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Parlée par des millions de Roms à travers le monde et ayant donné ses lettres de noblesses à l’argot français, la langue rromani n’en reste pas moins méconnue. Des mots comme surin (couteau), bouillave (forniquer) et chourer (de chourave, voler) font parti des nombreux emprunts du français au rromani qui vous permettent de traiter quelqu’un de narvalo (idiot), de plaisanter sur le nombre de berges (années) d’un vieillard, ou encore de menacer un ami cher, de le poukave (dénoncer) ou de le marave (cogner, frapper, tuer). Si le français se concentre surtout sur des termes canailles, le rromani reste une langue poétique, chantante et millénaire qui n’a vu l’officialisation de sa forme écrite qu’en 1990. Comme les Roms (normalement orthographié Rroms), elle est originaire de la ville de Kannauj, capitale de l’Inde, il y a plus de 1000 ans. Elle s’est constituée sur la base d’anciens parlers indiens populaires, dont la forme savante était le sanskrit.
Au début du XIe siècle, les locuteurs du rromani sont déportés en Afghanistan par le sultan Mahmoud de Ghazni en raison de leurs compétences artistiques et artisanales rares. Le sultan désire simplement faire de sa bourgade la capitale de l’univers. Mais dans une société d’Islam sunnite rigoureux, leur culture indoue dérange. Le sultan les vend au nord du pays où l’on parle persan. Après les apports indiens, le rromani s’enrichit donc d’éléments persans puis, au gré des voyages, d’éléments grecs auxquels se sont ajoutés les fonds locaux des pays dans lesquels la majorité des Roms ont résidé jusqu’à aujourd’hui (Roumanie, Bulgarie, Serbie, etc.). Aujourd’hui encore, les langues du nord de l’Inde ont neuf cents mots en commun avec le rromani. L’empreinte indienne est telle qu’en maîtrisant le rromani, vous pourrez déchiffrer un film en hindi. Lors de sa sortie en Albanie, le film indien Le vagabond de Raj Kapoor suscita un engouement délirant chez le public rom, qui pensait que tous les acteurs du film l’étaient aussi.
Tous les Roms (12 à 15 millions dans le monde) ne parlent pas rromani. Certains groupes ont été forcés à l’oublier (en Espagne, en Angleterre, en Finlande…), et d’autres l’oublient dans les conditions du monde actuel. Les meilleurs locuteurs se trouvent dans les Balkans, où 95% des Roms le maîtrisent. En France, sur un demi-million de Roms, on compte environ 160 000 locuteurs (à peu près 30 %). La première évocation d’une possible standardisation du rromani remonte au XIXe siècle, lorsque le Polonais Antoine Kalina observe l’homogénéité profonde de la langue dans les divers pays où elle est pratiquée...
Une ONG a reçu en France le prix de la Commission nationale consultative des droits de l'homme pour son combat contre une discrimination ethnique pas encore reconnue par la justice européenne.
Ecouter Vanda Durbakova, c’est admirer d’un seul coup le travail de porte-parole. Choisir les mots qui dénoncent, ceux qui protègent les victimes, porter leur combat sans impudeur. Et répéter inlassablement, depuis près de dix ans, que des femmes roms slovaques ont été massivement victimes de stérilisations forcées, et qu'il y a très peu de raisons pour qu'elles ne le soient pas encore aujourd'hui. Fin 2012.
Ecouter l’avocate Vanda Durbakova, c’est aussi plonger dans ce genre d’histoire dont on se dit spontanément «ce n’est pas possible...» avant de réaliser notre grossière erreur. Non seulement c’est bien réel mais cela existe depuis fort longtemps: ainsi le 14 juillet 1933, le régime nazi vota une loi couchant noir sur blanc une politique de stérilisation forcée des femmes roms. Combat contre l"oubli
Le scandale, c’est qu’une telle histoire dure encore. Le 13 novembre la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu un arrêt – c’est le troisième – qui répare partiellement l’injustice subie par trois femmes roms stérilisées sous la contrainte et à leur insu au début des années 2000. La CEDH a reconnu que les trois femmes ont subi un traitement inhumain et dégradant en violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme; qu’elles ont subi une violation du droit au respect de leur vie privée et familiale conformément à l’article 8 de la Convention. Mais, et c’est là que la réparation reste encore à leurs yeux imparfaite, la CEDH n’a pas estimé que ce qu’elles ont subi peut être qualifié de «discrimination selon le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion» au sens de l’article 14 de la CEDH: bref elles n’ont pas été stérilisées parce qu’elles étaient roms. Les 25 000 euros de dommages qu'elles vont percevoir auprès de la justice européenne n'effaceront pas cette infamie.
