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Vie privée, espionnage, Snowden, PRISM, NSA, confidentialité, surveillance, Panoptique, sécurité, 1984, Big Brother et autres joyeusetés

Je m'étonne de lire actuellement autant de réactions suite aux révélations d'Edward Snowden, relatives à la surveillance dont nous ferions tous l'objet (pour ceux qui ne savent pas ce dont il est question, cf. notamment http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/06/09/un-ancien-employe-de-la-nsa-derriere-les-revelations-sur-les-ecoutes-numeriques_3426888_3222.html).

 

Ainsi, on peut lire ce genre d'article : "Prism: pourquoi le public ne se sent pas assez concerné par l'espionnage de nos vies privées (et pourquoi il devrait) [ http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/15/prism-pourquoi-pas-concerne-espionnage-vie-privee_n_3440414.html ]" (titre en partie fallacieux étant donné le nombre de partages de celui-ci : il y a en réalité plusieurs publics, et l'un de ces publics rend faux le titre au moins en ce qui le concerne, s'en distingue en le partageant).

 

Il y a au moins deux types de personnes qui s'agitent suite à ces révélations.

 

D'abord, il y a ceux que ça n'avait jamais inquiétés. Ceux pour qui la surveillance, c'était des conneries, des phantasmes de complotistes à deux balles. Ceux qui n'en avaient rien à foutre tant que ça n'était pas susceptible de toucher leurs messages privés sur Facebook. Désormais, ça leur parle les questions de vie privée et de confidentialité ! On les voit maintenant fervents défenseurs des libertés individuelles et de la confidentialité. C'est pas comme si on les avait prévenus !

Parce qu'au fond, Edward Snowden n'apporte rien de véritablement neuf sous le soleil : cela fait des années que certains s'époumonent à dire qu'avec Internet, les gens se fichent eux-mêmes, ils donnent leurs données en pâture à des firmes privées ou à des gouvernements. Combien de fois n'y a-t-il pas eu de levées de boucliers face aux politiques de confidentialité et de récoles de données de Facebook? (Cf. http://europe-v-facebook.org/EN/en.html entre autres).

 

Ensuite, justement, il y a ceux "qui l'avaient dit". Ah, ces visionnaires! Ceux qui ont lu Orwell, ceux qui ont lu Foucault. Ceux qui Savaient, nom d'un chien, que la plèbe sacrifiait ses libertés en s'inscrivant sur Facebook, au nom de la sécurité...

 

Ces attitudes pulsionnelles ne permettent pas à mon sens de penser véritablement les enjeux relatifs à ces faits. Ces faits inéluctables. Ces faits par rapport auxquels il est difficile, voire impossible, de faire marche arrière.

 

"La question de la vie privée est-elle un problème de vieux cons?" se demandait Jean-Marc Manach en 2010 (http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/02/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons-le-livre/). Pour lui, les "vieux" ont leur mot à dire face à ces jeunes qui ne s'en fichent peut-être pas tous tant que le sens commun voudrait le croire.
Citée dans un article de PCInpact.com, la fondatrice du site Groklaw est plus explicite encore lorsqu'elle évoque un passage d’un livre de Janna Malamund intitulé "Private Matters : In Defense of the Personal Life" décrivant notamment comment la surveillance est un puissant moyen de contrôle : "L’une des fonctions de la vie privée est de fournir un espace sûr loin de toute terreur ou agression. Lorsque vous enlevez à une personne sa capacité à s’isoler ou à conserver des informations intimes pour elle-même, vous la rendez extrêmement vulnérable" (http://www.pcinpact.com/news/81869-internet-est-termine-grokloaw-ferme-ses-portes.htm)...

 

Le problème, c'est que la mécanique est en marche, et depuis longtemps. Cartes bancaires, cartes d'identité à puces, GPS, GSM, croisements d'informations issues des bases de données commerciales et administratives, caméras publiques de surveillance, formulaires remplis çà-et-là de notre plein gré, présence en ligne (et même absents, nous sommes taggés par nos pairs, mis sur le web par nos employeurs...), etc. Big Brother, qu'on le veuille ou non, c'est trop tard : on est tous fichés.

 

La plupart des "penseurs" de la vie privée l'ont bien compris : en général, ils mettent surtout l'accent sur des questions qui se situent davantage à un niveau interpersonnel qu'à un niveau sociétal.

Ainsi en découlent les principes marketing de "réputation" : votre (futur) employeur peut voir ce que vous publiez, vos amis vous jugent en fonction de vos actions sur les réseaux sociaux, etc. Le conseil d'or, en conséquence, est de régler ses paramètres de confidentialité et de "réfléchir avant de publier" (cf. la caricature dénoncée par Michel Guillou face à la campagne "Soyez net sur le net" : http://gingko.neottia.net/post/42653049758/paris-et-ses-ados-les-traits-grossiers-de-la#).

Le genre de choses qu'une ou deux claques sociales permettent d'apprendre et qui semblent de plus en plus admises en termes de règles implicites sur les réseaux.

Une des dérives possibles est de créer une culture du self-branding, du "marketing de soi" , où l'on ne se montre que sous un jour tout à fait hypocrite, travaillé et artificiel, avec également cette question de "la mise en chiffres de soi". Mais ce n'est pas le débat ici.

 

Ces "penseurs" se retrouvent bien démunis quand on leur explique que même leur navigation privée fait l'objet d'une surveillance. A moins d'avoir été parano toute sa vie, de ne fonctionner que par logiciels libres, d'habiter dans une grotte et de n'avoir aucune vie sociale, il est plus que probable que des données aient été collectées sur nous.

 

Maintenant, il demeure stupide de penser qu'Obama "lit nos mails". J'ai la croyance qu'il a autre chose à faire de ses journées. C'est là qu'interviennent les alarmistes : Big Brother, c'était de la gnognotte face à ce qu'on connait aujourd'hui. Sauf que dans 1984, le système est beaucoup plus coercitif. D'ailleurs, on le sait depuis longtemps : aux States, on utilise ses armes en bon père de famille (lire au second degré, hein - http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/06/19/la-nsa-et-le-fbi-defendent-prism_3432454_651865.html) : faut pas déconner! La bombe nucléaire, les armes à feu, c'est seulement pour notre sécurité. C'est seulement contre les méchants.

D'un autre coté, n'importe quel système totalitaire qui aurait accès à ces possibilités techniques deviendrait directement extrêmement puissant : si on sait lire vos mails, on sait lire aussi ceux de "votre" armée. Puis on peut vous faire chanter, puis on peut vous retrouver, tout ça. Comme dans les meilleures dystopies !

Ce n'est pas faux.

Ce n'est pas neuf non plus. Un système totalitaire n'a d'ailleurs pas besoin de tout cela pour être extrêmement puissant et coercitif...

 

Le problème, c'est qu'on ne peut pas décemment penser comme dans tel ou tel article (un au hasard : http://www.lepoint.fr/technologie/zimmermann-faire-confiance-a-google-ou-facebook-c-est-etre-a-poil-sur-internet-10-06-2013-1678994_58.php) que demain, face à ces risques, la population entière va se mettre aux logiciels libres et déserter ces saletés de sociétés commerciales, administrations et autres organismes qui ont minutieusement collecté leurs données - souvent offertes sur un plateau d'argent - depuis des années. Quand bien même ce serait le cas, ce nombre écrasant de personnes aurait tout de même été fiché durant des années. Et à chaque génération, il faudrait que les enfants et ados suivent les traces de papa-maman pour éviter de tomber dans le piège du fichage.

 

Est-ce pour autant du fatalisme? Je ne le crois pas : c'est tout-à-fait réaliste. Je préfère de loin cette position à celle qui inculque un self-branding nauséabond, mettant tout à fait de coté les véritables enjeux sociétaux. En réalité, je m'insurge contre les solutions proposées.

Pour moi, être absent du web, se créer un "faux profil" et partager des informations erronées, "réfléchir [à sa réputation] avant de poster" ou encore fuir les "gros acteurs" des réseaux n'a pas beaucoup de sens. Même l'éducation aux médias, lorsqu'elle se limite au niveau interpersonnel, est stérile face à ce problème.

 

Par contre, il est selon moi possible de développer des contre-pouvoirs, entre autres. Le problème d'un système à la Big Brother, c'est le déséquilibre dans la répartition du pouvoir, avec une entité quasi omnipotente et aucune alternative ayant assez de pouvoir par ailleurs.

Il ne faut pas se leurrer : si un système suffisamment puissant décide de faire un usage de nos données personnelles contre nous, ce n'est probablement pas parce que nous ne sommes pas ou plus sur Facebook que nous aurons la moindre chance d'y échapper. Le fait que certaines personnes n'aient pas appris à gérer leur confidentialité et que ça leur pose des problèmes au niveau personnel peut être soulevé, mais cela ne suffit pas au niveau sociétal. La question d'une "communication consciente de soi" est presque anecdotique si l'on se situe au niveau sociétal.

Par contre, le web offre notamment des possibilités de faire réseau, d'échanger de l'information, etc. Il est possible de contribuer à prévenir ce type d'usage nocif, en faisant circuler l'information, par exemple. Il existe plus que probablement de nombreuses pistes que je n'envisage même pas. Mon propos est simplement de dire que face à un système dont le potentiel de contrôle et de surveillance est gigantesque, si on veut vraiment agir, il convient d'envisager d'autres systèmes parallèles et non de se voiler la face.

Julien Lecomte's insight:

Voir aussi, fin juillet 2013, les "révélations" au sujet d'un autre outil de surveillance : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/07/31/l-outil-qui-permet-a-la-nsa-d-examiner-quasiment-tout-ce-que-fait-un-individu-sur-internet_3455916_651865.html

 

Pour l'anecdote au sujet du couple sécurité - liberté / vie privée, en 2010, un sondage révélait que 23% des Allemands seraient prêts à se faire implanter une puce sous la peau "si cela peut aider les secours à les localiser en cas de problème", par exemple : http://trends.levif.be/economie/actualite/high-tech/23-des-allemands-prets-a-se-faire-implanter-une-puce-sous-la-peau/article-1194667881853.htm

 

En règle générale, lorsqu'il s'agit de justifier une privation de liberté, c'est la sécurité qui est mise en avant.

