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Les USA, la guerre, Obama, Bush, l'Irak et la Syrie

Un article de 2010 (...) selon lequel la "guerre secrète" s'étendrait globalement sous l'administration Obama : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/06/03/AR2010060304965.html

 

A l'heure où les relations semblent houleuses entre les USA et la Syrie, menaces d'interventions à l'appui, on se souviendra peut-être de l'intervention de Bush en Irak face à une hypothétique présence d'armes de destruction massive. Au nom de la Paix et de la démocratie, faut-il le préciser. Aujourd'hui, le régime syrien détiendrait et aurait utilisé des armes chimiques face à des civils...

 

De quoi évoquer les paroles de la chanson "We need a war", de Fisherspooner : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4004953154/fischerspooner-we-need-a-war

 

Il est sans doute trop tôt pour dire qu'il y aura une intervention militaire en Syrie. De plus, les situations ont des dissemblances. Il ne faut pas généraliser. Cependant, l'antiaméricanisme d'hier semble bien frileux à poser des questions aujourd'hui...

 

> Voir aussi ce "Lexique médiatique de la guerre de Libye" sur Acrimed (2011), par Julien Salingue, pour qui les mots utilisés en 2013 ont un air de "déjà vu" : http://www.acrimed.org/article3561.html

 

A rappeler que le président des Etats-Unis Barack Obama a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2009 : http://nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/2009/


Je traite de la question du traitement médiatique des USA par les médias belges et français dans mon livre "Médias : influence, pouvoir et fiabilité" : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38392

Julien Lecomte's insight:

Edit 11/10/2013 : http://www.lalibre.be/actu/international/journalistes-espionnes-deputes-terrorises-la-politique-mediatique-musclee-du-gouvernement-obama-5257d0063570d36e85e2dd1b

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Chroniques inédites (Philosophie, médias et société)
Chroniques personnelles publiées également sur Tumblr (http://julien-lecomte.tumblr.com), mais pas sur http://www.philomedia.be : prises de position, études de cas, analyses critiques... Thèmes : philosophie (épistémologie et éthique), médias, enseignement et société
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Cachez cette pub que je ne saurais voir

Les modules permettant de masquer ou bloquer les publicités ont de plus en plus de succès sur la toile. Ils représentent un vrai Casse-tête pour les diffuseurs de contenus. 

 

« Si c’est gratuit, vous êtes le produit », c’est le titre d’une vidéo assez célèbre sur le net expliquant comment fonctionne en partie l’économie du web. Comme le journal Metro ou encore les chaines de télévision privées (RTL-TVI, TF1, M6, etc.), la plupart des sites « grand public » sont financés principalement par la publicité.

 

Les tarifs publicitaires sont établis en fonction du public-cible. Sur Internet, il est possible d’estimer celui-ci en fonction de l’audience du site. Cependant, comme pour la télé et la radio, des études constatent que les publicités sont loin d’atteindre toutes les personnes qui composent cette audience. Certains baissent, voire coupent le son durant les pauses publicitaires. D’autres zappent ou s’éloignent du poste. Cela a pour conséquences que le public effectivement touché par la publicité est bien moindre que la cible potentielle.

 

Capter l'attention

 

Sur le web, nombreux sont les encarts publicitaires et autres « pop-ups » intempestifs. De plus en plus, des modules (logiciels) peuvent être ajoutés à votre navigateur pour bloquer ces publicités : Adblock Plus, Adblock Edge, etc. Ainsi, non seulement les internautes peuvent choisir de ne pas prêter attention à une publicité, mais ils peuvent en plus carrément les éradiquer de leur champ de vision, au grand dam des annonceurs et des diffuseurs de contenus.

 

Les acteurs de l’économie du web doivent s’adapter. Déjà, ils sont obligés de constater que l’audience d’un site ne permet pas de mesurer le « taux d’engagement » d’une publicité. Ainsi, ils se réfèrent davantage au nombre de vues ou au nombre de clics, par exemple. Sachant qu’il existe des robots visant à faire monter artificiellement les statistiques de clics sur une publicité, ces indicateurs doivent également être contrôlés et pondérés (exclusion des adresses qui font un trop grand nombre de clics). Mais tout cela ne suffit pas.

 

La recherche de nouveaux modèles de financement est prépondérante dans la presse. Si certains n’ont pas l’air de trop s’en faire, comme Facebook, qui a su monétiser rapidement les données extrêmement ciblées partagées gracieusement par ses utilisateurs, des acteurs traditionnels ont plus de difficultés. Les revenus publicitaires générés par Internet permettent rarement de compenser la perte conjointe des abonnements payants et des revenus publicitaires occasionnés par une version papier, dans un contexte concurrentiel encore plus rude qu’avant. Tous les médias traditionnels ont aujourd’hui une version web multimédia (articles écrits, podcasts, vidéos, photos, images animées, infographies…), et à ceux-ci s’ajoutent les « pure players » (Huffington Post, Slate, Buzzfeed qui n’ont qu’une version en ligne), les réseaux sociaux (Facebook) et autres sites de divertissement (Youtube).

 

Plusieurs titres de presse, comme La Libre ou encore Le Soir, ont fait le choix de proposer un système d’abonnement en complément (comme Le Monde) ou à la place de la publicité (comme Mediapart). Cela pose la question de l’accès à l’information et à la culture : tout le monde n’a pas les moyens (ou ne perçoit pas l’utilité d’allouer des moyens) à la culture et à l’info. A ce niveau-là, les aides publiques (directes et indirectes) octroyées par l’Etat ont probablement un rôle à jouer.

D’autres demeurent tributaires à 100 % de la pub, comme Facebook, Buzzfeed, etc. En conséquence, ils privilégient les contenus qui font du clic et des vues, indépendamment de leur qualité. En outre, ils mettent en place de plus en plus de stratégies pour ne pas perdre l’attention du public pendant la publicité, avec des détecteurs de bloqueurs de pubs ou encore des écrans publicitaires qui se mettent en pause lorsque vous quittez la page de visionnage...

Enfin, certains optent pour le financement participatif (basé sur les dons), comme les magazines de fond Medor, XXI ou 24h01… Sachant que la durabilité de ce modèle pose question.

Julien Lecomte's insight:

Article sur le financement de la presse et du web, initialement paru dans le trimestriel de la COJ : http://coj.be/wp-content/uploads/2015/05/LE-COJ-05-28-avril-2015-web.pdf (p. 22)

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Il m'a fallu un peu de temps avant d'écrire #CharlieHebdo

Il m'a fallu un peu de temps avant d'écrire. Le temps que l'émotion redescende. Le temps d'une nuit, une nuit à repenser à tout ce que j'ai pu lire, voir ou entendre hier.

Le temps, puisqu'il en est question, est au recueillement et aux hommages aux victimes. Comme beaucoup, je me joins au soutien à leurs familles et à leurs proches. L'heure est à la tristesse et au respect des défunts et du deuil.

Plus tard viendra le temps de la réflexion. Il importe que cela soit plus tard. D'abord, comme je l'ai dit, par respect. L'heure n'est pas aux analyses ou aux stratégies politiciennes. Ce serait malsain. Ensuite, parce que l'émotion est grande, elle est forte, elle nous touche dans nos libertés individuelles et collectives. Il y a eu de la destruction. Il faudra prendre le temps de reconstruire (voire de construire quelque chose de neuf).

Grâce au courage de personnalités publiques et à celui de plusieurs de mes proches de tous milieux que je lis sur les réseaux sociaux, j'ai envie d'avoir espoir.

Je lis d'abord cette retenue, cette tristesse partagée, cette indignation, cette incompréhension. De la colère, aussi, légitime face à une telle folie, absurde, injuste. Je lis ce sentiment humain d'empathie avec les victimes et leurs proches.
Non, nous ne sommes pas tous des barbares. Non, nous n'acceptons pas ces actes criminels. En tant qu'individus, nous ne sommes pas d'accord avec cela. Je vois des rassemblements de foules, par milliers, par millions, debout dans la rue, pour signifier leur soutien à Charlie. Des millions de messages sur les réseaux sociaux également #JeSuisCharlie #CharlieHebdo.

Je vois ensuite de la peur et de la raison. De la peur que ce tragique événement engendre ou renforce des amalgames ou des tensions.
Non, les musulmans ne sont pas tous comme cette poignée de terroristes qui ont une lecture particulière de leur religion. Je ne pense pas que les musulmans doivent s'excuser des crimes commis en leurs noms. Dois-je m'excuser si un homme tue sa femme au nom de la masculinité ? Cependant, je ne peux que saluer la prise de parole de tous ces musulmans qui prennent la peine de condamner ces actes. Parmi les personnalités publiques, il y a eu notamment Hassen Chalghoumi ( http://www.bfmtv.com/societe/la-communaute-musulmane-condamne-l-attentat-contre-charlie-hebdo-856227.html ), Tareq Oubrou ( http://www.sudouest.fr/2015/01/09/en-video-le-preche-sans-concession-de-tareq-oubrou-a-la-mosquee-de-bordeaux-1791654-2780.php ), Mohamed Ramousi ( http://www.lalibre.be/actu/international/apres-l-attentat-contre-charlie-hebdo-il-est-urgent-d-etre-lucides-54ad878c3570d587e32a2005 ), Muhammad Tahir-ul-Qadri ( http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/02/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme_1313557_3214.html ) ou encore Tariq Ramadan ( https://www.facebook.com/official.tariqramadan/posts/1010354452312184 ). A cela s'ajoutent des communiqués signés par des collectifs d'associations ( http://mrax.be/wp/charlie-hebdo-un-collectif-dassociations-reagit/ ) et autres messages publics ( http://www.europe1.fr/societe/musulmans-de-france-entre-peur-et-condamnation-2340445 ). Ils l'ont dit haut et fort : cela n'est pas la religion, c'est même le contraire de l'islam, tel qu'il est pratiqué en tout cas par une majorité de croyants. Parmi mes amis musulmans, plusieurs ont pris la parole également. Je pense que c'est important et je ne peux que saluer leur courage.
Je salue aussi le travail journalistique consistant à répéter - pour une fois, c'est un fait rare dans certains médias français ! - qu'il ne faut pas stigmatiser une population. Plusieurs de mes amis belges et français ont cette crainte que la communauté musulmane soit une victime collatérale, à l'heure où Le Pen, Zemmour ou encore récemment Houellebecq ont tribune libre dans l'espace public.
En outre, je lis des appels à la décence et à l'apaisement, ce qui encore une fois me semble la moindre des choses pendant cette période de deuil et d'émotion. Nos pensées vont également au policier Ahmed, lui aussi victime du carnage, et à sa famille.