Grâce à l'un des leurs qui a suivi une scolarité complète et les stimule, les enfants roms d'une localité de l'ouest du pays fréquentent assidûment l'étude après la classe. Malgré les difficultés, les familles ont compris que l'éducation est un passeport pour l'avenir. Viorel Vereşan est un exemple pour les enfants roms inscrits au Centre de jour [une étude après la classe] de Periam, une localité de l'ouest de la Roumanie. Cet homme de 32 ans a réussi à convaincre ces jeunes qu'ils devaient acquérir quelque éducation, sous peine de vivre au pays la faim au ventre, ou de devoir partir tenter leur chance à l'étranger, sans autre choix que de mendier. Employé par le Centre, Viorel prête main-forte à ces écoliers pour tout : il fait des allers-retours à la mairie avec les familles pour s'occuper des aides sociales ou du chauffage, et il est gêné lorsqu'il doit dire que certains ne savent pas écrire et doivent apposer leur empreinte en lieu et place de signature. En plus de sa responsabilité de médiateur entre les Tsiganes et les autorités, l'homme s'occupe aussi de récupérer les enfants le matin pour les emmener à l'école et de les ramener le soir après les cours. Son histoire commence dans un orphelinat et, paradoxalement, cela lui a réussi: des gens se sont occupés de lui et l'ont poussé à finir le lycée. Il reconnaît lui-même que, s'il était resté dans sa famille, il aurait probablement quitté l'école à 12-13 ans. Comme la plupart des Roms de Roumanie. Sa mère avait recontré son père alors que son mari était en prison. Elle avait déjà cinq enfants à la maison, mais est tombée follement amoureuse. Quand l'époux est sorti de prison, sa mère est rentrée dans le rang, mais sans Viorel, car l'ex-détenu n'a pas accepté d'élever l'enfant d'un autre. La famille de son père biologique ne pouvait pas l'héberger non plus, car ce père se trouvait à son tour en prison pour le vol d'un sac de maïs... Viorel a donc échoué à l'orphelinat, mais il est fier d'annoncer qu'il est le plus instruit parmi ses sept frères: " J'ai eu plus de chance comme ça, sans eux.....
Dans un entretien au "Monde", la commissaire européenne à la justice salue le succès des rappels à l'ordre à la Hongrie et à la Roumanie. Bucarest a aussitôt fait part de sa "surprise". Vice-présidente de la Commission européenne et commissaire à la justice, Viviane Reding sera, lundi 3 et mardi 4 septembre, à Paris pour rencontrer plusieurs membres du gouvernement et évoquer la crise de la zone euro et la situation des Roms, mais aussi celle des droits fondamentaux dans l'Union. Vous êtes intervenue dans la récente crise constitutionnelle en Roumanie. Vous semble-t-elle apaisée après l'échec de la procédure de destitution du président Basescu ? Nous maintenons une surveillance étroite après la bataille terrible qui s'est déroulée en juillet et en août. Nous avons pu dire "Halte-là" à cette sorte de putsch parlementaire. Nous avons évité le pire grâce à une action déterminée de nombreux acteurs, dont la Commission, le Parlement et les Etats européens, mais aussi le Fonds monétaire international. Les dérives les plus graves ont aussi pu être endiguées grâce au mécanisme de vérification et de contrôle que nous avons mis en place. Nous espérons que tous les acteurs politiques pourront surmonter leurs divisions et préparer les échéances électorales d'octobre. Les jeunes démocraties de l'est doivent réaliser en peu de temps ce que nos vieux pays ont accompli sur des décennies. Pensez-vous que l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen est d'actualité ? C'est aux Etats membres qu'il appartient de décider, à l'unanimité, s'ils ouvrent leurs frontières, sur la base d'une analyse politique. La question essentielle est de savoir si l'Etat de droit roumain peut nous rendre confiants. L'espace Schengen ne concerne pas seulement le fonctionnement technique des frontières, tel qu'évalué par la Commission. Il implique aussi un bon fonctionnement de la justice et des garanties qui y sont liées. Pour ma part, je ne serais pas surprise si les Etats décidaient de ne pas y intégrer tout de suite la Roumanie....