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samueldesnoulez's comment, November 6, 2013 5:02 AM
Je crois appartenir à une 3ème catégorie : je ne suis pas surpris par les révélations sur la NSA. En 1995, le Courrier International avait sorti un article sur Echelon. Je relaie des infos sur Internet et la question de la vie privée en particulier pour mes stagiaires en initiation informatique. Ils ne vontpas chercher par eux-mêmes ce genre d'info, n'ont pas une vision claire du fonctionnement d'Internet. Je suis d'accord avec toi sur le fait que rien n'empêche vraiment la moisson de données, mais je pense que les utilisateurs doivent être au courant de la complexité de ce réseau et de ses grands acteurs. Oui, Google ou Facebook s'engraissent de notre vie personnelle, tout en nous fournissant des services ultraperformants. En étant sensibilisé, chacun peut ensuite prendre ses responsabilités et utiliser Internet en étant peut-être un peu plus acteur, citoyen, ... militant ?
Julien Lecomte's comment, November 6, 2013 5:22 AM
Je suis d'accord. En fait, je fais partie de ceux qui souhaitent sensibiliser à ces questions, et suis donc peut-être comme toi dans cette troisième catégorie que tu décris. Ce billet un peu acide a surtout pour objectif de faire la distinction entre les enjeux interpersonnels (qui sont parfois un leurre) et les enjeux sociétaux - citoyens, comme tu dis - que la problématique englobe. Je pense que c'est se voiler la face que d'apprendre à bien "se présenter" ("se vendre", justement?) sur Internet. Il y a à mon sens malheureusement trop souvent une récupération de la question de réputation pour faire de l'éducation au branding de soi. En ce sens, je crois que l'on se rejoint : il n'est pas tant question de baisser les bras face à des dérives potentielles (ou avérées) que d'ouvrir les yeux sur les vraies problématiques et leur ampleur. Une éducation citoyenne a pour objectif de prévenir les dérives d'un tel système...
Chroniques inédites (Philosophie, médias et société)
Chroniques personnelles publiées sur Scoop.it (http://www.scoop.it/u/philomedia) et Tumblr (http://julien-lecomte.tumblr.com), mais pas sur http://julien.lecomte.over-blog.com : prises de position, études de cas, analyses critiques... Thèmes : philosophie (épistémologie et éthique), médias, enseignement et société
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Faut-il innover en pédagogie ?

Faut-il innover en pédagogie ? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Faut-il innover ou ne pas innover, notamment en éducation aux médias (EAM) ? L’innovation semble recueillir un certain consensus et aller de soi dans un contexte mouvant, d’autant plus s’il est question de former les apprenants par rapport à leur avenir, plutôt que vis-à-vis de leur contexte immédiat. Il est ainsi question de les mettre face à des situations nouvelles afin que ceux-ci puissent apprendre à les dépasser en mobilisant des ressources.

Néanmoins, comme le pense Hubert Guillaud, il serait hasardeux de répondre à cette question de manière absolue :

 

« On peut certes innover sans questionner les finalités. Mais c’est pourtant bien elles qui demeurent tout l’enjeu de l’innovation et ce sont bien elles qu’il va falloir un jour mettre à plat » (http://www.internetactu.net/2014/03/25/innovation-innovation-innovation-innovation-innovation-innovation/)

 

Ce questionnement renvoie donc à la question des objectifs pédagogiques. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une problématique propre à l'éducation aux médias et à l'information. Cependant, elle est particulièrement présente dans la mesure où le contexte technologique et social est lui-même marqué d'innovation, voire d'appel à l'innovation. Or, une lacune que nous avons constatée dans plusieurs dispositifs didactiques en EAM repose dans l’absence de mise en perspective de l’adéquation entre les moyens utilisés (méthodes et contenus d’enseignement) et l’atteinte (ou non) des objectifs initialement fixés (On retrouve par exemple la confusion entre « éducation aux médias » et « éducation par les médias » : certains dispositifs postulent a priori que l'utilisation de telle technologie ou de telle application va favoriser une appropriation critique de ces outils, mais ce postulat n'est pas mis à l'épreuve). Pour le formuler simplement, si elles réfèrent clairement à des finalités, les pratiques pédagogiques doivent pouvoir être évaluées en tant que telles : fonctionnent-elles ?

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Infobèse toi-même

Infobèse toi-même | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Mon article "Infobèse toi-même" (http://www.scoop.it/t/chroniques-inedites/p/4003446453/2013/06/19/infobese-toi-meme) a été publié en version "revue, augmentée et corrigée" dans le magazine COJ#01 (édité par la COJ - http://www.coj.be).

 

Les concepts d’« information overload » ou d’« infobésité » sont assez courants aujourd’hui. Concrètement, ils veulent dire que nous sommes submergés d’information. Etant parfois de mauvaise qualité, celle-ci est assimilée à de la malbouffe : à trop en recevoir de toutes parts, nous deviendrions obèses, en surpoids de cette masse graisseuse d’infos…

De nombreuses sources (statistiques, infographies, etc.) pointent l’augmentation exponentielle de données en ligne, notamment. Chaque minute, des dizaines d’heures de vidéos sont ajoutées sur Youtube. Il est donc matériellement impossible d’en voir ne serait-ce qu’un millième. Une journée correspond quant à elle à des milliards d’emails envoyés, des centaines de millions de tweets publiés, des millions de photos postées, des centaines de milliers de sites créés… Et ce, rien que sur Internet (parce que oui, il y a encore de l'information diffusée ailleurs).

 

La question n’est pas neuve (comme en général lorsque l’on postule aveuglément que les « nouveaux » médias révolutionnent totalement le monde). Déjà « du temps des livres », on se posait la question du trop-plein d’informations. Le concept d’« information overload » date d’ailleurs des années 1970. Dans un article sur Internetactu.net en 2012, Xavier de la Porte remonte plus loin encore : « Alors que nous nous imaginons aujourd’hui engloutis par un torrent de données numériques, les lecteurs allemands du 18e siècle, par exemple, se percevaient comme infestés par une peste de livres, les livres se répandant telle une épidémie dans le lectorat ».

 

Le terme d’économie de l’attention date quant à lui de 1971, selon Wikipédia. Concrètement, cette notion signifie que l’abondance d’information est liée à la pénurie d’une autre ressource, consommée par cette info. Ce qu’elle consomme, justement, c’est notre attention. Le vrai problème, en somme, ce n’est pas l’abondance de données, mais qu’un cerveau humain soit incapable de les gérer en totalité.

 

Il est possible d’aller encore plus loin dans le raisonnement. En effet, d’énormes quantités de données étaient produites avant le numérique, mais aussi avant les livres, simplement par la parole et les actions de chacun. Avant les blogs, certains tenaient un journal intime, écrivaient des nouvelles et des poèmes, ou encore discutaient de divers sujets avec d’autres personnes. Avant Facebook, les gens appréciaient des contenus (« j’aime ») et en parlaient à leurs pairs, c’est-à-dire entre autres leurs collègues, leurs familles, leurs amis et leurs connaissances (« je partage », « je commente », « je recommande »).

 

La différence aujourd’hui, c’est que ces interactions, comportements et opinions informels sont numérisés, « formalisés » et stockés dans l’immense mémoire du web.

 

En bref, cette masse d’information n’est pas vraiment nouvelle : elle prend juste une forme différente, qui la rend potentiellement accessible plus durablement, éventuellement à une plus grande quantité d’individus, et ce d’une autre manière.

 

Il serait faux de croire que cela change radicalement la donne. En effet, il y a très peu de chances que je m’intéresse aux « likes » d’un inconnu à l’autre bout du monde, même si ceux-ci me sont accessibles. La vraie question au niveau des usages n’est pas celle de la masse de données dans l’absolu, mais de la masse de données à laquelle je m’expose, c’est-à-dire de celle qui est pertinente pour moi et qui m’est accessible.

 

Il demeure certain que des myriades de nouveaux contenus sont diffusées quotidiennement. A cela, on pourrait ajouter qu’il existe de nombreuses redondances et que la diversité est également un enjeu majeur, face à une uniformisation de la consommation. En effet, certains contenus sont massivement partagés et consultés, tandis que d’autres seront très vite relégués aux oubliettes du web.

 

Il n’est pas question de dire que le problème de la quantité de l’information disponible n’existe pas : effectivement, il y a de véritables enjeux à mener une réflexion sur l’optimisation de l’allocation de notre « temps de cerveau disponible ». Cependant, il est faux de laisser croire que le bruit présent sur le web rend sourds tout le monde : en effet, celui-ci ne nous atteint que lorsque nous nous y exposons… Par ailleurs et pour prolonger les métaphores, il peut être dommage de ne s’exposer qu’à la même soupe de mélodies pop formatées…

 

Sources citées :

- http://fr.slideshare.net/bradfrostweb/death-to-bullshit
- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-nouveaux-medias-de-la-passivite-de-la-masse-a-l-interactivite-revolution-100034519.html

- http://www.internetactu.net/2012/06/18/trop-de-livres-quelles-distinctions-de-valeurs-faisons-nous-entre-les-pratiques-et-les-technologies/.

- http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27attention

- http://leplus.nouvelobs.com/contribution/593409-pourquoi-les-nouveaux-medias-n-ont-pas-diversifie-l-info.html

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Dans « Médias : influence, pouvoir et fiabilité », vous avez été amené à questionner les rapports que les usagers entretiennent avec médias. Quelles stratégies éducatives mettre en place...?

Dans « Médias : influence, pouvoir et fiabilité », vous avez été amené à questionner les rapports que les usagers entretiennent avec médias. Quelles stratégies éducatives mettre en place...? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

"Dans votre ouvrage « Médias : influence, pouvoir et fiabilité », vous avez été amené à questionner les rapports que les usagers entretiennent avec médias. Quelles stratégies éducatives mettre en place en regard de ceux-ci ?"

 

Pour faire bref...

 

La question de la fiabilité est intrinsèquement liée à celle de la confiance.

 

La relation de confiance ou de méfiance que les individus entretiennent avec les médias peut être influencée par différents paramètres, qui ne sont pas toujours de l'ordre du critère factuel ou spécifique, mais plutôt sur du socio-affectif, des croyances, des idéologies ou appartenances sociales (prenons l’exemple des œillères politiques).

 

Quelque part, c’est lié à la question de la foi et de la croyance en général.