Je vois la peur et la raison, encore, dans le souci par rapport aux libertés fondamentales.
Les libertés individuelles, d'une part, que certains ont peur de voir rongées encore un peu plus par des dérives sécuritaires, par encore plus de surveillance et de suspicion ( lire par ex. http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974 ).
La liberté de la presse, la liberté d'expression, d'autre part. Cet attentat a une charge symbolique très forte. En France en 2015, des individus, des dessinateurs et des journalistes, ont été tués pour leurs idées. La peur est légitime. De grands caricaturistes belges comme Geluck, Vadot, Kroll ou DuBus ( http://www.lalibre.be/actu/international/charlie-hebdo-geluck-effondre-dubus-par-terre-54ad50a03570b311404dd01b ) ont exprimé combien un tel drame les a horrifiés : quand on choisit les mots et les images, la plume ou le crayon, c'est peut-être justement parce que ce sont des outils qui ont plus de valeur que les armes, et que l'on ne veut pas devoir prendre les armes. Faire couler de l'encre plutôt que du sang.
(Des centaines de dessins, encore : http://www.lefigaro.fr/culture/2015/01/07/03004-20150107ARTFIG00465--charlie-hebdo-l-hommage-international-en-dessins.php - http://www.lesoir.be/751896/article/actualite/france/2015-01-07/charlie-hebdo-un-hommage-en-dessins - http://www.slate.fr/story/96551/charlie-hebdo-dessins )

J'ai envie d'avoir espoir parce que j'observe toutes ces femmes et tous ces hommes prendre la parole et (ré)affirmer ainsi que les mots (et par extension, je l'espère, le dialogue, la discussion) ont plus de sens que les armes. Il y a d'autres moyens pour exprimer un désaccord que la violence - car justement, on a le droit de ne pas être d'accord, d'être choqué, d'être en colère... Il faudra que justice soit faite, que les crimes soient punis, comme il se doit. En parallèle, j'ai le souhait que la paix, les valeurs et les libertés triomphent de l'absurde. Que le constructif triomphe de la destruction. Que les mots, les textes, les paroles et les dessins fassent plus de bruit que les canons. Non, nous ne laisserons pas la terreur triompher. Nous ne laisserons pas les armes prendre le pas. Cette nuit, les foules scandaient : "Charlie n'est pas mort", "Liberté d'expression"... Continuons à ne pas laisser gagner l'absurdité.

Julien Lecomte's insight:

Pour ceux que ça intéresse, j'ai pu lire aujourd'hui et hier des articles qui m'ont fait réfléchir. Je les partage ici.Ceux-ci NE reflètent PAS nécessairement mon opinion, voire sont contraires à ce que je pense sur certains points, mais ils existent et ont ceci de commun qu'ils n'appellent pas à la violence ou à la haine (critère qui jette pour moi le discrédit sur l'article et son auteur) et qu'ils représentent souvent une mise en question "de l'intérieur" et pas dirigée envers "l'autre" (Ricoeur disait que "l'idéologie n'est jamais assumée en première personne : c'est toujours l'idéologie de quelqu'un d'autre").Ce sont des appels à la raison, à l'analyse, au dialogue et/ou à la (re)construction.Dans l'optique dans laquelle je les partage, ils ne remettent en rien en cause la légitimité et l'importance du respect, du deuil et de l'émotion, de même qu'ils n'atténuent en rien la gravité des crimes commis.Enfin, mon but n'est pas de débattre de ces articles (pas ici en tout cas), mais d'apposer des points de vue et de questionner (de manière non exhaustive) différents enjeux liés aux actes terroristes récents.Il convient donc de les lire en entier, à froid, et de se faire sa propre opinion :

- Street Press - Pourquoi l'attentat nous rend déjà cons : http://www.streetpress.com/sujet/1420713927-attentat-charlie-hebdo-edito

- Mathias Delori - Ces morts que nous n'allons pas pleurer http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

- Rue89 - Après Charlie Hebdo : "l'hystérie sécuritaire ne protège pas" http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974

- Xavier De la Porte - Charlie Hebdo : la "force incroyable" du dessin http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/09/charlie-hebdo-force-incroyable-complexe-dessin-256987

- Slate.fr - Le blasphème, provocation inutile ou pratique essentielle à la démocratie ? Aux Etats-Unis, l'attentat contre Charlie Hebdo relance le débat http://www.slate.fr/story/96619/etats-unis-attentat-charlie-hebdo-debat-blaspheme

- Ruwen Ogien - Que reste-t-il de la liberté d'offenser ? http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/mon-blog/2015/01/que-reste-t-il-de-la-libert%C3%A9-doffenser-.html

- Abdennour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html (et une réponse aux thèses de A. Bidar par Adel Taamalli, qui est également dans un questionnement mais de l'ordre de la conciliation plutôt que de la réforme http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-1-4.html - http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-4-4.html )

- BC, sur Arret sur Images - Je ne suis pas Charlie. Et croyez moi, je suis aussi triste que vous http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366

- Christian Salmon - Nous sommes eux et ils sont nous http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/120115/nous-sommes-eux-et-ils-sont-nous
- Mon désarroi par rapport à une prof qui parle de Charlie à ses élèves http://www.scoop.it/t/didactique-education-pedagogie/p/4035097366/2015/01/12/mon-desarroi-par-rapport-a-une-prof-qui-parle-de-charlie-a-ses-eleves

- Frédéric Lordon - Charlie à tout prix ? http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix

- Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie » - http://www.ujfp.org/spip.php?article3768

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Julien Lecomte's curator insight, January 12, 4:08 AM

Pour ceux que ça intéresse, j'ai pu lire aujourd'hui et hier des articles qui m'ont fait réfléchir. Je les partage ici.Ceux-ci NE reflètent PAS nécessairement mon opinion, voire sont contraires à ce que je pense sur certains points, mais ils existent et ont ceci de commun qu'ils n'appellent pas à la violence ou à la haine (critère qui jette pour moi le discrédit sur l'article et son auteur) et qu'ils représentent souvent une mise en question "de l'intérieur" et pas dirigée envers "l'autre" (Ricoeur disait que "l'idéologie n'est jamais assumée en première personne : c'est toujours l'idéologie de quelqu'un d'autre").Ce sont des appels à la raison, à l'analyse, au dialogue et/ou à la (re)construction.Dans l'optique dans laquelle je les partage, ils ne remettent en rien en cause la légitimité et l'importance du respect, du deuil et de l'émotion, de même qu'ils n'atténuent en rien la gravité des crimes commis.Enfin, mon but n'est pas de débattre de ces articles (pas ici en tout cas), mais d'apposer des points de vue et de questionner (de manière non exhaustive) différents enjeux liés aux actes terroristes récents.Il convient donc de les lire en entier, à froid, et de se faire sa propre opinion :

- Street Press - Pourquoi l'attentat nous rend déjà cons : http://www.streetpress.com/sujet/1420713927-attentat-charlie-hebdo-edito

- Mathias Delori - Ces morts que nous n'allons pas pleurer http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

- Rue89 - Après Charlie Hebdo : "l'hystérie sécuritaire ne protège pas" http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974

- Xavier De la Porte - Charlie Hebdo : la "force incroyable" du dessin http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/09/charlie-hebdo-force-incroyable-complexe-dessin-256987

- Slate.fr - Le blasphème, provocation inutile ou pratique essentielle à la démocratie ? Aux Etats-Unis, l'attentat contre Charlie Hebdo relance le débat http://www.slate.fr/story/96619/etats-unis-attentat-charlie-hebdo-debat-blaspheme

- Ruwen Ogien - Que reste-t-il de la liberté d'offenser ? http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/mon-blog/2015/01/que-reste-t-il-de-la-libert%C3%A9-doffenser-.html

- Abdennour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html (et une réponse aux thèses de A. Bidar par Adel Taamalli, qui est également dans un questionnement mais de l'ordre de la conciliation plutôt que de la réforme http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-1-4.html - http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-4-4.html )

- BC, sur Arret sur Images - Je ne suis pas Charlie. Et croyez moi, je suis aussi triste que vous http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366

- Christian Salmon - Nous sommes eux et ils sont nous http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/120115/nous-sommes-eux-et-ils-sont-nous
- Mon désarroi par rapport à une prof qui parle de Charlie à ses élèves http://www.scoop.it/t/didactique-education-pedagogie/p/4035097366/2015/01/12/mon-desarroi-par-rapport-a-une-prof-qui-parle-de-charlie-a-ses-eleves

- Frédéric Lordon - Charlie à tout prix ? http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix
- Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie » - http://www.ujfp.org/spip.php?article3768

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Conference relations numeriques

Conférence donnée le 18/11/2014 au Forum des innovations en éducation (Schola ULB, Bruxelles) et le 09/12/2014 (Namur) pour l'Université de Paix asbl.

 

Dans cette présentations, nous exposons tout d’abord quelques idées reçues classiques à l’égard d’Internet et de ses usages.

Ensuite, nous passons en revue plusieurs pratiques typiques des jeunes sur le web. A partir de ces observations, nous identifions des repères pour comprendre comment les technologies modifient (ou non) nos rapports sociaux.

Enfin, nous formalisons un ensemble de pistes pour aborder la relation à travers ces nouveaux médias, non seulement au niveau des jeunes, mais aussi des adultes : comment prévenir les malentendus sur le web ? Comment y gérer un conflit ? Quelles sont les choses qui diffèrent par rapport à la vie « IRL » (In Real Life, « dans la vraie vie ») ?

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Réflexion matinale

L'idéologie & la place de la beauté physique est une question sous-jacente à celle des représentations des genres dans les médias/pubs/réseaux sociaux...

 

"X a changé sa photo de profil

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256 commentaires : "t'es trop belle ma bi(t)che <3" / "sexy !" / "canon !"/ "(bOObs)" / ..."

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Aussi abordé dans mon livre Médias : influence, pouvoir et fiabilité (2012)

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Comprendre les relations numériques

Comprendre les relations numériques | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

On pourrait croire que les personnes qui sont scotchées à leurs écrans n’ont plus de relations sociales. Or, des sociologues et des psychologues, notamment A. Casilli, se sont penchés sur la question et ont constaté qu’il s’agit d’une idée reçue. Au contraire, la plupart des pratiques sur le web ont une dimension relationnelle : commenter un statut ou un article, chatter, tweeter, « liker » un contenu, partager un article ou une opinion, etc.

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Sur la réflexivité dans les pratiques d’éducation aux médias et à l’information (Mediadoc 12)

Sur la réflexivité dans les pratiques d’éducation aux médias et à l’information (Mediadoc 12) | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Cet article propose une approche phi­lo­so­phique de la réflexivité dans les pra­tiques d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Tout d’abord, il sou­ligne les enjeux d’une relation réflexive en éducation, face au risque de for­mater l’apprentissage, en trans­mettant ou en figeant une lecture biaisée des médias et de l’information. Ensuite, il réin­troduit des consi­dé­ra­tions issues de la didac­tique, en tant que métho­do­logie pour penser les choix péda­go­giques lors des moments de sélection, de mise en place et d’évaluation des contenus et méthodes. Suivant ce point de vue, la pensée cri­tique dont il est question en EMI peut se carac­té­riser comme étant une attitude d’auto-évaluation durant laquelle un individu réfléchit à propos de ses propres manières de penser, de juger, ou encore d’enseigner.


Site de la Fédération des enseignants-documentalistes de l’Éducation Nationale 25 Rue Claude Tillier 75012 PARIS.


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Faut-il innover en pédagogie ?

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Faut-il innover ou ne pas innover, notamment en éducation aux médias (EAM) ? L’innovation semble recueillir un certain consensus et aller de soi dans un contexte mouvant, d’autant plus s’il est question de former les apprenants par rapport à leur avenir, plutôt que vis-à-vis de leur contexte immédiat. Il est ainsi question de les mettre face à des situations nouvelles afin que ceux-ci puissent apprendre à les dépasser en mobilisant des ressources.

Néanmoins, comme le pense Hubert Guillaud, il serait hasardeux de répondre à cette question de manière absolue :

 

« On peut certes innover sans questionner les finalités. Mais c’est pourtant bien elles qui demeurent tout l’enjeu de l’innovation et ce sont bien elles qu’il va falloir un jour mettre à plat » (http://www.internetactu.net/2014/03/25/innovation-innovation-innovation-innovation-innovation-innovation/)

 

Ce questionnement renvoie donc à la question des objectifs pédagogiques. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une problématique propre à l'éducation aux médias et à l'information. Cependant, elle est particulièrement présente dans la mesure où le contexte technologique et social est lui-même marqué d'innovation, voire d'appel à l'innovation. Or, une lacune que nous avons constatée dans plusieurs dispositifs didactiques en EAM repose dans l’absence de mise en perspective de l’adéquation entre les moyens utilisés (méthodes et contenus d’enseignement) et l’atteinte (ou non) des objectifs initialement fixés (On retrouve par exemple la confusion entre « éducation aux médias » et « éducation par les médias » : certains dispositifs postulent a priori que l'utilisation de telle technologie ou de telle application va favoriser une appropriation critique de ces outils, mais ce postulat n'est pas mis à l'épreuve). Pour le formuler simplement, si elles réfèrent clairement à des finalités, les pratiques pédagogiques doivent pouvoir être évaluées en tant que telles : fonctionnent-elles ? Par rapport à quels critères ?

