Non, la crise ne ressuscitera pas la lutte des classes ! | Europa | Scoop.it
Crise bancaire, endettement et rigueur... Le marasme économique actuel se transforme peu à peu en crise politique.

Mais si la rigueur et le recul des acquis sociaux exacerbent la colère individuelle, ils dilueraient dans le même temps la conscience de classe et l'hégémonie syndicale.

Entretien avec Alexandre Adler.

 

...Depuis les années 1980, la lutte des classes s'est considérablement amoindrie, car il n'y avait plus de transformation par industrialisation mais au contraire une croissance qualitative nouvelle, avec des figures sociales nouvelles qui ne se sont pas données les mêmes formes d'organisation que le mouvement ouvrier classique. La lutte des classes ne correspond donc pas au paysage de la société des années 1980-90. Pire, les derniers bastions de cette lutte des classes, comme le Brésil, l'ont vu s'effacer au profit de formes politiques nouvelles : on ne peut pas dire que la victoire du Parti des travailleurs au Brésil, même si elle a été générée par son industrialisation et la montée de syndicalistes comme Lula, soit aujourd'hui le résultat d'une lutte des classes.

 ...Dans la plus grande partie de l'Europe, l'État providence a réalisé la gratuité des soins, la prise en charge de tous les handicaps, détaillés par William Henry Beveridge en 1944 dans son célèbre rapport à Winston Churchill, "les quatre plaies du capitalisme" (le chômage, la maladie, la vieillesse et le logement). Il est donc évident que l'État providence a fini par éteindre la lutte des classes telle qu'on la connaissait. En ce sens, les ouvriers ont donc triomphé...De l'autre côté, ils ne l'ont pas gagnée puisque le processus de production a émigré, et le rapport de force entre syndicats et patronat est désormais favorable au patronat. En définitive, c'est un match nul. Nous avons plutôt changé de période historique...


Via Vincent DUBOIS