Coup de filet contre le trafic d'otages érythréens en Egypte | Égypt-actus | Scoop.it
Par Léonard Vincent/ RFI

Deux hommes et une femme ont été incarcérés en Suède, dans une affaire de chantage au meurtre visant un réfugié érythréen retenu en otage en Egypte. C'est une première dans le monde depuis l'apparition des prises d'otages collectives d'Érythréens dans le désert du Sinaï il y a quelques années. Et le début d'une enquête qui pourrait remonter jusqu'à la hiérarchie militaire érythréenne. (...)

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l'histoire de Yonas n'est pas unique. Sur les 1 000 à 3 000 Érythréens qui parviennent à passer clandestinement la frontière chaque mois, selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR), nombreux sont ceux qui sont capturés par des soldats soudanais avant d'avoir pu atteindre le camp de Shegerab, près de Kassala. Les évadés sont alors vendus à des bandes criminelles issues de la communauté Rachaïda, qui les revendent à leur tour à leurs « cousins » bédouins du Sinaï. La livraison des otages est assurée jusqu'en Egypte dans des camions transportant également toutes sortes de contrebande, notamment des armes à destination de la bande de Gaza.

Chambres de torture

Une fois incarcérés dans les villas du Sinaï, les otages sont torturés pendant qu'ils appellent leurs familles et les supplient de réunir l'argent exigé. « Chaque gang a sa méthode, explique Meron Estefanos. On coule du plastique fondu sur leur dos, puis on les oblige à rester debout contre un mur pour que leurs plaies s'infectent. Ou bien on les électrocute, on les viole ou on les force à se violer entre eux. » Selon les témoignages qu'elle a collecté, les villas où sont détenus les Érythréens ont d'ailleurs été construites dans le seul but de servir de camp de torture. Des anneaux pour accrocher les chaînes et des arceaux pour pendre les détenus sont moulés à même le béton des chambres d'incarcération.

Chaque clan a son réseau de « collecteurs » de rançons. L'argent est versé soit en liquide, soit par Western Union. Les numéros de téléphone des intermédiaires sont suisses, suédois, britanniques, israéliens, égyptiens, ou proviennent de la bande de Gaza et même d'Érythrée. Il faut alors livrer un sac plein d'argent, en plein jour, à Asmara, au cœur de la capitale d'un régime contrôlant pourtant tous les aspects de la vie des citoyens qui ne l'ont pas encore fui.

 

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