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Infobèse toi-même

Infobèse toi-même | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Mon article "Infobèse toi-même" (http://www.scoop.it/t/chroniques-inedites/p/4003446453/2013/06/19/infobese-toi-meme) a été publié en version "revue, augmentée et corrigée" dans le magazine COJ#01 (édité par la COJ - http://www.coj.be).

 

Les concepts d’« information overload » ou d’« infobésité » sont assez courants aujourd’hui. Concrètement, ils veulent dire que nous sommes submergés d’information. Etant parfois de mauvaise qualité, celle-ci est assimilée à de la malbouffe : à trop en recevoir de toutes parts, nous deviendrions obèses, en surpoids de cette masse graisseuse d’infos…

De nombreuses sources (statistiques, infographies, etc.) pointent l’augmentation exponentielle de données en ligne, notamment. Chaque minute, des dizaines d’heures de vidéos sont ajoutées sur Youtube. Il est donc matériellement impossible d’en voir ne serait-ce qu’un millième. Une journée correspond quant à elle à des milliards d’emails envoyés, des centaines de millions de tweets publiés, des millions de photos postées, des centaines de milliers de sites créés… Et ce, rien que sur Internet (parce que oui, il y a encore de l'information diffusée ailleurs).

 

La question n’est pas neuve (comme en général lorsque l’on postule aveuglément que les « nouveaux » médias révolutionnent totalement le monde). Déjà « du temps des livres », on se posait la question du trop-plein d’informations. Le concept d’« information overload » date d’ailleurs des années 1970. Dans un article sur Internetactu.net en 2012, Xavier de la Porte remonte plus loin encore : « Alors que nous nous imaginons aujourd’hui engloutis par un torrent de données numériques, les lecteurs allemands du 18e siècle, par exemple, se percevaient comme infestés par une peste de livres, les livres se répandant telle une épidémie dans le lectorat ».

 

Le terme d’économie de l’attention date quant à lui de 1971, selon Wikipédia. Concrètement, cette notion signifie que l’abondance d’information est liée à la pénurie d’une autre ressource, consommée par cette info. Ce qu’elle consomme, justement, c’est notre attention. Le vrai problème, en somme, ce n’est pas l’abondance de données, mais qu’un cerveau humain soit incapable de les gérer en totalité.

 

Il est possible d’aller encore plus loin dans le raisonnement. En effet, d’énormes quantités de données étaient produites avant le numérique, mais aussi avant les livres, simplement par la parole et les actions de chacun. Avant les blogs, certains tenaient un journal intime, écrivaient des nouvelles et des poèmes, ou encore discutaient de divers sujets avec d’autres personnes. Avant Facebook, les gens appréciaient des contenus (« j’aime ») et en parlaient à leurs pairs, c’est-à-dire entre autres leurs collègues, leurs familles, leurs amis et leurs connaissances (« je partage », « je commente », « je recommande »).

 

La différence aujourd’hui, c’est que ces interactions, comportements et opinions informels sont numérisés, « formalisés » et stockés dans l’immense mémoire du web.

 

En bref, cette masse d’information n’est pas vraiment nouvelle : elle prend juste une forme différente, qui la rend potentiellement accessible plus durablement, éventuellement à une plus grande quantité d’individus, et ce d’une autre manière.

 

Il serait faux de croire que cela change radicalement la donne. En effet, il y a très peu de chances que je m’intéresse aux « likes » d’un inconnu à l’autre bout du monde, même si ceux-ci me sont accessibles. La vraie question au niveau des usages n’est pas celle de la masse de données dans l’absolu, mais de la masse de données à laquelle je m’expose, c’est-à-dire de celle qui est pertinente pour moi et qui m’est accessible.

 

Il demeure certain que des myriades de nouveaux contenus sont diffusées quotidiennement. A cela, on pourrait ajouter qu’il existe de nombreuses redondances et que la diversité est également un enjeu majeur, face à une uniformisation de la consommation. En effet, certains contenus sont massivement partagés et consultés, tandis que d’autres seront très vite relégués aux oubliettes du web.

 

Il n’est pas question de dire que le problème de la quantité de l’information disponible n’existe pas : effectivement, il y a de véritables enjeux à mener une réflexion sur l’optimisation de l’allocation de notre « temps de cerveau disponible ». Cependant, il est faux de laisser croire que le bruit présent sur le web rend sourds tout le monde : en effet, celui-ci ne nous atteint que lorsque nous nous y exposons… Par ailleurs et pour prolonger les métaphores, il peut être dommage de ne s’exposer qu’à la même soupe de mélodies pop formatées…

 

Sources citées :

- http://fr.slideshare.net/bradfrostweb/death-to-bullshit
- http://www.philomedia.be

- http://www.internetactu.net/2012/06/18/trop-de-livres-quelles-distinctions-de-valeurs-faisons-nous-entre-les-pratiques-et-les-technologies/.

- http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27attention

- http://leplus.nouvelobs.com/contribution/593409-pourquoi-les-nouveaux-medias-n-ont-pas-diversifie-l-info.html

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Dans « Médias : influence, pouvoir et fiabilité », vous avez été amené à questionner les rapports que les usagers entretiennent avec médias. Quelles stratégies éducatives mettre en place...?

Dans « Médias : influence, pouvoir et fiabilité », vous avez été amené à questionner les rapports que les usagers entretiennent avec médias. Quelles stratégies éducatives mettre en place...? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

 

"Dans votre ouvrage « Médias : influence, pouvoir et fiabilité », vous avez été amené à questionner les rapports que les usagers entretiennent avec médias. Quelles stratégies éducatives mettre en place en regard de ceux-ci ?"

 

Pour faire bref...

 

La question de la fiabilité est intrinsèquement liée à celle de la confiance.

 

La relation de confiance ou de méfiance que les individus entretiennent avec les médias peut être influencée par différents paramètres, qui ne sont pas toujours de l'ordre du critère factuel ou spécifique, mais plutôt sur du socio-affectif, des croyances, des idéologies ou appartenances sociales (prenons l’exemple des œillères politiques).

 

Quelque part, c’est lié à la question de la foi et de la croyance en général.

 

Dans un jugement (ou une croyance), plutôt que de décortiquer uniquement ce qui est jugé, il me semble intéressant d’étudier aussi la position de celui qui juge et enfin le processus de jugement lui-même.

 

Pour moi, la critique des médias – entendue comme analyse et non comme méfiance systématique – (et donc a fortiori l’éducation à cette analyse) doit être réflexive, et donc s’analyser elle-même. L'étude des médias passe par l'étude de notre relation (individuelle et sociale) à ces médias.

 

Vulgairement : critiquer les médias, c’est aussi critiquer la critique des médias.

 

Au niveau des enjeux éducatifs que cela soulève :

 

- Côté apprenant, cela conforte l’importance de mettre à plat les représentations initiales, les croyances, les préjugés et de comprendre sur quoi ils sont basés => vers une nuance.

 

- Côté enseignant, cela implique d’être soi-même au clair avec ses propres représentations, ses propres valeurs.

 

Pour moi, on loupe évidemment le coche si l’EAM est un prétexte pour remplacer les idées reçues des apprenants par celles des enseignants (cf. http://www.philomedia.be ).

 

Il y a en effet différentes sensibilités :

- personnes plus conservatrices, d’autres plus progressistes.

- certains adorent les nouvelles technologies et passeraient des heures sur le web, alors que d’autres ne lâcheraient leur craie et leur bon vieux tableau pour rien au monde.

- certains pensent qu’un cours d’EAM consiste à lyncher la DH, alors que pour d’autres, il n’y a pas de différence entre l’EAM et des cours de journalisme.

- ...

 

Pierre Lévy : paradigme pour évaluer la connaissance = « transparence » et « honnêteté » plutôt qu’« objectivité ».

 

Pas de pseudo « neutralité » entendue comme non-jugement : on attend des apprenants qu’ils jugent de manière autonome.

=> Pluralisme (varier ses méthodes)

=> Humilité

 

Varier les méthodes + être au clair avec ses propres tendances renvoient à des conseils didactiques de base… Des évidences pédagogiques ? Sur le terrain, cela ne semble pas toujours facile…

Julien Lecomte's insight:

Question préparée par Patrick Verniers dans le cadre de mon intervention au Salon de l'éducation, consistant à présenter les fiches réalisées par le Conseil supérieur de l'éducation aux médias (+ table ronde), le 16/10/2013 : http://www.educationauxmedias.eu/outils/introduction_transversale

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Causes toujours 30 (pdf)


Via Julien Lecomte
Julien Lecomte's insight:

Je me suis entretenu avec Julie VDK de l'asbl GSARA.

 

Thèmes abordés :

- médias publics, médias privés et pub

- stratégies de séduction des médias

- éducation aux médias

- la place de la critique et de l'analyse des médias : dans les médias "traditionnels" (MédiaTIC, MediaLog, Alain Gerlache, Le Petit journal, Vincent Glad...), dans des médias et projets alternatifs (Acrimed, @SI, Gsara, Media Animation...) ainsi que dans des instances (CDJ, CSA, CSEM, AJP...)

- journalisme et opinion

 

La retranscription de cet entretien figure pp. 18-21.

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Julien Lecomte's curator insight, September 26, 2013 9:04 AM

Je me suis entretenu avec Julie VDK de l'asbl GSARA.

 

Thèmes abordés :

- médias publics, médias privés et pub

- stratégies de séduction des médias

- éducation aux médias

- la place de la critique et de l'analyse des médias : dans les médias "traditionnels" (MédiaTIC, MediaLog, Alain Gerlache, Le Petit journal, Vincent Glad...), dans des médias et projets alternatifs (Acrimed, @SI, Gsara, Media Animation...) ainsi que dans des instances (CDJ, CSA, CSEM, AJP...)

- journalisme et opinion

 

La retranscription de cet entretien figure pp. 18-21.

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« Tout comme les trains, la presse déraille peut-être moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle » | IRM : Imagerie par Résonance Marketing

« Tout comme les trains, la presse déraille peut-être moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle » | IRM : Imagerie par Résonance Marketing | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Publié le 10 septembre 2013 par Julie Vanderkar (Gsara asbl)

Rencontre avec Julien Lecomte, titulaire d’un Master en information et communication, expert auprès du Csem (2012-2013), auteur du livre « Médias : influence, pouvoir et fiabilité » et qui traite notamment d’éducation aux médias.

 

Thèmes abordés :

- Fonctionnement des médias : publicité, économie et impacts sur les contenus et leur fiabilité (exemples : RTBF, RTL-TVI... + phénomènes clash, buzz, etc.)

- Agenda setting (Mc Combs & Shaw)

- Le(s) public(s) sont-ils demandeurs ? Divertissement, socialisation et/ou info

- Analyse critique des médias et médias critiques : Acrimed, Petit Journal, @rrêt sur images, MediaTIC, Medialog...

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Centaines de chaines TV, titres de presse multiples (mais uniformisés), radios et sites web : y a-t-il trop de médias d'info ?

En quelques années, on a pu assister à pas mal de changements dans le paysage médiatique belge francophone. Le dernier fait marquant en date est sans doute le rachat des journaux l'Avenir par Tecteo.

