Live-Report : Madeon @ La Machine du Moulin Rouge (Paris, December 5th, 2012) | DJs, Clubs & Electronic Music | Scoop.it

Reportage : Ludovic Rambaud - 2 extraits vidéo sont sur http://www.facebook.com/ludovicrambaud

 

Dès 21h, une longue file d'attente occupe le parvis de La Machine du Moulin Rouge, le club accolé au célèbre cabaret du même nom. A l'entrée, le flux est assez lent et les cartes d'identité sont contrôlées, ce qui a occasionné quelques scènes de frustration bien compréhensibles. Madeon draine un public jeune, entre adolescents et jeunes de son âge. Une dérogation avait d'ailleurs été consentie à l'établissement pour accueillir les jeunes à partir de 16 ans. En dessous, il fallait être accompagné d'un parent. Une fois ces formalités mises de côté, la soirée conservait quelque chose de très excitant, même si le club a mis du temps à se remplir, très difficile à chauffer comme il se doit. La mission avait été confiée au duo Beataucue, signé sur le label Kitsuné. A cause de contraintes techniques évidentes, le duo a dû se réfugier en hauteur sur le balcon, à droite de la scène, ce qui leur a donné une visibilité très faible. Le public semblait d'ailleurs parfois ignorer qu'il ne s'agissait pas d'un simple CD mixé. Dans ces conditions, difficile de mettre vraiment le public dans le bain, malgré le mix percutant, varié et fluide du jeune duo français.

Très parsemée pendant cette première partie, la salle s'est remplie d'un seul coup vers 22h45, quand le rideau s'est levé pour dévoiler l'architecture de ce nouveau show Live tellement attendu. Peu avant, en coulisses, j'ai découvert un Hugo trépignant d'impatience depuis déjà une bonne heure et demi, à la fois stressé et heureux de se produire à Paris. Si, à l'étranger, et notamment en Angleterre, il y a un engouement palpable autour de chacune de ses apparitions (souvent sold-out), le facteur risque est toujours plus grand en France, surtout à Paris. On sentait donc la pression monter peu à peu, même si l'équipe vidéo ( http://www.vimeo.com/Chivteam ), elle aussi basée à Nantes (comme Madeon), semblait très sereine et détendue.

J'en ai d'ailleurs profité pour en savoir un peu plus sur la partie vidéo du Live et l'historique de la collaboration entre cette jeune équipe de vidéastes nantaise et le DJ-producteur. Il s'avère que tout a commencé entre eux avant même la mise en ligne de la célèbre vidéo 'Pop-Culture', véritable détonateur du phénomène Madeon. Une simple histoire d'amitié donc et beaucoup de hasard, qui a conduit la Chivteam à suivre Madeon dans tous ses projets, jusqu'à réaliser le clip 'Finale'. En toute logique, c'est cette même équipe vidéo qui assure les captations Live de la tournée européenne, avec en prime un angle road-movie qui sera prochainement exploité. Pour ce nouveau show, j'apprends donc que l'équipe travaille sur le logiciel de veejaying Resolume, que Madeon supervise lui-même la création des visuels et qu'il dispose sur scène d'un Launchpad dédié au choix de ses différentes banques d'images. J'apprends aussi qu'environ 60% du show est conçu à l'avance, par souci de synchronisation et pour répondre aux contraintes techniques du light-jockey et du video-jockey… Mais surtout pour permettre la scénographie dans sa globalité, conçue au passage par un "ingénieur" Anglais qui a bossé avec The Prodigy, entre autres.

Peu de temps après, Madeon parvient de moins en moins à cacher son excitation, et me confie alors redouter les bugs techniques. C'est déjà arrivé récemment, en Allemagne, où toute la configuration a planté après quelques minutes seulement de Live. Une situation gênante que le Nantais a apparemment surmonté avec une étonnante facilité, en faisant frapper son public dans les mains, sans musique, le temps que le système soit à nouveau opérationnel… Pas simple !

Pile à l'heure, le rideau s'est effacé pour laisser apparaître une scène agencée de manière assez symétrique. Un gros écran en forme de losange occupe le fond de la scène, avec deux rangs de lumière sur chaque côté du DJ Booth. Ce dernier offre une belle transparence sur le devant, et accueille trois Launchpad (le fameux contrôleur Midi adopté par Madeon pour réaliser ses Mash-Up). L'ensemble est à la fois simple et impressionnant au niveau visuel. L'intro musicale est lancée à distance, puis Madeon s'avance d'un pas décidé vers la scène.

