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Maïa Mazaurette recense les 15 mauvaises raisons les plus souvent invoquées pour ne pas être féministe.
Parce que parfois, on a l’impression que tous les prétextes sont bons…
« JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC LES FÉMINISTES »
Sauf si tu es contre les droits des femmes, ça va être compliqué de ne pas être d’accord avec les féministes, tout simplement parce que leurs positions sont incroyablement variées. Si tu penses que les hommes viennent de Mars, tu es féministe essentialiste (tu crois qu’il y a une « essence » masculine ou féminine). Si tu penses qu’on est humains avant tout, tu es anti-essentialiste. Si tu crois qu’on apprend surtout à se comporter comme une femme, tu es constructionniste. Et la liste ne s’arrête vraiment pas là (mais les pages Wikipédia te donneront un schéma complet). Certaines féministes sont pour le porno ou pour la prostitution, d’autres sont contre, d’autres soutiennent les femmes qui retournent au foyer, d’autres encouragent les super carrières pro – la plupart sont pour tous les modes de vie, pourvu qu’ils résultent d’un choix éclairé… Ne pas être d’accord avec les féministes, ça ne veut tout simplement rien dire. En France, rien qu’entre Elisabeth Badinter et Clémentine Autain, c’est le grand écart ! Une affaire comme celle du voile le montre très bien. La seule chose qui soude les féministes, c’est l’envie de conserver et de faire progresser les droits des femmes. Dur d’être contre.
« JE N’AIME PAS LES MOTS EN -ISME »
Les mots en -isme sont souvent des concepts. Les concepts sont ce qu’on utilise pour créer du sens et des discours intelligents. Si tu n’aimes pas les mots en -isme (érotisme ?), alors ton problème n’est pas avec le féminisme mais avec la paresse intellectuelle. Je dis ça, je dis rien.
« LES FÉMINISTES S’OCCUPENT DES MAUVAIS COMBATS »
Les anti-féministes citent souvent les Chiennes de Garde comme exemple du féminisme français. Sauf que les Chiennes de Garde sont médiatiques… parce que leur sphère d’action, c’est justement les médias ! En dehors de cette boucle de l’enfer (les féministes parlent des médias donc les médias réagissent en parlant de ces féministes), les associations s’attaquent au viol, aux violences, aux banlieues, à l’égalité salariale, à la liberté d’avorter, etc. Les grands sujets ne sont pas oubliés, c’est juste que les médias n’en parlent pas ou seulement le 8 mars. Ensuite, mauvais combat, ça reste à définir. Symboliquement, la féminisation des titres serait une avancée énorme. C’est sûr que ça ne donne pas à bouffer tout de suite à la fin du mois, mais ça aiderait peut-être les petites filles à s’imaginer chirurgiennes plutôt que sage-femmes… Quand on hiérarchise les luttes, on n’est pas en train d’agir.
« LES FÉMINISTES RÉPÈTENT TOUJOURS LA MÊME CHOSE »
Bah elles seraient ravies d’arrêter, mais comme la situation ne change pas… les discours non plus. Notons que personne n’accuse les anti-racistes de toujours dire la même chose !
« JE VEUX RESTER À LA MAISON, FAIRE DES ENFANTS ET AVOIR UN HOMME QUI RAMÈNE L’ARGENT DU MÉNAGE »
Formidable. Rien de tout ça ne t’empêche d’être féministe et de vouloir une meilleure vie pour les femmes en général, de même que personne ne te met un pistolet sur la tempe pour utiliser tous tes droits (je ne me sens pas obligée par contrat d’avorter). En plus, même avec un style de vie rétro, tu as sans doute envie qu’il soit illégal qu’on te tape dessus.
« JE TROUVE QU’ON EST DÉJÀ ALLÉES TROP LOIN DANS L’ÉGALITÉ »
Non, sérieusement ? Les écarts de salaire, les violences, l’éducation sexiste, la représentation politique, le plafond de verre, ça ne te parle pas ? Bon, tant pis. De toute façon, on ne peut pas aller trop loin dans l’égalité. On ne peut pas être un peu égal, à moitié égal, ou trop égal – soit on l’est, soit pas (et pour l’instant on n’y est pas). À noter que souvent, les opposants du féminisme se plaignent de cette histoire d’égalité, qui nous condamnerait à être « tous pareil ». Sauf que 1) égalité n’est pas identité (on peut être égal sans être pareil, sinon le premier article de la Constitution nous obligerait à nous cloner), 2) il y a un féminisme qui défend ça : le féminisme essentialiste… qui se trouve être plutôt bien représenté en France.
« LES FÉMINISTES NE S’OCCUPENT QUE DES FEMMES »
Avec généralement la remarque suivante : « dans féminisme il y a femme ». Et dans humanisme il y a humain, pourtant ça ne veut pas dire qu’on déteste les animaux ou les arbres. Alors rassurons-nous : des assos féministes mixtes, il y en a un paquet, on peut donc y croiser des hommes ou venir avec son copain. Le féminisme (du moins, certains féminismes) défend les droits des pères, soutient les gays, encourage le congé paternité et cherche des pistes pour créer une virilité moderne. Ce n’est pas facile. Le féminisme a besoin de plus d’hommes prêts à poser ces questions.
« À CAUSE DU FÉMINISME, IL N’Y A PLUS DE VRAIS MECS »
Le féminisme a rebattu les cartes des rapports entre les genres, c’est sûr. Les hommes sont en train de réinventer la virilité et si certains choisissent les produits de beauté et les poussettes, alors même que la société leur hurle de rester stoïques et puissants, c’est sans doute… qu’ils en ont vraiment très très envie. Aujourd’hui, les hommes gagnent le droit d’être hommes de la manière qui leur plaît. Ce n’est pas à nous de les juger alors qu’ils commencent tout juste à s’émanciper. En plus, quand on parle de vrais mecs, il faudrait voir à ne pas oublier qu’on n’a jamais connu le mâle façon années 50. À mon avis, ce n’était pas si funky que ça !
« LES FÉMINISTES SONT REVANCHARDES »
Non. Vraiment pas. Revancharde, ça voudrait dire qu’elles demanderaient plus de droits pour les femmes que pour les hommes, ce qui est une aberration totale. L’extrême majorité des féministes veut changer le monde pour vivre en paix, et passer à autre chose. Ensuite, il peut arriver d’entendre des remarques amères, parce que certaines féministes ont vécu des choses amères, dont notre génération n’a pas gardé le souvenir. Ma mère était obligée de prendre des cours de couture à l’école pendant que les garçons jouaient au foot, elle devait débarrasser pendant que son petit frère la regardait faire : les blessures ne se referment pas en cinq minutes. Quand une féministe dit quelque chose qui semble excessif, avant de hurler « PUTAIN JE VOUS L’AVAIS DIT TOUTES DES HARPIES », il faudrait s’interroger sur ce qu’elle a vécu. Je ne suis pas d’accord avec certaines anciennes qui veulent se libérer du sexe. Mais je comprends qu’en ayant subi une vie sexuelle nulle à une époque où l’orgasme féminin était le dernier souci des maris, on arrive avec un passé chargé. Le mieux, c’est de poser la question. Et de donner son avis quand on n’est pas d’accord.
« LES FÉMINISTES ONT UN PROBLÈME AVEC LES HOMMES »
En fait, petit scoop : les féministes ne passent pas leur temps à dire du mal des hommes. Leur problème, c’est le patriarcat, c’est-à-dire le système qui veut qu’un homme vaut plus qu’une femme. Mais si quelqu’un entend parler de féministes commettant des crimes sexistes contre les hommes, des viols, des coups, des dénigrements systématiques, qu’on me tienne au courant. Le féminisme n’a jamais tué personne. Contrairement au sexisme.
« LES FÉMINISTES SONT DES MAL BAISÉES »
Argument invalide depuis toujours (et même si on était mal baisée, il faudrait du coup fermer sa gueule sur tous les sujets politiques ?), mais plus encore depuis que le féminisme de la troisième vague est squatté par les féministes pro-sexe. Les militantes sex-positives sont (aussi) des hardeuses, des sexologues, des prostituées, des performeuses, des Suicide Girls, des réalisatrices porno, des créatrices de sextoys… Quant à la supposée laideur des féministes, quelqu’un trouve que Clémentine Autain ou Caroline Fourest sont moches ? Et Lady GaGa, Drew Barrymore, Meryl Streep, Glenn Close, Uma Thurman ?
« JE PRÉFÈRE LE MOT ANTISEXISTE »
Antisexisme et féminisme, c’est pareil. Mais féminisme est un chouette mot avec une chouette histoire. Enfin de toute façon, tu fais ce que tu veux. C’est juste dommage de ne pas rendre hommage aux générations de femmes qui ont obtenu tous nos droits en se rangeant sous cette bannière, d’autant que sans vouloir me répéter, dans féminisme, il y a vraiment tous les courants.
« J’ASSUME PAS »
Ha, c’est sûr que les gens réagissent quand on dit qu’on est féministe ! Mais ceux qui veulent te culpabiliser avec ça, ils se moqueront aussi de tes fringues, de ton nez, de ta cellulite, de ton caractère ou de ton chat. On ne peut pas échapper aux moqueries. Féministe, c’est à hurler de rire ? Si toutes les filles s’affichaient demain comme féministes, ça calmerait sérieusement le jeu. Et puis on peut être féministe et se moquer de soi-même, c’est pas incompatible.
« JE N’AI PAS ENVIE DE ME PRENDRE LA TÊTE »
On n’est pas toutes des militantes dans l’âme. Mais je pense qu’on peut être féministe de manière vraiment simple : déjà, en disant qu’on est féministe, c’est-à-dire en acceptant d’être un des visages de cette lutte (si vous ne voulez pas discuter parce que vous pensez que vos convictions sont trop fragiles, dites « je n’ai pas envie de rentrer dans un débat qui va durer quatre heures, je suis féministe et c’est tout »). Vous n’avez pas besoin de vous justifier. Dans votre vie de tous les jours, vous pouvez essayer d’être un peu solidaire des autres femmes, de partager les taches avec votre copain, ou d’élever vos enfants loin des normes sexistes. Ce sont des petites choses pas embêtantes. Finalement, ce qui compte, c’est d’occuper le terrain. Etre féministe c’est dire : « je suis là ».
« FRANCHEMENT, JE SUIS CONTRE LES DROITS DES FEMMES, QUI SONT DES ÊTRES INFÉRIEURS »
Bon, d’accord. Là, tu ne peux pas être féministe !
