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Des parcs à n’en plus finir, des projets eco-friendly, le développement des zones cyclables… Bruxelles figure dans le top 4 des villes en lice pour décrocher le titre de capitale verte européenne en 2015. “Bonjour, vous êtes arrivé à Bruxelles-Midi. Welkom op Brussel-Zuid.” Quartier de la gare, dans le centre : du bruit, des pots d’échappement, quelques petits arbustes. Un peu plus bas, une borne de vélos en libre-service. Il suffit de sortir de ce capharnaüm et de faire quelques mètres pour remarquer les arbres bordant les boulevards. “Au XIXe siècle, l’urbanisation de Bruxelles s’est développée sur la base de grandes allées plantées, ce qui explique son maillage vert”, explique l’urbaniste Marie Demanet, coordinatrice du bureau d’études ERU, spécialisé dans l’urbanisme durable, qui participe activement à la construction de la ville. Bruxelles compte en tout 8 000 hectares de pelouses à tondre. L’administration de Bruxelles-Environnement s’occupe d’un quart des hectares, le reste est entretenu par les différentes communes de la ville et est “géré de façon exemplaire” : aucun pesticide ne serait utilisé pour prendre soin des plantes. Autour des pelouses du parc Tenbosch, à Ixelles, les chiens ont même leur propre espace, évitant aux flâneurs de bien mauvaises surprises.
À Bruxelles, 75 % des consommations d’énergie et 70 % des émissions de CO2 proviennent du secteur du bâtiment. Depuis 2004, l’administration régionale multiplie les initiatives et les aides en faveur du développement durable dans ce secteur. Le but : “Inciter à rénover, mieux isoler et surtout équiper les bâtiments pour réaliser des économies d’énergie et réduire les émissions”, analyse l’architecte Bernard Deprez, professeur à la fac d’architecture La Cambre Horta et coauteur avec Jean Cech de Les bâtiments exemplaires se racontent (à Bruxelles). Depuis, toitures vertes, citernes de récupération d’eau de pluie et façades en bois apparaissent comme des champignons dans le paysage urbain. Les résultats, discrets, semblent satisfaisants : “En moins de dix ans, les techniques dites de rénovation durable commencent à se répandre. Entre 10 et 15 % des constructions obéissent aux normes. Mais il y a encore du chemin à faire”, explique-t-il....
Parlée par des millions de Roms à travers le monde et ayant donné ses lettres de noblesses à l’argot français, la langue rromani n’en reste pas moins méconnue. Des mots comme surin (couteau), bouillave (forniquer) et chourer (de chourave, voler) font parti des nombreux emprunts du français au rromani qui vous permettent de traiter quelqu’un de narvalo (idiot), de plaisanter sur le nombre de berges (années) d’un vieillard, ou encore de menacer un ami cher, de le poukave (dénoncer) ou de le marave (cogner, frapper, tuer). Si le français se concentre surtout sur des termes canailles, le rromani reste une langue poétique, chantante et millénaire qui n’a vu l’officialisation de sa forme écrite qu’en 1990. Comme les Roms (normalement orthographié Rroms), elle est originaire de la ville de Kannauj, capitale de l’Inde, il y a plus de 1000 ans. Elle s’est constituée sur la base d’anciens parlers indiens populaires, dont la forme savante était le sanskrit.
Au début du XIe siècle, les locuteurs du rromani sont déportés en Afghanistan par le sultan Mahmoud de Ghazni en raison de leurs compétences artistiques et artisanales rares. Le sultan désire simplement faire de sa bourgade la capitale de l’univers. Mais dans une société d’Islam sunnite rigoureux, leur culture indoue dérange. Le sultan les vend au nord du pays où l’on parle persan. Après les apports indiens, le rromani s’enrichit donc d’éléments persans puis, au gré des voyages, d’éléments grecs auxquels se sont ajoutés les fonds locaux des pays dans lesquels la majorité des Roms ont résidé jusqu’à aujourd’hui (Roumanie, Bulgarie, Serbie, etc.). Aujourd’hui encore, les langues du nord de l’Inde ont neuf cents mots en commun avec le rromani. L’empreinte indienne est telle qu’en maîtrisant le rromani, vous pourrez déchiffrer un film en hindi. Lors de sa sortie en Albanie, le film indien Le vagabond de Raj Kapoor suscita un engouement délirant chez le public rom, qui pensait que tous les acteurs du film l’étaient aussi.
Tous les Roms (12 à 15 millions dans le monde) ne parlent pas rromani. Certains groupes ont été forcés à l’oublier (en Espagne, en Angleterre, en Finlande…), et d’autres l’oublient dans les conditions du monde actuel. Les meilleurs locuteurs se trouvent dans les Balkans, où 95% des Roms le maîtrisent. En France, sur un demi-million de Roms, on compte environ 160 000 locuteurs (à peu près 30 %). La première évocation d’une possible standardisation du rromani remonte au XIXe siècle, lorsque le Polonais Antoine Kalina observe l’homogénéité profonde de la langue dans les divers pays où elle est pratiquée...
