Parce que nous ne sommes que des hommes... | Epic pics | Scoop.it
Ce soir nous pouvons parler de catastrophe ferroviaire. Ces si rares catastrophes, impliquants des trains.

 

La précédente est celle de la gare de Lyon (GDL) en 1988, celle d’aujourd’hui est la plus grave après GDL.

Je ne vais pas revenir sur la catastrophe en elle-même, son déroulement. Les divers médias le font, avec une exactitude toute relative, mais ils le font. Les petites infographies suivantes vous permettrons de mieux comprendre, très brièvement.

 

Je voudrais juste écrire un mot, pour soutenir les familles des victimes et l’ensemble des services de secours, ainsi que les cheminots sur le pont 24/7 pour rétablir au plus vite les liaisons et bien sûr secourir les gens dans la gare de Brétigny.

L’enquête et notamment celle du BEA-TT déterminera avec précision le pourquoi du comment. En tant que cheminots, avec les collègues en gare lorsque nous avons vu les premières images, notre réaction a été de nous regarder et de dire "ça ressemble fort à un bi-voie". Autrement dit un morceau du train prend une direction et l’autre une différente. Cela n’a aucune valeur, c’est la réaction à chaud des gens du rail, devant une image.

 

Quand on rentre au chemin de fer et que l’on est formé aux métiers dits "de sécurité" et notamment à celui de conducteur, nous apprenons en premier lieu les cinq grands risques ferroviaire. Le déraillement en fait partie. Pendant les longs mois/années de formation qui suivront, nous apprendrons comment avec l’aide de règles, de systèmes, de procédures précises, faire rouler des trains en évitant ces risques.

 

C’est une profonde tristesse que je ressens ce soir, les larmes du président de la SNCF Guillaume Pepy en disent long sur le choc de la famille des cheminots et plus largement d’un pays qui tient et aime son chemin de fer, même s’il n’est pas toujours à la hauteur des espérances que l’on y place. Je compare cette catastrophe, uniquement sur le plan de l’émotion suscitée dans l’entreprise, à celle du Rio>Paris chez Air France.

 

 

 

Le constat de l’accident, de la catastrophe, malgré les milliers de pages de référentiels apprises par coeur, malgré le siècle de processus REX (REtour d’eXperience), malgré les systèmes et enclenchements complexes, les milliers d’heures passées par des centaines d’ingénieurs à inventer le chemin de fer, malgré les "boucles de rattrapage", est un constat amenant un sentiment d’échec. Alors, bien sûr les causes et responsabilités sont loin d’êtres établies, mais le sentiment est là, c’est le miens.

 

Il m’amène à deux conclusions ce soir :

 

La première, c’est que nous ne sommes "que" des Hommes. Loin d’être infaillibles, notre connaissance et maitrise des techniques, nous permet de faire beaucoup, mais nous désenchante aussi souvent. Dans le domaine des transports (avions je parlais du Rio>Paris, trains (En Belgique récemment, au Canada), voiture tous les jours…), mais aussi l’énergie (nucléaire) et bien d’autres, les échecs sont nombreux.

 

La seconde tient au fait que depuis toujours et je ne parlerais que du chemin de fer, nous apprenons de nos erreurs, des accidents, incidents, catastrophes. Le retour d’expérience en est l’illustration la plus parfaite. Et si procédure ou règle doit être modifiée suite à cet accident, elle le sera très rapidement. J’aime le chemin de fer, mais surtout j’aime les gens, les voyageurs, les clients. Quand je prends les commandes, je parle de mon train, s’il y a un incident ce sont mes voyageurs. Ce sentiment de responsabilité anime les cheminots. Et me conforte aujourd’hui dans le choix de mon métier. Malgré les circonstances et le choc de ce drame, je veux continuer plus que jamais à tout faire pour que les gens voyagent bien et avec plaisir, tous les jours. Ce soir l’ensemble des cheminots, j’en suis convaincu, partage cette vision.