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Delphine Regnard shared this post on Twitter. (August 13, 2011 3:24 AM) |
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Alix Heuer shared this post on Facebook. (August 12, 2011 12:30 PM) |
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Féminisme
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Par Elisabeth Hofmann
Prostitution, travail du sexe, droits des femmes, abolitionnisme... certaines questions ou thématiques ou terminologies provoquent des étincelles. Points de vue divergents, arguments passionnés, lutte pour les droits (de qui ? pour quoi ?), la prostitution n’est pas un sujet fédérateur. Mais c’est justement parce qu’il n’existe pas de consensus, que le débat est d’autant plus intéressant ! Elisabeth Hofmann rapporte ici quelques pistes de réflexion pour approfondir la discussion.
Je me demande si j’ai déjà discuté consciemment avec une prostituée – pardon : travailleuse du sexe – pendant que je l’écoute, cette jeune femme qui représente le syndicat français du travail sexuel STRASS. Plutôt abolitionniste de part mon éducation protestante truffée d’une éthique non-négociable, je la rencontre dans la session « Construire des alliances pour faire valoir les droits humains des femmes migrantes » lors du 12e Forum international d’AWID (Association for Women In Development) sur genre et économie, du 19 au 22 avril 2012 à Istanbul.
Annoncée comme une session sur les causes et impacts des migrations, le but était d’élaborer des stratégies pour jeter des ponts entre les activistes des droits humains des femmes, les femmes migrantes et les syndicats.
Je me trouve alors dans un sous-groupe où, tout d’un coup la discussion se tourne vers la défense des droits des travailleuses du sexe, notamment celles issues de la migration : les amalgames entre prostitution des femmes immigrées et des formes de traite ; entre les « passeurs » (sollicités et rémunérés pour une prestation de service) et les têtes de réseaux de traite ; entre les immigrées qui se tournent vers la prostitution et celles qui émigrent pour exercer le travail du sexe dans le pays de destination… tous ces amalgames créent des raccourcis qui masquent la diversité des situations.
Je comprends qu’il est alors d’autant plus difficile d’agir efficacement en faveur des droits humains des femmes migrantes. Une des participantes parle de « guerre » concernant l’accès aux financements : les associations qui luttent contre la traite sont beaucoup mieux financées que celles qui luttent pour les droits des travailleuses de sexe. C’est un argument séduisant pour quelqu’une comme moi qui dénonce souvent la victimisation des femmes au détriment de la valorisation de leurs dynamiques et organisations. Sur le même registre, plusieurs participantes soulignent l’instrumentalisation politique de la violation des droits des migrantes à des fins de politiques migratoires restrictives. Encore une fois, c’est une évidence, tant le mécanisme est fréquent.
A la fin de ce court atelier, je continue à discuter avec la représentante du STRASS. La notion de genre lui parle : les « putes », comme elle dit, étaient les premières à s’affranchir d’une assignation au rôle stéréotypique des femmes, l’épouse dépendante. Elles devenaient indépendantes comme les hommes, tout en monnayant une forme de féminité également stéréotypique, la « femme fatale ».
Moins sûre de mes certitudes, je lui demande quels arguments elle avancerait face à une abolitionniste. Elle en a des arguments : que les prostituées peuvent être consentantes sans pour autant ressentir un désir ; qu’implicitement, l’abolitionnisme ne conçoit pas les femmes comme étant actives, auteures de leurs choix. Au contraire, la vision abolitionniste les renferme dans un rôle passif… donc dans une vision essentialiste de la femme faible par nature. Au fond, est-ce que l’abolitionnisme ne refléterait pas une difficulté d’assumer le désir féminin ? Alors que, raconte-elle, on constate que les femmes des catégories socioprofessionnelles supérieures affirment de plus en plus leur capacité à satisfaire leurs envies sexuelles par leur pouvoir d’achat … la prostitution masculine hétérosexuelle serait-elle un marché émergent ?
Indéniablement, nous sommes restées dans le thème du forum, genre et économie, mais d’une manière inattendue pour moi. Et ma perplexité est sans doute une phase dans l’évolution d’une meilleure compréhension de la complexité des réalités de genre dans leur géométrie variable… après tout, un forum international, ça sert aussi à ça !
Par Elisabeth Hofmann Membre de Genre en Action Elisabeth Hofmann fait partie de la délégation internationale francophone Genre en Action à AWID 2012.
Ce sont les militantes du courant Black Feminism, puis du féminisme chicano, qui ont fait émerger cette problématique en remettant en cause la domination blanche sur le mouvement des femmes. En effet, les années 60 aux Etats-Unis ont été le théâtre de mouvements de femmes chicanas et noires, qui ont dénoncé les tendances racistes dans le mouvement féministe et l’invisibilisation de revendications spécifiques des femmes non-blanches. Elles ont mis en avant des différences entre le vécu des femmes blanches et celles de couleur, en évoquant notamment la question de la famille ou de l’emploi. Elles ont ainsi montré que l’image de la femme véhiculée dans le féminisme était celle des femmes blanches, de classe moyenne et supérieure, et expliqué que la thématique de la sororité de toutes les femmes dissimulait des rapports de domination entre femmes.
La thématique de l’articulation du racisme et du féminisme a ensuite été théorisée par les féministes de «l’intersectionnalité », dont la figure de proue est Kimberlé Williams Crenshaw, qui a souligné que, faute de capacité à penser l’intersection du racisme et du sexisme, les mouvements féministes et antiracistes tendent à se placer dans une situation de concurrence. Les antiracistes, soucieux de ne pas alimenter de stéréotypes raciaux et reproduisant des rapports de genre traditionnels, éludent la question du sexisme. Les féministes, animées par la crainte de véhiculer des stéréotypes racistes et alimentant les schémas de domination des Blancs, éludent la question du racisme.
Dépasser ces difficultés : sociologiser et politiser les questions dites « culturelles » Pour dépasser ces difficultés, il semble qu’il faille s’attacher à montrer comment les rapports sociaux construisent ces différences entre groupes. Plutôt que de s’en tenir à une approche uniquement catégorielle, essentialisant des identités et les réduisant parfois à un statut de victime, il faut montrer comment les groupes se constituent en fonction des rapports de pouvoir, des contextes politiques, des enjeux sociaux. Plutôt que de réduire les « femmes voilées » à un groupe identitaire religieux, qui ferait du port du voile un symbole d’oppression des femmes, on peut tenter d’envisager la diversité des « femmes voilées » et analyser notamment le port du voile comme un signe politique qui résulte d’un contexte social particulier (échec au grand jour de la rhétorique de l’universalisme républicain qui permettrait une intégration de toutes et tous en faisant abstraction des appartenances spécifiques, islamophobie ambiante, stigmatisation des femmes voilées). Christine Bard affirme notamment que « le vêtement libère celui ou celle qui se pense libéré-e par lui » : cette perspective permet d’échapper au piège essentialiste, de prendre en compte les grandes lignes de clivages sociaux sans pour autant nier les variations au sein des différents groupes analysés et s’approprier la parole des dominé-e-s.
La parité vise à l’égalité entre les femmes et les hommes, en particulier dans l’accès aux responsabilités politiques. C’est mathématique quoi, un homme = une femme. L’humain, mathématique ?
Alors non, la parité ce n’est pas ça. Ce n’est pas réduire les femmes à leur état, que ce leur soit favorable ou non. Je me répète, encore et toujours, il y a des neurones entre nos deux oreilles.
Melinda Gates et son richissime époux, à la tête de la Fondation Bill Gates (estimée à 34 billion de dollars) s’attaquent à une des causes les moins sexy qu’on puisse trouver : l’accès à la contraception. L’ambitieuse dame se donne comme un objectif que « 120 millions de plus de femmes aient accès à la contraception d’ici 2020 » rien de moins!
C’est une excellente nouvelle pour plusieurs raisons. Un, la Fondation ayant les moyens de ses ambitions, elle finance également la recherche pour trouver des moyens de contraceptions plus accessibles. Les stérilets, par exemple, ont l’avantage de présenter moins d’effets secondaire que la pilule, mais encore faut-il avoir accès à la clinique et au gynécologue pour le faire installer… Melinda Gates veut développer des moyens de contraceptions qui seraient contrôlés à 100% par les femmes elles-mêmes.
Et deux, la Fondation étant autogérée, elle peut tenir son bout malgré les pressions politiques de l’extrême-droite. Des groupes catholiques ont déjà commencé à critiquer cette décision, mais Melinda Gates a les moyens de leur dire… Et c’est tant mieux.
Après son décès le 26 avril 1988, la féministe radicale Valerie Solanas, connue pour avoir tenté d'assassiner Andy Warhol et signé le SCUM Manifesto, où elle en appelait à la création d'une société sans hommes, fut condamnée aux Enfers. Plus précisément, saint Pierre l'expédia dans le cercle des philosophes nihilistes et autres criminels en pensée, une grotte réchauffée par d'immenses fourneaux. C'est là qu'elle reconnut, assis sur un rocher, Arthur Schopenhauer. Le vieux philosophe allemand était mort depuis plus de cent vingt ans, mais il arborait encore ces favoris hirsutes lui donnant l'air d'un vieux sapajou. Comme Valerie avait toujours rêvé d'en découdre avec ce héraut de la misogynie, elle fonça droit sur lui : « Être homme, lui déclara-t-elle bille en tête, c'est avoir quelque chose en moins, c'est avoir une sensibilité limitée. L'homme est complètement égocentrique, prisonnier de lui-même, incapable de partager ou de s'identifier à d'autres ; inapte à l'amour, à l'amitié, à l'affection, à la tendresse. C'est une cellule complètement isolée !
— Les femmes, répliqua Arthur de sa voix croassante, encore plus désagréable qu'elle ne l'aurait imaginé, sont le sexus sequior, le sexe second à tous égards, fait pour se tenir à l'écart. Que peut-on attendre des femmes, si l'on réfléchit que dans le monde entier ce sexe n'a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une oeuvre complète originale dans les beaux-arts, ni un seul ouvrage d'une valeur durable ? » Valérie Solanas connaissait bien ce fameux argument du « Grand Art » et ne se laissa pas démonter : « L'artiste mâle essaye de compenser son incapacité à vivre en fabriquant un monde factice dans lequel il fait figure de héros. Ne trouvant en lui que du vide, l'homme doit se tourner vers l'extérieur, non seulement pour trouver une direction et un contrôle, mais aussi le salut et un sens à sa vie.