Ils sont quatre millions de jeunes, âgés de 18 à 23 ans, à avoir, dimanche 24 et lundi 25 février, voté pour la première fois à une élection nationale. Vers qui se sont-ils tournés ? Alors qu’aucune majorité claire ne se dessine et qu’un nouveau vote pourrait intervenir dans les prochaines semaines, l’incroyable succès du comique Beppe Grillo reste la seule certitude. Et la jeunesse italienne n’y est pas pour rien. (De Turin) Mardi 26 février, la ville de Turin se réveille. Journaux télévisés et radio ne parlent que de l’élection et de ses résultats. La ville et ses habitants, eux, ne semblent pas s’être métamorphosés dans la nuit. Une chose a changé cependant, ici, et dans toute la péninsule pour quatre millions de personnes, les 18-23 ans : pour la première fois de leur vie, ils ont pu voter à l’occasion d’une élection nationale. Dans une société italienne où la crise étouffe les projets d’avenir, où les scandales de corruption n’en finissent pas d’amocher la confiance envers les élus, les jeunes ont semble-t-il contribué au succès de la contestation menée par Beppe Grillo. Le désormais célèbre bloggeur italien, fort de plus de 25% des suffrages exprimés à la chambre des députés et de presque 24% au Sénat (où les moins de 25 ans ne peuvent pas voter) a réussi à séduire un large panel d’électeurs, mais surtout, il a caracolé en tête chez les plus jeunes. Un sondage réalisé peu avant l’élection notait ainsi que plus de 30% des 18-25 ans voulaient voter pour le leader du mouvement Cinq étoiles. Un choix électoral qualifié lundi soir par Emmanuel Letta, le vice-secrétaire du Parti démocrate (centre-gauche), d’”entrée en rébellion”, l’homme regrettant toutefois que “beaucoup d’Italiens aient suivis des propositions idéologiques”. “J’ai voté Grillo car jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours été déçu par les politiques”
Nouveau venu sur la scène politique italienne, Beppe Grillo a réussi à s’imposer comme la figure du changement, en opposition à “la vieille classe politique” décriée, repue de privilèges. Une dimension intégrée par Luca Marzolino, pizzaiolo turinois de 23 ans et électeur de Beppe Grillo : “Hier, j’ai voté Grillo car je n’en peux plus… Je n’en peux plus de tout ce qui nous entoure. L’utopie de gauche de Bersani (PD)… Les moqueries de la droite (PDL)… Le néofascisme de la Ligue du Nord…” Un discours qui s’inscrit dans un climat de méfiance généralisée des Italiens à l’égard des parlementaires et des institutions. En effet, selon le 24e rapport de l’Eurispes en 2012, c’est au Parlement que les Italiens se fient le moins : seulement 9,5% de ces derniers concèdent une grande ou relative confiance aux parlementaires. Pire, les jeunes de 25 à 34 ans exprimeraient le plus fort sentiment de défiance vis à vis des institutions et du politique (74.6%)....
Loin des débats houleux qui agitent l’Hexagone, les Pays-Bas s’apprêtent à fêter les 12 ans du mariage pour tous. Reportage à Amsterdam. Nienke donne ses rendez-vous au Café Saarein, le plus ancien bar lesbien de la ville, au coeur du Jordaan, le quartier bobo vintage d’Amsterdam. De peur qu’on ne la reconnaisse pas, elle envoie un message avant : “Je suis grande, 1,82 mètre, cheveux blonds courts mais je crois qu’en fait ça décrit toutes les lesbiennes néerlandaises (smiley).” Autodérision, nous sommes prévenus. Une fois dans le bar aux allures de pub irlandais, difficile de la reconnaître parmi la clientèle exclusivement féminine. Nienke est une habituée, la barmaid nous l’indique tout de suite. Très engagée dans la communauté lesbienne amstellodamoise, cette réalisatrice de 35 ans a été choisie en 2011 par la ville pour réaliser des courts métrages commémorant l’anniversaire des 10 ans du mariage gay. Nienke : “Ici, vous n’entendrez personne dire ‘mariage gay’, c’est le même mariage qui était avant réservé aux hétéros qui a été élargi. Ce n’est pas une union de seconde zone, nous avons les mêmes droits.” Comment réagit-elle à ce qui se passe en France ? À peine le temps de finir la question qu’elle bondit : ”Je ne comprends pas que vous en soyez encore au débat et surtout qu’il y ait autant de gens opposés qui manifestent. Je pensais que la France était un pays moderne, occidental. Franchement, c’est une attitude de pays arabe ou africain.“ La comparaison, un peu rapide, a le mérite d’être claire. “Quand j’ai vu que l’Espagne avait ouvert le mariage aux gays, j’ai été très surprise. C’est un pays super catho, très macho, très famille. Le Portugal pareil, je ne m’y attendais vraiment pas.” À côté de Nienke, Marloes, brune, même âge : “Les gens que je vois manifester ‘contre’ dans les rues de Paris me font vraiment peur. D’où sortent-ils ? Ça fait douze ans qu’on a le droit de se marier. Est-ce que le pays a explosé ? Non ! Est-ce que les enfants sont tous dégénérés ? Non ! Rien n’a changé, à part qu’ici les gays sont vraiment les égaux des hétéros. En plus, je ne vois pas pourquoi vous vous excitez comme ça parce qu’aux Pays-Bas, assez peu d’homos se sont finalement mariés.”...
