Gaz de schiste : la France ne connaît pas son sous-sol | CAP21 | Scoop.it

27.02.13

A l’occasion d’un débat organisé par l’Académie des sciences, des scientifiques ont regretté que le sous-sol français soit si méconnu et que le débat ne fasse pas appel à la géologie, aux sciences sociétales et à l’écologie scientifique.

L’Académie des sciences aurait-elle l’ambition de palier les manquements des gouvernements français ? On peut le croire après la conférence sur le gaz de schiste, organisée le mardi 26 février. Elle fait suite au rapport sur "la recherche scientifique face aux défis de l’énergie" publié par l’Académie le 14 janvier dernier. Dans celui-ci, au sujet des gaz non conventionnels, "l’Académie déplore que des décisions aient été prises hâtivement sans ouvrir le dossier". Aussi, elle a organisé une après-midi de débats réunissant des géologues, l’industriel Total et des scientifiques anglais et américains. Deux pays qui ont choisi d’autoriser l’exploitation des gaz de schiste.

LA MÉCONNAISSANCE DES RESSOURCES MINIÈRES FRANÇAISES

Des experts tricolores s’insurgent contre la méconnaissance complète des ressources minières françaises. “Pour un pays développé comme le nôtre, nous avons une connaissance extrêmement faible de notre sous-sol !”, lance Nicolas Arnaud, hydrogéologue à l’université de Montpellier. Il explique alors qu’en raison des incertitudes sur notre géologie, les estimations de réserves françaises de gaz non-conventionnels dans le sud-est de la France peuvent varier de 1 à 1000.

"On ne connait pas les ressources réelles. Les chiffres qui circulent ne correspondent à rien !", s’exclame même Bruno Courmes, en charge de la question des gaz de schiste en Europe chez Total. Les chiffres, auxquels il fait allusion, sont ceux du Département de l’énergie américain. Ils estiment les réserves françaises à 5,3 Tm3, un chiffre équivalent à deux ans de consommation mondiale ! Vincent Coutillot, professeur de géophysique à l'université Paris-Diderot et membre de l’Académie, ajoute : "Nous avons un étonnant retard dans l’observation de nos ressources, et pas seulement dans le gaz de schiste".

"UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE ET ÉCOLOGIQUE"

A travers ces observations, c’est la place des chercheurs dans le débat sur les gaz de schiste qui est en jeu. En juillet 2011, quand la loi d’interdiction de la fracturation hydraulique a été adoptée, les parlementaires ont pris position avant toute remise de rapport d’experts. Une position qui va à l’encontre de la démarche scientifique menée en Grande-Bretagne et en cours en Allemagne."Beaucoup de géologues se sentent frustrés de la difficulté qu’ils ont à rentrer dans le débat", déplore Nicolas Arnaud. "Il faudra aussi une approche sociologique et écologique", précise le biologiste du CNRS Strasbourg Yvon le Maho, membre de l’Académie des sciences. "Mais pas une écologie militante, une écologie scientifique. L’écologie scientifique est le premier rempart contre l’écologie intégriste", lâche-t-il.

Cette conférence a provoqué l’ire de la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Selon le Figaro, Delphine Batho a adressé un carton rouge à l’Académie des sciences à l’occasion de cette conférence sur les gaz de schiste. Elle pointe du doigt Vincent Courtillot, ami de Claude Allègre. Le quotidien cite la ministre : "Donner ainsi crédit aux thèses d’un climato-sceptique notoire (…), c’est triste pour l’Académie des sciences".

Ludovic Dupin


Via isa77_Jouarre