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REPORTAGE - Le Congrès juif mondial s'ouvre dimanche pour soutenir une communauté malmenée dans le pays dirigé par l'autoritaire Viktor Orbán. Samedi, des militants d'extrême droite ont défilé, stigmatisant les juifs et dénonçant Israël. Gros bras tatoués, crânes rasés, quelques personnes âgées, et puis ces miliciens en treillis – dont la Garde nationale hongroise. C'est toute la fine fleur de l'extrême droite de Budapest qui s'est rassemblée samedi à deux pas du Parlement. Tous réunis à l'initiative de Jobbik, parti d'extrême droite ayant obtenu 17% des voix aux législatives de 2010, pour une commémoration des victimes de "la terreur véritable". Comprendre : les victimes "du bolchevisme et du sionisme" en Hongrie. À la tribune, on lâche les chevaux : "On nous dit qu'il faut se souvenir de l'Holocauste, l'enseigner à l'école, mais c'est pour mieux masquer les crimes du sionisme et les péchés d'Israël", s'enflamme Márton Gyöngyösi, l'un des députés Jobbik les plus radicaux. Au micro, il est aussi question de la volonté d'Israël d'acheter des pans entiers du territoire hongrois. Et puis, forcément, on parle du Congrès juif mondial qui s'ouvre aujourd'hui à Budapest. "Ils viennent nous provoquer jusqu'ici", lâche, mauvaise, Ancsa, cinquantenaire portant tee-shirt aux couleurs du drapeau national. La veille déjà, dans le cadre austère de son bureau de députée, la sévère Eniko Hegedusné Kovács, à l'initiative de la manifestation samedi, s'indignait de l'événement : "Israël exerce de plus en plus d'influence sur le pays. Ce congrès en est la démonstration." Puis d'évoquer la pression du "lobby juif", son antisionisme assumé. Mais, selon elle, point d'antisémitisme dans son discours, pas plus que dans celui de son parti. D'ailleurs, la question de l'antisémitisme ne serait pas un sujet en Hongrie. Et pourtant. Si aucune statistique officielle n'est disponible, la plupart des associations l'attestent : depuis plusieurs années, la Hongrie fait face à une recrudescence d'actes antisémites et le malaise est de plus en plus profond parmi les 100.000 juifs hongrois. C'est pour soutenir cette communauté que le Congrès juif mondial a choisi de s'établir cette année sur les bords du Danube. Péter Feldmájer, le président de l'Association des communautés juives de Hongrie, s'en félicite. Et avoue dans le même temps son inquiétude face au Jobbik, qui, à côté de son discours principal anti-Tsiganes a ajouté une variante juive : "Il y a dix ans, ils étaient dans la rue. Aujourd'hui, ils sont à l'Assemblée." Dans un pays où la communauté juive est très bien intégrée et où la grande majorité des citoyens est opposée au radicalisme, comment expliquer cet antisémitisme? ...
Augmentation des tarifs et baisse de la qualité des services : pour les opposants à la privatisation des compagnies de distribution d'eau de la métropole athénienne (EUDAP) et de Thessalonique, la deuxième ville du pays (EUATH), le constat est clair. « L'eau est un bien public, ce n'est pas une marchandise », martèle Maria Kanellopoulou, membre du mouvement Save Greek Water. Cette musicienne fait partie des fondateurs du mouvement, créé l'été dernier, pour s'opposer au chantier de privatisation des deux sociétés. « Nous ne sommes pas employés par ces entreprises, mais nous nous mobilisons car nous pensons que l'eau symbolise à la fois l'essence même du bien public, et tout ce que l'on est en train de perdre en Grèce aujourd'hui : c'est une question de droit le plus fondamental, celui de l'accès à l'eau. » Cette initiative civique a lancé une pétition qui compte aujourd'hui près de 18 000 signatures et espère bien faire entendre sa voix auprès des députés grecs. Las, les acteurs du dossier passeront probablement outre. Ils ont le champ libre : l'ensemble des privatisations a été confié en 2011 à une structure ad hoc, le Taiped – le Fonds de valorisation du patrimoine de l'État grec. Cette structure mise en place sous la pression des créanciers du pays, la Troïka (Commission européenne, BCE, FMI), est devenue de facto la propriétaire d'un immense portefeuille qu'elle doit vendre petit à petit à des investisseurs. Objectif ? Éponger une partie de la dette de l'État en vendant des entreprises publiques (cession complète ou prise de participation), des concessions pour l'exploitation de monopoles commerciaux ou de lots fonciers, et des propriétés immobilières. Au total, plus d'une quarantaine de lots apparaissent aujourd'hui sur la liste des biens à vendre – une liste destinée à s'allonger et qui s'est déjà enrichie de nouveaux éléments ces derniers mois. Sauf que les objectifs financiers du programme sont bien loin de combler la dette abyssale du pays (plus de 300 milliards d'euros aujourd'hui) : le Taiped table désormais sur 9,5 milliards d'euros de ventes d'ici à 2015, contre les 19 milliards encore officiellement visés il y a quelques mois…, et alors que l'objectif initial était de 50 milliards, lorsque ce programme de privatisations a été annoncé par les représentants de la Troïka en visite à Athènes, en février 2011. En réalité, dans un marché en pleine récession – pour la sixième année consécutive –, les entreprises grecques ne valent pas bien cher et le gouvernement n'est pas tellement en position de force pour négocier… Mais l'argent récolté est-il, au fond, vraiment le but ? Lorsque nous nous étions rendus au Taiped en octobre dernier, il nous avait été expliqué que le but était « de transformer complètement l'économie grecque » : « Peu importe, en fait, les sommes que l'on va tirer de ces ventes. Il ne s'agit pas tant de collecter de l'argent que de libéraliser l'économie. »...