Plongé depuis 2008 dans une crise profonde et sans issue visible, le Portugal connaît une vague d’émigration inédite depuis quarante ans. Un dixième de la population serait concerné. L’humour est la politesse du désespoir. Les Portugais ne manquent ni de l’un, ni de l’autre. Pourtant, lorsque le Premier ministre de centre droit Pedro Passos Coelho leur a conseillé de “faire plus d’efforts” et de “quitter leur zone de confort en cherchant du travail ailleurs”, Sara Machado da Graça n’a pas ri. À ce souvenir, elle sert les dents et grogne. Les mots lui manquent pour exprimer sa colère. À cause de la crise, Sara doit quitter son pays. Sur une photo prise le 15 septembre lors de la manifestation contre l’austérité, tout sourire, elle porte un casque de chantier coiffé d’un petit avion et du slogan “C’est vous qui devriez partir là où un éclair vous casserait en deux”. Sara a 40 ans, un regard franc et l’énergie du désespoir comme carburant. Sa “zone de confort” – si elle en a déjà eu une – s’est effondrée depuis des mois. Plus de boulot, plus d’argent. D’argent, elle n’en avait pas vraiment besoin avant la naissance de son fils Bilal, un an et demi. Aujourd’hui, elle n’a plus le choix. Le 5 décembre, valise et gamin sous le bras, elle posera le pied à Macao, ancienne colonie portugaise, sans billet retour. ... Insister sur la fuite des cerveaux permet d’occulter les points communs avec la première vague d’émigration, rappel peu glorieux au passé, et de cacher l’ampleur de la casse sociale. Pour les dirigeants, “il faut rester dans la course”. Dans la rue, personne n’est dupe : “Dans un an, on sera comme la Grèce”, entend-on le plus souvent. “On l’est déjà”, estiment les plus pessimistes. Selon Eurostat, la dette du Portugal s’établissait à près de 190 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2012, soit environ 112 % du PIB. En échange d’un plan d’aide de 78 milliards d’euros, la “troïka” (regroupant des experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) réclame la réduction des déficits. Le projet de budget 2013 est d’une rigueur exceptionnelle : relèvement de 4 % de l’impôt sur le revenu, baisse de 17 % du budget de la Santé, de 11 % pour l’Éducation. “Cette austérité renforce une récession déjà à 3 % en 2012″, estime l’économiste Nuno Teles. Ces mesures s’ajoutent à la suppression des 13e et 14e mois des fonctionnaires, à la hausse de 20 à 23 % de la TVA, au passage de celle de la restauration de 13 à 23 %. Le chômage touche 16 % de la population, soit douze points de plus qu’il y a dix ans. Le salaire minimum tourne autour de 450 euros – moins qu’en Grèce. Le salaire moyen avoisine les 800 euros. Le durcissement des règles d’obtention des minima sociaux a exclu des milliers de familles du système. Les queues devant les soupes populaires s’allongent ; les ventes de porridge, bon marché, explosent...
Bart de Wever, leader nationaliste qui rêve d'obtenir l'indépendance de la Flandre, est donné favori des prochaines élections communales qui auront lieu le 14 octobre à Anvers. Maire socialiste de la ville, Patrick Janssens a accepté de revenir sur la menace qui plane au-dessus de la Belgique. Bart de Wever, leader nationaliste de la N-VA, est donné comme le grand favori des élections communales selon les derniers sondages (qui lui donne entre 30 et 35% d’intentions de vote). Comment expliquez-vous le plébiscite d’un homme qui souhaite l’indépendance de la Flandre ? Patrick Janssens : Je pense que les intentions de vote dont on le crédite sont plus un reflet de l’atmosphère nationale que la conséquence d’une défiance de la politique locale. Depuis la fin des années 80, le Vlaams Belang – l’équivalent du Front national chez vous – a obtenu un tiers des voix. De 1994 à 2006, ils ont maintenu ce niveau électoral. Ils sont restés sur ce niveau depuis trois élections et ce jusqu’en 2006. Ça veut tout simplement dire qu’à Anvers, il y a une large couche de la population qui se reconnaît dans le vote d’extrême droite. Depuis l’échec de Filip Dewinter aux élections communales de 2006, la montée du nationalisme flamand s’est poursuivie mais c’est désormais la N-VA (parti nationaliste flamand, ndlr) qui en recueille les fruits. Bart de Wever est devenu le politicien le plus populaire des Flandres et il représente une alternative au vote d’extrême droite pour une partie des Anversois. Qu’est ce qui motive ce vote aujourd’hui ? C’est un mécontentement généralisé. Une partie de l’électorat de la N-VA vient directement du Vlaams Belang. Aujourd’hui, les électeurs considèrent que voter pour le Belang ne sert plus à rien compte tenu du cordon sanitaire qui entoure ce parti et qui l’empêche d’accéder au pouvoir. Ils se dirigent donc vers la N-VA, un parti qui a un discours plus modéré en apparence et qui a pris l’habitude de ne pas participer à la gestion du pouvoir, que ce soit après les élections fédérales de 2007 ou les élections communales à Anvers en 2006 puisque malgré son élection, Bart de Wever n’a pas participé au conseil communal. La politique de la N-VA s’apparente-t-elle à une politique d’extrême droite ? Je ne vais pas vous dire qu’il est dangereux, mais que son but n’est pas de gérer Anvers mais de rendre la Flandre indépendante. Son discours consiste à dire que si les choses ne vont pas, c’est à cause du gouvernement fédéral. Selon lui, il suffirait que la Flandre soit indépendante pour que tout aille mieux. Je ne suis pas un belgiciste, mais je ne crois pas du tout que ce soit la solution.
C’est simple, je suis fan du petit pays au bout de l’Europe. J’adore le peu que je connais de sa littérature (Pessoa, bien sûr, Lobo Antunes, et Tabucchi qui était un peu portugais…), son cinéma (Monteiro en tête, puis Oliveira, l’ombrageux Costa, et le petit jeune Gomes, sans oublier Ruiz qui a su exhaler les feuilletonesques mystères de Lisbonne…), sa musique, du fado à la variétoche, d’Amalia Rodrigues à la géniale bo baloche de Ce Cher mois d’août, ses actrices (Leonor Silveira et Baldaque, Maria et Inès de Medeiros…), ses vins rouges de l’Alentejo et du Douro, ses charcuteries, son porc à l’Alentejane (avec des coques), son agneau confit, ses fruits de mers et poissons grillés, ses villes magnifiques (Lisbonne et ses cent villages, Porto et ses beautés plus âpres, Evora le bijou…), ses villages sublimes (connaissez-vous Ourem, Obidos, Estremoz, Mertola, Monsaraz…?), ses églises, quintas, couvents et palais tout blancs, parfois ornés de cascades pourpres de bougainvilliers, ses ruelles escarpées, ses trottoirs mosaïqués, ses montagnes, ses forêts de chênes liège ou d’eucalyptus, ses petits ports de pêcheurs, ses pâtisseries conventuelles, la musique de la langue lusitanienne que je ne comprend pas… … mais j’aime surtout l’atmosphère unique de ce pays : un calme, une modestie qui reposent après la fiesta et la fierté du grand voisin espagnol. Ou peut-être est-ce une mélancolie très romanesque d’ex-empire qui flotte dans l’air, avec sa splendeur passée, fanée, enfuie. Dur dur de passer des Magellan ou Vasco de Gama au statut d’assistés en faillite de l’Europe en crise, même si le Portugal s’est trouvé des héros très contemporains avec les Ronaldo et autres Mourinho dont les trombines ornent presque toutes les pubs du pays....
