Le xxe siècle est pour la philosophie le siècle de l’affirmation des rationalités scientifiques et celui de la crise de la raison proprement philosophique. La question du langage et des langues est au croisement de ces deux mouvements de sens inverse. C’est pour cela que le xxeest aussi le siècle de la poésie entendue comme recours pour la philosophie, comme manifestation du pouvoir de la parole. Les grands poètes de ce siècle, de leur côté, depuis Mallarmé, ont expressément affirmé une fonction d’expressivité ontologique et développé des poétiques réflexives fortement philosophiques. La rencontre de la poésie, de son muthos, qui a été constitutive de la formation du logosavec Platon, fut une mauvaise rencontre pour la poésie puisque Platon chassa Homère de la cité après l’avoir couronné de fleurs. À la fin de l’histoire de la métaphysique occidentale, la situation semble s’inverser. Constatant l’épuisement de la métaphysique, sanctionné par le triomphe du logosdevenu volonté technique de puissance, le dernier métaphysicien, Heidegger, ouvre une rencontre finale où la poésie cette fois est prise, avec Hölderlin, comme guide en vue d’un philosopher poétisant ou d’un poétiser philosophant. La question de la poésie est l’envers ou l’endroit de la question de la rationalité.