REPORTAGE - Le Congrès juif mondial s'ouvre dimanche pour soutenir une communauté malmenée dans le pays dirigé par l'autoritaire Viktor Orbán. Samedi, des militants d'extrême droite ont défilé, stigmatisant les juifs et dénonçant Israël.
Gros bras tatoués, crânes rasés, quelques personnes âgées, et puis ces miliciens en treillis – dont la Garde nationale hongroise. C'est toute la fine fleur de l'extrême droite de Budapest qui s'est rassemblée samedi à deux pas du Parlement. Tous réunis à l'initiative de Jobbik, parti d'extrême droite ayant obtenu 17% des voix aux législatives de 2010, pour une commémoration des victimes de "la terreur véritable". Comprendre : les victimes "du bolchevisme et du sionisme" en Hongrie.
À la tribune, on lâche les chevaux : "On nous dit qu'il faut se souvenir de l'Holocauste, l'enseigner à l'école, mais c'est pour mieux masquer les crimes du sionisme et les péchés d'Israël", s'enflamme Márton Gyöngyösi, l'un des députés Jobbik les plus radicaux. Au micro, il est aussi question de la volonté d'Israël d'acheter des pans entiers du territoire hongrois. Et puis, forcément, on parle du Congrès juif mondial qui s'ouvre aujourd'hui à Budapest. "Ils viennent nous provoquer jusqu'ici", lâche, mauvaise, Ancsa, cinquantenaire portant tee-shirt aux couleurs du drapeau national.
La veille déjà, dans le cadre austère de son bureau de députée, la sévère Eniko Hegedusné Kovács, à l'initiative de la manifestation samedi, s'indignait de l'événement : "Israël exerce de plus en plus d'influence sur le pays. Ce congrès en est la démonstration." Puis d'évoquer la pression du "lobby juif", son antisionisme assumé. Mais, selon elle, point d'antisémitisme dans son discours, pas plus que dans celui de son parti. D'ailleurs, la question de l'antisémitisme ne serait pas un sujet en Hongrie.
Et pourtant. Si aucune statistique officielle n'est disponible, la plupart des associations l'attestent : depuis plusieurs années, la Hongrie fait face à une recrudescence d'actes antisémites et le malaise est de plus en plus profond parmi les 100.000 juifs hongrois. C'est pour soutenir cette communauté que le Congrès juif mondial a choisi de s'établir cette année sur les bords du Danube. Péter Feldmájer, le président de l'Association des communautés juives de Hongrie, s'en félicite. Et avoue dans le même temps son inquiétude face au Jobbik, qui, à côté de son discours principal anti-Tsiganes a ajouté une variante juive : "Il y a dix ans, ils étaient dans la rue. Aujourd'hui, ils sont à l'Assemblée."
Dans un pays où la communauté juive est très bien intégrée et où la grande majorité des citoyens est opposée au radicalisme, comment expliquer cet antisémitisme? ...