 

Dans un jugement (ou une croyance), plutôt que de décortiquer uniquement ce qui est jugé, il me semble intéressant d’étudier aussi la position de celui qui juge et enfin le processus de jugement lui-même.

 

Pour moi, la critique des médias – entendue comme analyse et non comme méfiance systématique – (et donc a fortiori l’éducation à cette analyse) doit être réflexive, et donc s’analyser elle-même. L'étude des médias passe par l'étude de notre relation (individuelle et sociale) à ces médias.

 

Vulgairement : critiquer les médias, c’est aussi critiquer la critique des médias.

 

Au niveau des enjeux éducatifs que cela soulève :

 

- Côté apprenant, cela conforte l’importance de mettre à plat les représentations initiales, les croyances, les préjugés et de comprendre sur quoi ils sont basés => vers une nuance.

 

- Côté enseignant, cela implique d’être soi-même au clair avec ses propres représentations, ses propres valeurs.

 

Pour moi, on loupe évidemment le coche si l’EAM est un prétexte pour remplacer les idées reçues des apprenants par celles des enseignants (cf. "Les apprentis sorciers de l'EAM" : http://julien.lecomte.over-blog.com/tag/Les%20apprentis%20sorciers%20de%20l%27%C3%A9ducation%20aux%20m%C3%A9dias/ ).

 

Il y a en effet différentes sensibilités :

- personnes plus conservatrices, d’autres plus progressistes.

- certains adorent les nouvelles technologies et passeraient des heures sur le web, alors que d’autres ne lâcheraient leur craie et leur bon vieux tableau pour rien au monde.

- certains pensent qu’un cours d’EAM consiste à lyncher la DH, alors que pour d’autres, il n’y a pas de différence entre l’EAM et des cours de journalisme.

- ...

 

Pierre Lévy : paradigme pour évaluer la connaissance = « transparence » et « honnêteté » plutôt qu’« objectivité ».

 

Pas de pseudo « neutralité » entendue comme non-jugement : on attend des apprenants qu’ils jugent de manière autonome.

=> Pluralisme (varier ses méthodes)

=> Humilité

 

Varier les méthodes + être au clair avec ses propres tendances renvoient à des conseils didactiques de base… Des évidences pédagogiques ? Sur le terrain, cela ne semble pas toujours facile…

Julien Lecomte's insight:

Question préparée par Patrick Verniers dans le cadre de mon intervention au Salon de l'éducation, consistant à présenter les fiches réalisées par le Conseil supérieur de l'éducation aux médias (+ table ronde), le 16/10/2013 : http://www.educationauxmedias.eu/outils/introduction_transversale

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Causes toujours 30 (pdf)


Via Julien Lecomte
Julien Lecomte's insight:

Je me suis entretenu avec Julie VDK de l'asbl GSARA.

 

Thèmes abordés :

- médias publics, médias privés et pub

- stratégies de séduction des médias

- éducation aux médias

- la place de la critique et de l'analyse des médias : dans les médias "traditionnels" (MédiaTIC, MediaLog, Alain Gerlache, Le Petit journal, Vincent Glad...), dans des médias et projets alternatifs (Acrimed, @SI, Gsara, Media Animation...) ainsi que dans des instances (CDJ, CSA, CSEM, AJP...)

- journalisme et opinion

 

La retranscription de cet entretien figure pp. 18-21.

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Julien Lecomte's curator insight, September 26, 2013 9:04 AM

Je me suis entretenu avec Julie VDK de l'asbl GSARA.

 

Thèmes abordés :

- médias publics, médias privés et pub

- stratégies de séduction des médias

- éducation aux médias

- la place de la critique et de l'analyse des médias : dans les médias "traditionnels" (MédiaTIC, MediaLog, Alain Gerlache, Le Petit journal, Vincent Glad...), dans des médias et projets alternatifs (Acrimed, @SI, Gsara, Media Animation...) ainsi que dans des instances (CDJ, CSA, CSEM, AJP...)

- journalisme et opinion

 

La retranscription de cet entretien figure pp. 18-21.

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« Tout comme les trains, la presse déraille peut-être moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle » | IRM : Imagerie par Résonance Marketing

« Tout comme les trains, la presse déraille peut-être moins souvent qu’elle ne roule correctement, mais personne n’en parle » | IRM : Imagerie par Résonance Marketing | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Publié le 10 septembre 2013 par Julie Vanderkar (Gsara asbl)

Rencontre avec Julien Lecomte, titulaire d’un Master en information et communication, expert auprès du Csem (2012-2013), auteur du livre « Médias : influence, pouvoir et fiabilité » et qui traite notamment d’éducation aux médias.

 

Thèmes abordés :

- Fonctionnement des médias : publicité, économie et impacts sur les contenus et leur fiabilité (exemples : RTBF, RTL-TVI... + phénomènes clash, buzz, etc.)

- Agenda setting (Mc Combs & Shaw)

- Le(s) public(s) sont-ils demandeurs ? Divertissement, socialisation et/ou info

- Analyse critique des médias et médias critiques : Acrimed, Petit Journal, @rrêt sur images, MediaTIC, Medialog...

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Centaines de chaines TV, titres de presse multiples (mais uniformisés), radios et sites web : y a-t-il trop de médias d'info ?

En quelques années, on a pu assister à pas mal de changements dans le paysage médiatique belge francophone. Le dernier fait marquant en date est sans doute le rachat des journaux l'Avenir par Tecteo.

 

A cette occasion, @SzocEd écrit sur Twitter un vibrant hommage à Joe Dassin : "On lira Où tu voudras Quand tu voudras Et l'on s'aimera encore Lorsque l'Avenir sera mort".

 

Derrière ce tweet humoristique se cache une question de fond : et si, demain, tel ou tel titre de presse disparaissait ? Et si, comme en Grèce ou en Espagne, certaines de nos chaines de télévision étaient appelées à disparaitre ? Ces médias ont-ils toujours une utilité ?

 

En effet, en Belgique francophone, on a connu une forte démultiplication des médias.

 

En télévision, par exemple. Coté service public, on pouvait autrefois regarder la RTBF et la chaine locale de sa région. De longue date, la Belgique a également pu capter les chaines de télévision françaises, TF1, FR2, FR3... La RTBF décline aujourd'hui ses programmes sur trois chaines (et plus si affinités...). Il est désormais très simple de regarder par ailleurs les télés locales des autres régions. Coté privé, on a vu la naissance de deux chaines chez RTL (Club et Plug), ainsi que AB3 et AB4. Désormais, il faut ajouter à cela (en vrac) i>tele, BFMTV, StarTV, Gulli, Direct8, les chaines dites autrefois "musicales", Eurosport, les nombreuses chaines thématiques (sports, sexe, dessins animés, nature, sciences, etc.) et j'en passe. Ce, rien qu'au niveau des chaines francophones.

En radio, la saturation du réseau FM a conduit le CSA à établir un plan de fréquences afin de limiter les interférences, ce qui a notamment conduit à la "mort" de Mint - qui, au passage, offrait un programme visant le même public cible que PureFM, mais était plus appréciée...

 

En presse écrite, là encore, la francophonie belge a connu une assez bonne diversité, avec les éditions de l'Avenir, le groupe Rossel (Le Soir + Sud Presse), IPM (La Libre + La DH). Pour en savoir plus : http://www.csa.be/pluralisme/groupes
Sans compter les magazines comme Cine-tele revue ou tele moustique, sachant qu'ils cartonnent toujours en tête des classements des canards écrits. Nous ne nous attardons pas sur des cas plus spécifiques comme Marianne Belgique et les nombreux autres petits ou grands "nouveaux acteurs" du paysage, mais il est intéressant d'en souligner la présence.
La réflexion implique surtout ici un autre grand acteur : Internet. Avec Internet, on a notamment vu l'émergence des sites d'information écrite des grandes chaines de télévision que sont la RTBF et RTL-TVI, mais aussi de nouveaux acteurs comme 7sur7, sans compter les nouveaux canaux de diffusion et de partage de l'info en temps réel.

De manière générale, Internet a offert l'accès à de nombreux médias plus ou moins classiques ou alternatifs, tous supports confondus (presse écrite, radio/podcast, photos et images, vidéos...).

 

Cette diversité quantitative est-elle cependant synonyme de diversité qualitative ? Par exemple, la RTBF offre-t-elle aujourd'hui sur ses trois chaines publiques un service fondamentalement différent de ses concurrents privés (voire au niveau de ses partenaires locaux) ? Dans la mesure où il y a une grande uniformisation de l'information, perdrait-on en diversité si un titre de presse - voire un groupe de presse entier - disparaissait ? N'y a-t-il pas trop de journalistes ?

 

La réponse n'est certainement pas simple, et je propose notamment de lire mon entretien avec Marc de Haan, directeur de Telebruxelles, pour se faire une idée des enjeux d'un journalisme émancipateur : http://julien.lecomte.over-blog.com/journalisme-audiovisuel-public-d%C3%A9ontologie-et-%C3%A9mancipation-entretien-avec-marc-de-haan

 

Cependant, pour chaque média (entendu comme chaine de tv / de radio, titre de presse), il importe de se poser la question de savoir où se situe la plus-value que celui-ci apporte au public. Ce média a-t-il une valeur, non seulement monétaire (parce que c'est un paramètre qui explique la démultiplication des titres), mais aussi sociétale ?
En d'autres termes, pour chaque média, on pourrait se demander si, au-delà de la dimension économique, il fait vraiment la différence. Cette différence peut être de l'ordre de l'information et de sa qualité (son exactitude, sa diversité, etc.), mais aussi du divertissement, de la socialisation... Il ne s'agit pas de poser un jugement moral trop souvent rencontré dans le domaine de la critique des médias (cf. http://www.scoop.it/t/chroniques-inedites/p/4003445565/critique-des-medias-critique-logique-ou-critique-sociale ), mais bien simplement de réfléchir à l'intérêt, à l'utilité, de tel ou tel média dans le contexte d'offre gigantesque dans lequel celui-ci est supposé évoluer.

A mon sens et à l'heure de la "consommation à la demande", cette réflexion importe également (voire surtout?) en tant que programmateur de chaine de télévision ou rédacteur en chef.

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Béatrice Dillies's curator insight, September 13, 2013 2:17 PM

Centaines de chaines TV, titres de presse multiples (mais uniformisés), radios et sites web : la Belgique a du mal à trouver médias à son pied.  