 

A cette occasion, @SzocEd écrit sur Twitter un vibrant hommage à Joe Dassin : "On lira Où tu voudras Quand tu voudras Et l'on s'aimera encore Lorsque l'Avenir sera mort".

 

Derrière ce tweet humoristique se cache une question de fond : et si, demain, tel ou tel titre de presse disparaissait ? Et si, comme en Grèce ou en Espagne, certaines de nos chaines de télévision étaient appelées à disparaitre ? Ces médias ont-ils toujours une utilité ?

 

En effet, en Belgique francophone, on a connu une forte démultiplication des médias.

 

En télévision, par exemple. Coté service public, on pouvait autrefois regarder la RTBF et la chaine locale de sa région. De longue date, la Belgique a également pu capter les chaines de télévision françaises, TF1, FR2, FR3... La RTBF décline aujourd'hui ses programmes sur trois chaines (et plus si affinités...). Il est désormais très simple de regarder par ailleurs les télés locales des autres régions. Coté privé, on a vu la naissance de deux chaines chez RTL (Club et Plug), ainsi que AB3 et AB4. Désormais, il faut ajouter à cela (en vrac) i>tele, BFMTV, StarTV, Gulli, Direct8, les chaines dites autrefois "musicales", Eurosport, les nombreuses chaines thématiques (sports, sexe, dessins animés, nature, sciences, etc.) et j'en passe. Ce, rien qu'au niveau des chaines francophones.

En radio, la saturation du réseau FM a conduit le CSA à établir un plan de fréquences afin de limiter les interférences, ce qui a notamment conduit à la "mort" de Mint - qui, au passage, offrait un programme visant le même public cible que PureFM, mais était plus appréciée...

 

En presse écrite, là encore, la francophonie belge a connu une assez bonne diversité, avec les éditions de l'Avenir, le groupe Rossel (Le Soir + Sud Presse), IPM (La Libre + La DH). Pour en savoir plus : http://www.csa.be/pluralisme/groupes
Sans compter les magazines comme Cine-tele revue ou tele moustique, sachant qu'ils cartonnent toujours en tête des classements des canards écrits. Nous ne nous attardons pas sur des cas plus spécifiques comme Marianne Belgique et les nombreux autres petits ou grands "nouveaux acteurs" du paysage, mais il est intéressant d'en souligner la présence.
La réflexion implique surtout ici un autre grand acteur : Internet. Avec Internet, on a notamment vu l'émergence des sites d'information écrite des grandes chaines de télévision que sont la RTBF et RTL-TVI, mais aussi de nouveaux acteurs comme 7sur7, sans compter les nouveaux canaux de diffusion et de partage de l'info en temps réel.

De manière générale, Internet a offert l'accès à de nombreux médias plus ou moins classiques ou alternatifs, tous supports confondus (presse écrite, radio/podcast, photos et images, vidéos...).

 

Cette diversité quantitative est-elle cependant synonyme de diversité qualitative ? Par exemple, la RTBF offre-t-elle aujourd'hui sur ses trois chaines publiques un service fondamentalement différent de ses concurrents privés (voire au niveau de ses partenaires locaux) ? Dans la mesure où il y a une grande uniformisation de l'information, perdrait-on en diversité si un titre de presse - voire un groupe de presse entier - disparaissait ? N'y a-t-il pas trop de journalistes ?

 

La réponse n'est certainement pas simple, et je propose notamment de lire mon entretien avec Marc de Haan, directeur de Telebruxelles, pour se faire une idée des enjeux d'un journalisme émancipateur : http://julien.lecomte.over-blog.com/journalisme-audiovisuel-public-d%C3%A9ontologie-et-%C3%A9mancipation-entretien-avec-marc-de-haan

 

Cependant, pour chaque média (entendu comme chaine de tv / de radio, titre de presse), il importe de se poser la question de savoir où se situe la plus-value que celui-ci apporte au public. Ce média a-t-il une valeur, non seulement monétaire (parce que c'est un paramètre qui explique la démultiplication des titres), mais aussi sociétale ?
En d'autres termes, pour chaque média, on pourrait se demander si, au-delà de la dimension économique, il fait vraiment la différence. Cette différence peut être de l'ordre de l'information et de sa qualité (son exactitude, sa diversité, etc.), mais aussi du divertissement, de la socialisation... Il ne s'agit pas de poser un jugement moral trop souvent rencontré dans le domaine de la critique des médias (cf. http://www.scoop.it/t/chroniques-inedites/p/4003445565/critique-des-medias-critique-logique-ou-critique-sociale ), mais bien simplement de réfléchir à l'intérêt, à l'utilité, de tel ou tel média dans le contexte d'offre gigantesque dans lequel celui-ci est supposé évoluer.

A mon sens et à l'heure de la "consommation à la demande", cette réflexion importe également (voire surtout?) en tant que programmateur de chaine de télévision ou rédacteur en chef.

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Béatrice Dillies's curator insight, September 13, 2013 2:17 PM

Centaines de chaines TV, titres de presse multiples (mais uniformisés), radios et sites web : la Belgique a du mal à trouver médias à son pied.  

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"Facebook est-il encore tendance ?", chronique dans la revue de la COJ

"Facebook est-il encore tendance ?", chronique dans la revue de la COJ | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Plusieurs observateurs envisagent le déclin du réseau social. Il n’aurait notamment plus la cote auprès des ados. S’il est vrai que le réseau social est fortement critiqué, il ne faut pas l’enterrer trop vite…

 

Lire la chronique en entier :

- http://www.coj.be/News_sept_2013_12.html

- http://julien-lecomte.tumblr.com/post/54995127367/facebook-est-il-encore-tendance-chronique-dans-la

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Julien Lecomte's curator insight, July 9, 2013 3:18 PM

Un article “commandé" par la COJ (confédération des organisations de jeunesse indépendantes et pluralistes) pour le numéro pilote de sa revue (juillet 2013).

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Mon désarroi par rapport à une prof qui parle de "Charlie" à ses élèves

Cet article fait suite à la lecture de ce témoignage d'une enseignante, que l'on a pu lire dans la presse : http://www.lepoint.fr/societe/le-desarroi-d-une-prof-qui-parle-de-charlie-a-ses-eleves-09-01-2015-1895173_23.php

 

Mon propos ici est d'analyser ce témoignage, et d'ouvrir la réflexion sur des pistes éducatives pour aborder ce sujet.

 

A la lecture de cet article, j'ai été choqué (comme l'enseignante a pu être choquée par ce à quoi elle a été confrontée). A chaud, je me suis dit que cette prof a raté l'occasion de faire véritablement son métier, ce jour-là.
Mon ami Cyrille Frank m'a fait remarquer que mes propos étaient durs, démesurés sans doute. En effet, et je le rejoins, une enseignante ne peut régler à elle seule les tensions auxquelles elle a été confrontée. Ce problème la dépasse à plusieurs niveaux, et il ne faut pas chercher bien loin pour constater que certains individus subissent un puissant endoctrinement.
L'émotion est encore grande par ailleurs. Ces attentats et meurtres ont eu l'effet d'une gifle pour les citoyens, de toutes cultures. Il serait malvenu de la fustiger parce qu'elle n'a pas eu une réaction "à froid". Ce serait inhumain de demander aux profs de ne pas avoir de réaction émotionnelle, quand le reste de la population partage un deuil...
De plus, elle n'avait pas l'air de s'attendre à la réaction de certains jeunes. Elle a été prise de court, elle n'y était pas préparée et a donc fait ce qu'elle a pu. Elle dit à deux reprises avoir été choquée, ce qui est tout à fait compréhensible.


Les professeurs n'ont pas la mission la plus facile qui soit, et beaucoup d'attentes reposent sur eux, pour une reconnaissance relativement faible par rapport à leur travail... L'article que j'ai choisi de traiter ici n'est d'ailleurs pas le seul témoignage d'un enseignant qui a rencontré des difficultés lorsqu'il a abordé le sujet de Charlie Hebdo.

 

Pour ces raisons et d'autres encore, je ne prétends pas que j'aurais mieux géré la situation que cette prof, et tiens à souligner que pour être cohérent, il est justement sain que l'émotion de la prof dont il est question ici puisse être exprimée et entendue, et que l'on puisse retrouver une démarche constructive qui ne nie pas cette facette de la réalité.

Je ne suis d'accord ni avec ce qu'elle a dit, ni avec sa manière de le dire. Pourtant, je peux essayer d'entendre son émotion (la reconnaître, être empathique avec elle, comprendre son ressenti) et, plutôt que de vouloir la faire taire parce que ses propos m'ont choqué, je peux ouvrir le dialogue avec elle.

 

Ceci étant dit, et justement parce que je suis de ceux qui pensent que l'enseignement est un pilier fondamental de la civilisation, je reste vraiment perplexe par rapport à la réaction de cette enseignante.


Voici pourquoi.

D'abord, elle mentionne qu'un élève lui demande "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?", qu'elle a "trouvé cette réaction violente" et que "ses camarades ont été choqués également".
Sa réaction ? Lui rappeler "l'évidence", tenter de manipuler l'assemblée et jouer sur le conformisme ("plomber l'ambiance") : "il fallait éviter que d'autres s'amusent à jouer les caïds pour épater la galerie pendant ce moment de recueillement".
Derrière ce qu'elle interprète comme un comportement de caïd, il y a une vraie question de fond. Ne pas prendre ses élèves aux sérieux, première erreur didactique.
Peut-être voulait-il jouer le caïd, mais en lui donnant comme seule réponse de se taire par rapport à une question qui n'est absolument pas évidente, elle nie les valeurs qu'elle prétend honorer. Que dire des musulmans décimés dans le conflit israélo-palestinien, des morts en Irak, en Syrie, en Afghanistan... De ces humains tués par milliers, pour qui on ne fait pas de minute de silence ? A ce sujet, lire notamment : http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

L'enseignante continue ensuite : "Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient. Un petit de 6e de confession musulmane a carrément refusé de respecter la minute de silence. Tous ces élèves un peu "retors" ont été envoyés chez le principal de l'établissement et chez l'infirmière scolaire pour entendre un discours différent de celui qu'ils entendent sans doute chez eux".
Visiblement, elle est loin d'être la seule à être dans le désarroi. Cependant le vocabulaire utilisé est symptomatique : "disaient des choses affreuses" "carrément refusé" "ces élèves un peu "retors" " ! Ces mots sont forts. On la sent estomaquée, comme frappée au ventre.

Dans la suite de son récit, elle mentionne une autre jeune, qui lui dit "Madame, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !"
Il y a deux choses dans cette phrase, que la prof ne semble manifestement pas distinguer.
D'une part, il y a caution de l'acte commis. Ce n'est pas acceptable. Non, ce n'est pas normal que l'on se venge, que l'on veuille faire taire ceux qui nous choquent (...).
Mais d'autre part, il y a aussi la blessure, et l'émotion qui résulte des caricatures. La même émotion ressentie par cette enseignante par rapport à des enfants qui refusent de faire une minute de silence ou qui en questionnent le sens.
Elle dit : "j'étais choquée, j'ai tenté de rebondir sur le principe de liberté et de liberté d'expression". C'est paradoxal. Au nom du principe de liberté d'expression, ces jeunes n'auraient pas le droit d'exprimer leur perplexité, leur colère ? De quelle liberté d'expression est-il question ? Y aurait-il en France une liberté d'expression à deux vitesses, qui fait que le choc et les émotions désagréables imposés à certains sont plus légitimes que d'autres ?