— Mais oui, vous avez tout à fait raison, rétorqua-t-il avec malice. D'ailleurs, il ne devrait y avoir au monde que des femmes d'intérieur, appliquées au ménage, et des jeunes filles aspirant à le devenir.
— L'homme est horrifié à l'idée d'avoir du temps libre, pendant lequel il ne trouverait rien d'autre à faire que de contempler sa grotesque personne. Puisqu'il ne peut aimer ni établir de contacts, il travaille.
— De leur côté, les femmes sont uniquement créées pour la propagation de l'espèce et toute leur vocation se concentre en ce point. Observez une jeune fille folâtrant tout le long du jour avec un enfant, dansant et chantant avec lui, et imaginez ce qu'un homme, avec la meilleure volonté du monde, pourrait faire à sa place !
— Parlons-en ! Maman veut le bien de ses enfants, Papa ne veut que le bien de Papa, il veut qu'on lui fiche la paix. Papa est un débile affectif et il n'aime pas ses enfants ; il les approuve s'ils sont sages, gentils, respectueux, obéissants, soumis, silencieux et non sujets à des sautes d'humeur qui pourraient bouleverser le système nerveux mâle et fragile de Papa – en d'autres termes, s'ils vivent à l'état végétal. » Arthur Schopenhauer haussa les épaules, sans doute parce qu'il n'avait jamais eu d'enfant et que le sujet ne l'intéressait guère. Il détourna la tête et marmonna, sans regarder Valerie Solanas : « Parfois les femmes me font penser aux singes sacrés de Bénarès, qui ont si bien conscience de leur dignité sacro-sainte et de leur inviolabilité, qu'ils se croient tout permis.
— Eh bien, quant à moi, je crois que l'homme est encore beaucoup plus défavorisé que les singes parce que, au contraire d'eux, il présente tout un éventail de sentiments négatifs – haine, jalousie, mépris, dégoût, culpabilité, honte, blâme, doute. » Le philosophe se taisait, maintenant, avec entêtement.
Là-dessus, Valérie Solanas claqua des talons et s'éloigna. C'est alors qu'elle s'aperçut avec horreur qu'elle était la seule femme dans la grotte.
Alexandre Lacroix
P.S. : Cette conversation est entièrement composée d'extraits de l'Essai sur les femmes, d'Arthur Schopenhauer (édition la plus récente : L'Herne, 2007), et du SCUM Manifesto, de Valerie Solanas (édition la plus récente : Mille et Une Nuits, 2005).
Une révérende élue évêque aujourd’hui ? Une jeune mère présidente de la République en juin ? Depuis le krach de 2008, les Islandaises poursuivent leur conquête des plus hautes fonctions de la société civile et religieuse de l’île.
«L’heure des femmes est venue», prévient la révérende Agnes Sigurdardottir. A 58 ans, elle devrait être, aujourd’hui, la première évêque élue en Islande. En 1981, elle figurait déjà parmi les pionnières de l’Eglise locale : elle fut la troisième pasteure ordonnée. Depuis, l’Eglise d’Islande compte 70 femmes sur 160 révérends. Des femmes qui disent des Notre Père, mais aussi des «Notre Mère», car «il n’y a pas de raison que Dieu soit de sexe masculin». La probable nouvelle évêque enfonce le clou : «En raison de tout ce qui s’est passé depuis plusieurs années dans notre société tenue par les hommes, les gens attendent quelque chose de neuf. La reconstruction du pays passe désormais par les femmes.»
Du haut de son mètre quatre-vingt, Agnes Sigurdardottir, née et toujours installée dans les fjords de l’Ouest, l’une des régions les plus pauvres d’Islande, ne manque pas d’humour. «Pendant ma campagne, on m’a surtout reproché d’être mal coiffée. Preuve que les femmes sont toujours en priorité jugées sur leur apparence physique. Personnellement, je me moque des peignes.» Divorcée depuis seize ans, mère de trois enfants aujourd’hui adultes et grand-mère depuis peu, Agnes poursuit de sa voix posée : «La génération d’enfants qui grandit aujourd’hui en Islande va savoir qu’une femme peut être évêque ou présidente de la République, que les deux sexes sont capables de tenir ces rôles-là.»
La première à faire campagne enceinte C’est dit sans fanfaronner, mais à raison. Car, depuis le 4 avril, une autre femme lui fait écho. Thora Arnorsdottir, 37 ans, journaliste de la télévision publique, s’est portée candidate à la présidence de la République, dont l’élection aura lieu en juin. Thora dispose de deux mois pour faire campagne face à Olafur Ragnar Grimsson, 69 ans, président de la République d’Islande depuis 1996. C’est suffisant pour une nation qui compte 320 000 habitants.
L’annonce de cette candidature féminine a aussitôt enflammé l’île. Il a suffi d’un week-end à Thora pour collecter les 1 500 signatures nécessaires. Et se hisser à 46% d’intentions de vote, ex æquo avec son challenger. Laissant loin derrière les cinq autres candidats. Si Thora est élue, elle sera non seulement la plus jeune personnalité islandaise à accéder à la fonction présidentielle, mais aussi la première à avoir fait campagne en étant enceinte. «J’aime l’image de son ventre bien tendu, il symbolise un nouveau départ, souligne la future évêque. Et son mari se tient en retrait derrière elle. C’est tout l’inverse du cliché qui veut que l’homme soit mis en avant et sa jolie femme derrière, sourire figé.» La journaliste candidate à la présidence est effectivement enceinte de huit mois. Elle doit accoucher en mai, avant d’être éventuellement élue le 28 juin. Et ce cas inédit dans l’histoire du pays, loin d’inquiéter la population, semble plaider en sa faveur.
En Islande, personne n’oserait demander ouvertement «mais qui va garder les enfants ?» Svavar Halldorsson, le compagnon de Thora, lui aussi journaliste, s’est illico proposé pour le rôle d’homme au foyer. Il aura du pain sur la planche : ensemble, ils forment une famille recomposée, comptant bientôt six enfants à eux deux. Une jeune tribu pourrait donc investir très prochainement les jardins de Bessastadir, l’Elysée local. Là encore, du jamais-vu en Islande. Sitôt la candidature de sa femme annoncée, Svavar s’est mis en disponibilité de son poste à la télé nationale. «Oui, je suis journaliste, j’écris et réalise des documentaires, et je préside l’Association nationale des chercheurs en sciences politiques, nous a-t-il expliqué. Mais je sais aussi changer les couches et m’occuper des bébés. Et je vais le faire pendant la présidence de ma femme avec un immense plaisir.»
De quoi laisser perplexes nombre d’observateurs étrangers. Certes, le «leadership féminin» est une particularité des pays du Nord de l’Europe. Au Danemark, en Norvège ou en Suède, des femmes tiennent des postes clés du pouvoir. Mais si l’Islande confirme, à quelques semaines d’écart, son souhait de confier les plus hautes fonctions de la société civile et religieuse à des femmes, il s’agira d’une première mondiale. Les Islandais se pincent parfois eux-mêmes pour y croire. «Depuis que le gouvernement est dirigé par une femme lesbienne et mariée à sa compagne, tout est possible !» plaisante un étudiant en sciences politiques.
Une faillite de la gouvernance masculine En janvier 2009, la sociale-démocrate Johanna Sigurdardottir est devenue la première femme de l’histoire de l’île à endosser le rôle de Première ministre. Sans cacher son homosexualité. En trois années passées à la tête de l’exécutif, Johanna a surtout montré qu’elle sait tenir la barre. Avec fermeté, cette personnalité de gauche mariée à la poétesse Jonina Leosdottir a mis en œuvre des réformes sévères (amputation de 10% du budget de l’Etat) - au prix d’une baisse de popularité - tout en réussissant à sauver le système social de l’île. Depuis peu, l’Islande renoue avec la croissance. Avec elle, les femmes ont pris goût au devant de la scène. Seul le monde des affaires semble leur résister, et encore. Le 15 mars, Svana Helen Björnsdottir, 51 ans, a été propulsée à la tête de la Fédération des entreprises islandaises (le Medef local). «Sa nomination est un signal très fort, commente un attaché parlementaire. Cette fédération compte de puissantes industries dirigées depuis toujours par des hommes plutôt machos.» Svana est la première femme à accéder à ce poste.
Ce n’est pas un hasard si ces figures féminines apparaissent dans la foulée de l’effondrement du système financier de l’île, en octobre 2008. Le krach, qui a balayé l’ancienne classe politique, a fait émerger l’idée d’une faillite de la gouvernance masculine. «Les femmes se sentent aujourd’hui capables de prendre des responsabilités à l’échelle de la société, comme si l’inconséquence des hommes avait eu raison de leurs complexes», note Hlin Agnarsdottir, dramaturge et féministe. Tout de suite après l’effondrement de 2008, des banquières avaient d’ailleurs donné de la voix. L’une d’elles, Margret Robertet, en charge d’Audur Capital, un fonds d’investissement prônant des placements «respectueux des valeurs féminines», déclarait en janvier 2009 : «Comme d’habitude, les hommes ont mis le bazar, et c’est à nous, les femmes, de tout nettoyer !» Sa réflexion pouvait faire sourire. Mais elle trouve un écho au Centre national pour l’égalité des genres, une institution en Islande. C’est écrit noir sur blanc dans son rapport sur les responsabilités dans l’engloutissement de l’économie de l’île : «Il est évident que les acteurs principaux de l’effondrement étaient des hommes. […] Le secteur financier était dominé par un petit groupe d’hommes très homogène, où les stéréotypes masculins et un certain discours culturel et social ont occulté et fait oublier la prudence dans les affaires.» Du coup, l’idée que le salut des entreprises passe par la prise en compte des points de vue féminins fait son chemin, promue avec force parle gouvernement de Johanna Sigurdardottir.
Dès son arrivée, en janvier 2009, elle a imposé la parité dans son gouvernement : huit ministres, dont quatre femmes. Puis le Parlement a voté un nouveau train de mesures en faveur de l’égalité. Dont l’obligation pour toute entreprise de plus de 50 salariés de compter 40% de femmes aux postes de management à l’horizon 2013. Il a fallu se résoudre aux quotas. De fait, en Islande comme ailleurs, les postes stratégiques de l’économie restent à conquérir. Seuls 19% des managers islandais sont aujourd’hui des femmes, un chiffre qui tombe à 13% dans le secteur de la banque et des assurances.
