La médiation culturelle numérique, quels nouveaux supports ? | ex-cite | Scoop.it

« Aujourd’hui, la médiation est l’égal de la conservation« , Claire Merleau Ponty, enseignante en muséologie à l’École du Louvre

 

À l’heure actuelle, réseaux sociaux, applications et dispositifs numériques envahissent notre quotidien. Si le domaine professionnel a connu une évolution marquante avec l’apparition de sites tels que LinkedIn, le monde culturel a lui aussi vu des changements significatifs dans ses stratégies de communication et de médiation. Le site internet, que le visiteur peut consulter depuis son domicile, ou depuis n’importe où sur son mobile, lui permet de préparer sa venue en amont de la visite. Une fois sur place, il lui est possible d’interagir plus intensément avec les œuvres, de personnaliser sa visite ou encore de participer à la publication des contenus. De retour chez lui, il peut compléter, affiner et revivre sa visite sur le site ou partager ses impressions et ses conseils avec les futurs visiteurs.

 

Des communautés qui recensent les outils numériques

De nombreuses communautés, ayant pour vocation de recenser et d’exposer l’utilisation du numérique dans les musées, se sont formées. Nous citerons notamment le CLIC, Club Innovation et Culture, regroupant une quarantaine d’institutions muséales, ou encore la communauté MuzeoNum, un wiki de ressources sur le numérique au musée. Par ailleurs, l’importance grandissante de ces nouvelles technologies au sein des institutions culturelles a donné lieu à la création d’un blog par le ministère de la Culture et de la Communication. Ces récents changements nous amènent à nous poser certaines questions : Comment l’usage des technologies innovantes contribue-t-il à la valorisation du patrimoine culturel ? Comment être à la fois innovant et pertinent dans le domaine de la médiation numérique ?

Les outils de médiation numérique n’ont pas attendu Internet pour apparaître dans les musées

 

Les institutions culturelles ont tout intérêt à intégrer de nouvelles technologies en leurs murs. En effet cela leur permet de valoriser leurs collections, mais aussi leur image. Il est important de montrer que l’institution évolue avec son temps, qu’elle se soucie de son public et de l’intérêt qu’il lui porte. En cherchant à établir une médiation plus moderne, elles font un pas vers leurs usagers et peuvent ainsi séduire de nouvelles communautés.

 

Médiation numérique, médiation humaine

Toutes ces évolutions ont soulevé de nombreux questionnements quant à l’accessibilité des contenus offerts. La médiation humaine, loin d’être vouée à disparaître, est désormais complétée par des dispositifs que l’individu consulte de façon autonome. Cependant si l’offre d’informations est pléthorique, elle risque de décourager la demande : l’utilisateur, néophyte ou initié, risque de se retrouver désemparé et de renoncer à ses recherches. Nous ne savons pas encore très bien gérer l’immatérialité de nos contenus. C’est pourquoi il est important de les éditorialiser et de créer des dispositifs qui donnent du sens, et sachent répondent aux besoins précis de l’utilisateur. Pour cela, il faut distinguer les différents publics, et ainsi adapter les interfaces, en prenant en compte le contexte de consultation. Enfin, il ne faut non plus négliger l’importance des différences culturelles, qui vont moduler la perception du dispositif par l’usager.

Mais “plus” numérique ne veut pas dire “mieux” numérique. La pertinence d’un dispositif ne réside pas tant dans le support que dans le service qu’il apporte aux usagers et à ce qu’ils en attendent. Précisément, lors d’une conférence, donnée à la BNF, à l’occasion des Rencontres Numériques, Anne Krebs, responsable du service études et recherches au Musée du Louvre, affirme que les attentes des visiteurs n’ont pas changé. S’ils sont enclins à s’intéresser à ces nouveaux dispositifs, l’enrichissement qu’ils s’attendent à en retirer est le même que celui d’une médiation classique, un aspect ludique en plus. C’est pourquoi les enjeux propres à la médiation traditionnelle doivent être différents des enjeux de la médiation numérique : Qu’est-ce-que ce dispositif peut apporter que n’apporterait pas un médiateur ou un cartel ?

 

Les acteurs de la médiation numérique

Dans cette optique, nous avons recensé les principaux acteurs de la médiation numérique afin de faire émerger les pratiques les plus pertinentes. Le Centre Pompidou est à l’initiative de plusieurs projets de médiation participative reposant sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en  particulier, ainsi que d’un partenariat mené avec Wikimédia. L’un des principes directeurs de ces projets est que tout le monde peut être acteur de la médiation. Nous pouvons notamment citer #CheckPaint, qui est une expérimentation de médiation sur les réseaux sociaux, mettant en scène cinq personnages fictifs échangeant sur Twitter. L’objectif de ce projet est, entre autres, de créer un intermédiaire entre les publics et le musée, qui ne soit pas aussi institutionnel que le Centre. Les personnages s’entretiennent autour de la thématique “Que reste-t-il des musées à l’heure du numérique ?”.

