Au coeur des controverses actuelles sur la question du genre, réactivée par l'affaire DSK, l'introduction des "études de genre" à Sciences-Po ou la "marche des salopes", la responsabilité des médias dans la construction d'un discours normatif se pose plus que jamais. Au-delà des positions prises par tel ou tel éditorialiste de renom, c'est l'éthos des médias dans leur ensemble qui ne peut échapper à un diagnostic critique. Habitués à manier les stéréotypes, ceux-ci jouent des clichés les plus réducteurs dès qu'ils décrivent les femmes.


A rebours du travail de déconstruction mené par les théoriciens, de Gayle Rubin à Judith Butler, de Beatriz Preciado à Marie-Hélène Bourcier, de Wendy Delorme à Eric Fassin.... Dans le dernier numéro de la précieuse revue Ravages, intitulé "Mauvais genre", Marie-Joseph Bertini, chercheuse en sciences de la communication, a étudié comment les médias abusent de cinq étiquettes collées aux femmes : égérie, muse, mère, madone, pasionaria.

 

"Ces expressions médiatiques constituent autant de moyens de maintenir les femmes au plus près de leurs fonctions dites naturelles, c'est-àdire le maternage, l'inspiration, la médiation, quand ce ne sont pas leurs glandes, leur ubris, c'est-à-dire cette démesure passionnée qui leur ôte tout contrôle sur elles-mêmes et donc toute prétention à contrôler les autres et à exercer de véritables pouvoirs", souligne la chercheuse.


Muse d'un couturier (un mannequin), mère des 35 heures (Aubry), madone des plateaux (Royal), pasionaria du net (une bloggeuse)... : le conformisme sémantique de la novlangue journalistique forme le symptôme d'un éternel féminin, dont les féministes veulent à raison s'émanciper.

 

Jean-Marie Durand

Ravages n° 6, "Mauvais genre", 15 euros.

 

Photo : "La maman et la putain" de Jean Eustache (1973).

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Miss Representation Extended Trailer

An overlook at the Hegemonic society that utilizes the media as a tool to dictate gender expression. This sets into motion the subordination of womyn in our society and that value that they hold as individuals politically and socially.

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Porno, sexe et féminisme par Erika Lust

Porno, sexe et féminisme par Erika Lust | Féminismes | Scoop.it

L’éveil : Être réalisatrice de films pornos n’a jamais été mon rêve, quand j’étais plus jeune je pensais devenir archéologue, vétérinaire ou journaliste. Mais je suppose que la première fois que j’ai vu un film pour adultes, quand j’avais 15 ans, cela a provoqué quelque chose en moi. J’étais excitée physiquement, mais j’avais également honte de moi-même. Cela m’a sûrement influencé dans mon choix d’étudier Sciences Politiques et Féminisme à l’université. J’ai pu approfondir ces réflexions sur la sexualité et sa représentation dans la société, le rôle des femmes et le poids de la répression sexuelle. The Good Girl, mon premier court-métrage, est le résultat de mes études et le début de mon implication dans la lutte féministe, et quel meilleur secteur pour agir que celui du sexe? Ce secteur responsable des préjugés sexistes et de la distorsion des valeurs de genre.

 

La blonde qui fait le café : Je me suis installée à Barcelone et j’ai commencé à travailler dans des maisons de production pour me faire de l’expérience. Je faisais le café, les photocopies, je faisais le taxi pour les acteurs. Et je me suis rendu compte que je ne pourrais pas faire grand-chose d’autre. Les films étaient faits rapidement, les actrices traitées comme de la marchandise, et les femmes cloîtrées dans le rôle de secrétaire. J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai monté ma propre entreprise, Lust Films & Publications of Barcelona. Ça n’a pas toujours été facile, petits budgets, peu d’espace, et de nombreux détracteurs parmi les producteurs de porno mainstream. Mais mon public était bel et bien là, anxieux de voir autre chose, de découvrir une autre manière de voir et vivre la sexualité, le désir, le plaisir…

 

Des sexes, des pornos : Nous sommes tous différents. Nous avons tous des fantasmes et nous profitons du sexe selon nos propres critères individuels. Alors pourquoi n’avoir qu’un type de porno?

 

Les femmes en général ont une expérience du sexe différente. Un contexte, des beaux mecs, des personnages authentiques auxquels on peut s’identifier, et des détails et une atmosphère qui déclenchent l’imagination des femmes. Il s’agit de montrer le sexe comme une connexion, une excitation, loin du cliché du dîner devant la cheminée mais avec une relation entre les personnages qui suggère un véritable désir. Cependant, je me suis rendue compte que le “porno pour les femmes” n’étaient pas seulement pour les femmes. Les hommes évoluent dans leur manière de vivre dans la société et développent des besoins nouveaux. Il s’avère que beaucoup d’entre eux sont également attirés par une nouvelle forme de porno, de meilleure qualité visuelle, plus sensuelle, en somme, moins mécanique. La soit-disante femme idéale sortie du mainstream ne satisfait plus tous les consommateurs.

 

Féminisme(s) : Le féminisme est souvent vu comme un mouvement de femmes en colère et “mal baisées”, et parfois déformé jusqu’à se transformer en “féminazi”, une sorte de sexisme à l’envers. Pour moi, l’une des bases du féminisme est le but de redonner aux femmes leur droit au sexe, leur droit de profiter comme des êtres libres de leur sexualité, sans être insultée ni maltraitée. Le féminisme ne peut selon moi n’être que “proporno”, car vouloir en finir avec le porno c’est comme nier la sexualité des femmes. Certes le porno mainstream n’y va pas mollo avec les femmes, mais c’est pourquoi il faut justement encourager celles-ci à exposer leur propre vision et proposer des alternatives au porno mainstream pour reforger la culture du sexe.

 

Cabaret Desire est pour moi cette alternative, cette tentative de créer une vision personnelle et à la fois destinée à tous ceux qui cherchent autre chose. J’ai voulu entremêler le sexe, la sensualité, l’érotisme… et tous ces détails qui transforment le sexe en une expérience inoubliable et satisfaisante pour le corps et l’esprit…

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Emploi : meilleures employabilité et parité pour les femmes dans le secteur numérique

Emploi : meilleures employabilité et parité pour les femmes dans le secteur numérique | Féminismes | Scoop.it

Meilleure employabilité et parité pour les femmes dans le secteur numérique
Mais la féminisation du métier d’ingénieur continu de régresser

 

Le numérique s'en sort bien comparé à d'autres secteurs comme l'agroalimentaire et la chimie. Avec 14 % d'ingénieures femmes en poste et un taux de recrutement similaire, le secteur numérique (informatique, SSII, télécom) est le premier employeur d'ingénieures en 2011.

 

Le rapport annuel d'Orange « Mutationelles 11 » revient faire l'état des lieux sur l’emploi des femmes ingénieures et scientifiques en France.

Seulement 5 % de femmes sont à la recherche d’emploi du côté des SSII ou de la fabrication de matériel informatique et électronique. La moyenne constatée pour l’ensemble des ingénieurs est de 7,2 %.

 

Par ailleurs, l'étude salue un secteur « proche de la parité salariale » entre hommes et femmes : l'écart est de 12 % en SSII et 15 % en fabrication de matériel. Une quasi-parité se manifeste du côté des télécommunications avec seulement 1 % d'écart.

 

Des chiffres nettement sous la moyenne générale de disparité, mesurée à 26 %, et loin de certains secteurs où les salaires des femmes sont de 40 % à 60 % inférieurs.

 

L'écart se creuse avec l'âge, constate Orange. En moyenne de 5 % pour les moins de 30 ans, il atteint les 20 % en fin de carrière. La proportion d’ingénieures ayant le statut de cadre en France diminue, et passe de 17 % en 2008 à 16 % 2010.

 

La féminisation du métier d’ingénieur continue toutefois de régresser. Les filières d'ingénieurs intéressent encore moins les femmes qu'en 2008. Seulement 20 % des lycéennes s’orientent vers les métiers scientifiques en enseignement supérieur.

 

Les filières du secteur numérique, pourtant plus porteuses d’emplois, attirent moins de candidates qu'il y a trois ans. Une baisse de 5 % est enregistrée dans les effectifs de femmes formés dans la filière « Services et Technologies de l’Information et de la

Communication » entre 2007 et 2010.

 

Le rapport est essentiellement basé sur l'analyse des données 2011 du CNISF (Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France). La méthodologie s'est intéressée uniquement aux personnes ayant obtenu un titre d’ingénieur, « titre qui sanctionne (aujourd’hui) une formation à Bac +5, dans les écoles d’ingénieurs », précise l’étude.

Les appels de 116 associations ont pu collecter 40 000 réponses d'ingénieurs de moins de 65 ans. Les données recueillies ont été pondérées selon l’âge pour représenter les 681 400 ingénieurs diplômés.

 

Image : Ada Lovelace, premier programmeur de l'histoire (http://en.wikipedia.org/wiki/Ada_Lovelace)

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Sérieux, c'est quoi le problème avec les questions de genre en France ? | Rue69

Sérieux, c'est quoi le problème avec les questions de genre en France ? | Rue69 | Féminismes | Scoop.it

C'est une sorte de mystère français. Si les études de genre vont de soi aux Etats-Unis, dans les pays nordiques et bien d'autres contrées, en France, hors du domaine universitaire, ces recherches scientifiques sur les représentations du féminin et du masculin sont marginalisées. Voire déconsidérées.

 

Avec la polémique autour des manuels scolaires de SVT, toute une ignorance s'est complètement assumée. Ignorance ? Pour le sociologue Eric Fassin, le rejet des études de genre est aussi complètement politique :

« On ne sait pas ce qu'on ne veut pas savoir. Il y a une ignorance volontaire : c'est délibérément qu'est rejeté un prisme qui remet en cause l'ordre supposé naturel du monde – autrement dit, qui interroge la norme masculine et la norme hétérosexuelle. »

 

 

Personnellement, je me suis toujours demandé pourquoi en France, quand on parlait d'études de genre ou de questions de genre dans une discussion privée, on s'entendait répondre « hein ? ».

 

Rappelons de quoi il s'agit : analyser systématiquement les représentations du féminin et du masculin, avec le fameux principe introduit pour par Simone de Beauvoir en 1949 dans « Le Deuxième Sexe » : « On ne naît pas femme, on le devient. »

Les études de genre déconstruisent les identités sexuelles qui ne sont plus seulement naturelles, mais aussi culturelles. De fait, elles dénaturalisent aussi les rôles assignés aux hommes et aux femmes.

En Suède, ces réflexions sont banalisées dans l'opinion et des écoles maternelles antisexistes naissent même. A Dakar, depuis 1983, il existe un Institut du genre.

Que se passe-t-il donc en France ?

 

Genre, mais genre de quoi ?
C'est un peu bête à dire, mais beaucoup de chercheurs se demandent comme Elisabeth Elgàn, historienne suédoise, si ce n'est tout simplement pas le mot « genre » en lui même qui pose problème :

« Le mot “genre” n'a déjà pas de sens en soi pour une grande majorité de personnes. Les études du monde marin, tout le monde comprend. Alors que si on entend parler d'études du genre, cela ne fait pas forcément tilt, si on ne connaît pas déjà. »


Mépris des sciences humaines
C'est un aspect qui a frappé les chercheurs spécialistes : leur travail n'est pas considéré comme scientifique. En tout cas, pas par les députés de droite qui, comme Christine Boutin, s'offusquaient : « Comment ce qui n'est qu'une théorie, qu'un courant de pensée, peut-il faire partie d'un programme de sciences ? »

 

Réponse de l'Institut Emilie du Châtelet (IEC) dans une tribune publiée dans Le Monde : « Il n'appartient nullement aux politiques de juger de la scientificité des objets, des méthodes ou des théories. Seule la communauté savante peut évaluer les travaux de ses pairs : le champ scientifique, par ses contrôles, en garantit la rigueur. [...]

Interroger les “préjugés” et les “stéréotypes” pour les remettre en cause, c'est précisément le point de départ de la démarche scientifique. »

 

Pour beaucoup de chercheurs, cette controverse a démontré combien en France, les sciences humaines ne sont toujours pour certaines personnes pas aussi nobles que les science dites « dures ». « Il y a eu un vrai mépris de nos disciplines », dit par exemple Cyril Barde, l'un de nos riverains étudiant en lettres à Normale sup à Lyon.

 

Les études de genre, trop américaines. 

Elisabeth Elgàn tient à préciser ne pas vouloir critiquer ses homologues français car ceux qu'elle connaît « sont parfaitement au courant des ces études, la plupart du temps ». Elle avance cependant : « Dans les pays nordiques, nous sommes plus proches des Etats-Unis en tout.

