Égypt-actus
Follow
Find tag "statues"
403.6K views | +27 today
Égypt-actus
Égypt-actus
revue de presse sur l'actualité culturelle, archéologique, politique et sociale de l'Égypte
Curated by Egypt-actus
Your new post is loading...
Your new post is loading...
Scooped by Egypt-actus
Scoop.it!

Un magnifique sheikh en bois

Un magnifique sheikh en bois | Égypt-actus | Scoop.it
C'est en 1860 qu'Auguste Mariette découvre, à Saqqara, dans le mastaba C8, la statue de Ka-Aper (Kaaper).
Ka-Aper était haut fonctionnaire, prêtre en chef, chargé de réciter les prières pour les défunts dans les temples et chapelles mortuaires. Il a officié pendant la Ve dynastie (2465-2458 av.J.-C).

Il nous apparaît comme un homme d'action, volontaire, bien en chair, le crâne rasé, le regard expressif. Il est en attitude de marche, le pied gauche est avancé. Le bras droit est le long du corps, les doigts refermés sur ce qui peut être un cylindre. Le bras gauche est plié et la main enserre un bâton. Il n'est vêtu que d'un simple pagne, noué sur le devant. Les veines du bois donnent une consistance intéressante à la chair alors que les fentes verticales, comme des blessures, témoignent des stigmates du temps…

Lors de sa découverte, les ouvriers de l'équipe de fouilles sont étonnés par sa ressemblance avec le chef de leur village. Ils le surnomment alors le "sheikh el-beled".
C'est dire si le portrait est criant de réalisme !
Et pourtant, la statuaire en bois n'en est alors qu'à ses débuts.

Le "sheikh el-beled" mesure 112 cm. Il est en bois de sycomore. Le corps est d'une seule pièce et les bras ont été chevillés. La patine qui le recouvrait à l'origine a quasiment disparu. 
Son extraordinaire apparence l'amènera à vivre une aventure… extraordinaire elle aussi !

En 1867, Mariette est chargé de l'organisation du pavillon égyptien pour l'exposition universelle à Paris : le “sheikh el-beled” sera du voyage. Il témoignera, avec d'autres statues, de la splendeur et de la diversité de l'art pharaonique. 
Il sera admiré par des milliers de visiteurs… mais il souffrira grandement de ce séjour. Voici la scène qui se déroule au musée de Boulaq lors du retour des différentes pièces exposées. Alors que l'on vient de sortir la statue de la caisse de bois blanc confectionnée à Paris, Mariette s'écrie : "C'est un désastre irréparable ! Une véritable catastrophe ! Il contemple le “sheikh el-beled” qu'il a arraché à l'oubli jadis, dans un mastaba de la Ve dynastie, à Sakkara. Un désastre répète Mariette. On a moulé la statue à Paris sans notre autorisation. Et voilà le résultat ! Le “sheikh el-beled” est couvert de grandes taches blanches, comme atteint d'une maladie de peau. C'est son visage qui a le plus souffert. Le cristal de roche des yeux est voilé, l'albâtre terni, le regard si perçant s'est éteint, les filets de bronze du visage se sont oxydés et dilatés : une partie du front est sortie de son alvéole. La joue droite présente un trou : une pièce rapportée, aussi vieille que la statue, s'est détachée et a disparu. Le bras tendu - auquel manque la canne qui sera rajoutée plus tard - est cassé. La statue de bois qui dégageait une extraordinaire impression de vie par son réalisme, son harmonie, son équilibre, n'est plus qu'un objet privé d'âme."

La statue, bien heureusement, a pu être restaurée. C'est ainsi que lorsque nous visitons le musée du Caire, nous pouvons admirer un sheikh qui a retrouvé toute sa majesté, toute sa vigueur, toute sa patine… et l'intensité du regard de Ka-Aper.
Marie Grillot

Pour en savoir plus Auguste Mariette de Gilles Lambert, J.C. Lattès, 1997 
more...
No comment yet.
Scooped by Egypt-actus
Scoop.it!

Les statues meurent aussi : violences symboliques et iconoclastes arabes, par Yves Gonzalez-Quijano

Les statues meurent aussi : violences symboliques et iconoclastes arabes, par Yves Gonzalez-Quijano | Égypt-actus | Scoop.it
Egypt-actus's insight:

La « guerre des statues », une expression de la presse arabe, est lancée ! On a déjà eu l’occasion, dans cebillet, de revenir sur la situation particulière de la sculpture (figurative) au sein des différents arts plastiques. Représentation humaine par excellence, souvent chargée de « graver dans le marbre » – ou le bronze – les traits du grand homme du moment, la sculpture a tout pour déplaire fortement aux fractions les plus traditionalistes de l’islam militant. En ces temps d’affrontements qui témoignent de profonds rééquilibrages politiques, rien d’étonnant à ce que les effigies de pierre ou de métal se trouvent doublement en première ligne des combats symboliques, à la fois parce que ces combats ont précisément valeur de symbole et signifient en réalité d’autres « victoires », directement politiques celles-là, et parce qu’ils se déroulent dans un « territoire » particulier, celui du « champ de la production symbolique » (à savoir ces « symboles » particuliers que sont les œuvres d’art).

En l’espace de quelques jours, trois pays de la région ont été concernés par le phénomène. (...)

La troisième décapitation a concerné, toujours ces jours derniers, le monument érigé en hommage au romancier et critique égyptien Taha Hussein, le ministre de l’Enseignement (à la fin des années 1940), qui disait que « l’éducation est comme l’eau et l’air ». C’est d’ailleurs cette phrase qui figurait sur le socle de la statue érigée à Minieh, sa ville natale. A l’évidence, les mêmes intentions président là encore à cette exécution posthume et symbolique. Honni par les franges les plus obscurantistes – voir ce billet, écrit du temps de Moubarak, quand les textes de cet auteur étaient retirés des programmes scolaires… –, Taha Hussein, l’homme devenu aveugle dans sa petite enfance par la faute de l’ignorance de ses parents, symbolise en Égypte et ailleurs dans la région, les Lumières de la raison et du savoir. Étrangement, les destinées d’al-Maarri et de Taha Hussein sont d’ailleurs étroitement liées. Comme le rappelle l’écrivain syrien Khalil Suwayleh, auteur d’un des articles du dossier réuni par Al-Akhbar sur cette question, la thèse soutenu par le critique égyptien portait précisément sur Al-Maari. Et celui qu’on surnommait le « doyen des lettres arabes » avait également souhaité honorer son lointain modèle en finançant la construction d’un monument ainsi que la réédition de ses œuvres… (Culture et politique arabes)


Plus : http://cpa.hypotheses.org/4201

more...
No comment yet.