Reportage à Athènes dans le fief du parti néonazi l'Aube dorée. Cest une douce soirée de printemps dans le quartier Agios Panteleimonas d’Athènes. Un vendredi soir calme et sans histoires. Sur la petite place d’Attiki, un gamin tape des balles avec son père, des papys causent affalés sur un banc, deux femmes grignotent. Trois garçons, 16 ans maximum, cheveux très courts et T-shirts noirs, font les beaux pour impressionner les filles. “M’approche pas ou je te casse les côtes comme à l’autre”, frime l’un deux. “C’est une croix celtique à ta ceinture ?”, demande un autre à une fille avant de s’interrompre brusquement. Ils dressent le nez. A cinq mètres, deux silhouettes immaculées déchirent la nuit. Deux hommes, en djellaba et bonnet de prière, reviennent de la mosquée improvisée deux rues plus haut. Les trois ados se précipitent, l’un deux lance un violent coup de pied mais les rate. Les fantômes en blanc ont déjà détalé. Les petits caïds retournent draguer. Sur la place, à peine a-t-on levé un cil. Le ballon roule, les sandwichs s’engloutissent, les vieux finissent de tuer le temps, les étrangers sont agressés : la routine. On est sur le territoire de l’Aube dorée, parti d’extrême droite à tendance néonazie qui vient d’obtenir 21 sièges aux élections législatives du 6 mai dernier, soit 7 % des voix. Dans le quartier d’Agios Panteleimonas, aux municipales de 2010, l’Aube dorée a attiré 20 % des suffrages. Des drapeaux grecs peints sur le sol balisent les entrées de la place Attiki. Des croix gammées raturées recouvrent les marbres de la fontaine. Les murs portent des affiches “Je vote Aube dorée pour que la région ne se salisse pas”....
Patchwork urbain complexe et attachant, Marseille la rebelle se prépare pour honorer, en 2013, son titre de capitale européenne de la culture. Cette opération d’envergure verra-t-elle la cité rayonner ? Qu’est-ce qu’une “capitale” ? Qu’est-ce que “l’Europe ?” Qu’est-ce que la “culture” ? Ce sont à ces questions qui recouvrent des concepts de plus en plus complexes que Marseille doit donner réponse. Ce pour un an, à partir de janvier prochain, – une gageure pour une ville tout aussi difficile à saisir – car c’est au tour de la cité phocéenne, comme disent les commentateurs de foot, de se coltiner le titre envié de “capitale européenne de la culture”. Marseille est fidèle à son mythe de “voyelle” (féminin de voyou) : quand on la cherche, on la trouve. Au point qu’on se demande si l’inconscient collectif qui plane sur la Canebière ne serait pas, bien plus que les agences de com, à l’origine du gimmick en exergue de toutes les brochures labellisées 2013 : “La culture a trouvé sa capitale”. D’autant que pour le béotien qui débarque, ça ne saute pas aux yeux : circulation infernale avec des chantiers partout, des bouts d’autoroute qui déboulent en ville et, surtout, un réseau de transports en commun aberrant...
Pour combattre l’immigration clandestine, Arno Klarsfled suggère d'ériger un mur à la frontière greco-turque. En 2011, le gouvernement grec avait scandalisé la Commission européenne en annonçant la construction d’une clôture longue de 12 km.... Arno Klarsfeld, président de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a trouvé une solution pour lutter contre l’immigration clandestine en Europe. Il faut construire un mur entre la Grèce et la Turquie, sur 130 km de frontière. Arno Klarsfled en parle sur BFMTV : “Entre les Etats-Unis et le Mexique, il y a une grande barrière sur toute l'étendue du territoire, avec des patrouilles qui patrouillent sans cesse. C'est ce qu'il faut faire aux frontières européennes, c'est-à-dire en Grèce.” Un mur? Quel genre de mur? “Un mur c'est fait avec des fils, des barbelés, un mur quoi, comme à Rome, il y avait un mur. La paix a duré quatre siècles." Arno Klarsfeld compare donc les frontières de l’Europe au limes romain, à défendre contre les invasions de tribus barbares. Si l'on pousse la comparaison, "la paix" devrait donc durer jusqu’à ce que les villageois du coin commencent à démonter le mur pour en faire autre chose, que les soldats abandonnent leur poste et que l’Europe s’écroule. En attendant, tout ira bien....
Au nom des intérêts supérieurs de l’Union européenne et contre l’avis du plus grand nombre, le gouvernement grec lâche son peuple. La démocratie se meurt là où elle naquit. L’Europe brûle-t-elle ? Dans la nuit de dimanche à lundi, le troisième plan d’austérité a été voté à l’arraché par une classe politique grecque en voie d’implosion. Au même moment, Athènes et les grandes villes du pays vivaient des scènes de guerre civile avec plus de 100 000 personnes dans les rues – pour une fois, selon la police –, provoquant des émeutes et des incendies en cascade. La riposte violente d’une population poussée au désespoir pourrait servir de détonateur à une gravissime crise européenne, et provoquer l’effondrement d’un édifice communautaire de plus en plus fragilisé par la récession et un déficit démocratique galopant. Etaient notamment visés par les manifestations – pas uniquement constituées d’extrémistes et de “casseurs”, mais aussi par un contingent impressionnant de citoyens exaspérés de tous âges – les banques et tout ce qui touche de près ou de loin aux institutions européennes. Le premier bilan a minima fait état de 120 blessés hospitalisés...
