Introduction:                                                                               

Pour une acoulogie

 

   Nous vivons tous avec les sons. Ils nous accueillent dans la nuit utérine. Ils nous dérangent, mais aussi nous alertent. Nous agressent, mais parfois aussi nous mènent au ciel. Ils nous orientent,  et nous désorientent. Et voilà ce que nous faisons avec eux: nous les négligeons, les contournons, et ne parlons plus que de leurs sources. Ou bien  de leur effet sur nous, dont nous nous enveloppons narcissiquement. Leur nature à eux, leur être, sont rejetés par nous dans l’oubli ou l’indifférence. De plus, nous les trions et les parquons. A certains nous mettons l’étiquette “note de musique” et aux autres, celle,  en français irrémédiablement péjorative, de “bruit”. Grincements de porte, murmures du vent, grondements sourds des vieux ascenseurs dans leurs cages, tous n’ont pour les désigner que ce pauvre substantif. Sur les notes musicales, nous raffinons dans la distinction exquise, tandis qu’à propos des bruits, les mots les plus vagues et les concepts les plus grossiers nous paraissent suffisants...