 

L'anglais est souvent la seule langue étrangère que nous connaissons et les universités sont dominées par des références aux universités américaines et aux recherches qui se font là-bas. Un petit pays s'oriente toujours vers le pouvoir dominant du moment. »

 

Les études de genre, originellement « gender studies », ont en effet émergé aux Etats-Unis, notamment sous l'égide de Judith Butler. C'est un aspect important pour Elisabeth Elgàn : « Le concept et l'appellation font penser aux Etats-Unis et ce n'est généralement pas une qualité dans les milieux éduqués en France. Le féminisme américain l'est encore moins. Alors l'association des deux... »


Trop féministes, trop homosexuelles
Ah ! le défaut qui tue. Les études de genre sont associées au féminisme. Leurs détracteurs ont donc tendance à invoquer l'argument de la partialité. Cyril Barde, étudiant à Normale sup, raconte : « Il y a toujours soit un soupçon sur notre engagement féministe, soit sur notre orientation sexuelle. C'est étrange comme la dissociation entre l'objet d'études et son chercheur ne s'opère pas. »

 

Pas touche à l'universalité à la française
Cyril Barde, comme d'autres chercheurs, pense aussi qu'il y a un problème de fond avec les études de genre : elles iraient à l'encontre de « la tradition universaliste française ».

« Quand les gender studies ne sont pas perçues comme le pré carré d'une minorité revendicative (gays, lesbiennes), elles sont tout de même vues comme la menace d'un éparpillement, d'une dispersion des savoirs au service d'identités particulières, une “balkanisation” ou une “communautarisation” de l'université. »

 

Renée Greusard

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Toutes hystériques ? La folie, attaque anti-féministe par excellence | Fauteuses de trouble

Toutes hystériques ? La folie, attaque anti-féministe par excellence | Fauteuses de trouble | Féminismes | Scoop.it

De Jeanne d’Arc à Ségolène Royale, la folie semble être la meilleure attaque pour décrédibiliser une femme qui se rapprocherait du pouvoir. Olympe de Gouge sera tour à tour traitée de « furie ! » par Rétif de la Bretonne en 1790, de « folle » par l’abbé de Bouyon, de « fougueuse bacchante » par Michelet lui-même. Théroigne de Méricourt, femme politique sous la Révolution française, réclame le droit pour les femmes de s’organiser en garde nationale et porter les armes. Camille Desmoulins la décrie alors « enivrée, (…) furieuse et brandissant la mort ».

 

À côté de ça, quel homme politique peut se vanter d’avoir déjà été traité de fou ? Dernièrement, on a pu dire de DSK que c’était un malade. Un fou, non. C’est bien simple, si l’on fait une simple recherche « DSK folie » dans Google, la folie n’est purement et simplement que « médiatique ». « Judiciaire » à la rigueur. L’homme, lui, aurait une maladie, quelque chose qui se soigne, donc. La femme serait atteinte de folie, quelque chose d’irrationnel, qui fait peur et qui implique l’enfermement.

 

Femme d’intérieur : bonne à interner ?

C’est là l’idée. Lord Byron déclare bien : « J’ai toujours eu un grand mépris des femmes. Les Turcs et les peuples d’Orient entendent ces choses-là mieux que nous. Ils les enferment et n’en sont que plus heureux. Donnez à une femme un miroir et des bonbons, elle sera satisfaite. » Et Proudhon d’ajouter : « Bien loin d’applaudir à ce qu’on appelle aujourd’hui émancipation de la femme, inclinerais-je bien plutôt, s’il fallait en venir à cette extrémité, à mettre la femme en réclusion. »

 

Il faut dire qu’à partir du XIXe siècle, il devient plus difficile de justifier l’exclusion des femmes par leur infériorité, les médecins et les biologistes prennent alors la relève : le corps des femmes explique tout. Leur utérus, clef bienvenue de l’hystérie, les rend inaptes à la vie extérieure. Leur sein provoque la « folie d’allaitement » (on croyait que le lait leur montait à la tête…). Leur cerveau, qui serait plus léger et plus lisse, plus primaire, donc, les condamne à rester à l’abri et réclame l’indulgence (elles sont quasi irresponsables pénalement). Après tout, à l’origine, une « femme publique » désigne une prostituée. Alors une femme qui prend la parole en public…


Dans son Projet d’une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes du Code civil, Sylvain Maréchal écrit en 1801 qu’une « femme poète est une petite monstruosité morale et littéraire ; de même qu’une femme souverain est une monstruosité politique. »

 

La folie de la différence : « Est folle la rebelle, l’engagée, la créatrice, l’émancipée, la féministe. »

 

Au final, toute femme qui n’accepte pas le rôle auquel la société la consacre, toute femme qui envisage sa vie différemment prend le risque d’être qualifiée de folle, au mieux, d’être internée, au pire.

 

« Toute femme née pourvue d’un grand don au XVIe siècle serait certainement devenue folle, se serait tuée ou aurait terminé ses jours dans une chaumière solitaire à l’orée du village, à demi sorcière, à demi magicienne, crainte et faisant l’objet de moqueries… »

 

Virginia Woolf, Une chambre à soi

Corinne François-Denève synthétise ainsi l’ouvrage de Lisa Appignanesi, Mad, Bad and Sad, Women and the Mind Doctors (2008) : « est folle toute femme qui sort de la droite ligne de ce que la société attend d’elle. Est folle la rebelle, l’engagée, la créatrice, l’émancipée, la féministe. »

 

« Me présenter comme une anormale »

La folie reste bien une arme pour se débarrasser d’un discours – féministe ou féminin – dérangeant. Simone de Beauvoir le constatera elle-même dans La Force des choses :

« On a forgé de moi deux images. Je suis une folle, une demi-folle, une excentrique. (Les journaux de Rio rapportaient avec surprise: « On attendait une excentrique ; on a été déçu de trouver une femme habillée comme tout le monde. ») J’ai les moeurs les plus dissolues; une communiste racontait, en 45, qu’à Rouen, dans ma jeunesse, on m’avait vue danser nue sur des tonneaux ; j’ai pratiqué tous les vices avec assiduité, ma vie est un carnaval, etc.

 

Souliers plats, chignon tiré, je suis une cheftaine, une dame patronnesse, une institutrice (au sens péjoratif que la droite donne à ce mot). Je passe mon existence dans les livres et devant ma table de travail, pur cerveau. « Elle ne vit pas », ai-je entendu dire par une jeune journaliste. « Moi si j’étais invitée aux lundis de Mme T., j’y courrais. » Le journal Elle proposant à ses lectrices plusieurs types de femmes, avait inscrit sous ma photo : « Vie exclusivement intellectuelle. »


Rien n’interdit de concilier les deux portraits. On peut être une dévergondée cérébrale, une dame patronnesse vicelarde ; l’essentiel est de me présenter comme une anormale. Si mes censeurs veulent dire que je ne leur ressemble pas, ils me font un compliment. Le fait est que je suis écrivain : une femme écrivain, ce n’est pas une femme d’intérieur qui écrit mais quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture. Cette vie en vaut bien une autre. Elle a ses raisons, son ordre, ses fins auxquels il faut ne rien comprendre pour la juger extravagante. La mienne fut-elle vraiment ascétique, purement cérébrale ? Mon Dieu! je n’ai pas l’impression que mes contemporains s’amusent tellement plus que moi sur cette terre ni que leur expérience soit plus vaste. En tout cas, me retournant vers mon passé, je n’envie personne. Je me suis entraînée dans ma jeunesse à me foutre de l’opinion. Et puis Sartre et de solides amitiés me protégeaient. Tout de même je supportais mal certains chuchotements, certains regards : aux Deux Magots les ricanements de Mauriac et des jeunes gens qui l’accompagnaient. »

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What's behind the media panic about "princess boys"? Pink Scare | Bitch Media

What's behind the media panic about "princess boys"? Pink Scare | Bitch Media | Féminismes | Scoop.it

Article by Avital Norman Nathman, Illustrated by JooHee Yoon.


Ever since the age of 2, when his hair first started growing in, my son Elijah has been mistaken for a girl. As he grew, so did his curls; they now frame his face and inch toward his shoulders, with every offer to trim them rebuffed. Elijah was 3 when he started painting his toenails; he had been watching me give myself pedicures, and decided that his toes needed some color as well. Now, at 4, he parades around his best friend’s house wearing her frilliest purple dress while they play detailed and intense games of “Princess.” 

 

Completely unwittingly, Elijah has been eschewing gender stereotypes almost his entire four years of life, and I couldn’t be prouder. And he’s not alone. Children have inadvertently been rejecting and blurring gender constructs ever since there have been children, but for the past few years, media coverage of young boys donning princess gear and painting their nails has been on the upswing—for better or worse.

 

For Sarah Manley, whose nom de blog is Nerdy Apple Bottom, the Internet seemed to explode the day after she wrote, on her personal blog, about her son dressing up as Scooby-Doo’s Daphne for Halloween. In the post, Manley wrote in frustration about getting flak from some fellow parents after dropping off her costumed son, Boo, at school.

 

Two mothers went wide-eyed and made faces as if they smelled decomp. And I realize that my son is seeing the same thing I am. So I say, “Doesn’t he look great?” And Mom A says in disgust, “Did he ask to be that?!” And then Mom C approaches. She had been in the main room, saw us walk in, and followed us down the hall to let me know her thoughts. And they were that I should never have “allowed” this and thank God it wasn’t next year when he was in kindergarten since I would have had to put my foot down and “forbidden” [it].

 

Manley rightly observes, “If my daughter had dressed as Batman, no one would have thought twice about it. No one.” But the mothers of Boo’s classmates (the kids themselves thought the Daphne costume was just great) weren’t the only ones with strong reactions. Manley’s post, titled “My Son Is Gay,” quickly went viral, and soon garnered more than 45,000 responses, running the gamut from supportive to vicious.

 

The positive responses commended Manley for not toeing what seems to be an increasingly rigid line between what’s “boy” stuff and what’s “girl” stuff. One commenter wrote, “The reason there are kids that will bully and make fun of a child for a nontraditional costume choice is because they have learned this behavior from adults like Moms A, B, and C. Thank you for supporting your child in his choices, and for helping him find the courage that day to get out of the car. You’re teaching him that he shouldn’t be ashamed of himself. It is other people who shame, taunt, and bully. It’s those people that are placing their hang-ups on your son.”

 

The negative responses called out Manley, both for letting Boo dress as a female character, and for “exploiting” him via the blog post that followed. “I’m sorry to say it, but this kid is going to be ridiculed for this for a long time,” read one comment.

 

“Whether you like it or not, anyone who has ever been a young boy will tell you that no matter your age, or the occasion, wearing a skirt & purse to school isn’t something you live down easily. I wish it weren’t so, but it is. What’s sad is the kid knew this, and the mom refused to listen to him and put him in a situation that will most likely affect his self-confidence for a very long time.” Another commenter scoffed, “We can all hoot and holler for equality, but if you’re willing to let your kid take that kind of heat so you can prove a point, then you are the coldest-hearted mother I know.”

 

Though she hadn’t set out to spark such widespread discourse on gender stereotypes, Manley has come to feel pride in sharing Boo’s story. More than a year later, she reflected on the post in an e-mail to me, stating, “I make mistakes every day, but that post was not one of them.”

 

“When I typed that post, I was angry and sad and indignant, but I wasn’t thinking of the themes that could be applied to various parts of society. I didn’t set out to be an activist. I feel life should have as level of a playing field as possible. I want my children, both male and female, to feel the same.”

 

Yet it’s clear that, when it’s festooned with tulle and tiaras, that “level playing field” makes some people anxious and outraged. Seattle mother Cheryl Kilodavis, author of the book My Princess Boy, was initially uncomfortable with her 5-year-old son’s insistence on dressing up in sparkly pink dresses and tutus because she was concerned about bullying and ridicule. But, as she revealed in a Today show appearance, once she realized that her discomfort “was my issue, not Dyson’s,” she embraced his love of frills and sparkles, and wrote My Princess Boy to create opportunities for dialogue between children and adults on the sticky subject of boys who want to do “girl things.” Initially self-published, the book was soon snapped up by Simon & Schuster’s Aladdin imprint, and has been an unqualified success.  