C'est avec ce titre, en français dans le texte, que le plus influent hebdomadaire économique de Sofia a salué la décision de Paris d'assouplir l'accès au marché du travail pour les ressortissants bulgares et roumains. Vous vous souvenez toujours, n'est-ce pas, de ces images qui montrent des policiers français en train de démanteler des campements tsiganes avant de renvoyer leurs occupants chez eux, en Bulgarie et en Roumanie ? C'était il y a deux ans, à l'été 2010. Le président français de l'époque, Nicolas Sarkozy, avait ordonné l'évacuation de dizaines de ghettos illégaux habités essentiellement par des Roms originaires de ces deux pays. Ces jours-ci, après que la police a de nouveau investi quelques-uns de ces campements, le nouveau président, François Hollande, et son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont décidé qu'ils devaient prouver à l'opinion publique qu'ils n'étaient pas les mêmes que leurs prédécesseurs. Le gouvernement français a donc décidé d'assouplir l'accès au marché du travail en France pour les ressortissants bulgares et roumains. Il semble même très probable que ces restrictions soient - très prochainement - purement et simplement supprimées. Pour un peu, on en viendrait presque à remercier les Roms d'avoir par leur existence ouvert un marché européen de plus à leurs compatriotes. Mais ce serait, de façon certes amusante, sous-estimer l'importance de la décision française....
Première précaution évidente : ne pas confondre, même s’ils sont de même origine ethnique lointaine et se rejoignent quelquefois, les 15 000 à 20 000 immigrés roumains et bulgares récents avec les 400 000 « gens du voyage », citoyens français à 95%. Ces 15 000 à 20 000 personnes constituent une infime minorité des 2,5 millions de Roms que compte la Roumanie et des 700 000 à 800 000 bulgares. On en compte quelques centaines de milliers d’autres en Hongrie, Serbie, Slovaquie, et même République tchèque. Ces Roms, profitant de la libre circulation, émigrent vers l’Europe de l’Ouest, principalement l’Espagne, l’Italie, la Suède et la Suisse. La France n’est pas leur destination première. Ils fuient leurs pays parce qu’ils ressentent très durement la crise économique, mais surtout parce qu’ils y sont victimes d’un rejet raciste traditionnel : sept roumains sur dix ne veulent pas qu’un Rom entre dans leur famille. Dans cette Europe de l’Ouest, sauf liens familiaux préalables, ils n’ont que deux « ressources » : les charités privée et publique, et le vol. Ce dernier mode de survie finit par pourrir la vie de dizaines de milliers de personnes, soit par l’argent perdu, quand elles sont elles-mêmes à l’euro près, soit par les démarches qu’impliquent le renouvellement des documents, soit, tout simplement, par la peur qu’installent ces atteintes aux biens. Ces Roms profitent de nos lois, notamment relatives à la justice des mineurs. Ils font donc « opérer » leurs enfants, qui n’encourent ni le même traitement, ni les mêmes peines que les adultes. De là découlent, sans doute, les deux arguments les plus forts pour mettre un terme d’urgence à cette immigration de pure délinquance. Premier argument : quel sera l’avenir d’adolescentes de 13-16 ans auxquelles on apprend à voler, éventuellement se prostituer, imaginant, pour elles, chaque jour, de nouvelles combinaisons délinquantes ? Quelle chance ont-elles de « se récupérer » dans la vie ?... ...