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"Facebook est-il encore tendance ?", chronique dans la revue de la COJ

"Facebook est-il encore tendance ?", chronique dans la revue de la COJ | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Plusieurs observateurs envisagent le déclin du réseau social. Il n’aurait notamment plus la cote auprès des ados. S’il est vrai que le réseau social est fortement critiqué, il ne faut pas l’enterrer trop vite…

 

Lire la chronique en entier :

- http://www.coj.be/News_sept_2013_12.html

- http://julien-lecomte.tumblr.com/post/54995127367/facebook-est-il-encore-tendance-chronique-dans-la

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Julien Lecomte's curator insight, July 9, 2013 3:18 PM

Un article “commandé" par la COJ (confédération des organisations de jeunesse indépendantes et pluralistes) pour le numéro pilote de sa revue (juillet 2013).

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Critique des médias : critique logique ou critique sociale ?

La critique des médias est-elle une critique logique, rationnelle, ou bien une critique sociale ?

 

BHL, Onfray, LaDH, TF1, M6, Direct8, Paris Match, RTL, SudPresse en Belgique ou encore Nabilla sont des exemples parmi d'autres de cette problématique.

En effet, ils sont les objets d'une critique plus ou moins légitime et parfois très grave (selon les cas), mais aussi - voire surtout - le faire-valoir favori de certains qui les dénigrent...

 

De manière générale, la fonction de socialisation du média permet d'en comprendre de nombreux phénomènes.

 

En effet, de nombreuses personnes regardent la téléréalité, tout en critiquant cette dernière. Autrement dit, même majoritairement - voire unanimement critiqués -, certains contenus sont massivement consommés, partagés et commentés. La raison est qu'il y a tout un jeu social autour de cela : si on ne connait pas Nabilla, on ne peut pas participer à une conversation qui parle de Nabilla. Au travail ou dans la cour de récré, il y a ceux qui ont ce sujet de conversation, alors que les autres ne l'ont pas.

 

Les contenus massivement consommés ou partagés sont en général ceux qui ont le plus de "valeur ajoutée de socialisation". Cela explique le succès des émissions de "zapping" ou qui "parlent des médias", voire de l'info : ils reprennent les principaux sujets de conversation potentiels.

 

Pour moi, la critique émanant de certains milieux dits "lettrés", "cultivés" par rapport à des contenus dits plus "populaires" répond également à ce principe, au moins dans une certaine mesure.

 

Si elle est basée sur plusieurs critères rationnels (qui ne sont pas nécessairement les critères de consommation de ces contenus, indice d'une dissonance culturelle : par exemple, on oppose implicitement "connaissance" et "politesse" à "plaisir" et "divertissement"), elle dépend également d'un positionnement socioaffectif, culturel.

 

Autrement dit, prendre la peine de dénigrer ces personnages et ces contenus, c'est se positionner socialement, c'est dire quelque chose de soi, en versant parfois dans les biais cognitifs (biais de confirmation d'hypothèse, par exemple) ; les erreurs de perceptions et de jugements.

 

En conséquence, critiquer les médias, selon moi, c'est savoir aussi se remettre en cause dans notre propre approche des médias. C'est adopter une approche réflexive par rapport aux valeurs, opinions (confiance, méfiance...), croyances, discours, usages, pratiques et comportements à leur égard.

 

Voir aussi :

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-12943922.html

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-24054250.html#_theories-medias-communication (théories des intermédiaires, influence des pairs, études culturelles, etc.)

- https://ed.stanford.edu/sites/default/files/party_over_policy.pdf

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Esprit critique et contenus d'enseignement prémâchés

Une des difficultés rencontrées lorsqu'il s'agit de pédagogie, c'est qu'il existe une demande pour que ne soient fournis aux enseignants que des contenus prémâchés, faciles à "transmettre" et à "reproduire", sans véritable démarche réflexive pour cet enseignant. Il leur faudrait des "recettes" et "solutions immédiates".

 

Autrement dit, celui-ci n'aurait plus qu'à transposer un modèle tout fait, une séquence toute prête, sans s'interroger nécessairement.

 

A noter que cela ne concerne pas que le public enseignant. Cf. les présupposés ambiants dans le domaine des formations professionnelles en général : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-pedagogie-des-formations-professionnelles-discours-sur-la-methode-99290666.html


D'une part, je pense que c'est préjuger des capacités et de la volonté des enseignants de se remettre en cause et de préparer eux-mêmes des contenus intéressants et pertinents. Plusieurs d'entre eux sont en effet très actifs, motivés et/ou engagés dans la recherche et le questionnement pédagogiques.

 

D'autre part, en termes d'esprit critique, c'est très dommageable. En effet, si on entend l'esprit critique comme une capacité à émettre des jugements et à agir de manière autonome, alors il y a une contradiction pragmatique. Concrètement, cela veut dire que l'apprenant devrait remettre sa pratique en cause et s'approprier des contenus que l'enseignant n'aurait lui-même pas pris la peine de questionner de manière critique.

 

En somme, comment susciter une démarche réflexive chez les apprenants si elle n'a pas elle-même été expérimentée par l'enseignant?

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Julien Lecomte's comment, June 5, 2013 6:39 AM
Merci pour ce partage @LNmulot !
Julien Lecomte's curator insight, June 5, 2013 2:56 PM

Parallèle avec le journalisme : "Une des dérives du journalisme revient à adapter la communication à ce que (l’on pense que) le public veut. En somme, il faudrait lui fournir du prémâché, pré-pensé ; du démagogique, qui correspond à ses attentes, ses centres d’intérêt, et mis en forme de manière à attiser sa curiosité reptilienne". (extrait de http://julien.lecomte.over-blog.com/communiquer-et-sensibiliser-id%C3%A9es-re%C3%A7ues-efficacit%C3%A9-et-%C3%A9thique)

Julien Lecomte's curator insight, October 2, 2013 7:46 AM

Parallèle avec le journalisme : "Une des dérives du journalisme revient à adapter la communication à ce que (l’on pense que) le public veut. En somme, il faudrait lui fournir du prémâché, pré-pensé ; du démagogique, qui correspond à ses attentes, ses centres d’intérêt, et mis en forme de manière à attiser sa curiosité reptilienne". (extrait de http://julien.lecomte.over-blog.com/communiquer-et-sensibiliser-id%C3%A9es-re%C3%A7ues-efficacit%C3%A9-et-%C3%A9thique)

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Infobèse toi-même

Les concepts d'information overload ou d'infobésité sont à nuancer. De nombreuses sources (statistiques, infographies, etc.) pointent l'augmentation exponentielle de données en ligne, notamment. Cf par exemple http://fr.slideshare.net/bradfrostweb/death-to-bullshit pour des illustrations

Certains auteurs nuancent déjà la réflexion que cela suppose : la question n'est pas neuve (comme en général lorsque l'on postule que les "nouveaux" médias révolutionnent totalement le monde, cf. http://julien.lecomte.over-blog.com/article-nouveaux-medias-de-la-passivite-de-la-masse-a-l-interactivite-revolution-100034519.html). Déjà "du temps des livres", on se posait la question du trop-plein d'informations : http://www.internetactu.net/2012/06/18/trop-de-livres-quelles-distinctions-de-valeurs-faisons-nous-entre-les-pratiques-et-les-technologies/ .

 

Le concept d'économie de l'attention date quant à lui de 1971, selon Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27attention

 

Car c'est non pas d'information, mais d'attention dont il est réellement question. D'énormes quantités de données étaient également produites avant le numérique. Avant les blogs, certains tenaient un journal intime ou écrivaient des nouvelles et des poèmes, ou encore discutaient de certains sujets avec d'autres personnes. Avant Facebook, les gens appréciaient des contenus ("j'aime") et en parlaient à leurs pairs ("je partage", "je commente").

La différence aujourd'hui, c'est que ces interactions, comportements et opinions informels sont numérisés, "formalisés" et stockés.

En bref, cette masse d'information n'est pas vraiment nouvelle : elle prend juste une forme différente, qui la rend potentiellement accessible plus longtemps, éventuellement à une plus grande quantité d'individus, et ce d'une autre manière.

 

Il serait faux de croire que cela change radicalement la donne. En effet, il y a très peu de chances que je m'intéresse aux "likes" d'un inconnu à l'autre bout du monde, même si ceux-ci me sont accessibles. La vraie question au niveau des usages n'est pas celle de la masse d'information dans l'absolu, mais de la masse d'information à laquelle je m'expose, c'est-à-dire de celle qui est pertinente pour moi et qui m'est accessible.

 

Il demeure certain que de nombreux nouveaux contenus sont diffusés quotidiennement. A cela, on pourrait ajouter qu'il existe de nombreuses redondances et que la diversité est également un enjeu majeur, face à une uniformisation de la consommation (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/593409-pourquoi-les-nouveaux-medias-n-ont-pas-diversifie-l-info.html).

 

Il n'est pas question de dire que la problématique de la quantité de l'information disponible n'existe pas : effectivement, il y a de véritables enjeux à mener une réflexion sur l'optimisation de l'allocation de notre "temps de cerveau disponible". Cependant, il est faux de laisser croire que le bruit présent sur le web rend sourds tout le monde : en effet, celui-ci ne nous atteint que lorsque nous nous y exposons... Par ailleurs et pour prolonger la métaphore, il peut être dommage de ne s'exposer qu'à la même soupe de mélodies pop formatées...

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Il ne faut pas changer trop radicalement la pédagogie : nombreux apprenants ont intégré des habitudes, des rituels, des modèles mentaux...

Il ne faut pas changer trop radicalement la pédagogie : nombreux apprenants ont intégré des habitudes, des rituels, des modèles mentaux.

 

Je lis très souvent des discours teintés de bonnes intentions sur des "réformes pédagogiques en profondeur". Moi-même, je me suis engagé à plusieurs reprises par rapport à des défis de l'éducation, notamment face aux "savoirs morts", aux inégalités scolaires, etc.

Cf. notamment :

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-15843136.html (2009)

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-fiche-de-lecture-fournier-troger-les-mutations-de-l-ecole-97858934.html (2009)

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-defis-actuels-de-l-education-52829100.html (2010)

 

Cependant, j'ai pu observer combien certains apprenants pouvaient être perdus lorsque les balises pédagogiques auxquelles ils sont habitués sont ébranlées.