 

Like Manley, Kilodavis has found that the reaction both to the book and to her son, Dyson, has been mostly positive. She notes that when she’s confronted by somebody who makes a disdainful comment about Dyson’s skirts and tiaras, she does her best to engage them in conversation; she has encountered,a mixture of reactions that mostly lean toward the positive. Yet, despite efforts to use her book as a teaching tool, Kilodavis can at times find herself frustrated. “I picked up Dyson from gymnastics and some parents spoke about his pink butterfly backpack,” she recalls. “A mother: ‘What a shame that mom buys girls’ stuff for her son.’ A father: ‘I’d never allow my boy to be anything but a boy.’ Then the son asked Dyson, ‘Where did you get that backpack? I like butterflies.’ As Dyson answered, the father grabbed his boy [away]. Kids are not the problem.”

A common criticism from those who have trouble understanding the parents of boys like Dyson or Boo is that they’re not letting “boys be boys.” These observers seem to fear that allowing a preschool-age boy to wear a dress or play with a doll will have a disastrous effect on his future masculinity. “If a girl is playing hard and wanting to wear boy things, then it’s kind of this macho thing, this tough thing, and we give pride to that,” notes Kilodavis. “[But] if a boy is a little sensitive, or what you might consider less strong, then all of a sudden it’s a bad thing, and, you know, we’ve got to ‘man him up’ and change that.”

 

This point of view was amply demonstrated earlier this year, when clothing retailer J. Crew featured a photo in its spring catalog of company president and creative director Jenna Lyons painting her young son’s toenails as part of a “Saturday with Jenna” promotion. There was no explanation, no disclaimer, only a sweet picture of a boy enjoying some free time with his mother and a bottle of hot pink polish. But to many people, the photo spoke volumes.

 

Bloggers, journalists, and TV personalities quickly added their voices to what Jon Stewart eventually called “Toemageddon” on an episode of The Daily Show. The loudest and most oppositional critique came via an editorial written by motivational speaker, Fox News columnist, and self-described “America’s Psychiatrist” Keith Ablow, who opined that the photo was “a dramatic example of the way that our culture is being encouraged to abandon all trappings of gender identity—homogenizing males and females when the outcome of such ‘psychological sterilization’ is not known.”

Ablow believes that allowing young boys to dabble in nail polish will not only “plant the seeds of gender confusion,” but will also trigger a downward spiral in society, until gender becomes so convoluted that—gasp!—it might just cease to exist. He posits, “It will be a very big deal if it turns out that neither gender is very comfortable anymore nurturing children above all else, and neither gender is motivated to rank creating a family above having great sex forever, and neither gender is motivated to protect the nation by marching into combat against other men and risking their lives.”

 

Ablow makes quite the leap in reasoning there, if indeed it can be called reasoning. (“Blind gender panic and homophobia” seems more accurate.) For me, the fact that my son plays “family” and lovingly cuddles his dolls (and paints his nails and dresses up on occasion) actually gives me hope that he will be a loving, caring, nurturing father. But beyond that, Ablow’s fears seem not only irrational but ahistorical: The fact of a young boy wearing a dress, or a young girl refusing to wear one, is not a millennial phenomenon. The generation that grew up on Marlo Thomas and Friends singing “Free to Be... You and Me,” for instance, doesn’t seem to have had any problem marching into combat, finding “true love” via reality television, getting married, having children, tweeting photos of their private parts to strangers, and living heteronormative, appropriately gendered lives.

 

So what has caused all these zealous responses, like Ablow’s, to what don’t seem like especially notable gender transgressions? Perhaps such responses are due in part to a gradual restriction of gender definitions, in mainstream society at least, that has occured over the last hundred years or so, coaxed along by both media and capitalism.

For instance, recent works ranging from Lynn Peril’s 2002 book Pink Think to a 2011 Smithsonian article have cited historical sources establishing that the color pink was actually associated with boys until the early 20th century—it was a diminutive of the masculine reds favored in men’s clothing. And Jeanne Maglaty, author of the Smithsonian piece, notes that children’s clothing was gender-neutral until the mid-20th century. Boys and girls alike had wardrobes consisting of dresses until the end of the 1800s; it wasn’t until the 1940s that manufacturers started dictating color options to differentiate boys’ and girls’ fashion.

 

Indeed, clothing manufacturers understood what toy manufacturers would soon latch onto as well: The more you individualize items based on gender, the more products parents will feel compelled to buy. Our increasingly consumerist culture has not let those companies down, and we’ve seen the gender divide in retail grow even more pronounced in the past few decades. There are no longer images of boys in advertisements for dolls, which you might have seen as recently as the 1980s, advertising products such as the My Buddy doll. Brick-and-mortar stores like Pottery Barn Kids, the Gap, and Gymboree have no problem drawing firm lines between “boy” and “girl” sections, often confining them to opposite sides of a central cash-register area. And it is difficult to find seemingly gender-neutral items—bikes, shoes, crib sheets, even diapers—that aren’t tricked out with gender-specific colors, motifs, and characters. We have become so conditioned to the gender divide in retail that when a young child does express a taste that goes outside the prescribed norm, it is jarring in a way that it might not have been 10, 20, or 30 years ago.

 

And though critics like Ablow may be loud and brash, there are those responses to the J. Crew ad that remind us there is nothing wrong with a young boy painting his nails—or taking part in any other “girly” activity, for that matter. Patrons of the retailer voiced their support on its Facebook page, “liking” the photo and adding their own positive comments. In addition to writing a note or blog post championing J. Crew, many people exercised their consumer power by showing support via purchases, something the company certainly
appreciated.

 

Experts also weighed in on the situation, echoing those who suggested the ad was really a nonissue. Psychologist Susan Bartell, who appeared on CBS’s Early Show in the wake of Toemageddon, shared the insight that “[Our kids’] gender is going to emerge naturally as part of who they are and has nothing to do with whether we put pink nail polish on them.”

 

Bartell’s words remind me that allowing my son to express himself via his clothes or nails is not going to harm him. If anything, I can only hope that in the end it will make him stronger, as both Manley and Kilodavis wish for their boys. As I watch Elijah play with his fleet of cars, his nails painted a glittery purple, I’m confident that he will be able to see through the shades of pink, blue, and gray surrounding him in order to figure out who he is. And if he can have fun doing it, then all the better.

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Genre et sexualité en politique. Retours sur la présidentielle française de 2012 - RING

Genre et sexualité en politique. Retours sur la présidentielle française de 2012 - RING | Féminismes | Scoop.it

A priori, l’élection présidentielle au suffrage universel direct, matrice de la Vème République depuis 1965, en créant un « patriarcat institutionnel », ne semble guère favorable aux femmes et à leurs causes. Or les sept campagnes présidentielles qui se sont déjà déroulées depuis cette date se sont révélées plutôt propices à la politisation des questions sexuées, avec des variations notables selon les contextes (Sineau, 2008).

 

Lors de la dernière élection de 2007, la présence de Ségolène Royal au second tour face à Nicolas Sarkozy a exacerbé les usages de la masculinité et de la féminité dans la campagne et a contribué à révéler les attributs longtemps invisibilisés et naturalisés du corps présidentiel, faisant du sexe, de la couleur ou de la sexualité des capitaux politiques à part entière (Achin, Dorlin et Rennes, 2008 ; Coulomb-Guly 2009).

 

Commencée par l’éviction du favori socialiste mis en cause dans des affaires de viols et par l’offensive d’une partie de l’UMP contre le mariage homosexuel et contre l’enseignement du genre dans le secondaire, la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2012 voit-elle l’égalité des sexes et des sexualités constituée en enjeu des controverses entre candidats ? Ces circonstances favorisent-elles la politisation ou au contraire la forclusion de cette question ?


Le colloque réunira des contributions se rattachant aux axes suivants :

 

1/ Les usages du genre et de la sexualité dans l’identité des présidentiables et les modalités d’imbrication de ces ressources avec d’autres (classe, race, appartenance partisane, etc.).

 

La progression du nombre de candidates depuis Arlette Laguiller en 1974 conduit-elle à durcir la différenciation des discours, attitudes et comportements des candidats et des candidates, ou assiste-t-on à une mise en scène plus complexe et relationnelle des identités sexuelles ? La comparaison entre campagnes présidentielles à différents moments historiques, ou bien entre campagnes présidentielles en France et dans d’autres pays, ou encore aux différents échelons institutionnels en France (Achin, Bargel, Dulong et alii, 2007), peut permettre d’explorer les éventuelles spécificités de la campagne présidentielle française 2012 en matière de mise en scène du genre et de la sexualité.

 

Les éléments de communication verbale et non verbale peuvent servir de support aux communications proposées. Ces dernières peuvent également s’intéresser au travail des conseillers et des auxiliaires politiques, comme les journalistes par exemple, en prêtant une attention particulière aux usages, plus ou moins rationalisés, plus ou moins explicites, du genre et de la sexualité des candidats et des candidates dans leurs stratégies de communication.

 

2/ La construction des questions sexuées et sexuelles en enjeux politiques

 

Depuis la fin des années 1990, on assiste en France à une politisation des questions sexuées et sexuelles (des controverses sur la parité à celles relatives à la prostitution, la pornographie ou les violences envers les femmes). En parallèle, s’affirme une nouvelle mise en scène et visibilisation de la vie conjugale et sexuelle des principaux leaders politiques, qui n’échappent désormais plus tout à fait à la logique de l’espace public démocratique (Fassin, 2009 et 2011).

 

Treize ans après le vote du Pacs, quelle est la place accordée aux questions de genre et de sexualité dans la campagne (mariage homosexuel et ouverture de droits à la filiation, dénonciation des violences faites aux femmes, égalité salariale, etc.) ?

 

On le saisit, les questions sexuelles seront aussi indissociablement des questions sexuées, sociales et raciales à travers la question de l’égalité des sexes dans la sexualité mais aussi dans les domaines économique et politique.

 

Des communications peuvent ainsi s’intéresser à la construction (ou non) d’une de ces questions en enjeux de la campagne, en étant attentives à la déclinaison partisane et concurrentielle de ce processus de « portage » ; les programmes et le suivi de la campagne constituant des supports privilégiés.

 

A nouveau, la dimension comparative (dans le temps et dans l’espace national et international) apparaît utile pour saisir la spécificité d’une campagne présidentielle dans le contexte français. On peut ainsi imaginer une analyse des thèmes de campagne d’un-e même candidat-e lors d’une campagne municipale ou législative, et lors de la présidentielle.

 

Enfin, ces deux axes de réflexion sont susceptibles d’être croisés, en examinant les relations qu’entretiennent les stratégies de présentations de soi des présidentiables et leurs thèmes de campagne. Le fait de se présenter comme « progressiste », voire « féministe », en termes de programme change-t-il quelque chose aux manières de mettre en scène sa féminité ou sa masculinité ?

 

Les propositions de communication (une page maximum) devront faire mention, outre de la question de recherche et du rattachement à la problématique du colloque, du terrain étudié et des méthodes mobilisées.

 

Elles devront parvenir avant le vendredi 16 décembre 2011 à l’adresse : appelacom2012@gmail.com

 

Une réponse sera adressée pour le 16 janvier 2012. Une version écrite de la communication sera demandée au moment du colloque, en vue d’une publication collective des actes.

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Les Inrocks : Clémentine Autain et Elsa Dorlin: où en est le féminisme aujourd'hui?

Les Inrocks : Clémentine Autain et Elsa Dorlin: où en est le féminisme aujourd'hui? | Féminismes | Scoop.it

Où en est le féminisme, quarante ans après la création du MLF ? L'affaire DSK, sans parler de la polémique autour de l'enseignement de la théorie des genres au lycée ou de la Marche des salopes, a concentré cette année l'attention sur la question de la sexualité et de l'égalité réelle des femmes : une occasion de mesurer l'étendue et la persistance des combats féministes à venir. Pour en éclairer les enjeux, deux figures intellectuelles et militantes, Clémentine Autain et Elsa Dorlin*, confrontent leurs points de vue.

 

L'affaire DSK a révélé un certain nombre d'enjeux pour le féminisme. Parmi eux, une forme de fracture au sein de la cartographie féministe, comme l'ont illustrée les débats entre la féministe américaine Joan Scott et certaines militantes françaises, accusées de défendre un féminisme "néoconservateur". Cette division interne vous a-t-elle frappées ?

 

Elsa Dorlin - Ce que je retiens de cette affaire, c'est la monopolisation de la parole par une poignée d'individus qui ont squatté les médias en parlant au nom du "féminisme" et même du "féminisme français" ou à la française. Ces personnes ont soutenu l'idée qu'un certain art de la séduction pouvait malencontreusement "déraper" et elles ont imposé un débat dans lequel il devenait quasiment incongru de parler d'agression sexuelle et de sexisme. Or tout cela n'est pas représentatif des mobilisations qui ont eu lieu au sein de la "planète" féministe, en France, mais aussi aux Etats-Unis. Pour la première fois, on a assisté à une forme de consensus - le fait de revendiquer, au-delà du cas DSK, des mesures de justice sociale en matière de lutte contre les violences - et à une franche solidarité entre des groupes et tendances qui ces dernières années s'étaient pourtant affrontés sur la question du voile ou celle de la prostitution, par exemple.