Trois ans de débat, deux ans de consultation publique. C'est le temps qu'il a fallu pour réviser la directive européenne de 1995 sur la protection des données. Le 25 janvier, Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la justice, de la citoyenneté et des droits fondamentaux, présentera ce projet avec un objectif clair : rétablir la confiance des utilisateurs à l'égard d'Internet. Lorsque les concertations ont démarré, Matthew Newman, porte-parole de Viviane Reding, n'était même pas encore en poste. C'était en 2009 et les politiques cherchaient un moyen de moderniser la directive européenne de 1995 sur la protection des données. Maintenant, après plusieurs mois de discussions entre politiques européens, lobbyistes et acteurs du numérique, le grand chantier arrive à sa fin. Une nouvelle mouture comprenant plusieurs grands principes dont le droit à l'oubli. "Le droit à l'oubli existait en principe, mais n'avait jamais été clarifié. Quand quelqu'un ne veut plus qu'une information le concernant soit utilisée, il a le droit de la retirer, mais surtout de demander à faire en sorte que tout soit complètement effacé", commente Matthew Newman.....
Le millésime qui vient de se clore fut dense en événements. Si le tsunami japonais a été l’équivalent d’un film-catastrophe hollywoodien, le printemps arabe un documentaire militant, ou l’affaire DSK un grand roman français, tenant en haleine les citoyens-spectateurs-twittos sidérés de la médiasphère planétaire, la crise économique fut plutôt comparable à un séminaire, a priori rébarbatif et réservé aux spécialistes. Pourtant, c’est cette actu austère qui impacte le plus notre quotidien en France et en Europe. En 2012, on ne sait pas où et quand surgira l’imprévisible façon Fukushima, Tahrir ou Sofitel, mais on peut parier que le sort de l’euro fera régulièrement la une. A travers la monnaie unique se nouent des thèmes tels la souveraineté des peuples, la démocratie, le pouvoir d’achat, le chômage, la possibilité d’un modèle européen conciliant démocratie et prospérité, esprit d’entreprise et secteur public, entre les deux grands pôles dominant le monde actuel : le libéralisme US (peu infléchi par Obama) et le capitalisme étatique chinois, ces deux modèles opposés se rejoignant dans leur faible teneur en protection sociale. Le problème actuel de la zone euro est simple à repérer, compliqué à résoudre : sa monnaie est une exception fédérale dans un contexte où tous les autres domaines (budget, fiscalité, lois, banques centrales...) sont nationaux. De cette claudication profitent marchés et spéculateurs....
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Enfant surdoué de la politique italienne, Enrico Letta vient d’être nommé Président du Conseil. Loin de Silvio Berlusconi et de Beppe Grillo, portrait d’un modéré alliant jeunesse et expérience. Scandales à répétition, candidatures fantasques et incessants changements de gouvernements… Plus encore que les Français, les Italiens semblent lassés de la routine qui fait, à Rome, de la politique une pièce de théâtre. Outre les sempiternels thèmes de relance économique et d’assainissement de la vie politique, la Botte attendait cette fois, sans y croire vraiment, qu’un souffle de nouveauté balaie la gérontocratie au pouvoir. Mais en Italie rien ne change jamais vraiment. C’est finalement le vétéran Giorgio Napolitano, 88 ans dans quelques jours, qui a été nommé Président de la République italienne… Fin du premier acte et dépit chez les assoiffés de changement. Napolitano est chargé de choisir un Président du Conseil. Plusieurs jours durant, il va sonder les uns et les autres, consulter les dirigeants politiques afin de nommer la personne idoine. Pour faire taire les critiques à son égard, le vétéran va choisir un Président du Conseil très jeune pour le contexte italien : Enrico Letta, 46 ans, leader du Parti démocrate (PD – de centre gauche). L’acte II s’achève sur cette manœuvre rusée. Reste à celui que l’on décrit comme un technicien très habile mais peu rigolard d’obtenir la confiance du Parlement. Piège ou aubaine, le plus dur commence désormais pour Enrico Letta : l’acte III. Mais qui est donc celui que les journalistes italiens appellent “l’enfant prodige” de la politique italienne ? Pour répondre à la question, nous avons interrogé Stefano Montefiori, correspondant du Corriere della Serra à Paris : “Son style n’est pas sans rappeler celui de Mario Monti : très compétent, Letta est polyglotte (il maîtrise parfaitement l’anglais et le français) et connu pour son goût de l’équilibre et du compromis. Eternel enfant prodige, il adopte les caractéristiques de l’ancienne Démocratie chrétienne où il a fait ses débuts : il est ainsi perçu comme discipliné, sérieux, pas vraiment charismatique mais très fiable. Letta a su adoucir son image en se faisant photographier en train de jouer au Subbuteo (un jeu de football – ndlr), et en parlant de ses autres passions, l’AC Milan et Dylan Dog (une bande dessinée italienne). Les gens ont remarqué qu’il lui est arrivé de venir aux colloques en conduisant sa propre Fiat, sans voiture de fonction. Sur le fond, les italiens attendent de lui qu’il sache s’allier avec la France pour contrer l’austérité imposée par Berlin, à différence de ce que Monti a fait. On pourrait définir Letta comme un Monti plus jeune et plus social.”...