Quelques centaines de lycéens et étudiants ont défilé à Nicosie ce mardi matin contre le plan conclu à Bruxelles. «Nous ne sommes pas là pour demander quoi que ce soit, nous sommes là pour montrer notre présence et dire à la troïka [UE – BCE – FMI] et à notre président que nous ne sommes pas d’accord.» Quelques centaines d’étudiants et de lycéens ont défilé en direction du Parlement à Nicosie ce mardi matin, au lendemain de l’annonce de l’accord trouvé dans la nuit de dimanche à lundi à Bruxelles et qui, s’il évite la faillite à l’île, exigera de lourds sacrifices de la population. En tête de cortège, une banderole «Vos erreurs, notre futur». Drapeau grec ou chypriote sur le dos, les jeunes manifestants, rameutés via Facebook, chantent en boucle «Troïka, Merkel, dehors», ou «Hands off Cyprus», slogan devenu mot clé de la mobilisation encore limitée à Nicosie. Témoin du fort sentiment antiallemand ambiant, une banderole «Hitler – Merkel même merde» est déployée devant les caméras. D’autres brandissent des drapeaux européens barrés d’une croix rouge. Manos, 17 ans, ne cautionne pas: «On n’est pas contre le peuple allemand lui-même. Bien sûr qu’Angela Merkel n’est pas Hitler. Mais ce qu’ils veulent dire avec ces slogans, c’est qu’on subit une guerre. Une guerre économique qui va tous nous affecter.» Encore au lycée, il voudrait pouvoir poursuivre ses études à l’étranger, architecture ou médecine peut-être. «Ici le niveau n’est pas très bon. Pour faire de bonnes études, il faut aller en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis. Mais ça coûte cher. Nos parents économisent pour nous payer ces études, mais avec le plan de Bruxelles, cet argent mis à la banque ne vaudra plus rien. Et nous on restera ici à faire des petits boulots.»
Près du Parlement, une fille est occupée à graffer sur un mur une figure de Jésus, baillon de révolutionnaire sur le visage: «C’est pour dire que même un peuple pacifiste comme le nôtre est prêt à se battre s’il le faut», explique-t-elle. Les étudiants vivent comme un déni de démocratie le fait que le plan conclu à Bruxelles ne passe pas au Parlement. Irene, 20 ans, étudiante en langue : «Ce plan décide de tout notre futur. Nous sommes maintenant sous la coupe du FMI et ce n’est que le début. Il va y avoir beaucoup de chômage, surtout pour nous les jeunes, alors que nous n'y sommes pour rien dans ce qui arrive. C'est injuste. La moindre des choses aurait été que le peuple ait son mot à dire !» Ero, 20 ans également, aurait préféré «une sortie de l’Europe. Tout allait mieux pour Chypre avant qu’on entre dans l’Europe en 2004. L’Europe, je veux dire l’Europe comme rêve, c’est fini »...
POLOGNE - Entre fascination, nostalgie et culpabilité, la Pologne nourrit une relation complexe avec sa communauté juive. Qui était la plus nombreuse au monde avant 1945, et qui compte aujourd'hui à peine 30 000 membres. Mais depuis la chute du régime communiste et avec elle, l'avènement de la démocratie, la vie culturelle et religieuse reprend. Lezajsk, une ville située au sud-est du pays est un bon laboratoire de ces récents bouleversements. C'est ici que se rencontrent, se confrontent et se côtoient une fois par an, la population locale, les touristes, les Polonais convertis au judaïsme et des milliers de juifs hassidiques qui viennent du monde entier pour prier sur la tombe de leur saint rabbin Elimelekh Weisblum.
Nous sommes à 350 kilomètres au sud-est de Varsovie, sur les contreforts des Carpates. Lezajsk est une petite ville de 15 000 habitants. Qui une fois par an se remplit d'hommes et de femmes tout de noir vêtus, venus en pèlerinage sur la tombe de leur saint hassidique. Un spectacle qui nous transporte dans un autre temps, avant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Un tiers de la population de Lezajsk était alors composé de juifs, pour la plupart hassidiques. Un petit marché est installé en bas du cimetière, des salles de prières pour les hommes et les femmes où l'on sert de la nourriture et des boissons chaudes. Durant trois jours et trois nuits les autocars déversent les pèlerins qui restent à Lezajsk parfois uniquement quelques heures. Goldie Kornblut, originaire de Belgique, qui vient ici pour la troisième fois, est persuadée que c'est grâce à ses prières, que ses deux fils se sont mariés cette année.... Entre fascination et méfiance, les deux communautés se toisent, se côtoient mais ne se mélangent guère. Lezajsk est à l'image du reste de la Pologne. Une exception : les Polonais qui ont découvert récemment leurs racines juives. Un phénomène grandissant, une véritable mode dans certaines grandes villes. D'après différentes estimations ils seraient entre 100 et 150 000 dans ce cas. Et beaucoup se tournent vers le judaïsme pour mieux affirmer leur identité fraichement retrouvée. Cette habitude de venir massivement sur la tombe du Tsadik Elimelekh est relativement récente. Les pèlerinages n'ont repris timidement que dans les années soixante-dix quand la Pologne commençait à ouvrir un peu ses frontières. Le véritable boom des visites des juifs hassidiques date des années quatre-vingt-dix, après la chute du régime communiste...
Combien sont-ils exactement ? Nul ne peut le savoir. Et pour cause, les familles retrouvent au mieux des certificats de naissance falsifiés et parfois des petits cercueils vides à la place du nouveau-né que l’on croyait disparu. Combien sont-ils, donc, ces enfants qui ont été arrachés aux leurs, en Espagne, des années 40 jusqu’à la fin des années 80 ? On parle de dizaine de milliers, peut-être de centaines de milliers d’enfants volés. Aujourd’hui, adultes perdus. Le scandale a éclaté au grand jour dans les années 2000. A l’origine, sous Franco, ce trafic a une base idéologique. Il s’agit de sauvegarder « l’Hispanité » en retirant leurs enfants aux Républicaines. Les vols de bébés continuent, même après le retour de la démocratie, cette fois sous couvert de bonne morale catholique. On prend leurs enfants à des mères célibataires ou issues de milieux modestes, et on les vend à des familles qui ne peuvent pas en avoir. Aujourd’hui encore ces crimes restent impunis. Pire, la justice espagnole refuse obstinément de s’en saisir. « Les Enfants perdus de l'Espagne », c’est un Magazine de la rédaction de Marine de La Moissonnière et Annie Brault. Durée de l'émission: 44 minutes
La classe moyenne a été durement touchée en 2012 par le chômage et l'austérité. La pauvreté concerne désormais des groupes sociaux préservés jusqu'ici. Etranglés par le chômage et la rigueur, des millions d’Européens ont basculé cette année dans la pauvreté qui frappe les classes moyennes, ébranle la cohésion sociale et atteint des groupes jusque-là préservés comme les femmes et les enfants."Le trou noir est de plus en plus grand", s’inquiète Mercedes Gonzalez, une Espagnole de 52 ans qui, avec moins de 800 euros par mois, se bat pour assurer le quotidien d’une famille au chômage à Fuenlabrada, en banlieue de Madrid. En juillet, elle touchait encore, comme son mari, une aide gouvernementale de 426 euros, aujourd’hui réduite à 360 euros. "Pendant ce temps, la nourriture et les factures augmentent avec la hausse de la TVA" depuis septembre, raconte-t-elle. "Les choses vont de mal en pis, nous sommes asphyxiés": la lassitude perce dans la voix de cette petite femme bourrée d’énergie, vendeuse au chômage dont le mari, charpentier, et deux des trois fils adultes sont eux aussi sans emploi. L’Espagne, quatrième économie de la zone euro, affiche les ingrédients d’une crise sociale majeure: un quart des actifs au chômage, une politique d’austérité historique, des coupes implacables dans l’éducation et la santé, des milliers de familles surendettées jetées à la rue. Dans ce pays, où deux petits propriétaires menacés d’expulsion se sont suicidés récemment, comme en Grèce ou en Italie, deux autres pays du sud de l’Europe minés par la récession, la crise parfois vire à la tragédie...