«A compétence égale, salaire égal» Mais Johanna Sigurdardottir veut aller encore plus loin. Et s’attaquer au tabou absolu en matière d’égalité des genres : les disparités de salaires. Déjà, en 1975, une «grève des femmes» avait conduit 30 000 d’entre elles à descendre dans la rue à Reykjavík pour réclamer l’égalité des salaires. Aujourd’hui, l’écart reste en moyenne de 16,3%. «Ce fossé n’a aucune explication rationnelle», soulignent les services de la Première ministre. Là où la plupart des pays se contentent d’inscrire l’égalité des rémunérations dans leurs lois, ici on se veut pragmatique. L’équipe de Johanna Sigurdardottir planche sur une sorte de norme ISO, «incontestable et efficace», qui poserait comme principe «à compétence égale, salaire égal». Mais créer un tel outil s’avère complexe. Malgré des blocages importants, elle espère aboutir avant les élections législatives, au printemps 2013. Ce serait, là encore, une première mondiale.
Déterminée à soutenir la place des femmes dans la société, la Première ministre entend également allonger le congé parental. En Islande, il court sur une durée de neuf mois : trois mois pour la mère, trois pour le père et trois à se partager. Mis en œuvre par le précédent gouvernement de centre droit, c’est «un consensus national», explique le sociologue Ingolfur Gislason, spécialiste des questions de paternité. Mais la crise l’a freiné. Depuis les signaux de reprise, Johanna Sigurdardottir fait savoir qu’elle souhaite le passer à douze mois. «Il est admis ici depuis une dizaine d’années que pour permettre aux femmes d’investir réellement le marché du travail, il faut les libérer des contraintes de la petite enfance, en impliquant les pères, poursuit le sociologue. Aujourd’hui, les hommes sont eux-mêmes très attachés à leur congé parental.» Svavar Halldorsson ne le contredirait pas. Le mari de la probable future présidente de la République, qui se réjouit d’endosser le rôle de père au foyer durant les quatre années de la mandature, suscite l’admiration populaire. La candidate apprécie, et insiste : «L’Islande est objectivement sur le chemin de l’égalité, mais la route est encore longue. Les femmes doivent être vigilantes. Au moindre relâchement, elles perdent du terrain.» Elle se veut l’héritière d’une autre Islandaise, Vigdis Finnbogadottir, première femme au monde élue présidente de la République au suffrage universel direct en 1980, à 50 ans. Entre Vigdis et Thora, il y aura eu l’envolée, puis le crash de l’économie. Thora martèle : «Le pire est derrière nous. Soyons confiantes, les femmes ne sont pas moins capables.»
Photo : Iceland's Prime Minister Johanna Sigurdardottir (L) and Katrin Jakobsdottir of the Green Party watch the first election returns on Saturday
A la question « Où sont les femmes dans l’art ? », la première réaction est de répondre « Partout ! »… Il suffit d’arpenter les salles du Louvre… L’histoire de l’art, aussi loin qu’on remonte, n’est qu’une longue succession d’images féminines (plus ou moins réussies) : déesses, madones, saintes, pécheresses, alternativement bonnes ou méchantes, angéliques ou diaboliques, et surtout soit à poil soit habillées…. Des représentations féminines souvent très idéalisées et signées par des messieurs…
Et puis aujourd’hui, bizarrement, (auraient-elles changé de nature ?) les femmes artistes sont partout ou presque… Le mouvement s’est enclenché au début du 20ème siècle : pour ne citer que quelques noms en désordre… Sonia Delaunay, Louise Bourgeois, Sophie Calle, Annette Messager, Gina Pane, Maria Elena Vieira da Silva, Aurélie Nemours… Bon…..peut-être pas aussi connues que Picasso et Matisse, mais quand même…
Elles se maquillent, se racontent quels films pornos elles trouvent bons et manifestent dans la rue en dessous sexy. Le féminisme des jeunes Européennes d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui de leurs mères dans les années 70 et 80.
Se laisser pousser les poils des bras et brûler son soutien-gorge, tout ça fait partie depuis longtemps des clichés. Alors, c’est quoi le féminisme au XXIe siècle ? Comment se positionnent les jeunes féministes face aux inégalités salariales entre hommes et femmes, au droit de disposer de son corps et à la pornographie ? Yourope s’entretient en Turquie, en Suède, en France et en Allemagne avec des représentantes de ce que l’on appelle la troisième vague féministe.
Suède – du porno féministe Le porno serait-il réservé aux hommes ? Pensez-vous ! En Suède, un groupe de féministes investit l’univers du porno. Ces militantes produisent des films érotiques qui ne donnent pas une image dégradante de la femme, se concentrent sur le désir féminin, et, par-dessus tout, tentent d’être réalistes. Histoire de défaire une bonne fois pour toutes la pornographie de son image de proxénète et de montrer des rapports sexuels tout simplement normaux.
France / Allemagne – What’s up with Feminism?
Istanbul – la lutte contre le patriarcat
Retour sur les faits: le féminisme en Europe
Par Deborah Berlioz (Berlin)
Une caisse d’assurance maladie allemande encourage ses membres à renoncer à l’IVG. Une prime de 300 euros est accordée à la naissance d'un enfant, en échange d'une promesse solennelle: ne jamais avorter.
300 euros de prime pour la naissance d’un enfant. C’est ce qu’offre la petite caisse-maladie d’entreprise pour le commerce, l’industrie et les assurances (BKK IHV) de Wiesbaden, près de Francfort. A priori rien d’étonnant dans un pays à la natalité moribonde qui tente de relancer sa natalité.
Sauf que cette prime n’est pas allouée sans contrepartie. Seuls les assurés qui auront adhéré à l’association "ProLife", partenaire de la BKK IHV, pourront y avoir droit. Et pour devenir membre il faut faire une promesse solennelle: celle de ne jamais avorter.
Soutien des catholiques conservateurs ProLife est, en effet, une association née en Suisse en 1989, qui milite contre l’interruption volontaire de grossesse. Faire à nouveau interdire l’avortement paraissant relativement compromis, ProLife a développé une autre stratégie: s’associer avec des caisses d’assurances maladies pour inciter les femmes à renoncer d’elles-mêmes à l’IVG. Elle compterait actuellement 50.000 membres. Depuis 2009, l’association s’est exportée en Allemagne. Et en 2010, elle est devenue partenaire de la BKK IHV.
Cette initiative est largement saluée dans les milieux catholiques conservateurs. Ainsi la branche allemande de la controversée confrérie sacerdotale de Saint Pie X fait son éloge sur son site internet. "Dans cette caisse d’assurance maladie peuvent être rassemblés tous ceux qui se battent pour la vie" peut-on y lire. Et la confrérie appelle clairement à rejoindre l’association ProLife. Car selon elle, si les membres des autres assurances "peuvent aussi refuser l’avortement tacitement, ce renoncement silencieux n’est reconnu par personne et cette protestation reste inaudible". En fin de texte, on peut même trouver les indications pratiques pour rejoindre l’association ainsi qu’un lien direct vers le contrat d’adhésion.
Un conseil d'administration sous influence ProLife
Résultat: la BKK IHV est actuellement surveillée de près par l’Office fédéral des assurances sociales (Bundesversicherungsamt, BVA), l’instance étatique qui contrôle les quelques 200 caisses dans le pays. L’Office examine depuis 2011 les différentes offres de l’assurance pour vérifier leur légalité.
De son côté, le directeur de la BKK IHV, Heinz-Werner Stumpf, reste assez silencieux sur le sujet. Selon le magazine Der Spiegel, ses seules déclarations consistent à assurer que les offres de sa caisse sont parfaitement conformes au droit allemand. "Il ne répond aux questions que par mail, et il met par principe ses avocats en copie", précise le journaliste de l’hebdomadaire.
Et selon lui, Stumpf ne risque pas d’interrompre la coopération avec ProLife de son plein gré. Dans cette affaire, le conseil d’administration de la BKK IHV a également son mot à dire et plusieurs membres de ce comité ont un profil bien spécial : ils appartiennent à ProLife."
Habitué à une programmation décalée, le festival Sons d'hiver en banlieue parisienne ne déroge pas à la règle pour sa vingt et unième édition. Après avoir invité le poète amérindien John Trudell et le jazzman William Parker, les 27 et 28 janvier, le festival s'aventure cette semaine dans des terres moins défrichées comme celle de l'afro-punk de Tamar Kali et des rappeuses Invicible et Jean Grae.
Tamar Kali, surnommée la reine du hardcore de Brooklyn, jouera avec son groupe, tandis que les deux autres seront accompagnées de leur DJ respectif. Coiffée d'une afro, des percings sur le visage, Tamar Kali est une des égéries de l'afro-punk. Ce mouvement musical né au début des années 2000 à New York a été mis en images dans un documentaire de James Spooner, "Afropunk: The Rock & Roll Nigger Experience". "Ce film, dit-elle, montrait qu'il y avait des jeunes Noirs aux Etats-Unis qui ne se sentaient pas à l'aise dans des schémas que les médias et l'industrie du disque avaient décidés pour eux : le hip ou le R & B. Ils avaient besoin d'un autre espace pour s'exprimer."
Fille d'une banquière et d'un employé de la poste musicien à ses heures perdues, Tamar Kali choisit le punk et le hardcore. Pendant son adolescence, elle préfère écouter du rock dont les Bad Brains, les Fishbone plutôt que du hip-hop, quitte à se faire traiter d'"oreo" (un biscuit chocolaté à l'extérieur, blanc crémeux à l'intérieur) par ses camarades de classe.
A partir du film, les acteurs du mouvement ont créé un festival à New York, Afro-punk, qui rassemble tous "les artistes afro-américains non stéréotypés" : de Janelle Monae, à Cee-Lo Green, en passant par Gym Class Heroes. Après s'être bagarrée pour imposer son identité, Tamar Kali s'associe aujourd'hui à deux rappeuses pour mener un autre combat : le féminisme. Rappeuse de Detroit, Invicible tourne un documentaire pendant la tournée, dans lequel elle interviewe les figures féminines historiques du rock ou du rap comme Roxanne Shanté.
A elles trois, elles sont à l'opposé des icônes provocantes et fabriquées que sont aujourd'hui Nicki Minaj ou Rihanna : "Que ce soit le rock ou le rap, ce sont des univers dominés par les hommes, décrypte Tamar Kali. Jean Grae et Invicible m'ont raconté ce à quoi elles étaient confrontées dans le rap et c'est exactement ce que je vis dans le rock. Je ne pense pas que Nicki Minaj soit la seule artiste fabriquée par l'industrie du disque, il y en a tellement d'autres. Le problème dépasse nos genres musicaux. Aux Etats-Unis, pour le même travail, quand un homme gagne 1 dollar, une femme ne touche que 60 cents."