Ils étaient nombreux à manifester à Berlin pour dire non à un projet immobilier impliquant le démantèlement de la plus longue section du mur. Reportage. Ce sont 6000 personnes qui se sont réunies aujourd’hui aux abords de l’East Side Gallery, plus longue section du mur de Berlin encore debout, pour s’opposer à un projet immobilier qui implique de démanteler une partie du vestige. Les travaux, commencés le 1er mars, ont été temporairement arrêtés quand quelques centaines de personnes ont constitué une chaîne humaine devant la parcelle de 22 mètres qui commençait à tomber. Deux jours plus tard, les manifestants ont rebouché le trou formé, et appelé les Berlinois à se mobiliser pour préserver leur Histoire aux côtés de nombreux hommes politiques et d’associations.”Je suis né à Berlin-Ouest, mon père est un réfugié de l’Est. J’avais 17 ans quand le mur est tombé, j’étais là”, raconte Marc Wohlrabe, un des organisateurs de la manifestation : “J’ai un fils d’un an, je veux pouvoir lui parler de ces gens qui ont essayé de franchir le mur, des gens qui sont morts pour la liberté, et cette partie du mur est essentielle dans notre processus de souvenir”. En 2006 déjà, la ville avait déplacé 40 mètres du mur pour faciliter l’accès à la nouvelle immense salle de concerts O2-World, dans le cadre du même projet urbain appelé “Mediaspree” qui fait fermer club sur club le long de la Spree. “Nous ne pouvons pas ignorer la situation légale aujourd’hui“, admet Stefan Evers, membre CDU du Parlement de Berlin dans les rangs des manifestants : “Je suis nouveau au Parlement, et je ne comprends pas comment on a pu discuter de ce projet pendant des années, et le laisser avancer, sans se poser la question du mur. Nous avons organisé vendredi une future table ronde avec les acteurs du projet, et j’espère qu’on pourra trouver une solution : déplacer la construction, trouver un autre moyen d’accéder à ces appartements etc. C’est aujourd’hui dans l’intérêt des investisseurs de discuter, pour ne pas se retrouver face à une opposition radicale”....
"Je suis ici parce que je voterai PD" a affirmé le réalisateur lors du dernier meeting de campagne du Parti Démocrate. “Silenzio Elettorale”. En Italie, après une campagne cacophonique, le temps du “silence électoral” est venu. Les citoyens se rendront aux urnes dimanche et lundi afin de voter pour leurs députés et leurs sénateurs. Si l’issue du scrutin reste plus qu’incertaine, les derniers sondages publiés le 8 février dernier notaient une inquiétante remontée de Silvio Berlusconi, l’ancien Premier Ministre ramenant l’écart avec Pier Luigi Bersani du centre-gauche de 17 points le mois dernier à tout juste 4 points. Dans ce contexte, nul ne doute plus du caractère décisif de ces derniers jours. Berlusconi (démissionnaire fin 2011 à la suite de scandales erotico-financiers et d’une gestion économique et politique désastreuse) n’hésitant carrément pas à envoyer une lettre pseudo-officielle aux Italiens domiciliés dans les régions-clés promettant de supprimer et de rembourser la taxe sur l’habitation principale mise en place l’année dernière par Mario Monti. Une promesse irréaliste et malhonnête susceptible pourtant de séduire la population d’un pays où les mesures d’austérité ont permis de réduire le déficit public et de restaurer la confiance des marchés tout en tant participant à la précarisation générale de l’ensemble de la classe moyenne. Face aux bouffonneries (sur les écrans de la péninsule, le patron de Mediaset a passé ces derniers temps à cabotiner à grands renforts de lazzi et autres allusions sexuelles) de Berlusconi, le soutien de Nanni Moretti au PD n’est donc pas de trop...
Les bureaux de change sont prêts. La parité est parfaite : 1 euro = 1 eusko. Des billets de 1, 2, 5, 10 et 20 eusko, certifiés par la Banque de France, vont être mis en circulation à partir du 31 janvier. La baguette à 1 eusko, c’est dès demain au Pays basque. L’eusko, qui se veut une monnaie complémentaire, aura la même valeur juridique qu’un ticket-resto ou qu’un chèque-cadeau (pas question donc de remplacer complètement l’euro). Les habitants du Pays basque Nord (c’est-à-dire le Pays basque français) pourront échanger des euros contre des eusko dans de petits commerces faisant office de bureaux de change. L’échange étant irréversible, il leur faudra alors dépenser leurs nouveaux billets au sein d’un réseau de prestataires agréés par la Charte de la monnaie locale. Coiffeur, plombier, pharmacien, ostéopathe, paysan, comité des fêtes… 130 entreprises, commerces et associations, répartis sur l’ensemble du Pays basque, ont pour l’instant adhéré à la Charte. Ainsi, dans le restaurant El Asador, à Bayonne, on pourra dès demain manger du fromage de brebis accompagné de confiture de cerise pour 6 eusko au lieu de 6 euros. Le gérant, Firmin Belchit, est curieux de voir ce que ça va donner. « Il faut tester la température, affirme-t-il. Ca ne prendra peut-être pas immédiatement, mais l’idée d’une monnaie locale est très bonne ». Né dans la région, il y voit l’occasion de « défendre les traditions et la langue basque ». L’initiative, chapeautée par l’association Euskal Moneta, a mis deux ans à aboutir. L’idée est née lors d’une rencontre avec des militants écologistes et altermondialistes au contre-sommet de Cancun, fin 2010. Des habitants du Lot-et-Garonne viennent de lancer « l’Abeille », une monnaie complémentaire utilisée à Villeneuve-sur-Lot pour promouvoir le commerce local. Le collectif basque à l’origine d’Euskal Moneta décide de s’en inspirer. Un comité de pilotage d’une dizaine de personnes se met en place. « Mais le ficelage du projet a été plus complexe que prévu », révèle Adrien Kempf, un jeune homme de 27 ans qui parle au nom du collectif. « On a été prudent, on a fait les choses dans les règles. » Deux experts-comptables sont engagés pour prendre en charge les aspects techniques et juridiques. Les billets sont présentés à la Banque de France pour vérifier leur conformité avec la règlementation en vigueur. Pour éloigner les faussaires, les coupures seront sécurisées (papier filigrané, encre phosphorescente…). Et pour utiliser l’eusko, il faudra nécessairement adhérer à l’association Euskal Moneta. Les euros échangés seront quant à eux conservés dans un fond de réserve...