 

Clémentine Autain - Il y a eu un écart entre la réalité des féminismes et le débat médiatique, monopolisé par la position d'Elisabeth Badinter, minoritaire, ou de Marcela Iacub. Ces dernières années, l'accent a souvent été mis dans le débat public sur des sujets clivants comme le foulard, la prostitution ou les mères porteuses. Mais on fait semblant de découvrir que le féminisme est pluriel alors qu'il l'est depuis toujours. Le corpus commun, c'est la visée pour l'égalité, mais évidemment tout le monde n'envisage pas le chemin pour y accéder de la même façon. La question du droit des femmes a longtemps soudé. Nous nous sommes battues sur des sujets ciblés, autour de lois ; aujourd'hui on entre dans le dur, il faut passer de l'égalité formelle à l'égalité réelle et c'est une des raisons pour lesquelles il peut y avoir des brouillages.

 

Diriez-vous que l'affaire DSK a été une opportunité pour le débat féministe ?

 

Elsa Dorlin - L'affaire DSK a permis de rompre avec des stéréotypes relatifs aux violences faites aux femmes. Depuis plusieurs années, l'agresseur était métèque, inculte, si possible en bande et plutôt jeune. Soudain, avec DSK, ça ne marche plus : appartenant à l'élite politique, à une caste ultraprivilégiée, il est poursuivi pour tentative de viol d'une femme de chambre, noire et migrante... La représentation dominante des violences de genre a volé en éclats au profit de la réalité historique de rapports de pouvoir qui mêlent genre, sexualité, antagonisme de classe et couleur de peau. C'est l'occasion de réfléchir aux impasses et limites des catégories politiques que nous utilisons pour mener nos combats féministes. Le statut de victime, par exemple, relève du tribunal et de la nécessaire reconnaissance des violences sexuelles. Cela étant, la victime doit rester une catégorie juridique et non une identité politique à partir de laquelle revendiquer l'égalité. Penser que nous, les femmes, sommes des victimes et que c'est à partir de cette condition que nous luttons contre les violences est catastrophique. Face à la violence sexiste subie, à cette violence larvée ou crasse, nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des résistantes.

 

Sur cette notion de victime, comment vous positionnez-vous, Clémentine Autain ? Vous venez de publier un livre dans lequel vous racontez votre propre expérience du viol.

 

Clémentine Autain - J'aime bien cette phrase de Christine Delphy : "Pour être féministe, il faut reconnaître qu'on est victime réelle ou potentielle et c'est douloureux." Ce que je veux dire par là, c'est qu'il est évidemment plus aisé de se raconter que l'on est libre, que si l'on s'est orientée dans telle ou telle filière professionnelle, vers un temps partiel, ou que l'on culpabilise auprès de ses gosses, c'est parce qu'on l'a choisi. Il est plus douloureux de prendre conscience qu'une part de notre liberté est entravée par notre identité de genre. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je me refusais longtemps à raconter le viol que j'ai subi à l'âge de 22 ans, sans doute parce que je refusais de me voir comme une victime. Mais cela ne veut pas dire que l'on reste enfermée toute sa vie dans cette catégorie. Ce livre porte aussi l'idée que l'on peut se reconstruire. Un poncif me scandalise : l'amalgame fait entre les féministes et le puritanisme. S'il y a un mouvement qui a participé à l'émancipation sexuelle, c'est le féminisme. La pilule et le droit à l'avortement, c'est quand même ce qui a permis d'enlever cette épée de Damoclès qui pesait sur la sexualité.

 

La féministe anglaise Nina Power a publié récemment un livre, La Femme unidimensionnelle, dans lequel elle critique les dévoiements du féminisme. Le pire, comme envahir un pays, peut se justifier au nom du féminisme, dénonce-t-elle. Qu'en pensez-vous ?

 

Elsa Dorlin - Nous dénonçons l'instrumentalisation raciste ou nationaliste du droit des femmes mais aussi de la liberté sexuelle. Les leçons données par les gouvernements engagés dans la guerre en Afghanistan ou par les tenants d'une Europe forteresse, par exemple, veulent nous convaincre que le féminisme relève d'un "processus de civilisation" automatique, de valeurs "occidentales" presque magiques, oubliant que le féminisme est avant tout un mouvement social international, complexe et contrasté, qui s'est battu pour conquérir nos droits et libertés. Nous devons réarticuler la lutte contre le sexisme avec celles contre le racisme, le nationalisme ou les antagonismes de classe. Du côté de l'antiféminisme, les discours renvoient les féministes du côté des "puritaines", des "mal-baisées", mais attaquent aussi les "filles voilées", les personnes prostituées ou les lesbiennes en leur déniant des droits élémentaires : les lignes de fracture sont claires et les solidarités urgentes.

 

Vous êtes de la même génération, vous travaillez sur la question du féminisme depuis quinze ans : certaines questions ont-elles progressé ou sont-elles réglées ?

 

Clémentine Autain - Je perçois des changements, notamment sur le terme "féministe" lui-même. Dans un récent sondage au sujet du fameux débat sur le "madame ou mademoiselle", on apprenait que la majorité des Françaises se considèrent aujourd'hui féministes. Dans le même temps, il y a une forme de politiquement correct qui s'est installée. On prône par exemple un discours un peu théorique sur l'égalité salariale dans les grandes entreprises ou la lutte contre les violences faites aux femmes, mais ce ne sont jamais des discours qui remontent à la racine des choses. Or ce qui fait qu'on est réellement féministe, c'est la volonté de comprendre que tout cela constitue un seul et même système qu'il faut s'attacher à déconstruire. Je suis frappée par la persistance de certains mots que nous n'entendons même plus : l'école "maternelle", par exemple. Ou par le fait que dans cette même école maternelle, lorsque je me rends à la kermesse de mon fils, les petites filles et les petits garçons sont déguisés en princesses et en chevaliers. Le langage commun, la banalité du quotidien sont sans cesse rappelés par l'ordre des sexes.

 

Le féminisme doit-il encore passer par des formes d'activisme ?

Elsa Dorlin - C'est parfois fatigant d'être féministe ! Le féminisme consiste à interroger cette frontière entre le politique et l'intime, entre le pratique et le théorique, entre le "scientifique" et le militant. Mais c'est justement cela qui est extraordinaire : la pratique génère de la pensée, la théorie génère de l'engagement... J'assume ainsi le fait d'être une intellectuelle située et d'avoir une position politique, position qui m'oblige à être plus rigoureuse et réflexive dans mon métier d'enseignantechercheuse. Je suis contente que la polémique autour de la "théorie des genres" dans les manuels scolaires ait lieu parce qu'elle permet de faire apparaître les accointances idéologiques des "anti-genre". Une anecdote : lorsque début octobre Judith Butler a été honorée par l'université de Bordeaux-III, des militants d'extrême droite, intégristes catholiques, ont tenté d'interrompre la cérémonie à grands renforts de slogans réactionnaires. Les tenants d'une critique naïve et souvent ignorante des études de genre en sciences sociales et humaines seront prévenus...

 

Vous définiriez-vous comme des "postféministes" ?

Elsa Dorlin - Non, mais il y a parfois des retours de catégories assez "enfermantes" pour les femmes. J'ai par exemple beaucoup de gêne à me définir comme femme, non pas au sens d'un corps sexuel, évidemment, mais dans le sens où l'on nous enferme encore dans cette dichotomie homme-femme. Chaque jour, la société se charge de me rappeler mon genre.

 

Clémentine Autain - C'est la même chose pour moi, je me sens femme parce qu'on me rappelle sans cesse que j'en suis une... au cas où je l'oublierais !

 

Elsa Dorlin - De la même façon, Frantz Fanon soulignait que "le Noir" est produit dans et par l'insulte de "sale Nègre". C'est le chantier auquel nous n'avons pas fini de travailler : élaborer des identités politiques qui détruisent les oppositions binaires, des identités en devenir à partir desquelles nous pouvons nous déployer singulièrement et collectivement.

 

*Elsa Dorlin est professeure de philosophie politique et sociale à Paris-VIII. Elle a publié, entre autres, La Matrice de la race - Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française (La Découverte, 2006).

 

Clémentine Autain est directrice de la rédaction du mensuel Regards, chroniqueuse à France Culture et RTL. Elle vient de publier Un beau jour... - Combattre le viol (Indigène Editions, 32 pages, 3 euros)

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Sisyphe.org - Occupons le patriarcat ! Apportons le féminisme à Wall Street dès maintenant

Sisyphe.org - Occupons le patriarcat ! Apportons le féminisme à Wall Street dès maintenant | Féminismes | Scoop.it
La déclaration suivante a été rédigée en vue d’un tract par l’unité podcast de Feminism Now, à New York. Becca Wilkerson et moi-même, Kathy Miriam, avons collaboré au processus de rédaction.

 

Apportons le féminisme à Occupons Wall Street !


Nous ne saurons vraiment qu’un autre monde est possible lorsque nous saurons ce à quoi ce monde aujourd’hui ressemble vraiment. Tout d’abord, le capitalisme néolibéral est la source de « la cupidité des entreprises », et le capitalisme néolibéral est aussi patriarcal jusqu’à la racine.

 

La notion que la récession ciblerait principalement les hommes (« Man-cession ») est un mythe, voici la réalité...

 

Il est vrai que les hommes ont subi 70% de la perte d’emplois au cours de la période de ralentissement allant de décembre 2007 à juin 2009 (1), mais les statistiques du « rétablissement » (de juin 2009 à septembre 2011) brossent un portrait plus clair. Le taux de chômage reconnu des femmes a alors augmenté de 7,7 pour cent à 8,1 pour cent, tandis que celui des hommes a chuté de 9,9 pour cent à 8,8 pour cent. (2) Dans l’ensemble, les ménages dirigés par des femmes ont environ la moitié du revenu et moins du tiers de la richesse des autres ménages états-uniens ; de plus, les femmes sont 35 fois plus susceptibles d’être pauvres que les hommes. (3)

 

Le système capitaliste dépend du travail non rémunéré des femmes.

Les mesures dites d’« austérité » (par exemple, les coupures de l’administration Obama en matière de dépenses) pillent le secteur public (éducation, santé, services sociaux, services gouvernementaux) tout en renflouant le secteur privé de la grande entreprise (Wall Street). Les femmes sont plus durement touchées à titre de travailleuses du secteur public (enseignantes, infirmières) qui perdent leur emploi et à titre d’aidantes non payées qui prennent la relève lorsque des services sociaux sont abolis. Le capitalisme mondial est rendu possible par les soins non rémunérés fournis par les femmes aux personnes dépendantes et à des hommes adultes en bonne santé.

 

Aux États-Unis, parmi les 25 à 34 ans, les femmes consacrent environ deux fois plus d’heures par semaine (31,7) à des tâches domestiques non rémunérées que les hommes (15,8). (4) Au Canada, on estime que la valeur du travail non rémunéré atteint jusqu’à 41% du PIB. (5) Le transfert de la charge de travail domestique des femmes de l’élite à des travailleuses domestiques (servantes) puisées parmi les groupes subordonnés de femmes (les immigrées, les femmes de couleur, les femmes pauvres) est un autre élément du même processus d’exploitation.

 

Le système capitaliste dépend du contrôle de la reproduction des femmes.

La reproduction de la force de travail du capitalisme constitue une grande partie du travail non rémunéré des femmes. Les attaques ciblant la capacité des femmes à contrôler leur choix et le moment de donner naissance (6) accroissent la dépendance économique des femmes à l’égard des hommes, de l’État, des entreprises et des élites blanches, qui, à leur tour, tirent tous et toutes un bénéfice direct du contrôle de la reproduction des femmes.

 

Les femmes de couleur sont les plus touchées par les prêts abusifs.

La déréglementation du marché a conduit à des décennies de prédation envers les populations les plus vulnérables, avec les pires séquelles pour les femmes de couleur. Les femmes sont 32 pour cent plus susceptibles que les hommes d’être aux prises avec des hypothèques « subprimes », et les emprunteuses noires et latina sont les plus susceptibles d’avoir à rembourser des prêts « subprimes » à tous les échelons de revenus. (7)

 

La violence conjugale domestique s’intensifie en période économique instable.