Passion des cordes. Samedi 4 février, à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Tamar Kali pousse le bouchon encore plus loin, et présente son nouveau projet Psycho Chamber, qui déconstruit son répertoire avec une section de cordes de huit musiciens, uniquement des femmes : "Pourquoi des femmes ? anticipe-t-elle. Je ne pense pas qu'on me le demanderait si c'étaient des hommes, tellement on est habitué à voir une chanteuse accompagnée par des mecs. Ma passion des cordes me vient de la musique préférée de mon enfance : Beatles, Stevie Wonder et Earth Wind and Fire, qui avaient tous des arrangements de cordes magnifiques. Ça et la musique classique que j'écoutais à l'école catholique où mes parents m'avaient inscrite." Une afro-punk chez les nonnes, ça devait déménager.
By Liz Stimson WVoN co-editor
Beyoncé. A record breaking female artist. A popular sex symbol for the 21st century. And now the subject of a university course? ‘Politicising Beyoncé’ is being offered by the Rutgers University Department of Women’s and Gender Studies.
The successful female artist provides a new perspective on gender, race and sexuality, says Kevin Allred, course lecturer. The course compares Beyoncé’s music videos and song lyrics to the writings of black feminists such as Sojourner Truth, Alice Walker and bell hooks.
Allred developed the course after teaching women’s studies at the university for four semesters. Course discussions often moved round to Beyoncé and the apparent hypocrisy between her girl power lyrics and racy fashion sense. And that’s one thing that Beyoncé manages to do – raise discussions. Her empowering lyrics and attitude, juxtaposed with her saucy videos and sexy image has sparked debate over her place as a feminist icon.
Sont-ils vraiment à part ces hommes de 19 à 70 ans qu’Emmanuelle Barbaras et Marie Devers ont rencontrés, pour écrire L’Homme féministe : un mâle à part ?, un livre au sujet rare ?
Clémentine Autain l’a préfacé et Patrice Jean conclu. La première, co-fondatrice de l’association Mix-cité, se réjouit que « la mixité du combat féministe s’affirme ».
Ils sont de tous âges, professions et milieux, les hommes de ce livre. Certains ont eu des mères féministes, d’autres des familles très traditionnelles, certains sont tombés dans le féminisme tout petits, d’autres plus tard.
La plupart sont des militants politiques, syndicaux ou associatifs. Ils avouent vivre de nombreuses railleries, moqueries, mais persistent dans leur engagement auprès des femmes avec enthousiasme et fierté.
Ils n’ont peur de rien ces hommes féministes, comme Romain, assistant parlementaire, qui s’est retrouvé au poste pour avoir réalisé un pochoir pour la campagne « Osez le clitoris » dans le métro. Il en est sorti après avoir sensibilisé au clitoris tout le commissariat.
Il y a les précurseurs, comme Eric, magasinier, premier homme à prendre un congé parental dans les Yvelines, mais qui ne trouve en rien sa décision héroïque. D’autres ne mâchent pas leurs mots comme Mathieu, archiviste, qui râle : « C’est quoi ce modèle d’homme de merde qu’on nous impose ? » Il ajoute qu’il est plus facile pour un homme de se déclarer féministe que pour une femme, ce que nous expliquait également Eric Fassin.
Raphaël, photographe, affirme que « le féminisme c’est l’avenir de la démocratie » et Michel, retraité, que « pour les hommes, accepter la domination masculine revient à manquer de respect envers nous-mêmes ».
Livio, chercheur, quant à lui se sent un peu isolé dans son combat. Reconnaissons-le, les hommes engagés auprès des femmes pour une société plus égalitaire ne sont pas légion. Pour preuve, dans le cadre de ce dossier, EGALITE a interrogé plusieurs hommes que l’on retrouve dans le livre.
A part, l’homme féministe ? Certes, il l’est aujourd’hui encore, car rare. Faudra-t-il attendre quelques centaines d’années, comme le prédit Françoise Héritier, pour que la société devienne égalitaire et que le féminisme au masculin ne devienne une banalité ?
Alors pour être révolutionnaires, messieurs, vous avez là, dans ce livre, de beaux exemples à suivre.
Caroline Flepp – EGALITE L’homme féministe : un mâle à part ?, de Emmanuelle Barbaras et Marie Devers, 2011, Editions Les points sur les i, 16,90 €
« Libre jusqu’au bout des doigts », ainsi se définit Nabila Ben Youssef. Contrairement à beaucoup de gens qui se revendiquent des « esprits libres », Nabila vit à la hauteur de cette aspiration. La liberté, elle la transpire dans sa vie, sur scène, dans son rire et dans les larmes de joie qu’elle verse à la fin de ses spectacles, alors que le public l’ovationne. Nabila Ben Youssef a ce regard arabe envoûtant: noir comme les yeux de ceux qui ont du vécu; rieur, parce que quoiqu’il arrive il faut vivre et vivre heureux. Inch’allah!
La liberté, cette Tunisienne de naissance en connait le prix. Parce qu’elle n’a jamais voulu fermer sa grande gueule, elle a vécu enfermée dans un dressage du corps dont on attendait qu’il se plie aux exigences d’un régime tyrannique et aux valeurs d’une société, certes laïque, mais enferrée dans des traditions patriarcales d’un autre temps.
Il fallait être vierge, être discrète, pour se voir considérée comme une jeune femme respectable et bonne à marier. Malgré tout, rien ni personne n’a su dompter l’esprit rebelle de Nabila. Elle dansait le baladi et batifolait sur les toits, parce que dans son pays: « on n’a pas le droit de dire ce qu’on pense, alors on danse».
Qu’est-ce que cette femme est belle quand elle entre sur scène en se déhanchant sensuellement! Drôlement Libre, co-écrit avec Pierre Sévigny, raconte la rencontre de cette Tunisienne avec son pays d’adoption, le Québec, sa rencontre avec une liberté effective. Elle s’exprime avec un humour fin et jamais vindicatif sur les absurdités de ces deux mondes.
Pudibonds de tous bords s’abstenir! Nabila ne mâche pas ses mots. Elle se dit accommodante mais pas raisonnable. La seule minorité à laquelle elle appartient, dit-elle, est une minorité invisible… puisque elle est vaginale (hfdlr*). Son obsession: ne tromper personne, à commencer par elle-même. Elle vous invite à la lapider dans le cas contraire.
En sortant de son spectacle, j’étais euphorisée. On entend rarement les arabes et les musulmans déconstruire aussi intelligemment les clichés qui leur collent à la peau. Idem, les immigrants n’osent pas toujours critiquer ouvertement la société qui les accueille. « Pourquoi tant de tabous? », se demande Nabila.
C’est sûrement parce qu’on leur donne rarement la parole. L’intelligence de Nabila Ben Youssef, Shéhérazade des temps modernes, c’est qu’elle n’a jamais attendu qu’on l’y autorise pour ouvrir grand sa bouche. Quant à moi, il n’y a qu’un seul mot qui vienne à la mienne: MERCI.
———————— Peux-tu nous raconter d’où tu viens? Je suis née à Sfax, en Tunisie, et j’ai passé mon enfance à Kerkennah. Mes parents vivent encore là-bas, un peu vieux mais vivants. Je les aime. Ils ont eu cinq filles et un garçon. J’ai beau être l’avant dernière, ils me considèrent toujours comme la benjamine… Ma plus jeune sœur est déjà mariée avec trois enfants, alors il ne reste plus que moi!
Je suis issue d’un milieu très modeste. Ma mère est complètement analphabète mais, attention, tout sauf bête! Mes parents sont très croyants, pourtant ils n’ont jamais essayé de nous influencer. La religion relève de la vie privée pour eux. Adolescente, je ne suivais pas le jeûne. Cela inquiétait beaucoup ma mère.
Elle pense qu’elle a été une mauvaise mère et qu’elle sera jugée pour ça. Moi, je la remercie parce qu’elle a toujours tout fait pour qu’on ait une meilleure vie qu’elle. Ensuite, j’ai fait des études, j’ai été comédienne en Tunisie et je suis partie au Québec, où je vis depuis 16 ans.
Tu as travaillé entre Tunis et Montréal sur le montage de Mon cœur est témoin de la réalisatrice Louise Carré, en 1995. En 1996, tu t’installes au Québec. Tu avais alors un chum en France, alors pourquoi le Québec?
Quand je suis venue à Montréal avec ce contrat, j’ai constaté que je me sentais beaucoup plus proche des Québécois et Québécoises que des Français ou des Tunisiens. Ici, les gens sont simples. Ils ont un vrai franc-parler. Les femmes se montrent libres, plus déterminées. Ce pays me ressemble. Les Québécois défendent leur langue, leur culture. Ça représente un grand défi pour eux. Je suis également une femme de défi et c’est pourquoi je me suis dit : « C’est là que je vais être heureuse… (malgré le froid) ».
Dans ton spectacle, tu évoques avec humour plusieurs aspects de ta découverte du Québec. La réalité a quand même dû être plus compliquée. Comment ton intégration s’est-elle passé? D’un pays à l’autre, dès qu’on s’exile, on rencontre des problèmes, disons des incompréhensions. Il faut avoir envie de s’adapter. Ceux qui y arrivent et qui ne partagent pas les valeurs et la mentalité du pays vont connaître une intégration sûrement plus difficile. Pour ma part, il s’agissait d’un choix. Je voulais vivre dans ces valeurs de liberté, de laïcité, d’émancipation de la femme. Bien sûr, dans mon spectacle je critique les Québécois. Je me moque surtout de leur sentiment d’acquis. Or, la démocratie n’est jamais acquise. Au final, ça n’a pas été si compliqué pour moi. Même le froid, j’ai appris à aimer ça! Je trouve que ça donne de l’énergie et parfois ça permet de travailler au lieu de sortir. Il faut toujours regarder les choses de façon positive pour avancer.
