Enseigner l'Histoire-Géographie
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Patrick Boucheron : “Les historiens se doivent d’être indisciplinés”

Patrick Boucheron : “Les historiens se doivent d’être indisciplinés” | Enseigner l'Histoire-Géographie | Scoop.it
C’est quoi, être médiéviste aujourd’hui ? Puiser dans le passé pour comprendre le présent, ou l’inverse ? Etre au cœur de la...
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extrait : 

En quoi l’histoire peut-elle être « critique » ?
Je suis bien conscient qu'il s'agit là d'un usage minoritaire de la discipline. Beaucoup d'historiens s'intéressent d'abord au passé pour échapper au présent. Mais on demande sans cesse aux historiens de nous rassurer sur nos origines, nos identités, nos valeurs, et je crois que face à cette injonction, les historiens se doivent d'être indisciplinés. Défendre des valeurs républicaines comme la laïcité ou la liberté d'expression est certes res­senti comme une urgence, mais pour les défendre effica­cement à l'école, c'est-à-dire pour se préparer à ce que certains les contestent, mieux vaut avoir été formé à la critique de ces valeurs.

Comprendre, par exemple, que l'héritage des Lumières est une collection de problèmes davantage que de certitudes, que la liberté de la presse s'est d'emblée pensée au XVIIIe siècle dans une tension avec la nécessité de protéger l'espace public contre la calomnie. Critiquer, ce n'est pas tout détruire. C'est mettre à jour l'histoire de nos socles de croyance, rappeler que ces croyances sont des constructions sociales, et que celles-ci sont toujours complexes et contradictoires. Cela n'empêche pas, ensuite, de les défendre, bien au contraire.

Commémorations de 14-18, du débarquement de juin 1944, bientôt de la mort de Louis XIV. Trop d’histoire tue-t-il l’histoire ?
La critique de la fièvre commémorative, conduite depuis les années 80, alerte sur un double danger : considérer que l'histoire n'est qu'un simple rappel des événements du passé et, en même temps, un réservoir commode pour justifier certaines positions que l'on prend sur l'actualité. En specta­cularisant la Révolution française, les manifestations du bicentenaire lui ont enlevé son contenu idéologique qui fait toujours débat, même si, par ailleurs, elles furent aussi dynamiques et inventives. On pourrait dire de même du centenaire de la Première Guerre mondiale. Quoi qu'il en soit, les historiens doivent occuper ­l'espace des commémorations, même s'ils sont parfois ­insatisfaits de leur contenu. Pour être au plus près de la ­société, ils doivent faire entendre leur voix.

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L'histoire globale pour tous - un n° de la documentation photographie à ne pas manquer

L'histoire globale pour tous - un n° de la documentation photographie à ne pas manquer | Enseigner l'Histoire-Géographie | Scoop.it

Nonfiction.fr L'histoire globale pour tous Nonfiction.fr La même interrogation pourrait s'appliquer à la recherche en histoire : combien de temps faut-il pour que le renouveau d'un courant historiographique se répande dans ce qui constitue son...


Via bossfanhn
alozach's insight:

à propos de la parution du dernier numéro de la documentation photographique écrit par Patrick Boucheron. Attention, la lecture de cette ouvrage donne de fortes envies de bouleverser les programmes scolaires !

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Les questions de l’historien Serge Gruzinski face à des «cartes mémorielles» partout rebattues

Les questions de l’historien Serge Gruzinski face à des «cartes mémorielles» partout rebattues | Enseigner l'Histoire-Géographie | Scoop.it
Les questions de l’historien Serge Gruzinski face à des «cartes mémorielles» partout rebattues.
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extraits :

Comment raconter l’histoire aujourd’hui à des classes composées d’élèves aux origines très diverses ? Cette question devenue banale pour beaucoup d’enseignants, Serge Gruzinski la pose avec un vrai sentiment d’urgence. «Le défi se pose partout […] et l’on serait bien avisé d’y répondre avant que de nouveaux grands récits imposent, au nom d’une histoire mondialisée, la version des puissants du moment, ou que le récit national reprenne l’exclusivité.» Car l’auteur va à l’encontre d’une idée selon laquelle notre époque serait frappée d’amnésie. Bien au contraire, il estime qu’elle est saturée d’histoire mais d’une histoire fortement manipulée. (...)

La conclusion que tire Serge Gruzinski de ces multiples inventions est que des passés de toutes sortes s’affrontent aujourd’hui sur la planète entière, souvent à notre insu et de façon peu contrôlée.«Les cartes mémorielles sont partout en train d’être rebattues, davantage d’ailleurs par des artistes et des producteurs que par des historiens.»

L’historien doit être en mesure de proposer un autre type de réflexion sur le passé, à la hauteur des enjeux d’un espace mais aussi d’un public désormais mondialisé. Serge Gruzinski n’est certes pas le premier à insister sur le nécessaire dépassement des lectures eurocentrées. Mais il va plus loin en critiquant également les comparaisons trop étroites habituellement faites entre grandes civilisations - comme la Chine et l’Europe, fréquentes aujourd’hui - car l’important est de comprendre les liens de toutes natures qui se tissent autour de la planète. Il faut penser une «histoire connectée» qui s’intéresse aux regards croisés que se portent entre elles les cultures, et ce depuis le début de la mondialisation, c’est-à-dire à la Renaissance, quand les grandes expéditions maritimes hispano-portugaises ont relié entre elles les quatre parties du monde.

 

Pourquoi s’intéresser à cette épopée ibérique ? «Parce qu’il faut changer d’échelle et d’époque pour comprendre les mondes mêlés dans lesquels nous vivons. C’est à partir du XVIe siècle que, pour la première fois, se sont rencontrés, heurtés et mélangés des êtres originaires d’Europe, d’Afrique, d’Amérique et d’Asie […]. Démarrent alors les grands métissages planétaires.» En retour, ces regards croisés nous aideront à mieux saisir ce que recouvre la notion d’«occidental» et à entamer une nouvelle approche de l’histoire européenne écrite à partir des interactions avec les autres continents. La plongée dans le XVIe siècle oblige aussi à affronter ces constructions religieuses et métaphysiques, d’une grande puissance et parfois d’une grande violence, si déroutantes pour nous. Ces croyances et ces messianismes de toutes sortes prouvent que depuis ses débuts la mondialisation n’a pas obéi qu’à des logiques économiques mais aussi à de terribles impératifs religieux. «L’histoire globale, c’est l’un de ses mérites, nous rappelle que les préoccupations, les obsessions et les fantasmes d’aujourd’hui ne sont pas seulement le produit de notre temps et de nos médias.»

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