Pour survivre, de plus en plus d’enfants sont contraints de travailler et voient ainsi leur enfance voler en éclat. Bien connu dans les pays les plus pauvres, ce phénomène existe également en Europe et fait ainsi l’objet d’un reportage diffusé sur France 3, ce mercredi soir… Depuis la crise, plusieurs pays européens ont limité leurs aides financières sociales, plongeant ainsi de nombreux foyers dans la précarité. Pour survivre, des centaines de familles n’ont eu d’autres choix que de déscolariser partiellement ou totalement leurs enfants, afin de les faire travailler. Parfois pour quelques centimes, ces mineurs réalisent des tâches pénibles, longues et harassantes… A l'échelle internationale, 215 millions d’enfants sont concernés ! A une semaine de la Journée Mondiale de l’Enfance et de la Journée Nationale des Droits de l’Enfant, ce phénomène fait l’objet d’une enquête spéciale qui sera diffusée ce soir sur France 3, dans l’émission Pièces à conviction à 23h10. Six familles résidant en Bulgarie, en Italie ou encore en Grande-Bretagne y témoignent de leur calvaire quotidien. Ainsi on retrouve le cas de Michael, 15 ans, qui distribue le lait trois nuits par semaine ; de Giovanni, 13 ans et serveur 8 heures par jour ou encore de Juliana, 14 ans, qui travaille aux champs 10 heures par jour. A l'issue de la diffusion du reportage, Patricia Loison recevra Claire Brisset, spécialiste des questions liées à l'enfance ancienne directrice de l'information à l'UNICEF aujourd'hui l'une des première Défenseure des enfants ainsi que Cécile Allegra la journaliste et auteure du documentaire. Jeudi 15 Novembre sur France 3 à 23h10, dans l'émission Pièces à conviction. Durée: 1h10
Le gouvernement de Chypre négocie un plan d'aide à ses banques pour 10 milliards d'euros avec le FMI et l'UE qui ne veut pas laisser l'île s'enfoncer dans la faillite. Pourtant, le risque existe de voir les fonds européens utilisés par des établissements financiers qui servent à blanchir de l'argent russe, selon des révélations du Spiegel. Vendredi dernier, le soleil brillait sur ce paradis pour Russes, le ciel était d’un bleu éclatant, les palmiers de la promenade du bord de mer se balançaient sous la brise légère et le thermomètre indiquait 29 degrés dès le matin. Ceux qui avaient fui la météo automnale de Moscou, froide et humide, avaient de quoi se sentir bien à Limassol. Il fait bon vivre sur la côte Sud de Chypre quand on est Russe. Dans le parc de la ville se dresse un buste en bronze d’Alexandre Pouchkine, le prince des poètes, on trouve aussi à Limassol une radio russe, des journaux russes, une église orthodoxe russe, des écoles privées dont les diplômes observent les prescriptions du ministère de l’Education russe, et des panneaux en cyrillique. Le maire de Limassol lui-même parle couramment le russe – il a étudié à Moscou sous le régime soviétique. Mais les Russes de Limassol sont inquiets. Leur pays d'adoption est menacé, il se trouve même au bord de la faillite. L’économie chypriote est étroitement liée à l’économie grecque. La récession qui sévit en Grèce a enrayé la conjoncture de l’île. D’autant que les banques chypriotes avaient acheté pour plusieurs milliards d’obligations grecques qui ne valent aujourd’hui quasiment plus rien. Les établissements de crédit ont d’ores et déjà été contraints de faire une croix sur une bonne partie de leurs placements, aggravant ainsi leur situation financière. A titre préventif, le gouvernement du président Dimitris Christofias, à Nicosie, avait déposé dès l’été une demande d’aide au titre du fonds de sauvetage de l’euro. Plus tôt, l’Etat russe était venu à la rescousse de l’île à laquelle il avait prêté 2,5 milliards d’euros. Aujourd’hui, cet argent a été dépensé et le président russe Vladimir Poutine renâcle à verser cinq milliards supplémentaires....