De quelle façon se fait le lien entre les deux pays, les deux cultures? Cela signifie quoi pour toi être Arabe, être Québécoise, être Tuniso-québécoise? Je me revendique Tuniso-québécoise, parce que je garde les bons côtés de chaque culture. De la Tunisie, je conserve l’accueil, la communication. Là-bas, nous n’avons pas ces nombreux mois d’hiver. Nous vivons plus à l’extérieur que chez nous. Si quelqu’un arrive à l’improviste à la maison, il rentre, il prend le thé, ce n’est pas un problème. Ici, il faut appeler pour prévenir, pour prévoir un rendez-vous. Ça m’est arrivé de vivre dans des immeubles où les gens ne se disent même pas bonjour. Au début, j’étais très choqué par cette indifférence, puis j’ai fini par comprendre. Maintenant, j’appelle avant d’aller chez quelqu’un mais chez moi, tout le monde peut venir. Je continue à aller vers l’autre quitte à être boudée! Je dois reconnaître qu’aujourd’hui, je me sens plus Québécoise que Tunisienne. Je ne rentre en Tunisie qu’une fois tous les deux ans. Je deviens comme une étrangère, une touriste dans mon pays.
Tu as un parcours artistique très éclectique. Tu joues dans des tragédies, des comédies, des téléséries. L’humour, c’est en toi depuis toujours ou c’est arrivé après? Depuis toute petite, on me voit comme un clown. Aujourd’hui, je traite de sujets plus sérieux mais j’adore faire l’animation, faire rire. Plus jeune, dans les partys, c’est moi qui faisais les blagues sur le sexe et sur mes amis alors que tout était tabou. Normalement, il fallait rester à sa place, ne jamais dire ce que l’on pensait. Moi, je m’en foutais. De tout façon, je ne voulais et ne veux toujours pas me marier. Dans ma carrière de comédienne, je joue autant de comique que de tragique. L’un et l’autre me procurent des émotions très fortes. J’ai par exemple éprouvé beaucoup de plaisir à incarner une mère arabe accusée de crime d’honneur sur sa fille, dans un épisode de Toute la vérité, diffusé sur TVA.
Pourquoi ce rejet du mariage? Je n’ai jamais compris le mariage. Une relation de couple, c’est l’amour, le désir. Si je regarde autour de moi et mes expériences passées, le mariage tue tout ça, notamment en amenant de la routine. La relation homme-femme doit être libre et la plus éclatée possible. J’ai connu des hommes arabes, machistes et autoritaires avec leurs femmes mais tendres et aimant avec leurs amantes. Alors pourquoi se marier? Je préfère être une maîtresse aimée et désirée qu’une épouse délaissée. Je ne crois pas non plus en la fidélité absolue. On est fidèle à soi. Si jamais on s’empêche de regarder, de courtiser l’autre, alors qu’on y pense nuit et jour, on se trompe soi-même et on trompe l’autre. Se forcer à être fidèle, ça n’a pas de sens. C’est inhumain et cela tue le désir. Le plus grand poison au Québec selon moi, c’est la solitude. Elle génère des suicides, du décrochage scolaire. Selon moi, elle est en partie liée à une absence totale de rapports de séduction. J’en parle dans mon spectacle et je vais en faire un des sujets principaux de mon prochain show. Les gens sont seuls. Ils ne se regardent pas. Ils ne cruisent pas et je trouve ça très étrange. Le numéro de séduction à la fin de Drôlement libre suscite à cet égard de nombreuses réactions positives du public. Ils sont contents que j’aborde cette thématique. Ils se reconnaissent et me demandent d’insister. C’est quelque chose de très contradictoire pour moi. Avec toute la liberté qui existe ici, comment peut-il y avoir autant de tabous entre les hommes et les femmes?
Selon toi, l’humour fait-il partie intégrante du patrimoine, de la tradition québécoise? OUI! Tout se fait avec humour ici. L’Ecole nationale de l’humour existe depuis 25 ans et s’exporte même en France pour amener une autre façon de faire rire. L’humour au Québec fait partie de la politique, de la vie. Les Québécois sont très bon public car ils aiment rire. On dit des Français qu’ils sont bons vivant mais ils n’aiment pas vivre sans râler. Les Québécois s’efforcent d’être toujours agréables. Tu ne peux pas imaginer un Québec sans humour ni bonne humeur. Cela dit, nous sommes dans une période transitoire comme partout dans le monde. L’humour des Cyniques, des Rock et Belles Oreilles ou d’Yvon Deschamps se voulait plus sarcastique et solide que maintenant. La nouvelle génération revient à ces fondamentaux mais cela prend du temps. Avec nos rythmes de vie complètement fous, la crise, les scandales politiques, ça prend du sens de l’humour. Il devient utile et essentiel de faire de l’humour. Il y a peu de temps, j’ai appris que l’ENH dépêchait certains de ces professeurs pour coacher des politiques et même des chefs d’entreprise afin de les rendre plus affables. Ici, le rire est partout.
Qu’est-ce que l’humour québécois? L’humour tunisien? La liberté d’expression doit beaucoup changer la donne. Oui, effectivement. A l’époque de Ben Ali et de la censure, on ne pouvait parler de rien. Aujourd’hui ça change, même si les islamistes au pouvoir risquent de compliquer les choses. A mes yeux, l’humour est universel. Bien sûr, il faut parfois adapter les références entre la France, la Tunisie, le Québec et encore pas toujours. Fred Pellerin connait un franc succès en France, sans pour autant adapter son spectacle. J’ai d’ailleurs rencontré l’organisateur d’un nouveau festival d’humour franco-québécois, à Lourdes. Ils devrait avoir lieu début juillet 2012, entre le festival Grand Rire et Juste pour Rire. Ils m’ont demandé de présenter mon spectacle tel quel. Je trouve ça très audacieux. Cela me donne également espoir. Avec la montée de l’islamisme dans les pays arabes, je craignais que l’occident refuse de prendre des risques. Le spectacle Drôlement libre est le fruit d’un travail sur plusieurs années. Il est en quelque sorte le produit de trois spectacles : J’arrive, Arabe et cochonne et enfin Arabe et cochonne bio. Pourquoi avoir travaillé de cette façon peu conventionnelle? Drôlement libre représente-t-il un aboutissement pour toi? Drôlement Libre est vraiment un aboutissement. A l’Ecole de l’humour, j’étais une des rares étudiantes à être déjà montée sur scène. L’écriture dramatique diffère cependant complètement de l’écriture comique. C’est pour ça que j’ai fait cette formation en création.
De plus, comme j’avais vécu muselée pendant des années, j’avais du mal à regarder les gens dans les yeux et à me moquer d’eux. Le comique dans la culture française et tunisienne, pour revenir à la question précédente, se trouve plus proche du théâtre que du stand-up à l’américaine. Normalement, on parle à des personnages imaginaires et on se crée des personnages pour ne pas être tout nu sur scène. Le stand-up expose plus. Un jour, à l’Ecole j’ai présenté un numéro de stand-up et encouragée par mes professeurs, je me suis lancée. A l’époque, c’était très difficile pour moi. L’immigration est jeune au Québec. Les gens ne sont pas forcément habitués à mon accent et connaissent peu ma culture. J’ai ramé mais j’ai surtout tout fait pour éviter de passer par la case bars.
Je crois que si les femmes sont moins nombreuses en humour, c’est parce qu’il faut affronter un environnement masculin pour se faire connaître. C’est vraiment ingrat de jouer dans un bar. Moi, j’ai choisi de me lancer tout de suite dans des salles, même minuscules. J’ai pris des risques et j’ai fait des sacrifices pour m’autoproduire et travailler mes spectacles. J’ai réussi à vivre avec le minimum parce que j’étais habituée à l’insécurité et l’inconfort.
Cette absence des femmes en humour, c’est un de mes défis. Je me dis que ma réussite inspirera peut-être d’autres filles qui se diront : « elle a réussi alors qu’elle ne vient même pas d’icite ».
Dans ton spectacle tous les clichés, les tabous, les préjugés, les absurdités tombent. Les musulmans, les juifs, les chrétiens, les hommes, les femmes, les Tunisiens, les Québécois, l’immigration, la sexualité, la séduction… Tout et tout le monde y passe sans ménagement et le public en redemande. Quels sont les ressorts de Nabila « l’arme de séduction massive »? Je pense que mon atout principal vient de ma différence. Il y a tellement d’humoristes qui se ressemblent et parlent des mêmes thèmes : Facebook, vieillir, la drague. Mon but, c’est que mon humour soit utile et le plus important, je veux rester moi-même. Mon personnage est une femme de caractère, sensuelle, une séductrice intelligente. Une femme doit être multiple et, à mon goût, un peu grande gueule. Ensuite, je n’insulte jamais personne dans mes numéros. Je fais énormément de recherches pour que mes blagues soient intelligentes et dites avec charme. Il faut charmer avant d’attaquer, alors je commence par rire de moi avant de rire du public. En Abitibi, les diffuseurs m’ont dit : » Nabila, c’est la première fois que les gens nous remercient d’avoir invité un artiste. Ils sont heureux d’avoir appris des choses. Tu es utile au Québec et à l’humour. » Plusieurs personnes ont comparé mon show à une thérapie de groupe. En plus de l’immense plaisir que je retire de ces compliments, ça me prouve que j’ai bien choisi le pays où j’ai décidé de vivre.
Un an après quasiment jour pour jour après la chute du régime de Ben Ali, que ressens-tu? Tu es allée en Tunisie, qu’as-tu vu? On parle régulièrement de Lina Ben Meni la bloggeuse de Tunisian girl. Selon toi, les femmes en général jouent-elle un rôle particulier dans ces révolutions?
J’ai découvert en Tunisie un autre peuple. J’ai vu des jeunes qui pensent autrement, qui sont évolués. Les gens n’ont plus peur de parler. Ils sont soulagés et détendus. C’est ce qui me touche le plus. La pauvreté et le chômage subsistent mais les Tunisiens ne se cachent plus. Les artistes et les journalistes s’éclatent.
C’est un climat de peur perpétuelle que j’ai fui. On ne pouvait pas militer. J’ai d’ailleurs été exclue de l’école à cause de mes engagements politiques et ce malgré ma bonne moyenne. Les élèves de ma classe avaient fait grève pour protester, mais l’école a attendu les vacances pour m’éjecter discrètement. Je serais morte à petit feu si j’étais restée en Tunisie. Aujourd’hui, je me sens plus utile à combattre les préjugés au Québec.
Pourtant, en tant que femme, je me réjouis de voir les Tunisiennes prendre place à l’avant dans cette Révolution. Elles participent à la reconstruction du pays, elles symbolisent son avenir et celui de la démocratie. Il ne faut pas oublier que depuis Bourguiba, les femmes ont dans les textes les mêmes droits que les hommes. Avec l’accession des barbus au pouvoir, elles savent que leur tâche va être complexe, parce qu’au lieu de militer pour élargir leurs droits, elles vont devoir militer pour conserver leurs acquis. Leur mobilisation ne faiblira pas. On observe d’ailleurs de plus en plus de divorces. Les femmes ne craignent plus de vivre seules.