Ce n'est pas de liberté d'expression dont il est question lorsqu'il s'agit de condamner des actes criminels, mais de principes avec lesquels une grande partie de musulmans se dit d'accord (cf. entre autres Hassen Chalghoumi ( http://www.bfmtv.com/societe/la-communaute-musulmane-condamne-l-attentat-contre-charlie-hebdo-856227.html ), Tareq Oubrou ( http://www.sudouest.fr/2015/01/09/en-video-le-preche-sans-concession-de-tareq-oubrou-a-la-mosquee-de-bordeaux-1791654-2780.php ), Mohamed Ramousi ( http://www.lalibre.be/actu/international/apres-l-attentat-contre-charlie-hebdo-il-est-urgent-d-etre-lucides-54ad878c3570d587e32a2005 ), Muhammad Tahir-ul-Qadri ( http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/02/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme_1313557_3214.html ) ou encore Tariq Ramadan ( https://www.facebook.com/official.tariqramadan/posts/1010354452312184 ). A cela s'ajoutent des communiqués signés par des collectifs d'associations ( http://mrax.be/wp/charlie-hebdo-un-collectif-dassociations-reagit/ ) et autres messages publics ( http://www.europe1.fr/societe/musulmans-de-france-entre-peur-et-condamnation-2340445 )). Il est donc possible de se baser AUSSI sur l'islam, une certaine lecture ou une certaine pratique de celui-ci, pour condamner les crimes commis, les meurtres.
Par contre, il est bel et bien question de liberté d'expression lorsque des individus expriment un désaccord, choquent.
Il est facile de parler de liberté d'expression lorsque l'on a l'impression que tout le monde est d'accord, lorsqu'il y a un unanimisme écrasant tout sur son passage, tel un rouleau compresseur. Un défi d'une société qui prétend à la liberté réside dans l'organisation équitable du débat pluraliste et de la critique. Il faut accepter que l'on puisse condamner les crimes commis tout en étant choqué et/ou en désaccord par rapport aux caricatures (cf. à ce sujet : http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/09/charlie-hebdo-force-incroyable-complexe-dessin-256987 - http://www.slate.fr/story/96619/etats-unis-attentat-charlie-hebdo-debat-blaspheme - http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/mon-blog/2015/01/que-reste-t-il-de-la-libert%C3%A9-doffenser-.html )

 

Continuons. Selon la prof, "leur professeur de français avait eu l'intelligence de leur montrer les unes de Charlie pour leur montrer que l'islam n'était pas la seule religion à être moquée. Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison". Selon moi, cela fait partie de l'approche pédagogique. En effet, face au possible sentiment d'être stigmatisé - une fois encore - par cette France que les citoyens "pure souche" honorent (ce qui est paradoxal, quand on connait un peu Charlie Hebdo et ses "cibles" favorites), envoyer le message que l'on ne veut pas faire d'amalgame. Je pense qu'il est nécessaire également d'aller plus loin, ce que font probablement de nombreux professeurs (y compris ce professeur de français).

Dans la fin de cet article, je sens comme du découragement de la part de l'enseignante, ainsi que de la peur, ce qui peut se comprendre. Elle écrit : ""Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison [...] Les communautarismes ont resurgi d'un coup".

Le message, cependant, est terriblement connoté. Cette prof nous met face à ce qui est pour elle une fatalité. Au fond, "on a tout essayé" (en une heure de cours), on a tenté de leur inculquer les "bonnes valeurs républicaines", mais ils n'ont rien compris.
Ces jeunes sont irrécupérables. "Nous ne pouvons rien faire, face à leur famille, leurs parents qui leur mettent des trucs pas catholiques (...) en tête".
Ne s'est-elle pas interrogée sur le fait que ces jeunes allaient se reconnaitre dans cet article ? Eux, ces "hors-système" avec lesquels la France a tout essayé mais qui ne veulent désespérément rien comprendre et s'intégrer ?

"Je venais de voir quelques-unes de mes élèves de confession musulmane debout, la tête baissée, presque gênées, pour elles, pour leurs familles, ça doit être dur de voir certains faire l'amalgame". La voilà la bonne attitude de personne musulmane : celle qui s'excuse pour des crimes qu'elle n'a pas commis. Celle qui baisse bien la tête, et qui ferme bien sa gueule... Est-ce cela le message à envoyer ? Je ne crois pas.

 

Le message envoyé par son attitude, c'est que la valeur de respect des uns est plus légitime que celle des autres ; que l'émotion des uns (la colère, la tristesse, la peur) est plus légitime que celle des autres ; que l'expression des uns (la minute de silence) est plus importante que celle des autres.
Ce n'est pas le message de la liberté d'expression.
Ce n'est pas le discours défendu par Charlie Hebdo, qui se bat(tait) contre les dogmes, la parole unique. Toute proportion gardée (j'insiste), faire taire des gens à l'opinion dissidente, c'est ce que font justement les terroristes.


Toutes ces raisons font que pour moi, l'attitude de cette prof - et le fait qu'elle en fasse le récit dans la presse ! - envoie plusieurs messages dommageables aux jeunes ET sont incohérents avec les valeurs dont elle se revendique !

Je pense par ailleurs qu'il y a un symptôme inquiétant dans le fait que certains professeurs ne se rendent compte de ce qui se vit dans leurs classes que suite à ces attentats. Cette école bien-pensante et choquée n'aurait peut-être pas du attendre des attentats pour parler d'interculturalité et de vivre ensemble ? A quoi sert-il de former des intellectuels si demain, ils passent leur temps à se taper dessus ?

 

Alors, qu'aurait pu faire l'enseignante ?

 

- Pour moi, il est déjà intéressant d'interroger le caractère "obligatoire" d'une minute de silence. Si nous devions faire une minute de silence pour toutes les morts injustes et absurdes dues à la guerre, nous n'ouvririons probablement plus jamais la bouche, malheureusement. Il était possible de répondre à un jeune qu'il était libre de ne pas faire silence, pour peu qu'il ne perturbe pas la minute de silence de ses semblables qui ont envie de la faire (en allant ailleurs par exemple, dans une salle d'étude surveillée si c'est possible...). La minute de silence aurait pu concerner "tous ceux qui sont morts suite à l'absurdité d'une guerre, d'un meurtre ou d'un attentat, dans quel que pays ou quelle que culture que ce soit". Libre à chacun d'honorer ceux qu'il souhaite, tant qu'il respecte la pratique des autres.
Il s'agit là seulement de pistes parmi d'autres.

 

- Lorsqu'une question est posée, ou qu'une remarque est faite par un élève, il y a une opportunité d'apprendre des choses. De faire son métier de prof.
Je suis déjà sorti exténué d'un débat que j'avais lancé sur des questions de racisme et de xénophobie dans une classe d'étudiants qui correspond à celle décrite par l'enseignante (en termes de mixité et de contexte social). Je suis conscient que ce n'est pas facile à gérer. Je sais cependant que j'ai pu assurer un cours sur la shoah et le conflit israélo palestinien et bénéficier d'une participation constructive des élèves ensuite. Durant ce débat, je n'ai parlé que pour cadrer le débat (et il le fallait, c'était un terrain glissant, je ne le nie pas) : les élèves ont parlé de leurs réalités, je ne suis pas venu avec mes gros sabots leur imposer la mienne. Après, nous avons pu construire. 

 

- Accepter que l'on puisse choquer, sortir de l'unanimisme ET écouter (cf. tous ces moments plein de "bons sentiments" et d'"unité nationale" qui ont débouché sur plus de stigmatisation : http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366 ).
On ne condamne pas des valeurs ou des émotions. Il est possible de les entendre, d'y faire droit.
Le problème est infiniment complexe : n'a-t-on pas le droit d'être choqué lorsque l'on a l'impression que la France soutient Israël ? Qu'est-ce qui fait que nous ne connaissons pas le nombre de civils morts en Afghanistan, en Irak, en Syrie... Et que les médias Occidentaux n'en parlent pas dans la presse ? N'est-il pas légitime d'être en colère quand l'immigration est un des sujets les plus traités par la presse en France, à travers les voix de Zemmour, Le Pen ou encore Houellebecq récemment ?
Comme pour le raciste qui a eu une mauvaise expérience avec une personne d'origine étrangère et qui fait l'amalgame, plusieurs jeunes dont il est question ont peut-être été brimés, injustement traités ou violentés par des gens ou un système.
Il n'est aucunement question de justifier la violence qui en résulte, mais de faire la part des choses : ce qui est condamné - avec fermeté -, ce sont les actes criminels, les propos haineux, la violence. Pas le vécu, le ressenti, leur expérience (cf. ma réflexion sur la sémantique et la pragmatique : http://www.philomedia.be/les-polemistes-sont-ils-responsables-de-leurs-propos/ ).

 

- Condamner avec eux, et non contre eux. Être partenaires dans la construction (cf. http://www.philomedia.be/pour-une-ethique-de-la-discussion/ versus http://www.philomedia.be/la-discussion-c-est-la-guerre/ ). Organiser le dialogue constructif et pluraliste, qui peut permettre aux jeunes d'apprécier et de s'approprier les valeurs dont il rend compte.
Il y a des problématiques sur lesquelles le monde musulman gagnerait sans doute à se pencher : le fait qu'il y ait des passages interprétés de facto comme un appel au jihad dans le Coran, le fait qu'il n'y ait pas d'autorité religieuse centralisée avec suffisamment de légitimité pour assumer le fait que le Coran soit lu et interprété différemment par les hommes et que certaines lectures devraient prévaloir, etc. (Lire Abdennour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html et une réponse aux thèses de A. Bidar par Adel Taamalli, qui est également dans un questionnement mais de l'ordre de la conciliation plutôt que de la réforme http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-1-4.html - http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-4-4.html ).
A ce titre, je pense qu'il est contre-productif de leur imposer une réflexion de l'extérieur (tout comme il me semble carrément inadéquat de leur imposer de s'excuser). Cette réflexion me semble d'autant plus belle et constructive qu'elle est portée par des musulmans (tout comme le mouvement #NotInMyName, ainsi que dans la vague d'expression de nombreux musulmans face aux crimes commis - cf. http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4035082933/2015/01/12/il-m-a-fallu-un-peu-de-temps-avant-d-ecrire-charliehebdo ).
Bien sûr, il y a aussi une propagande nauséabonde (armée de théories du complot, appelant à la haine et à la violence) qui vise à recruter des jeunes et à en faire de la chair à canon... Celle-ci doit être déconstruite, par un travail de fond (à ce sujet, http://www.philomedia.be/faut-il-censurer-les-propos-racistes/ ).
Cependant, pour qu'un enseignant arrive à cette réflexion, il doit déjà connaître un minimum l'islam, et le contexte dans lequel baignent les croyants. Balayer d'un revers de la main le sentiment que le prophète est insulté par des caricatures, c'est une erreur.
Par contre, les réactions de différents musulmans ont montré que l'on pouvait aussi condamner les actes terroristes à partir même de l'islam. Il y a des points d'accord : "tuer un homme revient à tuer l'humanité", "le jugement n'appartient qu'à Allah" (même si un musulman peut dire à un égaré qu'il le trouve égaré, le conseiller, le guider, ce n'est pas à lui de le punir). Le prophète n'a pas besoin d'être "vengé".

 

Dans la mesure où il est possible de concilier religion et droits de l'homme, justement par le respect du pluralisme intrinsèque à la liberté d'expression, c'est cette piste qui me semble la plus riche.