Plongé depuis 2008 dans une crise profonde et sans issue visible, le Portugal connaît une vague d’émigration inédite depuis quarante ans. Un dixième de la population serait concerné. L’humour est la politesse du désespoir. Les Portugais ne manquent ni de l’un, ni de l’autre. Pourtant, lorsque le Premier ministre de centre droit Pedro Passos Coelho leur a conseillé de “faire plus d’efforts” et de “quitter leur zone de confort en cherchant du travail ailleurs”, Sara Machado da Graça n’a pas ri. À ce souvenir, elle sert les dents et grogne. Les mots lui manquent pour exprimer sa colère. À cause de la crise, Sara doit quitter son pays. Sur une photo prise le 15 septembre lors de la manifestation contre l’austérité, tout sourire, elle porte un casque de chantier coiffé d’un petit avion et du slogan “C’est vous qui devriez partir là où un éclair vous casserait en deux”. Sara a 40 ans, un regard franc et l’énergie du désespoir comme carburant. Sa “zone de confort” – si elle en a déjà eu une – s’est effondrée depuis des mois. Plus de boulot, plus d’argent. D’argent, elle n’en avait pas vraiment besoin avant la naissance de son fils Bilal, un an et demi. Aujourd’hui, elle n’a plus le choix. Le 5 décembre, valise et gamin sous le bras, elle posera le pied à Macao, ancienne colonie portugaise, sans billet retour. ... Insister sur la fuite des cerveaux permet d’occulter les points communs avec la première vague d’émigration, rappel peu glorieux au passé, et de cacher l’ampleur de la casse sociale. Pour les dirigeants, “il faut rester dans la course”. Dans la rue, personne n’est dupe : “Dans un an, on sera comme la Grèce”, entend-on le plus souvent. “On l’est déjà”, estiment les plus pessimistes. Selon Eurostat, la dette du Portugal s’établissait à près de 190 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2012, soit environ 112 % du PIB. En échange d’un plan d’aide de 78 milliards d’euros, la “troïka” (regroupant des experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) réclame la réduction des déficits. Le projet de budget 2013 est d’une rigueur exceptionnelle : relèvement de 4 % de l’impôt sur le revenu, baisse de 17 % du budget de la Santé, de 11 % pour l’Éducation. “Cette austérité renforce une récession déjà à 3 % en 2012″, estime l’économiste Nuno Teles. Ces mesures s’ajoutent à la suppression des 13e et 14e mois des fonctionnaires, à la hausse de 20 à 23 % de la TVA, au passage de celle de la restauration de 13 à 23 %. Le chômage touche 16 % de la population, soit douze points de plus qu’il y a dix ans. Le salaire minimum tourne autour de 450 euros – moins qu’en Grèce. Le salaire moyen avoisine les 800 euros. Le durcissement des règles d’obtention des minima sociaux a exclu des milliers de familles du système. Les queues devant les soupes populaires s’allongent ; les ventes de porridge, bon marché, explosent...
Presque inconnu il y a deux ans, le groupuscule néonazi est devenu un parti officiel ayant pignon sur rue et sur les écrans. Il se nourrit de la crise de l'euro et du rejet de l'immigration. Ce sont des images champêtres d'un mariage dans le Péloponnèse, diffusées dans le journal people de la chaîne grecque Star. Des invités viennent dire leur joie au micro d'un journaliste tout sourire. Ce sont des têtes désormais connues en Grèce. Ils sont tous députés d'Aube dorée, le parti d'extrême droite qui a remporté près de 7 % des suffrages aux élections législatives du 17 juin, et sont venus fêter le mariage d'un de leurs collègues. Presque inconnu il y a deux ans, le groupuscule néonazi est devenu un parti officiel ayant pignon sur rue et sur les écrans. Il est constamment présent dans les médias, soit à travers les réactions de ses porte-parole, soit à travers les récits de leurs multiples actions et provocations. Les images sont généralement moins bucoliques que dans le Péloponnèse. Début septembre, des groupes d'hommes en noir ont organisé des opérations de contrôle sur des marchés à Rafina, près d'Athènes, et à Missolonghi, dans l'Ouest. Ils ont demandé leurs papiers aux immigrants avant de saccager leurs stands. "Ils vendaient leurs marchandises au noir. Nous avons donc appelé la police plusieurs fois, mais elle n'est pas venue. Nous étions là pour défendre les autres vendeurs grecs", déclare Marlène Katinopoulou, une attachée parlementaire du parti. L'association des commerçants de Rafina s'est d'ailleurs félicitée de l'action d'Aube dorée... "Aube dorée plonge ses racines dans l'histoire de l'extrême droite en Grèce, en faisant référence à la dictature des colonels [1967-1974], mais aussi à la collaboration pendant l'occupation allemande [1942-44] ", explique le politologue Elias Nikolakopoulos. "Le parti est fort dans les zones les plus touchées par la crise, mais aussi dans d'anciens fiefs des bataillons de sécurité", les milices armées par l'Allemagne pour lutter contre la résistance communiste. "A cause de la crise économique, c'est la première fois qu'on voit se constituer en Grèce un mouvement fasciste qui s'appuie sur une base sociale, s'inquiète le politologue Georges Sefertzis. Les dictatures grecques étaient des régimes autoritaires sans enracinement social, Aube dorée s'adresse à une nouvelle génération qui n'a pas connu le régime des colonels, ne sait rien de la guerre civile qui s'est prolongée jusqu'en 1949, et identifie la démocratie à la corruption et au clientélisme des hommes politiques." Aube dorée n'a pas fini de hanter la Grèce.
Grâce à l'un des leurs qui a suivi une scolarité complète et les stimule, les enfants roms d'une localité de l'ouest du pays fréquentent assidûment l'étude après la classe. Malgré les difficultés, les familles ont compris que l'éducation est un passeport pour l'avenir. Viorel Vereşan est un exemple pour les enfants roms inscrits au Centre de jour [une étude après la classe] de Periam, une localité de l'ouest de la Roumanie. Cet homme de 32 ans a réussi à convaincre ces jeunes qu'ils devaient acquérir quelque éducation, sous peine de vivre au pays la faim au ventre, ou de devoir partir tenter leur chance à l'étranger, sans autre choix que de mendier. Employé par le Centre, Viorel prête main-forte à ces écoliers pour tout : il fait des allers-retours à la mairie avec les familles pour s'occuper des aides sociales ou du chauffage, et il est gêné lorsqu'il doit dire que certains ne savent pas écrire et doivent apposer leur empreinte en lieu et place de signature. En plus de sa responsabilité de médiateur entre les Tsiganes et les autorités, l'homme s'occupe aussi de récupérer les enfants le matin pour les emmener à l'école et de les ramener le soir après les cours. Son histoire commence dans un orphelinat et, paradoxalement, cela lui a réussi: des gens se sont occupés de lui et l'ont poussé à finir le lycée. Il reconnaît lui-même que, s'il était resté dans sa famille, il aurait probablement quitté l'école à 12-13 ans. Comme la plupart des Roms de Roumanie. Sa mère avait recontré son père alors que son mari était en prison. Elle avait déjà cinq enfants à la maison, mais est tombée follement amoureuse. Quand l'époux est sorti de prison, sa mère est rentrée dans le rang, mais sans Viorel, car l'ex-détenu n'a pas accepté d'élever l'enfant d'un autre. La famille de son père biologique ne pouvait pas l'héberger non plus, car ce père se trouvait à son tour en prison pour le vol d'un sac de maïs... Viorel a donc échoué à l'orphelinat, mais il est fier d'annoncer qu'il est le plus instruit parmi ses sept frères: " J'ai eu plus de chance comme ça, sans eux.....