 

Par rapport à cela, je ne prône certainement pas un status quo, mais plutôt une combinaison des approches, une diversification des méthodes, et non des partis pris orientés qui balaient les apports des autres présupposés didactiques d'un revers de la main.

Certaines méthodes "à l'ancienne" sont efficaces dans plusieurs contextes, tandis que certaines nouvelles méthodes le sont (ou le seront, après acquisition de "routines", très importantes dans l'apprentissage) dans plusieurs autres, éventuellement complémentaires ou identiques selon les cas.

Je me positionne de manière générale face à une application aveugle de méthodes tantôt quand celles-ci n'ont pas prouvé leur efficacité, du moins dans l'absolu (cf. http://julien.lecomte.over-blog.com/article-la-pedagogie-des-travaux-de-groupe-38699053.html ou encore http://julien.lecomte.over-blog.com/article-pedagogie-des-formations-professionnelles-discours-sur-la-methode-99290666.html, chacun à nuancer bien entendu), tantôt quand elles pourraient être combinées avec d'autres et non les remplacer (cf. les débats entre pédagogies socioconstructivistes et approches analytiques / les méthodes d'apprentissage de la lecture / etc.).

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Nature, culture, genre, sexualité et normes sociales

Nature, culture, genre, sexualité et normes sociales | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Extraits d’un échange entre moi-même et deux autres intervenants (x et y) à propos des liens entre ce qui est “naturel” ou “culturel” et en quoi cela doit ou non influencer nos règles sociales...

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Twitter / BlogPhilo: La critique traditionnelle ...

La critique traditionnelle des médias pointe des préférences particratiques. Quid de l'idéologie d'un clash nécessaire entre les idées?

 

Que "les" journalistes et "les" gens aient des opinions est normal, mais même des pseudo-intellectuels ne relèvent que les petites phrases.

 

Si l'on sait aujourd'hui que les diverses joutes et débats ont un résultat difficile à mesurer quant aux votes (quid des millions d'euros dépensés en campagnes d'affichages et en papier?), il me semble également légitime de s'interroger sur cette présentation qui lie intimement la discussion et la guerre... Cette idéologie -parmi d'autres- me parait bien plus pernicieuse que la question réductrice et trompeuse des préférences affichées ou non des journalistes. Elle ne se limite d'ailleurs pas à leurs pratiques, mais aussi aux façons de lire et interpréter de leurs publics.

 

Lire mon article "Lakoff - La discussion, c'est la guerre" : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-la-discussion-c-est-la-guerre-57487633.html

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Apprentissage 2.0 : faut-il révolutionner les pédagogies ?

Apprentissage 2.0 : faut-il révolutionner les pédagogies ? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

J'ai rédigé un article sur la "pédagogie 2.0", "faut-il révolutionner les pédagogies" dans le magazine COJ#01 (édité par la COJ - http://www.coj.be)

 

Les médias ont des impacts sur notre manière de penser et de vivre dans le monde. Aujourd’hui, alors que de nombreuses opérations mentales sont automatisées dans des machines, notamment la mémorisation d’information, ne faut-il pas revoir en profondeur les méthodes d’apprentissage ?

 

Deux positions classiques existent. A notre droite, il y a ceux pour qui « c’était mieux avant ». Il ne faut certainement pas toucher aux « bonnes vieilles méthodes », sous peine de continuer dans la voie de ce gouffre sans fin qu’est le nivellement par le bas. D’ailleurs, depuis le temps que le niveau baisse, c’est à se demander comment l’espèce humaine n’est pas encore éteinte. A gauche, nous avons les contradicteurs, pour qui il va de soi qu’il faut tout révolutionner et repartir d’une page blanche : pourvu que l’on réinvente enfin la roue !

 

Ces extrêmes n’ont forcément pas que des travers idéologiques.

 

Coté pile, parce que la pédagogie est une affaire à laquelle de nombreux auteurs et enseignants ont réfléchi avant. Un simple regard en arrière démontre d’ailleurs que pas mal de questions qui se posent aujourd’hui sont loin d’être neuves, même par rapport aux technologies numériques. Il est faux de croire par exemple que ces technologies modifient absolument tout, en transformant instantanément la masse de consommateurs passifs que nous étions en usagers actifs. De plus, l’institution scolaire d’hier n’a pas formé que des bras-cassés, aigris de l’éducation et dégoutés de tout savoir. Un point pour les passéistes.

 

Coté face, parce que l’enseignement est un domaine où il convient de se remettre en question et d’interroger le sens des apprentissages, d’autant plus qu’il est encore aujourd’hui marqué par de profondes inégalités sociales. Les nouvelles technologies ne modifient pas tout, mais elles renforcent certaines questions et elles s’inscrivent dans différentes évolutions sociales et culturelles, d’autant plus qu’il s’agit de nouveaux médias de communication, de nouveaux langages et donc de nouvelles formes de connaissance.

 

Vous souvenez-vous de cette émission diffusée sur RTL-TVI (« Êtes-vous plus malin qu’un enfant de primaire ? »), opposant des enfants de primaire drillés de par cœur à des adultes sur des questions de « culture générale » ?

Celle-ci a eu le triste mérite de mettre en avant ce qu’on appelle les « savoirs morts ». Les chiffres à ce sujet sont effrayants, puisque trois mois après les examens de juin, les élèves ont oublié jusqu’à 80% de la matière qu’ils ont ingurgitée. Il est alors légitime de se demander s’il ne vaut pas mieux apprendre moins pour retenir plus durablement. D’autant plus lorsqu’une recherche sur Google permet de trouver ce genre de réponses… Pour peu que l’on sache l’utiliser et distinguer une information fiable du reste ! Et pour ce faire, il faut sans doute un minimum de connaissances, comme lorsqu’il s’agit d’utiliser une calculatrice : il est nécessaire de reconnaître les chiffres, comprendre les opérations, interpréter les résultats, etc. Un partout.

 

Le fait qu’il y ait des lacunes dans un système donné n’est pas une raison pour faire n’importe quoi, n’importe comment. Certains acteurs pédagogiques, associatifs ou encore marchands ne manquent pas d’inventivité. Cependant, sous prétexte d’innovation, il leur arrive de vanter des dispositifs et outils qui sont loin d’avoir fait leurs preuves, voire qui n’ont pas vraiment de sens, ou encore que les apprenants arrivent à maîtriser par eux-mêmes. Ainsi en est-il de ces enseignants qui naviguent quasiment à l’aveugle sur le web ou sur des applications avec leurs élèves, donnant parfois l’impression d’être faussement « branchés ». Face à eux, on retrouve ceux qui tiennent des discours plus hostiles à l’égard des médias et qui adoptent des postures sécuritaires marquées par des interdits, des chartes et des règlements. Littéralement de plus en plus « déconnectés » de la réalité de terrain, ils courent le risque de creuser l’écart entre la vie scolaire et la vie en-dehors de l’école. Ces catégories de personnes correspondent en quelque sorte à ceux que j’appelle les « apprentis sorciers de l’éducation aux médias ».

 

Dès lors, que faire ?

 

D’abord, faire le deuil d’une recette parfaite qui permettrait de résoudre toutes les questions éducatives. En parallèle, une des richesses d’un bon enseignement consiste à varier les pédagogies, à diversifier les méthodes et les approches. L’approche pluraliste permet de ne pas sombrer dans des discours trop orientés et radicaux, qui comportent des risques pour les apprenants – ou du moins certaines catégories d’entre eux.

 

Les enjeux sont très nombreux. On parle d’ailleurs de fracture numérique : une maîtrise de base des « technologies de l’information et de la communication (TIC) » est devenue une condition pour évoluer dans la société de demain. Il est important d’y répondre, mais aussi de le faire de manière nuancée, parce que la réalité est complexe.

 

En sortant de ces schémas binaires, il faut aussi avoir conscience qu’il ne faut pas vouloir changer trop radicalement la pédagogie. D’une part, on l’a vu, parce qu’il est dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain : certaines choses fonctionnent ou ont fonctionné. D’autre part, parce que les enseignants et apprenants sont accoutumés à des routines, des habitudes, des manières de faire. Si vous allez dans une classe qui n’a jamais connu que des méthodes transmissives, où le prof parle et les élèves écoutent, il n’est pas dit qu’ils seront réceptifs à une pédagogie dite active. Et vice versa. Combien d’enseignants ne se sont toujours pas remis du décret « missions » de 1997, instituant l’approche par compétences ?

 

Il faut prendre en compte le public et les spécificités et sensibilités de chacun : c’est une affaire de dosage.

 

Enfin, certaines méthodes sont efficaces dans un certain contexte, d’autres le sont moins. A ce sujet, il est intéressant de se poser la question du rôle des institutions destinées à l’éducation et à la formation. Leur seul but est-il d’inculquer des données, ou bien aussi d’apporter une contribution par rapport à des enjeux plus larges, d’émancipation citoyenne, de pensée critique et de vivre-ensemble ?

Au fond, cette question du sens n’est elle pas la seule qui soit pertinente par rapport à un contexte donné ? Plutôt que de rejeter en bloc toute innovation médiatique, ou de se jeter sur la première application marchande venue et utilisée par certains jeunes, n’est-il pas intéressant de réfléchir au cas par cas en fonction d’objectifs didactiques bien définis ?

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Master en éducation aux médias | Julien Lecomte

Master en éducation aux médias | Julien Lecomte | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Ma réponse à la question "Quel est le sens du Master en éducation aux médias ?" (IHECS) :

 

D’abord, j’ai régulièrement observé de grands écarts entre des pratiques académiques (les études sur les médias et leurs usages, ainsi que les théories critiques à leur égard) et certaines initiatives pédagogiques de terrain. Je pense que cette formation est une opportunité de réduire ce genre d’écart et de maximiser les échanges entre des sphères complémentaires, qui sont malheureusement parfois déconnectées l’une de l’autre.


Ensuite, le fait de penser l’éducation aux médias s’inscrit dans une réflexion qui concerne la relation d’apprentissage, et même plus largement notre rapport au savoir et à son utilité sociale. Pour moi, cela consiste à s’interroger sur les présupposés didactiques explicites ou implicites qu’une personne ou une collectivité se donne pour éduquer. Autrement dit, un des enjeux majeurs d’une formation à l’éducation aux médias consiste à analyser de manière critique son propre rapport individuel ou social à la connaissance ou aux savoirs et à la communication de ceux-ci. Nous sommes ici à un niveau épistémologique.


