Haïti : Marasme économique, transmission des savoirs et langues (5 de 6) | Education en Haiti | Scoop.it

Les effets négatifs de la surtaxation du café et des bas prix payés aux cultivateurs ne se reflètent pas uniquement dans la baisse de la production de cette denrée. En effet, tandis qu’Haïti n’arrive pas à remplir le quota des 300,000 sacs de café de 60 kilos autrefois alloué par l’Organisation Internationale du Café, elle développe un commerce informel de cette denrée avec la République Dominicaine [1]. La contrebande de café progresse à cause des prix plus élevés payés hors douane par les acheteurs dominicains [2]. Par exemple, en l’an 2000, pendant qu’Haïti payait 0.22 $US la livre au producteur, la République Dominicaine payait 0.68 $US, soit trois fois plus. Selon les études de l’Instituto de Desarollo de la Economia Asociativa (Institut de Développement de l’Économie Associative), depuis le milieu des années 1970, chaque année, plus de 50,000 sacs de café en provenance d’Haïti sont importés informellement et réexportés par la République Dominicaine. Durant l’exercice 2004-2005, les expéditions informelles de café vers la République Dominicaine se sont chiffrées à 160,000 sacs [3]. Les dernières estimations indiquent que 28% de la production haïtienne est exportée ainsi sans enregistrement [4]. Les Dominicains sont très actifs dans les campagnes haïtiennes. Ils achètent des coopératives, achètent du café sur pied et font une concurrence active aux spéculateurs haïtiens. De plus, le chômage en milieu rural en Haïti a encouragé les paysans haïtiens à se rendre dans le pays voisin pour participer non seulement à la coupe de la canne à sucre (zafra) mais aussi à la récolte de café [5]. Cette situation s’observe dans les divers domaines de l’agriculture dominicaine, où 64% de la main d’œuvre est d’origine haïtienne [6]. De manière générale, la dégringolade globale, devenue évidente avec l’embargo de 1992-1994, a vraiment commencé longtemps auparavant. Comparativement aux 90 millions de $US de recettes d’exportation enregistrées en 1980, les 18 millions de $US exportés en 1990-1991 après l’embargo constituent une preuve irréfutable [7].

La vision déficiente des dirigeants

Si notre tentative d’explication du marasme économique repose dans une large mesure sur la taxation abusive du paysan cultivateur, il faut y ajouter l’incapacité traditionnelle de nos dirigeants à élaborer et à mettre en œuvre des politiques économiques appropriées aux exigences de l’heure. Ainsi, en s’obstinant à surtaxer le café, ils n’ont jamais rien fait pour diversifier la production agricole et de prévenir, tous les deux ans, les réductions des recettes d’exportation du café imputables à ce que les spécialistes appellent le cycle biennal de la production de café : à une bonne récolte de café succède une mauvaise, car les arbustes se reposent en quelque sorte avant de redonner leur plein rendement.

 


Via Charles Tiayon