Au niveau rhétorique, je crois aussi que le fait d'aborder un problème d'une telle ampleur de front n'est pas la meilleure stratégie, du moins pas la seule. Dès le plus jeune âge, des œuvres ou encore l'Histoire nous permettent de dresser des parallélismes et de construire une réflexion critique partagée. Roméo et Juliette, ou encore "Les Rivaux de Painful Gulch" (Lucky Luke !) sont des exemples de supports de discussion (parmi tant d'autres) par rapport à deux familles qui se détestent depuis des générations, au point d'en avoir oublié pourquoi, par exemple. Ils permettent de mettre à distance l'émotionnel, du moins dans un premier temps.
Je crois que l'esprit critique véritable est capable d'une autocritique. Fustiger les autres, c'est facile, mais assumer sa part, ce n'est pas évident. C'est la paille et la poutre. Exercer son jugement moral, y compris envers soi-même, cela s'apprend, se travaille, s'entraine (cf. Hannah Arendt : http://www.philomedia.be/lexique-auteurs-concepts-philo/#_Arendt ).

 

- "L’idéologie n’est jamais assumée en première personne : c’est toujours l’idéologie de quelqu’un d’autre", écrivait Ricoeur à ce sujet. Cela me mène à mon dernier point : je pense que l'identité collective est une chose à aborder en classe, de manière intelligente. Ce processus qui crée un "nous" et un "eux". Celui qui fait dire que vous êtes "avec nous" (dites-le que "vous êtes Charlie") ou "contre nous". Il importe d'être conscient de ses propres prises de position, et si l'on veut dénoncer les dogmatismes, de sortir soi-même des dogmes (lire par ex. http://www.philomedia.be/bien-pensants-la-tolerance-l-esprit-critique-et-le-dogme-du-libre-examen-et-de-la-raison/ ).

L'unité n'est pas un mal en soi. Elle est parfois le résultat de sentiments louables, et peut se manifester de manière pacifique.
Je ne peux que saluer encore une fois les démarches silencieuses et pacifiques qui ont eu lieu en réponse aux drames meurtriers. C'est un beau témoignage, qui envoie un message fort : nous ne répondons pas aux armes par les armes (et pourvu que cela dure !).
Ce que j'espère, comme d'autres (cf. http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366 par exemple, déjà cité), c'est que cet unanimisme ne se transforme pas dans une attitude grégaire que l'on gagnerait par ailleurs à dénoncer dans ce contexte. La compréhension des processus à l’œuvre dans la création d'étiquette est fondamentale en éducation (d'ailleurs, pour éviter de qualifier un élève de "retors", de lui assigner indirectement une étiquette de "cas désespéré") ou pour comprendre la société.
A ce sujet, cf. notamment :
- http://www.philomedia.be/la-problematique-de-l-identite/
- http://www.philomedia.be/l-identite-selon-brubaker/
- http://www.philomedia.be/communautarismes-le-cas-belge/
- http://www.philomedia.be/reserves-a-parler-de-la-societe/
- http://www.philomedia.be/serge-paugam-la-disqualification-sociale/
- http://www.philomedia.be/quelques-regards-sur-l-exclusion-sociale/
- http://www.philomedia.be/ideologies-communautarismes-et-arrogance/

Pour conclure, je dirais que s'il est question de "défendre" "nos" "libertés", il importe d'être bien au clair sur ce que ces termes représentent. De quel "nous" est-il question ? Défendre, à quel prix, par quels moyens ? S'agit-il d'écraser les dissidents ? Quelles sont les limites de la liberté d'expression ? Comment être cohérent ?
La liberté d'expression entendue comme liberté de s'exprimer dans la mesure de l'offense (en reconnaissant le caractère poreux de cette frontière), excluant de ce fait les appels à la haine et les actes violents, est d'autant plus riche si elle se nourrit et si elle s'appuie de la diversité des opinions, du pluralisme et de la différence.
(Sur la liberté d'expression, des dossiers pédagogiques et articles existent, cf. notamment : http://www.amnestyinternational.be/doc/militer/militer-pres-de-chez-vous/les-groupes-ecoles/l-espace-enseignants/article/dossier-pedagogique-2011 - http://www.justice-en-ligne.be/article522.html ; )
Un système libre autorise sa critique. C'est la raison pour laquelle un enfant qui exprime son désaccord par rapport à une minute de silence n'est pas fouetté publiquement - et ne doit pas l'être ! -, comme il le serait dans d'autres systèmes pour une telle "infraction". C'est la raison pour laquelle je relaie des opinions avec lesquelles je suis en désaccord, et que je tâche d'y répondre avec les mots. C'est cette liberté d'expression là, qui bénéficie à celui qui n'est pas d'accord et qui s'insurge ou à celui avec qui personne n'est d'accord et contre qui tout le monde s'insurge, que j'aurais invoquée pour "remettre le cadre", et pas celle qui bénéficie à ces autres qui sont bien dans les rangs... C'est parce que cette morale protège l'expression des minorités qu'elle se veut universaliste...

Julien Lecomte's insight:

Lire aussi mon article : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4035082933/2015/01/12/il-m-a-fallu-un-peu-de-temps-avant-d-ecrire-charliehebdo

 

Edit 23/01/2015 : quelques extraits intéressants dans cet article d'une enseignante qui a pris le temps d'expliquer et d'écouter : http://www.chouyosworld.com/2015/01/14/mes-eleves-un-drame-et-des-mots/
"Les propos de certains de mes élèves, rares pour les provocateurs, plus nombreux pour les « testeurs », paraissent outranciers ? Écoutons-les. Que nous disent-ils d’eux, de notre société, de nous ? Ces élèves tâtonnent. Questionnent. Répètent. Provoquent. Essaient d’interpréter à partir des seuls cadres de pensée dont ils disposent. Ce sont des adolescents qui sont en train de se former. A les contrer en ridiculisant leurs vues que nous jugeons étriquées, passéistes et dangereuses, nous perdrons à chaque fois"

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Julien Lecomte's curator insight, January 12, 7:09 AM

Lire aussi mon article : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4035082933/2015/01/12/il-m-a-fallu-un-peu-de-temps-avant-d-ecrire-charliehebdo

 

Edit 23/01/2015 : quelques extraits intéressants dans cet article d'une enseignante qui a pris le temps d'expliquer et d'écouter : http://www.chouyosworld.com/2015/01/14/mes-eleves-un-drame-et-des-mots/
"Les propos de certains de mes élèves, rares pour les provocateurs, plus nombreux pour les « testeurs », paraissent outranciers ? Écoutons-les. Que nous disent-ils d’eux, de notre société, de nous ? Ces élèves tâtonnent. Questionnent. Répètent. Provoquent. Essaient d’interpréter à partir des seuls cadres de pensée dont ils disposent. Ce sont des adolescents qui sont en train de se former. A les contrer en ridiculisant leurs vues que nous jugeons étriquées, passéistes et dangereuses, nous perdrons à chaque fois"

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Canal et compagnie : 13 novembre 2014

Canal et compagnie : 13 novembre 2014 | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

En deuxième partie d'émission, Julien Lecomte, chargé de communication et formateur à l’Université de paix, fait le point sur l’impact des nouveaux médias sur notre comportement.

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La télé abrutit-elle les masses ? Mon interview dans le Télépro

La télé abrutit-elle les masses ? Mon interview dans le Télépro | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

A l'occasion des 60 ans du Telepro ( n°3163 - 16 octobre 2014 : http://www.telepro.be/011032-5-Sommaire-du-magazine.html ), le journaliste Rodolphe Masuy m'a interviewé dans le cadre du dossier "La télévision peut-elle rendre intelligent ?"

Julien Lecomte's insight:

Dans cet entretien, j'ai évoqué des pistes de nuance quant à l'idée que la télévision en tant que telle rendrait intelligent ou idiot (sans m'attarder sur le fait qu'il faudrait d'abord définir ce que l'on entend par ces termes).

 

La télévision PEUT être un vecteur de culture, d'émancipation et de socialisation. Il y a un rôle de démocratisation de la culture pour les chaines de télévision (c'est d'ailleurs une mission de service public), d'autant plus dans la mesure où 10 % de la population belge est analphabète, tout comme elles peuvent contribuer à endormir la réflexion et véhiculer une pensée simpliste.

 

Si l'on s'attarde sur les émissions de vulgarisation (celles qui ont pour vocation explicite de "cultiver" ou d'informer le téléspectateur), il importe que cette mise à disposition du savoir ne dénature pas le contenu. C'est la tension entre le fond et la forme, le format. C'est en réalité l'affaire de toute communication, que ce soit dans un livre, dans un article de journal ou dans une vidéo.

 

Il y a aussi différentes manières de regarder la télévision. Pour moi, il est possible d'apprendre à partir de tout, dès le moment où l'on revêt une attitude d'observation critique, curieuse (à la différence d'une posture de mépris par exemple).

 

Par ailleurs, la télévision ne se limite pas à l'information et la culture, qui semblent parfois "survalorisées" dans les discours. Pourquoi dénigrer le plaisir, le divertissement et la socialisation ?

 

Les contraintes de format étant ce qu'elles sont, l'article reprend quelques pistes de réflexion que j'ai esquissées parmi d'autres quant à ce débat, sans toutefois épuiser le sujet...

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La COJ : Selfies, les réseaux sociaux nous rendent-ils narcissiques ?

La COJ : Selfies, les réseaux sociaux nous rendent-ils narcissiques ? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it
Désigné « mot de l’année » par le dictionnaire Oxford, le « selfie » est un autoportrait réalisé à l’aide d’un appareil photo. Cette pratique semble de plus en plus répandue : est-ce le signe d’une société de plus en plus narcissique, focalisée sur l’image ?
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La campagne par les individus : "les clics des fans"

La campagne par les individus : "les clics des fans" | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Depuis le 25 février 2014, la campagne électorale « médiatique » est officiellement lancée, avec pour conséquence pour les médias « traditionnels » de respecter un certain équilibre dans le traitement journalistique des différents candidats.

 

Si les dépenses électorales et les temps de parole sont minutieusement comptabilisés durant les trois mois précédant le scrutin, les femmes et les hommes politiques ont bien conscience qu’ils sont aujourd’hui évalués en fonction de leur communication tout au long de leurs mandats, d’autant plus à l’heure des réseaux sociaux.

 

C’est ainsi qu’en octobre 2013, le Premier Ministre s’est livré à un exercice consistant à répondre en direct aux tweets des internautes avec le hashtag #DemandeàElio. Un coup de com’ qui mise à la fois sur la transparence et sur la proximité. Durant plusieurs mois, il était possible de suivre la météo sur Facebook et Twitter, en étant abonné non pas à Luc Trullemans, mais à Didier Reynders. Coté présidents de partis, Emily Hoyos et Olivier Deleuze (avec leur page Facebook partagée), Paul Magnette, Olivier Maingain ou encore Charles Michel optent pour un ton plus solennel, oscillant entre un compte-rendu « transmissif » des événements de leur tournée électorale, ou encore via des articles de fond. Fidèle à la « stratégie » (?) web adoptée par Joelle Milquet, Benoit Lutgen demeure peu présent sur les réseaux sociaux. Ayant moins de poids électoral actuellement, le PTB-Go peut quant à lui compter sur des propos fortement engagés et des interactions plus nourries avec ses sympathisants, via une pluralité de porte-drapeaux.

 

Alors que des inconnus obtiennent une grande notoriété à moindre budget, ou encore que certains « parias » autoproclamés de la presse traditionnelle jouissent d’une large tribune sur Youtube ou d’autres réseaux sociaux, le potentiel de la communication web fait probablement rêver de nombreux politiciens, là le temps de parole est virtuellement illimité.