La Commission européenne suit de près la manière dont les autorités françaises procèdent au démantèlement de plusieurs campements de Roms cet été, selon un de ses porte-parole. "Les services de la vice-présidente en charge de la justice, Viviane Reding, sont en contact avec les autorités françaises et analysent la situation pour s'assurer que les règles européennes sont respectées", a expliqué Mina Andreeva. "C'est une mise à l'épreuve des nouvelles autorités françaises, a commenté plus abruptement un responsable européen sous couvert de l'anonymat. La Commission veut vérifier la volonté de la France d'appliquer les règles qu'elle a introduites dans sa législation." L'ONG internationale Human Rights Watch a été dans le même sens vendredi, estimant que "les efforts renouvelés des autorités françaises de fermer des camps de Roms et de sortir du pays des Roms de l'Europe de l'Est soulève des inquiétudes sérieuses sur le respect par la France de ses obligations internationales"....
The event titled L'Union européenne et la question des Roms. starts on 23.05.2012!
Via Slavka Stefanova
Fremd, frei, fahrend, faul - seit Jahrhunderten halten sich Stereotype über Menschen, die als "Zigeuner" diskriminiert und zur Nazi-Zeit ermordet wurden. Auch danach wurden sie ausgegrenzt. "Ein Roma-Dorf zieht nach Berlin" titelte die BZ am 2. April 2012, "Roma-Kinder überfordern Berlins Lehrer" heiß es in der Morgenpost am 3. April - nur zwei Beispiele der jüngsten Vergangenheit aus deutschen Zeitungen. Gepaart werden solche Schlagzeilen oft auch noch mit Berichten über Müllberge, aggressives Betteln oder angebliches Erschleichen von Sozialleistungen in Deutschland. Das ohnehin verzerrte Bild einer Bevölkerungsgruppe droht sich auf diese Weise in der Gesellschaft noch zu verfestigen, einer Minderheit, die in Europa jahrhundertelang verunglimpft wurde. Auch heutzutage noch sind 44 Prozent der Bevölkerung in Deutschland überzeugt, dass Sinti und Roma zu Kriminalität neigen, das ergaben Studien des Konfliktforschers Prof....
Via Florence Trocmé
Le Monde.fr - Un fait divers impliquant un parrain rom a dégénéré et fait craindre une "guerre ethnique".
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DISCRIMINATIONS - Sur une population totale de moins de 10 millions de Hongrois, il y aurait entre 700.000 et 800.000 Roms en Hongrie, bien que seulement 250.000 se soient déclarés tels à l'avant-dernier recensement, en 2005. La marginalisation des Roms s'inscrit à la fois dans le temps long et le temps court. Depuis leur arrivée en Europe, ils exerçaient des métiers qui n'ont plus guère de place dans l'économie contemporaine. Pendant le communisme, les Hongrois étaient officiellement tous frères et le discours raciste se trouvait interdit. L'économie planifiée leur assurait un emploi, notamment dans l'industrie lourde. Lorsque ces activités se sont écroulées au début de la transition, les Roms ont été les premiers mis au chômage. Depuis les années 1990, de nombreuses générations d'enfants ont vu leurs parents chômer. Dans l'Est de la Hongrie, certaines régions affichent un taux de chômage des Roms à 85%. Ils dépendent totalement des aides sociales. Les autres Hongrois disent souvent: "Les Roms ne travaillent pas". Pourtant, si on considère les travaux effectifs, au noir, ils travaillent parfois plus que les autres Hongrois. Avec la démocratisation, le racisme anti-Roms a pu s'exprimer plus aisément au grand jour. Compte tenu du chômage, la petite criminalité a explosé. L'extrême droite a profité du fait que durant de nombreuses années la gauche a été aveugle à ce sujet. Résultat, le parti d'extrême droite Jobbik a fait son entrée au Parlement en 2010 sur un discours anti-Roms, antisémite et anti-Union européenne. Dans l'imaginaire politique hongrois, les Roms sont les boucs émissaires de tout ce qui ne va pas. Ils sont accusés de "sucer le sang" de la société des honnêtes gens, de ne pas vouloir travailler même quand on leur donne un travail. Il existe une corrélation entre la crise économique engagée en 2008 et le renforcement du discours anti-Roms. Beaucoup ont besoin d'une bête noire pour mieux accepter les difficultés du