Comment perçois-tu le retour en force du fait religieux dans les pays victorieux du printemps arabes comme la Tunisie, l’Egypte et la Lybie? Je suis inquiète, c’est sûr, et en même temps je me dis que les barbus ont intérêt à être aussi modérés qu’ils le revendiquent. Faute de quoi, ils risquent de s’arracher leurs barbes pour de bon! N’oublions pas que peu importe le parti, ce gouvernement n’est pas le gouvernement officiel de la Tunisie. Son rôle est d’assurer la transition pour encore 8 mois. Le pouvoir expose les religieux.
99,5% des Tunisiens sont musulmans. Par principe, ils considèrent les religieux comme bons. C’est le moment de découvrir leur vrai visage et, éventuellement, d’en finir une fois pour toute avec l’intégrisme religieux en Tunisie. De plus, les nombreux mouvements progressistes et laïcs, même s’ils ne bénéficient pas (comme les islamistes) du soutien financier de l’Arabie Saoudite, vont maintenir la pression. Crois-tu qu’il serait ou sera possible un jour de jouer ton spectacle en Tunisie? J’aimerais tant! Pour le moment, ce n’est pas possible. J’ai déjà tentée l’expérience au Maroc. Le spectacle est bien passé avec les touristes étrangers, mais moins bien auprès du public marocain. Un de mes techniciens sur place m’avait alors confié qu’il était soulagé que sa mère ne soit pas venue voir le spectacle. Je refuse de m’autocensurer. Si un jour je joue en Tunisie, je serai moi-même!
L’avenir de Nabila? Sur scène, à la télévision, partout où mon métier me mène. « Le spectacle d’humour, Arabe et cochonne bio, je l’ai créé pour dire haut et fort ce que je pense : pour changer les choses, il ne suffit pas de marquer sa présence, il faut aussi s’inscrire dans l’histoire. Et pour s’inscrire dans l’histoire, il faut d’abord croire en soi, prendre des grands risques et oser. » Nabila Ben Youssef
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Au-delà des images, ce sont les coulisses cachées du Pouvoir qui vont nous intéresser. "Régalien" ou pas, un ministère aura le pouvoir de décision que le chef du gouvernement lui donnera, et certaines ministres sont vraiment dans les domaines prioritaires où le Président a voulu être élu. De quoi donner bon espoir.
Pourtant quelques images, presque subliminales à la télé depuis deux jours, rappellent que la culture de genre va au-delà du nombre de femmes. Ces collaborateurs (au sens vrai, non sarkozyen), futurs directeurs et membres des cabinets, défilent sous nos yeux tous en veston-cravate.
Mesdames les Ministres, ne vous laissez pas faire... (mais elles le savent d'expérience)
For a movie about dudes with big muscles who punch things, The Avengers treats its few female characters pretty well. Which isn’t a big surprise, since the movie is written and directed by Buffy creator Joss Whedon. But the film’s advertising has featured Black Widow in the standard “look at my ass!” poses we’ve sadly come to expect for our female superheroes.
Mot de la rédaction
L’« homophobie » désigne couramment le rejet et les discriminations vécues par les personnes homosexuelles ou supposées telles. C’est une notion largement utilisée aujourd’hui dans le langage politique et médiatique, mais aussi au sein des recherches en sciences sociales portant sur les minorités sexuelles.
Le point de départ de ce numéro de Nouvelles Questions Féministes a été une envie et une nécessité de réfléchir à la portée et aux limites de la notion d’homophobie, en particulier dans son articulation avec une perspective féministe.
Le numéro propose un ensemble d’articles qui, en se basant sur des recherches empiriques, viennent alimenter ce questionnement : quelles sont les discriminations vécues par les lesbiennes, sont-elles similaires à celles que vivent les gays, et surtout, comment rendre compte de ce qui les produit et les structure ? Les luttes juridiques, matérialisées en Espagne et en Belgique, par exemple, par l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, permettent-elles d’éradiquer l’homophobie du droit, de construire une réelle égalité entre couples homos et hétéros ? Comment rendre compte des points communs entre les discriminations et les contraintes vécues par les personnes transsexuel·le·s dans leur parcours imposé pour mettre en conformité leur sexe biologique et leur état civil et celles vécues par les gays, bis et lesbiennes ?
Les thèmes abordés par les articles illustrent ainsi de manière empirique les discriminations que vivent diverses minorités sexuelles et, en même temps, démontrent la complexité des structures qui façonnent ces discriminations, complexité dont la notion d’homophobie à elle seule échoue à rendre compte. Ils invitent donc à réfléchir à l’articulation de la hiérarchie des sexualités, qui sous-tend la norme hétérosexuelle, avec la hiérarchie des sexes et les normes qu’elle produit. Une telle réflexion, loin d’être uniquement théorique, invite également à repenser les stratégies politiques à mettre en œuvre sur le terrain par les mouvements et associations de défense des personnes LGBTIQ.
Marine Le Pen : « J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que, dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc » (11/12/2010)
Claude Géant (alors ministre de l’Intérieur) : « Toutes les civilisations ne se valent pas […] celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes … » (04/02/2012)
Être féministe, c’est aussi combattre le racisme
En tant que féministes, nous avons un rôle particulier à jouer dans le combat contre le racisme ambiant, car le thème du droit des femmes est instrumentalisé pour nourrir la rhétorique raciste et sécuritaire. Pendant 5 ans, la présidence Sarkozy a insufflé un discours islamophobe, en insinuant que les musulmans sont intrinsèquement sexistes.
Ainsi, la droite ne s’est souciée de féminisme que lorsqu’il s’agissait de justifier ses politiques racistes. Le résultat de cet amalgame xénophobe est complètement anti-féministe puisqu’il stigmatise et exclut avant tout des femmes. L’accumulation de ces différentes lois (interdiction du port de la burqa, interdiction pour des femmes voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire, interdiction pour les assistantes maternelles de porter le voile, même dans le cadre privé de l’exercice de leur travail, etc.) représente une réelle menace pour la liberté des FEMMES.
Nous devons répéter, encore, que l’hétéro-sexisme n’a ni frontière, ni religion (rappelons que les intégristes catholiques ont manifesté à maintes reprises contre le droit à l’IVG), ni classe, ni race. De plus, les violences faites aux femmes ne se déploient pas uniquement dans la rue et dans les « banlieues », mais avant tout dans le cercle privé et sont majoritairement exercées par un proche. Par ailleurs, elles ne s’arrêtent pas à la porte des familles bourgeoises ou blanches ou catholiques.
Être féministe, c’est faire le constat d’un recul de nos droits et de la dégradation de notre situation socioéconomique pendant le mandat de Sarkozy.
Outre ce discours raciste, nous déplorons le bilan des politiques de l’UMP :
Moins d’autonomie
Menace du droit à disposer de son corps Relégation et stigmatisation des prostituées qui continuent de travailler mais dans des conditions qui ne cessent de se dégrader ; Pas de véritables moyens pour lutter contre le proxénétisme.
Pour les LGBTQQI, entre autres : Le changement de genre/sexe à l’état civil nécessite toujours la stérilisation ainsi qu’une autorisation du juge au « cas par cas » (ce qui renforce les inégalités territoriales).
Aux vues de ce constat, nous appelons :
26 août 1970, Arc de Triomphe, Paris. Neuf féministes munies de quatre banderoles déposent une imposante gerbe de fleurs à la mémoire de la femme du soldat inconnu. Le MLF était né. 20 novembre 1971. Elles sont des milliers à battre le pavé parisien et à scander: «Les femmes dans la rue, pas dans la cuisine», «Roulées par le patron, baisées à la maison», «Oui papa, oui chéri, oui patron... Y'en a marre ! », «Contraception et avortement libres et gratuits».
«La réédition des huit numéros de la revue intervient donc comme une piqûre de rappel et une occasion de renouer avec notre histoire», écrit Sabine Lambert dans sa préface. C'est en effet bien de cela dont il s'agit: renouer le fil de l'histoire et des histoires, et forger des armes pour se confronter aujourd'hui à une entreprise radicale: en finir avec le système de genre et ne plus être «presque égales» mais égales! Il étaittemps que ces textes fondateurs et introuvables retrouvent l'air du temps pour relever le défi du féminisme
Stéphanie Lamorré a gagné la confiance de plusieurs gangs de filles et livre un document explosif sur une génération laissée à l'abandon.
D'une grande intensité et d'une violence dérangeante, le documentaire nous embarque dans la vie chaotique des bandes, montrant comment la moindre vétille peut déraper.
Ce film parcouru d'une vitalité explosive, résonne comme l'appel au secours d'une jeunesse piégée - l'espérance de vie d'un membre de gang ne dépassant pas 25 ans.
Un documentaire de Nedjma Bouakra et Christine Robert
Le pouvoir a beaucoup plus souvent qu'autrefois un visage d’une femme. De Margaret Thatcher à Angela Merkel, jusqu’en Finlande qui se dote d’une première ministre, Tarja Halonen, le pouvoir politique n’est plus un attribut strictement masculin. Le mouvement semble irréversible, puisque de l’autre coté de l’hémisphère, il poursuit son renversement copernicien, du Libéria, en passant par le Chili, les femmes accèdent également à des postes hautement convoités…
Si le devoir conjugal ne nous est plus imposé aujourd’hui, si nous disposons d’un chéquier, du droit de voter et d’avorter, si la plupart des problématiques émergeantes et encore inédites des années 70, tombent aujourd’hui sous le sens commun, "A travail égal, salaire égal", les combats féministes sont pourtant loin d'être achevés.
Il faut attendre 2001 pour qu’une enquête nationale sur la violence faites aux femmes (Enveff) présente un état des lieux scientifique et 2006 pour que le viol entre époux (ou concubin) soit considéré comme une circonstance aggravante.
Avec Osons le féminismes, la sociologue Christine Delphy, La Barbe,
Production : Nedjma Bouakra Invité(s) :
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Des propos du ministre de l'Intérieur à la nouvelle campagne de l'extrême-droite flamande, la défense des droits des femmes apparaît aujourd'hui comme l'argument idéal pour les tenants du « choc des civilisations »... qui ne semblaient pas trop préoccupés par la question jusqu'ici.
Que de bruit autour des quelques phrases prononcées ce week-end par Claude Guéant ! Pour justifier que « toutes les civilisations ne se valent pas », le ministre de l'Intérieur avance tout particulièrement cet argument : l'égalité entre les hommes et les femmes.