Forte d’une popularité croissante, l’extrême droite du pays n’hésite plus à sortir à visage découvert. Ou même à défendre Auschwitz, tel ce député d’Aube dorée, bassiste du groupe Pogrom. Pogrom : c’est le nom d’un groupe grec, tendance punk, qui défend la suprématie de la race blanche et la patrie grecque, évidemment en danger. A son répertoire, on trouve une chanson intitulée Auschwitz, dont les paroles n’autorisent aucune ambiguïté : «Fuck Wiesenthal/ Fuck Anna Franck/ Fuck la tribu d’Abraham/ Ah Auschwitz combien je l’aime !» Le groupe existe depuis 2005 et son audience reste marginale. Mais, dès cet été la communauté juive de Grèce a exprimé son inquiétude en découvrant que le bassiste du groupe, Artemios Mathaiopoulos était élu parmi les 18 députés d’Aube dorée. Ce parti d’extrême droite radicale, longtemps cantonné au rang de groupuscule, a réussi une percée lors des élections de juin, en obtenant 7% des voix, ce qui lui a permis d’entrer pour la première fois au Parlement. «Nous sommes mal à l’aise là-dedans», a toutefois commenté son leader, Nikólaos Michaloliákos, qui préfère lancer ses troupes dans la rue. Elles y étaient d’ailleurs souvent cet été, notamment pour y mener des actions qui évoquent bel et bien des pogroms. En juillet et août, loin des plages et des touristes, dans les grandes villes accablées de chaleur où ne restent que les plus pauvres et les immigrés, les agressions xénophobes se sont ainsi multipliées : un jeune Irakien assassiné, un centre de rétention attaqué, deux Pakistanais presque brûlés vifs. Les auteurs prennent souvent la fuite. Mais il est difficile de ne pas attribuer ces attaques aux sympathisants d’Aube dorée, très présents dans les quartiers populaires...
Un an après les émeutes qui ont embrasé la capitale britannique, la violence ne s'est pas tue dans certains districts. La guerre des gangs fait rage, terrassant une jeunesse sans espoir. ... Robyn décrit sa vie comme un engrenage infernal, qu'il n'a pas choisi. Jamais il ne s'est "engagé" dans le gang des Holly Street Boys : il n'y a eu ni initiation ni recrutement. Simplement, ses copains et lui ont progressivement basculé des quatre cents coups à la violence, et le groupe d'amis a viré au gang. Son histoire est très dure. Son père disparaît quand il a 4 ans. Le National Front, un groupuscule raciste très agressif, s'en prend régulièrement à sa maison, lui dont la famille est originaire de Jamaïque. "Ils tapaient dans la porte, lançaient des excréments, nous menaçaient... J'étais terrorisé." La famille est obligée de déménager, s'installant à Holly Street. Son frère aîné devient dealer, sa mère est accro au crack. Craignant le pire, les services sociaux le placent pendant plusieurs années dans une famille d'accueil, toujours dans le même quartier. C'est sur ce terreau fertile que la violence a pris racine. Tout a débuté avec une bagarre à la sortie d'une épicerie, quand des jeunes de London Fields ont pris à partie l'un de ses amis. "Je l'ai défendu, et je me suis battu." Cela serait resté une simple escarmouche entre adolescents, mais un code d'honneur appelle à la vengeance. De mois en mois, chaque gang a répliqué, dans des incidents de plus en plus brutaux. "Nous avions une réputation à tenir en tant que Holly Street Boys. On ne pouvait pas donner l'impression d'être intimidés." Et voilà comment Robyn a été pris dans une embuscade, poignardé au ventre, passant une nuit à l'hôpital dans un état sérieux. Peu après, il abandonne l'école. Un premier job tourne mal, son employeur l'accusant, à tort, dit-il, de s'être servi dans la caisse. "C'est à ce moment-là que je suis vraiment devenu horrible." En quelques années, il se sert de son couteau à trois reprises ; jette au visage d'un inconnu "qui [le] regarde de travers" une sauce pimentée ; voit son meilleur ami mourir d'un coup de fusil dans le ventre... Tout s'arrêtera avec six mois dans une prison jamaïquaine,après avoir tenté de passer de la drogue en Grande-Bretagne....
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Chroniques d’un hiver européen, une série documentaire sur l’ampleur et la violence, symbolique et sociale, de l’austérité imposée aux Grecs. Après l'épisode 1, Athènes, de la récession à la dépression, retrouvez les deux autres documentaires : Athènes, l'engrenage de l'austérité et Athènes, la quête d'un ailleurs. À l’origine du projet, le jeune documentariste Étienne Haug s’est entouré de plusieurs professionnels de l’image (Sébastien Lecordier, Camille Pillias et Nelly Ollivaul) pour accoucher de cette idée originale qui fait se juxtaposer témoignages sonores, état des lieux chiffré et photographies contextualisées. Ce documentaire est agencé avec les images des photographes grecs Stefania Mizara et Achilleas Zavallis, qui sont allés recueillir les sentiments mêlés de leurs compatriotes tantôt révoltés et tantôt résignés. Les trois premiers épisodes nous montrent comment les Grecs, depuis que la troïka a dicté la conduite au pays, sont devenus les jouets d’un capitalisme destructeur. Dont les méthodes, autant que les effets, n’en finissent plus de maintenir cet État sous perfusion. Ce libéralisme sauvage censé contenir une dette accumulée dont personne n’entreprend de rechercher les véritables fondements a souvent été commenté ou décrypté à la hache par une série de calculs fumeux. D’annonces et de mesures arbitraires jugées toutes plus nécessaires les unes que les autres… Il s’agit ici de rompre avec cette chimère et de rendre compte, dans la bouche de ses victimes, de la manière dont une récession prend racine dans les foyers et modifie les habitudes d’un peuple. Cette dictature de la dette, ses discours péremptoires et son cynisme aveugle, revêt plusieurs visages. Cette « dévaluation interne » est décrite par le site d’information économique Bloomberg ainsi : « Il s’agit de restaurer la compétitivité de manière brutale en faisant chuter les salaires. Cela nécessite toutefois le maintien d’un chômage élevé de manière à supprimer les possibilités de négociation. » Un ouvrier confirme que, depuis la dégradation de la crise, les conventions collectives sont devenues factices : « La loi ne te protège plus. » Le travail gratuit commence à pénétrer les mœurs. Un instituteur annonce à la télévision qu’il ne supporte plus d’entendre ses élèves répéter : « Monsieur, j’ai faim »… Les Grecs sont usés de devoir chercher perpétuellement les moyens de subsister, d’être tournés vers le seul objectif de « payer ses factures ». Cette usure est concomitante avec une perte de lien social : beaucoup se replient dangereusement sur eux-mêmes.... Vidéos à visionner à partir du lien...