temps présent. Anna Politovskaïa a écrit que, durant la guerre de Tchétchénie, ce peuple servait de paillasson aux Russes pour qu'ils se sentent moins mal durant les années difficiles de la transition. Les Roms remplissent la même fonction pour les Hongrois. La discrimination des Roms commence dès le plus jeune âge en Hongrie. Aujourd'hui, ce pays de l'UE compte plusieurs milliers de classes d'école où les enfants Roms se trouvent séparés des autres. Les responsables éducatifs "justifient" cette séparation par des "besoins spécifiques" ou l'existence de handicaps éducatifs à prendre en compte. Même condamnées en justice, ces pratiques discriminatoires se poursuivent, s'appuyant sur des préjugés anciens. 70 % des parents Hongrois ne voudraient pas voir leur enfant assis à l'école à côté d'un Rom. 86% des lycéens de 16 ans ne partageraient pas leur banc avec un Rom. Tant que les gouvernements ne formeront pas les plus jeunes d'une manière non discriminatoire, rien ne changera. Pour l'heure, aucune mesure gouvernementale ne vient mettre fin à la ségrégation dans les écoles. En revanche, bien des mesures prises augmentent indirectement la marginalisation des Roms, par exemple l'abaissement de l'âge auquel l'école est obligatoire....
"Je m’appelle Anina, je suis Rom et j’entre en Master à la Sorbonne. Ma famille et moi avons quitté la Roumanie il y presque 15 ans, pour fuir les discriminations dont étaient (et sont toujours !) victimes les Roms dans leur propre patrie". Carte blanche à une jeune française, qui est à la fois rom d'origine roumaine. Une européenne, une vraie, en réalité... Nous avons pris le chemin de l’exil, comme beaucoup d’autres, pour fuir cette misère qui s’impose comme une fatalité à mon peuple. Nous sommes partis avec l’espoir de trouver en France, "pays des droits de l’Homme", une vie meilleure, une vie digne. Nombreux sont ceux qui pensent que nous avons fait preuve de lâcheté, caractéristique soi-disant inhérente à mon peuple. Mais ne se rendent-ils pas compte du courage nécessaire pour prendre la décision de tout laisser derrière soi, en ne sachant pas ce que le sort nous réserve à l'arrivée ?Le voyage fut assez périlleux. En 1997, les frontières entre la Roumanie et les Etats membres de l’UE étaient fermées. Nous avons risqué notre vie en empruntant des chemins sinueux en montagne pour éviter les douanes. En arrivant en France, nous pensions être au bout de nos peines mais nous n’y étions - et n'y sommes - toujours pas les bienvenus. Comme partout, d’ailleurs. Nous avons dû à nouveau faire preuve de persévérance pour surmonter les difficultés qui ont parsemé notre chemin : titre de séjour incertain, logement insalubre et provisoire… Mais nous avons, ma famille et moi, grâce à l’aide de certaines personnes formidables qui tordent le cou aux préjugés, réussi à obtenir depuis quelques années cette vie digne dont rêvaient mes parents... Pourquoi accuser la communauté entière des délits commis par certains de ses membres ? Les Roms sont-ils vraiment différents des autres communautés ? Les Roms ne sont-ils pas aussi des hommes et femmes à part entière qu’il convient de connaître et de juger de façon individuelle ? C’est en grande partie cette envie de me battre contre les préjugés qui a nourri cette orientation vers une carrière de magistrat. Par définition, le préjugé est une injustice, puisqu’il s’agit d’un "procès" fait à une personne mise en cause pour sa seule appartenance à une communauté, à une religion… Ce droit censé être identique pour tous, prohibant toute forme de discrimination basée sur l’appartenance ethnique mais qui a pourtant laissé subsister jusqu’à récemment, dans de nombreux pays de l’Union Européenne dont la France, une discrimination flagrante. Celle-ci consistait à limiter à un nombre restreint les métiers accessibles aux Roms et à exiger que les entreprises payent une taxe pour l’embauche d’un Rom. Sous l’impulsion de la Commission européenne, cette restriction, fort heureusement, vient d'être abolie en France. Mais à mon sens il ne s’agit là que d’un premier pas, aussi considérable soit-il, dans la résolution de la question Rom à l’échelle européenne....