Enfin, à mon sens, lorsque l’on prétend vouloir éduquer, et a fortiori lorsqu’il est question d’éducation aux médias, on adhère implicitement à un postulat d’émancipation citoyenne, c’est-à-dire à l’idée selon laquelle enseigner a une portée résolument éthique, liée à l’agir humain. Concrètement, l’éducation aux médias soulève des questions affectives, relationnelles, sociales, culturelles, juridiques et politiques qui sont autant de problématiques cruciales par rapport à l’autonomie de chacun et à l’expression harmonieuse de celle-ci.

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Confiance et défiance envers les médias

J'ai été interviewé pour cet article relatif à la confiance envers les médias, dans le journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/26/sale-temps-pour-les-medias_3485500_3246.html

 

J'y tiens le propos suivant : "Parfois, afficher de la méfiance est une façon de se positionner socialement".

 

Au-delà de ce passage cité, la question est très complexe et peut être abordée selon de nombreux points de vue, notamment en regard des opinions déclarées des usagers à l'égard des médias (par exemple via le baromètre TNS Sofres - http://www.tns-sofres.com -, également cité dans l'article), mais aussi en fonction des comportements de consommation de ceux-ci, ou encore de leur signification sociale et culturelle.

 

Plusieurs raisons factuelles peuvent alimenter une certaine défiance (accointances, orientations idéologiques, erreurs, coquilles, simplisme, stratégies marketing fallacieuses, etc.). Une question consiste à se demander si les médias remplissent toujours bien leur rôle social de contre-pouvoir, dès lors qu'il sont eux-mêmes sujets à un tel contre-pouvoir.

 

Cependant, il serait faux de croire que la méfiance est généralisée, absolue (et en outre qu'elle ne serait que rationnelle). Avec Internet, elle trouve de nouveaux lieux où s'exprimer (il suffit de lire les commentaires sur les sites de presse - le cas des trolls, notamment -, ou encore de constater la montée en nombre de sites d'info alternatifs), et elle trouve également un écho dans les médias traditionnels eux-mêmes, via certaines rubriques ou émissions (cf. ma chronique pour l'asbl Gsara : http://www.scoop.it/t/media-et-societe/p/4008274957/causes-toujours-30-pdf).


Par ailleurs, celle-ci n'est pas toujours rationnelle, mais plutôt socio-affective, voire orientée (cf. http://julien.lecomte.over-blog.com/page-8277335.html et http://www.scoop.it/t/media-et-societe/p/4002779009/critique-des-medias-critique-logique-ou-critique-sociale).

Je consacre une bonne partie de mon ouvrage "Médias : influence, pouvoir et fiabilité" (http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38392) à la question de la confiance envers les médias.

 

Voir aussi :

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-12943922.html

- http://julien.lecomte.over-blog.com/article-24054250.html#_theories-medias-communication (théories des intermédiaires, influence des pairs, études culturelles, etc.)

- https://ed.stanford.edu/sites/default/files/party_over_policy.pdf

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Les USA, la guerre, Obama, Bush, l'Irak et la Syrie

Un article de 2010 (...) selon lequel la "guerre secrète" s'étendrait globalement sous l'administration Obama : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/06/03/AR2010060304965.html

 

A l'heure où les relations semblent houleuses entre les USA et la Syrie, menaces d'interventions à l'appui, on se souviendra peut-être de l'intervention de Bush en Irak face à une hypothétique présence d'armes de destruction massive. Au nom de la Paix et de la démocratie, faut-il le préciser. Aujourd'hui, le régime syrien détiendrait et aurait utilisé des armes chimiques face à des civils...

 

De quoi évoquer les paroles de la chanson "We need a war", de Fisherspooner : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4004953154/fischerspooner-we-need-a-war

 

Il est sans doute trop tôt pour dire qu'il y aura une intervention militaire en Syrie. De plus, les situations ont des dissemblances. Il ne faut pas généraliser. Cependant, l'antiaméricanisme d'hier semble bien frileux à poser des questions aujourd'hui...

 

> Voir aussi ce "Lexique médiatique de la guerre de Libye" sur Acrimed (2011), par Julien Salingue, pour qui les mots utilisés en 2013 ont un air de "déjà vu" : http://www.acrimed.org/article3561.html

 

A rappeler que le président des Etats-Unis Barack Obama a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2009 : http://nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/2009/


Je traite de la question du traitement médiatique des USA par les médias belges et français dans mon livre "Médias : influence, pouvoir et fiabilité" : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=38392

Julien Lecomte's insight:

Edit 11/10/2013 : http://www.lalibre.be/actu/international/journalistes-espionnes-deputes-terrorises-la-politique-mediatique-musclee-du-gouvernement-obama-5257d0063570d36e85e2dd1b

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L'éducation aux médias et ses enjeux

Les enjeux de l'éducation aux médias invitent à aller au-delà de l'éduc. aux médias : info-doc / cognition et fiabilité, socioaffectif... L'éducation aux médias en tant qu'ensemble de contenus et méthodes est à subordonner aux enjeux qu'elle soulève

Julien Lecomte's insight:

Cf. également : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-dossier-les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias-111896992.html

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Le Point se déresponsabilise des conséquences de son sondage et échoue ainsi à relever les enjeux de fond

Le Point se déresponsabilise des conséquences de son sondage et échoue ainsi à relever les enjeux de fond | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Le 23 juillet 2013, Le Point publie un sondage pour le moins polémique, sur base des propos de Gilles Bourdouleix : http://www.lepoint.fr/chroniques/hitler-n-en-a-peut-etre-pas-tue-assez-les-propos-de-gilles-bourdouleix-depute-maire-de-cholet-a-propos-des-gens-du-voyage-installes-sur-sa-commune-suscitent-la-polemique-23-07-2013-1707426_2.php

Désormais supprimé, ledit sondage a été maintes fois copié sur Twitter : https://pbs.twimg.com/media/BP2iM-dCcAAeqsI.jpg

 

Suite aux nombreuses railleries et critiques sur les réseaux sociaux, Le Point réagit : « Un journaliste ne s'interdit de poser aucune question, et surtout les plus dérangeantes… » : http://www.lepoint.fr/societe/explications-sur-un-sondage-23-07-2013-1707523_23.php


Voir ici : https://pbs.twimg.com/media/BP22bjACMAEiTEn.png

 

Par cet argument, Le Point se déresponsabilise des conséquences de son sondage et échoue ainsi à relever les enjeux de fond, non seulement sur les questions relatives à la validité de ce sondage, à ses (nombreux) biais manifestes, mais aussi par rapport aux réponses plus ou moins suscitées.

 

Aux environs de 15h45, la rédaction assume davantage et se décide à supprimer le sondage problématique : "Nous comprenons néanmoins que cette question ait pu choquer et nous excusons auprès de nos lecteurs. Pour cette raison, nous avons supprimé le sondage".

 

Coïncidence : le même jour, Le Point publie une interview de J.-M. Le Pen (...) où celui-ci déclare : "Je renvoie bien sûr ces cuistres à l'étude du Larousse". Cette attitude est typiquement ce que je déconstruis dans l'article "Les polémistes sont-ils responsables des interprétations de leurs propos?" : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-polemiques-ce-n-est-pas-ce-que-j-ai-voulu-dire-je-persiste-et-signe-99011690.html

 

Ce dernier article offre peut-être un éclairage global sur cette journée au Point. En effet, le problème, c'est qu'il y a tout un public à ces affrontements de surface, un public qui interprète et se positionne. Il se positionne en fonction d'affects, de frustrations et de vécus personnels. Comme dans le cas de l'intervention de Guéant par rapport aux civilisations, le public est ici encore mis devant des choix factices.

Ceux qui prétendent ne pas être responsables des polémiques qui en découlent le sont en réalité d'autant plus dans la mesure où ils adoptent une rhétorique simpliste qui prend le pas sur les questions et enjeux de fond.

Ce public, il est incorrect de ne pas le prendre en compte, de faire comme si seuls les mots et les idées exprimées par les médias ou les politiques comptaient.

Le Point ne peut pas faire comme s'il n'était pas responsable des conséquences de son sondage.

Du moins, il rate le coche d'un double effort, d'analyse et de pédagogie, par rapport à la polémique née de ce dispositif.

 

Au sujet des enjeux de fond (place de la problématique du racisme et autres propos incitants potentiellement à la haine dans les médias, notamment) et de la responsabilité du Point (rôle du journalisme, responsabilité, utilité sociale...), quelques pistes, justement :

- DE HAAN, M. (2013), "Le cordon sanitaire médiatique nous est utile" : http://www.ajp.be/egmi/content/marc-de-haan-atelier3

Marc de Haan ne pense pas que les citoyens belges francophones soient dotés d'un surcroit de moralité par rapport aux autres pays. Or, les partis extrêmistes, radicaux, n'y percent pas comme ailleurs. Une des hypothèses tient dans le "cordon sanitaire" qui n'empêche certes pas de parler de la problématique du racisme, mais bien de tout simplement refuser l'accès à la parole publique à ce genre de discours.

- DESMET, F. (2013), "L'impasse moralisatrice de la lutte contre le racisme" : http://francoisdesmet.wordpress.com/2013/05/07/limpasse-moralisatrice-de-la-lutte-contre-le-racisme/

François Desmet pense quant à lui que cette lutte peut mener à une impasse lorsque celle-ci se résume à une censure arbitraire et parfois peu pertinente, et dans la mesure où c'est du "one-shot", basé sur une logique d'interdictions. Il relève que cette stratégie postule en quelque sorte la malléabilité de l'opinion publique : en gros, si on "censure", c'est parce qu'on a peur que la populace soit influencée et que des dérives en découlent effectivement (hypothèse qui semble malheureusement se vérifier en partie, au vu du nombre de partages liés à des images et propos ambigus ou explicitement haineux).

J'ajouterais que le format médiatique n'est pas toujours propice à la complexité et donc à offrir une place confortable à une déconstruction adéquate des propos simplistes, ce qui donne un "avantage" aux propos de ce type.