Les sites internet de différentes institutions proposent à leurs futurs visiteurs de télécharger une application pour agrémenter leur visite.
L’Abbaye de Jumièges (Seine- Maritime) notamment, a investi dans une application mobile, (iOS et Androïd), servant à accompagner l’utilisateur dans sa visite en proposant des commentaires audio, des reconstitutions 3D, des jeux et des vidéos. L’usage de la 3D est intéressant car il permet de reconstituer, à différentes époques, un bâtiment qui n’existe plus et qui ne sera jamais reconstruit. Réalisé avec l’aide des chercheurs et des archéologues spécialistes du site, elle propose un vrai regard scientifique et historique sur le lieu, de manière ludique et accessible.  La proximité entre l’équipe de conception et les chercheurs a permis de réaliser une application très utile, qui fournit aux visiteurs toutes les informations qu’ils sont en droit d’espérer d’un médiateur et apporte un vrai plus par la reconstitution du bâtiment détruit.

 

L’équipe du Château de Versailles propose elle aussi une visite augmentée du site, téléchargeable via une application (sur iOS et Androïd). Cette application permet une visite des jardins ex situ. Très complète, elle sert également de plan, afin de guider le visiteur dans le labyrinthe du jardin et de ne rien manquer du site. Intégrant différents profils de parcours, elle propose ainsi d’adapter le discours et les commentaires de visite à l’utilisateur. Il lui est également possible de mémoriser un itinéraire, et de le partager avec d’autres internautes.

Le Louvre a également mis en place une application d’aide à la visite, sur Nintendo DS. Cet audioguide moderne met à disposition des commentaires, des reconstitutions 3D d’œuvres, afin de les voir sous tous leurs aspects, et un zoom qui permet de s’approcher au plus près de l’œuvre, et ainsi d’admirer la technique de l’artiste. Le partenariat avec Nintendo a incité le Louvre à utiliser le support de la Nintendo DS pour son dispositif. Si le double-écran est utilisé judicieusement (un écran pour le plan, un écran pour les commentaires culturels), le dispositif montre toutefois quelques faiblesses. En effet, pas tout à fait suffisant comme plan de visite (les visiteurs continuent à utiliser le plan papier) et pas entièrement convaincant comme outil technologique (zoom et 3D), on se demande si le manque de cohérence entre le contenu et le support ne serait pas en cause dans le manque d’efficacité de ce dispositif ?

 

Outils numériques et profilage des usagers

Particulièrement sensible aux différents profils d’utilisateurs, certaines institutions, comme Cap Sciences, intègrent une puce RFID à leurs tickets d’entrée. Ainsi, le visiteur peut définir certaines informations (son âge, ses centres d’intérêts, le nombre de ses visites …) qui seront partagées avec toutes les structures “partenaires” (Grenoble, Bordeaux, Nantes…). De la sorte, si des contenus peuvent intéresser le visiteur dans une autre structure, elles lui seront indiquées. L’application C.You de Cap Sciences permet alors de pouvoir gérer ses données.

 

En plus de son système de profilage, l’institution propose à ses visiteurs un laboratoire du futur. Les usagers sont invités à tester les nouvelles technologies dans le cadre de projets médiatifs et ainsi être actifs dans la recherche et le développement. Ils peuvent ensuite faire part de leur perception du dispositif et de leur ressenti. Dans cette lignée, le Museum Lab de Tokyo, véritable laboratoire de tests, permet au visiteur, grâce à différentes technologies, comme le eye-tracking ou la réalité augmentée, de porter un regard différent sur un œuvre. La scénographie propose au visiteur de faire une boucle autour de l’œuvre, et ainsi de comparer son regard avant et après sa visite. Les retours sur ces expériences sont pour l’instant positifs, il y a une vraie différence de perception de l’œuvre suite à cette visite analytique. Néanmoins, ce type de dispositif reste peu adapté aux grandes structures à cause du manque de fluidité lors de la visite et du trop grand nombre de visiteurs.

Enfin, la BNF est un précurseur dans le domaine de la numérisation : Gallica propose déjà 2 millions de documents, accessibles n’importe où dans le monde. Bien conscient de la diversité de leur offre de documentation, la BNF a pris le parti de bien scénographier et contextualiser ses données. Toutes les informations n’étant pas à mettre au même endroit si on ne veut pas perdre l’utilisateur, la BNF propose, en plus de son site internet et de ses visites virtuelles d’exposition, des applications mobiles, des livres enrichis, etc. Il faut savoir que la médiation documentaire et la médiation culturelle ont des préoccupations proches mais cependant différentes : la documentation nécessite une consultation plus longue que la médiation, qui consiste davantage en une sensibilisation ou une première approche. De plus, la médiation documentaire doit passer par une sélection (de textes de référence) et une éditorialisation (par le biais de l’interface).


Via Aurélie R.