Paris plein, Paris vide. Les paysages de périphéries dans les séries policières françaises - Métropolitiques | Detroit | Scoop.it

La ville vidée : la friche entre abandon et réappropriation criminelle :

 

Alors que l’urbanisation renvoie assez spontanément à l’idée de concentration […], il se trouve qu’elle construit, en raison même de ses logiques, des espaces où les « vides » (non bâtis) sont légion et même souvent plus vastes que les « pleins ». Ainsi, le fond même de l’urbanisation serait autant la production du vide et du délaissé que celle du plein et du bâti (Lussault 2011, p. 44).

 

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Le second choix est celui de l’éloignement jusqu’aux territoires périurbains. Il est logique que la recherche de l’espace le plus vide, le moins fréquenté, le plus immobile pousse les équipes de tournage de Braquo vers les forêts (au tournant des saisons 1 et 2) et les champs (saison 2) d’Île-de-France. Ce sont les lieux choisis pour les détentions clandestines, les rendez-vous discrets, les règlements de compte sans témoin. L’open field en particulier peut constituer un équivalent visuel de l’état psychologique des personnages, qui apparaissent eux-mêmes « vidés ». Le paysage peut donc avoir une valeur métaphorique, notamment lorsqu’il confine à l’abstraction, comme c’est le cas dans l’exemple ci-dessous : il défile, derrière les vitres de la voiture, réduit à des masses floues et informes, donnant aux périphéries des allures de limbes.