Claude Guéant reprend cet exemple, ce lundi dans Le Figaro. Et tout le week-end, les membres de l'UMP l'ont répété à l'envi. Xavier Bertrand d'évoquer « l'émancipation de la femme », Gérard Longuet « le respect de la femme ». « La lapidation des femmes est quelque chose que nous trouvons très mal », renchérissait le conseiller du président, Henri Guaino.
La lapidation des femmes est-elle le marqueur d'une civilisation ? Si le mot n'est pas prononcé, c'est évidemment une charge contre l'islam qui transparaît derrière les mots de Claude Guéant. Ce n'est pas la première fois, et ce n'est sans doute pas la dernière... Europe1, par exemple, veut y voir les prémices de la stratégie de campagne de Nicolas Sarkozy. Pour François Fressoz, éditorialiste au Monde, « c'est le début de "la campagne épicée" souhaitée par Nicolas Sarkozy. La République contre l'islam. »
Amusant de voir Claude Guéant se faire le chantre de l'égalité entre hommes et femmes quand son cabinet ministériel compte 17 hommes et... une femme.
MyEurop.info observe ainsi l'émergence d'une « internationale 'féministe' de l'islamophobie ». L'exemple le plus parlant vient de Belgique, où le parti d'extrême-droite flamand Vlaams Belang vient de lancer une campagne de communication sous ce slogan : "Liberté ou Islam ? Osez choisir". Et illustrée par des images de jeunes femmes portant bikini et niqab.
Le symbole du voile intégral, décidément, semble avoir de beaux jours devant lui. Dans Le Figaro, encore, Claude Guéant s'appuie d'ailleurs sur la loi visant à « interdire le port du voile intégral », adoptée l'an dernier, pour dénoncer la position du PS, qui n'avait pas pris part au vote au parlement.
ans rappeler qu'auparavant les députés avaient adopté, à l'unanimité, une résolution rappelant les valeurs, non pas d'une « civilisation » qui reste à définir, mais de la République, tout simplement. « Les pratiques radicales attentatoires à la dignité et à l’égalité entre les hommes et les femmes, parmi lesquelles le port d’un voile intégral, sont contraires aux valeurs de la République ».
De tous les numéros de l’histoire du magazine, celui-ci a été un des plus complexes à réaliser. Malgré toutes les embûches, l’équipe d’Urbania a tout de même su relever un défi de taille : convaincre une cinquantaine de femmes de différentes générations de poser fièrement comme « lesbienne » dans sa nouvelle édition.
De petites jeunesses qui sont sorties du placard depuis trois minutes, des grands-mères qui furent jadis mariées à un homme, des militantes pures et dures, des pétards, des moins pétards, des filles de party, des autochtones, et des sud-africaines.
« Merci à toutes ces femmes qui nous ont fait confiance. Grâce à elles, Urbania publie un des numéros les plus significatifs de son histoire. » Au menu :
Tout ça, et même un peu plus!
DOSSIER. Pour commencer l'année 2012 de manière résolument rock et féministe, TÊTUE se replonge dans l'histoire des Riot Grrrls avec un grand dossier sur ce mouvement porté en partie par des lesbiennes. Vous saurez tout sur les Riot Grrrls!
Riot Grrrl: un mot un peu coriace, guttural à souhait, qui resurgit dès qu'on mentionne Beth Ditto ou n'importe quelle fille à guitare un poil vociférante. Mais c'est quoi au juste une «Riot Grrrl»? TÊTUE revient sur cette communauté de filles, artistes et bohèmes, qui a décidé de créer un mouvement où chacune peut enfin trouver sa place -à condition de pousser les mecs.
Sophie PÉPIN et Florys CASTAN-VICENTE : « Continuité et rupture dans l’entre-deux-vagues: la question du politique » Entre les deux « vagues » mises en valeur par l'histoire du féminisme en France, des travaux ont pu mettre en valeur des mouvements moins connus, tel le Mouvement démocratique féminin (MDF). Le MDF est un rassemblement militant de femmes qui a existé et s’est développé au cours des années 1960. Or ce mouvement se trouve affilié au futur MLF par l'intermédiaire d'Anne Zelensky. En effet, elle est à l'origine, avec Jacqueline Hogasen, du groupe féministe universitaire Féminin, masculin, avenir (FMA) créé en 1967, et rapidement intégré au MDF. Nous nous interrogerons donc sur la rupture entre deux générations de féministes et nous nous demanderons dans quelle mesure la rupture entre le MDF et la « deuxième vague » féministe se fait sur la place et la définition du politique. Cette rupture nous permettra d'évoquer des conflits plus récents entre associations féministes, sur la question du politique également.
Fanny TOURRAILLE : « La "question du voile", opérateur et révélateur des transformations de l’espace du mouvement féministe » Cette contribution émane d’une enquête menée dans le cadre d’un doctorat de Sociologie à l’Université Toulouse 1 (LaSSP). A travers l’examen des mobilisations féministes sur la « question du voile », elle se penchera sur les conditions d'émergence et de pérennisation de collectifs féministes incluant des femmes voilées. Minoritaires dans le champ féministe et confrontés à l’hostilité des autres groupes, ces collectifs peinent à s’imposer. L’imaginaire colonial qui continue de travailler le féminisme majoritaire explique une part de leurs difficultés et des fortes préventions à l'égard de l'Islam qui leurs sont opposées. Mais l'étude de ces groupes montre, d’une part, que la question du voile a agi comme révélateur de contradictions et de tensions multiples qui ne peuvent se réduire au seul paradigme colonialiste et, d’autre part, qu’il y a minoritaire et minoritaire: être minoritaire au sein du champ féministe implique déjà d'avoir les ressources nécessaires en terme de réseaux, de positions sociales ou d'aptitudes militantes pour « jouer le jeu ».
Hélène NICOLAS, Sloane KERSUSAN, Delphine ROSIN et Myriam BENGUERINE : « Du MLAC au FRASC, histoires de transmissions à Grenoble » Des militantes des Féministes pour la Réappropriation de l'Avortement et des Contraceptions (FRASC) exposeront la manière dont elles se sont emparées, en 2006, des luttes menées par le MLAC dans les années 1970 à Grenoble. La rencontre avec des militantes et la découverte des archives de cette lutte ont donné lieu à des actions, à un livre (Avorter, histoires des luttes et des conditions d'avortements) et à une émission radio de libre antenne sur la sexualité (Cas Libres). Nous reviendrons sur les heurts et bonheurs des rencontres avec les "vieilles" militantes et sur les raisons de ces rapports divers.
Joanne CHABASSIER : « Qu’est ce que défendre la cause publique des femmes ? Distancions et concurrences au sein des organisations féministes en France à l’heure d’une 3ème vague » L’intervention proposée abordera les questions des évolutions et des trajectoires du/des féminismes aujourd’hui. La communication s’appuiera sur un travail d’analyse lexicale des autodéfinitions des organisations engagées dans la « cause des femmes ». Entre unité et pluralité, il s’agira d’interroger l’intersectionnalité des postures politiques féministes au regard d'une dynamique de 3ème vague.
Valentine BALEATO : « La place du paradigme féministe dans l’institutionnalisation de la lutte contre la violence conjugale en France » Depuis les années 2000, le phénomène de la violence conjugale rencontre l’intérêt des pouvoirs publics, ce qui peut être analysé comme le résultat de la mobilisation sociale des associations féministes dans ce domaine à partir des années 1970. L’institutionnalisation de cette « cause » a entraîné une relative marginalisation du « paradigme féministe » au profit d’un « référentiel sécuritaire » dans la lutte contre l’insécurité et la délinquance, qui participe d’une certaine « racialisation » de la violence conjugale.
Nicole FORSTENZER : « L’"entreprenariat public de genre" dans le Chili de la post-dictature (1990-2010) : une configuration particulière des rapports entre féministes et partis politiques » Cette communication aborde la division du féminisme chilien en branches aux projets politiques divergents à partir de leur position vis-à-vis de la coalition de centre-gauche ayant porté le retour à un système démocratique, la Concertation de partis pour la démocratie. Dans un premier temps, l’émergence d’un « triangle de velours » (A. Woodward) et de ce que je propose d’appeler un « entreprenariat public de genre » est évoquée à partir de la double militance et des processus d’institutionnalisation et de professionnalisation féministe, en lien avec la mise en place de politiques publiques d’égalité hommes-femmes et notamment de la création du Service national de la femme, le SERNAM. Dans un second temps, la communication éclaire les rapports entre différentes branches du féminisme, partis politiques et autres mouvements sociaux à travers la présentation de deux épisodes illustratifs.
Irène PEREIRA : « Un exemple des rapports entre anarchisme et féminisme : l’organisation politique Alternative libertaire entre 2006 et 2010 » En abordant la question des rapports entre anarchisme et féminisme, nous souhaitons nous interroger sur l'existence ou non d'une spécificité des organisations politiques anarchistes dans leurs rapports au féminisme. Y aurait-il de la part des organisations anarchistes, par rapport aux autres organisations politiques de l'extrême gauche française, une réception particulière des questions féministes ? Ces organisations échappent-t-elles aux critiques faîtes habituellement par les féministes aux organisations politiques ? L’attention que les anarchistes portent historiquement aux rapports de pouvoir, aux revendications autour de l'amour libre et de l'épanouissement individuel, constituent-ils un terrain favorable pour le féminisme ? À partir de l’exemple de la commission anti-patriarcat de l’organisation politique de la mouvance anarchiste française, Alternative libertaire, dont nous avons suivi le fonctionnement entre 2006 et 2010, nous souhaitons apporter un éclairage à ces questions.
Anna REYMONDEAUX : « Changer sa vie à défaut de changer le monde » Les militantes du MLF, féministes, souvent lesbiennes des années 70 ont réinventé leurs vie : c'est par cette vie-là, réinventée, que fait sens l’utopie. Des consciences et des vies se sont alors « fabriquées », loin d’un cadre de lutte traditionnel, c’est la ré-appropriation de l’existence qui se fait lutte. Le féminisme est un engagement militant singulier, dont l’analyse offre une vision de la place de la radicalité dans nos sociétés. Aujourd’hui les mêmes questionnements s’opèrent : doit-on tendre exclusivement vers l’égalité ? Ou doit-on faire preuve de force et créativité? A l’heure où la visibilité semble avoir remplacé la résistance, ces deux idéaux sont-ils compatibles ?
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