Dans un effort pour économiser de l’argent, le conseil municipal de Topeka, au Kansas, a récemment voté l’abrogation de la loi qui fait de la violence conjugale un crime ! On sacrifie des ressources minimales, censées aider les femmes à se protéger, au moment même où s’aggrave la violence conjugale. Il est établi que les taux d’incidence et de gravité de la violence conjugale s’élèvent en périodes de crise économique. La contrainte financière oblige souvent les femmes à rester dans des relations marquées par la violence. Les femmes dont les partenaires masculins vivent deux périodes ou plus de chômage en cinq ans sont trois fois plus susceptibles de connaître des mauvais traitements. (8)

 

L’exploitation économique et la destruction de l’environnement vont de pair.

Les organes génésiques des femmes sont particulièrement vulnérables aux dommages causés par les toxines environnementales, qui les mettent en danger elles et les enfants qu’elles pourraient porter, en raison de la sous-réglementation des entreprises qui accordent plus d’importance à l’argent qu’à la vie.

 

Le corps des femmes fait partie du champ de bataille de la Guerre.

En raison de la position des femmes comme dispensatrices non payées de soins essentiels, elles constituent le ciment social des communautés que détruisent stratégiquement les militaires par le viol. On évalue à des taux vertigineux le harcèlement sexuel et le viol des femmes soldats américaines par leurs homologues masculins. (9) Le militarisme est alimenté par l’hyper-masculinisme, lui-même alimenté par une utilisation abondante de la pornographie par les soldats (10) et l’organisation du commerce du sexe dans les bases militaires partout dans le monde. (11) Les femmes et les enfants sont l’écrasante majorité des personnes réfugiées que déplacent les guerres.

 

La traite à des fins sexuelles est une réalité pour les femmes vivant dans la pauvreté.

« La traite a lieu dans un contexte d’inégalités économiques mondiales et d’échec à respecter les droits humains d’une majorité de la population mondiale. D’énormes quantités de gens se trouvent incapables de subvenir à leurs familles et sont contraintes à des situations de désespoir extrême. L’impact des politiques d’ajustement structurel est une aggravation de la féminisation de la pauvreté ; les femmes représentent 70% des pauvres de l’univers. Les femmes sont plus vulnérables à l’exploitation car elles sont souvent le soutien des familles, travaillent dans des secteurs non réglementés de l’économie, ont peu ou pas accès à l’instruction, à l’emploi et à des choix de migration. Elles cherchent souvent à migrer en raison de guerres ou de conflits internes, de la pauvreté, de l’apatridie et de violences conjugales, mais se heurtent à des politiques d’immigration strictes et sont incapables de migrer légalement. Il arrive souvent que leur vulnérabilité soit exploitée et qu’elles tombent aux mains de trafiquants ». (12)

 

Feminism NOW - OWS

Occupons le patriarcat !

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XX : Centre d’artistes féministe engagé dans l’exploration, la création, la diffusion et la réflexion critique en art technologique | Studio XX

XX : Centre d’artistes féministe engagé dans l’exploration, la création, la diffusion et la réflexion critique en art technologique | Studio XX | Féminismes | Scoop.it

Fondé en 1996 à Montréal, le Studio XX est un centre d’artistes féministe bilingue engagé dans l’exploration, la création, la diffusion et la réflexion critique en art technologique.

 

Le Studio XX vise à mettre de l'avant la multiplicité des territoires, des voix et des actions créatives des femmes dans les paysages technologiques contemporains à travers le monde. Il participe activement au développement d’une démocratie numérique qui encourage l’autonomie et la collaboration.

 

Le Studio XX soutient la production indépendante en arts médiatiques à travers les résidences d’artistes, les coproductions et projets spéciaux, la revue électronique .dpi, l'émission de radio XX Files, les salons Femmes br@nchées, le festival HTMlles, les commandes d’œuvres, les ateliers de formation professionnelle et l'accès à son laboratoire de logiciels libres (Open Source).

 

En 2008, le Studio lançait Matricules : l’une des plus grandes archives en ligne au monde d'art numérique créé par les femmes.

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De filles en mères. La seconde vague du féminisme et la maternité - Sabine Fortino

De filles en mères. La seconde vague du féminisme et la maternité - Sabine Fortino | Féminismes | Scoop.it

À partir des principaux résultats d'une recherche sociologique réalisée en 1992, l'auteur montre dans ce texte quelles furent les pratiques et les théories du mouvement féministe français contemporain à l'égard des thèmes de la maternité et de l'éducation. En utilisant deux catégories de sources ­la presse de ce mouvement social et les témoignages actuels des militantes-, l'auteur conclut à la faible prise en compte de ces deux thèmes par les féministes, un silence qu'elle explique par des raisons tout à la fois sociologiques (le statut social dominant des militantes), historiques (l'absence de transmission d'une génération de féministes à une autre) et idéologiques (la croyance en une libération immédiate des femmes). Puis elle révèle quelques-unes des pratiques pédagogiques que, en dépit d'un tel contexte, des militantes mères de petites filles et de petits garçons ont tenté d'élaborer et de mettre en pratique durant la même période (1970-1980).

 

Image : campagne mère / fille Comptoir des Cotonniers.

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Le viol, une histoire de domination et non de pulsion sexuelle - Enquête - Basta !

Le viol, une histoire de domination et non de pulsion sexuelle - Enquête - Basta ! | Féminismes | Scoop.it

75 000 femmes sont violées chaque année en France. Un crime souvent maintenu sous silence : seules 10 % des victimes portent plainte. Et à peine 3 % des violeurs sont condamnés. En cause notamment : les préjugés qui entourent agresseurs et victimes, et le traitement judiciaire. C’est ce que décrypte le livre « Le Viol, un crime presque ordinaire ». Voici, en avant première, des extraits de cette enquête sur ce qui ressemble trop à une tolérance envers un crime qui n’est pourtant pas une fatalité.

 

En France, une femme sur six est victime de viol ou de tentative au cours de sa vie, soit 206 viols chaque jour. Le violeur peut être le père, le frère, le collègue, le voisin, le conjoint. Celui dont on ne se méfie pas. La plupart des victimes ont moins de 18 ans et la majorité des filles et femmes violées le sont par quelqu’un de leur entourage, familial, professionnel ou amical. Et pour violer, nul besoin de couteau ou de pistolet.

Un viol sur deux est commis sans violence physique. Peur, sidération, menaces suffisent à pétrifier la victime.

 

Quand elle ose parler, la victime est pourtant, à chaque fois ou presque, soupçonnée de mentir. Demande-t-on systématiquement à une personne victime de vol de prouver qu’elle a résisté, hurlé, griffé son assaillant ? Celui qui s’est plié aux injonctions de son preneur d’otage, sous-entend-on qu’il a « consenti » ? Le viol a, dans les crimes de violence, un statut très singulier. C’est le seul pour lequel on attend de la victime qu’elle se débatte. Dans la définition pénale, c’est la menace, la surprise, la contrainte ou la violence qui caractérisent l’absence de consentement.

 

« C’est donc le mode opératoire de l’agresseur qui définit le viol et non ce qu’en dit la victime », explique Marilyn Baldeck, juriste et déléguée générale de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Le lien hiérarchique, la dépendance économique sont des modes de contrainte qui peinent à être reconnus. « Mais pourquoi n’avez-vous pas parlé plus tôt ? » a demandé un magistrat à cette mère célibataire, violée par le directeur de l’école où elle était employée et son fils scolarisé.

 

Céder = consentir ?

En France, c’est à la victime de prouver qu’elle ne voulait pas. « Dans l’implicite du code pénal, si la femme est passive, c’est qu’elle est consentante, souligne Marilyn Baldeck. Pour le droit, céder, c’est consentir. » Ses meilleurs atouts pour soutenir ses dires restent les traces de violences qu’elle a subies. « C’est compliqué de savoir ce qui s’est passé. S’il y a des bleus, c’est plus facile », estime une avocate générale. « Les juges exigent trop souvent des témoins directs des faits, comme dans les autres cas de délinquance, ajoute maître Simon Ovadia, avocat plaidant fréquemment dans des affaires de viol. Alors que l’une des particularités d’une agression sexuelle, c’est qu’elle est commise en l’absence de témoin. »

 

Pour caractériser le viol, on pourrait imaginer que la justice s’intéresse différemment à la victime. En évaluant, par exemple, les conséquences du viol dans sa vie. « Son état, ce qu’elle est devenue, sont d’excellents indicateurs de l’absence de consentement », suggèrent les auteurs de Qualifié viol [1]. Les déménagements, séparations, troubles de la sexualité, grossesses, licenciements, symptômes de stress post-traumatique pourraient permettre de qualifier un viol. On pourrait aussi demander à l’accusé, comme au Canada, de prouver que la victime était consentante. La charge de la preuve serait inversée.

 

Mieux vaut être vierge pour être crédible...

Parfois, on fait le procès de la victime en même temps que celui de l’accusé. Le psychiatre Roland Coutanceau reconnaît que, sur ce point, les mentalités peinent à évoluer : « A priori, on doute toujours du témoignage de la victime. » Surtout si elle n’a pas été blessée. L’attitude « provocatrice » des victimes représente toujours une circonstance atténuante pour les hommes. « Plus la fille a la réputation d’être facile, moins elle est crédible au procès, explique Natacha Henry, journaliste et auteure de Frapper n’est pas aimer. Si en plus elle avait une jupe courte, qu’elle fumait un pétard, qu’elle avait déjà avorté et qu’elle connaissait l’agresseur, c’est fichu ! Pour avoir plus de chance que l’opinion la suive, c’est mieux si elle était en pantalon, vierge et dévouée à son entourage ou à son petit copain. »

 

« Trop peu de juges comprennent la psychologie de l’agression, ajoute maître Simon Ovadia. Un jour, en procès, un magistrat a demandé à la victime : “Mais enfin, pourquoi n’avez-vous rien fait ? Vous ne pouviez pas lui mettre deux gifles ?” C’est incroyable. » Interroger la victime est nécessaire pour juger du sort d’un accusé. « Mais avec un minimum de respect pour sa souffrance », demande Emmanuelle Piet, présidente du collectif féministe contre le viol. Des avocats, des associations et certains magistrats plaident pour la création de chambres spécialisées sur les violences sexuelles, composées de professionnels formés.

 

Un crime déqualifié

Moins de 3 % des viols, pourtant qualifiés crimes par la loi, sont jugés en cour d’assises. « J’ai souvent vu des agresseurs jugés en une heure, entre un vol de voiture, le braquage d’une supérette et l’agression de la petite mamie », raconte un commandant de police. Il n’est pas rare que le procureur ou le juge d’instruction demande à déqualifier le crime de viol en délit d’agression sexuelle, qui relève alors du tribunal correctionnel. Par cette déqualification, on « oublie » le fait que la victime a été pénétrée. Dans Qualifié viol, les auteurs constatent que la moitié des affaires jugées comme agressions sexuelles sont en réalité des viols, reconnus par les agresseurs ou avérés par les expertises. En 1995, au tribunal de Créteil, un quart des plaintes pour viol a été déqualifié à la demande du procureur.

 

Moins long, moins cher, moins éprouvant, sans jurés : passer en correctionnel présente toutes sortes d’avantages. C’est ce que l’on vante aux parties civiles. « Certains avocats préfèrent correctionnaliser des cas où la fille sort de boîte de nuit et monte dans la voiture de deux mecs inconnus. Parce que, aux assises, l’avocat de la défense va toujours la ramener là-dessus. La victime sera tourmentée par le regard des gens et pensera que si elle avait su, elle ne serait pas venue », note le chroniqueur judiciaire Paul Lefèvre, qui travaille notamment pour l’émission Enquêtes criminelles, sur W9. Parfois, les victimes préfèrent éviter la présence de jurés. Mais ce n’est pas le seul enjeu.

 

La correctionnalisation, très variable d’un tribunal à l’autre (ce qui nuit à l’égalité entre les justiciables), permet surtout de désengorger les tribunaux. Correctionnalisé, le viol n’en est plus un. De crime, il devient délit. Le délai de prescription passe de dix à trois ans pour les victimes majeures. Et de vingt à dix ans pour les victimes mineures. « L’homme qui m’a violée a été jugé par un tribunal correctionnel, raconte Lisa, victime de son voisin entre ses 5 et 7 ans. On avait expliqué à mon père que ça serait plus rapide, que l’agresseur serait condamné plus vite, à une peine équivalente à celle que l’on prononce aux assises. Il avait 81 ans. Il a été condamné à un an ferme. Il a fait appel. Sa peine a été revue à trois ans de sursis et 3 000 euros d’amende. Parce qu’il était vieux, m’a-t-on expliqué. J’ai perdu confiance dans la justice. » L’argument selon lequel les peines seraient équivalentes devant les deux juridictions résiste rarement à la réalité. En correctionnelle, la moyenne des peines est d’un an et neuf mois. Elle est de six ans aux assises. Et les relaxes sont deux fois plus nombreuses en correctionnelle, révèle une étude réalisé en 2000 sur le tribunal de Créteil.