 

Les partis sont également représentés du point de vue institutionnel, par des comptes nationaux et/ou locaux, dont l’activité a décuplé ces derniers temps. Avec plus de 32000 « fans » sur Facebook,  le PS obtient plusieurs centaines de partages et de « j’aime » à chacun de ses statuts. Le MR compte quant à lui plus de 12000 fans, avec une communication et des impacts similaires, tandis qu’Ecolo obtient près de 7000 fans, quasiment ex-æquo avec le PTB-Go. A la traine, le CDH compte 2000 fans. Notons qu’Ecolo et le Cdh viennent de fusionner leurs pages locales respectives. Quant au FDF, il dispose de plusieurs pages Facebook éparses recueillant chacune une poignée de fans, et liées la plupart du temps à une commune dans laquelle le parti est plus ancré (*).

 

Aimer/commenter/partager

 

Il serait hasardeux de jouer à Madame Soleil en se basant sur ces données pour prédire les résultats des urnes. On sait qu’un enjeu crucial de la communication électorale, ce sont les abstentionnistes et les indécis. De fait, il est peu probable qu’un partisan change d’opinion en cours de route, d’autant plus s’il se fait le porte-parole de son parti. Une chose qui change la donne avec Internet, c’est qu’un nouvel espace de participation citoyenne s’est ouvert. Chacun peut partager sa propre opinion, ou encore rediffuser et recommander en son nom les messages du parti ou de la personnalité qu’il soutient, et ainsi toucher ses pairs, ce qui peut être beaucoup plus efficace qu’une communication dont seuls les décideurs se rendraient responsables.

 

Mais c’est alors que les réseaux sociaux se transforment en gigantesques champs de bataille partisans entre supporters, comme lors de repas de famille un peu trop arrosés. Sur les sites d’info traditionnels, la question des commentaires des internautes est d’ailleurs récurrente, sachant les dérives observables dans ce qui s’apparente parfois à des déversoirs pour trolls. Certains y voient le lieu pour exprimer des propos qu’ils ont la sensation de devoir taire injustement, éventuellement sous couvert d’un courageux anonymat. Coïncidence ? Depuis début mars 2014, le site de La Libre oblige les commentateurs à revêtir leur identité réelle via leur compte Facebook.

 

L’effet sur les publics demeure difficilement perceptible. Comme dans les repas de famille, il est probable que beaucoup ferment les yeux et les oreilles à ce que braillent les deux oncles en désaccord, qui n’arriveront eux-mêmes probablement jamais à se convaincre mutuellement...

 

(*) Situation en mars 2014.

Julien Lecomte's insight:

Un article rédigé pour la revue COJ#02. Numéro spécial consacré aux élections. Article rédigé en mars 2014.

 

Pour aller plus loin, une chronique et des liens proposés par Alain Gerlache : http://www.rtbf.be/info/chroniques/detail_campagne-electorale-au-web-citoyens?id=8229843

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Julien Lecomte's curator insight, May 2, 2014 5:30 AM

Un article rédigé pour la revue COJ#02. Numéro spécial consacré aux élections. Article rédigé en mars 2014.

 

Pour aller plus loin, une chronique et des liens proposés par Alain Gerlache : http://www.rtbf.be/info/chroniques/detail_campagne-electorale-au-web-citoyens?id=8229843

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Apprentissage 2.0 : faut-il révolutionner les pédagogies ?

Apprentissage 2.0 : faut-il révolutionner les pédagogies ? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

J'ai rédigé un article sur la "pédagogie 2.0", "faut-il révolutionner les pédagogies" dans le magazine COJ#01 (édité par la COJ - http://www.coj.be)

 

Les médias ont des impacts sur notre manière de penser et de vivre dans le monde. Aujourd’hui, alors que de nombreuses opérations mentales sont automatisées dans des machines, notamment la mémorisation d’information, ne faut-il pas revoir en profondeur les méthodes d’apprentissage ?

 

Deux positions classiques existent. A notre droite, il y a ceux pour qui « c’était mieux avant ». Il ne faut certainement pas toucher aux « bonnes vieilles méthodes », sous peine de continuer dans la voie de ce gouffre sans fin qu’est le nivellement par le bas. D’ailleurs, depuis le temps que le niveau baisse, c’est à se demander comment l’espèce humaine n’est pas encore éteinte. A gauche, nous avons les contradicteurs, pour qui il va de soi qu’il faut tout révolutionner et repartir d’une page blanche : pourvu que l’on réinvente enfin la roue !

 

Ces extrêmes n’ont forcément pas que des travers idéologiques.

 

Coté pile, parce que la pédagogie est une affaire à laquelle de nombreux auteurs et enseignants ont réfléchi avant. Un simple regard en arrière démontre d’ailleurs que pas mal de questions qui se posent aujourd’hui sont loin d’être neuves, même par rapport aux technologies numériques. Il est faux de croire par exemple que ces technologies modifient absolument tout, en transformant instantanément la masse de consommateurs passifs que nous étions en usagers actifs. De plus, l’institution scolaire d’hier n’a pas formé que des bras-cassés, aigris de l’éducation et dégoutés de tout savoir. Un point pour les passéistes.

 

Coté face, parce que l’enseignement est un domaine où il convient de se remettre en question et d’interroger le sens des apprentissages, d’autant plus qu’il est encore aujourd’hui marqué par de profondes inégalités sociales. Les nouvelles technologies ne modifient pas tout, mais elles renforcent certaines questions et elles s’inscrivent dans différentes évolutions sociales et culturelles, d’autant plus qu’il s’agit de nouveaux médias de communication, de nouveaux langages et donc de nouvelles formes de connaissance.

 

Vous souvenez-vous de cette émission diffusée sur RTL-TVI (« Êtes-vous plus malin qu’un enfant de primaire ? »), opposant des enfants de primaire drillés de par cœur à des adultes sur des questions de « culture générale » ?

Celle-ci a eu le triste mérite de mettre en avant ce qu’on appelle les « savoirs morts ». Les chiffres à ce sujet sont effrayants, puisque trois mois après les examens de juin, les élèves ont oublié jusqu’à 80% de la matière qu’ils ont ingurgitée. Il est alors légitime de se demander s’il ne vaut pas mieux apprendre moins pour retenir plus durablement. D’autant plus lorsqu’une recherche sur Google permet de trouver ce genre de réponses… Pour peu que l’on sache l’utiliser et distinguer une information fiable du reste ! Et pour ce faire, il faut sans doute un minimum de connaissances, comme lorsqu’il s’agit d’utiliser une calculatrice : il est nécessaire de reconnaître les chiffres, comprendre les opérations, interpréter les résultats, etc. Un partout.

 

Le fait qu’il y ait des lacunes dans un système donné n’est pas une raison pour faire n’importe quoi, n’importe comment. Certains acteurs pédagogiques, associatifs ou encore marchands ne manquent pas d’inventivité. Cependant, sous prétexte d’innovation, il leur arrive de vanter des dispositifs et outils qui sont loin d’avoir fait leurs preuves, voire qui n’ont pas vraiment de sens, ou encore que les apprenants arrivent à maîtriser par eux-mêmes. Ainsi en est-il de ces enseignants qui naviguent quasiment à l’aveugle sur le web ou sur des applications avec leurs élèves, donnant parfois l’impression d’être faussement « branchés ». Face à eux, on retrouve ceux qui tiennent des discours plus hostiles à l’égard des médias et qui adoptent des postures sécuritaires marquées par des interdits, des chartes et des règlements. Littéralement de plus en plus « déconnectés » de la réalité de terrain, ils courent le risque de creuser l’écart entre la vie scolaire et la vie en-dehors de l’école. Ces catégories de personnes correspondent en quelque sorte à ceux que j’appelle les « apprentis sorciers de l’éducation aux médias ».

 

Dès lors, que faire ?

 

D’abord, faire le deuil d’une recette parfaite qui permettrait de résoudre toutes les questions éducatives. En parallèle, une des richesses d’un bon enseignement consiste à varier les pédagogies, à diversifier les méthodes et les approches. L’approche pluraliste permet de ne pas sombrer dans des discours trop orientés et radicaux, qui comportent des risques pour les apprenants – ou du moins certaines catégories d’entre eux.

 

Les enjeux sont très nombreux. On parle d’ailleurs de fracture numérique : une maîtrise de base des « technologies de l’information et de la communication (TIC) » est devenue une condition pour évoluer dans la société de demain. Il est important d’y répondre, mais aussi de le faire de manière nuancée, parce que la réalité est complexe.

 

En sortant de ces schémas binaires, il faut aussi avoir conscience qu’il ne faut pas vouloir changer trop radicalement la pédagogie. D’une part, on l’a vu, parce qu’il est dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain : certaines choses fonctionnent ou ont fonctionné. D’autre part, parce que les enseignants et apprenants sont accoutumés à des routines, des habitudes, des manières de faire. Si vous allez dans une classe qui n’a jamais connu que des méthodes transmissives, où le prof parle et les élèves écoutent, il n’est pas dit qu’ils seront réceptifs à une pédagogie dite active. Et vice versa. Combien d’enseignants ne se sont toujours pas remis du décret « missions » de 1997, instituant l’approche par compétences ?

 

Il faut prendre en compte le public et les spécificités et sensibilités de chacun : c’est une affaire de dosage.

 

Enfin, certaines méthodes sont efficaces dans un certain contexte, d’autres le sont moins. A ce sujet, il est intéressant de se poser la question du rôle des institutions destinées à l’éducation et à la formation. Leur seul but est-il d’inculquer des données, ou bien aussi d’apporter une contribution par rapport à des enjeux plus larges, d’émancipation citoyenne, de pensée critique et de vivre-ensemble ?

Au fond, cette question du sens n’est elle pas la seule qui soit pertinente par rapport à un contexte donné ? Plutôt que de rejeter en bloc toute innovation médiatique, ou de se jeter sur la première application marchande venue et utilisée par certains jeunes, n’est-il pas intéressant de réfléchir au cas par cas en fonction d’objectifs didactiques bien définis ?

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Master en éducation aux médias | Julien Lecomte

Master en éducation aux médias | Julien Lecomte | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Ma réponse à la question "Quel est le sens du Master en éducation aux médias ?" (IHECS) :

 

D’abord, j’ai régulièrement observé de grands écarts entre des pratiques académiques (les études sur les médias et leurs usages, ainsi que les théories critiques à leur égard) et certaines initiatives pédagogiques de terrain. Je pense que cette formation est une opportunité de réduire ce genre d’écart et de maximiser les échanges entre des sphères complémentaires, qui sont malheureusement parfois déconnectées l’une de l’autre.


Ensuite, le fait de penser l’éducation aux médias s’inscrit dans une réflexion qui concerne la relation d’apprentissage, et même plus largement notre rapport au savoir et à son utilité sociale. Pour moi, cela consiste à s’interroger sur les présupposés didactiques explicites ou implicites qu’une personne ou une collectivité se donne pour éduquer. Autrement dit, un des enjeux majeurs d’une formation à l’éducation aux médias consiste à analyser de manière critique son propre rapport individuel ou social à la connaissance ou aux savoirs et à la communication de ceux-ci. Nous sommes ici à un niveau épistémologique.


Enfin, à mon sens, lorsque l’on prétend vouloir éduquer, et a fortiori lorsqu’il est question d’éducation aux médias, on adhère implicitement à un postulat d’émancipation citoyenne, c’est-à-dire à l’idée selon laquelle enseigner a une portée résolument éthique, liée à l’agir humain. Concrètement, l’éducation aux médias soulève des questions affectives, relationnelles, sociales, culturelles, juridiques et politiques qui sont autant de problématiques cruciales par rapport à l’autonomie de chacun et à l’expression harmonieuse de celle-ci.

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Confiance et défiance envers les médias

J'ai été interviewé pour cet article relatif à la confiance envers les médias, dans le journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/26/sale-temps-pour-les-medias_3485500_3246.html

 

J'y tiens le propos suivant : "Parfois, afficher de la méfiance est une façon de se positionner socialement".