A la réouverture des banques ce jeudi à Nicosie, un peu d'attente mais nulle panique. Le grand «bank run» n’aura pas eu lieu à Chypre. Du moins pas physiquement, si l’on en juge par les files d’attente finalement plutôt calmes et limitées ce jeudi devant les banques de Nicosie. Après douze jours de fermeture forcée, les établissements devaient rouvrir ce jeudi à midi, avait confirmé mercredi soir la Banque centrale. Mais de strictes restrictions ont été mises en place pour éviter des retraits massifs: les retraits sont limités à 300 euros par personne et par jour, les virements à l’étranger à 5 000 euros par mois, par personne et par banque, et les voyageurs quittant l’île ne peuvent porter sur eux plus de 1 000 euros en espèces (détail des mesures ici). Un peu avant l’heure, de petites files ont commencé à se former devant les agences, sous l’œil des vigiles postés là depuis 7 heures du matin. Devant la banque Laiki d’une avenue du sud de la ville, ils sont une quinzaine à patienter à l’heure dite. Pareil devant les agences alentour, un peu plus dans le centre. Grande sacrifiée du plan de restructuration, la Laiki, deuxième banque du pays, sera scindée en deux, sa partie «saine» devant être absorbée par la Bank of Cyprus. Helena, la cinquantaine, est arrivée une heure en avance devant son agence. Ancienne secrétaire, elle n’a plus de travail et vit avec les 400 euros qu’elle reçoit de l’Etat. Sans carte de crédit, sans pouvoir retirer au guichet et sans pouvoir déposer son chèque de pension, elle était coincée depuis douze jours. «Une amie m’a prêté 50 euros pour pouvoir tenir la semaine. Là, j’espère pouvoir retirer 200 euros, sur mes 1 000 euros d’économie.» Derrière elle, un homme en costard, nerveux. Gérant d’une agence de voyage, il veut déposer des chèques. «On a une date limite pour payer les compagnies d’avion. Si je ne peux pas payer, je risque de perdre ma licence.»
Arrestations au faciès, conditions de détention inhumaines… De nombreux migrants accusent la Grèce de mauvais traitements. Sans inquiéter l’Europe, qui va rallonger les budgets de son meilleur « garde-frontière ». En septembre dernier, alors qu’il tentait de gagner le nord de l’Europe par la Turquie, Faraj Alhamauun a été arrêté durant sa traversée de la Grèce. En dépit d’une grave blessure à la jambe causée par des bombardements sur sa ville natale d’Alep, en Syrie, cet activiste a été emprisonné dans un camp de rétention du nord-est de la Grèce, dans la région d’Orestiada. Ses maigres biens et le peu d’argent qu’il avait lui ont été confisqués lors de son arrestation. Sans jamais lui être rendus. Aujourd’hui installé à Istanbul, en Turquie, cette ancienne source de Human Rights Watch (HRW) n’a rien oublié du calvaire subi lors de ces mois d’enfermement, victime d’un harcèlement verbal et physique incessant. Il s’est d’ailleurs plaint de ces mauvais traitements à une délégation de fonctionnaires européens qui visitait le camp Fylakio où il était détenu. « Après leur départ, j’ai été maltraité pour leur avoir parlé. » Faraj a alors commencé une grève de la faim. Résultat : les autorités hellènes l’ont finalement renvoyé vers la Turquie. Son cas est loin d’être unique en Grèce : les financements de la Commission européenne pour des opérations d’envergure visant à contrôler le flot massif de migrants ont abouti à un nombre important de violations des droits humains. Et si les fonctionnaires européens n’ignorent rien des conditions inhumaines de détention des demandeurs d’asile, ils planchent actuellement sur une extension des financements afin que le gouvernement d’Antenis Samaras poursuive cette politique. En août dernier, la police grecque a déployé près de 1 900 nouvelles recrues le long du fleuve Evros pour l’opération « Aspis » (bouclier), pour tenter de fermer la frontière avec la Turquie par laquelle affluent les réfugiés syriens. Au même moment, l’opération « Zeus Xenios » (protecteur des étrangers) menée par les autorités sur tout le territoire a conduit aux interpellations de 4 849 sans-papiers. Auxquelles s’ajoutent la « rafle » de plus de 90 000 personnes, arrêtées uniquement selon leur faciès. Afin d’emprisonner le flot de migrants arrêtés, le gouvernement a transféré les détenus dans des camps improvisés : académies de police ou anciens dépôts militaires, comme Xanthi et Komotini, dans le nord de la Grèce, Corinthe dans le Péloponnèse, et Paranesti dans la Drama...
Loin des débats houleux qui agitent l’Hexagone, les Pays-Bas s’apprêtent à fêter les 12 ans du mariage pour tous. Reportage à Amsterdam. Nienke donne ses rendez-vous au Café Saarein, le plus ancien bar lesbien de la ville, au coeur du Jordaan, le quartier bobo vintage d’Amsterdam. De peur qu’on ne la reconnaisse pas, elle envoie un message avant : “Je suis grande, 1,82 mètre, cheveux blonds courts mais je crois qu’en fait ça décrit toutes les lesbiennes néerlandaises (smiley).” Autodérision, nous sommes prévenus. Une fois dans le bar aux allures de pub irlandais, difficile de la reconnaître parmi la clientèle exclusivement féminine. Nienke est une habituée, la barmaid nous l’indique tout de suite. Très engagée dans la communauté lesbienne amstellodamoise, cette réalisatrice de 35 ans a été choisie en 2011 par la ville pour réaliser des courts métrages commémorant l’anniversaire des 10 ans du mariage gay. Nienke : “Ici, vous n’entendrez personne dire ‘mariage gay’, c’est le même mariage qui était avant réservé aux hétéros qui a été élargi. Ce n’est pas une union de seconde zone, nous avons les mêmes droits.” Comment réagit-elle à ce qui se passe en France ? À peine le temps de finir la question qu’elle bondit : ”Je ne comprends pas que vous en soyez encore au débat et surtout qu’il y ait autant de gens opposés qui manifestent. Je pensais que la France était un pays moderne, occidental. Franchement, c’est une attitude de pays arabe ou africain.“ La comparaison, un peu rapide, a le mérite d’être claire. “Quand j’ai vu que l’Espagne avait ouvert le mariage aux gays, j’ai été très surprise. C’est un pays super catho, très macho, très famille. Le Portugal pareil, je ne m’y attendais vraiment pas.” À côté de Nienke, Marloes, brune, même âge : “Les gens que je vois manifester ‘contre’ dans les rues de Paris me font vraiment peur. D’où sortent-ils ? Ça fait douze ans qu’on a le droit de se marier. Est-ce que le pays a explosé ? Non ! Est-ce que les enfants sont tous dégénérés ? Non ! Rien n’a changé, à part qu’ici les gays sont vraiment les égaux des hétéros. En plus, je ne vois pas pourquoi vous vous excitez comme ça parce qu’aux Pays-Bas, assez peu d’homos se sont finalement mariés.”...