 

On ne condamne que les pauvres

Une récente étude [2] de la sociologue Véronique Le Goaziou met en évidence une réalité déconcertante : après avoir épluché 425 dossiers de viols jugés en cour d’assises, elle note que 93 % des violeurs présumés sont issus des classes populaires. 41 % d’entre eux sont même chômeurs ou précaires. « Toutes les enquêtes montrent que le viol touche tous les milieux sociaux. Mais la grande majorité des agresseurs condamnés sont des pauvres. Où sont passés les autres ? », interroge Véronique Le Goaziou. Elle avance plusieurs hypothèses.

 

« Est-ce que, dans les milieux sociaux favorisés, on parle moins du viol ? À cause de l’honneur et de la peur du scandale ? Est-ce que les divers acteurs de la chaîne pénale sont moins enclins à poursuivre les auteurs des milieux sociaux favorisés ? » En tout cas, ceux-ci ont les moyens de payer de bons avocats et possèdent souvent des rudiments de culture juridique. « Ils ont aussi tendance à davantage nier les faits. » La majorité des condamnés sont des « personnes de faible niveau scolaire, sans maîtrise des rouages de la machine judiciaire », poursuit la sociologue. Ils sont isolés, incapables de mobiliser un réseau de défenseurs, comme le font certains accusés haut placés dans l’échelle sociale.

 

Dans notre imaginaire, le violeur est un malade mental

Le violeur n’est pas pourtant pas particulièrement pauvre, ni illettré et encore moins déficient mental. « La pauvreté créerait de la délinquance. Mais dans le cadre de mon travail de suivi des agresseurs sexuels condamnés, j’en ai vu de toutes les couleurs et de toutes les classes sociales », assure Roland Coutanceau, psychiatre précurseur dans la prise en charge des agresseurs sexuels. Il n’y a pas de profil type d’agresseur. Ce sont des hommes « normaux », intégrés à la société, souvent mariés et pères de famille. Une étude du collectif féministe contre le viol, basée sur 300 agresseurs, montre qu’ils sont particulièrement présents dans les professions suivantes : médicales et para-médicales (23 %), enseignement et animation (17 %), responsabilités d’encadrement (13 %), métiers de la loi et de l’ordre (10 %).

 

Cette réalité suscite l’incrédulité. On préférerait pouvoir attribuer cette barbarie à quelqu’un qui ne nous ressemble pas. Le débat autour de l’affaire DSK a fait surgir au grand jour ce stéréotype du violeur pensé comme un monstre. Un homme comme Dominique Strauss-Kahn ne saurait commettre un viol. Trop riche, trop intelligent, trop comme il faut. Dans notre imaginaire, le violeur est un malade mental. D’après les expertises de médecins et psychologues établies pour les tribunaux, 90 % d’entre eux ne souffrent pas de pathologie psychiatrique. Ce qui signifie, éclaire le psychologue et criminologue Loïck Villerbu, « qu’ils ne sont pas psychotiques, qu’ils ne présentent pas de débilité profonde, qu’ils ne font pas l’objet d’un traitement médicamenteux leur ayant fait perdre leur vigilance ».

 

Les violeurs ont une stratégie : « La clé de l’agression sexuelle est dans la tête de celui qui exerce la violence », précise Roland Coutanceau. Le violeur ne commet pas ce crime par hasard ou parce qu’il n’a pas pu s’en empêcher. « Les victimes sont la cible d’un agresseur qui a raisonné. De façon limitée, certes , ajoute le psychiatre et expert Gérard Lopez. Elles se retrouvent, malgré elles, exposées à un agresseur qui a calculé ses risques et ses profits. Et qui a choisi d’agresser. Elles ne l’ont jamais cherché. Elles ne l’ont jamais mérité. »

 

Le viol, une prise de pouvoir

Les violeurs n’ont pas de pulsions sexuelles irrépressibles. Le sexe est une composante du viol, mais il ne s’y résume pas. Il est un moyen pour agresser, mais pas le but. Pour les personnes qui le subissent, le viol est vécu comme un acte violent, une humiliation. « Le viol est d’abord une agression, détaille Loïck Villerbu. Et l’agresseur élit le champ sexuel. C’est trop facile d’imaginer que c’est un orgasme comme un autre. Il est beaucoup plus difficile d’imaginer que l’orgasme est obtenu au prix de la soumission de l’autre. L’agresseur veut d’abord transgresser la résistance de l’autre. Il recherche la toute-puissance et la domination. Être considéré comme un objet est d’ailleurs ce qui traumatise le plus les victimes. »

 

Les viols en temps de guerre sont clairement identifiés comme des outils de domination et d’humiliation. Pourquoi, en temps de paix, seraient-ils réduits à un problème de pulsion sexuelle ? Les contextes sont différents, mais la dynamique de prise de pouvoir et la volonté de domination semblent être en jeu dans chaque agression. Elles se déclinent différemment selon la personnalité, la trajectoire, la situation de l’agresseur et en fonction du type de viol qu’il commet : viol familial, conjugal, de proximité, d’inconnue ou viol collectif.

 

Donner du sens à un crime qui nous semble fou est une tâche ardue. Les études menées auprès de ceux qui sont interpellés, et de ceux qui sont aussi condamnés, permettent de mieux connaître les agresseurs, d’améliorer la qualité de leur prise en charge et d’avoir des outils pour faire de la prévention. Malheureusement, ces analyses établies au cours des procédures judiciaires, présentent un biais non négligeable : l’absence de représentativité. Puisqu’on estime que 90 % des victimes ne portent pas plainte. Leurs agresseurs sont en liberté. Les passages à l’acte de ces violeurs ne sont donc jamais décryptés.

 

Audrey Guiller et Nolwenn Weiler

 

© Éditions du Cherche Midi

 

Extraits tirés du livre « Le Viol, un crime presque ordinaire », à paraître le jeudi 20 octobre aux éditions du Cherche Midi.

 

Notes

[1] Étude sur les décisions de justice relatives au viol dans le tribunal de Nantes. Écrit par Michèle Bordeaux, Bernard Hazo, Soizic. Éditions Médecine et hygiène, 1990.
[2] Le Viol, aspects sociologiques d’un crime, La Documentation française, 2011.

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Cette semaine au rayon gonzesses - Bibliobs - Le site littéraire de nouvelObs.com

Cette semaine au rayon gonzesses - Bibliobs - Le site littéraire de nouvelObs.com | Féminismes | Scoop.it

La librairie orléanaise «Passion culture» a créé deux rayons distincts, «homme» et «femme», apprend-on dans «Libération». Le rayon «homme» est évidemment dévolu aux arts martiaux, aux armes et au bricolage, et celui des femmes aux ouvrages portant sur le bien-être, la décoration et la sexualité.

 

Des militantes féministes locales ont décidé de manifester devant la librairie, pour dénoncer l’initiative, en brandissant le terme - excessif? - de «discrimination». «Si leur passion culturelle est celle de la discrimination et des stéréotypes sexistes, non merci», ont-elle déclaré au quotidien. La fondatrice de la librairie, Sylvie Champagne, leur a répondu par une proposition qui flirte avec la mauvaise foi: «Si l’on poursuit la logique jusqu’au bout, interdisons les magasins de vêtements exclusivement féminins.»

 

Le coup de sang des suffragettes orléanaises est sans doute justifié. Il a pourtant quelque chose d'injuste: sous couvert d'un catalogage sexiste, la librairie fait preuve d'une ouverture d'esprit digne de la pensée queer la plus radicale. Son site Internet classe en effet le «Guide du jeune papa débutant» dans le rayon des femmes, et le «Manuel du point de croix» dans celui des hommes. Les temps changent, ne serait-ce que par une bête erreur de référencement.

 

Clément Barry

 

Image : "Man and Woman", d'Eric Slutsky (1984) (Erik Slutsky/SUPERSTOCK/SIPA)

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Le genre, une « idéologie » ? - Ca fait Genre - @A_C_Husson

Le genre, une « idéologie » ? - Ca fait Genre - @A_C_Husson | Féminismes | Scoop.it

Bon, je vais mettre tout de suite fin au suspense: non, le genre n’est pas une « idéologie », terme que ses détracteurs brandissent à peu près 99 fois sur 100.

 

Les attaques contre les études de genre ont généralement deux points d’approche, complémentaires. Le premier, mis en avant par les 80 députés UMP signataires d’une lettre demandant le retrait des manuels d’SVT intégrant la question du genre, est celui de la prétendue non-scientificité de ce qui ne serait qu’une « théorie philosophique », relevant tout au plus du champ des sciences humaines. Rictus, gloussement, haussement d’épaules: encore un truc d’intellectuels.

 

Le second, qui m’intéresse ici, consiste à dénoncer le caractère « idéologique » de cette « théorie ». La requête « idéologie du genre » aboutit à pas moins de 111 000 résultats sur google. De la non-scientificité à l’idéologie, il n’y a qu’un pas, allègrement et pléthoriquement franchi.

 

Cependant, l’association entre idéologie et perversité, c’était inédit, il me semble. Ah, c’est sûr, qualifier de « perverses » toutes ces pratiques sexuelles déviantes que promeuvent éhontément les études de genre, ça, ça a déjà été fait. Mais Boris Cyrulnik, le fameux neuropsychiatre et éthologue, nous offre une démonstration logique pour le moins décoiffante:

 

Je pense que le « genre » est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu’indisposait l’absence de pénis chez sa mère. On y est.

 

Comme l’écrit Crêpe Georgette, « Les Fassin, Beauvoir, Butler et autres milliers d’universitaires seront sans nul doute heureux de voir leur personnalité et leur vie familiale analysés aussi rigoureusement ». Je ne commenterai pas plus le raccourci simpliste de Cyrulnik, qui manifeste un degré zéro de la réflexion intellectuelle et de l’argumentation (ah, tiens, j’ai quand même commenté). Denis Colombi, professeur de sciences économiques et sociales, est plus apte que moi à le faire. Ce qui m’intéresse, c’est que ce raccourci intervient pour expliquer pourquoi il n’est pas encore intervenu publiquement sur les études de genre. Cyrulnik balaie la question d’un revers de main, en assénant cette énormité, sous-entendant ainsi qu’elle ne mérite même pas qu’il s’y attarde (dommage, parce que le journaliste veut bien s’y attarder, après ça): le genre relevant d’une « idéologie », il ne mérite pas de commentaire scientifique.

 

Dans l’« état des lieux des études de genre » que j’ai déjà mentionné, la sociologue Laure Bereni explique que cette accusation récurrente est liée à l’origine des études de genre. Celles-ci sont en effet nées dans le sillage de mouvements et d’études féministes. Même si ces études, en s’institutionnalisant, ont développé leurs propres outils d’analyse pour se conformer « aux normes de légitimité académique », la dimension militante n’est jamais loin. D’ailleurs, la traduction du mot « gender » en français a posé problème notamment parce que certain-e-s reprochaient au mot « genre » d’occulter la dimension subversive véhiculée par les études dites « féministes ».

 

Alors, oui, les études de genre ont un ancrage politique, et il n’est pas question de le nier. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par l’adjectif « politique », à savoir que les études de genre s’ancrent dans la vie de la Cité. Elles prennent pour objet d’étude des modes de pensée et de représentation qui s’actualisent au sein d’une société donnée, avec en toile de fond, de manière plus ou moins prégnante, l’idée de faire évoluer ces représentations.

 

Mais ce n’est pas la « la politique » que dénoncent les contempteurs des études de genre. En effet, derrière les soupçons d’ »idéologie » se dissimulent presque toujours la dénonciation des « lobbys homosexuels ». Pour une rédactrice du site catholique traditionnaliste « Objections », la formule de Simone de Beauvoir, selon laquelle « on ne naît pas femme: on le devient », « est au cœur de la déconstruction de la société que nous sommes en train de vivre à travers une actualité multiple dont les revendications – de mieux en mieux satisfaites – de la communauté homosexuelle, ou plutôt de sa minorité agissante, le lobby gay, ne sont que les aspects les plus frappants ». Les accusations de « lobbyisme » portées contre une communauté d’individus spécifique ne sont jamais de bon augure. Le même article dénonce « la lutte “vertuiste” contre l’homophobie » en invoquant, comme Cyrulnik, le refus de la différence qui caractériserait les spécialistes des études de genre: ce que cette lutte dissimulerait, c’est un avatar du nihilisme décrit par Nietzsche, « un refus de l’être comme donné ou de l’être comme nature, refus imposé d’“en haut” à une société déjà déboussolée ». On lui fait dire bien des choses, à Nietzsche.