Il nous parle avec le ton posé du vieux sage universitaire, mais les analyses de Joseph E. Stiglitz sur notre système économico-politique ne sont pas éloignées de celles d’un Mélenchon. Extraits de l'entretien: Notre Président, François Hollande, qui avait mené campagne contre la finance égoïste, vient d’annoncer aux Français deux années d’austérité. Qu’en pensez-vous ? C’est très déconcertant, d’autant que l’austérité va détériorer encore plus l’économie française. Merkel, Hollande et d’autres dirigeants européens disent “l’austérité n’est qu’un volet, l’autre, c’est la croissance”. Beau discours, mais qui n’est pas du tout suivi par les actes. Le volet européen de croissance est très marginal et l’austérité massive va la tuer dans l’oeuf. On a l’impression qu’ils craignent les réactions des marchés, comme quand Clinton est arrivé au pouvoir. Malgré tout, Clinton avait su convaincre les marchés qu’en période de récession il fallait accepter les déficits et être fiscalement responsable, le temps de retrouver de la croissance puis des surplus budgétaires. ... Et si vous étiez Merkel ou Hollande, que feriez-vous pour la zone euro ? Déjà, vous êtes en meilleure position que les États-Unis parce que vous avez de bons systèmes de santé et de protection sociale. Le plus gros problème de la zone euro, ce sont ses règles ! Chaque pays peut garder ses particularités culturelles, mais il faudrait tendre vers un fédéralisme économique, fiscal et financier tout en conservant votre modèle social. Si l’Europe faisait cela, vous pourriez ensuite définir une stratégie de croissance commune. De plus, ce fédéralisme empêcherait la spéculation des marchés contre tel ou tel pays. Mais je crains que les courants libéraux l’emportent et que l’Europe tende plutôt vers le modèle américain que vers le modèle scandinave. La situation de l’Allemagne n’est pas aussi florissante qu’on le dit. On met souvent en avant les statistiques allemandes, le PIB allemand, mais on parle moins de la condition du travailleur moyen qui n’est pas si reluisante. Oublions un peu le PIB et observons les conditions de vie de la majorité des citoyens, car un système économique qui ne profite qu’à la minorité au sommet est pour moi un échec....
Avec la fermeture hier du squat d'artistes Tacheles, Berlin perd un des fleurons de la culture alternative qui l'a rendue célèbre, sous le ciel morose de la gentrification. La mine triste, assis sur des canapés défoncés et des sièges jetés sur le trottoir, les occupants du Tacheles attendent l’arrivée de la police avec une résignation qui fait peine à voir, tandis que deux d’entre eux entament une élégie funèbre sur un vieux piano à queue. Mardi matin, l’évacuation du plus célèbre des squats berlinois, après deux décennies d’occupation, n’a pas donné lieu aux barouds d’honneur qui accompagnent traditionnellement les dernières heures des Besetzhäuser (maisons occupées) de la capitale allemande. “Nous sommes des artistes, pas des autonomes de gauche violents. Ce n’est pas notre truc de mener une action illégale. Si ce lieu n’est pas soutenu par la sphère politique, dans ce cas il n’y a rien d’autre à faire que de fermer la porte”, dit sobrement Linda Cerna, porte-parole du Tacheles. Après un long feuilleton judiciaire à rebondissements qui les a opposés pendant des années à un investisseur qui voulait transformer le bâtiment en complexe immobilier luxueux, projet abandonné entre-temps faute de fonds suffisants, les occupants du Tacheles ont fini par jeter l’éponge quand le créancier du propriétaire, la banque HSH Nordbank, les a sommés de vider les lieux. Sollicitée à plusieurs reprises par le collectif d’artistes, la mairie de Berlin s’est refusée à intervenir, mais a fait savoir récemment qu’elle veillerait à ce que le lieu, bientôt mis en vente, reste un espace dédié à la culture. Sans plus de précisions....
Ses racines, ses visages, son évolution : état de l'extrême droite européenne par le chercheur Jean-Yves Camus. Extraits: Comment définir aujourd’hui l’extrême droite européenne ? Jean-Yves Camus - Ce n’est pas facile. On peut considérer qu’il en existe deux définitions. La première couvre l’extrême droite qui s’oppose au système politique européen sans en attaquer directement les fondations. Elle promeut l’homogénéité culturelle et ethnique ainsi que l’ethnocentrisme, défend l’homme ordinaire et son bon sens contre les élites corrompues. La seconde retient les critères du nationalisme, de la xénophobie et du “chauvinisme de l’Etat-providence”, autrement dit la préférence nationale. Toutes deux ont un socle commun : le refus de la société multiculturelle, le rejet de toute forme de supranationalité et la préférence pour la démocratie directe sur la démocratie représentative....
Malgré ses divergences avec Mme Merkel, François Hollande va-t-il changer l’Europe ? Peut-être. Depuis Giscard et Mitterrand, nous avons élu le premier président de la République favorable à une marche vers le fédéralisme. M. Chirac, qui avait dénoncé à la sous-de Gaulle l’union de notre continent, devint un Européen de raison. Son Premier ministre Lionel Jospin, formé au chauvinisme révolutionnaire par le trotskisme lambertiste, fut un Européen contraint. Quant à Nicolas Sarkozy, il n’a cessé de promouvoir une Europe des Etats plutôt qu’une démocratie européenne. Durant son quinquennat, il a transformé le projet fédéral lancé par Jean Monnet et Robert Schuman en condominium franco-allemand, soit une Europe de deux nations. Comment faire aimer au peuple une politique de cabinet ? François Hollande, lui, se réclame de Jacques Delors et de François Mitterrand. Il a approuvé Maastricht et engagé le Parti socialiste, sans succès hélas, dans le “oui” au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel. Saura-t-il rouvrir cette Europe à deux, le Merkozy, aux vingt-cinq autres adhérents ?...