Le public, compact, dégaine ses smartphones pour traduire son adoration et mettre en confiance le jeune artiste, qui commence donc sa prestation avec un premier drop ravageur. L'ambiance est loin d'être frileuse dans le public, fan jusqu'à chanter chaque passage vocal lancé par Madeon. Ce dernier ne joue pratiquement que des remixes, collaborations et inédits de son propre cru. Mais on a aussi pu savourer quelques minutes d'autres morceaux, parmi lesquels 'Nobody Rules The Street' de Brodinski, quelques notes de la Swedish House Mafia ou bien encore le classique rock de Blur 'Song 2'. L'aspect mash-up est donc transposé sur scène, l'énergie est assez intense, avec très peu de répit. Visuellement, ça flashe, ça crépite et ça contraste avec le fait que le visage de Madeon n'est jamais éclairé. Seules ses jambes (à travers la transparence de sa cabine DJ) et sa silhouette transcrivent ses émotions. Musicalement, on est loin du sens pop et funky de ses compositions. On dispose ici d'une énergie clairement plus orientée Club et dancefloor. Le public y est d'ailleurs très réceptif. Plus il y a de basse, plus il y a de synthés électro, plus le public grogne son bonheur. En Live, Madeon sait donc s'adapter avec du "gros son".

Si l'efficacité du show est incontestable, la prise de risque sur scène est minime. Madeon ne s'expose pas outre-mesure et semble profiter du moment pour se défouler et prendre du plaisir. On le voit ainsi sauter et se tordre de plaisir comme un rocker. Les transitions pré-enregistrées ne sont pas toutes dissimulées et l'utilisation des Launchpad, pourtant bien mis en avant sur scène, n'est pas celle à laquelle on s'attend forcément. Les Pads s'allument parfois de manière aléatoire, utilisés sciemment comme des jeux de lumière, alors qu'on en attend aussi un usage plus musical… En dehors de quelques passages clairement improvisés, ce n'est pas le cas. Plus que les Launchpad, l'élément clé du mix s'avère en fait être un contrôleur Xone K2, invisible depuis le public. Au final, Madeon joue plus avec les effets qu'avec ses différentes banques de son, ce qui a laissé un goût amer chez certains.

C'était d'ailleurs le grand débat d'après-concert : quelle part exacte de pré-enregistré y a-t-il dans ce show, pourquoi une prise de risque finalement si minime…? Un débat de puristes finalement, très franco-français, qui vient réveiller les rumeurs sur le talent et le parcours de notre jeune surdoué. Des rumeurs infondées qui appuieraient la théorie du montage de toute pièce, qui affirmeraient sans preuve que Madeon n'est pas l'auteur de ses morceaux, qu'il est trop doué pour quelqu'un issu de la nouvelle génération Internet… Des "on-dit" qui n'ont, selon moi, aucun fondement et aucune crédibilité.

Ce que je retiens de ce Live, c'est l'alchimie entre Madeon et son public. Pour un artiste de 18 ans, c'est déjà en soi une performance remarquable d'avoir une telle fan-base. Quant au Live en lui-même, il fonctionne à merveille et il se place dans la logique des productions actuellement sur le marché. Il répond donc là encore à la demande, avec une scénographie visuelle efficace, qui en met plein les yeux. Clairement, Madeon se situe quelque part entre Deadmau5 et Daft Punk. Il dispose déjà d'une discographie incroyable, qui lui permet de produire 1 heure de Live de très haute facture.

Alors au final, tous ces éléments soulignent la précocité admirable du jeune Français, qui assume et croque à pleine dent la vie d'artiste qu'il est en train de mener. Une vie qui le conduit actuellement en bus sur les routes d'Europe, accompagné d'une équipe de plusieurs personnes. Une vie de contraintes et de rapports avec le public qui ne conviendrait pas du tout au premier imposteur venu. Une vie qu'il faut désirer du plus profond de son âme afin de la savourer et la faire durer. Une vie qui créé la jalousie et la vindicte aigrie de l'ancienne génération et d'une mince partie du public, qui n'a juste pas encore compris que la musique électronique était une musique de consommation comme les autres et qu'elle répondait ainsi aux logiques d'un système industriel.

Madeon, lui, a compris tout ça dès son quinzième anniversaire. Respectons donc son parcours, son intelligence et son potentiel hors norme, qui fait de lui la probable nouvelle star incontournable des prochaines années !

 

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Pour mémoire, retrouvez une partie de l'interview que j'avais faite en Juillet pour Only For Dj's avec Madeon sur : http://www.onlyfordj.fr/magazine/interviews/4660-extraits-bonus-de-linterview-de-madeon