 

Je finirai en rappelant les deux types d’arguments que Laure Bereni oppose à cette accusation renvoyant les études de genre du côté de l’idéologie. Le premier, c’est que ce type de recherche universitaire n’est pas le seul qui soit organiquement lié à des protestations sociales: la sociologie, notamment, a trouvé un second souffle dans les mouvements sociaux issus de Mai 68. Le second a plus précisément à voir avec le caractère prétendument non-scientifique des études de genre. Les recherches féministes ont en effet mis en évidence depuis plusieurs décennies à quel point les sciences dites « exactes » peuvent être biaisées par des postulats de départ liés au fait que « les sujets de la connaissance » ne sont pas capables de s’abstraire entièrement du contexte social dans lequel ils s’inscrivent et des rapports de pouvoir dans lesquels ils sont pris ». Ces recherches ont ainsi montré « à quel point la science « normale » est imprégnée de préjugés de genre et contribue à reproduire l’ordre social inégalitaire », et ont ainsi mis à mal le mythe de l’objectivité scientifique, sur lequel je reviendrai dans une prochaine série d’articles.

 

Je ne résiste pas à vous livrer enfin une autre analyse très fine de Boris Cyrulnik, qui laisse rêveur quant à son statut d’ »éthologue » (spécialiste du comportement) et ses compétences sociologiques. A la question « Supprimer les notes? », il répond en effet: « Un enfant qui grandit avec papa et maman qui s’aiment, sa petite chambre à lui, des devoirs surveillés, aura forcément de bonnes notes. Les notes ne sont pas un reflet de l’intelligence, mais le miroir de la stabilité affective ». A bon entendeur…

 

Sur la dimension subversive des études de genre et leur rapport avec l’action politique, pour aller plus loin, voir le désormais classique Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’idendité, par Judith Butler.

 

Image : Hermaphrodite endormi. Oeuvre romaine d'époque impériale (IIe siècle ap. J.-C.) © R.M.N./H. Lewandowski

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BD : "Des salopes et des anges". Florence Cestac et Tonino Benacquista

BD : "Des salopes et des anges". Florence Cestac et Tonino Benacquista | Féminismes | Scoop.it

Dans un bus pour l'Angleterre, trois femmes font connaissance. La première est sténodactylo, la deuxième mère au foyer à Neuilly et la dernière militante dans une association. Elles ont peu de choses en commun si ce n'est une grossesse subie et leur décision d'avorter dans un pays où la pratique est alors autorisée.

 

Nous sommes en 1973 et leur voyage est organisé par le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC). Deux ans avant l'adoption de la loi Veil (janvier 1975), leur rocambolesque périple outre-Manche raconte les angoisses et les souffrances des femmes de l'époque. Non sans humour cependant : « Je vais peut-être tuer un petit Mozart », s'émeut l'une ; « Dis-toi aussi que tu peux empêcher un futur dictateur de naître ! », lui rétorque l'autre.

 

Passant du documentaire au road-movie, l'écrivain Tonino Benacquista a signé un scénario sur mesure pour le trait rond et pétri de tendresse de Florence Cestac.

 

Frédéric Potet

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Hermes's comment, October 14, 2011 1:33 PM
et oui le chemin est long et nous somme encore loin de l'égalité réelle à quand la possibilité égale pour la femme d'avorter une grossesse non désirée par sa seule décision et la possibilité égale pour les hommes de faire avorter une grossesse non désirée, le désir de chacun des deux engendrant doit pouvoir être à égalité reconnu et empêcher une naissance non désirée
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L'art comme réalisation du féminisme - Chloé Goudenhooft

L'art comme réalisation du féminisme - Chloé Goudenhooft | Féminismes | Scoop.it

À la fois ouvrage théorique et beau-livre, Art et Féminisme présente l’évolution du féminisme dans sa relation au monde de l’art. D’abord, sous la forme d’un essai puis d’explication d’œuvres.

 

Art et Féminisme. Dans ce titre, notez bien le "et". Pas question d’art féministe, comme champ spécifique de la création ! L’ouvrage explore plutôt comment un mouvement multiple – aussi bien courant de pensée, action politique, réflexion sur soi et sur la société, se réalise dans et à travers l’art et comment, se faisant, il bouscule les schèmes même de l’art. Par ailleurs, ce "et " marque aussi la dualité au cœur des œuvres traitées. Elles sont art et portent en elles une réflexion sur les femmes. Indépendamment, parfois, du discours de leur créatrice. "Certaines artistes majeures, comme Louise Bourgeois et Chantal Akerman, ont souvent affirmé ne pas être féministes, préviennent les auteures. Mais cela ne veut pas dire que leurs œuvres soient 'non-féministes'. On peut les interpréter d’un point de vue féministe et dire qu’elles ont influencé des artistes féministes". C’est cette interprétation que nous livre l’ouvrage.

 

Respectueux de la chronologie, l’essai de Peggy Phelan, qui ouvre l’ouvrage, analyse l’expression du féminisme dans l’art comme une évolution dialectique. Comme si le féminisme traduisait un long processus de prise de conscience par les femmes de leur condition et de ce qu’elles sont. Ce cheminement, nous explique-t-on, passe d’abord par une réappropriation du corps féminin par les femmes elles-mêmes. Nous sommes dans les années 1960, le féminisme fait ses premiers pas. Le corps des femmes, voire des artistes, devient le centre des œuvres. La symbolique du vagin est explorée. Il s’agit de se réapproprier cet espace interdit, tabou, comme lieu de plaisir, de pouvoir, en tout cas de possibilités.

 

Au tournant des années 1970, s’élève une critique contre l’essentialisation du corps féminin. Il faut montrer que le statut de femme n’est pas naturel mais construit. "La 'prise de conscience' des femmes rappelle le principe hégélien de l’Aufhebung, lequel évoque à la fois élévation et renoncement“ . Les artistes entament alors un travail réflexif à partir de la théorie psychanalytique et du poststructuralisme, sur le langage et la représentation. Le but : rendre possible la déconstruction des stéréotypes et préjugés pour reconstruite une nouvelle manière d’être femme, voire une multiplicité de manières d’être femmes. C’est aussi l’époque, rappelle l’essai, où des artistes noires telles que Betye Saar dénoncent le féminisme, comme un courant représentant exclusivement les femmes blanches, et soulignent la nécessité de questionner les problématiques raciales conjuguées à celles du sexe.


Vers les années 1990, ajoute Peggy Phelan, l’expérience du féminisme en art réinvestit le corps, espace privilégié du premier féminisme, tout en conservant l’acquis du poststructuralisme et de l’influence de Lacan sur les décennies précédentes. À l’aube du XXIe siècle enfin, le féminisme explore la réflexion sur le passé et sur les lieux de mémoire, comme pour revenir sur les horreurs du siècle passé afin de les dépasser.


Art et Féminisme montre qu’au cours de l’évolution du féminisme, l’art a servi de lieu de mutation à la fois politique et personnel. D’un côté, les artistes dénoncent le patriarcat, les rôles imposés aux femmes dans la société. Mais, de l’autre, elles transforment la sphère personnelle par ces œuvres où elles livrent leur expérience intime : la menstruation, la grossesse, le viol. Cependant, parce qu’elles dévoilent des expériences cachées mais qui ne concernent que les femmes, leur portée dépasse de loin le simple témoignage : "On voyait maintenant dans les expériences personnelles, mêmes lorsqu’elles étaient source de honte, les symptômes de facteurs politiques plus larges" . De là découle l’intérêt pour le passé et les travaux "typiquement" féminin : couture, nettoyage, etc. Intérêt aussi pour la question de la place des femmes dans l’art et dans les musées. Exemple, pour n’en citer qu’un : Philip Golub Reclining de Sylvia Sleigh , tableau dans lequel l’artiste "inverse la norme qui, dans toute l’histoire de l’art occidental, fait de la femme le modèle et de l’homme le peintre". En même temps qu’il questionne la société, l’art des féministes questionne l’art et la manière dont l’art tout court se pratique.


Le recueil d’œuvres présentées sur les trois derniers quarts du livre permet de mieux visualiser les différents moments évoqués dans l’essai. Chaque œuvre s’accompagne d’un petit commentaire interprétatif expliquant sa spécificité tout en la rattachant à des mouvements plus généraux. À l’image de l’art et du féminisme, les deux parties de l’ouvrage se complètent et enrichissent mutuellement la réflexion sur la condition des femmes, sa représentation et sur les différences et les identités sexuelles.

 

Chloé Goudenhooft

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Scoop : un article instructif et qui peut faire avancer le schmilblik sur le madame / mademoiselle. Merci !

Scoop : un article instructif et qui peut faire avancer le schmilblik sur le madame / mademoiselle. Merci ! | Féminismes | Scoop.it

Comment le «mademoiselle» est devenu ringard aux Etats-Unis et au Québec

 

La campagne pour l'élimination de la case Mademoiselle dans les formulaires officiels et administratifs divise. Beaucoup reprochent aux féministes de les importuner avec un débat insignifiant. Une des réactions type consiste à faire la liste des problèmes plus graves que cette histoire de vocabulaire: En attendant, les femmes ne peuvent toujours pas conduire en Arabie Saoudite, etc…

 

Certes, mais le débat est tout de même digne d’attention. Tout d’abord, une femme devrait pouvoir symboliquement se définir en dehors de son rapport aux hommes. Deuxièmement, la distinction Madame/Mademoiselle est de moins en moins apte à décrire la réalité actuelle.

 

Pourquoi est-ce que les journaux parlent de «Mlle Banon», mais de «Mme Royal», alors que Ségolène n'est pas plus mariée que Tristane? Certes, l’ancienne candidate à la primaire socialiste est plus âgée, mais à 32 ans et quand on a publié plusieurs livres, pourquoi ne serait-on pas appelée Madame? Peut-on dire Mademoiselle à une jeune avocate ou professeur sans que cela ne diminue son autorité? Les femmes homosexuelles doivent-elles s’abonner à vie à la case mademoiselle? Dans un pays où beaucoup de femmes vivent en couple sans se marier, ou se marient sans prendre le nom de leur époux, la distinction Mme/Mlle est devenue floue, un mélange de statut marital, âge, apparence physique et pouvoir.

 

Depuis les années 1970, de nombreux pays ont fait sauter l'alternative, jugée anachronique. Les équivalents de Mademoiselle sont soit tombés en désuétude, soit été retirés des formulaires au Danemark, au Canada, aux Etats-Unis, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre et en Italie. Signorina et Señorita sont passés de mode, dans deux pays où les gens s’appellent très vite par leur prénom. Le Fraülein a disparu de la paperasse officielle, et le Mademoiselle danois est quelque peu ridicule. «Si on m’appelait Frøken, je croirais qu’on se moque de moi», explique une journaliste danoise dont l’apparence la cataloguerait en France comme une Mademoiselle.

 

Origines du Ms. américain

Lorsque les féministes américaines ont tenté d'introduire le titre neutre Ms (prononcé Mizz) au début des années 1970, la réaction a été similaire à ce qui se passe actuellement en France: on s’en fiche, il vaut mieux se concentrer sur l'essentiel. Mais au bout du compte, quelques acharnées et le magazine féministe «Ms» (écrit pour une femme indépendante qui veut lire autre chose que des recettes et des conseils beauté) ont permis d'imposer une alternative qui s'est rapidement exportée au Canada et en Angleterre.

 

«A l'époque, je n'insistais pas pour qu'on m'appelle Ms. je ne voulais pas avoir l'air hostile», explique Gail Collins, éditorialiste au New York Times qui a écrit un livre sur les mouvements féministes. «Les femmes qui défendaient quotidiennement le Ms étaient très courageuses.»

 

Le terme n’a pas été inventé par des militantes, il existait déjà pour des raisons pratiques. Les manuels de secrétariat des années 1950 expliquaient que Ms était acceptable dans une lettre si on ne connaissait pas le statut marital d’une personne. Quelques années plus tard, les Américaines se sont réappropriées le mot.