Début 2002 : des bateaux déversent sur Malte plusieurs milliers de migrants africains. Dix ans plus tard, la petite île de la Méditerranée s’est muée en prison pour immigrés venus demander l’asile dans l’Union européenne. Au large des côtes maltaises, vers 23 heures, le 14 janvier, un point dans la nuit. Un rafiot en bois de sept mètres de long sur deux de large dérive sur la Méditerranée. A son bord, Ahmed*, frêle Somalien de 31 ans sommé par sa famille de fuir son village et la folie meurtrière des milices islamistes. Depuis son départ il y a trois jours des côtes libyennes, Ahmed partage ces quelques mètres carrés avec soixante-sept autres migrants africains dont neuf femmes et, passager plus rare, un bébé né à bord. Prix de la traversée : 500 dollars. Soudain, un avion P-3C Orion de la patrouille maritime de l’US Air Force déchire le ciel. L’embarcation est signalée, les autorités maltaises envoient un bateau à sa rencontre. Des hommes en bonnet, masque et combinaison blanche de chirurgien apparaissent, ils enfilent aux migrants des gilets de sauvetage orange. Au petit matin, Ahmed et les autres passagers sont débarqués, un à un, sur le port industriel de Floriana, en bordure sud de la capitale, La Valette. Sur le quai, deux bus floqués Pulizija (“police”) et quelques journalistes les attendent. L’arrivée du bateau fait la une du Times of Malta....
L’image de cette femme menaçant de se jeter du troisième étage d’un immeuble d’Athènes a fait le tour du monde.... C’est sans aucun doute l’une des images les plus fortes de l’actualité de ce début d’année 2012. Celle de cette femme grecque en larmes, Lambrousi Harikleia, âgée de 47 ans, mère de famille, qui menace, assise au bord du précipice, les jambes dans le vide, de se suicider en se jetant du troisième étage d’un bâtiment qui abrite l’OEK – un organisme de logement où elle travaille depuis plus de vingt ans (au poste d’ingénieur civil). Après avoir appris l’annonce de la fermeture prochaine de l’OEK, celle-ci est restée prostrée, pendant plus de cinq heures, assise au bord du vide, transie de froid....
Diplômés mais au chômage dans leur pays, ils ont choisi la France pour s’en sortir. Témoignages... Ils s’appellent Alexandros, Eleni, Teresa et Graça, ont entre 23 et 35 ans. Ils sont respectivement grecs, espagnole et portugaise, mais auraient pu être irlandais, slovaques, polonais ou italiens. Comme certains de leurs parents ou grands-parents, ces jeunes travailleurs européens ont pris la route à la recherche d’une vie meilleure. Les grandsparents d’Alexandros ont fui la guerre civile pour s’installer au Canada avant de rentrer au pays dans les années 90. “Leur meilleure chance était de partir, comme moi !” Alexandros fuit, lui, une Grèce broyée par le système économique mondial. Depuis 2007, la crise financière frappe plus sévèrement les pays du sud de l’Europe. Selon Eurostat, le taux de chômage des Grecs de moins de 25 ans est passé de 23 % en 2007 à 46,6 % en septembre 2011. En novembre 2011, 49,6 % des jeunes Espagnols étaient au chômage, contre 22,9 % de la population active. Et, contrairement à ce que l’on observe en France, les plus diplômés sont aussi les plus visés. Alors combien sont-ils à sauter le pas ? Difficile de chiffrer ces flux migratoires intra-européens. Le service statistique national hellénique avoue ne pas avoir collecté de données sur le sujet. Mais les indicateurs sont là : au consulat grec, on a remarqué l’explosion de CV européens préparés par des Grecs en recherche d’emploi : plus de 100 000 en 2011, contre 46 000 l’année précédente. Ou encore l’augmentation du nombre de médecins partis travailler à l’étranger (602 en 2011 contre 550 en 2010)...
C'était un vendredi 13. La France a vu sa note dégradée par l'agence de notation Standard and Poor's. L'information est largement commentée en France, mais les médias étrangers y vont eux aussi de leurs analyses. A l'étranger, l'information est traitée sous l'angle économique mais surtout politique. Nicolas Sarkozy, lui même s'est lancé dans cette voie. L'éditorialiste de la tribune de Genève Jean-Noël Cuénod, raconte que le président de la République aurait annoncé "sa mort politique" si la France perdait son triple A durant son mandat. Mais le correspondant du quotidien Suisse nuance ensuite via une curieuse métaphore : "Il ne faut jamais enterrer un politicien français. Cette espèce particulière semble posséder, à l'égal des chats, neuf vies. Alain Juppé est là pour le démontrer. Ensuite, Sarkozy donne toute la mesure de son énergie lorsqu'il est assiégé par l'adversité." Jean-Noël Cuénod désigne un gagnant face à l'annonce de Standard and Poor's. Il s'agit de François Bayrou qui aurait dès 2007, "démontré sa crédibilité en décrivant les ravages de la dette". Le candidat centriste bénéficierait du programme confus de François Hollande et du manque de crédibilité de Marine Le Pen : "Taper sur les immigrés musulmans est une chose, sortir une vieille nation de l'ornière en est une autre", juge le journaliste suisse. D'autres éditorialistes ne sont pas de cet avis...
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