La petite ville hongroise de Devecser avait fait parler d’elle en 2010, en étant prise dans la catastrophe des boues rouges. Cette fois-ci, c’est pour une toute autre raison que son nom est revenu dans l’actualité. Au cours du mois d’août: une manifestation d’ampleur contre les Gitans a été organisée par l’extrême droite hongroise. Près de 1000 personnes se sont réunies à l’appel du Jobbik (parti qui a réalisé 17% aux dernière législatives, représenté à la manifestation par trois députés) et de milices civiles telles que la « Nouvelle garde hongroise », les « Motards de la Garde » ou de la « Garde civile pour un avenir meilleur ». Ces milices calquées sur les milices fascistes des années 1930, défilent en uniforme et marchent au pas... Ces mouvements ont pu mettre en application leur théorie d’ «auto-défense des Hongrois« . Ils accusent la police d’abandon et d’inaction face aux populations gitanes. Dernièrement, ils ont pris pour prétexte un différent entre une famille hongroise et une autre gitane pour rendre justice eux-mêmes... La manifestation a été précédée de de prises de paroles particulièrement explicites et violentes, comme le rapporte le blog The Contrarian Hungarian. Ainsi, à propos des Gitans, l’un des leader a pu dire que « partout où cette ethnie est présente, la destruction et la dévastation apparaît. Les gitans veulent exterminer les Hongrois et s’ils veulent se battre, alors on doit mener la lutte contre eux, il n’y a pas d’autre possibilité« . Plusieurs discours appellant à la haine raciale ont pu suivre. En janvier, Minute avait consacré un reportage sur le village de Gyöngyöspata (1), et rapportait comment les milices privées avaient réussi à faire fuir une partie de la population Rom. La presse nationaliste française voit d’ailleurs la Hongrie comme un modèle et même comme une espérance. Pendant l’entre-deux tours de la présidentielle française, on pouvait ainsi lire dans le journal Rivarol (2): « Nous nous battons [...] pour un idéal nationaliste, pour le rétablissement, le recouvrement d’une France souveraine, indépendante, blanche et chrétienne. Aujourd’hui cela semble relever du rêve mais ce qui se passe en Hongrie, notamment avec le mouvement Jobbik, prouve que rien n’est irrémédiablement perdu. Même si la Hongrie n’est pas la France et qu’elle est beaucoup moins corrompue et avilie, pourquoi ce qui réussit à Budapest échouerait-il forcément à Paris ?«... ...c’est pour fêter le 5e anniversaire de cette milice dissoute, bras armé du Jobikk et connue également à l’époque pour sa violence envers les minorités ethniques, qu’ils ont investi l’un des endroits les plus touristiques de la ville : la Place des Héros. L’endroit a de quoi ravir les nostalgiques du fascisme: gigantesques colonnade néo-classique, place large entourée de somptueux musées du même style avec en son centre une colonne glorifiant le passé hongrois. La manifestation, d’abord interdite, a finalement été autorisée en appel, les organisateurs arguant qu’ils n’étaient pas la Garde hongroise, mais… la Nouvelle garde hongroise...