85 milliards d'euros débloqués sur 4 ans. Nous sommes fin 2010 et l'Irlande obtient cette aide de l'Union européenne et du FMI. Mais assortie de toute une série de mesures d'austérité. Une austérité encore de rigueur ce mercredi pour le nouveau budget irlandais. Dans ce contexte, comment se porte le pays aujourd'hui ? Aujourd'hui, le pays qui a frôlé la faillite nationale semble aller mieux. Selon l'OCDE, son déficit public devrait être de 8,1% du PIB cette année, et la croissance de 0,5%. Avec deux secteurs en pointe : les nouvelles technologies et l'industrie pharmaceutique. Cependant, l'Irlande est loin d'être tirée d'affaires. Un seul chiffre en témoigne : un taux de chômage qui flirte avec les 15% ! Le 24 novembre dernier, ils étaient 10.000 à manifester dans les rues de Dublin contre l'austérité qu'a renforcé le nouveau budget (le 6e de ce type en 4 ans). Et l'Eglise très puissante vient d'interpeller le gouvernement en estimant que « dès le début de la crise économique, les coupes dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des services sociaux, les réductions des aides, avec l’augmentation des taxes, ont eu un impact dévastateur sur la capacité de nombreux Irlandais à maintenir un standard de vie acceptable et à bénéficier d’un accès aux services de base. » ... Avec de nombreuses rubriques et reportages audio à écouter à partir de ce lien.
Que reste-t-il de l'âge d'or de la Grèce antique au moment où la crise bouleverse le pays ? Eléments de réponse à travers dix lieux clés de la Grèce antique, dix regards sur la crise.
On peut dire qu'il fait face puisque la fréquentation des théâtres est loin d'être en baisse malgré le chômage et les réductions de salaires. Reportage de 2 minutes.
Diplômée, polyglotte, Sarah a travaillé huit mois dans un "call center" de Barcelone, en plein boom, qui se sert des nouvelles lois pour payer moins ou virer son personnel. Barcelone comptait début 2011 environ 35 000 Français inscrits au consulat sur un total estimé à 60 000. Aux curieux qui cherchent encore la raison de cette transhumance, la réponse est assez simple : climat, plage, vie culturelle, bière à un euro, crevettes à l’ail et une vie nocturne parmi les plus trépidantes et riches d’Europe. L’attractivité de la ville de Gaudi reposait également, jusqu’à peu, sur une économie florissante. Mais l’effondrement du secteur de la construction, les vagues de crises successives (financière, boursière, économique et plus récemment bancaire avec la faillite de Dexia) ont eu raison du miracle espagnol. Les perspectives professionnelles qu’offre désormais Barcelone à ses expatriés se sont considérablement obscurcies. Mais comme souvent, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les uns (j’étais de ceux-là) sont la multitude des jeunes ayant eu recours à une délocalisation volontaire à la recherche du soleil. Les autres, ce sont ComputaCenter, mais aussi Avis, Sellbytel, Colt… les « call center », entreprises ayant eu recours à l’externalisation stratégique vers Barcelone dans le but de « capturer » une main-d’œuvre diplômée et polyglotte....
La société grecque est en pleine mutation. D'après notre blogueur associé Panogiotis Grigoriou, on observe de moins en moins de mixité sociale dans les rues d'Athènes. Il va jusqu'à affirmer que la situation mènera à une disparition pure et simple de la classe moyenne... Les chefs Troïkans, ont quitté paraît-il précipitamment le territoire de notre baronnie vendredi soir (21/09). Les journaux et les écrans de l'éphémère, ont, une fois de plus, sonné les trompettes de l'imbroglio : on apprend alors que «Samaras résiste, la preuve : il n'y aurait pas d'accord finalisé entre le gouvernement et la Troïka», ou sinon au contraire que «tout serait suspendu aux élections américaines». Il n'en est rien en réalité, et c'est ainsi que nombreux sont ceux qui n'accordent plus tellement d'importance aux états d'âme des journalistes. «Bien plus encore lorsque les temps sont sombres et qu'il convient d'avoir des choses la plus large vision possible», dira le poète (Elytis). Sauf que cette vision nous fait encore défaut. Les sujets grecs, réalisent du moins que les «grands» journalistes, dépendent du... «tiers-payant» de la bancocratie, et par conséquent, de sa mise en scène tirant parti des jeux d'ombre et de lumière pour nous subjuguer. Ils en deviennent (les) placébos, ou (les) puissants psychotropes, c'est selon, surtout dans cette usure accélérée et finalement la mort (dans toutes ses étapes) que nous constatons chaque jour autour de nous. Âge alors des extrêmes à répétition après un court répit. Pour l'homme, les temps furent toujours hélas maigres et il faut sans cesse lutter pour (provisoirement) éliminer toute forme de boursouflure et de démesure. Comme avec le méta-capitalisme que nous digérons en ce moment avec ses écorces et ses noyaux. Éliminer donc... si possible...