Pour F. Desmet, un des problèmes est que la censure confine les auteurs des propos censurés dans leur rôle de victime (et la rhétorique qui l'accompagne) et éventuellement dans leur frustration. "[E]lles [les stratégies d'interdictions et de censure] tendent même, par un effet pervers et inattendu, à cliver et radicaliser des positions qui l’invoquent rapidement de part et d’autre ; elles tendent également à crisper une partie importante de la population qui estime « qu’on ne peut plus rien dire », et qui ignore généralement à quel point sa jurisprudence est limitée et encadrée".

Cela ne règle pas la question des éventuelles "prédispositions" des récepteurs.

Selon lui, un des enjeux se situe justement dans un travail de socialisation de fond, par l'éducation notamment. Ces questions sont complexes et méritent d'être abordées, mais pas n'importe comment, n'importe où.

- LIBOIS, B. (2012), "Médias, éthique et régulation" : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-medias-ethique-et-regulation-entretien-avec-boris-libois-108986487.html

A la question de savoir si le journaliste peut tout dire, sous prétexte d'informer et de rendre compte de manière "neutre" de l'opinion publique, il faut remettre ce sacro-saint "droit d'informer" (voire ce "devoir" d'informer, comme s'en revendiquent certains missionnaires) dans le contexte de l'utilité sociale du journalisme, de sa fonction dans un Etat démocratique, dans une société harmonieuse. Or, tel qu'il est présenté ici, ce sondage loupe complètement le coche de l'émancipation sociale...

 

Cette problématique est d'autant plus marquée dans la mesure où l'accès à l'espace public peut désormais se faire via les réseaux sociaux, les commentaires sur les sites de presse, etc. On l'a vu avec le cas Trullemans ou encore en 2012 avec des milliers de partages d'une image ouvertement hostile aux étrangers (cf. mon article http://julien.lecomte.over-blog.com/article-retro-2012-des-chiffres-qui-donnent-envie-de-passer-en-2013-113863953.html ) : quels dispositifs mettre en place pour éviter les dérives menant à la haine, à des comportements ou des mesures antidémocratiques?

Julien Lecomte's insight:

Suite à la polémique résultant du sondage du Point publié mi-juillet, le débat sur la censure des propos racistes est encore une fois relancé. Là où je trouve que Le Point a échoué à reprendre la balle au bond et à s'exprimer de manière constructive à ce sujet, je vous propose plusieurs pistes pour alimenter le débat : "Faut-il censurer les propos racistes ?" | http://julien.lecomte.over-blog.com/faut-il-censurer-les-propos-racistes

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Julien Lecomte's curator insight, July 28, 2013 10:23 AM

Suite à la polémique résultant du sondage du Point publié mi-juillet, le débat sur la censure des propos racistes est encore une fois relancé. Là où je trouve que Le Point a échoué à reprendre la balle au bond et à s'exprimer de manière constructive à ce sujet, je vous propose plusieurs pistes pour alimenter le débat : "Faut-il censurer les propos racistes ?" | http://julien.lecomte.over-blog.com/faut-il-censurer-les-propos-racistes

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Vie privée, espionnage, Snowden, PRISM, NSA, confidentialité, surveillance, Panoptique, sécurité, 1984, Big Brother et autres joyeusetés

Je m'étonne de lire actuellement autant de réactions suite aux révélations d'Edward Snowden, relatives à la surveillance dont nous ferions tous l'objet (pour ceux qui ne savent pas ce dont il est question, cf. notamment http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/06/09/un-ancien-employe-de-la-nsa-derriere-les-revelations-sur-les-ecoutes-numeriques_3426888_3222.html).

 

Ainsi, on peut lire ce genre d'article : "Prism: pourquoi le public ne se sent pas assez concerné par l'espionnage de nos vies privées (et pourquoi il devrait) [ http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/15/prism-pourquoi-pas-concerne-espionnage-vie-privee_n_3440414.html ]" (titre en partie fallacieux étant donné le nombre de partages de celui-ci : il y a en réalité plusieurs publics, et l'un de ces publics rend faux le titre au moins en ce qui le concerne, s'en distingue en le partageant).

 

Il y a au moins deux types de personnes qui s'agitent suite à ces révélations.

 

D'abord, il y a ceux que ça n'avait jamais inquiétés. Ceux pour qui la surveillance, c'était des conneries, des phantasmes de complotistes à deux balles. Ceux qui n'en avaient rien à foutre tant que ça n'était pas susceptible de toucher leurs messages privés sur Facebook. Désormais, ça leur parle les questions de vie privée et de confidentialité ! On les voit maintenant fervents défenseurs des libertés individuelles et de la confidentialité. C'est pas comme si on les avait prévenus !

Parce qu'au fond, Edward Snowden n'apporte rien de véritablement neuf sous le soleil : cela fait des années que certains s'époumonent à dire qu'avec Internet, les gens se fichent eux-mêmes, ils donnent leurs données en pâture à des firmes privées ou à des gouvernements. Combien de fois n'y a-t-il pas eu de levées de boucliers face aux politiques de confidentialité et de récoles de données de Facebook? (Cf. http://europe-v-facebook.org/EN/en.html entre autres).

 

Ensuite, justement, il y a ceux "qui l'avaient dit". Ah, ces visionnaires! Ceux qui ont lu Orwell, ceux qui ont lu Foucault. Ceux qui Savaient, nom d'un chien, que la plèbe sacrifiait ses libertés en s'inscrivant sur Facebook, au nom de la sécurité...

 

Ces attitudes pulsionnelles ne permettent pas à mon sens de penser véritablement les enjeux relatifs à ces faits. Ces faits inéluctables. Ces faits par rapport auxquels il est difficile, voire impossible, de faire marche arrière.

 

"La question de la vie privée est-elle un problème de vieux cons?" se demandait Jean-Marc Manach en 2010 (http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/02/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons-le-livre/). Pour lui, les "vieux" ont leur mot à dire face à ces jeunes qui ne s'en fichent peut-être pas tous tant que le sens commun voudrait le croire.
Citée dans un article de PCInpact.com, la fondatrice du site Groklaw est plus explicite encore lorsqu'elle évoque un passage d’un livre de Janna Malamund intitulé "Private Matters : In Defense of the Personal Life" décrivant notamment comment la surveillance est un puissant moyen de contrôle : "L’une des fonctions de la vie privée est de fournir un espace sûr loin de toute terreur ou agression. Lorsque vous enlevez à une personne sa capacité à s’isoler ou à conserver des informations intimes pour elle-même, vous la rendez extrêmement vulnérable" (http://www.pcinpact.com/news/81869-internet-est-termine-grokloaw-ferme-ses-portes.htm)...

 

Le problème, c'est que la mécanique est en marche, et depuis longtemps. Cartes bancaires, cartes d'identité à puces, GPS, GSM, croisements d'informations issues des bases de données commerciales et administratives, caméras publiques de surveillance, formulaires remplis çà-et-là de notre plein gré, présence en ligne (et même absents, nous sommes taggés par nos pairs, mis sur le web par nos employeurs...), etc. Big Brother, qu'on le veuille ou non, c'est trop tard : on est tous fichés.

 

La plupart des "penseurs" de la vie privée l'ont bien compris : en général, ils mettent surtout l'accent sur des questions qui se situent davantage à un niveau interpersonnel qu'à un niveau sociétal.

Ainsi en découlent les principes marketing de "réputation" : votre (futur) employeur peut voir ce que vous publiez, vos amis vous jugent en fonction de vos actions sur les réseaux sociaux, etc. Le conseil d'or, en conséquence, est de régler ses paramètres de confidentialité et de "réfléchir avant de publier" (cf. la caricature dénoncée par Michel Guillou face à la campagne "Soyez net sur le net" : http://gingko.neottia.net/post/42653049758/paris-et-ses-ados-les-traits-grossiers-de-la#).

Le genre de choses qu'une ou deux claques sociales permettent d'apprendre et qui semblent de plus en plus admises en termes de règles implicites sur les réseaux.

Une des dérives possibles est de créer une culture du self-branding, du "marketing de soi" , où l'on ne se montre que sous un jour tout à fait hypocrite, travaillé et artificiel, avec également cette question de "la mise en chiffres de soi". Mais ce n'est pas le débat ici.

 

Ces "penseurs" se retrouvent bien démunis quand on leur explique que même leur navigation privée fait l'objet d'une surveillance. A moins d'avoir été parano toute sa vie, de ne fonctionner que par logiciels libres, d'habiter dans une grotte et de n'avoir aucune vie sociale, il est plus que probable que des données aient été collectées sur nous.

 

Maintenant, il demeure stupide de penser qu'Obama "lit nos mails". J'ai la croyance qu'il a autre chose à faire de ses journées. C'est là qu'interviennent les alarmistes : Big Brother, c'était de la gnognotte face à ce qu'on connait aujourd'hui. Sauf que dans 1984, le système est beaucoup plus coercitif. D'ailleurs, on le sait depuis longtemps : aux States, on utilise ses armes en bon père de famille (lire au second degré, hein - http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/06/19/la-nsa-et-le-fbi-defendent-prism_3432454_651865.html) : faut pas déconner! La bombe nucléaire, les armes à feu, c'est seulement pour notre sécurité. C'est seulement contre les méchants.

D'un autre coté, n'importe quel système totalitaire qui aurait accès à ces possibilités techniques deviendrait directement extrêmement puissant : si on sait lire vos mails, on sait lire aussi ceux de "votre" armée. Puis on peut vous faire chanter, puis on peut vous retrouver, tout ça. Comme dans les meilleures dystopies !

Ce n'est pas faux.

Ce n'est pas neuf non plus. Un système totalitaire n'a d'ailleurs pas besoin de tout cela pour être extrêmement puissant et coercitif...

 

Le problème, c'est qu'on ne peut pas décemment penser comme dans tel ou tel article (un au hasard : http://www.lepoint.fr/technologie/zimmermann-faire-confiance-a-google-ou-facebook-c-est-etre-a-poil-sur-internet-10-06-2013-1678994_58.php) que demain, face à ces risques, la population entière va se mettre aux logiciels libres et déserter ces saletés de sociétés commerciales, administrations et autres organismes qui ont minutieusement collecté leurs données - souvent offertes sur un plateau d'argent - depuis des années. Quand bien même ce serait le cas, ce nombre écrasant de personnes aurait tout de même été fiché durant des années. Et à chaque génération, il faudrait que les enfants et ados suivent les traces de papa-maman pour éviter de tomber dans le piège du fichage.