 

Au-delà de ce passage cité, la question est très complexe et peut être abordée selon de nombreux points de vue, notamment en regard des opinions déclarées des usagers à l'égard des médias (par exemple via le baromètre TNS Sofres - http://www.tns-sofres.com -, également cité dans l'article), mais aussi en fonction des comportements de consommation de ceux-ci, ou encore de leur signification sociale et culturelle.

 

Plusieurs raisons factuelles peuvent alimenter une certaine défiance (accointances, orientations idéologiques, erreurs, coquilles, simplisme, stratégies marketing fallacieuses, etc.). Une question consiste à se demander si les médias remplissent toujours bien leur rôle social de contre-pouvoir, dès lors qu'il sont eux-mêmes sujets à un tel contre-pouvoir.

 

Cependant, il serait faux de croire que la méfiance est généralisée, absolue (et en outre qu'elle ne serait que rationnelle). Avec Internet, elle trouve de nouveaux lieux où s'exprimer (il suffit de lire les commentaires sur les sites de presse - le cas des trolls, notamment -, ou encore de constater la montée en nombre de sites d'info alternatifs), et elle trouve également un écho dans les médias traditionnels eux-mêmes, via certaines rubriques ou émissions (cf. ma chronique pour l'asbl Gsara : http://www.scoop.it/t/media-et-societe/p/4008274957/causes-toujours-30-pdf).


Par ailleurs, celle-ci n'est pas toujours rationnelle, mais plutôt socio-affective, voire orientée (cf. http://julien.lecomte.over-blog.com/page-8277335.html et http://www.scoop.it/t/media-et-societe/p/4002779009/critique-des-medias-critique-logique-ou-critique-sociale).

Je consacre une bonne partie de mon ouvrage "Médias : influence, pouvoir et fiabilité" (http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38392) à la question de la confiance envers les médias.

 

Voir aussi :

- http://www.philomedia.be

- https://ed.stanford.edu/sites/default/files/party_over_policy.pdf

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Les USA, la guerre, Obama, Bush, l'Irak et la Syrie

Un article de 2010 (...) selon lequel la "guerre secrète" s'étendrait globalement sous l'administration Obama : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/06/03/AR2010060304965.html

 

A l'heure où les relations semblent houleuses entre les USA et la Syrie, menaces d'interventions à l'appui, on se souviendra peut-être de l'intervention de Bush en Irak face à une hypothétique présence d'armes de destruction massive. Au nom de la Paix et de la démocratie, faut-il le préciser. Aujourd'hui, le régime syrien détiendrait et aurait utilisé des armes chimiques face à des civils...

 

De quoi évoquer les paroles de la chanson "We need a war", de Fisherspooner : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4004953154/fischerspooner-we-need-a-war

 

Il est sans doute trop tôt pour dire qu'il y aura une intervention militaire en Syrie. De plus, les situations ont des dissemblances. Il ne faut pas généraliser. Cependant, l'antiaméricanisme d'hier semble bien frileux à poser des questions aujourd'hui...

 

> Voir aussi ce "Lexique médiatique de la guerre de Libye" sur Acrimed (2011), par Julien Salingue, pour qui les mots utilisés en 2013 ont un air de "déjà vu" : http://www.acrimed.org/article3561.html

 

A rappeler que le président des Etats-Unis Barack Obama a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2009 : http://nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/2009/


Je traite de la question du traitement médiatique des USA par les médias belges et français dans mon livre "Médias : influence, pouvoir et fiabilité" : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38392

Julien Lecomte's insight:

Edit 11/10/2013 : http://www.lalibre.be/actu/international/journalistes-espionnes-deputes-terrorises-la-politique-mediatique-musclee-du-gouvernement-obama-5257d0063570d36e85e2dd1b

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L'éducation aux médias et ses enjeux

Les enjeux de l'éducation aux médias invitent à aller au-delà de l'éduc. aux médias : info-doc / cognition et fiabilité, socioaffectif... L'éducation aux médias en tant qu'ensemble de contenus et méthodes est à subordonner aux enjeux qu'elle soulève

Julien Lecomte's insight:

Cf. également : http://www.philomedia.be/dossier-les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias/

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Le Point se déresponsabilise des conséquences de son sondage et échoue ainsi à relever les enjeux de fond

Le Point se déresponsabilise des conséquences de son sondage et échoue ainsi à relever les enjeux de fond | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Le 23 juillet 2013, Le Point publie un sondage pour le moins polémique, sur base des propos de Gilles Bourdouleix : http://www.lepoint.fr/chroniques/hitler-n-en-a-peut-etre-pas-tue-assez-les-propos-de-gilles-bourdouleix-depute-maire-de-cholet-a-propos-des-gens-du-voyage-installes-sur-sa-commune-suscitent-la-polemique-23-07-2013-1707426_2.php

Désormais supprimé, ledit sondage a été maintes fois copié sur Twitter : https://pbs.twimg.com/media/BP2iM-dCcAAeqsI.jpg

 

Suite aux nombreuses railleries et critiques sur les réseaux sociaux, Le Point réagit : « Un journaliste ne s'interdit de poser aucune question, et surtout les plus dérangeantes… » : http://www.lepoint.fr/societe/explications-sur-un-sondage-23-07-2013-1707523_23.php


Voir ici : https://pbs.twimg.com/media/BP22bjACMAEiTEn.png

 

Par cet argument, Le Point se déresponsabilise des conséquences de son sondage et échoue ainsi à relever les enjeux de fond, non seulement sur les questions relatives à la validité de ce sondage, à ses (nombreux) biais manifestes, mais aussi par rapport aux réponses plus ou moins suscitées.

 

Aux environs de 15h45, la rédaction assume davantage et se décide à supprimer le sondage problématique : "Nous comprenons néanmoins que cette question ait pu choquer et nous excusons auprès de nos lecteurs. Pour cette raison, nous avons supprimé le sondage".

 

Coïncidence : le même jour, Le Point publie une interview de J.-M. Le Pen (...) où celui-ci déclare : "Je renvoie bien sûr ces cuistres à l'étude du Larousse". Cette attitude est typiquement ce que je déconstruis dans l'article "Les polémistes sont-ils responsables des interprétations de leurs propos?" : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-polemiques-ce-n-est-pas-ce-que-j-ai-voulu-dire-je-persiste-et-signe-99011690.html

 

Ce dernier article offre peut-être un éclairage global sur cette journée au Point. En effet, le problème, c'est qu'il y a tout un public à ces affrontements de surface, un public qui interprète et se positionne. Il se positionne en fonction d'affects, de frustrations et de vécus personnels. Comme dans le cas de l'intervention de Guéant par rapport aux civilisations, le public est ici encore mis devant des choix factices.

Ceux qui prétendent ne pas être responsables des polémiques qui en découlent le sont en réalité d'autant plus dans la mesure où ils adoptent une rhétorique simpliste qui prend le pas sur les questions et enjeux de fond.

Ce public, il est incorrect de ne pas le prendre en compte, de faire comme si seuls les mots et les idées exprimées par les médias ou les politiques comptaient.

Le Point ne peut pas faire comme s'il n'était pas responsable des conséquences de son sondage.

Du moins, il rate le coche d'un double effort, d'analyse et de pédagogie, par rapport à la polémique née de ce dispositif.

 

Au sujet des enjeux de fond (place de la problématique du racisme et autres propos incitants potentiellement à la haine dans les médias, notamment) et de la responsabilité du Point (rôle du journalisme, responsabilité, utilité sociale...), quelques pistes, justement :

- DE HAAN, M. (2013), "Le cordon sanitaire médiatique nous est utile" : http://www.ajp.be/egmi/content/marc-de-haan-atelier3

Marc de Haan ne pense pas que les citoyens belges francophones soient dotés d'un surcroit de moralité par rapport aux autres pays. Or, les partis extrêmistes, radicaux, n'y percent pas comme ailleurs. Une des hypothèses tient dans le "cordon sanitaire" qui n'empêche certes pas de parler de la problématique du racisme, mais bien de tout simplement refuser l'accès à la parole publique à ce genre de discours.

- DESMET, F. (2013), "L'impasse moralisatrice de la lutte contre le racisme" : http://francoisdesmet.wordpress.com/2013/05/07/limpasse-moralisatrice-de-la-lutte-contre-le-racisme/

François Desmet pense quant à lui que cette lutte peut mener à une impasse lorsque celle-ci se résume à une censure arbitraire et parfois peu pertinente, et dans la mesure où c'est du "one-shot", basé sur une logique d'interdictions. Il relève que cette stratégie postule en quelque sorte la malléabilité de l'opinion publique : en gros, si on "censure", c'est parce qu'on a peur que la populace soit influencée et que des dérives en découlent effectivement (hypothèse qui semble malheureusement se vérifier en partie, au vu du nombre de partages liés à des images et propos ambigus ou explicitement haineux).

J'ajouterais que le format médiatique n'est pas toujours propice à la complexité et donc à offrir une place confortable à une déconstruction adéquate des propos simplistes, ce qui donne un "avantage" aux propos de ce type.

Pour F. Desmet, un des problèmes est que la censure confine les auteurs des propos censurés dans leur rôle de victime (et la rhétorique qui l'accompagne) et éventuellement dans leur frustration. "[E]lles [les stratégies d'interdictions et de censure] tendent même, par un effet pervers et inattendu, à cliver et radicaliser des positions qui l’invoquent rapidement de part et d’autre ; elles tendent également à crisper une partie importante de la population qui estime « qu’on ne peut plus rien dire », et qui ignore généralement à quel point sa jurisprudence est limitée et encadrée".

Cela ne règle pas la question des éventuelles "prédispositions" des récepteurs.

Selon lui, un des enjeux se situe justement dans un travail de socialisation de fond, par l'éducation notamment. Ces questions sont complexes et méritent d'être abordées, mais pas n'importe comment, n'importe où.

- LIBOIS, B. (2012), "Médias, éthique et régulation" : http://www.philomedia.be

A la question de savoir si le journaliste peut tout dire, sous prétexte d'informer et de rendre compte de manière "neutre" de l'opinion publique, il faut remettre ce sacro-saint "droit d'informer" (voire ce "devoir" d'informer, comme s'en revendiquent certains missionnaires) dans le contexte de l'utilité sociale du journalisme, de sa fonction dans un Etat démocratique, dans une société harmonieuse. Or, tel qu'il est présenté ici, ce sondage loupe complètement le coche de l'émancipation sociale...

 

Cette problématique est d'autant plus marquée dans la mesure où l'accès à l'espace public peut désormais se faire via les réseaux sociaux, les commentaires sur les sites de presse, etc. On l'a vu avec le cas Trullemans ou encore en 2012 avec des milliers de partages d'une image ouvertement hostile aux étrangers (cf. http://www.philomedia.be ) : quels dispositifs mettre en place pour éviter les dérives menant à la haine, à des comportements ou des mesures antidémocratiques?

Julien Lecomte's insight:

Suite à la polémique résultant du sondage du Point publié mi-juillet, le débat sur la censure des propos racistes est encore une fois relancé. Là où je trouve que Le Point a échoué à reprendre la balle au bond et à s'exprimer de manière constructive à ce sujet, je vous propose plusieurs pistes pour alimenter le débat : "Faut-il censurer les propos racistes ?" | http://www.philomedia.be

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Julien Lecomte's curator insight, July 28, 2013 10:23 AM

Suite à la polémique résultant du sondage du Point publié mi-juillet, le débat sur la censure des propos racistes est encore une fois relancé. Là où je trouve que Le Point a échoué à reprendre la balle au bond et à s'exprimer de manière constructive à ce sujet, je vous propose plusieurs pistes pour alimenter le débat : "Faut-il censurer les propos racistes ?" | http://www.philomedia.be