Depuis le début de la crise socio-économique, la classe politique espagnole n’a pas pris de mesure en faveur de la croissance et la création d’emplois. Elle applique, au contraire, de nombreuses coupes budgétaires mettant en danger des secteurs entiers de la société ainsi que les droits sociaux des citoyens.Cette dynamique aggrave la situation des pays qui sont au bord de la faillite. Face à cette situation, les citoyens réalisent que c’est à eux de prendre en main leur avenir et en Espagne des mouvements et des phénomènes encourageants continuent à apparaître. Nombreux sont ceux qui misent sur l’élaboration d’alternatives viables que ce soit par le biais de l’épargne ou de la création d’un système durable. Une des conséquences de la crise est l’augmentation de la pauvreté de la classe moyenne et la détérioration des conditions de vie des secteurs les plus vulnérables comme le signale un rapport récent de l’ONU concernant le cas espagnol. Pendant ce temps, une partie des citoyens opte pour des mécanismes d’autogestion ainsi partager et échanger des biens est devenue l’option la plus solidaire et économique. Certains de ces mécanismes existaient déjà avant la crise mais c’est à présent qu’ils acquièrent toute leur importance. Pour que les voyages ne deviennent pas un luxe et dans le but de pouvoir faire des économies dans les déplacements, une pratique habituelle et celle qu’on appelle le covoiturage. De cette façon, des personnes qui ne se connaissent pas mais qui souhaitent effectuer le même trajet utilisent un unique véhicule pour voyager à un prix raisonnable étant donné que le conducteur et les passagers partagent les frais d’essence. Dans le même style, le taxi collectif a aussi été lancé, il s’agit de partager le coût de ce service entre le plus grand nombre de passagers possible. Toujours en rapport avec le voyage, il existe aussi le couch surfing ou échange d’hospitalité pour trouver un hébergement à moindres frais lors d’un séjour à l’étranger...
Fief historique des anarchistes au coeur d’Athènes, la place est un thermomètre de la société grecque pendant la crise. Trafics et violences s’y développent entre les squats artistiques et sous le regard de la jeunesse chic venue humer l’air de la contestation. Par Nikos Hasapopoulos. L’Albanais devenu homme d’affaire prospère et la jeune fille du quartier cossu d’Ekali transformée en petite fauteuse de troubles. Le bon vieil anarchiste renvoyant les pseudo-révolutionnaires néophytes à leurs études, l’hôtelier chypriote meilleur ami des touristes japonais ou l’ancien détenu devenu organisateur d’événements culturels : tous se retrouvent autour du terrain qu’un cacique du PASOK [le Parti socialiste grec] voulait transformer en parking, aujourd’hui point de ralliement des adolescents de la capitale, venus goûter au mythe de la place Exarchia. Au coeur d’Athènes, tel un serpent qui change de peau, elle se transforme au quotidien, mélange les races, ouvre et ferme (à coups de cocktails Molotov, bien entendu) des commerces, veille sur ses restaurants Le Rosalia et Le Floral, ou encore sur le cinéma Le Riviera. Sans parler de ses deux kiosques, de la statue des amoureux et de deux ou trois choses encore. Une visite tardive permet d’y constater les effets de la crise mais aussi d’y retrouver les caractéristiques immuables d’Exarchia, le territoire grec le plus agité depuis la chute de la dictature et qualifié comme tel par le Département d’Etat américain ! Il est beaucoup de nuits où la place accueille des DJ amateurs ou des groupes de musique, mais toujours de la musique forte : “Nous voulons de la musique forte et des happenings pour repousser les junkies, les vendeurs de contrefaçons et la mafia albanaise”, explique un organisateur de concert. Malgré la musique assourdissante, la place accueille aussi les petits jeunes qui jouent au ballon, boivent des bières et discutent en petits groupes, de tout sauf de politique ! La nuit, sur la place Exarchia, le débat politique est presque inexistant ! Comment discuter politique si, dès 23 heures, les Mini-Cooper, les cabriolets BMW et les Audi descendent des quartiers huppés pour déverser leurs jeunes occupants dans les cafétérias de la place ? Ce sont souvent des bandes de filles, perchées sur des talons de 15 centimètres ou chaussées de sandales Tod’s, en tenues Prada et sacs Louis Vuitton. Elles boivent des bières, profitant, juste le temps d’une nuit, de l’atmosphère mythique de la place Exarchia. Parfois, une odeur d’herbe s’élève des tables voisines, où un groupe en tee-shirts floqués de messages révolutionnaires, complimente leurs coiffures....
(De Madrid) «¡ Tres cañas y una de bravas !» Docamar, l’un des bars les plus connus du quartier madrilène de Ventas, ne désemplit pas. Ouvert en 1963, il est réputé pour ses "patatas bravas" (patates à la sauce piquante) et ses tortillas. Ses tarifs ont toujours été bon marché, avant la crise comme de nos jours. Le patron en entend parler, de cette crise, mais ne la sent pas.Quelques mètres plus loin, ce n’est pas la même histoire pour Nurielle, une chaîne de cafés chics : ils ont ouvert il y a quelques mois un joli établissement dans la rue Alcalá. L’affaire paraissait tourner : petit-dej’ à 2 euros, pizzas, coin enfants.. mais ils ont dû fermer plusieurs établissements. Dans un pays où l’on aime vivre la rue, « irse de cañas » (aller boire des coups), cela structure la vie sociale, dès l’adolescence. On sort toutes les fins de semaines en bande. Même si les jeunes ont remplacé ce rituel par le « botellon » (boire dans la rue de l’alcool acheté dans les boutiques), le bar reste sacré. Il est aussi le meilleur thermomètre de la situation économique : s’il ferme, c’est que les choses ne vont pas bien du tout. Ces trois dernières années, le secteur de l’hôtellerie a perdu plus de 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cinq mille restaurants et bars ont fermé en 2009, selon Nielsen, et à peu près 220 000 établissements ont disparu depuis 1997. Même des adresses renommées ont mis la clef sous la porte, comme le restaurant La Broche (une étoile Michelin) ou le Club 31, juste à coté de la Puerta de Alcalá et qui avait ouvert ses portes en 1959. Le chiffre d’affaires de la restauration et des bars a chuté à nouveau en mai dernier : moins 5,6% selon l’Institut national des statistiques (INE). Malgré ces chiffres, le nombre de bars par habitant continue d’être élevé : un pour 231. Sergio, patron de la chaîne de bars Copas Rotas : « Si tu vas à Alicante, tu trouveras les gens dans les rues, en dehors des bars en train de boire, mais il ne faut pas se tromper, la consommation est descendue : avant, ils prenaient trois, quatre bières. Maintenant, une. Ou bien ils partagent les consommations. » La rue résiste. Partout les prix chutent, les « verre + tapas » à 2 euros fleurissent, les restaurants offrent le café et le vin. « Ils ont une formule midi à 10,90 euros, avant c’était presque le double. »...
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