La Commission européenne veut se montrer volontariste lorsqu’il s’agit de «l’inclusion» des Roms. Plans stratégiques, fonds européens et même… surveillance de la France. Mais ce volontarisme pourrait s’avérer plus ambigu qu’il n’y parait. Il fallait tendre un peu l’oreille pour l’entendre, mais la Commission européenne a parlé. Face aux démantèlements de campements roms décidés par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, l’institution a placé une nouvelle fois la France sous «surveillance» le 10 août. Après le coup de colère de Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, en 2010, à l’encontre des expulsions de Roms menées tambour battant par Nicolas Sarkozy, c’est cette fois au tour du gouvernement socialiste d’être observé de près. But de ce contrôle européen: vérifier que la législation communautaire est bien respectée lorsqu’on force ces ressortissants roumains ou bulgares à quitter leurs camps et à rentrer dans leur pays d’origine. Cette décision confirme le poids grandissant qu’a acquis la Commission européenne à propos des Roms. Certes, la majeure partie des politiques qui concernent cette minorité se joue au niveau national ou local. Mais l'institution fait valoir son rôle de «coordinatrice» et d’incitatrice de pratiques se voulant vertueuses… bien que certains lui reprochent d’être beaucoup trop timide. D’après la Commission européenne, les Roms sont au nombre de 10 à 12 millions en Europe. Contrairement à l’image en partie fantasmée d’une population «nomade», ils quittent leur pays pour fuir ou s'octroyer de meilleures perspectives de vie. Car les Roms «sont nombreux à être confrontés aux préjugés, à l’intolérance, à la discrimination et à l’exclusion sociale dans leur vie quotidienne. Ils sont marginalisés et vivent pour la plupart, sur le plan socioéconomique, dans une extrême pauvreté», souligne-t-on à la Commission....
A l'occasion de la réunion interministérielle sur les Roms ce mercredi, revue de quelques idées reçues qui ont la vie dure. Pour deux tiers des Français, les Roms sont «un groupe à part», si l’on en croit un sondage mené cette année par la Commission nationale consultative des droits de l’homme. A part comment ? Revue de quelques clichés qui collent à la peau des Roms. Cliché numéro 1 : ils sont nomades par nature. «Il n’y a pas de Roms ou de Tsiganes nomades. Du tout.» Martin Olivera, anthropologue membre de l’Observatoire européen Urba-rom et formateur en Seine-Saint-Denis auprès de l’association Rues et Cités, est clair : «Il n’y a qu’une petite minorité de groupes qui ont une tradition de mobilité saisonnière, sur de petites distances et toujours à partir d’un point d’attache, lié à leur travail : ferronerie, musique... Mais l’immense majorité d’entre eux est sédentaire.»... Cliché numéro 2 : ils déferlent sur l'Europe Il résiste mal aux chiffres. Certes, on dénombre entre 10 et 12 millions de Roms en Europe, dont six millions au sein de l’Union européenne. Ces chiffres, retenus par le Conseil européen, regroupent des communautés hétérogènes : «les Roms, les Sintés (Manouches), les Kalés (Gitans) et les groupes de population apparentés en Europe, dont les Voyageurs et les branches orientales (Doms, Loms)... Cliché numéro 3 : ils s'entassent dans des bidonvilles Les Roms n’ont ni pour idéal de vie ni pour tradition de s’entasser à 40 dans des squats. Ni de camper dans des recoins urbains. Pas davantage en Roumanie ou Bulgarie qu'en France. C’est une résultante de la précarité dans laquelle il sont plongés, recadrent de concert les associations.... Cliché numéro 4 : tous des voleurs de poules Ou de tuyaux de cuivre. On se souvient des «problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms» érigés priorité nationale par Nicolas Sarkozy en juillet 2010. Ou des impressionnantes statistiques du ministère de l’Intérieur d’où il ressortait une subite explosion de la «délinquance impliquant des ressortissants roumains», comprendre Roms. Là encore, conséquence de la précarité et de la stigmatisation, répondent les associations. Les ressortissants roumains et bulgares, citoyens européens depuis 2007, font l’objet jusqu’au 31 décembre 2013 de «mesures transitoires» qui, de fait, les excluent du marché du travail.... Cliché numéro 5 : ils ne veulent pas parler français Dans les bidonvilles, la plupart des enfants, quand ils sont scolarisés comme le prévoit la loi française pour les moins de 16 ans, apprennent assez vite le français. Les choses se compliquent avec les expulsions, qui entraînent une rupture de la scolarisation....