 

Est-ce pour autant du fatalisme? Je ne le crois pas : c'est tout-à-fait réaliste. Je préfère de loin cette position à celle qui inculque un self-branding nauséabond, mettant tout à fait de coté les véritables enjeux sociétaux. En réalité, je m'insurge contre les solutions proposées.

Pour moi, être absent du web, se créer un "faux profil" et partager des informations erronées, "réfléchir [à sa réputation] avant de poster" ou encore fuir les "gros acteurs" des réseaux n'a pas beaucoup de sens. Même l'éducation aux médias, lorsqu'elle se limite au niveau interpersonnel, est stérile face à ce problème.

 

Par contre, il est selon moi possible de développer des contre-pouvoirs, entre autres. Le problème d'un système à la Big Brother, c'est le déséquilibre dans la répartition du pouvoir, avec une entité quasi omnipotente et aucune alternative ayant assez de pouvoir par ailleurs.

Il ne faut pas se leurrer : si un système suffisamment puissant décide de faire un usage de nos données personnelles contre nous, ce n'est probablement pas parce que nous ne sommes pas ou plus sur Facebook que nous aurons la moindre chance d'y échapper. Le fait que certaines personnes n'aient pas appris à gérer leur confidentialité et que ça leur pose des problèmes au niveau personnel peut être soulevé, mais cela ne suffit pas au niveau sociétal. La question d'une "communication consciente de soi" est presque anecdotique si l'on se situe au niveau sociétal.

Par contre, le web offre notamment des possibilités de faire réseau, d'échanger de l'information, etc. Il est possible de contribuer à prévenir ce type d'usage nocif, en faisant circuler l'information, par exemple. Il existe plus que probablement de nombreuses pistes que je n'envisage même pas. Mon propos est simplement de dire que face à un système dont le potentiel de contrôle et de surveillance est gigantesque, si on veut vraiment agir, il convient d'envisager d'autres systèmes parallèles et non de se voiler la face.

Julien Lecomte's insight:

Voir aussi, fin juillet 2013, les "révélations" au sujet d'un autre outil de surveillance : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/07/31/l-outil-qui-permet-a-la-nsa-d-examiner-quasiment-tout-ce-que-fait-un-individu-sur-internet_3455916_651865.html

 

Pour l'anecdote au sujet du couple sécurité - liberté / vie privée, en 2010, un sondage révélait que 23% des Allemands seraient prêts à se faire implanter une puce sous la peau "si cela peut aider les secours à les localiser en cas de problème", par exemple : http://trends.levif.be/economie/actualite/high-tech/23-des-allemands-prets-a-se-faire-implanter-une-puce-sous-la-peau/article-1194667881853.htm

 

En règle générale, lorsqu'il s'agit de justifier une privation de liberté, c'est la sécurité qui est mise en avant.

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samueldesnoulez's comment, November 6, 2013 5:02 AM
Je crois appartenir à une 3ème catégorie : je ne suis pas surpris par les révélations sur la NSA. En 1995, le Courrier International avait sorti un article sur Echelon. Je relaie des infos sur Internet et la question de la vie privée en particulier pour mes stagiaires en initiation informatique. Ils ne vontpas chercher par eux-mêmes ce genre d'info, n'ont pas une vision claire du fonctionnement d'Internet. Je suis d'accord avec toi sur le fait que rien n'empêche vraiment la moisson de données, mais je pense que les utilisateurs doivent être au courant de la complexité de ce réseau et de ses grands acteurs. Oui, Google ou Facebook s'engraissent de notre vie personnelle, tout en nous fournissant des services ultraperformants. En étant sensibilisé, chacun peut ensuite prendre ses responsabilités et utiliser Internet en étant peut-être un peu plus acteur, citoyen, ... militant ?
Julien Lecomte's comment, November 6, 2013 5:22 AM
Je suis d'accord. En fait, je fais partie de ceux qui souhaitent sensibiliser à ces questions, et suis donc peut-être comme toi dans cette troisième catégorie que tu décris. Ce billet un peu acide a surtout pour objectif de faire la distinction entre les enjeux interpersonnels (qui sont parfois un leurre) et les enjeux sociétaux - citoyens, comme tu dis - que la problématique englobe. Je pense que c'est se voiler la face que d'apprendre à bien "se présenter" ("se vendre", justement?) sur Internet. Il y a à mon sens malheureusement trop souvent une récupération de la question de réputation pour faire de l'éducation au branding de soi. En ce sens, je crois que l'on se rejoint : il n'est pas tant question de baisser les bras face à des dérives potentielles (ou avérées) que d'ouvrir les yeux sur les vraies problématiques et leur ampleur. Une éducation citoyenne a pour objectif de prévenir les dérives d'un tel système...
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Se méfier du "il n'y a pas de recette"

Se méfier du "il n'y a pas de recette" dans l'apprentissage &/ou face aux médias [pluralisme vs relativisme], mais aussi, bien sûr, se méfier des recettes "miracles" [vs dogmatisme].

 

En réalité, il y a bien des recettes toutes plus ou moins adéquates / pertinentes / efficaces / utiles dans une certaine mesure et dans un certain contexte.

 

Pour approfondir cette question :

- Pédagogie des formations professionnelles - discours sur la méthode : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-pedagogie-des-formations-professionnelles-discours-sur-la-methode-99290666.html

- Les apprentis sorciers de l'éducation aux médias : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-dossier-les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias-111896992.html

- Vérité et épistémologie : http://julien.lecomte.over-blog.com/categorie-11515257.html

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Julien Lecomte's curator insight, April 10, 2013 5:13 AM

Se méfier du "il n'y a pas de recette" dans l'apprentissage &/ou face aux médias [pluralisme vs relativisme], mais aussi, bien sûr, se méfier des recettes "miracles" [vs dogmatisme].

 

En réalité, il y a bien des recettes toutes plus ou moins adéquates / pertinentes / efficaces / utiles dans une certaine mesure et dans un certain contexte.

 

Pour approfondir cette question :

- Pédagogie des formations professionnelles - discours sur la méthode : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-pedagogie-des-formations-professionnelles-discours-sur-la-methode-99290666.html

- Les apprentis sorciers de l'éducation aux médias : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-dossier-les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias-111896992.html

- Vérité et épistémologie : http://julien.lecomte.over-blog.com/categorie-11515257.html

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Guerre nucléaire

Il est fort probable que les USA ne garderont pas éternellement la triste exclusivité de l'usage de l'arme nucléaire.

Pourvu cependant que les actes de propagande et de menace que l'on peut voir et craindre ne débouchent pas sur de telles conséquences.

 

Les réflexions philo sur la "finitude" ou encore l'(in)humanité sont malheureusement loin d'être déconnectées du réel : http://julien.lecomte.over-blog.com/article-introduction-generale-une-philosophie-de-la-finitude-86045780.html

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Explosion à Schellebelle : du nombre de morts dans les titres de presse

Explosion à Schellebelle : du nombre de morts dans les titres de presse | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Deux choses :

- De la nécessité (?) de préciser le nombre de morts / blessés dans le titre (seule chose qui compte = chiffrer le drame?)

- De la précision ridicule de ces chiffres alors que les informations (officieuses ou officielles) divergent manifestement

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Julien Lecomte's curator insight, May 4, 2013 6:42 PM

Deux choses :

- De la nécessité (?) de préciser le nombre de morts / blessés dans le titre (seule chose qui compte = chiffrer le drame?)

- De la précision ridicule de ces chiffres alors que les informations (officieuses ou officielles) divergent manifestement

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Twitter / BlogPhilo: Les enjeux de l'éducation aux médias

Selon moi, les enjeux de la critique et de l'éducation aux médias renvoient à des pratiques qui transcendent largement la question des (nouvelles) technologies. Faut-il d'ailleurs se focaliser sur les médias ou sur leurs enjeux éthiques, relationnels, épistémologiques et techniques? A mon avis, il est question de problématiques plus larges.

 

Concrètement, ce que je signifie par là, c'est que l'analyse des médias, de leur fiabilité et de leurs usages efficaces et critiques n'est pas une fin en soi. Elle est subordonnée en réalité à la question de l'esprit critique en général, qui renvoie à une autonomie de jugement, tant sur le plan épistémologique (fiabilité de l'information, processus et biais de perception et cognition, question de la foi, de l'adhésion, des idéologies et des croyances, etc.) que technique (maîtrise efficace des langages, des codes, des outils de production de savoirs et de pratiques, y compris au plan esthétique) et éthique (question de la vie en communauté, du relationnel, des valeurs, de la responsabilité et de la liberté, etc.)

 

En fait, les compétences pointées comme fondamentales par rapport à l'éducation aux médias sont d'ordre bien plus générique : ce ne sont pas les enjeux de pensée critique, citoyenne et ouverte qui se subordonnent à la question médiatique, mais le contraire.

 

Autrement dit, les enjeux de l'éducation aux médias invitent à aller au-delà de l'éduc. aux médias : info-doc / cognition et fiabilité, socioaffectif... L'éducation aux médias en tant qu'ensemble de contenus et méthodes est à subordonner aux enjeux qu'elle soulève.

 

Pour participer à la réflexion et découvrir des ressources au sujet de la philosophie, des médias et en sciences humaines et sociales, suivez-moi sur Twitter : https://twitter.com/BlogPhilo

 

Mon blog : http://julien.lecomte.over-blog.com

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De l’éthique journalistique et des récits : le cas DSK

De l’éthique journalistique et des récits : le cas DSK | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Un passage élagué de mon essai "Médias : influence, pouvoir et fiabilité"

 

L’étude des schémas narratifs et des récits les plus courants permet de comprendre en partie la mise en forme et la construction, de l’information, du scoop, de l’événement...

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florentb's curator insight, January 25, 12:42 PM

"Ainsi, la « liberté de la presse » et les codes de déontologie auxquelles elle se soumet sont à géométrie variable : quand elle veut taire un événement, elle s’en remet à la vie privée des concernés, à la déontologie journalistique. Quand elle sent l’odeur de l’argent, elle s’en remet à sa liberté (qui, si elle est entravée, mène nécessairement, comme chacun le sait, au totalitarisme) et au « devoir public d’informer »."