 

C’était une époque où les reporters du New York Times devaient systématiquement demander à leurs sources féminines si elles étaient mariées. En effet, à la deuxième occurrence du nom «Jane Smith» dans un article, il fallait continuer avec soit Mme Smith ou Mlle Smith. «Certaines femmes étaient offensées par cette question...et puis, nous ne demandions pas ça aux hommes!», se souvient Gail Collins. Dans les années 1970, de nombreuses journalistes ont commencé à refuser de jouer le jeu.

 

En 1972, une représentante de l’Etat de New York tente de faire passer une loi pour rendre le Ms obligatoire dans les formulaires. L’idée est rejetée, mais peu de temps après, certaines agences du gouvernement commencent à inclure l'alternative. Au bout du compte, l'utilisation s’impose grâce à la persistance des femmes. «Ms a été popularisé dans le langage quotidien par des millions de femmes qui ont dû affronter beaucoup de résistance, explique dans un article la fondatrice du magazine Ms Gloria Steinem, et dont les efforts étaient souvent tournés en ridicule».

 

Au New York Times, c’est un casse-tête de la modernité qui permettra de commencer à convaincre les éditeurs au milieu des années 80. Le problème vient d’une candidate à la vice-présidence mariée qui a gardé son nom de jeune fille. Si on l'appelait Madame (Mrs) Ferraro, on aurait pu la confondre avec sa mère. Deux ans plus tard, en 1986, après le lobbying soutenu d’une ancienne journaliste, la direction cède. C’est une des dernières grandes institutions du pays à faire le pas.

 

Au Québec, de «madelle» à madame pour tous

Les féministes québécoises s’inspirent du modèle américain, et essaient de trouver un équivalent de Ms. Les néologismes proposés — Mad et Madelle ! — ont été vivement critiqués, et jamais utilisés.

 

Mais est restée l’idée qu’il fallait un terme qui n’impose pas de distinction entre femmes en fonction de leur statut marital. Rapidement, la solution du Madame pour toutes s’est imposée. «Il n’y a pas eu de résistance, aucun combat» explique Micheline Dumont, une historienne québécoise spécialiste des femmes. La population accepte la quasi disparition de Mademoiselle, avant que le Parti Québécois, arrivé au pouvoir en 1976, ne l’entérine officiellement.

 

Aujourd’hui, selon l’Office Québécois de la Langue Française, «“mademoiselle” ne s’emploie plus que si on s’adresse à une toute jeune fille, ou à une femme qui tient à se faire appeler ainsi.» Même les religieuses sont appelées Madame au lieu de Ma Sœur. Le terme est donc complètement dissocié de la sexualité et du mariage.

 

A ces Français qui trouvent le «Mademoiselle» indispensable à un jeu de séduction particulièrement troublant, la journaliste québécoise Marie-Claude Lortie répond:

«C’est peut-être encore utilisé par quelques dragueurs qui veulent dire à une femme qu’elle a l’air jeune. Mais c’est très très très ringard.»

 

L’avant-garde féministe canadienne est allée plus loin. Depuis 1981 au Québec, les femmes ne peuvent pas prendre le nom de leur mari. C’est illégal, sauf si votre nom est imprononçable ou ridicule.

 

Ceci dit, l’historienne Micheline Dumont, qui a volontairement repris son nom de jeune fille au moment de la réforme, ne pense que le Québec ait fait fausse route. A propos de la défense du Mademoiselle dans l’hexagone, elle explique: «Ça ne m’étonne pas. Ici, on trouve toujours que la France est un peu en retard sur ces questions-là».

 

Claire Levenson

 

Image : A Rio en 2007. REUTERS/Jorge Silva

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L’antiféminisme « ordinaire » | Érudit | Recherches féministes v18 n2 2005, p. 137-151 : Descarries |

L’antiféminisme « ordinaire » | Érudit | Recherches féministes v18 n2 2005, p. 137-151 : Descarries | | Féminismes | Scoop.it

L‘antiféminisme se nourrit du ressentiment explicite à l’égard des femmes et de leurs avancées vers l’égalité. Pilier du sexisme qui perdure sur le plan des mentalités, des structures et des institutions, l’antiféminisme ordinaire s’appuie sur une représentation essentialisée des femmes pour soutirer leur conformité aux diktats de l’ordre patriarcal et récuser la conception égalitaire des rapports entre les femmes et les hommes. Le présent texte cherche à illustrer comment, encore aujourd’hui, les grands archétypes du féminin, qui constituent le « prêt à penser » de la tradition patriarcale, sont au coeur des représentations sociales, préjugés et stéréotypes véhiculés par l’antiféminisme et tissent la trame de fond de sa contre-offensive actuelle.

 

Pour la plupart d’entre nous, nous l’avons appris dès notre plus jeune âge : le paradis terrestre a été à tout jamais perdu par la faute d’Ève. « Ce n’est pas Adam qui fut séduit », décrétait Paul de Thrace au début de l’ère chrétienne dans sa première épître à Timothée (chapitre 2, versets 8-15)[1], mais c’est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression. Cependant, ajoutait-il, elle sera sauvée par sa maternité, à condition de persévérer dans la foi, l’amour et la sainteté avec modestie.


Depuis des millénaires, cette comédie humaine a été scénarisée et re-scénarisée à des milliers d’exemplaires. Son scénario est par ailleurs à peu près toujours demeuré le même. Il tire son inspiration des récits mythiques performatifs qui se répondent entre eux et réinterprètent inlassablement l’alibi de la nature, le sexe y étant présenté comme un « donné biologique [inéluctable] qui dichotomise le genre humain en deux catégories bien distinctes » et socialement inégales (Hurtig, Gail et Rouch 2002 : 11). En l’occurrence, sa trame dramatique entretient une conception inégalitaire des rapports de sexe dont l’ébauche, dictée par le mythe de la faute originelle, a été tracée par Paul dans son épître à Timothée : « Que la femme apprenne dans le silence, en toute soumission : mais je ne permets pas à la femme d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme : elle doit demeurer dans le silence; car Adam a été formé le premier, et puis Ève. »


Cette histoire mythique, encore trop souvent répétée aujourd’hui, a été exploitée en tant que savoir institué par la plupart des théologiens, penseurs, hommes politiques, éducateurs et médecins du passé. Quelles qu’en soient la forme et l’expression, elle s’alimente à tout un ensemble de cosmogonies, de mythes, de représentations et de pratiques qui répondent à une volonté de légitimer la division et la hiérarchie entre les sexes et aussi à la peur de voir disparaître des espaces, des positions et des privilèges traditionnellement réservés aux hommes. Sa mise en scène continue de servir une représentation « essentialiste » des femmes pour soutirer une conformité aux diktats idéologiques de l’ordre patriarcal. Elle les gomme, les invente ou les fantasme autour de grands cas de figures qui non seulement maquillent et dénaturent l’expérience des femmes à travers l’histoire, mais encore travestissent leur présence et leurs expériences en « danger public » pour récuser l’égalité des sexes. Or, les conceptions, stéréotypes et explications tributaires de ce lourd héritage induisent et étayent encore l’argumentaire sexiste actuel et posent la division sociale des sexes comme une nécessité (Carfatan 2002) pour préserver l’équilibre social. Le présent texte s’inscrit dans la continuité de cette hypothèse. J’y rappelle, dans un premier temps, les grands archétypes de la femme qui appartiennent à l’inconscient collectif de la tradition patriarcale. Dans un second temps, j’illustre comment ces archétypes continuent encore de nos jours d’influencer les représentations sociales des femmes et tissent la trame de fond de la contre-offensive antiféministe actuelle.

 

(...)

 

Bref, encore de nos jours, en dépit de l’attitude favorable de la majorité des Québécoises et des Québécois à l’égard du féminisme et de ses acquis (Conseil du statut de la femme 2003), l’antiféminisme demeure au rendez-vous et contribue à entretenir préjugés et comportements sexistes. Comme autrefois, il s’inscrit a contrario de la volonté du mouvement des femmes d’assurer la promotion de ces dernières et de se prémunir contre les différents types de discrimination, de violence et d’injustice dont elles sont victimes en tant que femmes. Ainsi, l’antiféminisme « ordinaire » attaque la crédibilité et l’intégrité des féministes dans leur quête pour mettre fin aux inégalités de la division/hiérarchie sociopolitique des sexes induite par le patriarcat, tout comme il constitue encore un frein à la participation active et égalitaire de milliers de femmes à différents secteurs de la sphère publique. « Défini comme opposition à l’égalité des sexes », note Françoise Gaspard (1999 : 140), il se révèle notamment « le principal ressort de la défense du milieu politique contre l’entrée des femmes en nombre ».


Peu s’en faut pour que les craintes et les oppositions exprimées à travers l’antiféminisme contemporain ressemblent étrangement à ce qu’il est possible d’observer à travers l’histoire (Delphy 1980; Kandel 1980; Kinnard 1986; Descarries 1990; Groult 1993; Ézéquiel 1996). Les arguments et les objections se construisent sur les mêmes types de préjugés et recèlent la même volonté de contrôle. « Le stéréotype ne s’est quasiment pas renouvelé depuis la fin du XIXe siècle », observe Christine Bard (1999 : 308), il ne ferait que varier ses sphères d’action, déplacer ses frontières et incorporer de nouveaux enjeux. L’égalité continue de soulever des craintes de divers ordres et, plus particulièrement, à être tenue pour responsable de différents problèmes éprouvés par les hommes dans leur vie scolaire comme dans leur vie sexuelle, dans leur quête affective comme dans leur quête identitaire. À partir de lieux et de modes d’expression fort différents, l’antiféminisme se nourrit du ressentiment explicite de certains hommes à l’égard des femmes et constitue le pilier du sexisme qui perdure sur le plan des mentalités, des structures et des institutions.


La résurgence d’un tel antiféministe risque, non seulement de diviser les femmes entre elles, mais encore de réduire au silence celles qui craignent d’être perçues comme des « pécores » du féminisme[9]. Discours et pratiques antiféministes contribuent également au maintien d’inégalités structurelles inacceptables dans une société comme la nôtre. Et cela, notamment parce que des préjugés sexistes et les codes de conduite qui s’en inspirent obstruent plusieurs débats sociaux sur des problèmes bien réels, tels ceux de la violence faite aux femmes, de la dénatalité, du décrochage scolaire des filles comme des garçons, ou encore de l’instabilité conjugale, pour ne mentionner que ceux-là.


Faut-il au Québec parler d’un ressac antiféministe pour autant? Je serais plutôt tentée d’y voir une grogne d’arrière-garde qui peut néanmoins compter sur certains ténors et « sopranos » assez puissants pour que leurs voix soient entendues et diffusées.


Dans le langage courant, le terme ressac désigne un retour violent des vagues sur elles-mêmes, lorsqu’elles ont frappé un obstacle. Or, au Québec, malgré les oppositions qui ne manquent pas de se manifester, et malgré l’image négative que certaines personnes ont voulu accoler au féminisme, la plupart des Québécois et des Québécoises sont conscients de l’apport positif qu’a pu apporter le mouvement des femmes en tant qu’agent de changement et de modernisation de la société (Conseil du statut de la femme 2003). Une grande majorité de la population appuie les efforts qui ont été consentis pour accorder aux femmes un plus juste et équitable accès aux ressources sociétales, même si ces efforts demeurent de toute évidence insuffisants et partiels pour permettre aux femmes, et surtout aux femmes doublement ou triplement discriminées, d’atteindre une véritable autonomie sociale et politique.


Cependant, en dépit du jugement de pertinence posé à leur égard, les aspirations et les stratégies des féministes sont encore trop souvent présentées comme contraires aux intérêts « supérieurs de la « nation » qui opposent, comme le souligne Christine Bard (1999 : 301) :

La liberté à la censure, la cohésion familiale à l’individualisme, la féminisation du langage à la beauté de la langue française, le jeu de la concurrence au programme d’accès à l’égalité, l’importance de la fonction maternelle au désir d’autonomie, de réalisation des femmes, l’action positive à la rectitude politique.


En outre, que notre regard se pose sur la situation internationale, le conservatisme politique et les intégrismes religieux ou sur des événements à caractère éminemment local, il se trouve toujours un incident, un débat, une publicité, une chronique pour nous rappeler qu’il est beaucoup trop tôt pour abandonner la lutte féministe et renoncer à agir. Sous une forme ou sous une autre, ordinaire, insidieux, explicite ou virulent, l’antiféminisme est toujours contestation du projet d’égalité des femmes. Il traduit tout un ensemble de préjugés et de peurs collectives sur la façon d’entrer en rapport avec l’autre sexe et d’intégrer les changements provoqués par les luttes du mouvement des femmes. Pour le moins, il est l’expression d’une frilosité sociale à l’égard de ces changements.

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