L’actualité européenne est à la Une sur Les Chaînes Parlementaires. Ce rendez-vous dédié à l’Union présente les événements marquants de la semaine européenne et leurs conséquences sur notre vie quotidienne. Au programme : portraits, reportages, interviews pour une Europe plus accessible et plus concrète. De Bruxelles à Strasbourg, les caméras des Chaînes parlementaires invitent les téléspectateurs à voir plus loin, au-delà de nos frontières, une Europe dans tous ses Etats. L’actualité européenne articulée autour de trois rubriques : + Tour d’Europe : un député européen commente un journal tout en images sur l’actualité de l’Union et de ses 27 Etats membres. + Le dossier de la semaine : les réactions d’un député à un reportage portant sur un dossier inscrit dans l’agenda européen (Commission ou Parlement). + Destination Europe : les analyses d’un invité sur un reportage réalisé dans un pays européen (mise en oeuvre d’une décision européenne, une solution nationale originale ou l’illustration d’un problème ou d’un blocage…) Invités : + Mme Véronique de Keyser, députée belge, vice présidente des socialistes et des démocrates européens, + M. Cristian Dan Preda, député européen roumain, proche du conseiller du président roumain pour la Francophonie.
Dans un pays qui interdit les enquêtes ethniques, voici une étude qui va faire du bruit : selon un rapport international inédit rendu public mercredi 23 mai 2012, les populations roms et gens du voyage en France souffrent d’une exclusion sociale comparable à celle des pays d’Europe de l’Est.... Les Roms sont-ils des parias en France comme dans le reste de l’Europe ? On serait tenté de le penser en découvrant le contenu d’une enquête exclusive, dont RFI s’est procuré une copie. On y découvre que les Roms et les gens du voyage ne vivent pas mieux en France qu’en Roumanie par exemple… Une réalité qui a étonné l’Agence européenne des droits fondamentaux (FRA), basée à Vienne, à l’origine de cette enquête, réalisée également avec l’aide du programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale....
La discrimination contre les Roms en Europe est très répandue et touche les membres de cette communauté dès leur plus jeune âge.L’école est le premier endroit où les enfants apprennent à la fois à se socialiser et les outils de base leur permettant d’acquérir, sans discrimination aucune, les aptitudes nécessaires pour faire leurs premiers pas dans la société dans des conditions d’égalité. Malheureusement, dans certains Etats membres du Conseil de l’Europe, les enfants roms sont mis dans des classes à part ou délibérément placés dans des écoles où la majorité des enfants sont Roms, voire dans des écoles pour les enfants présentant des besoins particuliers.Loin de créer les conditions d’une égalité des chances et de leur intégration dans la société, ce traitement discriminatoire renforce l’isolement des enfants et des adultes roms en devenir, accroît la stigmatisation de la communauté rom et réduit leurs chances d'être pleinement intégrés à la société.
Via Rachel Gnagniko
Malgré les efforts des ONG et les fonds de l’UE, la principale minorité européenne ne vit pas mieux qu’il y a 10 ans. Un manque de suivi à Bruxelles, la corruption des responsables locaux et le désintérêt des Etats en sont les raisons principales. Par Hellen Kooijman, de MO à Bruxelles Le 8 avril est la journée internationale des Roms, mais une part importante des 12 millions d’entre eux qui vivent en Europe vit encore dans une pauvreté accablante. Les tensions ethniques s’accentuent, comme on a pu le constater avec les attaques des campements roms en Italie en 2008 ou les intimidations auxquelles se livrent des paramilitaires racistes en Hongrie.... A la fin des années 1990, la perspective de l’adhésion à l’UE de certains pays d’Europe centrale et orientale a laissé entrevoir une amélioration. "Les responsables roms étaient très enthousiastes", se souvient l’ancien député européen Jan Marinus Wiersma. Les pays candidats à l’adhésion adaptaient leur législation à celle de l’UE et proposaient des projets. Ce n’était que de la poudre aux yeux, disent désormais les ONG et les militants des droits des Roms. En Bulgarie, par exemple, les Roms ont retrouvé massivement un emploi, d’après les chiffres officiels. "En réalité, ils se sont retrouvés quelques mois plus tard à la rue", dit à Sofia la chercheuse bulgare Ilona Tomova. "Nous, les pays postcommunistes, nous nous y connaissons en manipulation des chiffres. Mais l’Union ne s’en est pas rendue compte."...
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